Ce qu’il faut de nuit, Laurent Petitmangin

Un roman social et humain, à hauteur d’homme

Ce n’est pas si souvent que les auteurs nous entraînent dans les pensées d’un père veuf qui a la charge d’élever seul ses deux garçons.

Depuis la disparition de la moman, et après ces longs mois de trajets aller-retour vers l’hôpital pour l’accompagner vers son dernier voyage, le père ne sait plus comment gérer Fus, son fils aîné. Celui-ci pourtant bon élève a décroché depuis longtemps. Sa seule passion aujourd’hui est le foot.
Fort heureusement il reste encore le Gillou qui pourra peut-être faire des études correctes et, qui sait, partir à la capitale pour les poursuivre dans une grande école.
Le père, ancien syndicaliste convaincu, colleur d’affiches et actif aux meetings participe aujourd’hui bien sagement à quelques réunions avec les camarades de la section PS du coin.
Jusqu’au jour où il découvre que Fus s’est laissé embringuer par les colleurs d’affiches du parti adverse, le pire qui soit, celui des fachos.
Comment un père attentif et aimant peut-il accepter cela. Quels vont être son attitude, son cheminement pour comprendre, accepter ou rejeter ce fils qui a pris un chemin à l’opposé de ses convictions les plus intimes.
Et surtout, lorsque des circonstances plus dramatiques encore l’inciteront à renier ce fils, comment va-t-il réagir ? Comment réagit-on face aux erreurs de ses propres enfants.

Un roman sur l’amour paternel, la place de la famille, les sentiments souvent trop difficiles à exprimer. Un roman social et humain, à hauteur d’homme, avec des personnages auxquels on s’attache facilement tant on aurait pu les croiser au coin de notre rue, dans notre quartier, notre propre famille.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Manufacture de Livres

C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.
Laurent Petitmangin est né en 1965 en Lorraine au sein d’une famille de cheminots. Il passe ses vingt premières années à Metz, puis quitte sa ville natale pour poursuivre des études supérieures à Lyon. Il rentre chez Air France, société pour laquelle il travaille encore aujourd’hui. Grand lecteur, il écrit depuis une dizaine d’années. Ce qu’il faut de nuit est son premier roman.

16,90 euros / 198 pages / Parution le 09/12/2020 / ISBN 9782358876797

Henriquet, l’homme reine

Une vision lucide et sans concession du règne d’Henri III

Décidément, Richard Guérineau s’attelle à nous faire découvrir des rois méconnus ou mal aimés. D’abord avec l’adaptation du roman de Jean Teulé Charly 9. Dans cette BD il déroulait le funeste parcourt du roi Charles IX décédé à vingt trois ans. Un roi devenu fou à la suite du massacre de la saint-Barthélémy qu’il avait ordonné pour plaire à sa mère Catherine de Médicis. Avec Henriquet, l’homme reine, il nous propose un portrait singulier et détonnant de son frère Henri III le méconnu. Enfin, méconnu au moins pour quelqu’un comme moi qui pourtant vient de Pau et de Navarre, patrie du bon roi Henri IV.

Lorsque Charles IX décède, le royaume est en pleine guerre de religion, la Saint-Barthélemy n’est pas seulement un souvenir, c’est un massacre dont la portée est toujours prégnante dans la population. Catherine de Médicis fait revenir son fils Henri de Pologne. Le roi s’enfuit sans délai pour regagner Paris et succéder à son frère sur le trône du Royaume de France .

Mais ce roi n’a pas vraiment l’envergure de ses prédécesseurs. Efféminé, portant bijoux et beaux habits aux tissus soyeux et chatoyants, il détone dans le paysage. Dès son accession au trône en 1574, les guerres de religions vont à nouveau s’enchaîner, laissant le pays exsangue. Il devra surtout gérer de nombreux conflits avec le Duc de Guise, les Malcontents du Duc d’Alençon, ou même son beau-frère Henri IV. Quand tout le monde veut prendre votre place, la lutte est parfois sans merci. Il décède en 1589, assassiné par le moine Jacques Clément.

Mais ce qui ressort avant tout de ce roman graphique, c’est la personnalité du roi, sa façon de se vêtir, les affinités avec ses mignons, son besoin d’une hygiène corporelle parfois bien mal compris par ses pairs, ses nombreux problèmes de santé, son fort dégoût de la chasse et des armes, contraires aux habitudes de la cour et à l’image que l’on se fait d’un roi courageux et puissant guerrier. L’homme est décrit avec ironie et justesse, et l’on sent tout au long du récit une grande connaissance de l’époque et du personnage. Cela n’empêche pas l’auteur de se permettre un humour décapant et fort à propos. En même temps, il démontre si besoin était que loin de mériter les nombreuses critiques que lui ont fait ses contemporains comme les historiens qui se sont penchés sur son règne, cet homme là n’est sans doute pas né à la bonne époque, ce qui ne lui a pas permis de prendre sa véritable dimension.

Tout au long du récit, Richard Guérineau alterne des procédés graphiques différents qui rendent vivant et très actuel l’ensemble. Il ne se fige à aucun moment dans un style ou un autre. Les couleurs au début assez violentes et criardes s’apaisent à mesure que l’on prend la dimension du personnage, et c’est tant mieux. Le ton est alerte, direct, humoristique et critique. J’ai appris énormément de choses sur Henri III l’homme reine.

Pour poursuivre après la lecture : Le roi Henri III crée en 1578 l’ordre du Saint-Esprit, un ordre de chevalerie très prestigieux qui rassemble autour de la personne royale les gentilshommes les plus distingués de la haute société (ceux que l’on a appelé ses mignons). Son manteau d’apparat est visible au musée de la légion d’honneur à Paris.

Catalogue éditeur : Delcourt

Après sa brillante adaptation du Charly 9 de Jean Teulé, Richard Guérineau réalise sa propre suite consacrée à Henri III. Ce roman graphique dense et drôle révèle une période historique aussi complexe que passionnante. Mai 1574. Charles IX meurt, laissant son royaume déchiré par les guerres de Religion et toujours sous le choc du massacre de la Saint- Barthélemy. Catherine de Médicis rappelle son fils cadet Henri, alors roi de Pologne… Henri III aura surtout marqué l’Histoire par ses mœurs et ses frasques, avérées, qui auront masqué l’incroyable complexité politique à laquelle a dû faire face ce monarque atypique.

Scénariste, Illustrateur, coloriste : Richard Guérineau

Collection Mirages / EAN 9782756070827 / Dimensions 19.8 x 26.3 x 2 cm / Pages : 192 / Prix : 22,95€ / Paru le 1 mars 2017

Madame S, Sylvie Lausberg

Une véritable enquête qui, de la Belle Époque à la IIIème République, nous entraine dans les pas de Madame S, personnage aussi réel que romanesque

Elle aura eu tous les surnoms, y compris  les plus dégradants, la pompe funèbre étant sans doute l’un des plus connus. Pourtant, Madame Steinheil née Japy a vécu une enfance heureuse dans cette famille d’industriels dont on connait au moins la célèbre machine à écrire qui a révolutionné bien des vies de secrétaires.

Elle est adulée par un père qui avait un mal fou à l’imaginer loin de lui. Mariée peu après le décès de ce dernier à Adolphe Steinheil, un peintre bien plus âgé qu’elle. Bien trop âgé sans doute pour imaginer qu’elle ait pu être heureuse dans son couple. Madame S saura mener carrière auprès du tout Paris politique et culturel. Maitresse de Félix Faure, elle aura certainement connaissance de bien des faits politiques. En particulier, ce dernier lui confiera des écrits, destinées à devenir ses mémoires. Documents qu’elle gardera par devers elle ainsi que les nombreux cadeaux dont il la gratifiera.

Après le décès de Félix Faure en 1899, elle poursuit sa route à l’écart des mondanités. Viennent ensuite le meurtre à son domicile de son mari et de sa mère, de longs mois de prison, un interminable procès qui cache sans doute des raisons d’état, et le départ pour l’Angleterre.

Pourquoi son parcours est-il si singulier ?

Née le 16 avril 1869, cette héritière d’une grande famille, plutôt bien dotée par la nature, épouse contre toute raison un homme âgé qui ne lui convient pas. Femme libre qui assume cette liberté, elle va vivre cent autres vies auprès d’hommes politiques, journalistes, artistes, parmi les noms les plus en vue de son époque. Vivre également au sein du gouvernement et de son salon les conflits acharnés et les tergiversations présidentielles autour de l’antisémitisme et l’affaire Dreyfus, et certainement avoir accès à d’autres secrets jusqu’au décès de Félix Faure. Un violent fait divers bouleverse sa vie, puis après un procès rocambolesque, elle va disparaitre, réapparaitre… Elle reste un véritable mystère jusqu’à sa mort en 1957, et bien après !

Quel personnage romanesque à souhait !

Sylvie Lausberg, fascinée par la singularité de cette femme, et par les ombres démesurées qui s’étendent sur les différents faits qui jalonnent sa vie, a eu envie d’en savoir plus. Vingt années de recherches, de visites dans les lieux où elle a vécu, de lectures d’innombrables papiers, micro films, archives, ont été nécessaires pour lever la part d’ombre – une part d’ombre, car il en restera toujours un peu – et pour nous donner envie de mieux connaitre cette Madame S. Et l’on a envie de dire, à la lumière des faits établis par l’auteur, mais alors, pourquoi un tel traitement tant pendant sa vie que longtemps après ? Parce que c’est une femme libre qui dérange ?

Voilà enfin une biographie romancée qui explique ! Peut-être est-ce par moments un peu trop dense dans les faits, noms, évènements, au risque de noyer ses lecteurs, mais quand on sait que l’auteur a vécu avec madame S pendant tant d’années, on comprend mieux cette profusion d’informations. C’est une intéressante incursion dans le milieu politique et un regard éclairé sur la condition des femmes de cette première moitié du XXe.

Vous aimez les femmes au parcours singulier qui ont osé aller contre leur époque ? Lisez également Femme qui court, de Gérard de Cortanze à propos de Violette Morris, ou encore Lady Mary, de Danielle Digne, sur cette femme étonnante qu’était Mary Wortley Montagu.

La démarche de Sylvie Lausberg pour écrire  Madame S me fait penser à celle de Philippe Jaenada. Lui aussi, grâce à ses recherches, bouleverse nos horribles certitudes à propos de faits-divers jugés dans le passé. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille La Serpe, ou un autre de ses romans.

Catalogue éditeur : Slatkine et Compagnie

L’anecdote est célèbre : alors que le président Félix Faure agonise, sa « connaissance » s’est sauvée par l’escalier de service. Cette mort en épectase va changer le cours de l’affaire Dreyfus et bouleverser le destin de celle que l’on surnomme depuis la « pompe funèbre »… Intriguée par cette « putain de la République », une journaliste recluse décide d’enquêter.

Sylvie Lausberg livre un passionnant thriller historique sur les traces volontairement effacées de Marguerite Japy-Steinheil, personnalité troublante dont le traitement politique et médiatique dit long sur les secrets d’un État français toujours aux prises avec les mêmes démons : antisémitisme, antiféminisme, petits arrangements entre amis et journaux avides de scandales.

Parution 24 octobre 2019 / 240 pages / Prix : 20 € / ISBN : 978-2-88944-087-0

Pamela, Stéphanie des Horts

Pamela est si belle que tous les hommes succombent à son charme, et l’écriture de Stéphanie des Horts nous enchante en nous faisant découvrir la belle-fille de Churchill.

photo roman "Pamela" de Stephanie des Horts, blog Domi C Lire

Pamela est une jeune et belle femme bien décidée à se faire une place dans la société. Les  hommes succombent à son charme, elle n’a que l’embarras du choix pour réussir.  Elle aime l’amour autant que les hommes, et ce sera son moteur pour avancer malgré les embûches.

A 19 ans, elle épouse le fils de Winston Churchill. Sa relation avec le père sera bien plus profonde et sincère qu’avec son mari. Si elle divorce rapidement après lui avoir donné un fils, elle gardera néanmoins ce nom prestigieux toute sa vie ou presque.

Ensuite, elle va collectionner avec toujours beaucoup de passion et de sincérité des amants tous plus prestigieux les uns que les autres, Ali Khan, Gianni Agnelli, Harriman, Druon, Rothschild, Sinatra, Maurice Druon, pour ne citer qu’eux. Mais bien souvent, elle qui sait ce que représente l’argent et le confort que lui procure ces hommes n’arrivera pas à les épouser. Il lui manque toujours quelque chose, le nom, la lignée aristocratique, la position sociale. Ils lui resteront cependant fidèles en amitié et ne la lâcheront pas lorsqu’elle se retrouve dans l’adversité. Jusqu’à son mariage avec Harriman. Bien plus âgé qu’elle, il lui permet d’entrer en politique et  d’assoir une « respectabilité » qui la mènera jusqu’au titre d’ambassadrice des États-Unis en France.

Elle mène une vie flamboyante. Souvent traitée de putain par ses détracteurs, elle avance jusqu’au bout dans le sillon qu’elle s’est tracé, fidèle en amitié mais aussi à ses amours le temps qu’ils veulent bien durer. Quand elle aime, elle aime vraiment, de toutes ses forces, et les ruptures n’en sont que plus douloureuses.

Alors c’est vrai, cette vie-là peut sembler un peu futile et légère, tournée vers un but, l’amour d’un homme assez riche pour vivre dans un réel confort. Mais cette femme est passionnante et bouleversante. Sa façon de traverser le siècle et de s’y faire une véritable place au soleil est bluffante. Elle aura su s’adapter, rebondir, assoir sa position, en particulier auprès de Churchill mais aussi de Clinton. Elle qui sait rester fidèle le sera toute sa vie à « dear Papa » (Winston Churchill) avec qui elle refaisait le monde et s’entendait très bien, excusez du peu !

Elle croise la route de tant de monde ! La maîtresse de Malaparte n’est autre que la mère de Gianni Agnelli, son grand amour. Malaparte que l’on retrouve dans l’excellent roman Amour propre de Sylvie Le Bihan. Elle croise la route d’Emerald Cunard dans ses salons littéraires à Londres. Emerald Cunard que l’on retrouve dans Avec toute ma colère d’Alexandra Lapierre. Puis de Louise de Vilmorin, que l’on retrouve dans Edmonde, là aussi passionnant roman de Dominique de Saint-Pern sur une femme singulière et attachante.

Pamela m’a fait voyager dans le temps et dans la vie de cette femme dont j’ignorai tout, c’est envolé, subtilement écrit, alerte, vivant. Un véritable plaisir de lecture.

En parcourant le XXe siècle, les historiens trouveront partout des traces du rouge à lèvres de Pamela Churchill. Daily Mail.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Albin Michel

Légère, séduisante, insolente, Pamela décide très tôt de capturer l’homme qui la mènera à la gloire. Randolph Churchill, qu’elle épouse à dix-neuf ans. Ali Khan, Agnelli, Sinatra, Harriman, Druon, Rubirosa, Rothschild… aucun ne résiste à son charme. S’ils ont le pouvoir, elle exerce sur eux une attirance fatale. Ils l’ont tous désirée. Elle les a tous aimés. Les conquêtes de Pamela sont des alliances, des trophées qu’elle brandit sans crainte de choquer les cercles mondains. Scandaleuse ? Intrigante ? Courtisane ? La ravissante Anglaise à la réputation sulfureuse, morte comme une légende dans la piscine du Ritz à Paris où elle était ambassadrice des États-Unis, a emporté ses secrets. Stéphanie des Horts en recherche les parfums et nous révèle l’existence flamboyante d’une séductrice hors norme.

288 pages / Date de parution : 27/02/2019 / EAN : 9782253237990

Colette et Jacques, Olivier Duhamel

Écrit en hommage à ses parents, le premier roman du politologue et journaliste Olivier Duhamel. Son intérêt historique en fait une lecture dense et enrichissante.

Roman, biographie, roman historique ? Il y a un peu de tout ça dans Colette et Jacques, d’Olivier Duhamel. C’est un hommage à la carrière du père, à la personnalité de la mère, à leur histoire d’amour. Mais aussi au fil de l’histoire qu’ils ont façonnée en participant tout au long de leur vie à l’action publique de la France, son administration, sa politique.

Jacques est orphelin de père très tôt. Mais d’un père intègre et volontaire, alors bien sûr, sa vie sera placée sous le signe d’une certaine idée de la France. Engagé en politique très jeune, élu dans le Jura, il participera pendant de longues années aux différents gouvernements qui se sont succédé, il participe successivement à différents cabinets ministériels sous la IVe République, puis sera ministre actif à la forte personnalité sous la Ve, il va côtoyer, pour ne citer qu’eux, De Gaulle, Mendès France ou encore Edgar Faure.

Sa femme Colette ne restera pas dans l’ombre. Femme libre, sa passion de la littérature lui permettra de devenir éditrice, puis le deuil qui la frappe à cinquante ans la fera rentrer dans la famille Gallimard.

Deux personnages qui ont marqué l’histoire, de la seconde guerre mondiale à la fin du siècle dernier, mais surtout un roman qui nous rappelle les belles heures de la Ve république. Très dense, parfois trop pour être un simple roman, peut-être pas assez pour une biographie, l’auteur a cependant su retenir mon attention sur l’ensemble de ce récit qui met en scène ces deux personnages aussi passionnants l’un que l’autre.

Catalogue éditeur : Plon

Colette et Jacques, l’histoire d’un amour hors du commun, plus fort que le malheur ; et aussi, de 1939 à la fin du XXe siècle, le roman-vrai d’une époque qui se déchire, s’interroge et s’invente.

Une femme, un homme, un fil – l’amour.
Orphelin de père, Jacques n’a que dix-sept ans quand il devient résistant. Chez lui, l’engagement se confond avec la passion. Dévoué à l’action publique, il sera tour à tour le premier conseiller d’Edgar Faure dans presque tous les gouvernements de la IVe  République,… Lire la suite

Date de parution : 10/01/2019 / EAN : 9782259268448 / nombre de pages : 250 / Format : 135 x 210 mm

Première dame, Caroline Lunoir

Et si la réalité dépassait la fiction ? Comme le dit Caroline Lunoir, quand un candidat part en campagne, sa « Première dame »  l’accompagne, pour le pire et pour le meilleur…

Lorsque Marc annonce à Marie qu’il se présente aux prochaines présidentielles, toute la famille décide de faire corps pour lui apporter un soutien sans faille. Pendant sept cent vingt-six jours, la présence de chacun sera indispensable et cette campagne s’annonce féroce. Il faudra affronter les primaires du parti, les candidats adverses, la mise en coupe réglée par journalistes et médias, le chemin est long, il faut se tenir prêt.

Dans cette famille catholique bienpensante, l’éducation est primordiale, Marie et Marc ont élevé leurs enfants dans le respect de chaque individu, mais aussi de la vérité et de la justice. C’est en tout cas ce que croyait Marie. Car les révélations vont s’accumuler et faire s’effondrer ses illusions d’une famille idéale telle qu’elle pensait l’avoir construite avec Marc. Rapidement, elle ressent le besoin de verbaliser ses interrogations et ses sentiments les plus intimes. Elle décide de tenir un journal à rebours, soit J – 726 jusqu’aux élections, pour y retrouver plus tard cette femme qui aura traversé cette période difficile.

Mais la campagne se révèle cruelle pour tous, y compris pour l’épouse qui n’avait rien demandé et qui découvre les incartades, les trahisons, les mensonges de Marc. Et les enfants, malgré l’amour qu’ils vouent à leur père, se sentent floués, trahis, perdus. Alors Marie, femme trompée et déçue va coucher sur le papier toutes ses émotions, ses blessures et ses craintes les plus intimes, ses attentes et ses espoirs. Et le lecteur peut aisément imaginer qu’elle incarne tout ce que d’autres premières dames ont vécu cela avant elle, leurs déchirures, leurs blessures, leurs humiliations, leurs déroutes.

Si de prime abord le thème semble léger, et même parfois dérange lorsque l’on réalise que l’auteur reprend des faits vus ou lus dans les journaux… Il interpelle vraiment car il fédère adroitement toutes ces premières dames passées ou à venir. Caroline Lunoir nous décrit de l’intérieur et avec un certain réalisme les jalousies, les trahisons, les noirceurs que ces « femmes de » doivent endurer. Et tout ça pour le bonheur de qui ? De quoi ? D’une nation qui ne leur en sera jamais reconnaissante, et qui de plus en plus les observe et les critique par le tout petit bout de la lorgnette.

Il est féroce et brillant ce roman. Caroline Lunoir, avocate pénaliste, auteur de deux autres romans parus également chez Actes Sud, s’inspire ici de la réalité pour créer une fiction politique plus vraie que vraie en ancrant ses personnages dans cette réalité tangible. Réalité dont chaque lecteur a entendu parler lors de campagnes présidentielles ou d’actualités souvent bien sordides, oubliant le bien commun au profit de quelques gros titres racoleurs. Si de prime abord tout cela peut sembler déroutant, rapidement le lecteur s’y laisse prendre. Alors on tourne les pages de ce journal intime bien écrit, vivant, rythmé, émouvant parfois, et en comprenant et décortiquant les arcanes du pouvoir, on ressent même de l’empathie envers ces femmes de

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On pourra lire également les chroniques de Virginie du blog Les chroniques littéraire de Virginie, le blog Quatre sans Quatre, ou l’avis de Nicole du blog Mots pour mots.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Un beau dimanche d’avril, c’est dans l’euphorie et la fierté qu’est accueillie l’annonce de Paul : il sera candidat aux primaires de son parti en vue de l’élection présidentielle. Épouse dévouée, mère exemplaire, Marie inaugure pour l’occasion un journal, avide de tenir la chronique des deux  années à venir qui s’annoncent pleines de suspense, de promesses et d’accomplissements. Leurs quatre enfants, jeunes adultes, se réjouissent du sens que ce projet paternel donne à une vie d’engagement et le soutiennent avec chaleur. Personne ne semble mesurer les conséquences d’une telle mise en lumière, ni ne pressent le souffle des scandales qui s’apprêtent à ébranler la cellule conjugale et le cocon familial… lire la suite…

Janvier, 2019 / 11,5 x 21,7 / 192 pages / ISBN 978-2-330-11783-2 / prix indicatif : 18, 00€

Galeux. Bruno Jacquin

Découvrir l’Histoire en lisant « Galeux ». Bruno Jacquin nous emporte dans une plongée intelligente et sombre au cœur de la guerre sale qui endeuilla le pays basque dans les années 80.  

DomiCLire_galeux_bruno_jacquin.jpgJ’avais beaucoup aimé le premier roman de Bruno Jacquin Le jardin des puissants. Avec Galeux, je retrouve la plume affutée de ce journaliste qui va au fond de son enquête pour nous entrainer dans un thriller politico-historique et nous replonger dans les années sombres du terrorisme, celles de la sale guerre qui voit s’affronter le GAL, Groupe Anti-terroriste de Libération et l’ETA, l’organisation indépendantiste basque (Euskadi ta Askatasuna / Pays Basque et Liberté).

Dans la famille d’Inès, les années de la lutte de l’ETA ont laissé des traces, son père a été abattu, peu de temps après la mort de sa mère. Elle a donc été élevée par ses grand parents, une grand-mère mutique et insensible, car Jocelyne ne laisse rien voir de ses sentiments et se réfugie dans le silence, et un grand-père présent et attentionné.

En 2005, Casimiro, son grand-père, paisible retraité espagnol qui vit depuis des années côté français, est victime d’un attentat. Par miracle, il a la vie sauve mais reste très affaibli. Sa petite fille Inès va alors chercher à comprendre ce qu’il a bien pu se passer pour qu’un homme aussi tranquille soit la cible forcément innocente des terroristes. D’autant que l’attentat est signé, et que l’on comprend vite qu’il s’agit de vengeance, des années après, et que le sujet principal est l’ETA, ainsi que son organisation adverse, le GAL.

Inès est amoureuse de Mikel, un jeune basque qui doit pourtant la quitter quelque temps et partir en Argentine. Sa meilleure amie est issue d’une famille d’anciens etaras, elle a toutes les cartes en mains pour trouver des contacts et essayer de comprendre. Son enquête, difficile, l’emmènera du pays basque à l’Amérique du Sud, puis vers les quartiers de son enfance, dans les pas de ses parents et grands-parents. Elle sera surtout prétexte pour Bruno Jacquin à nous présenter cette situation ambiguë, difficile, de la lutte sans merci contre un terrorisme aujourd’hui éradiqué.

Pour mieux comprendre, il faut savoir que dans les années 80 au pays basque, la lutte pour l’indépendance ne connaissait pas de répit, et malgré la mort de Franco en 1975, on vivait toujours dans un climat de terreur. Comme les provinces basque françaises sont des terres d’accueil pour les terroristes de l’ETA, mais qu’il est difficile de pénétrer en France pour les chasser, on ne trouve rien de mieux que d’embaucher des français pour faire ce travail dans la plus grande clandestinité. Le pouvoir en place a donc mis au point un contrepouvoir occulte à cette forme de terrorisme, le GAL, embarquant dans ses rangs français ou espagnols, civil ou militaire, trouvant même des complicités auprès de policiers français, pour arrêter les etaras et les ramener sur le sol espagnol ou (plus simple !) les exécuter directement sur le sol français, plus d’une trentaine d’assassinats ont ainsi été perpétrés entre 1983 et 1987. La lutte contre l’ETA est un lutte sans merci qui doit se faire à n’importe quel prix, quoi qu’il en coûte en vies humaines, le mot d’ordre étant de « terroriser le terrorisme », selon les mots célèbres d’un ancien ministre de l’intérieur français.

On se souvient enfin qu’on a très récemment assisté à  l’agonie du mouvement indépendantiste et terroriste qui, après avoir d‘abord proclamé en octobre 2011 un «cessez-le-feu définitif et unilatéral» et face à l’attitude ferme et au refus de négocier de Madrid, a annoncé son «désarmement total et unilatéral» pour le 8 avril 2017.

Un tout petit bémol peut-être, le sujet du GAL était sans doute un sujet épineux et délicat, bien souvent méconnu. Y compris lorsqu’on en a entendu parler et qu’on connait le pays basque, l’ETA et les années de terrorisme qui ont secoué les 7 provinces et l’Espagne en particulier. Du coup, et certainement par soucis de justesse et d’exactitude, les informations sont denses, complexes, alternant l’intrigue et la vie des personnages avec des chapitres plus techniques qui nous présentent la réalité historique, ce qui fait que par moment on s’y perd un peu. Mais c’est un défaut qui passe vite lorsque l’on accepte de lire Galeux d’abord comme un roman, et dans un deuxième temps seulement de se poser la question de la part du réel ou de celle de la fiction.

Alors vous qui aimez en savoir plus sur l’histoire (tout en vous divertissant parce que les polars c’est quand même un grand plaisir de lecture ! ) je ne peux que vous conseiller de lire Galeux, en plus il est édité par cette maison d’éditions que j’aime beaucoup, Cairn, du Noir au Sud.

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Catalogue éditeur : Cairn, Du Noir au Sud

En 2017, 30 ans que les GAL ont officiellement disparu, les tristement célèbres « groupes antiterroristes de libération ». Inspiré de faits réels, Bruno Jacquin signe avec Galeux un nouveau polar politique fort sur le Pays Basque.
Site officiel du livre : https://brunojacquin.wixsite.com/galeux

ISBN :   9782350682426

Le Teckel, tome 3 : Votez le Teckel. Grégory Mardon & Hervé Bourhis

Le Teckel , une BD totalement décalée, vivifiante et humoristique à souhait, qui fait aussi terriblement réfléchir sur les campagnes électorales…

DomiCLire_le_teckel_tome_3.jpgLe Teckel, cet homme fade et sans saveur, complétement ringard, va peut-être pouvoir sauver la campagne du président en titre, du président en perte de vitesse. Car quoi de mieux que de lancer un candidat factice, face au candidat de l’opposition vainqueur potentiel et quasi assuré de son succès, pour lui prendre les voix qu’il lui faut pour arriver au second tour, pour l’affaiblir. Utopie ? Ou réalité ? On peut se poser la question…

Lancé dans une campagne électorale factice, le Teckel va faire le tour de France et prendre goût aux relations avec le bon peuple, vivats, encouragements… au moment où il faudrait qu’il quitte le devant de la scène, difficile de le faire partir !

Que cette BD est drôle, et totalement réaliste en fait (surtout depuis les dernières élections, non ? ) dialogues incisifs, graphisme décalé, humour caustique garanti, un vrai régal !


Catalogue éditeur : Casterman

Le Teckel, le candidat pour une France qui a du chien !

Le Teckel se présente aux élections présidentielles.
Pour une France qui a du CHIEN !
Le candidat qui fait vibrer les électeurs et émoustille les électrices !
La campagne électorale en CX break avec de l’action moustachue et du rire très hexagonal.
La vérité sur les pratiques de la politique française et ses communicants.

VOTEZ LE TECKEL !

Une campagne dirigée par Hervé Bourhis, politologue autoproclamé, et brillamment mise en image par le directeur de la communication Grégory Mardon.
Scénario : Hervé Bourhis / Dessin : Grégory Mardon, Hervé Bourhis
Maquettiste : Studio Casterman BD / 17,95 € / Paru le 11/01/2017 / ISBN : 2203101636

 

Garde-corps. Virginie Martin

Garde-corps, de Virginie Martin, voilà un court roman coup de poing qui vous laissera sans doute un goût amer ; mais qui ne s’oubliera pas de sitôt !

DomiCLire_garde_corps.jpgGabrielle Clair commence sa vie de jeune femme en étant victime d’un acte violent inqualifiable et terrible, de ceux qui laissent des traces toute une vie. Car Gabrielle Clair, à 11ans, est violée par un voyou de son collège du Vaucluse.

Pourtant, malgré ce traumatisme, malgré des parents absents et égoïstes, Gabrielle va réussir ses études, découvrir Paris, La Sorbonne et Oxford, Science-Po puis l’ENA, pour embrasser une brillante carrière de ministre. Mais être ministre et crédible, quand on est une femme belle, talentueuse et brillante, c’est apparemment plus difficile que pour un homme.
Les collègues, la presse et les médias, la foule et les citoyens ont peu de respect ou de mansuétude pour une femme qui réussit. Elle a couché ? Elle est pistonnée ? Elle va échouer ?  Elle n’a pas une vie normale ? Où sont mari et enfants ? Et Gabrielle se demande alors où sont les sympathies, les soutiens, les amis, où sont au contraire les pièges, les accommodements qu’il lui faudrait accepter, les compromissions,  les coudes dont il faut jouer pour enfin atteindre le pouvoir. Jusqu’au jour où le hasard vient mettre sur sa route le beau Patrick, le violeur de petites filles…

Avec un langage parfois très cru (et le lecteur de s’interroger parfois sur le caractère indispensable des détails quand on veut décrire un viol…), Virginie Martin aborde avec réalisme et sans complaisance les violences faites aux femmes, qu’elles soient physiques, lorsqu’elle aborde le viol, ou psychologiques, la place qu’il faut arriver à se faire dans la société, la façon dont on se maintient face aux attaques. On imagine bien les souffrances et la difficulté d’exister dans un monde davantage fait pour les hommes, quoi qu’on en dise. En alternant de courts chapitres, qui présentent une Gabrielle enfant, adolescente, puis ministre, on comprend le cheminement, le travail sur soi, que doit faire une femme pour exister.

Voilà donc un roman qui parle souffrance, violence faites aux femmes mais aussi résilience, réussite, et place des femmes dans la société. Et quand on sait que l’auteur est connue tant pour ses travaux sur le féminisme que pour ses analyses de politologue, on comprend aisément que cette expérience apporte une crédibilité à l’étude psychologique de son personnage. Allez, je suis sure que vous aussi vous allez tenter par moment d’imaginer qui se cache derrière le personnage de Gabrielle.

Je vous invite à découvrir les avis de Nathalie du blog Eirenamg et de Virginie du blog les lectures du mouton


Catalogue éditeur : Le mieux éditeur

Carnavet, début des années 1980.
Gabrielle Clair, à peine entrée dans l’adolescence, est violée par un élève de son collège. Dès lors, elle se forge un masque de fer pour transcender ce drame, et se jure de quitter cette province devenue trop étouffante.

Paris, fin des années 2000.
Gabrielle Clair, ministre, mène sa carrière avec talent. Brillante, elle passe sous les fourches caudines du pouvoir, affrontant la ­condescendance et le machisme ordinaire. Jusqu’au jour où son chemin recroise celui de son violeur…

Violence sur les femmes, violence en politique…

Des pierres sèches du Vaucluse aux ors des palais de la République, on suit le parcours de ce personnage ambigu, dans un récit mêlant sexisme et politique. Qui domine ? Qui est dominé ? Tout ­n’est que rapport de force, et la morale n’est pas toujours au rendez-vous.

Genre : roman / Parution le 22 août 2016 / 176 pages, 15 €