Est-ce ainsi que les hommes jugent, Mathieu Menegaux

Un flic pugnace, une jeune orpheline, un cauchemar éveillé, un roman percutant

Claire est une jeune fille de 13 ans, chaque samedi matin après avoir fait les courses avec son père, ils achètent un bouquet de fleurs et vont dire bonjour à sa maman, au cimetière.
Mais ce jour-là ils n’iront pas, Claire a échappé de justesse à une tentative d’enlèvement. L’homme, grand, jeune, blond, vêtu d’un blouson en jeans, s’est enfui à bord de sa Mégane blanche en percutant mortellement le père de Claire qui tentait de l’arrêter.
Trois ans plus tard. Ce n’est pas un jour ordinaire pour Gustavo. Il doit présenter devant l’état-major de son entreprise l’acquisition d’un laboratoire, moment primordial de sa carrière. Gustavo, émigré d’Argentine avec sa mère, a pleinement réussi sa vie. Avec Sophie, son épouse aimante, mère au foyer accomplie et satisfaite et ses deux garçons, il savoure sa réussite et son bonheur tranquille.
Mais ce matin-là, l’équipe du commandant Delphis fait irruption dans sa maison, détruisant ce confort, ce bonheur en quelques heures à peine. Interrogeant, fouillant, sans relâche pendant des heures. La perquisition est d’une violence inouïe lorsque l’on ne comprend pas ce qui arrive. Gustavo est embarqué jusqu’au poste pour une garde à vue. Pourquoi, et par quel malheureux hasard cet homme en apparence paisible et bien sous tous rapports va se retrouver là ?

Voilà un étonnant plaidoyer contre la justice, mais surtout contre la police et ses manières peu orthodoxes, avec ce flic qui parce qu’il veut tenir une promesse faite à la victime prend des chemins bien expéditifs.

Un roman qui met aussi en lumière le mal qui peut être fait en quelques heures par le biais des réseaux sociaux et des médias. Innocent, coupable, chacun se fait juge, policier, justicier, sous l’anonymat des réseaux, tout est permis. D’ailleurs, n’est-ce pas un peu ce que l’on vit actuellement où chacun devient spécialiste, infectiologue, virologue, politique, c’est selon. Chacun y allant de son y’aqu’a, fau’qu’on, onauraitdu… Et surtout, ce roman nous montre le retournement de situation implacable dont même le plus banal des citoyens peut être victime au nom d’une certaine justice. Comment en quelques heures un innocent devient coupable, et comment sa propre pensée va être perturbée, défaillante, au point parfois de le mener à signer des aveux sans même avoir été coupable.

Mathieu Menegaux à l’art d’écrire un roman que l’on ne lâche pas avant la fin, qui se lit d’une traite, économe de mots superflus, de situations qui parasiteraient l’intrigue principale. J’en aurais peut-être apprécié un peu plus, pour étoffer l’intrigue et donner plus de corps à certains personnages, mais sans doute est-ce voulu ? Pour dire l’essentiel et mener son lecteur où il l’a décidé, à se poser les bonnes questions sur notre société ?

Du même auteur, j’ai découvert dernièrement le roman Disparaitre, chronique à retrouver ici.

Catalogue éditeur : Grasset et format poche Points

Une journée particulière. Gustavo, père de famille, directeur financier, doit effectuer une présentation importante devant l’état-major de sa multinationale. Des mois de préparation, un tournant pour sa carrière.
Au lieu de l’heure de gloire espérée, la police faire irruption à son domicile, à l’aube. Perquisition, accusation d’homicide volontaire, indices concordants, Gustavo va être placé en garde à vue et traité sans ménagement. Heures sombres, qui vont déstabiliser un cadre supérieur sans histoires et le conduire à redouter le pire pour son avenir. 
Son épouse Sophie va mobiliser son réseau et son énergie pour démontrer l’innocence de son mari et préserver leurs deux garçons des conséquences dévastatrices de cette mise en cause.
Mais comment rétablir la balance de la justice dans un univers gouverné par l’émotion et la recherche immédiate d’un coupable ?

Grasset : Parution : 2 Mai 2018 / Format : 130 x 205 mm / Pages : 234
EAN : 9782246817437 Prix : 18.00€ / EAN numérique: 9782246817444 Prix : 7.49€
Points : Date de parution 09/05/2019 / 7.00 € / 240 pages / EAN 9782757875599

La police des fleurs, des arbres et des forêts, Romain Puértolas

Avec un titre long comme ça, il  faut du souffle pour tenir ses lecteurs en haleine jusqu’à la dernière page. C’est le pari de Romain Puértolas dans son dernier roman «La police des fleurs, des arbres et des forêts »

En 1961, alors que la canicule a frappé partout en France comme dans le petit village de P où tout le monde se connait, un corps vient d’être retrouvé, démembré et égorgé, dans les cuves de l’usine à confitures. Il n’en faut pas plus pour que monsieur le maire, par ailleurs propriétaire de la dite usine flambant neuf, appelle la police à la rescousse. Car au village, tout le monde appréciait Joël, il faisait partie du paysage, lui qui était né le jour de la libération du pays.

Le jeune et fringuant inspecteur de police diligenté sur place constate avec surprise que le corps a déjà été autopsié et enterré. L’enquête ne fait que commencer et déjà les contrariétés apparaissent. A l’heure où n’existent ni internet ni mobiles, la situation se complique avec la panne généralisée du téléphone fixe. Voilà donc notre inspecteur obligé de faire ses comptes rendus par lettre, et d’attendre la réponse de madame le procureur. Fort heureusement, cet inspecteur aussi astucieux que moderne à la bonne idée d’enregistrer toutes ses enquêtes, car quoi de mieux pour ne rien oublier, pouvoir réécouter et peut-être résoudre l’intrigue.

Et l’auteur nous balade, nous simples lecteurs, dans les méandres des esprits campagnards parfois revanchards, un peu malhonnêtes, pas toujours fidèles. De rencontre en déclaration, il questionne, soupèse les réponses, détecte les faux-semblants, et tente de dénouer ce sordide meurtre.

L’intelligence de l’auteur ? Nous transporter dans un passé récent, mais sans les moyens de communications d’aujourd’hui, tout en donnant du rythme à son enquête par le biais de ces interrogatoires enregistrés, par ces échanges épistolaires d’un nouveau genre. L’éloge de la lenteur en quelque sorte… bien que… allez, lisez, et délectez-vous jusqu’au bout de cette intrigue sérieuse, mais pas trop, non dénuée d’humour et d’un soupçon de légèreté.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.
Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

19.00 € / 2 Octobre 2019 / 140mm x 205mm / 352 pages / EAN13 : 9782226442994

Police. Hugo Boris

Lire « Police » d’Hugo Boris, c’est voir au travers d’un nouveau prisme, celui de l’envers du décor, un presque huis-clos étonnant de flics qui sont avant tout des Hommes.

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Un incendie vient d’éclater dans un centre de rétention administrative, les accompagnateurs attitrés sont trop occupés à la sécurisation du site pour assurer le transfert d’un migrant « retenu » vers Roissy, c’est à un équipage du commissariat du XIIe qu’incombe la tâche.

Dans cette voiture il y a Virginie. Mariée, un tout jeune enfant, un métier tellement prenant qu’il empiète beaucoup trop sur la vie de famille, un époux indifférent, et un amant de passage qui est également son collègue. Virginie est enceinte mais sa décision est prise, elle ne gardera pas l’enfant. Il y a aussi Aristide. Le collègue, beau gosse, musclé, blagueur, il a toujours le bon mot pour les autres, même s’il force parfois un peu le trait. Jamais amoureux, toujours amant opportuniste, il est déstabilisé lorsque Virginie lui annonce qu’elle et enceinte, sa décision et qu’elle le plaque. Et enfin, il y a Erik, le boss.

Les voilà confrontés à la vie d’un centre de rétention, au regard des migrants en attente de reconduite ou de laisser passer. Car escorter un retenu à Roissy, c’est prendre de plein fouet la réalité de l’immigration illégale, c’est toucher, parler, non pas à un document mais bien à un homme. Et cet homme-là, prostré, atteint, blessé dans son cœur, est en danger s’il rentre dans son pays, lui à qui il a fallu tant de courage pour arriver jusqu’à nos terres d’asile. Alors que faire, comme suivre les ordres quand ils vous révoltent, comme être soi-même quand on représente un état, une justice, un règlement ?

Dans ce roman, pas de balles tirées ou de sang versé, pas de surhomme, mais des êtres humains avec leurs vies, leurs complexités, leurs attentes et leurs déceptions. Le récit est celui du long et très difficile cheminement de la pensée pour Virginie et ses acolytes. Que faire, comment, et pourquoi faut-il obéir ou au contraire refuser d’accomplir ce que l’on juge incompatible avec ses convictions. Un policier représente l’état, et ne doit pas avoir d’états d’âmes ? Ou au contraire un policer est un être humain qui ressent et décide ? Quelle marge de choix, quel pouvoir de décision ?

J’ai trouvé très intéressant ce roman qui pour une fois ne nous interpelle dans le contexte classique de la seconde guerre, où l’on a déjà tant commenté les réactions ou l’absence de réaction des fonctionnaires face aux décisions iniques du pouvoir. C’est si difficile de dire ce que l’on ferait si… j’ai aimé cette écriture qui donne vie et humanité aux personnages, à leur complexité, à leurs sentiments, et nous les rend si proches. Malgré quelques scènes un peu irréalistes, en particulier à Roissy – mais après tout qu’importe- on s’y attache et on voudrait y croire.

Extrait :
« Il a presque envie de reculer, immature comme c’est pas permis, méchant comme on peut l’être quand on est triste. « 

Du même auteur découvrir Le courage des autres

Catalogue éditeur : Grasset

Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.
Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.
En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?

Parution : 24/08/2016 / Pages : 198 / Format : 130 x 205 mm / Prix : 17.50 € / EAN : 9782246861447