Le fils du héros. Karla Suarez

De l’Histoire de l’île à l’histoire du fils, Karla Suárez fait vibrer l’âme cubaine dans ce qu’elle a de plus intime.

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Le fils du Héros, c’est Ernesto. D’une enfance bouleversée par la mort de son père en Angola, aux brillantes études puis au mariage qui l’ont amené à vivre à Berlin puis à Lisbonne, il se raconte. Alternant le passé et le présent, Ernesto nous fait comprendre que toute sa vie est une quête de ce héros, ce père, cet absent tellement prégnant par une présence imposée par les autres, dans ce régime castriste qui vénère ses militaires morts pour la patrie sur les lointaines terres d’Afrique.

Obsédé par la quête de ce père inconnu, Ernesto va laisser se déliter son couple, et malgré tout l’amour qu’elle lui porte, sa femme le quittera, ne pouvant pas lutter contre cette recherche familiale, introspection intime en même temps qu’introspection dans l’histoire récente du Cuba. Pourquoi cette guerre, comment tant d’hommes si jeunes sont-ils partis pour mourir là-bas, et au nom de quelle liberté ?

La plaie est profonde, Ernesto élevé en « fils de » cherche à comprendre son père,  souffre de cette absence qui a fait de lui un être à part, un des rares de son école à pouvoir être fier, mais fier de quoi, du vide, de l’absence, de savoir sa mère terriblement solitaire ?

A Lisbonne où il s’est installé, il se lie d’amitié avec un étrange cubain, Berto, qui  semble renier son passé, mais qui a forcément combattu lui aussi en Angola. Mais qui est au fond Berto, si secret mais qui aurait sans doute beaucoup à raconter à Ernesto. L’auteur nous plonge au fil de son récit dans des décennies d’évolution du régime de Castro, son soutien au régime socialiste soviétique face à l’impérialisme américain, son ingérence en Afrique, et montre l’absurdité de ces combats.

J’ai eu du mal à entrer dans ce récit, puis rapidement je me suis laissée porter par cet  enfant sans père, ce mari qui oublie de vivre avec sa femme pour courir après les ombres, ce cubain qui ouvre enfin les yeux sur l’absurdité du régime et des guerres. Et bien sûr, j’ai adoré l’intrigue et la créativité de l’auteur. Reliant l’intime à l’Histoire, Karla Suarez nous entraine dans les méandres historiques de son pays, et nous donne énormément d’émotion à suivre son fils de héros, une jolie découverte.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Métailié

Traduit de l’Espagnol (Cuba) par : François Gaudry

Ernesto a 12 ans lorsqu’on lui annonce la mort de son père dans les troupes cubaines envoyées en Angola. Fini les aventures trépidantes avec ses amis Lagardère et la belle capitaine Tempête, lui, le courageux comte de Monte-Cristo, se voit obligé de devenir “le fils du héros”, une tâche particulièrement lourde dans un pays socialiste.
Plus tard, obsédé par cette guerre dans laquelle son père a disparu, il étudie avec passion cette période sur laquelle les informations cubaines ne sont pas totalement fiables. Il tente alors de reconstruire l’histoire de la mort de son père et se rend compte que tout ne s’est pas passé comme il l’a imaginé. Faire la guerre est plus compliqué que ce qu’on croit.
Oscillant entre passé et présent, entre douleur et passion, Karla Suárez trace avec ironie et lucidité le portrait d’une génération écrasée par une vision héroïque de l’histoire et qui a dû construire, à travers les mensonges et les silences de l’idéologie étatique, ses propres rêves et ses propres voies vers la conquête de la liberté individuelle.

 « Karla Suárez a su écouter toutes les voix qui s’élèvent dans la société cubaine. Le roman que Cuba attendait depuis longtemps. » Público

Titre original : El hijo del héroe / Publication : 31/08/2017 /Nombre de pages : 256 / ISBN : 979-10-226-0693-6 / Prix : 20 €

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Pereira Prétend. Pierre-Henri Gomont

Pereira Prétend est adapté du roman d’Antonio Tabucchi. Lors du festival d’Angoulême, j’ai eu le plaisir de discuter avec l’auteur Pierre-Henri Gomont qui a su me donner envie de lire cette BD.

DomiCLire_pereira-pretend.jpgSi au premier abord j’étais un peu déroutée par le graphisme, le personnage et son univers, en fait, très vite je me suis laissée absorber par cet univers étrange où un journaliste veuf et particulièrement solitaire, Pereira Prétend, prétend qu’il lui arrive ci ou ça, rentre chez lui et parle à sa femme, morte depuis longtemps, mais qui lui manque tant. Puis petit à petit, il se pose enfin des questions sur son existence et se demande s’il n’a pas gâché sa vie à force de vouloir fermer les yeux au monde qui l’entoure.

Car nous sommes au Portugal, à Lisbonne dans les années 38. Au moment où l’air qu’on y respire est de plus en plus malsain, c’est celui des troupes de Salazar, et de l’ordre sécuritaire de l’époque. L’Espagne voisine est désormais aux mains de Franco, l’ombre nazie plane sur l’Europe qu’elle va couvrir bientôt.

Dans les villes, les jeunes tentent de se révolter, les hommes sont arrêtés sans raison dans les rues, tabassés, enlevés, mais Pereira ne voit rien. Lui, il fait juste son métier, directeur de la page culture du journal  Le Lisboa. Chaque jour, il suit le même rituel, bonjour du matin à la concierge du journal, à la botte de la police et qui divulgue tout ce qu’elle voit, chaque soir il rentre chez lui et parle à sa femme (enfin, à son portrait !)  ou à ses autres « moi » bonne ou mauvaise conscience peut-être, chaque jour enfin, il se goinfre d’omelette ou de citronnade fortement sucrée, à tel point que sa santé est en péril.

Un jour il décide, sans trop savoir ce qui l’y pousse, d’embaucher un stagiaire qu’il a repéré suite à un texte publié dans un journal. Et cette rencontre avec la jeunesse de cette époque à laquelle il s’est soustrait va enfin lui ouvrir les yeux, car dans ce monde feutré où la censure met sous le boisseau tout ce qu’elle veut taire, où chacun espionne l’autre, où il est bon de penser comme le gouvernement, Pereira se pose enfin les bonnes questions. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est justement cet éveil à la conscience d’un homme ordinaire à qui sa vie banale convenait jusque-là. Ici pas de héros, pas d’acte particulièrement dramatique ou éclatant au sens classique, mais malgré tout cette prise de conscience qui peut subvenir en chaque homme.

Il y a assez peu de personnages au final, mais des couleurs étonnantes qui reflètent bien les différentes situations. Des fonds bleu ou vert pour les moments heureux et plus sereins, des tonalités de rouges et de noirs pour l’incertitude, la colère ou la révolte, mais aussi des ciels bleus limpides en opposition au climat ambiant du Portugal de ces années-là. Le graphisme particulièrement travaillé nous emporte vraiment dans les rues de Lisbonne, devant ses bâtisses, il est au contraire plus ébauché pour les personnages, par exemple pour ces petits lutins rouges « consciences » de Pereira, ou ces lâches aux tronches de bandits, etc. C’est assurément un exercice réussi pour au final un roman graphique qui se lit d’une traite et se termine un peu trop vite à mon goût !


Catalogue éditeur : Sarbacane

Pierre-Henry Gomont nous emmène dans le Portugal de Salazar.

Lisbonne, Portugal, en pleine dictature salazariste, fin juillet 1938. Dans une ville enveloppée d’un « suaire de chaleur », un journaliste vieillissant, le doutor Pereira, veuf, obèse, cardiaque et tourmenté, rédige chaque jour depuis plus de trente ans la page culturelle du quotidien très conservateur, le Lisboa. Dans cette vie endormie, déboule un certain Francesco Monteiro Rossi… et, de façon tout à fait inattendue, Pereira l’engage. Mais le jeune pigiste, au lieu d’écrire les sages nécrologies que Pereira lui a commandées, lui remet des éloges aussi sulfureux qu’impubliables de Lorca et autres Maïakovski, ennemis avérés du régime fasciste.  Lire la suite…

Format: 21,5 x 29 cm / Nombre de pages: 160 / Parution: 7 septembre 2016 / ISBN: 9782848659145 / Prix: 24,00 €

Amadeo de Souza-Cardoso. Grand Palais

Le Grand Palais présente une belle exposition de ce peintre portugais méconnu, Amadeo de Souza-Cardoso. Dépêchez-vous il ne reste que quelques jours ! (À voir jusqu’au 18 juillet 2016)

DomiCLire_amadeo_EXPODeux-cent cinquante œuvres d’Amadeo et de ses amis proches, Modigliani, Brancusi ou encore le couple Delaunay, sont rassemblées dans cette exposition, première grande rétrospective consacrée à cet artiste depuis 1958. Né en 1887 et mort en 1918, cet artiste aux nombreuses facettes a pratiqué une peinture aux influences multiples.

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Amadeo de Souza-Cardoso a commencé par des études de droit, mais son esprit artiste le conduit à l’école d’architecture de Paris, à Montparnasse, lieu de rencontre et de créativité des artistes de son temps. Entouré de ces artistes aux influences diverses, impressionnistes, fauves, cubistes et futuristes, tous les artistes les plus avant-gardistes du début du XXème siècle, il pique de ci de là pour créer des formes, des couleurs, des compositions, un style vraiment à lui.

Dessins

Inspiration africaine

Inspiration asiatique

Cubisme à sa façon, colorée

Paysages, Pays Basque…

J’ai été totalement charmée par des couleurs de toute beauté, des paysages au charme fou, des visages africains à la modernité incroyable, une vivacité et une modernité dans les couleurs et dans les formes. Amadeo de Souza-Cardoso a une inventivité dans le style, même quand il reprend l’esprit des cubistes, il l’explore autrement, avec d’avantage d’intensité dans les couleurs et les formes. Cette exposition est un véritable régal pour les yeux, un peintre assurément à voir ou à découvrir !

20 Avril 2016 – 18 Juillet 2016  Grand Palais, Galeries nationales