Le Sans Dieu. Virginie Caillé-Bastide

Roman d’aventure, roman de pirates, roman d’amour et de désespoir. Batailles, défaites, famine ou vengeance, tout est là ! Pourquoi on aime « Le sans Dieu » de Virginie Caillé-Bastide.

Domi_C_Lire_le_sans_dieu_virginie_caillebastide.jpgBretagne, en 1709. Alors qu’une vague de froid s’est installée sur l’Ouest du royaume, le Conte Arzhur de Kerloguen voit mourir son fils. C’était le dernier de ses enfants, la famine et l’hiver lui ont pris sa famille, sa femme devenue folle s’en remet à Dieu. Plus rien ne le retient désormais sur ces terres où même la mort d’un innocent ne fait pas bouger les hommes de Dieu soumis au pouvoir local.

 Quelques années plus tard, Ombre sur le bateau Le Sans Dieu, pirate parmi les pirates, nous le retrouvons chef tout puissant sans foi ni loi. Flibustier qui part sur les mers des caraïbes conquérir et détrousser les galions sans regret ni hésitation. Jusqu’au jour où lors d’une attaque particulièrement sanglante, il épargne Anselme, un prêtre jésuite, et le retient captif sur son bateau. Les longues discussions et les tentatives d’Anselme de remettre en question l’action d’Arshur seront propices à de nombreux échanges entre les deux hommes, en particulier des questionnements sur la foi en Dieu, ou sur la perte de la foi. Mais fort de son malheur, il sera difficile pour Arzhur de revenir dans un chemin de pardon et de soumission. Intéressant dialogue que celui de l’homme de Dieu et du mécréant, propice également à de nombreuses interrogations sur l’esclavage, celui de la traite triangulaire autant que celui des humbles dans les villages perdus de Bretagne.

Le lecteur suit avec plaisir les différents personnages aux caractères bien trempés et au passé souvent sombre. Comme en particulier les émois et les sentiments ambigus de Maël le boiteux, car on sent très vite qu’il a un lien étroit avec Arzhur, ou encore Barbe, gouvernante et servante, restée à jamais fidèle à la famille et qui a élevé Maël le boiteux. Tout au long de l’intrigue, des relations se tissent, des caractères se forgent, des amours fraternelles se défont ou s’espèrent.

L’auteur nous plonge immédiatement dans un roman d’aventures et d’Histoire qui plaira aux amateurs du genre.  On y retrouve ce qui fait le sel des romans de pirates, les batailles, les prises de bateau à l’abordage, le sang et le vin qui coulent à flot. L’écriture, la langue, le parler de Virginie Caillé-Bastide ressuscitent l’époque, rendant plus véridique encore cette aventure de pirates et d’insoumis, de révoltés et de brigands. Un roman inattendu et absolument rafraichissant.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Bretagne, 1709. Une vague de froid sans précédent s’abat sur le royaume de France, déclenchant une famine effroyable. Arzhur de Kerloguen assiste impuissant à la mort du dernier de ses sept enfants. Sa femme ayant perdu la raison, il abandonne sa terre natale et les derniers fragments de sa foi.
Au large des Caraïbes, 1715. L’Ombre, farouche capitaine, fait régner la terreur sur ces mers du bout du monde qu’il écume sans relâche. Lors de l’attaque d’un galion espagnol, il épargne un prêtre jésuite et le retient prisonnier. Un affrontement s’engage alors entre les deux hommes sur l’épineuse question de l’existence de Dieu. Lire la suite …

336 pages | 20€ / Paru le 24 août 2017 / ISBN : 978-2-35087-421-0

L’oiseau des tempêtes. Serge Brussolo

Sous le règne de Louis XIV, on se laisse embarquer avec Marion dans la Bretagne profonde, celle des  nobliaux sans fortune au tempérament aventurier et bagarreur.

DomiCLire_l_oiseau_des_tempetes.JPGJe découvre Serge Brussolo avec L’oiseau des Tempêtes, on pourrait penser qu’il est temps, tant l’auteur est prolixe. Ce ne sera certainement pas le dernier que je lirais, la meilleure des raisons étant qu’apparemment il y aura une suite, et en fait il ne peut en être autrement !
Dès les premiers chapitres, le décor est planté et on fait la connaissance des protagonistes majeurs de l’aventure. Artus de Bregannog est un noble sans fortune, le train de vie pour avoir sa place à la cour du roi soleil n’est plus à sa portée, aussi s’est-il réfugié sur ses terres en Bretagne. Là, à sa demande, Alexandre, l’un de ses hommes, vétérinaire de son état, prend pour épouse une ancienne prostituée, ex-comédienne ayant eue son heure de gloire à la cour, et devient le tuteur de sa fille Marion. Lorsque sa mère, devenue folle, disparait dans les flots, Marion devra rester et accepter la vie au village.

En ces années de faste royal à la cour de Versailles, la terre est inhospitalière et la misère profonde dans les provinces reculées. Les villageois se transforment en naufrageurs, ces paysans qui allumaient de feux pour attirer et échouer les bateaux vers les côtes déchiquetées, afin de piller les épaves. Jusqu’au jour où, par malheur, leur subterfuge criminel est découvert. Bientôt la police du Roi est là pour emporter tout ce monde vers les geôles de Saint-Malo. Vont alors s’ensuivre des années bien difficiles et sombres pour une Marion encore un peu trop honnête et innocente.
Mais les évènements et la vie vont se charger de faire son éducation. Après bien des péripéties, la voilà embarquée en compagnie de quelques prostituées qui s’en vont peupler le nouveau monde, vers des iles où sévissent les pirates. Les éléments vont se déchainer pour lui rendre la vie dure. Parfois bien trop crédule, peu bagarreuse et trop soumise, Marion se révèle et apprend à lutter contre le mauvais sort qui s’acharne.

L’auteur nous emporte, avec un style bien à lui, dans une intrigue romanesque à souhait, portée par une fine connaissance historique, instillée au fil des pages, qui donne au lecteur une vision assez réaliste de la vie sous le règne du Roi-Soleil. Que l’on soit dans les campagnes pauvres, au bordel, ou dans les provinces où les traditions, les superstitions et les peurs des marins sont prégnantes, dans les geôles du Roi ou sur les bateaux face aux pirates, on espère, on s’amuse et on s’énerve parfois de tant de naïveté, mais on vibre avec Marion, pour un bon moment de lecture délassant et dépaysant.


Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Sous le règne du Roi-Soleil, Marion, fille d’une ex-comédienne de Molière, devient à la mort de celle-ci la pupille d’un étrange baron tombé en disgrâce, qui vit retiré dans une presqu’île inhospitalière de Bretagne. La jeune fille va bientôt découvrir que ce noble, ruiné, dirige une équipe de naufrageurs. Bien malgré elle, dans l’incapacité d’échapper à son tuteur, elle se trouve associée à ses crimes. Ce qui lui vaut d’être arrêtée et conduite au bagne de Saint-Malo.
Dès lors, ballottée au hasard des événements, elle côtoie une faune étrange de marginaux, faux-monnayeurs et trafiquants, jusqu’au jour où, par décret royal, elle est déportée aux îles en compagnie d’autres malheureuses condamnées à être offertes en pâture aux colons célibataires.
À peine débarquée, elle va devoir lutter pour survivre au sein d’un monde où boucaniers et pirates font la loi.

Date de parution 10 novembre 2016 / 408 pages / 9782265097360

et que celui qui a soif, vienne. un roman de pirates. Sylvain Pattieu

Le roman de Sylvain Pattieu est une drôle d’épopée au pays des pirates et des bateaux du roi ou ceux de la Compagnie des Indes Orientales, sur les océans où ils se livrent bataille sans merci, pour le bonheur de vaincre, pour la conquête de nouveaux horizons, pour le commerce.

« Et que celui qui a soif, vienne » ce mot d’ordre des pirates, tiré des évangiles, donne le ton du roman. Les combats, les bateaux, sont eux aussi les personnages principaux de ce roman d’aventure comme on les aime. On y retrouve les esclaves, évocation de la traite négrière, de la participation des peuples subsahariens dans la capture de ceux qui traversent l’océan pour être vendus dans le nouveau monde. Il y a aussi les bateaux du royaume de France, où les captives, prostituées bannies, vont aller elles aussi peupler ce nouveau monde. Il y a enfin les bateaux des riches marchands hollandais, ceux de la compagnie des Indes Orientales, fiers commerçants à la pensée protestante rigoriste. Il y a enfin les rencontres, entre hommes et femmes, entre marchands et ouvriers, vitrier, charpentier, marins par passion ou par force, pour éponger une dette d’un soir de beuverie, ou par défi pour fuir une vie dont on ne veut plus. Et forcément, à moment donné, les routes et les destinées de ces différents navires vont se croiser, pour le meilleur et sans doute pour le pire.

Sylvain Pattieu nous entraine à leur suite, mais pas seulement. Rarement une lecture n’aura été aussi déroutante. Car comment dire, lorsque il est emporté par les combats, par l’assaut des bateaux, par les duels à l’épée, nul lecteur ne s’attend à lire entre les scènes les réflexions de l’auteur au moment où il écrit ! Or, là c’est ce qu’il se passe. Le récit est constellé de paragraphes très personnels, sur l’actualité, sur la vie de l’auteur, le décès de sa mère, les situations identiques dans l’Histoire, un peu comme si on le voyait poser la plume et nous parler, si on l’entendait réfléchir et penser à voix haute pendant son travail d’écriture. Je ne sais pas dire si cela a vraiment de l’intérêt ni si cela m’a vraiment plu. Mais c’est assez original pour être souligné. Car dans ce roman on embarque vraiment sur les trois bateaux, l’Enterprize, le Florissant, le Batavia. On voit bien la psychologie et la personnalité des différents commandants, sur le bateau négrier, sur les vaisseaux marchands de la compagnie des Indes Orientales, sur les bateaux de pirates enfin, qui traquent pour leur survie, mais aussi pour le plaisir de l’abordage, du combat, de la victoire, et qui s’avèrent les précurseurs pour une vie égalitaire et de liberté. On s’y croit, et tous ceux qui aiment les romans de pirates vont apprécier, mais pas seulement, tous les autres aussi, car il y a à la fois une belle écriture et un jolie inventivité romanesque dans ce roman-là.

domiclire_POL2016  Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : Rouergue La brune

De l’Ancien au Nouveau Monde, le destin de trois bateaux et de leurs équipages, un négrier, un vaisseau pirate et un navire marchand. Avec ces péripéties nombreuses et ses personnages fascinants (depuis l’esclave africain jusqu’à l’armateur hollandais), cet hommage aux romans d’aventures se saisit du genre pour le renouveler d’une façon très inventive. Un roman contemporain, donc, au grand souffle romanesque, porté par une réflexion politique sur ce que fut cette première mondialisation.

janvier 2016 / 480 pages / 21,80 € / ISBN 978-2-8126-0989-3