Les mains dans les poches, Bernard Chenez

Quelques chapitres, quelques mots, quelques lignes pour retracer des instants, des rencontres, une vie … C’est la balade que nous propose Bernard Chenez dans « Les mains dans les poches ».

Domi_C_Lire_les_mains_dans_les_poches_bernard_chenez.jpgBernard Chenez se promène Les mains dans les poches et pense à son enfance, à sa vie, à son passé. Il  relate des événements posés çà et là, pas forcément de façon chronologique, mais qui semblent arriver au hasard des rencontres, des envies, des souvenirs.

Du gamin qui se lève tôt pour tenter de gagner quelques sous à l’homme d’aujourd’hui, de l’adolescent qui découvre l’amour sombre, romantique, clandestin, à celui qui découvre l’anarchie, la vraie, de l’étudiant sérieux à celui qui manifeste, une vie défile. Heureuse parfois, nostalgique parfois, belle souvent.

Il y a les souvenirs, il y a les parents, la famille et la vie, les batailles d’indiens,  imaginaires, le bord de mer, les barricades et les révoltes, le bleu de travail que l’on porte à l’usine, les chagrins et les amours. Mais il y a également une certaine nostalgie à se remémorer ceux qui ne sont plus, amis, amantes, parents. Et tout au long des pages une dose de tendresse pour l’enfant ou l’adolescent que l’homme a été un jour, pour celui qui n’est plus mais qui continue à vivre dans les réminiscences de ces instants de vie. Comme tout un chacun en somme, mais ici c’est joliment dit, avec une vraie poésie.

Car ce livre, qui n’est ni tout à fait un roman, ni vraiment un récit, est à lire au hasard. Juste ouvrir un chapitre, vivre avec l’auteur quelques instants, se souvenir de l’enfant, de l’adolescent puis de l’homme qu’il a été, comprendre et aimer, la vie, la mort peut-être aussi…

J’ai aimé l’image de ce train que l’on prendrait à l’envers, comme pour remonter le temps de la vie… mais en partant dans tous les sens à la fois. Alors même si je ne me suis jamais vraiment attachée au personnage, j’ai aimé découvrir ses souvenirs et le témoignage qu’il nous donne d’une époque qui semble parfois révolue.

Quelques citations…

Ma mère n’est morte ni le jour, ni l’heure, ni même à  la seconde de son dernier souffle…
Les mères choisissent le moment. Elles nous ont donné le premier souffle de vie, elles nous confient le première heure de leur mort.

Les pères ne meurent pas, ils disparaissent de la mémoire en mer, fût-elle faite de tubes de couleur et de toile.

Être anarchiste, ce n’est pas être adhérent d’un parti, c’est un état d’esprit.

C’est la main qui voit, et l’œil qui dessine.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Pour percevoir à nouveau l’odeur de l’encre et du plomb, pour sentir frémir le crayon sur le papier de son premier dessin, pour entendre ces rifs de guitare protestataires qui ont rythmé ses combats, il fallait partir à l’autre bout du monde et embrasser sa mémoire…  Les mains dans les poches est une promenade nostalgique et poétique qui accepte et dépose enfin ses fantômes.

Paru le 16 août 2018 / ISBN : 978-2-35087-464-7 / Photo de couverture © Édouard Boubat/Rapho

Une immense sensation de calme, Laurine Roux

Un conte moderne qui nous emporte dans un univers proche du merveilleux où la nature façonne les hommes

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Les personnages évoluent dans un univers glacé qu’on imagine aux confins du monde, à une époque qui n’est jamais située exactement. On comprend vite qu’il y a moins d’une génération une guerre a détruit et transformé le pays dans lequel ils évoluent, guerre que les survivants, essentiellement les femmes et les enfants, se sont empressés de taire, n’évoquant plus à ce sujet que le Grand Oubli.

Alors Elle raconte. Elle raconte comment Igor, cet être étrange et sauvage, qui vit en totale synergie avec la nature qui l’entoure, est entré dans sa vie. Comment aussitôt c’est devenu son homme, elle est devenue femme. Elle avait été recueillie par une famille, après les décès d’Ama et Apa, après la mort de la grand-mère qui l’avait élevée. Ce jour-là, le jour de la rencontre avec Igor, elle sait qu’elle partira avec lui, faire sa vie avec lui dans cet univers glacé, si beau et parfois inamical.

Et peu à peu, une histoire se déroule où le légendes prennent corps, où apparaissent des baladins, où les villageois se montrent hostiles à l’inconnu, à l’étranger, où la mort rôde et détruit aussi. Les histoires s’imbriquent et peu à peu se dévoilent. Celle d’une fille mi poisson, mi femme, mais fille parricide qui enfantera et fuira en abandonnant son fils. Celle d’une ourse dressée qui élèvera un enfant orphelin. Celle de la vieille Grihsa, la plus belle fille du village mise à l’écart de tous, devenue sorcière et guérisseuse, qui soigne les enfants de l’orphelinat, ces oubliées de la vie rejetés par le village, qui soigne ensuite Igor le jour où la mort et le froid ont décidé de prendre sa vie si précieuse. Des filiations se dévoilent, des destins se précisent, comme un conte, une légende moderne dans laquelle évoluent sorcières, baladins et dresseurs d’ours.

Entre forêts et étendues glacées, entre montagne et mer, j’ai eu la sensation d‘entrer dans un univers hostile, hors du temps, où paysages et froidure sont prépondérants, où la nature sauvage et dure mais majestueuse prend le pas sur l’action des hommes. C’est un roman étonnant car il nous fait évoluer en dehors de tout cadre connu auquel se repérer… En même temps, sous des airs de conte moderne, l’auteur nous parle de liberté, d’amour fou et de passion, de don de soi et de différence, de solitude et de peur de l’inconnu, de repli sur soi, de rejet de la différence quelle qu’elle soit et d’égoïsme primaire. Et cependant tout au long de ces pages reste toujours une infime mais bien présente dose d’espoir en l’homme. Un premier roman très singulier, découvert avec les 68 premières fois, vers lequel je ne serais sans doute jamais allée…

Catalogue éditeur : Les éditions du sonneur

Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain.

ISBN : 9782373850765 / Pages : 128 / Parution : 15 mars 2018

Diên Biên Phu, Marc Alexandre Oho Bambe

Dans Diên Biên Phu, le roman de Marc Alexandre Oho Bambe, il y a l’Indochine et la guerre pour les colonies françaises, l’amour et l’amitié, un homme au combat qui découvre l’amour, un homme perdu qui part chercher son amour.

Domi_C_Lire_dien_bien_phu_marc_alexandre_oho_bambeA Ðiện Biên Phủ, en mai 1954, Alexandre et tant d’autres combattent sans merci le vietminh. Mais malgré l’enthousiasme de milliers d’hommes venus de métropole ou des colonies pour reprendre le Tonkin, les mois de combats dans la cuvette de Diên Biên Phu ne suffiront pas pour sauver le bastion français d’Indochine. Le général Giap gagne son pari, c’est la fin du combat du tigre contre l’éléphant…La guerre est toujours tellement absurde quant au final il n’y a plus de combattants mais seulement des frères d’armes, des frères de batailles perdues, car dans un combat, longtemps après, il ne reste que des perdants…

Pourtant, Alexandre le mal marié à la douce Mireille, parti au front sans trop d’espoir si ce n’est celui de sauver l’honneur de la France, va rencontrer à Hanoï une amitié indéfectible et l’amour absolu en la personne de Maï lan. Alexandre a fait la guerre, Alexandre a rencontré l’amour… C’est comme un raz de marée balayant tout sur son passage et l’homme qui revient ne sera plus jamais comme avant.

Malgré une vie rangée auprès de sa femme, des enfants, un métier, vingt ans après Alexandre quitte tout. Il revient à Hanoi pour retrouver Mai Lan, celle qui lui a fait découvrir l’amour, supporter la vie, la mort, la guerre, les batailles et les conflits, par son regard, sa douceur, son visage de lune. Mais est-ce aussi simple de tout quitter et de retrouver celle dont il ne possède qu’un prénom, un souvenir, une unique photo ? Qu’importe, il part, sachant au fond de lui que c’est pour un voyage sans retour.

Même s’il se passe en partie en temps de guerre, il y a beaucoup de délicatesse dans ce roman étonnant ponctué de poèmes à Maï Lan, l’aimée, de lettres à Alassane Diop, le camarade de régiment, le sauveur. Vingt ans d’une vie qui se déroule sous nos yeux et dans les souvenirs et les regrets d’Alexandre. Il y a surtout la force de l’amour, la beauté des sentiments partagés, la sollicitude et l’oubli de soi d’une épouse amoureuse, la tristesse de plusieurs vies gâchées par des années de guerre, par le bal des puissants qui se partagent le monde sans trop se soucier des conséquences humaines de leurs choix.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelque chose à cette guerre : l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clé de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.

Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la « fille au visage lune » qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir : Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie.

Avec ce roman vibrant, intense, rythmé par les poèmes qu’Alexandre a pendant vingt ans écrits à l’absente, Marc Alexandre Oho Bambe nous embarque dans une histoire d’amour et d’amitié éperdus, qui est aussi celle d’une quête de vérité.

Premier roman / Disponible en librairie au prix de 19 €, 232 p. environ / ISBN : 978-2-84805-282-3 / Date de parution : Février 2018

Ombres parmi les ombres. Isabelle Lacamp

Retrouver Denos, toujours et encore, dans « Ombre parmi les ombres » le roman d’Isabelle Lacamp, et l’accompagner dans les derniers jours de sa vie avec beaucoup d’émotion.

Domi_C_Lire_ombre_parmi_les_ombres.jpgL’un de mes énormes coups de cœur de lecture en 2017 est le roman de Gaëlle Nohant Légende d’un dormeur éveillé qui m’a redonné envie de mieux découvrir l’œuvre et la vie de Robert Desnos. Je ne pouvais que me précipiter dans la lecture du roman d’Isabelle Lacamp Ombres parmi les ombres qui évoque les derniers mois de la vie de Robert Desnos, cette période dramatique de son arrivée au camp de Terezin jusqu’à sa mort.

En mai 1945, alors que le camp est déjà libéré, l’espoir de revenir à Paris et de revoir ceux qu’il aimait tant pouvait effleurer le poète. Pourtant, même faible et malade, il trouve le temps et l’énergie pour sourire et donner espoir à ceux qui l’entoure et partagent ces moments de souffrance. La faim, la maladie, la faiblesse auront raison de celui qui lit les lignes de la main à ses coreligionnaires en leur décrivant de leur avenir pour qu’ils y croient eux-mêmes.

Desnos et aussi celui qui parle aux enfants de Terezin et de tous les camps, à ces pauvres rescapés qui n’ont aucun avenir si ce n’est l’espoir et l’envie de survivre à l’horreur. Il remarque Léo Radek, l’un de ces enfants de Terezin qui à son tour va s’intéresser à lui et tenter de l’aider à survivre encore un peu. Tenir le temps que les bourreaux quittent la piste, le temps que les forces de libération arrivent. Mais ce temps-là, Desnos ne l’aura pas, faible et atteint de ce typhus qui le détruit, il partira sans avoir revu les siens, reconnu par un jeune infirmier qui admire le poète et saura dire où il était, où il est mort.

Tout au long de ces pages, Isabelle Lacamp fait parler Desnos et ses amis, fait émerger les souvenirs. Il évoque sa vie d’avant, les surréalistes, Breton ou Aragon, Yvonne la tant aimé qui le lui a si mal rendu, Yvonne et l’opium qui balaie toute dignité mais aussi toute souffrance, Youki la si belle qui sera son dernier et grand amour, et tous ses amis qui l’attendent et qui l’espèrent. Mais aussi des ennemis qui l’ont condamné à cette mort si injuste en ne tentant pas de le sauver lors de cette rafle qui le conduira de camps en camps vers cette mort aveugle, injuste, banale.

Si je n’ai pas retrouvé le souffle, la densité et l’émotion de Légende d’un dormeur éveillé, j’ai cependant aimé retrouver Desnos. Le poète est toujours aussi émouvant, positif, chaleureux envers les autres, même au seuil d’une mort qui l’attend et l’emporte peu à peu. Un roman émouvant et optimiste parce qu’il nous insuffle de l’énergie et par la leçon de vie que nous donne Robert Desnos.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : éditions Bruno Doucey

Mai 45, libération du camp de Terezin. Un air de jazz siffloté par un petit tchèque aux oreilles en choux-fleurs bouleverse l’un des rescapés des camps qui vient d’échouer ici, au terme d’une longue marche de la mort. L’enfant s’appelle Leo Radek. Il est le dernier enfant survivant de Terezin, antichambre de la mort pour des milliers de juifs, où les nazis parquèrent des artistes pour servir de vitrine en une sordide mascarade. Lui aussi est bouleversé par la rencontre qu’il vient de faire : cet homme décharné, fiévreux, au regard bienveillant et si transparent, parle ce français qu’il aime, et c’est un poète. Il s’appelle Robert Desnos. Comme un grand frère protecteur, le poète qui se meurt, trouve encore une fois les mots. Une rencontre inoubliable où la poésie triomphe sur la barbarie, et où l’humour est plus fort que la mort.

Collection Sur le fil dirigée par Murielle Szac / Des romans où le destin d’un poète croise la grande Histoire / Pages : 192 / Prix  : 16 € / ISBN : 978-2-36229-165-4

Légende d’un dormeur éveillé. Gaëlle Nohant

« Légende d’un dormeur éveillé » est une magnifique biographie romancée de Robert Denos, poète, Surréaliste, artiste, résistant, Gaëlle Nohant le fait revivre et nous le fait aimer, passionnément !

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Légende d’un dormeur éveillé retrace la vie de Robert Desnos. Parcours que j’avais, je l’avoue, complétement occulté, ne me souvenant peut-être que de cette fourmi de dix-huit mètres, avec un chapeau sur la tête, qui n’existe pas, qui n’existe pas, mais… enfin, sauf si on y croit très fort.
Merci à Gaëlle Nohant d’avoir éveillé en moi le lecteur de poésie qui sommeille depuis bien trop longtemps. Comme beaucoup, adolescente j’ai aimé passionnément lire de la poésie et oublié depuis le plaisir que cela procure. Mais les courts extraits qu‘on retrouve à mesure de la vie de Robert Desnos, égrenés et parfaitement placées en situation, nous rappellent à quel point la poésie permet de dire énormément de choses, et le plus souvent sans en avoir l’air.

Dans ce roman construit en quatre parties, dans lesquelles tour à tour Robert, puis Youki auront la parole, l’auteur restitue une vie et un destin hors du commun à nos yeux de lecteurs. La Légende d’un dormeur éveillé commence en 1928, lorsque Robert Desnos revient de Cuba avec Alejo Carpentier.

Lors de la rencontre à la librairie la 25e heure, Gaëlle Nohant nous a expliqué qu’elle avait lu plus de deux cent livres pour préparer son roman, et compulsé je n’ose imaginer combien de documents, photos, extraits, images, vu de films, écouté d’interviews, regardé d’entretiens pour apporter les touches indispensables de vérité à son texte. Et cela se sent, mais en fait cela ne se sent pas du tout. Je m’explique, vous entrez dans cette légende comme dans un roman, emporté par l’homme, sa vie, son œuvre, son parcours, ses amitiés ou ses divergences de vue, avec Breton en particulier, comme si vous étiez en train de le suivre, de respirer à ses côtés, de l’écouter, le regarder vivre, aimer, hésiter, s’engager, et pas seulement de tourner les pages de sa vie. On sent au fil des pages l’admiration de l’auteur pour Desnos, et c’est un véritable régal, car elle devient contagieuse.

A cela sans doute tient également toute la force de cette légende, qui ne ploie pas sous les témoignages ou les preuves, mais qui respire la véracité, la finesse de détails, de connaissances indispensables pour restituer une vie, plusieurs vies même. Celle de Robert Desnos, de son amour à sens unique pour Yvonne George artiste malade avec qui il partage l’opium qui la soulage de ses maux. Mais aussi celles de Foujita et de Youki, la plus belle femme de Montparnasse, qui deviendra le grand amour de Robert, celle qui l’accompagne jusqu’à bout. Puis d’André Breton l’intransigeant surréaliste et de Paul Éluard, et l’on y croise Antonin Artaud, Jacques Prévert ou Louis Aragon,  Jean Cocteau et Pablo Picasso, puis l’ami, artiste irremplaçable, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud l’amour de sa vie. Mais aussi des artistes étrangers, comme Federico Garcia Lorca ou Ernest Hemingway, car à cette époque Paris fourmille d’inventivité, de créativité, c’est la ville où se cristallisent la culture et l’expression artistique, où se retrouvent ces artistes qui feront le siècle, ceux en tout cas qui ont toute mon admiration.

Ils vont au Bal Blomet, investissent les terrasses des cafés de Montparnasse, où ils écrivent et se rencontrent, on les imagine si bien, au soleil, festoyant dans les cabarets, organisant des fêtes oniriques arrosées au champagne, jusqu’au moment où Paris bascule dans l’horreur. C’est la guerre, puis l’occupation, période sombre où l’on ne sait plus à qui se fier, mais pendant laquelle Desnos choisit son camp, celui de la résistance, aidant ceux qui l’entourent. Dénoncé, Denos est déporté. Buchenwald, Auschwitz, puis Terezin. Affaibli, malade, il décédera sans jamais se départir de son sens du devoir, de cet amour envers les autres, prêt à aider sans répit, à sa façon, pour insuffler un peu d’espoir à tous ceux qu’il va y côtoyer.

C’est un roman brillant, une ode à un poète, à la créativité, une fresque historique et humaine qui nous plonge dans la vie dans ce qu’elle a de plus beau comme de plus cruel, et qui indiscutablement restera pour moi l’un des grands romans de cette rentrée.

Enfin, émotion intense lors de la rencontre de pouvoir parler avec Jacques Fraenkel, que l’on retrouve en 1943 dans le roman. Cet enfant à qui seul Robert savait parler et surtout sourire, lui réciter ses poèmes, lui procurant quelques instants de ces rêves que l’on voudrait insuffler à chaque enfant dans les moments les plus dramatiques.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Robert Desnos a vécu mille vies – écrivain, critique de cinéma, chroniqueur radio, résistant de la première heure –, sans jamais se départir de sa soif de liberté. Pour raconter l’histoire extraordinaire de ce dormeur éveillé, Gaëlle Nohant épouse ses pas ; comme si elle avait écouté les battements de son cœur, s’était assise aux terrasses des cafés en compagnie d’Éluard ou de García Lorca, avait tressailli aux anathèmes d’André Breton, fumé l’opium avec Yvonne George, et dansé sur des rythmes endiablés au Bal Blomet aux côtés de Kiki et de Jean-Louis Barrault. S’identifiant à Youki, son grand amour, la romancière accompagne Desnos jusqu’au bout de la nuit.

Légende d’un dormeur éveillé révèle le héros irrésistible derrière le poète et ressuscite une époque incandescente et tumultueuse, des années folles à l’Occupation.

544 pages / 23€ / Paru le 17 août 2017 / ISBN : 9782350874197 / Illustration de couverture © Letizia Goffi

Je me promets d’éclatantes revanches, Valentine Goby

Émotion, courage, tristesse, colère, survie, devoir de mémoire, que de mots, de sentiments contradictoires se succèdent à la lecture du très beau récit de Valentine Goby « Je me promet d’éclatante revanches » publié par les éditions L’iconoclaste.

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Tiens, Valentine Goby a une revanche à prendre ? Sur la vie ? Sur l’écriture ? Sur quelqu’un ? Voilà un titre qui pourrait nous le faire penser, mais non, absolument pas. Valentine nous parle de revanche, mais avant tout de rencontre, de partage, de découverte, et de la vie, après…

La découverte c’est celle d’un auteur dont on parle trop peu, Charlotte Delbo.

Charlotte a vécu sans doute à la plus mauvaise époque, déportée dès 1943 à Auschwitz, dans « le convoi du 24 janvier », là où étaient déportés essentiellement les juifs ou les Tziganes, puis à Ravensbrück. Charlotte arrivée là du fait de ses idées politiques, elle la communiste qui a perdu très tôt son mari, celui qu’elle aime tant, fusillé au Mont Valérien. Charlotte morte en 1985 après des années à travailler pour l’ONU, à écrire, à porter la parole de tous ceux qui se sont tus, qui ont disparu dans les camps d’extermination. Charlotte « revenue d’entre les morts » pour vivre, intensément, ardemment, passionnément et obtenir cette « éclatante revanche » sur l’horreur, la mort, la haine. Charlotte Delbo, passeur d’âmes, d’émotions, celle qui témoigne, qui explique, qui soulève l’indignation face à l’horreur indicible. Elle écrit, des poèmes, des récits, elle raconte les femmes, les regards, la peur, la maladie, des destins, des trajectoires brisées. Charlotte, auteur et femme à découvrir, assurément !

Alors, oui, Valentine Goby nous donne envie, de lire, de connaître, de comprendre cette femme dont on ne sait presque rien. Quel livre étrange, qui fait revivre avec amour et passion cette auteure jusqu’alors  inconnue.

Je ne sais pas ce que je préfère chez Valentine Goby, son écriture, ou le fait qu’elle nous éveille a des faits de société, à des événements historiques, en les mettant par son récit et la façon dont elle s’en empare, à notre portée. Je pense bien sûr à Kinderzimmer, où elle parle des pouponnières du camp de Ravensbrück, ou à Un paquebot dans les arbres  qui évoque la maladie, la tuberculose, les difficultés que cela engendre d’être malade avant les début de la sécurité sociale, avec beaucoup de retenue et de sobriété, de réalisme également, mais sans jamais faire de son lecteur un voyeur de l’insupportable.

Une fois encore, l’écriture est belle et son apparente simplicité rend la lecture abordable pour chacun, permettant à ses lecteurs d’entrer en communion avec son sujet, de voir, sentir et savoir, un peu comme Charlotte en somme. Si Charlotte Delbo craignait l’oubli, merci à Valentine Goby de nous la restituer dans cette vie et ce chemin si difficile vers l’après, quand les lendemains souffrent du poids des morts, du poids des souvenirs, mais que la parole portée est essentielle.


Catalogue éditeur : L’iconoclaste

Un manifeste pour la littérature à la lumière de Charlotte Delbo.
« J’ai ouvert Aucun de nous ne reviendra, et cette voix m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz par la langue. »

L’une, Valentine Goby, est romancière. L’autre, c’est Charlotte Delbo, amoureuse, déportée, résistante, poète ; elle a laissé une œuvre foudroyante. Voici deux femmes engagées, la littérature chevillée au corps. Au sortir d’Auschwitz, Charlotte Delbo invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer de vivre, envers et contre tout.
Lorsqu’elle la découvre, Valentine Goby, éblouie, plonge dans son œuvre et déroule lentement le fil qui la relie à cette femme hors du commun. Pour que d’autres risquent l’aventure magnifique de sa lecture, mais aussi pour lancer un grand cri d’amour à la littérature. Celle qui change la vie, qui console, qui sauve.

Format 135 x 185 mm / Prix 17 € / Nombre de pages 192 / Parution 30 août 2017

Jacques Prévert n’est pas un poète. Cailleaux /Bourhis

Ah bon ? Jacques Prévert n’est pas un poète ? Mais non, bien sûr, puisqu’il n’est pas que ça ! Un grand bonheur de découvrir sa vie dans cette superbe BD.

domiclire_jacques_prevert_nest_pas_un_poeteAprès avoir été bercée pendant mon adolescence par les vers au rythme inhabituel de Jacques Prévert, en particulier par le recueil « Paroles » je ne pouvais qu’être attirée par cette superbe BD qui évoque le poète 40 ans après sa disparition. !
Lui a qui son père disait : « T’es pas poli mais écris-le mon petit, tu le dis si bien… » est né avec le siècle, le 4 février 1900. Jacques Prévert démontre très jeune des aptitudes à l’écriture. Fort de son esprit de contradiction, affirmant un esprit contestataire avec l’éducation, religieuse en particulier, ou avec le monde du travail, Jacques gardera toute sa vie une aversion pour le travail !

Dès les années 30 il participe au groupe Octobre, une troupe de théâtre ouvrier pour qui il écrit des dizaines de saynètes et sketches. Avec eux il ira jusqu’à Moscou, certains membres de la troupe en reviendrons d’ailleurs vaccinés contre le communisme.  Il traverse deux guerres, connait l’occupation, il cache et fait travailler ses amis juifs aussi longtemps qu’il le peut, puis les perd pour certains en déportation, il écrit des dizaines de scénarios de films à succès, à commencer par « Les enfants du paradis » ou « Les visiteurs du soir »,  il travaille souvent avec son frère Pierre.
Jacques Prévert a côtoyé tous ceux qui ont marqué le siècle avec lui, toute cette jeunesse intellectuelle et artistique qui sévissait du côté de Montparnasse. Et l’on retrouve les acteurs comme Jean Gabin, Marcel Duhamel, Pierre Brasseur, Michèle Morgan, Arletty, le monde du cinéma, avec Marcel Carné ou Jean Renoir, les peintres et les artistes, de Picasso à Brassaï, les chanteurs avec Mouloudji, Montant ou  Gainsbourg, les poètes, avec louis Aragon ou André Breton et les surréalistes, avec qui il invente les « cadavres exquis » et qu’il quitte dès les années 30, et tant d’autres… C’est un homme aux compétences multiples, poète génial qui réinvente la poésie, scénariste novateur qui bouscule les certitudes et assume pleinement sa vie d’artiste.

Grâce à ces deux talentueux auteurs et dessinateurs, j’ai passé un excellent moment à découvrir ou me remémorer la vie de Prévert. Les auteurs ont su retranscrire par le graphisme, les couleurs, le rythme ainsi que par les écrits toute la gouaille, le génie, le verbe et le foisonnement tout en décalage du poète. Un repère intéressant tout à la fin, on retrouve la biographie, la bibliographie, et la filmographie de cet auteur particulièrement prolixe. Cette édition qui rassemble apparemment trois volumes est juste superbe !


Catalogue éditeur : Dupuis

Des côtes méditerranéennes aux terrasses de Montparnasse, Jacques Prévert incarne l’avant-garde bouillonnante des années vingt. Proche de Duhamel, Aragon ou Tanguy et Carné, celui qui fut poète malgré lui se place à la convergence des arts visuels et littéraires. Son humour permanent et ses humeurs spontanées le firent connaître du Tout-Paris. Après leur évocation de la vie de Boris Vian, Bourhis et Cailleaux renouent avec cette époque mythique qu’ils dépeignent avec une vitalité formidable.
Le biopic dessiné d’un artiste bouillonnant, dépeint avec une vitalité incroyable, pour commémorer les 40 ans de sa disparition.
Dessin : Cailleaux / Scénario : Bourhis
Collection : Aire Libre / Roman graphique Historique Biographie / Documentaire / 32,00€

 

Les pécheurs d’étoiles. Jean-Paul Delfino

Vous venez, Jean-Paul Delfino nous entraine ! Nous sommes en 1925, vous y êtes ? Allez, on traverse Paris dans les pas d’Erik Satie et de Blaise Cendras, pour vivre avec «  Les pécheurs d’étoiles » une singulière nuit d’aventure et de découverte.

DomiCLire_les_pecheurs_detoiles_jean_paul_delfino.jpgCe sont les années folles, celles qui permettent toutes les extravagances, celles de la gaité et de l’insouciance de l’après-guerre, du foisonnement de la vie artistique, mais où parfois l’on tire le diable par la queue, pour ces artistes qui bien souvent se cherchent et dont le talent n’est pas encore reconnu par leurs pairs.

Dans Paris, en cette nuit de 1925, deux hommes passablement imbibés d’alcool vont vivre une nuit insolite. Recherchant l’aimée, l’absente, Biqui, Suzanne Valadon, pour l’un, cherchant à l’aider pour l’autre, il vont à l’aventure, puis à la rencontre d’un allumeur de réverbère, mais pas seulement. Ils partent surtout à la rencontre de ceux qui ont fait ce siècle, que ce soit Jean Cocteau, l’enfant terrible aux mœurs dissolues, Modigliani le peintre maudit, les époux Sonia et Robert Delaunay, coloristes magiciens, mais aussi Toulouse-Lautrec artiste de génie à la courte vie de débauché, ou même évoquant le souvenir de Chaplin, rencontré ou pas dans une autre vie, mais aussi sur la tombe de Guillaume de Kostrowitzky, plus connu sous le nom de Guillaume Apollinaire. Au cours de cette folle nuit d’aventure et de poursuite on ne rencontre pas seulement des hommes, on découvre aussi quelques lieux mythiques, Le Père Lachaise et quelques-unes de ses plus célèbres tombes, l’opéra Garnier et son lac souterrain ou ses greniers peuplés de petits rats surréalistes, les cabarets où boivent jusqu’à plus soif quelques Russes blancs bagarreurs, la Closerie des Lilas qui n’abrite pas encore de chanteur ou de prix littéraire, des banlieues peuplées de gitans pourvoyeurs d’animaux fantastiques ou d’armes hétéroclites.

Ça foisonne, ça fourmille, ça éclate, d’amitié, d’alcool triste et fauché, de soutien dans le désespoir et la détresse, de talent, de complicité, de créativité. Dans cette folle traversée, les rêves et les souvenirs se confrontent, les désirs et les regrets s’exacerbent, l’amitié et l’amour se révèlent.
Où l’on découvre un Erik Satie rêveur immobile, qui a pourtant parcouru à pieds en vingt-sept ans le trajet de la terre à la lune, et un Blaise Cendras qui l’accompagne en pensées lors de son tout dernier voyage. Voilà assurément un beau roman à lire, et sans doute même plusieurs fois tant il est riche et fourmille d’anecdotes et de connaissance, pour mieux en extraire toute la richesse et en ressentir toute la poésie. Et nous voilà au plus près, au plus intime de ces deux hommes dont le talent sera largement reconnu un siècle plus tard, deux légendes chacun dans sa spécialité. Quel bonheur de passer une nuit auprès d’eux, merci à Jean-Paul Delfino pour ce beau voyage dans le temps.

Pour le plaisir, quelques belles phrases :

Qu’est-ce qu’il y a ? t’as les pétoches ? Laisse-moi te dire que ça tombe mal, parce qu’on va se le faire, lui ! lui et tous ceux de sa race ! Ce soir, ça va être la saint Barthélémy des zouaves et des peignes-culs de salons ! Les dadaïstes ! Les cubistes ! Les surréalistes ! Les symbolistes ! Les modernistes ! Les futuristes ! Il va y a avoir de la viande froide d’intellos sur le pavé de Paname, crois-moi ! l’artiste va se ramasser à la petite cuillère, nom de Dieu !

– L’essentiel dans un voyage est le voyage lui-même. Jamais le but.

Je me demandais juste pourquoi elle ? Pourquoi cette Biqui-là ?
Avec la candeur d’un enfant, Erik Satie arrêta de faire tourner son parapluie pour observer son compagnon. Puis il lui répondit :
– « Mais parce que elle, précisément… »
Après un instant d’hésitation, Cendras fini par s’exclamer : « Nom de Dieu ! Je crois que tu viens de me donner la meilleure définition de l’amour que j’ai entendue de toute ma chienne de vie ! Parce que elle… »


Catalogue éditeur : Le passage

Paris, 1925. Dans le bouillonnement des années folles, deux hommes vont vivre une nuit d’exception.
À la poursuite d’une femme fantomatique et aimée, sur les traces de Jean Cocteau qui leur a volé l’argument d’un opéra, ils sillonnent la nuit parisienne, …
Ces deux hommes, dont le génie n’est pas encore reconnu, se nomment Blaise Cendrars et Erik Satie. Ensemble, ils vont se trouver et se perdre, tenter de réenchanter le monde, jusqu’au bout de la nuit.

ISBN : 978-2-84742-337-2 / Date de publication : septembre 2016 / Dimensions du livre : 14 x 20,5 cm / Prix public : 18 €

I ♥ JOHN GIORNO au Palais de Tokyo

Véritable hymne à John (ou hymne à l’amour ?) par Ugo Rondinone, retour sur l’exposition I ♥ JOHN GIORNO au Palais de Tokyo.

J’y ai découvert le poète John Giorno, né en 1936, figure majeure de l’underground new yorkais des années 1960. Souhaitant rendre la poésie accessible à tous, il fonde en 1965 Giorno Poetry Systems, un label avec lequel il édite des albums, et surtout Dial-a-poem en 1968, un service poétique par téléphone proposant des poèmes audio. John Giorno est sans doute l’un des poètes les plus influents de sa génération.

Au Palais de Tokyo, son œuvre « déborde du livre » et vient orner la totalité de la surface des murs. En particulier avec les Poem Paintings que John Giorno réalise à partir de courts extraits de ses textes. Ces phrases, projetées sur la toile, expriment toute leur force par le jeu des couleurs et des formes. Le poème sort du livre et se confronte à de nouvelles situations. Il devient visuel, pictural, l’écriture devient dessin, le mot se transforme en image.
Apparemment, pour John Giorno les poèmes sont comme des images, il les peints sur la toile, les déstructure sur la page d’un livre, les décline et les déclame sur une scène, les enregistre sur disque.

Dès le début de l’exposition, on pénètre dans une salle plongée dans l’obscurité, et là c’est juste magique, une fabuleuse présentation de l’enregistrement au Palais des glaces à Paris, où l’auteur, filmé sous toutes les coutures, en costume noir puis blanc, déclame son poème « Thanx 4 nothing » véritable hymne à l’amour là aussi, amour de la vie, ode à ses ex amants et à son maitre Rinpoché, remerciements pour simplement « être ». Le montage est saisissant et unique.

Dans cette exposition qui passe du noir et blanc de la première salle, à la couleur éclatante de la suivante, la poésie, les arts visuels, et la musique montrent l’influence de la vie et de l’œuvre de Giorno sur plusieurs générations d’artistes.

Une salle est consacrée à Dial-a-poem. Au début des années 1960, Giorno conçoit le poème comme un virus qui doit se transmettre au plus grand nombre. Il crée ainsi Dial-a-poem / Appelle un poème un service téléphonique qui permet l’écoute de poèmes, œuvres sonores, chansons et discours politiques et qui reçut des millions d’appel. Ce service a été réactivé à l’occasion de l’exposition en partenariat avec Orange. Pendant toute la durée de l’expo, on peut écouter la version originale de Dial-A-poem / Appelle un poème enrichie de voix françaises, plus d’un siècle de poésie sonore, de 1915 à nos jours. Les morceaux, diffusés de façon aléatoire, reflètent la diversité de registres défendue par Giorno : Antonin Artaud, Louise Bourgeois, Serge Gainsbourg, Simone de Beauvoir, Bernard Heidsieck, Brigitte Fontaine ou encore Eric Duyckaerts…
Une salle est consacrée au très étrange film Sleep (1963) d’Andy Warhol, bon là j’avoue j’ai un peu « calé »… et ne parlons pas du remake par Pierre Huyghe. Enfin, dans la dernière salle, de très belles photos de cet artiste au profil de boxeur ou d’acteur.

Cette exposition est assurément une découverte, qui donne envie de lire ou écouter quelques poèmes !

THANX 4 NOTHING
on my 70th Birthday in 2006

I want to give my thanks to everyone for everything,
and as a token of my appreciation,
I want to offer back to you all my good and bad habits
as magnificent priceless jewels,
wish-fulfilling gems satisfying everything you need and want,
thank you, thank you, thank you,
thanks.

Si comme moi vous êtes curieux, retrouvez le texte ici et la vidéo ici