Une leçon de ténèbres, Léonor de Recondo

Dans  « Une leçon de ténèbres » Léonor de Recondo nous entraine pour une nuit magique dans le musée de Tolède consacré au peintre Domenikos Theotokopoulos, dit El Greco

Quel rapport  entre un peintre né en 1521 et Léonor de Recondo ?
Quel rapport entre Tolède et Paris ?
Entre la peinture et le violon ?

Tout simplement une rencontre magique…
Comme le dernier livre de Léonor de Recondo
Comme passer une nuit seule dans un musée
Comme le bonheur de découvrir  Tolède au mois de juin sous une chaleur caniculaire, entrer dans la maison musée du peintre El Greco, rencontrer puis oublier les gardiens du musée, le lit de camps sur lequel on va peut-être dormir, et aller à la rencontre du maitre et contempler ses œuvres seule, sans la foule des touristes, sans les amoureux du peintre et tous ceux qui viennent pour le découvrir sans le connaitre
Comme le bonheur d’avoir toute une nuit pour aller à sa rencontre.

Dans  Une leçon de ténèbres Léonor de Recondo nous fait passer une nuit magique dans le musée de Tolède où se trouvent les œuvres de Domenikos Theotokopoulos, dit El Greco.

Celle qui connait bien ses œuvres si singulières dans leurs formes, leurs thèmes, leurs couleurs, et cette façon qu’à l’artiste de restituer sur la toiles des personnages presque irréels mais qui procurent tant de bonheur à ceux qui les découvrent, part à la rencontre du maitre qu’elle admire. Des années après la visite faite avec ses parents, elle revient seule dans ce musée et son but est d’entrer en communion avec El Greco, que les deux artistes se retrouvent là, par-delà le temps, par-delà les siècles. Le peintre que les visiteurs ont pu admirer lors de l’exposition proposée cet hiver par Le Grand Palais devient le partenaire d’une nuit de passion amoureuse, la passion de l’art et de la beauté, de l’absolu vers lequel tendent tous les artistes à travers les âges.

Alternent tout au long du roman les souvenirs personnels de l’auteur et la vie du peintre, non pas comme une biographie, mais bien comme une rencontre. De ces rencontres que l’on fait à travers le  temps avec ceux que l’on aime, ceux à qui ont voue une admiration inconditionnelle.

Merci Léonor de Recondo de nous enchanter avec ces mots, ces images, cette poésie et cette si belle humanité que l’on ressent au fil de pages, de roman en roman.
Une belle idée cette collection « une nuit au musée » dirigée par Alina Gurdiel

Retrouvez également l’article sur l’exposition El Greco au Grand Palais

Du même auteur, lire également Manisfesto et Amours

Catalogue éditeur : Stock

Leçon de Ténèbres : « Genre musical français du XVIIe qui accompagne les offices des ténèbres pour voix et basse continue. Se jouait donc la nuit à l’Église, les jeudi, vendredi et samedi saints. »

Le Musée Greco à Tolède n’est certes pas une Église, et Léonor de Recondo, quoique violoniste, n’y va pas pour jouer, dans cette nuit affolante de chaleur, de désir rentré, de beauté fulgurante, mais pour rencontrer, enfin, le peintre qu’elle admire, Dominikos Theotokopoulos, dit le Greco, l’un des artistes les plus originaux du XVIe siècle, le fondateur de l’école Espagnole.
Oui, Léonor doit le rencontrer et passer une nuit entière avec lui, dans ce musée surchauffée et ombreux, qui fut sa maison. Le Greco doit quitter sa Candie, natale, en Crète et traverser Venise, Rome et Madrid, où il fut de ces peintres-errants, au service de l’Église et des puissants du temps. Mais Le Greco est mort en 1614 à Tolède. Viendra-t-il au rendez-vous ?

Prix : 18 € / 200 pages ; 18,5 x 12,2 cm / ISBN 978-2-234-08883-2 / Parution 08/01/2020

Le Greco, Grand Palais

Rétrospective chronologique d’un artiste singulier «  dernier grand maître de la Renaissance, premier grand peintre du Siècle d’Or »

Mystique ? Fou ? Tout a été dit sur son œuvre et sur cet artiste atypique. Né en 1541 en Crète, Domenico Theotokopoulos, dit Le Greco, fait son premier apprentissage dans la tradition byzantine.  Inspiré depuis toujours par l’Italie de la renaissance, il va parfaire sa formation à Venise en 1567.

Lorsqu’il s’installe à Rome en 1570, il découvre les grands artistes de l’époque. Il rencontre Le Titien, et les œuvres Michel-Ange mort depuis quelques années. Il emprunte les compostions du Tintoret, le clair-obscur de Bassano, ou les couleurs du Titien, et à son tour passe maitre dans l’art du portrait.

N’arrivant pas à trouver sa place, il quitte l’Italie en 1577 pour Madrid puis Tolède. Là, il reçoit de nombreuses commandes, y compris pour l’Escorial du roi Philippe II. Cherchant à se singulariser, il va proposer d’autres modèles, couleurs, formes, et ainsi créer puis imposer son propre style.

Certains personnages semblent avoir sa faveur, les Saints, la Pietà, Marie-Madeleine ou encore Jésus chassant les marchands du temple. Il les représente souvent méditatifs, visages penchés, comme repentants, aux yeux larmoyants, aux mains fuselées, aux doigts infiniment longs, ou au contraire auréolés de gloire. Il pose sur ses toiles des détails anachroniques, mais aussi parfois les portraits de ses maitres.

Compositions aux personnages rassemblés, ou au contraire démesurément allongées, bras levés vers le ciel, personnages étirés nimbés de couleurs vives sur fond sombres… Tout au long de sa carrière, il aura également peint à de multiples reprises la même toile à laquelle il apporte quelques modifications mineures. Idée reprise dans les séries par Monet ou Warhol ?… Le Greco meurt en 1614 à Tolède, à l’âge de soixante-treize ans.

L’exposition du Grand Palais propose 75 œuvres de divers formats, très peu de dessins, mais il faut dire que très peu sont parvenus jusqu’à nous.

Quand : jusqu’au 10 février
Où : Grand Palais 3 Avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris

Degas à l’Opéra, musée d’Orsay

Degas était-il hanté par l’Opéra ? Une belle exposition toute en grâce et mouvement à voir au musée d’Orsay

Edgar de Gas (1834/1917) peintre et sculpteur, est un homme qui sort beaucoup et observe, même si ensuite il réalise la plus grande partie de ses œuvres dans son atelier. Pendant quasiment toute sa carrière d’artiste, il a peint les danseuses et le mouvement, avec leurs gestes répétés à l’envi, les répétitions ou les ballets, les leçons de danse et les arrières salles où se donnent ces leçons, souvent aussi l’orchestre, les musiciens et leurs instruments.

Degas est d’abord un habitué de la salle Le Pelletier, puis à la suite de l’incendie de celle-ci en 1873 et la construction du nouvel opéra par Garnier, de celle que l’on connait aujourd’hui, le Palais Garnier inauguré en 1875.

Il y a ses entrées dès les années 1870 grâce à son ami Ludovic Halèvy. Il assiste à des centaines de représentations, passe régulièrement en coulisse ou dans le foyer de la danse. Et pourtant, il peint rarement les véritables salles de l’opéra.
Ses toiles sont essentiellement des compositions de personnages et de mouvements réalisées le plus souvent dans son atelier.
Il a parfois un cadrage décalé que je trouve résolument moderne comme pour ses musiciens placés sur le devant du tableau, les ballerines apparaissant au second plan, seulement reconnaissables à l’alignement de leurs jambes et tutus. Ou encore pour Le rideau.Mais aussi dans le mouvement, la ligne de fuite des séries de danseuses dans des tableaux en long.

Il répète indéfiniment les mêmes sujets, danseuses, expression du corps, équilibre, mouvement, comme pour les chevaux qu’il peint aussi beaucoup.

Même si le musée d’Orsay avait déjà exposé Degas et la danse il y a peu, là encore, de nombreuses toiles, pastels, dessins, et quelques sculptures attendent les visiteurs jusqu’au 19 janvier.

Et pour compléter la visite, pourquoi ne pas lire également le très beau roman La petite danseuse de quatorze ans de Camille Laurens.

Où : au musée d’Orsay 1 rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris 7e

Quoi : Sur toute sa carrière, de ses débuts dans les années 1860 jusqu’à ses œuvres ultimes au-delà de 1900, Degas a fait de l’Opéra le point central de ses travaux, sa « chambre à lui ». Il en explore les divers espaces – salle et scène, loges, foyer, salle de danse -, s’attache à ceux qui les peuplent, danseuses, chanteurs, musiciens de l’orchestre, spectateurs, abonnés en habit noir hantant les coulisses. Cet univers clos est un microcosme aux infinies possibilités et permet toutes les expérimentations : multiplicité des points de vue, contraste des éclairages, étude du mouvement et de la vérité du geste.
Aucune exposition jusqu’ici n’a envisagé l’Opéra globalement, étudiant tout à la fois le lien passionné que Degas avait avec cette maison, ses goûts musicaux, mais aussi les infinies ressources de cette merveilleuse « boîte à outils ». A travers l’œuvre d’un immense artiste, le portrait de l’Opéra de Paris au XIXe siècle.

Quand : 24 septembre 2019 – 19 janvier 2020

Exposition organisée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie, Paris et la National Gallery of Art, Washington où elle sera présentée du 1er mars au 5 juillet 2020, à l’occasion du trois cent cinquantième anniversaire de l’Opéra de Paris.

Rien n’est noir, Claire Berest

Claire Berest met en mots et en couleurs Frida Kahlo et sa fureur de vive et d’aimer dans un corps cabossé

J’aime l’artiste Frida Kahlo depuis longtemps. Pourtant, les premières fois où j’ai vu ses tableaux, sans connaitre son histoire, j’étais quelque peu perplexe face à la violence qui émane de certaines œuvres. Mais après avoir lu de nombreux articles, vu différentes expositions tant sur ses œuvres que sur celles de Diego Rivera, à Paris et à New York, j’ai apprivoisée l’image que véhicule ce personnage hors du commun.

C’est un vrai bonheur de lire ce roman, qu’on aime Frida ou pas d’ailleurs. Car Claire Berest fait revivre avec talent cette jeune femme passionnée au destin incroyable, dans le Mexique du XXe siècle.

Partant des couleurs qui ont illuminé sa vie, l’auteur nous raconte avec ses mots vibrants, lumineux ou sombres, l’enfance, la jeunesse, l’accident terrible qui laisse Frida brisée, au propre comme au figuré, avec pour seul horizon le mur d’une chambre d’hôpital. Assouvissant son désir de fuir les limites de la chambre et du corps, elle commence à peindre. Puis vient son mariage avec Diego Rivera, cet artiste bien plus âgé qu’elle, sur lequel elle avait jeté son dévolu, décidant qu’il serait son mari. Cet homme qu’elle a aimé avec une fureur et un absolu qui laisse pantois. Les années de bonheur, de souffrance, la douleur du corps qui inflige de longues séances de torture à cette femme au caractère si fort. Malgré les consignes des médecins qui la soignent au fil des ans, elle essaiera à plusieurs reprises d’avoir des enfants, au risque d’y perdre la vie.

Brulant sa vie par tous les bouts possibles, avec rage, violence, passion, Frida sait que son temps est fragile. Elle a vu la mort de près, a connu l’abandon par son premier amour, la déchéance du corps mutilé, puis l’amour absolu, et va tout faire pour vivre à 1000 à l’heure. Alors elle peint. Des autoportraits parfois choquants tant la douleur transparait, des doubles abandonnés, l’amour, l’abandon, le chaos, l’enfant qui ne viendra pas, la mort qui rôde si près de la vie. Avec son rire jaune après l’abandon et l’accident, sa peur bleue de perdre Diego, ou lorsqu’elle voit rouge de ses infidélités et de sa soif de vivre loin d‘elle, mais toujours parée des couleurs et des costumes typiques de sa région du Mexique, Frida, personnalité hors du commun, nous en fait voir de toutes les couleurs.

Claire Berest la fait vivre, souffrir, aimer, douter, et nous fait ressentir la fascination de ce couple atypique bouleversant de passion. Par ses mots et ses couleurs, Frida se dévoile peu à peu et se laisse aimer.

Du même auteur, j’avais aussi aimé Gabriële le roman écrit avec sa sœur Anne, dont on peut lire mon billet ici.

Catalogue éditeur : Stock

À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.

Frida parle haut et fort, avec son corps fracassé par un accident de bus et ses manières excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempées de tequila, et elle ne voit pas où est le problème. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crûment, et les fêtes à réveiller les squelettes. Et elle peint.

Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célèbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.

Claire Berest publie son premier roman Mikado à 27 ans. Suivront deux autres romans : L’Orchestre vide et Bellevue (Stock, 2016) et deux essais : La Lutte des classes, pourquoi j’ai démissionné de l’Éducation nationale et Enfants perdus, enquête à la brigade des mineurs. En 2017, elle écrit Gabriële avec Anne Berest qui fut un grand succès.

Parution : 21/08/2019 / Collection : La Bleue / 250 pages / Format : 137 x 220 mm / EAN : 9782234086180 / Prix : 19.50 €

Torrentius, Colin Thibert

Découvrir la vie tumultueuse et le talent d’un peintre méconnu avec Torrentius, le roman historique réaliste et truculent de Colin Thibert

Né en 1589 à Amsterdam, Johannes van der Beeck dit Torrentius est un peintre qui réalise les natures mortes les plus incroyables de son époque, grâce à une technique inédite qui lui permet d’obtenir une lumière unique. Un émissaire du roi d’Angleterre le remarque et lui passe commande d’une toile au nom du roi Charles Ier d’Angleterre.

Torrentius est un homme frivole qui aime les beaux habits et les bijoux, le vin et les filles. Ce libertin invétéré aime s’encanailler dans les auberges sans toujours y payer son écot, profiter de la vie dans tout ce qu’elle peut lui offrir, et clame haut et fort que son coup de pinceau est l’œuvre du diable. Il profite également de son grand talent pour réaliser quelques gravures pornographiques qu’il fait vendre sous le manteau. Mais vivre cette vie-là, c’est hélas oublier qu’aux Pays Bas à cette époque règnent les prédicants et l’austérité de la religion calviniste.

Arrêté par le bailli d’Harlem qui a juré sa perte, Torrentius est torturé, jugé puis condamné. Il sera sauvé in extremis par Charles Ier d’Angleterre mais la torture et la prison auront eu raison de sa passion et de son art… Il meurt le 17 février 1644 à Amsterdam.

Dans ce court roman, Colin Thibert fait efficacement ressentir à ses lecteurs l’ambiance délétère qui régnait dans cette Hollande du XVIIe siècle et dans les pays calvinistes. Quand la raison divine devient prépondérante, et que les diktats religieux font fi des relations humaines. Il décrit un homme certes libertin, mais surtout un génie de la peinture au caractère trempé et capable de résister aux épreuves infligées par l’Homme. Un roman qui fait réfléchir sur la nature de l’homme et sur les aberrations qui sont commises lorsque les religions deviennent prépondérantes sur les lois des hommes, et ce qu’elles qu’elles soient.

Si l’on se souvient bien des dégâts provoqués par l’inquisition aussi bien en France qu’en Espagne, on connait souvent moins bien cette chasse aux sorcières et aux mécréants qui a également frappé les provinces du nord. La prospère et bourgeoise Hollande du XVIIe siècle est aux mains des protestants qui prônent une vie aussi rigide qu’austère au service d’un Dieu bien peu compatissant.

Le roman de Colin Thibert m’a fait penser au roman Miniaturiste de Jessie Burton, qui se passe à Amsterdam en 1686, ou encore à La rose de Saragosse de Raphaël Jerusalmy, où l’on retrouve les folies criminelles de l’inquisition.

Le seul tableau de Torrentius qui a survécu à la destruction de toute sa production, Nature morte avec bride et mors, 1614, est conservé au Rijksmuseum d’Amsterdam.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Sous le nom de Torrentius, Johannes van der Beeck peint les plus extraordinaires natures mortes de son temps et grave sous le manteau des scènes pornographiques qui se monnayent à prix d’or. Dans l’austère Haarlem du XVIIe, ce provocateur flamboyant, noceur invétéré et fornicateur insatiable, fascine autant qu’il dérange. Certains donneraient cher pour le neutraliser. Un bailli zélé mène l’offensive et le traduit en justice. Sous la menace de la torture, le blasphémateur acceptera-t-il de se renier ?
Aussi précis et raffiné que les toiles de ce génie oublié de la peinture flamande, Torrentius est le roman du destin contrarié d’un avant-gardiste. Recomposant le tableau de cette existence tumultueuse, la plume savoureusement anachronique de Colin Thibert nous invite à côtoyer cet hédoniste libertaire.

128 pages | 15€ / Paru le 22 août 2019 / ISBN : 978-2-35087-537-8

Photo de couverture © Paulette Tavormina, courtesy the artist and Robert Mann Gallery, New York

La passe imaginaire, Grisélidis Réal, Vesna Etcha Dvornik

La passe imaginaire, de Grisélidis Réal interprétée et mise en scène par Vesna Etcha Dvornik « La prostitution est un art, un humanisme et un acte révolutionnaire » 

Etcha Dvornik, danseuse et chorégraphe originaire de Ljubljana, en Slovénie, est venue en France continuer ses études, et poursuivre ici son travail sur le corps. Elle aime travailler sur le corps, en particulier à travers l’expression de sa fatigue, et sur la création féminine en général. Elle incarne Griselidis Real par les attitudes et les mouvements d’un corps souvent épuisé, en donnant voix à son œuvre maitresse, La passe imaginaire. Jouant sur une chorégraphie et des accessoires qui disent ou font ressentir, chaussant et déchaussant ses vertigineux escarpins rouges si emblématiques du métier qu’elle incarne.

Un spectacle à la fois décalé et surprenant, tant la proximité avec Etcha Dvornik est grande dans ce petit théâtre. Spectacle qui peut être dérangeant dans sa nudité, ses mots ou ses gestes qui expriment une sexualité tarifée à la fois violente et scandaleuse. Sans doute aussi parce qu’il rend humaines les prostituées, et place le spectateur face à ce métier dont il n’a au fond le plus souvent que des impressions et des idées certainement aussi fausses que contradictoires.

On perçoit dans les mouvements du corps à la fois la révolte face aux idées reçues et la révolution dans les propos de Griselidis Real. Elle veut donner une autre image de ce métier qu’elle pratique en voulant toujours aider ces hommes qui viennent à elle, comme le font ses consœurs, les soulager sans doute, et là les mots deviennent aussi crus que les gestes sur la scène, aussi dérangeants que l’amour physique sans sentiments et sans jouissance partagée.

Peu à peu, on se laisse envoûter par la voix d’Etcha Dvornik et par sa présence ; par la danse du corps et par ses gestes qui disent la lassitude et la fatigue, l’attente et la violence contenue, le désespoir parfois, dans un rôle, une chambre, un corps. Qui disent l’enfermement aussi, avec ce moment qui m’a particulièrement happée, par ce déplacement circulaire quasi hypnotique, sur cette minuscule scène de la Comédie Saint-Michel, et qui incarnait parfaitement une forme d’emprisonnement.

Lire La Passe imaginaire, avec une préface de Jean-Luc Hennig, dans la Collection Verticales, Gallimard, 2006

«Voici les lettres intimes que j’ai reçues, en dix ans, d’une des femmes les plus rares que j’aie eu à connaître. Ces lettres racontent sa vie du jour et de la nuit, ses clients (immigrés turcs ou arabes, pour la plupart), ses rêveries de vieillesse, ses amants imaginaires, ses coups de gueule, ses imprécations contre Dieu, ses verres de royal-kadir, ses maladies à répétition, ses usures. Même si Grisélidis se dit encore prête à tout pour les hommes, prête à tout pour l’amour. Et surtout si elle rit de tout. Férocement. Grisélidis a peut-être le bonheur de la désespérance. C’est en tout cas sa dignité.»
Jean-Luc Hennig.

La Passe imaginaire, œuvre maîtresse de Grisélidis Réal, écrivaine, peintre et prostituée Suisse (1929-2005), est le fruit d’une correspondance entretenue de l’été 1980 à l’hiver 1991 avec Jean-Luc Hennig.

Voir « La Passe Imaginaire » spectacle chorégraphique d’après l’œuvre de Griselidis Réal

Ce document sur la prostitution au quotidien dévoile le panorama secret de la misère sexuelle masculine avec rage, crudité et tendresse. Au fil des lettres, l’autoportrait de cette P… irrespectueuse met à jour les autres femmes qui vivent en elle : la grande voyageuse, la lectrice éclectique, l’amoureuse passionnée, la sociologue amateur, l’altruiste libertaire et l’épicurienne raffinée. Écrivaine flamboyante à l’écriture large et puissante, lyrique et crue, femme libre et engagée, enragée et humaniste, elle fut à la tête de tous les combats et des mouvements de prostituées des années 70.

Quand : jusqu’au 2 janvier 2020 les jeudis soirs à 21h30

Où : au Théâtre de la comédie Saint-Michel au 95 boulevard Saint-Michel – 75005 Paris

Samuel Beckett, le plus beau visage du XXe siècle, Tullio Pericoli

Pour les 30 ans de la mort de Samuel Beckett, l’artiste italien Tullio Pericoli s’expose à la galerie Gallimard

L’artiste a une passion tant pour l’œuvre que pour le visage de Samuel Beckett, qui est selon lui le plus beau visage du XX° siècle.

Tullio Pericoli est un artiste peintre né en Italie en 1936. Il a réalisé une centaine de portraits de l’écrivain, bien qu’il en l’ait jamais rencontré et se base toujours sur le fonds de photos disponible dans les différentes archives.

A ma question, pourquoi seulement des portraits de l’écrivain âgé, Tullio Pericoli m’a répondu une évidence : pour trouver sur ce visage les traces d’une vie, d’une passion, de tout ce qui fait l’homme et l’artiste. Les sillons, les rides, les expressions du visage, voilà ce qu’il recherche, et ce qu’il rend de façon incroyablement pertinente.

« Beckett est l’écrivain que j’ai le plus peint et dessiné. C’est même devenu une obsession. Son visage me fascine. J’y vois une sorte de mystère, je scrute les rides, les marques ; c’est comme si le temps s’était mis à raconter tout ce qu’il avait pensé et vécu. »

J’ai particulièrement aimé les peintures, huiles sur toile ou sur bois, colorées ou ton sur ton, mais aussi de très expressifs dessins au fusain ou les aquarelles sur papier.

Allez-y, rencontrez Samuel Beckett, il vous regarde, mutique et secret, et qui sait si comme moi en sortant vous n’aurez pas envie de le relire !

Exposition vente à l’occasion des 30 ans de la mort de Samuel Beckett
Quand : Jusqu’au 30 Novembre 2019
Où : Galerie Gallimard au 30/32 rue de l’université Paris 7

Glissez, mortels. Charlotte Hellman

Entrer dans l’intimité du peintre Paul Signac, voilà ce que nous propose Charlotte Hellman dans « Glissez, mortels » paru aux éditions Philippe Rey.

Lui, Paul Signac, est un des artistes peintres les plus connus des années 20, précurseur du pointillisme, admirateur de Bonnard et amis de tant d’autres…

Elle, Berthe, qu’il épouse en 1892, celle avec qui il n’aura pas d’enfants, mais qui l’accompagne de Paris à saint Tropez, ce petit port de pêche charmant à la lumière incomparable, pendant plus de vingt-huit ans…

Elle enfin, c’est Jeanne, la voisine de palier qui emménage en 1899 dans ce bel immeuble construit par ce nouveau génie de la décoration qu’est Hector Guimard. Jeanne l’artiste, la femme, la mère, celle qui abandonne mari et enfants pour partir avec lui, qui lui donnera Ginette, cette enfant dont il rêve et qu’il fera finalement adopter par sa femme Berthe. Jeanne avec qui il passera vingt ans.

La relation entre Paul et Berthe est une relation de couple sereine et paisible, installés dans un certain confort. L’homme sait gérer son budget et l’artiste vend bien ses productions. Ils vivent à Paris, puis à Saint-Tropez, une vie facile et mondaine. Mais aucun enfant ne vient, au grand désespoir de l’un comme de l’autre.

Puis apparaissent les Selmersheim, ces voisins si charmants. Jeanne est artiste peintre, mère de trois enfants, femme comblée par un mari très conciliant. L’amitié entre les deux couples est quasi immédiate, ils se reçoivent, s’apprécient. Jusqu’au jour où les Selmersheim déménagent. Est-ce l’absence qui a créé le manque ? Toujours est-il que Paul et Jeanne vivent une relation adultérine intense, puis Jeanne quitte mari et enfants pour vivre avec Paul. Cette femme libre avant l’heure devra supporter toute sa vie le fait d’être celle qui a volé le mari d’une autre. Et comme Paul ne divorcera jamais, il ne pourra jamais l’épouser. La rupture sera douloureuse pour Berthe, mais son mari ne l’abandonnera jamais, il lui écrira sans relâche chaque jour de sa vie…

Vaudeville ? Trio infernal ? Relation croisée à trois ? Ou tout simplement l’amour, quand il vous prend, vous garde, vous emporte, vous transporte à tel point que l’on peut même accepter l’autre, comprendre le mari, continuer à aimer la femme que l’on a abandonnée, vouloir l’une et l’autre.

Voilà donc une histoire bien singulière que je découvre ici. J’aime beaucoup découvrir des pans de la vie d’artistes que l’on admire pour leur œuvre sans pour autant connaitre leur vie, leur intimité. Là le lecteur est servi, c’est touchant, intime, étrange, fort… J’ai apprécié –sans forcément toujours le comprendre !- cet homme chez qui l’amour est primordial et va de pair avec la recherche du bonheur, mais aussi la créativité et le foisonnement avant-gardiste de l’artiste, son goût pour la nouveauté, ses amitiés et ses passions, politiques autant qu’artistiques…

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Philippe Rey

« Paul, Berthe et Jeanne : je suis issue d’une triple histoire d’amour. Un homme, peintre célèbre, deux femmes et une enfant illégitime – ma grand-mère. Cette histoire m’a été racontée depuis mon enfance. Mais j’ai voulu savoir ce qui s’était vraiment passé.

Les faits bruts, je les connaissais. En 1912, Paul Signac quitte sa femme Berthe pour une amie du couple, l’artiste Jeanne Desgrange. Pour lui, celle-ci divorce et abandonne ses enfants. Paul, de son côté, ne divorcera jamais, et parviendra à faire adopter par Berthe l’enfant qu’il aura de Jeanne. Quelle était la nature de cet amour, si vertigineux, qui leur a permis de repousser l’égoïsme, la souffrance, le doute, pour tenir bon, à trois ? » Ch. H.

D’une écriture élégante, sans concession, Charlotte Hellman nous plonge dans la vie amoureuse et dans l’ardeur créatrice du grand peintre qu’était Paul Signac, un homme travailleur, sportif, passionné, engagé politiquement et artistiquement aux côtés des avant-gardes, ami de Van Gogh, Monet, Seurat, Fénéon, Bonnard… La fin de siècle, la Première Guerre mondiale et sa tragédie, l’effervescence artistique de l’époque forment la toile de fond de cette histoire d’amour et de tolérance. Les interrogations de l’auteure permettent de déployer le destin de ces trois êtres, en s’appuyant sur les souvenirs familiaux mais aussi sur une abondante correspondance.

Fascinante immersion dans l’intimité d’un homme et de deux femmes hors normes, qui surent conquérir leur liberté face aux rigidités de leur temps. Trois êtres étincelants, résolument modernes.

Date de parution : 03/01/2019 / ISBN : 978-2-84876-714-7 / Format : 14,5 x 22 cm / Pages : 208 / Prix : 18.00 €

Miro, Grand Palais

Visiter l’expo Miro et savourer les couleurs, la poésie et l’inventivité de l’artiste catalan. « Pour moi, un tableau doit être comme des étincelles. Il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème ».

Le Grand Palais consacre une belle rétrospective au grand maître catalan Joan Miró et présente plus de 150 œuvres en provenance des grands musées européens et américains, ainsi que de collections privées, pour permettre au visiteur de parcourir soixante-dix ans de création, d’inventivité, de rêves avec cet artiste qui nous parle de poésie en bleu ou en couleurs.

Quand le trait se pose sur la toile, sa simplicité manifeste est pourtant évocatrice et émouvante, qu’il évoque la montée du fascisme, l’hommage à l’ami Picasso ou la condamnation du jeune manifestant, Miro nous émeut et nous touche, nous frappe et nous réveille. Par ses traits, ses courbes, ses aplats, ses tons vifs et colorés, ses œuvres nous parlent, ses œuvres nous interpellent…

De sa Catalogne natale à Paris, de Mont Roig à Palma de Majorque, Miro a trouvé un alphabet coloré qu’il a décliné et fait évoluer dans son œuvre tout au long de sa vie. Il va comme il dit assassiner la peinture et développer son art de cette manière si personnelle, avec cette simplicité de traits, de figures, de formes et de couleurs. Il est d’ailleurs l’un des rares artistes, avec son grand ami Pablo Picasso, a avoir lancé un défi à la fois au surréalisme (lui qui est pourtant souvent qualifié de peintre surréaliste) et à l’abstraction.

Il se sera cependant essayé à tous les styles de son époque, le cubisme interprété à sa manière – on est loin des œuvres de Juan Gris ou de Pablo Picasso – le fauvisme, l’art catalan…

A partir de 1925, à Paris il fréquentera les surréalistes, les poètes et les artistes de son époque, Max Ernst, Robert Desnos, Tsara, Antonin Artaud, Aragon ou André Breton. Mais loin de l’interprétation surréaliste, son univers poétique est empreint de liberté tant dans les traits que dans les couleurs, il n’y a plus de représentation du réel, mais au contraire une prépondérance de l’imaginaire et de l’interprétation lyrique dans ce qu’il peint. En 1935, Miro est fortement touché par la montée du franquisme et par la guerre civile espagnole, son œuvre reflète alors toutes ses angoisses.

Réfugié avec tant d’autres artistes sur la côte normande il réalise à l’été 1939 les constellations, gouaches sur papier, une série qu’il termine en 1941. Élaboration de signes, de pictogrammes, constitutifs de cet alphabet si caractéristique qu’on retrouve tout au long de sa vie.

Simplicité, couleur, inventivité, sont les mots qui me viennent à l’esprit en parcourant les salles du Grand Palais.

On peut y voir également quelques céramiques produites dans le village de Gallifa. Au contraire de Picasso, Miro ne produira que des œuvres uniques.

Mais aussi des sculptures classiques, recouvertes de ripolin aux couleurs vives, comme pour tourner en dérisoire, voire ridicule, le travail intense de l’artiste sculpteur. A la façon de Calder ?

Bleu I bleu II, bleu III : réalisées à Palma de Majorque ses premières œuvres monumentales sont comme un aboutissement de tout ce qu’il a essayé de faire.

Joan Miró a été un homme engagé tout au long de sa carrière exceptionnelle. Il a défendu la Seconde République espagnole pendant la guerre civile de 1936-1939, il a peint un triptyque, œuvre critique sur l’exécution de l’anarchiste catalan Salvador Puig Antich en 1974. L’exécution à lieu au moment où il termine le troisième volet du triptyque.

Toiles brulées, épure blanche de grands triptyques… Miro invente, détruit, construit tout au long de sa vie une œuvre unique et forte.

Et, comment dire, en revoyant son œuvre, je me remémore et je comprends mieux l’inspiration des Shadocks, pas vous ?…

Une exposition qui se concentre sur les périodes charnières de l’artiste, du mouvement fauve au surréalisme, en passant par le cubisme ou le mouvement détailliste. Ni abstrait, ni figuratif, son art est devenu au fil des années un véritable langage, et n’a eu de cesse de se développer.

💙💙💙💙💙 Du 3 octobre 2018 au 4 février 2019.

Gabriële. Claire et Anne Berest

Deux sœurs, Claire et Anne Berest, pour une arrière-grand-mère, Gabriële, personnalité au foisonnement inventif et artistique unique, féministe avant l’heure, muse iconoclaste et dépendante de celui à qui elle voue un amour par-delà le temps, Francis Picabia.

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Cette histoire débute donc avec deux sœurs, une grand-mère côté maternel rescapée des camps de la mort où ont péri tous les autres membres de sa famille, et peut-être en contrepoint de l’horreur un grand-père et une famille dont on ne parle pas, une arrière-grand-mère, Gabriële Buffet, née en 1881,  morte à 104 ans en 1985 et un nom, Picabia, qui est celui d’un artiste au talent certainement méconnu, voilà qui promet une aventure littéraire particulièrement intéressante.

Comme beaucoup d’amateurs d’art, j’ai entendu parler de Francis Picabia, mais j’ignore presque tout de sa vie, en dehors des origines espagnoles et de la concurrence acharnée avec Picasso, son compatriote. Avec le roman à quatre mains des sœurs Berest, je découvre un homme étonnant. Né en France mais issu d’une famille aisée arrivant d’Espagne via Cuba, Picabia s’est révélé à travers l’impressionnisme et les toiles qu’il vendait, cher et bien, lui permettaient de vivre fort à son aise pour un artiste de la première moitié du XXe. Peintre et poète, artiste fantasque, amoureux et mari volage, ami festif, Picabia est aussi un malade totalement maniaco-dépressif. Sa rencontre avec Gabriële va sonner le glas de la facilité, et l’entrainer vers de nouvelles formes picturales, à la recherche d’une symphonie de couleurs et de formes encore jamais expérimentées.

Le crédo de Gabriële, c’est la composition musicale. Et à force de volonté et de persévérance, cette femme réussi à se faire accepter dans des écoles jusqu’alors réservées aux hommes. Puis elle part  à Berlin pour y perfectionner cet art qu’elle souhaite mettre en pratique. Si Gabriële n’avait pas rencontré Picabia, aurions-nous eu d’autres formes de musique avant-gardiste avant l’heure ?

Si cette rencontre a lieu, c’est grâce à son propre frère jean, artiste peintre lui aussi. Elle va bouleverser sa vie. Une nuit de folie, non pas amoureuse, mais créatrice, montre à Gabriële que Francis est sur la même longueur d’ondes qu’elle, et démontre à Francis Picabia que sans Gabriële, cette femme moderne et à l’esprit brillant,  point de salut, car sa muse, son inspiratrice, sa fée, c’est elle. Il doit l’épouser, la garder, la faire sienne pour trouver son chemin, pour exalter sa créativité, son art, pour qu’enfin ses pensées et ses recherches aboutissent. De leur union vont naitre quatre enfants, mais ils seront souvent déposés comme des fardeaux chez la mère de Gabriële ou dans des pensions en Suisse, car aucun des deux parents n’a la fibre parentale, leurs vies, leurs passions, s’exercent ailleurs et leur amour réciproque et exclusif n’englobe pas leurs enfants.

Leurs vies sont faites de rencontres, de créativité, d’insouciance, de voyages, impromptus, Martigues ou Saint Tropez, car Francis collectionne les voitures comme les maitresses et adore partir à l’improviste (enfin, autant que cela se peut à cette époque !), étonnants parfois, Séville ou New York pour l’exposition monumentale consacrée aux peintres contemporains, la plus grande exposition d’art moderne du monde, en 1912. Ce sont aussi des amitiés à trois, avec Marcel Duchamp, créatif, foisonnant d’inventivité mais timide, amoureux autant qu’ami, ou encore Guillaume Apollinaire, l’ami de toujours, relations à trois avec les maitresses de Francis, Germaine en particulier, acceptées et aidées par Gabriële… Folle époque créatrice, où l’on aime sentir vivre ces artistes, de Debussy à Stravinski, d’Isadora Duncan à Elsa Schiaparelli, sans parler de Picasso, Man Ray, André Breton et tous les autres rencontrés au fil de ce roman.

On peut aussi se poser des questions sur la vie de cette femme que l’on dit féministe avant l’heure. Car alors comment comprendre son incroyable acceptation de tout ce que cet homme fantasque, égoïste, très égocentrique lui aura fait subir ? Et qu’elle aura accepté et voulu avec autant de détermination qu’elle en avait mis jeune fille à essayer de devenir musicienne. Qu’est-ce qui fait qu’on accepte cet oubli de soi pour devenir et rester la muse indispensable d’un artiste mal dans sa peau,  mais au talent indiscutable. Éblouissant certainement ! … pour qu’elle s’y perde à ce point.

Enfin, belle écriture à quatre mains, une seule plume pour des mots qui touchent et qui vous emportent, que l’on soit séduit ou énervé par Gabriële ou Francis, qu’importe, l’histoire est étonnante, le talent des écrivains certain, merci pour cette lecture et cette découverte. J’ai bien aimé les digressions au temps présent, échange de paroles entre deux sœurs qui écrivent et s’interrogent, avancent ensemble pour dérouler à l’envers le fil de leur histoire commune.

Un grand merci également aux #MRL2017 sans qui je n’aurais pas eu le plaisir de découvrir ce roman. A conseiller à tous les amateurs d’art, mais aussi de biographies romancées et de personnages, de femmes en particulier, hors du commun.

Roman lu aussi dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019


Catalogue éditeur : Stock

Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient «  la femme au cerveau érotique  » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe  siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.
Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

Collection : La Bleue / Parution : 23/08/2017 / 450 pages / Format : 140 x 215 mm / EAN : 9782234080324 / Prix : 21.50 €