à la rencontre de Danielle Thiéry

DANIELLEDERAPAGES

Retour sur une rencontre avec Danielle Thiéry autour de ses romans, en particulier Dérapages et de ses projets.
Danielle, comment imagines-tu les personnages de tes romans ? Est-ce que tu t’appuies sur des personnes que tu connais
 ?
Oui, j’imagine quasiment toujours un homme ou une femme derrière les personnages, quelqu’un qui existe ou qui a existé. J’ai besoin de visualiser la personne pour que le rôle soit incarné, y compris pour écrire un scénario, il m’est impossible de créer un personnage au doigt mouillé, j’ai besoin de remonter très loin en arrière et de travailler sur son histoire, sur sa légende, pour lui donner de l’épaisseur.  C’est particulièrement important pour l’écrit.  Et notamment pour les descriptions physiques. Dans un film on a l’image, on est obligé de faire avec ce qu’on nous montre, dans un livre on peut faire comme on veut. Pour autant, je me contente souvent d’une description laminaire pour que le lecteur imagine son propre personnage, je donne seulement quelques clefs pour le définir et le situer « un grand brun fatigué, la quarantaine » ça suffit, on a compris. Sauf, bien entendu, si le détail sert l’histoire.

Mais alors, certains grands flics se sont-ils reconnus par exemple ?
Non, pas vraiment, pourtant certains auraient dû, mais peut-être ne sont-ils pas lucides sur eux-mêmes ? Parfois d’autres croient reconnaitre un tel ou un tel, et pourtant ce n’est pas celui qui a inspiré le personnage. Il faut toujours laisser un écran de fumée, ne pas être trop réaliste pour que le lecteur ne soit ni coincé ni verrouillé. Il doit respirer, même si le chemin qu’on lui fait prendre est assez balisé. La première règle c’est de s’amuser quand on écrit des polars et d’emmener son lecteur là où l’on souhaite…

Quand tu écris, tu sais où tu vas, tu connais la fin ?
Oui, c’est indispensable. Le polar a des exigences de construction et il faut savoir où on va d’emblée faute de devoir tout refaire parfois en cours de route ! En revanche, il m’est impossible de commencer à écrire sans un déclic fort. Je peux avoir une idée par minute et mille sujets en tête, ce n’est pas suffisant car l’envie d’écrire naît toujours d’un déclic. Pour Dérapages par exemple, c’est un rêve qui m’a trotté dans la tête longtemps : moi dans une voiture, un bébé sur le siège arrière, arrive un incident, et quand je me retourne, plus de bébé. C’était fort et troublant. Ce rêve me dérange mais je ne me livre pas à une introspection à son sujet. Je me demande seulement où il peut me mener. Et je réfléchis, je mouline, les idées, les scènes. Une chose en amène une autre, ce n’est pas forcément à partir du rêve que je tire le fil, mais je le garde quelque part dans ma tête pour le jour où ! Je creuse des pistes, je me documente, je prends des notes. J’abandonne des pistes, en ouvre d’autres. Pour  Dérapages j’ai été amenée à m’intéresser au lait maternel, puis à une découverte des années 1950 en Russie… Et peu à peu la mayonnaise prend. Chaque ingrédient en soi n’est rien sans les autres. Le rêve va prendre place parmi eux. De même, le lait maternel,  le seul élément qu’on ne sait pas reproduire… On sait faire des yeux, de la peau, un cœur, même si ce n’est pas parfait, mais le lait maternel on ne sait pas faire. Ce sujet m’a passionnée et une intrigue a émergé autour. Mais ça ne suffisait pas, il fallait construire une histoire pour embarquer le lecteur, le bluffer. A partir d’un rêve… qui va être le fond, le terreau dans lequel je vais semer mes graines mais il faut que je trouve une harmonie, que ça prenne.
Donc je n’écris pas d’emblée, sauf quelques scènes, pages, chapitres, vers lesquels je retourne – ou pas – ensuite, comme la scène de départ de Dérapages , jetée sur le papier sous le coup du rêve mais qui, à l’issue va complétement changer.  Et au fur et à mesure que j’avance dans la construction mentale de l’histoire, les personnages, les situations évoluent. Je ne commence à écrire vraiment que lorsque je sais exactement l’histoire que je veux raconter. C’est encore plus vrai pour Dérapages où de nombreux points exigeaient de me documenter, de faire des recherches, puis de rendre ces éléments accessibles au lecteur. Alors bien sûr, les tatillons vont trouver que c’est une science de comptoir, mais c’est volontaire : je dois d’abord comprendre pour rendre mon sujet totalement abordable, ne pas être dans l’exigence scientifique mais bien m’adresser au lecteur qui ne veut pas connaitre l’exposé scientifique, il faut lui exposer le but recherché en utilisant des mots simples. Je me sers d’ailleurs souvent d’un de mes personnages comme vecteur : il ne comprend pas, il demande la vulgarisation du propos scientifique, et cela va servir au lecteur qui se moque un peu de l’expertise scientifique pour s’attacher à l’histoire.
Dans ce roman, une partie de l’histoire se passe à Lille, je suis allée voir les différents services. Je  connais aussi l’Eurostar pour avoir passé quelques années dans la police ferroviaire. J’ai également voulu positionner la commissaire Marion dans un service moins connu que le 36 quai des orfèvres. Même si le 36, évidemment, ça parle à tout le monde… On voit d’emblée la tour pointue, l’escalier, le bureau de Maigret et son fauteuil, on sait implicitement de quoi on parle, il y a eu tant de descriptions, de films… Mais peut-être un peu trop, justement. D’où l’idée de mettre l’accent sur un service spécialisé dans les affaires les plus dures car il est intéressant d’en parler pour le faire connaitre. Ce service (l’Office de répression des violences faites aux personnes)  travaille avec des psycho-criminologues, ce qui est une donnée nouvelle et intéressante car ces spécialistes aident à l’enquête, ils apportent une véritable expertise psy, notamment sur des affaires anciennes ou non élucidées. Ils établissent des profils d’auteurs de crimes, mais ce n’est pas un « profilage » de cinéma, ils essaient de trouver une ligne directrice, des éléments formels, de croiser des éléments, de retrouver des constantes dans certains dossiers, etc. Un esprit de flic enquêteur renâcle parfois à ce type de prestation, mais c’est intéressant – passionnant – de voir comment ils travaillent. Au moment de mes recherches, ils travaillaient sur l’affaire de Berck-plage – une fillette noyée dans la Manche par sa propre mère – et cela m’a donné l’envie d’y situer une partie de mon histoire.

La fin de « Dérapages » semble introduire une suite, est-ce possible ?
Non, il n’y en aura pas, a priori. A la fin de l’histoire, les lecteurs pensent ne pas avoir toutes les réponses et c’est logique puisque c’est voulu ! J’aime laisser planer quelques mystères et ne rien décider de définitif pour un personnage ou un autre. Une personne a disparu, personne ne sait ni ne saura, dans ce livre en tout cas, où et comment. Mais qui sait si, dans quelques années, je n’aurai pas envie de la faire revenir dans une histoire ? Alors oui, le lecteur veut une suite, mais pas moi !  Ce serait comme faire du réchauffé, non ?

Mais pourtant il y a eu Crimes de Seine et  Jour de gloire
En effet, la fin de Crimes de Seine est un cliff-hanger. On pense avoir résolu tout le problème et… on s’est trompé. Cette fin, arrivée tout spontanément en cours d’écriture, m’a poussée à écrire une suite. Mais ce n’est jamais obligatoire et je dirais même que c’est risqué.  Car d’une part, l’honnêteté oblige à le préciser au lecteur qui, du coup, se sent obligé de lire un livre qui ne l’attire pas  forcément ou en tout cas moins que l’autre et d’autre part, bien qu’il soit en demande sur le coup, le lecteur oublie vite ce qu’il a lu de l’histoire. Il ne retient généralement que ce qui concerne les personnages lorsqu’ils sont récurrents comme c’est le cas de Marion.
Moi, j’avoue, dans Dérapages, j’ai bien aimé le clin d’œil final ! Oui, bien sûr, mais c’est surtout une métaphore, un moyen de montrer que rien ne change, qu’il y aura toujours des manipulateurs, des gens qui veulent se servir du reste de l’humanité à leur propre bénéfice. La vie est un éternel recommencement, non ?

Danielle, avec Dérapages, tu signes ton onzième roman avec Edwige Marion. La question qui me taraude, c’est : as-tu parfois envie de la laisser tomber, et d’ailleurs, c’est ce que tu as fait avec Des clous dans le cœur …
Des clous dans le cœur était une expérience particulière. Pour concourir pour le Prix du quai des Orfèvres, il faut envoyer un manuscrit original et anonyme. Personne, dans le jury ne doit identifier  l’auteur sinon il est rejeté. Il me fallait donc mettre en scène des personnages sans Marion qui, elle, est assez connue maintenant. Des clous dans le cœur se passe à Versailles, j’avais passé trois mois avec la PJ de Versailles pour écrire l’histoire de ce service et l’idée d’écrire aussi un roman qui se passerait là-bas m’est venue naturellement au contact des enquêteurs et de leurs histoires. J’ai fait ce roman et me suis demandé ce que j’allais en faire. J’ai envoyé le manuscrit au 36 (qui assure le secrétariat  de l’opération) et j’ai reçu le prix !!  C’est un moment merveilleux, tout auteur qui concourt a toujours un espoir bien sûr mais celui-là je l’ai vécu comme un rêve. J’ai surtout aimé écrire ce livre et mes lecteurs ne m’ont pas tenu rigueur d’avoir mis en scène des personnages différents, cette fois. Pour être honnête, mes lecteurs habituels ne sont pas forcément les mêmes que les lecteurs du prix du quai des Orfèvres. Et, parfois, dans les salons, les uns comme les autres étaient surpris car ils n’avaient pas fait la relation !
Je pensais que pour ce prix il ne fallait pas être déjà connu ou que c’était un prix de premier roman…En plus, des livres primés certaines années ressemblent à des premiers romans, je trouve… d’où peut-être la confusion ! C’est ce que pensent beaucoup de lecteurs, en tout cas.
Eh bien non, pas du tout ! Tout le monde peut concourir pour ce prix, la preuve, même un auteur qui a de la « bouteille » et de nombreux livres à son actif… Il suffit d’envoyer un manuscrit ! Bien sûr, les critères d’attribution – hormis les exigences littéraires – reposent sur la connaissance de la procédure, des pratiques policières ou judiciaires mais c’est tout. Et quand on regarde bien, il n’y a pas tant de flics que cela qui l’ont eu.
Pour ce qui concerne Marion, oui, j’ai essayé de la faire disparaître ! Un personnage récurent est lourd à trainer et on a l’impression parfois de tourner en rond. Il faut la faire évoluer, il faut parler de son entourage, mettre en scène de nouvelles têtes pour éviter l’ennui. Et même si je la place dans une situation critique le lecteur n’a pas peur pour Marion car il sait qu’elle revient… Le premier titre où Marion apparaît (le Sang du bourreau, aux Éditions JC Lattès, en 1996)  était au départ un livre unitaire. Marion est une jeune commissaire, une femme dans un métier d’homme… Elle est sans famille, n’a ni mère ni père ni sœur ni frère, parce que je voulais mettre l’accent sur sa famille de substitution : ses flics. Puis l’éditeur a demandé un autre opus avec elle, et de fil en aiguille c’est devenu compliqué car on me demandait toujours quelle était son histoire. D’où le livre Origine inconnue qui est un éclairage sur l’histoire de mon personnage. Il va être réédité aux Éditions J’ai Lu, début novembre 2015.

C’est difficile pour un lecteur qui est attaché à son personnage, par exemple quand Elisabeth George, a fait disparaitre, non pas son flic fétiche, Linley, mais Helen, sa femme, j’ai arrêté de lire ses polars ! Par contre Henning Mankell avait eu la finesse de rendre son flic fétiche malade d’Alzheimer, il pouvait donc encore exister, sinon le lecteur est déçu en général, non ?
Quand Conan Doyle a décidé de tuer Sherlock Holmes, il y a eu des manifs sous ses fenêtres pour exiger son retour ! Pour l’auteur l’envie de se séparer de son héros survient forcément un jour ou l’autre. Edwige Marion a reçu une balle dans la tête dans Crimes de Seine mais j’ai eu des réactions de lecteurs qui voulaient « sauver Marion », ce n’était donc pas possible de l’éliminer. Mon éditeur allemand, et pas seulement lui, ne voulaient pas  que Marion disparaisse. Alors, je l’avoue, j’ai cédé, je l’ai juste mise un peu à l’écart dans les deux romans suivants. Et dans Dérapages, elle reprend du service. Elle n’est plus au placard, mais son aventure – une balle dans la tête ce n’est pas rien – en a fait un nouveau personnage. Elle a changé de personnalité, et comme elle a beaucoup de séquelles, elle est devenue une autre. Elle s’efface, progressivement, en se modifiant. Et, c’est vrai, Marion, j’en ai fait le tour ! La colocation, c’était bien un temps, mais il faut savoir en définir les limites !  (Tiens, c’est un peu comme si Danielle vivait avec Marion !) Car j’use parfois d’artifices pour la garder présente.

Imagines-tu que des personnages secondaires, comme Abadie ou Valentine prennent de l’importance ? Oui, mais non !! Marion sera encore présente dans mes livres mais elle va sans doute s’estomper ! Et ce ne sera pas forcément eux qui prendront le relais car ils sont, comme elle, un peu usés aussi !
Ce qui veut dire que le suivant est déjà commencé ? Oui bien sûr, la trame est prête, le texte, l’histoire.

Mais je croyais que tu faisais une pause, momentanément, dans le roman ?
Oui, je voulais souffler car Dérapages M’a donné du fil à retordre, nécessité des recherches à l’Institut Pasteur, à cause des aspects scientifiques, je me suis bien pris la tête comme on dit. Et puis, j’ai d’autres ouvrages en cours, un livre jeunesse (Panique au grand stade, aux éditions Syros, sortie en janvier 2016), un livre en collaboration avec un psy, Le souffleur, sortie en mars 2016 chez Mareuil Editions… Un projet d’autobiographie aussi, une reprise de la Petite fille de Marie Gare, en fait… qui évoquera mon expérience de femme-flic,  mais aussi quelques considérations sur le monde, sur la police, des anecdotes… Donc j’avais besoin d’une pause et  envie d’arrêter, très provisoirement, les romans. Et puis un matin, dans le métro, je suis tombée sur un fait divers. Et là, le déclic, une fois de plus… Une histoire de fou ! La vie d’un écrivain est ainsi faite que rien ne s’arrête jamais…

Daniellebis


Danielle Thiéry  a été une des premières femmes commissaires de police en 1976. Puis, la première à décrocher le grade de divisionnaire, en 1991.  Elle a écrit un livre inspiré de la vie de son arrière-grand-mère. La petite-fille de Marie-Gare relate l’histoire d’une enfant abandonnée dans une gare en 1873 et qui dut à un commissaire de police de s’appeler Marie, Joséphine, Gare… Le livre nous entraîne aussi sur le parcours de ces pionnières de la police française, dans son expérience du transport aérien et de la Police ferroviaire. Mais l’histoire s’arrête il y a 20 ans, au moment du détournement de l’airbus d’Air France à Alger, en 1994. Si l’on en croit l’auteur, la suite est en cours d’écriture et sera publiée en 2015 ou 2016.
Danielle écrit des romans, et également des documents tels que L’histoire de la BRI de Paris, la fameuse brigade antigangs, et Police Judiciaire, Cent ans avec la Crim de Versailles. Ce service, grande sœur de la Crim du 36,  fut la première brigade mobile – les fameuses Brigades du Tigre de Clémenceau – devenue à l’époque contemporaine la DRPJ de Versailles. Un véritable travail d’enquêtes, de recherches et de compilation d’évènements criminels où il faut certes raconter des histoires, mais surtout éclairer l’histoire criminelle par l’histoire tout court.

Rencontre avec Marc Fernandez, auteur de « Mala Vida »

Belle rencontre dans la librairie de la place de Clichy avec Marc Fernandez pour la sortie de son roman « Mala Vida » aux éditions Préludes, merci à Babelio et Préludes.

marcfernandez

Journaliste, Marc Fernandez a déjà écrit quelques livres à quatre mains avec Jean-Christophe Rampal, il est également l’un des fondateurs du mag book « Alibi », totalement dédié au polar et au roman noir. « Mala Vida » est son premier roman. Après avoir travaillé à des enquêtes sur Pinochet entre autre, il s’est penché sur le dossier des enfants volés, en Espagne, sous Franco et qui a même continué après la fin du franquisme. Ces enfants volés à leurs parents à la naissance, à qui on annonçait en général qu’ils étaient mort-nés, pour être donnés à l’adoption (vendus !) à d’autres familles bien dans la ligne du parti au pouvoir.
Lorsqu’il travaillait à Courrier international, il a commencé cette enquête, mais c’est un sujet qu’il souhaitait traiter seul, car comme il le souligne il est autant espagnol que français, c’est donc un sujet qui le touche encore plus. Ses recherches sur ce sujet ont débuté il y a six ou sept ans, ayant l’idée d’en faire un documentaire. Puis il a tout laissé tomber, jeté toute sa documentation, et décidé d’écrire une œuvre de fiction, même si elle partait du réel. Bon, là j’avoue personnellement à lire Mala Vida, ça m’a un peu manqué ce manque de fond ancré dans la réalité. Mais en l’écoutant je comprends mieux pourquoi il a agi de cette façon.
Comme il sortait d’un sujet très lourd à propos de Ciudad Juarez, Mexique, dans l’état de Chihuahua, à la frontière avec les États-Unis. Dans cette ville depuis 1993, près de quatre cents femmes ont été assassinées. A la suite de son enquête il a écrit: « La ville qui tue les femmes : Enquête à Ciudad Juarez ».  Il lui était alors particulièrement difficile de se plonger à nouveau dans une enquête aussi difficile et qui le touche réellement. Il est impératif de toujours garder une certaine distance avec les faits pour rester soi-même.
Comme il le dit si bien : un pays ne peut avancer que s’il règle ses comptes avec l’histoire, avec sa propre histoire. En Espagne, tout le problème du pays qui ne renait pas des actions de la guerre civile, contrairement à l’Allemagne par exemple qui affronte son passé pour vivre son présent, vient sans doute de la loi d’amnistie de 78. A cette époque, il était nécessaire de repartir à zéro, pour vivre en démocratie. Nécessaire sans doute de cacher ce qui avait été commis des deux côtés d’ailleurs, d’où le problème toujours actuel qui fait qu’on ne peut pas revenir sur cette loi. Loi d’amnistie que l’auteur appelle loi d’amnésie par la voix de ses personnages. Dans le roman, l’auteur évoque le Partido Popular d’aujourd’hui, calqué sur l’Alianza Popular fondée en 1976, et proche des idées du Franquisme, mais aussi à de nombreuses reprises l’Opus Dei, toujours d’actualité en Espagne.

Quelques questions sont posées à Marc Fernandez : qui est qui dans le roman ? Dans les personnages du roman ? Il y a beaucoup de lui dans Isabelle, cette avocate mi- française, mi- espagnole, comme il y a toujours un peu d’un auteur dans ses personnages.
L’affaire des enfants volés est connue en Espagne. Elle a été révélée à un de ces enfants par son père, sur son lit de mort, et l’on sait aujourd’hui qu’il y a qua moins 30 000 enfants volés. Les enfants ne savent pas en général qu’ils ont été ces enfants-là. Il n’y a pas réellement de prise de conscience de la population, même si une banque ADN vient d’être créée pour ceux qui auraient un doute et souhaiteraient que soient faits de regroupements.

Marc Fernandez est un chroniqueur de polars, au travers de son mag Alibi, aussi a-t-il mis de côté pendant quelque temps la lecture de ce genre pour ne pas se laisser influencer. Il nous avoue cependant être un grand lecteur, et nous conseille vivement de lire « la griffe du chien » de Don Winslow et les romans de Victor Del Arbol.

Une disparition inquiétante. Dror Mishani.

Une enquête policière qui nous entraine en Israël et nous fait découvrir de nouveaux horizons

Une disparition inquiétante de Dror MishaniAvec « Une disparition inquiétante » de Dror Mishani je fais la connaissance d’Avraham Avraham, un policier peu commun, un peu décalé, déstabilisant et pas forcément attachant. Mais tout le monde n’est pas en permanence au top ni à 200% de ses capacités ou capable de travailler à la perfection, au contraire, les incohérences, les baisses de régime, le manque d’intérêt ou d’attention font aussi partie de nos vies. Alors oui, Avi Avraham, ce personnage de flic complètement dépassé par la situation, est sans doute une compilation de quelques personnes que nous pourrions rencontrer dans la réalité et s’il n’est pas de prime abord sympathique, il en devient malgré tout intéressant par sa crédibilité et son réalisme.

Lorsqu’une mère vient au commissariat faire part de ses inquiétudes depuis la disparition de son fils Ofer Sharabi, notre commissaire est peu enclin à lancer une recherche. Il est pressé de rentrer chez lui se poser devant sa télé pour analyser et critiquer les séries policières américaines et en découvrir les incohérences. Etonnant, car lui n’est pas à une incohérence près dans son travail, mais il est plus facile de voir ce qu’il se passe chez les autres que de faire sa propre introspection.

L’enquête sur ce qui s’avère finalement être une disparition inquiétante va démarrer, puis piétiner, s’enliser, prendre de mauvaises directions et en oublier certaines autres. Il y a peu de témoins, ou alors des témoins qui vont dérouter plutôt qu’aider les enquêteurs, je pense en particulier au comportement trouble du voisin de la victime, l’étrange professeur d’anglais Zeev Avni. En fait il y a peu d’éléments pour la faire avancer. Cela semble refléter la vraie vie de la police où tout n’est pas aussi simple et rapide que dans les séries télé.

Les rivalités entre collègues, la personnalité de Sharpstein, nouvel arrivant qui veut affirmer sa différence et ses compétences, Ilana, la directrice du service qui prend des initiatives sans prévenir Avi Avraham alors qu’il dirige l’enquête, le voyage d’étude en Belgique qui se solde par une somme d’heures perdues et quelques rencontres plus ou moins agréables, la mère un peu trop possessive, sont autant de scènes qui ancrent le personnage dans une réalité qui happe le lecteur et lui donne envie de poursuivre sa lecture. Et bien lui en prend car de fausses pistes en hésitations, l’enquête s’avère bien plus complexe et intéressante que ce que l’on imagine de prime abord. J’aborde ici pour la première fois l’univers d’un policier en Israël et je suis prête à découvrir ses prochaines enquêtes.

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Roman lu dans le cadre du jury de l’édition 2015 du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points


Catalogue éditeur : Points

Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Prix du meilleur polar des lecteurs de points 2014Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait. Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District. Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

Dror Mishani est un universitaire israélien spécialisé dans l’histoire du roman policier. Il est aussi critique littéraire et éditeur de romans policiers.« La nouvelle voix du polar israélien. » Le Soir (Bruxelles)

Le cercle Points - Créateurs de lecteursPoliciers, thrillers & romans noirs / 384 pages
Paru le 05/03/2015 / EAN : 9782757851739

Cadres noirs, Pierre Lemaitre

Cadres Noirs, une intrigue dans le monde parfois bien sombre de l’entreprise, qui prend le lecteur et ne le lâche plus par Pierre Lemaitre

De Pierre Lemaitre, j’ai d’abord découvert le fabuleux « Au revoir là-haut » et son regard porté sur les personnages, sur l’Histoire, celle des peuples qui s’écrit avec la multiplicité des individus et avec la vie et le sang des hommes, puis « Robe de marié », ma première expérience Lemaitre en polar / thriller. D’où bien sur mon envie d’en découvrir plus de cet auteur dont j’ai apprécié le regard affuté sur la société, sur les travers humains, l’analyse psychologique des personnages, un brin cynique et jamais larmoyante même quand tout est sombre.

Avec Cadres noirs, nous ne faisons pas une incursion dans le monde du Cadre Noir de Saumur, mais bien plutôt dans celui bien noir de la vie des cadres en entreprises, ces entreprises capables de broyer les individus pour arriver aux objectifs fixés par des actionnaires, des gestionnaires, des patrons bien éloignés des réalités et des souffrances du terrain.

Ici, nous allons suivre les pérégrinations d’Alain Delambre, la cinquantaine, âge critique pour trouver du travail car considéré depuis longtemps comme un sénior par l’entreprise.  C’est un cadre RH au chômage depuis plus de quatre ans. Lui qui a été capable d’accepter toutes sortes de petits boulots sous-payés et bien en deçà de ses capacités, pour rester un peu actif, et alors qu’il désespère, une lueur d’espoir va lui permettre d’envisager  un poste à sa mesure. Pour cela il va devoir se plier à un jeu de rôle méprisable envers les cadres de l’entreprise qui pourrait l’embaucher.

Mais tout va soudain déraper et si parfois l’emballement d’Alain Delambre m’est apparu impossible, j’ai cependant eu envie de connaitre et de comprendre pourquoi et comment il allait s’en sortir. L’analyse du monde du travail, de l’entreprise, le rejet des séniors par le monde des RH et du management, la psychologie du chômeur de longue durée, le machiavélisme, le séminaire de motivation parfaitement débile, mais aussi le désespoir, la manipulation, la vie d’une famille qui dérape quand les rôles sont difficile à tenir, parce que dans la couple  l’un des deux ne trouve plus sa place, tout est bien analysé, décortiqué, transposé en une intrigue qui prend le lecteur et ne le lâche plus, même si par moment on n’y croit pas, on a du mal à comprendre la bêtise de ce personnage qui se dévoilera peut être bien plus malin et surprenant que prévu.

Catalogue éditeur : Calmann-Lévy Le Livre de Poche

Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans complètement usé par quatre années de chômage. Ancien DRH, il accepte des petits jobs qui le démoralisent. Au sentiment d’échec s’ajoute bientôt l’humiliation de se faire botter les fesses pour cinq cents euros par mois… Aussi quand un employeur, divine surprise, accepte enfin d’étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l’argent, à se disqualifier aux yeux de sa femme et de ses filles, et même à participer à l’ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d’une prise d’otages. Il s’engage corps et âme dans cette lutte pour retrouver sa dignité. S’il se rendait compte que les dés sont pipés, sa fureur serait sans limite. Et le jeu de rôle pourrait alors tourner au jeu de massacre…

448 pages / Date de parution: 02/03/2011 / EAN : 9782253157212 / Editeur d’origine: Calmann-Lévy