Le Paris d’Apollinaire, Franck Balandier

Des années de misère au cimetière du Père-Lachaise, de Montmartre à Montparnasse, Franck Balandier nous permet de marcher dans Paris sur les traces du poète Guillaume Apollinaire, ce court texte est un bonheur de lecture.

Débarqué en France à dix-huit ans avec sa famille, le jeune Apollinaire va errer d’adresse en adresse avec une mère qui joue et perd plus qu’elle ne gagne. Il devra travailler rapidement pour aider sa famille, mais il va s’imprégner de l’ambiance de la capitale et comprendre très vite que son destin est ailleurs. Un changement de nom et de prénom plus tard – son véritable nom est Wilhelm Kostrowitzky, mais cela fait « trop juif » à cette époque où la France sort à peine de l’affaire Dreyfus, et Apollinaris, le nom de l’eau gazeuse alors en vogue le séduit – c’est un Guillaume Apollinaire qui découvre le tout Paris littéraire. Pourtant il lui faudra d’abord s’émanciper d’une mère prête à tracer son destin, car elle a besoin de lui pour faire vivre la famille. Il devient journaliste, puis auteur, rapidement il sait s’entourer des artistes qui comptent et se complait dans le Paris des poètes et des écrivains.

Sous la plume poétique de Franck Balandier, nous le suivons dans ses errances artistiques, amicales, amoureuses et parfois même fantasques. Lui qui s’engage dès la déclaration de la guerre de 14 ne sera naturalisé français qu’en mars 1916. Blessé à la tête quelque jours après, il est rapatrié à Paris. En 1918, il épouse Jacqueline « sa jolie rousse » et meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918.

De la prison de la Santé à la guerre de 14, puis jusqu’au cimetière du Père-Lachaise où il repose, l’auteur le fait revivre sous nos yeux avec beaucoup de bienveillance, de véracité et de poésie…

De Picasso à Blaise Cendras, de Marie Laurencin à Paul Fort, Max Jacob, André Breton ou Jean Cocteau, tous les artistes qui ont compté dans ce siècle émaillent la vie du poète. C’est un plaisir de les retrouver là et de pouvoir ainsi les situer dans le temps. Ce recueil est un bonheur de lecture qui nous permet d’appréhender cet homme singulier et fantasque, humain et citoyen.

J’ai découvert Franck Balandier avec son roman Le corps parfait des araignées, puis à la rentrée littéraire 2018 avec APO ce roman que je vous conseille vivement et qui aborde, de façon romancée cette fois, un épisode précis de la vie d’Apollinaire, son séjour à la prison de la Santé. Voilà un auteur à suivre !

💙💙💙💙💙

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Catalogue éditeur : Alexandrines
C’est à Paris que Guillaume Apollinaire, éternel vagabond, poète de l’errance, se fixe et trouve son équilibre. « Flâneur des deux rives », il y installe sa bohème. Poète, dramaturge, romancier, pornographe, journaliste, mystificateur, parfois même un peu voyou, il sait capter, mieux que personne, la modernité littéraire et artistique de la capitale.
Il en est le passeur magnifique.
Apollinaire tisse un réseau d’amitiés solides (Picasso, le meilleur ami, le Douanier Rousseau, Max Jacob, Gide, Cendrars…), et entretient des amours tumultueuses et parfois douloureuses. Il est le meilleur découvreur du surréalisme, dont il invente le nom, et devient le chantre et le précurseur d’une formidable épopée littéraire et artistique. C’est à Paris qu’il vit, qu’il travaille, qu’il aime. Et c’est à Paris qu’il meurt, le 9 novembre 1918, deux jours avant l’armistice, il y a tout juste un siècle. 

Franck Balandier, après des études littéraires, devient éducateur de prison puis directeur pénitentiaire d’insertion. Il est l’auteur des Prisons d’Apollinaire, (L’Harmattan, 2001), et de APO (Le Castor Astral 2018).

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APO. Franck Balandier

Vous aimez Apollinaire ? Vous aimez les romans qui tout en ayant une base historique, vous transportent ailleurs par des mots et un rythme tellement différents, étonnants, vivants ? Lisez donc APO, le dernier roman de Franck Balandier.

Domi_C_Lire_APO_franck_balandier_le_castor_astralDe Franck Balandier j’avais découvert le roman Le corps parfait des araignées et son regard étonnement noir et cynique sur la vie et la mort, porté par une plume intéressante au verbe qui vous embarque.

Aujourd’hui, je suis bluffée et conquise par APO, ce roman qui vient de paraitre aux éditions du Castor Astral. Je l’ai commencé un soir et j’ai regretté de sombrer dans les bras de Morphée tant mon souhait de le terminer était grand ! Un roman que l’on ne peut pas lâcher, car l’envie est forte de suivre Apollinaire à deux moments précis de sa vie, dans ses frasques, ses amours, son écriture, mais aussi sa guerre, sa mort, et de savoir, comprendre, vibrer, pleurer ou rire.

Il y a trois Zones dans APO, trois époques, trois tranches de vie.

De la vie d’Apollinaire d’abord. En 1911, sans doute sur l’impulsion de Picasso, mais qui ne sera pourtant pas présent ce soir-là, Apollinaire et Géry décident d’aller de nuit au Louvre pour tenter de rapporter au peintre les statuettes qu’il leur a demandé… de rapporter allez-vous dire ? Enfin, de voler, ou d’emprunter bien sûr. Car si Le Louvre ne prête pas, ces messieurs ont pourtant l’âme généreuse des pauvres et des artistes… alors, aider un ami, la belle affaire. Au hasard des galeries et des couloirs, passant sans vergogne devant les gardiens endormis, ils déambulent, trouvent leurs statuettes, et décident au passage d’emporter également le tableau le plus célèbre du musée, rien de moins que La Joconde de Léonard de Vinci…Eh oui, carrément ! Mais suite aux bavardages de Géry, qui réussira à s’enfuir, les enquêteurs ont tôt fait de remonter jusqu’au poète, et APO va passer quelques jours dans la cellule 5 de la déjà sordide prison de La Santé à Paris sous le numéro de matricule 123 216, du 7 au 12 septembre 1911.

Et l’auteur de nous régaler avec un juge comme on n’en fait plus, des policier enquêteurs amateurs de catch, des photographes de prison qui n’ont rien d’artistique. Mais également de restituer le spleen et les états d’âme d’un Guillaume Apollinaire qui pense si fort à sa Marie (Laurencin) et au ciel ou au manque de soleil par-dessus les toits, même en captivité son imagination et son talent s’expriment, même pour dire le vide, l’ennui  ou l’absence. Cette expérience le marquera, y compris dans sa créativité.

Des derniers jours de la vie d’Apollinaire ensuite, quand en 1918, revenu du front, survivant des horreurs de cette guerre mais atteint par le gaz moutarde, les poumons rongés peu à peu, il se meurt à Paris de cette grippe espagnole qui a décimé tant de monde en Europe. Le poète se meurt et se remémore ses amours enfuis, les prénoms de ses belles, leurs caresses et celles du soleil sur sa peau, mais il sait aussi que sa fin est proche, inéluctable.

Enfin, l’auteur nous entraine en 2015 dans la cellule d’Apollinaire, dans cette prison de La Santé insalubre qui va être rénovée. En conservant toutefois le mur extérieur classé monument historique (on a les monuments qu’on peut !). Il fait entrer en scène la belle Élise. Une femme pour un poème, une femme pour un espoir, une femme pour un mensonge…

Lisez ce livre, et peut-être comme moi allez-vous suivre le poète, ses vers, sa folie douce, ses espoirs et ses aventures, apprécier la langue et les mots de Franck Balandier, denses, mordants, cruels et cyniques quelques fois, mais tellement réalistes dans leur démesure.

Il porte également un regard vif, acéré et sans concession vers le monde carcéral qui m’a rappelé ces visites que j’ai pu faire aux maisons d’arrêt de Fleury-Mérogis ou de Réaux, de Nanterre ou de Nantes, quand le visiteur avance dans les couloirs et que ses pas sont rythmé par le bruit des verrous qui s’ouvrent et se referment derrière lui, des portes qui claquent, des détenus qui avancent et vous croisent avec le regard furtif de ceux qui connaissent et portent sur leurs épaules le poids de la privation de liberté.

Merci de m’avoir donné envie de relire les poèmes de Guillaume Apollinaire, en particulier ce recueil que j’aime tant : Alcools

💙💙💙💙💙

Domi_C_Lire_APO_franck_balandier_le_castor_astral_1A la Santé Guillaume Apollinaire

I

Avant d’entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu’es-tu devenu

Le Lazare entrant dans la tombe
Au lieu d’en sortir comme il fit
Adieu Adieu chantante ronde
Ô mes années ô jeunes filles

II

Non je ne me sens plus là
Moi-même
Je suis le quinze de la
Onzième

Le soleil filtre à travers
Les vitres
Ses rayons font sur mes vers
Les pitres

Et dansent sur le papier
J’écoute
Quelqu’un qui frappe du pied
La voûte

III

Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Tournons tournons tournons toujours
Le ciel est bleu comme une chaîne
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène

Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine
Avec le clefs qu’il fait tinter
Que le geôlier aille et revienne
Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine

IV

Que je m’ennuie entre ces murs tout nus
Et peint de couleurs pâles
Une mouche sur le papier à pas menus
Parcourt mes lignes inégales

Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur
Toi qui me l’as donnée
Prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur
Le bruit de ma chaise enchainée

Et tour ces pauvres cœurs battant dans la prison
L’Amour qui m’accompagne
Prends en pitié surtout ma débile raison
Et ce désespoir qui la gagne

V

Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement

Tu pleureras l’heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures

VI

J’écoute les bruits de la ville
Et prisonnier sans horizon
Je ne vois rien qu’un ciel hostile
Et les murs nus de ma prison

Le jour s’en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

En 2018 :

  • Centenaire de la mort de Guillaume Apollinaire
  • Centenaire de la fin de la Grande Guerre
  • Réouverture de la prison de la Santé

Catalogue éditeur : Le Castor Astral

Apollinaire en prison !
Sur une idée saugrenue mais géniale de Picasso et du mystérieux Géry, Apo se retrouve, par une nuit diluvienne, complice du vol de la Joconde. En quelques jours, la police remonte jusqu’à lui : menottes, serrures, barreaux, cellule.  Cinq jours comme une éternité.
Du Paris de la Grande Guerre à la destruction de la prison de la Santé, le roman dévoile un Apollinaire sensuel ramené à sa condition d’homme et à ses failles. Pour s’en échapper, il ne sait qu’écrire : au café, en cellule, sous les bombes…

Avec cette fiction sensuelle, Franck Balandier force le retour à une expérience authentiquement humaine, loin du rapport institutionnalisé à Apollinaire.

ISBN 979-10-278-0164-0 / 17,00 EUR / 184 pages / août 2018

Gabriële. Claire et Anne Berest

Deux sœurs, Claire et Anne Berest, pour une arrière-grand-mère, Gabriële, personnalité au foisonnement inventif et artistique unique, féministe avant l’heure, muse iconoclaste et dépendante de celui à qui elle voue un amour par-delà le temps, Francis Picabia.

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Cette histoire débute donc avec deux sœurs, une grand-mère côté maternel rescapée des camps de la mort où ont péri tous les autres membres de sa famille, et peut-être en contrepoint de l’horreur un grand-père et une famille dont on ne parle pas, une arrière-grand-mère, Gabriële Buffet, née en 1881,  morte à 104 ans en 1985 et un nom, Picabia, qui est celui d’un artiste au talent certainement méconnu, voilà qui promet une aventure littéraire particulièrement intéressante.

Comme beaucoup d’amateurs d’art, j’ai entendu parler de Francis Picabia, mais j’ignore presque tout de sa vie, en dehors des origines espagnoles et de la concurrence acharnée avec Picasso, son compatriote. Avec le roman à quatre mains des sœurs Berest, je découvre un homme étonnant. Né en France mais issu d’une famille aisée arrivant d’Espagne via Cuba, Picabia s’est révélé à travers l’impressionnisme et les toiles qu’il vendait, cher et bien, lui permettaient de vivre fort à son aise pour un artiste de la première moitié du XXe. Peintre et poète, artiste fantasque, amoureux et mari volage, ami festif, Picabia est aussi un malade totalement maniaco-dépressif. Sa rencontre avec Gabriële va sonner le glas de la facilité, et l’entrainer vers de nouvelles formes picturales, à la recherche d’une symphonie de couleurs et de formes encore jamais expérimentées.

Le crédo de Gabriële, c’est la composition musicale. Et à force de volonté et de persévérance, cette femme réussi à se faire accepter dans des écoles jusqu’alors réservées aux hommes. Puis elle part  à Berlin pour y perfectionner cet art qu’elle souhaite mettre en pratique. Si Gabriële n’avait pas rencontré Picabia, aurions-nous eu d’autres formes de musique avant-gardiste avant l’heure ?

Si cette rencontre a lieu, c’est grâce à son propre frère jean, artiste peintre lui aussi. Elle va bouleverser sa vie. Une nuit de folie, non pas amoureuse, mais créatrice, montre à Gabriële que Francis est sur la même longueur d’ondes qu’elle, et démontre à Francis Picabia que sans Gabriële, cette femme moderne et à l’esprit brillant,  point de salut, car sa muse, son inspiratrice, sa fée, c’est elle. Il doit l’épouser, la garder, la faire sienne pour trouver son chemin, pour exalter sa créativité, son art, pour qu’enfin ses pensées et ses recherches aboutissent. De leur union vont naitre quatre enfants, mais ils seront souvent déposés comme des fardeaux chez la mère de Gabriële ou dans des pensions en Suisse, car aucun des deux parents n’a la fibre parentale, leurs vies, leurs passions, s’exercent ailleurs et leur amour réciproque et exclusif n’englobe pas leurs enfants.

Leurs vies sont faites de rencontres, de créativité, d’insouciance, de voyages, impromptus, Martigues ou Saint Tropez, car Francis collectionne les voitures comme les maitresses et adore partir à l’improviste (enfin, autant que cela se peut à cette époque !), étonnants parfois, Séville ou New York pour l’exposition monumentale consacrée aux peintres contemporains, la plus grande exposition d’art moderne du monde, en 1912. Ce sont aussi des amitiés à trois, avec Marcel Duchamp, créatif, foisonnant d’inventivité mais timide, amoureux autant qu’ami, ou encore Guillaume Apollinaire, l’ami de toujours, relations à trois avec les maitresses de Francis, Germaine en particulier, acceptées et aidées par Gabriële… Folle époque créatrice, où l’on aime sentir vivre ces artistes, de Debussy à Stravinski, d’Isadora Duncan à Elsa Schiaparelli, sans parler de Picasso, Man Ray, André Breton et tous les autres rencontrés au fil de ce roman.

On peut aussi se poser des questions sur la vie de cette femme que l’on dit féministe avant l’heure. Car alors comment comprendre son incroyable acceptation de tout ce que cet homme fantasque, égoïste, très égocentrique lui aura fait subir ? Et qu’elle aura accepté et voulu avec autant de détermination qu’elle en avait mis jeune fille à essayer de devenir musicienne. Qu’est-ce qui fait qu’on accepte cet oubli de soi pour devenir et rester la muse indispensable d’un artiste mal dans sa peau,  mais au talent indiscutable. Éblouissant certainement ! … pour qu’elle s’y perde à ce point.

Enfin, belle écriture à quatre mains, une seule plume pour des mots qui touchent et qui vous emportent, que l’on soit séduit ou énervé par Gabriële ou Francis, qu’importe, l’histoire est étonnante, le talent des écrivains certain, merci pour cette lecture et cette découverte. J’ai bien aimé les digressions au temps présent, échange de paroles entre deux sœurs qui écrivent et s’interrogent, avancent ensemble pour dérouler à l’envers le fil de leur histoire commune.

Un grand merci également aux #MRL2017 sans qui je n’aurais pas eu le plaisir de découvrir ce roman. A conseiller à tous les amateurs d’art, mais aussi de biographies romancées et de personnages, de femmes en particulier, hors du commun.

Roman lu aussi dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019


Catalogue éditeur : Stock

Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient «  la femme au cerveau érotique  » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe  siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.
Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

Collection : La Bleue / Parution : 23/08/2017 / 450 pages / Format : 140 x 215 mm / EAN : 9782234080324 / Prix : 21.50 €

Minuit, Montmartre. Julien Delmaire

Aux Correspondances de Manosque j’ai rencontré Julien Delamaire, écrivain en résidence, et découvert avec grand plaisir « Minuit, Montmartre », roman dans lequel il évoque avec beaucoup de poésie les artistes et la vie de la butte à la belle époque.

Domi_C_Lire_minuit_montmartreA Montmartre, il y a d’abord Vaillant, un chat presque aussi sauvage et indépendant que la belle et noire Masseïda qu’il rencontre et va guider, lui qui tombe sous le charme.
Vaillant n’est autre que le chat de Théophile Alexandre Steinen, artiste peintre sur le déclin, qui a connu quelques heures de gloire en particulier lorsqu’il a réalisé l’affiche du cabaret « Le chat noir ». Mais les années fastes sont derrière lui, aujourd’hui, il fait quelques affiches plus faciles, quelques illustrations, la vie est plus difficile. En manque d’inspiration, il ne peint plus désormais que des chats.
Il va finalement accueillir Masseïda. Arrivée d’Afrique depuis peu, elle cherche un refuge et de quoi subsister, lui cherche une muse, la rencontre va se faire entre ces deux être réunis par la misère et l’amour du beau.

A Minuit, Montmartre, on croise des artistes aux noms évocateurs, de Picasso à Apollinaire, de Toulouse Lautrec  à la Goulue, Footit et Chocolat, les deux clowns en fin de course déjà, mais c’est avant tout l’âme d’un quartier qui est ressuscitée sous nos yeux pour notre plus grand bonheur. Même si ce sont aussi des années terribles, la guerre de14/18, les hommes, jeunes, partis la fleur au fusil qui ne reviendront pas, ou cassés à jamais, la misère, la syphilis, la prostitution. On y comprend aussi la douleur de l’exil de Masseïda ou de Pampelune, dans une époque qui ne les accepte pas pour ce qu’ils sont. Et un inénarrable allumeur de réverbère, symbole d’un temps enfui à jamais, qui chaque soir allume les lanternes et nous rappelle que la sécurité et le confort de la lumière n’ont pas toujours été des évidences.
J’aime l’écriture de Julien Delmaire qui nous entraine dans les pas de Masseïda, auprès des filles de joie, des artistes, de la vie qui grouille sur la butte qui se transforme, en proie à la misère certes, mais également enclins à une grand humanité. Dans un décor digne d’un film de Renoir, on suit les pas des protagonistes, on sent les parfums, les coups, le froid, on devine les ébauches, les coups de crayons, les couleurs chatoyantes ou parfois tristes, on entre dans l’atelier de l’artiste, on met ses pas dans ceux des buveurs de la fée verte qui détruit les amis, une magnifique et poétique évocation. Minuit, Montmartre est un roman étonnant, touchant, enrichissant,  une bien belle lecture.

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Grasset
Montmartre, 1909. Masseïda, une jeune femme noire, erre dans les ruelles de la Butte. Désespérée, elle frappe à la porte de l’atelier d’un peintre. Un vieil homme, Théophile Alexandre Steinlen, l’accueille. Elle devient son modèle, sa confidente et son dernier amour. Mais la Belle Époque s’achève. La guerre assombrit l’horizon et le passé de la jeune femme, soudain, resurgit…
Minuit, Montmartre s’inspire d’un épisode méconnu de la vie de Steinlen, le dessinateur de la célèbre affiche du Chat Noir. On y rencontre Apollinaire, Picasso, Félix Fénéon, Aristide Bruant ou encore la Goulue… Mais aussi les anarchistes, les filles de nuit et les marginaux que la syphilis et l’absinthe tuent aussi sûrement que la guerre.
Ce roman poétique, d’une intense sensualité, rend hommage au temps de la bohème et déploie le charme mystérieux d’un conte.

Parution : 23/08/2017 / Pages : 224 / Format : 145 x 205 mm / Prix : 18.00 € / EAN : 9782246813156

21 rue La Boétie. Musée Maillol

 Musée Maillol exposition « 21 rue la Boétie » à voir jusqu’au 23 juillet.

domiclire_maillolD’abord, on aime le charme du lieu, le Musée Maillol est dans un de ces beaux hôtels qui nous transportent et sont partie intégrante du plaisir de la visite. Alors on entre, on grimpe vite cet escalier en colimaçon tout en transparence, et nous voilà à l’entrée de l’expo.

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Là, une scénographie bien agencée, riche et lisible nous explique le parcours de Paul Rosenberg, issu d’une famille de galeristes, esthète, visionnaire, moderne et habile marchand des œuvres de ces peintres majeurs du siècle dernier qu’il rencontre au début de leur carrière et qui devinrent rapidement ces amis. Son histoire sera racontée par sa petite fille, Anne Sinclair, dans le livre éponyme : 21 rue La Boétie, adresse parisienne de sa galerie.

De nombreuses photos de documents montrent également la richesse et l’activité de la galerie, une exposition par mois environ, de tous les peintres qui ont marqué cette époque. Fort heureusement, Paul Rosenberg faisait photographier chacune des œuvres qui rentraient dans sa galerie. Et si les plaques photographiques ont voyagé d’Allemagne en Russie, avant de revenir à la famille émigrée à New York, elles permettent de prendre la mesure des quelques 4500 œuvres qu’elles répertorient ! Quelques photos et facsimilés de fiches sont d’ailleurs exposés.

Au fil des salles, qui nous projettent pour certaines dans l’ambiance même de la galerie, nous découvrons de magnifiques tableaux de Picasso, quelques Braque, Léger, Matisse, Nicolas de Staël, mais aussi la talentueuse Marie Laurencin, Renoir…

Les impressionnistes :

De Picasso à Marie Laurencin, les grands maîtres de la collection :

Mais la saga des Rosenberg, c’est aussi un tournant de l’Histoire, la grande, parfois dramatique. C’est l’arrivée d’Hitler en 1933, la France comme l’Europe occupée, la spoliation des biens juifs, la mainmise par les allemands sur les œuvres majeures des pays annexés, mais aussi la destruction de tout ce qui ne rentrait pas dans le cadre imposé par la doctrine aryenne, ce qu’ils appelaient « l’Art dégénéré ». La fureur destructrice de la beauté par les barbares n’est pas nouvelle hélas. Cette partie de l’exposition est riche d‘enseignement, car la mémoire est sélective et nous avons souvent oublié cette partie de notre histoire.

Art autorisé, art dégénéré :

Le 21 rue la Boétie sera réquisitionné et transformé en Institut d’étude des questions juives. Après avoir fui à Bordeaux, Paul Rosenberg ira s’installer à New York où il avait déjà ouvert une galerie quelques années auparavant. Il sera même déchu de sa nationalité française et l’apprendra là-bas, comme tant d’autres… une partie de ses biens lui sera restituée après la guerre, d’autres bien plus tard, d’autres enfin dorment on l’espère quelque part et réapparaitront un jour, peut-être…

Picasso :

L’exposition est splendide, des œuvres de peintres majeurs, une trame et un drame historique que l’on ne peut pas ignorer, voilà de quoi passer un beau  moment particulièrement enrichissant.

Enfin, ne pas oublier d’aller voir la suite, avec les collections permanentes dédiées à Maillol, peintre et sculpteur.

EXPOSITION 21 rue La Boétie Picasso, Matisse, Braque, Léger…Du 2 mars au 23 juillet 2017
Ah, mais Céline aussi à aimé ! Retrouvez-la sur son blog Arthémiss

Picasso.Mania au grand Palais

Vous continuerez longtemps à peindre ? – « Oui, parce que pour moi, c’est une manie » (Picasso)
A l’exposition Picasso.mania du grand Palais, on pouvait admirer cent chefs d’œuvre de Picasso, dont certains jamais montrés, et mieux appréhender l’influence du maitre chez les artistes contemporains et avant-gardistes des années 60 /80.

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Andy Warhol

Même si elle est terminée depuis longtemps, j’ai envie de revenir sur mes impressions suite à mes visites de Picasso.mania. L’exposition était présentée à la fois de façon chronologique et thématique, pour mieux montrer comment les œuvres de l’artiste furent reçues par les plus grands, qu’ils aient été critiques ou artistes, mais dans tous les cas acteurs des étapes de la formation du mythe Picasso. Le face à face confrontait les artistes au maitre et apparaissait presque comme une évidence.
Il est important de connaitre l’homme, ses influences sur les plans personnel, historique et artistique, pour mieux comprendre son œuvre. Aux grandes périodes et à certaines œuvres particulièrement emblématiques de Pablo Picasso, telles que Les Demoiselles d’Avignon et Guernica, répondent les œuvres contemporaines de Hockney, Johns, Lichtenstein, Kippenberger, Warhol, Basquiat ou Jeff Koons.

 

Maurizio Cattelan : en 1960 il utilise un masque en papier mâché, qu’il fait porter à un mannequin avec une tenue typique de Picasso, la marinière. C’est une attaque de la démocratisation culturelle : Picasso est devenu l’emblème de la société du divertissement de masse. Dans les années 60/70 on trouve par exemple des reproductions d’œuvres de Picasso jusque dans les cuisines de tous les français !

Chéri Samba peint Picasso avec les mains en petits pains (ce sont les petits pains qu’ils mangeaient à la villa !), mais y ajoute l’Afrique et la colombe. Picasso est placé devant une assiette, on voit la colombe qu’il avait dessinée en 49 pour le mouvement mondial pour la paix. Symbole de mouvement antimilitariste que Chéri samba résume lui aussi par la colombe.

Richard Hamilton peint les Ménines en remplaçant Velázquez par Picasso. Et comme Picasso est communiste, il représente aussi la faucille et le marteau. En fait, pour orchestrer son tableau, il s’inspire de tous les styles de l’artiste.

Guernica : Même si Picasso est parti tôt d’Espagne, il reste présent dans la vie espagnole et les peintres d’alors rendent hommage à l’artiste contestataire. Pour preuve de ce côté contestataire, le refus par Picasso du retour de Guernica en Espagne du vivant du dictateur Franco. Le tableau part alors au MOMA à New York, et ne reviendra à Madrid que dans les années 70, après la mort du maitre.

Les demoiselles d’Avignon : On sent la présence de l’art africain dans l’inspiration de Picasso tout particulièrement avec ce tableau, car deux demoiselles ont des visages qui ressemblent à des masques africains. Même si on est en pleine période colonialiste, Picasso a su reconnaître la valeur de l’art africain. Il faudra d’ailleurs arriver jusque dans les années 80 pour vraiment comprendre l’influence de l’art africain sur l’œuvre de Picasso. Le tableau est au MOMA, à New York. « Les Demoiselles d’Avignon » est la première œuvre cubiste référencée de Picasso, qu’il réalise en réaction à l’Olympia de Manet. Il utilise la géométrie dans l’art, mais ce n’est pas nouveau, au contraire, puisque c’est utilisé depuis longtemps en Afrique, en particulier avec les masques. Picasso allait d’ailleurs souvent à l’institut océanographique et possédait des œuvres africaines.

La Guitare « j’aime Eva « et le cubisme
domiClire_picasso_3L’invention du cubisme arrive avec Braque. C’est de la photo 3D avant l’heure. Cela correspond sans doute à une époque de démocratisation du cinéma. Le cubisme provient du désir des artistes de représenter à la fois l’espace et le temps en essayant de donner l’illusion du mouvement. Mais comment peut-on représenter le mouvement sur une surface figée ?
Les cubistes montrent donc des décalages temporels, des phases différentes, d’une même image. L’objet s’est simplement déplacé dans l’espace. C’est aussi une façon de représenter le volume. Ce qui est impossible autrement sur la planéité de la toile.
Depuis de 15e siècle, en peinture on utilise la perspective pour représenter l’idée du volume. Mais l’idée est alors que Dieu a créé une image pour que l’homme la regarde telle qu’elle est, et que cette image est unique. A l’époque du cubisme, on a une nouvelle vision du corps avec les évolutions de la science, les cubistes subissent cette idée. L’idée est de voir non seulement avec les yeux mais aussi par le toucher, de montrer les volumes tels qu’on les « voit » avec son corps entier. Comme si on pouvait le toucher, par la démultiplication en de multiples facettes. Exactement comme le fait Cézanne lorsqu’il peint à l’infini la montagne St Geneviève. Pourtant, Picasso ne veut pas être un peintre abstrait. Aussi revient-il à l’idée de « raconter une histoire » avec des yeux, une bouche, un nez etc.
Dans l’exposition, on pouvait voir les œuvres de David Hockney qui applique le cubisme à la photo. On se rend compte alors qu’il y a forcément plusieurs façons de représenter la réalité. Y compris en utilisant les limites même de la photo qui fige l’instant.

Quand Picasso Inspire les artistes afro américains : Colescott réalise « Les demoiselles d’Alabama vêtues et dévêtues » en 1985. A sa façon, il restaure et inverse les quotas et dans ses tableaux, remplace les blancs par des noirs !

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Roy Lichtenstein
Son interrogation : que va-t-on faire de l’artiste dans une société où les machines peuvent reproduire à l’infini n’importe quelle image, et où la reproduction tient lieu de création ! Dans ses œuvres, on peut voir de nombreux points : en fait il reproduit les trames de l’impression.

 

Très intéressante idée, deux tableaux de George Baselitz, dont l’un inspiré par un tableau du maitre. Ce peintre d’Allemagne de l’Est est bercé à la peinture de Picasso, l’un des rares artiste enseigné là-bas, simplement parce qu’il affirme ses convictions communistes ! Et ce n’est pas une erreur d’accrochage, mais George Baselitz retourne ses peintures car il veut que le visiteur ne cherche pas à voir l’objet représenté mais seulement l’œuvre…

Le cycle des quatre saisons de Jasper Johns, une des caractéristiques de son œuvre : les vases visages.

 

Après la mort de Picasso et de Jacqueline, Martin Kippenberger peint plusieurs tableaux qu’il intitule : « Jacqueline : The paintings Pablo couldn’t paint anymore”

 

domiClire_picasso_basquiatJe termine ma visite par ce tableau de Jean-Michel Basquiat, auto portrait en marinière : juste parce que j’aime particulièrement et le tableau, et le peintre !
Voilà, encore une fois c’était une expo passionnante, même si au premier abord elle était un peu hermétique, car les œuvres des artistes « suiveurs » ou « inspirés » ont vraiment besoin de quelques explications pour être mieux appréciées. Mais quel plaisir d’apprendre et de mieux comprendre.