Le Nord du monde, Nathalie Yot

La fuite vers le Nord du monde d’une femme amoureuse qui sombre peu à peu dans la folie

Elle fuit, elle fuit l’homme chien, sans doute l’homme qu’elle aime trop car dans son amour il n’y a pas de demi-mesure, c’est du tout ou rien. Et cet amour l’étouffe, elle a besoin de respirer et part, à pied, en train, en stop, en ce qu’on veut, jusqu’au grand nord, au pays des jours sans nuit, à la limite du cercle polaire…

Sur cette route qui va de Paris à la Norvège, en passant par la Belgique et l’Allemagne, elle rencontre des femmes, puis des hommes, Pierre d’abord, avec qui l’amour n’a de nom que le sexe, avec les polonais ensuite, avec qui l’amour n’a de nom que l’abri qu’ils lui procurent, avec Isaac enfin, l’enfant qu’elle aime à la folie, et qu’elle entraine avec elle…

Dans cette fuite, il y a aussi le silence de ceux qui savent, mais savent-ils ou veulent-ils croire qu’ils se sont trompés ? Et puis il y a cette femme qui va au-delà de ses limites, au-delà des conventions, au-delà de la raison. Il y a cette femme qui a besoin d’aimer, qui fuit l’amour aussi comme une faute, comme une brûlure… et cette relation que tout repousse, la raison, la morale, la société – pourquoi avoir besoin d’écrire cela ? Quelle femme peut imaginer ces gestes, ces mots – un premier roman profondément dérangeant… même s’il explore les limites de la folie, la puissance des sentiments, la recherche de soi jusqu’à l’extrême, au risque de briser tous les tabous.

Alors pourquoi dérangeant me direz-vous, parce que l’amour pour les hommes, l’amour pour l’enfant, semblent toujours pour elle passer par la peau, les gestes, les caresses, jusqu’à l’indicible, jusqu’à la déraison, jusqu’à …  la folie d’aimer ?

Comment dire, en général, j’aime plus ou moins les titres proposés par les 68 premières fois, mais je suis surprise par la tournure de cette aventure vers Le nord du monde. Car si l’écriture m’a tout d’abord séduite, comme les thèmes abordés avec la fuite en avant et la folie de cette femme interpellée dans la relation fusionnelle à l’autre, pourtant au fil des pages les idées sous-jacentes sont devenues prépondérantes et terriblement dérangeantes.

💙💙

Catalogue éditeur : La Contre Allée

« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. » Nathalie Yot, à propos de Le Nord du Monde

Nathalie Yot est née à Strasbourg et vit à Montpellier. Artiste pluridisciplinaire, passionnée des mots, de musique et d’art, architecte et chanteuse, performeuse et auteure, elle a un parcours hétéroclite à l’image de son écriture. Elle est diplômée de l’école d’architecture mais préfère se consacrer à la musique (auteure, compositeur, interprète signée chez Barclay) puis à l’écriture poétique. Ses collaborations avec des musiciens, danseurs ou encore plasticiens sont légions.

ISBN 9782376650010 / Format 13,5 x 19 cm / Nombre de pages 152 pages / Date de parution 20/08/2018 / Prix 16, 00€

Publicités

K.O. Hector Mathis

K.O. ou chaos ? Et si c’était la question que pose finalement ce premier roman d’Hector Mathis…

Domi_C_Lire_k_o_hector_mathis_premier_roman_buchet_chastel.jpgPar un soir étrange, dans la cabane du garde-chasse en bordure d’un château tout au fond de la forêt, au son d’un saxo joué ou imaginé par le vieux Archibald, qui tousse et écoute, écoute et tousse, le lecteur emboite le pas de Sitam. Le narrateur est un jeune homme amateur de jazz, poète à ses heures – un double romancé de l’auteur peut-être ? – tout comme Sitam pourrait être un double imparfait et inversé de Mathis ?

Avant cette cabane, avant cette rencontre, il y a eu Paris, un logement prêté, une vie de bohème. Sitam et sa môme Capu,  fauchés comme les blés, s’aiment en musique en savourant chaque seconde. Puis survient le chaos, les coups de feu, les attentats, les bombes et la ville qui bientôt  pourrait se refermer sur eux. Ils partent, vite, loin, vers Grisaille, l’ancienne ville de Sitam…

Cette fuite sonne le début de leur longue marche à travers la campagne vers la zone, la banlieue, puis l’autre ville. Rejoints par Benji, amoureux fou d’une aubergiste folle, la vie passe loin du vacarme. Jusqu’au jour où… Là ce sera non pas seulement la banlieue, mais Amsterdam, une autre ville, une autre langue, un autre pays.

Au même moment, Sitam ressent d’étranges douleurs. Examens, hôpital, personnel soignant débordé, la maladie est là, sournoise, qui va le détruire peu à peu. Une fois de plus, il quitte tout.

Dans le rythme et le style du personnage principal, il y a un soupçon de la course effrénée du voyageur au bout de la nuit… Dans cette fuite, dans la maladie, la folie, la pauvreté, mais aussi la solidarité des va-nu-pieds, l’amitié, la poésie parfois. C’est écrit dans un style étonnant, mais qui m’a rapidement lassée, surtout dans la relation avec Archibald. Car cette écriture m’a comment dire, fatiguée. Il m’a manqué quelque chose, un je ne sais qui qui m’aurait rendu attachants ces différents personnages. Là je les ai à peine survolés, sans pouvoir réellement ni les entendre, ni les comprendre, ni les aimer ou les haïr d’ailleurs.

Dans ce texte il y a pourtant la musique et la musicalité des mots, l’écriture et la poésie, c’est rythmé et ça balance parfois comme la vie, bercé par l’éphémère et le provisoire, mais trop sans doute. Alors il m’a manqué un je ne sais quoi, peut-être parce que ce rythme m’a rappelé d’autres auteurs et surtout m’a embarquée dans trop de situations ?

💙💙


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…

Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…

Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Date de parution : 16/08/2018 / Format : 11,5 x 19,0 cm / 208 p. / 15,00 € / ISBN 978-2-283-03148-3

La Somme de nos folies. Shih-Li Kow

Lire « La Somme de nos folies », partir en Malaisie et s’immerger dans le quotidien plein de fantaisie des personnages attachants de Shih-Li Kow. Un enchantement !

Domi_C_Lire_la_somme_de_nos_folies_shih_li_kow_zulma.jpgLoin de Kuala Lumpur, le village de Lubok Sayong, ses trois lacs, ses habitants… ça pourrait commencer comme un guide touristique tant le paysage donne envie, mais non, la vie à Lubok Sayong n’a rien d’idyllique. Enfin, ça dépend pour qui ! Et en fait, au moment où commence cette narration, elle n’est peut-être pas aussi paisible qu’elle en a l’air.

Dès le début du roman, nous faisons la connaissance de Beevi alors qu’une inondation mémorable vient de détruire la plus grande partie du village, et sa maison… C’est à ce moment-là qu’elle décide de libérer son poisson de l’aquarium sur mesure qu’elle lui avait fait construire, et depuis lequel il semble implorer sa liberté. Cette année là également, alors que sa sœur et son beau-frère partis adopter la jeune Mary Anne décèdent dans un accident de voiture, Beevi prend sous son toit la jeune fille doublement orpheline.

Cette femme âgée mais alerte, seule mais très dynamique et truculente, est secondée par Auyong, un chinois installé depuis longtemps au village, directeur d’une conserverie de litchis. Auditeur attentif de ses contes et de ses bavardages, il assiste en spectateur fidèle aux péripéties de la vie de Beevi.

Au fil de l’histoire, le lecteur assiste avec un humour, une humanité et une allégresse renouvelés à chaque page, à la vie de ces habitants, de ces hommes, femmes, enfants, prêts à vivre autrement. Que ce soit à l’orphelinat, où toutes les filles élevées par une sœur Tan bien peu orthodoxe – ou catholique c’est selon- portent toutes pour premier prénom Mary, ou dans le Bed and Breakfast de Beevi, à l’usine ou au village, où l’on croise un potier un peu rêveur, une folle qui élève des sangsues, une Miss Boonsidik attachante et fervent défenseur des droits des homosexuels, chacun vit dans une forme de douce et folle jubilation les changements qui s’opèrent jusque dans leur village. Dans cette région éloignée de la capitale, touristes et hommes d’affaires viennent chercher un peu de pittoresque, faisant parfois fi de la tranquillité des villageois et de la tradition.

Ce premier roman est un moment de plaisir rare, un voyage au pays du bonheur pas si innocent que ça. Le récit alterne entre deux personnages, ce qui permet au lecteur de s’approprier leurs deux points de vues. Ils sont en apparence aux antipodes l’un de l’autre puisque Auyong, âgé, est sans doute blasé par la vie, et Mary Anne quant à elle attend tout de la vie qu’elle regarde avec beaucoup d’innocence. Enfin, beaucoup ? Pas tant que ça, car au contact de Beevi, elle apprend vite, dans une douce folie mais avec bonheur, et elle est très rapidement plongée dans la réalité du quotidien.

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Zulma

À Lubok Sayong, petite ville au nord de Kuala Lumpur, tout est indéniablement unique. Jusqu’à la topographie, une cuvette entre deux rivières et trois lacs, qui lui vaut chaque année une inondation et son lot d’histoires mémorables.
Cette année-là, exceptionnelle entre toutes, l’impétueuse Beevi décide de rendre enfin la liberté à son poisson qui désespère dans un aquarium trop petit, d’adopter Mary Anne, débarquée sans crier gare de son orphelinat où toutes les filles s’appellent Mary quelque chose, et d’embaucher l’extravagante Miss Boonsidik pour l’aider à tenir la grande demeure à tourelles de feu son père, reconvertie en bed & breakfast…
Le tout livré en alternance et avec force commentaires par la facétieuse Mary Anne et par Auyong, l’ami fidèle, vieux directeur chinois de la conserverie de litchis, qui coulerait des jours paisibles s’il ne devenait l’instigateur héroïque d’une gay pride locale.

La Somme de nos folies est la chronique absolument tendre, libre, drôle, profonde, et volontiers incisive, d’un genre très humain quelque part en Malaisie, aujourd’hui.

Née dans la communauté chinoise de Kuala Lumpur, Shih-Li Kow écrit en anglais. Son premier recueil de nouvelles, Ripples and Other Short Stories, publié en 2009, a été finaliste du Prix international Frank O’Connor.
Jouant admirablement du proche et du lointain, du particulier et de l’universel, du vraisemblable et du fabuleux, du sérieux et du cocasse, sa voix singulière défend sans conteste la diversité et l’ouverture – politique, artistique, ou écologique – dans la Malaisie multiculturelle d’aujourd’hui, à travers des figures qu’elle nous rend inoubliables.
La Somme de nos folies est le premier roman de Shih-Li Kow, et c’est un enchantement.

Premier roman traduit de l’anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier
12,5 x 19 cm / 384 pages / ISBN 978-2-84304-830-2 /21,50 € / Paru le 23/08/18

Le chien de Schrödinger. Martin Dumont

Une relation fusionnelle père-fils, à la vie, à la mort. « Le chien de Schrödinger » est un magnifique roman de Martin Dumont qui vous émeut, vous laisse sans voix, pantelant de chagrin et de lucidité face à la violence des sentiments et de la vie.

Domi_C_Lire_le_chien_de_schroninger.JPGJean a un amour dans sa vie, son fils, Pierre, surtout depuis la mort, alors qu’elle était bien trop jeune, de sa femme la douce et instable Lucille. Peu à peu, elle a sombré dans la folie. Jusqu’à l’accident fatal, qui laisse ce père seul avec un fils dont il s’occupe, qu’il adore, et la relation tendre, intense, se noue peu à peu entre ces deux hommes que rien de peut séparer.

A la mort de sa femme, Jean change de métier. Il devient taxi de nuit pour mieux s’occuper de son petit. La relation est belle entre ce père et son fils qui grandit. Des bonheurs partagés, une éducation plutôt réussie sans trop de conflits ni de tensions. Pourtant, depuis quelque temps Pierre est fatigué sans raison, enfin, jusqu’au jour où la maladie, sournoise et cruelle s’annonce, fatale. Alors comment réagir face à cette horreur indicible qu’est la mort annoncée d’un enfant, cet adolescent qui a une vie entière à vivre, à aimer, à créer, à rêver ? Jean accompagne Pierre sur son lit de douleur, Pierre accompagne Jean vers la perte. Il y a peu de mots, mais beaucoup d’amour entre les deux hommes, peu de mots mais beaucoup d’échanges entre ce père et son fils.

C‘est magnifique et pourtant tellement triste, les mots sont justes, les sentiments évoqués avec énormément de pudeur et de douceur, de violence aussi parfois face à cet inéluctable que l’on voudrait chasser au loin. L’auteur évoque avec ses mots choisis le chagrin absolu des perdants, ceux qui restent et doivent vivre après, avec ce vide, cette douleur, cette absence… il y a tant d’humanité, d’amour, d’humour aussi parfois dans ce très beau premier roman, une pépite à découvrir !

💙💙💙💙💙

Sur cette relation entre un père et son fils, on peut lire également le roman de Pierre Jourde Winter is coming. L’auteur parle de la maladie de son fils, mais c’est un roman que j’ai trouvé beaucoup moins pudique et sincère, qui ne m’a pas émue comme celui-ci.


Catalogue éditeur : Delcourt littérature

« Les fils grandissent en s’éloignant des pères ; c’est dans l’ordre des choses. »

Le monde de Jean, c’est Pierre, le fils qu’il a élevé seul. Depuis presque vingt ans, il maraude chaque nuit à bord de son taxi, pour ne pas perdre une miette de son fils. Il lui a aussi transmis son goût pour la plongée, ces moments magiques où ensemble ils descendent se fondre dans les nuances du monde, où la pression disparaît et le cœur s’efface. Mais depuis quelque temps, Pierre est fatigué. Trop fatigué. Il a beau passer son temps à le regarder, Jean n’a pas vu les signes avant-coureurs de la maladie. Alors de l’imagination, il va lui en falloir pour être à la hauteur, et inventer la vie que son fils n’aura pas le temps de vivre. Quand la vérité s’embrouille, il faut parfois choisir sa réalité. Un premier roman pudique et poignant, le roman de l’amour fou d’un père pour son fils.

Parution le 11 avril 2018 / 144 pages / 15€

À propos de l’auteur : Né a Paris en 1988, Martin Dumont a longtemps vécu en Bretagne, où il est tombé amoureux de la mer. Un décor au cœur de son premier roman, Le Chien de Schrödinger, et une passion dont il a fait sa profession : il est aujourd’hui architecte naval. (source Delcourt littérature)

L’homme de Grand Soleil. Jacques Gaubil

Et s’il fallait atteindre le grand nord pour retrouver l’Homme des origines, celui qui réside en chacun de nous ? L’homme de Grand Soleil, un joli premier roman de Jacques Gaubil

Domi_C_Lire_l_homme_de_grand_soleil_jacques_gaubil_premier_romanInstallé au Canada depuis quelques années, ce médecin a accepté d’aller une fois par mois soigner les habitants du village de Grand Soleil, tout en haut du Québec, à quelques heures d’avion et de voiture de Montréal, là où il fait toujours si froid. Car on le comprend vite, tout au long de ces pages il fait vraiment frette comme on dit chez nos cousins, mais la chaleur est dans les mots, dans les gestes, les amitiés, les échanges de ces hommes entre eux.
A Grand Soleil, les maisons et les hommes occupent tout l’espace, et de l’espace il y en a ! Tous sont plutôt âgés, pas moins de soixante ans, et plutôt portés sur cet alcool qui réchauffe et que l’on peut distiller tout à loisir. De petits malheurs en grosses cirrhoses, il y a peu de choses à soigner, mais il faut beaucoup écouter, porter les médicaments, être l’oreille et le soutien attentif des villageois.

Mais à Grand Soleil il y a aussi une jeune femme, pas ben belle c’est sûr, mais qui est très étonnante, par son langage châtié très vieille France. Son érudition littéraire n’en finit pas de séduire et d’étonner notre bon docteur. Elle l’appelle un jour pour lui demander de soigner Cléophas, ce géant mutique et solitaire qui vit chez elle et semble aller très mal. Là, en plus de ce patient peu ordinaire, il découvre une immense bibliothèque et surtout un livre ancien aux riches enluminures, un de ces livres qui plairaient tant à son ami spécialiste d’incunables.

De contrôles en examens médicaux, le bon docteur Leboucher n’est pas au bout de ses surprises. Surtout lorsque  se pose la question de la persistance d’un sang proche de Neandertal coulant dans les veines de Cléophas. Mais ces deux trouvailles aussi extraordinaires l’une que l’autre ne peuvent-elles pas perturber l’équilibre de Grand Soleil ? Ne sont-elles pas  avant tout deux trésors inestimables à protéger et à garder secrets…

L’auteur nous fait naviguer d’une ville urbanisée et contemporaine à un espace quasiment vierge de toute civilisation – la preuve en étant la pérennité en ces terres d’un spécimen issu de néanderthalien ! – comme une évidence face à nos vies si polluées par les technologies, la science, tout ce qui va trop vite et nous fait oublier l’essentiel : l’humain qui réside au plus profond de chacun d’entre nous. Et s’il fallait poser nos smartphones, nos télés, nos voitures, pour nous retrouver face à nous-même et à nos semblables, pour enfin nous parler vraiment ? Un joli premier roman porté par une belle écriture, ponctuée de références littéraires et philosophiques jamais lourdes ni envahissantes.  J’y vois à la fois une critique acerbe de nos civilisations qui oublient l’Homme qui vit en nous et près de nous, et un appel à nous recentrer sur l’essentiel.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Paul & Mike

Un médecin de Montréal se rend tous les mois à Grand Soleil, un village perdu dans le Québec arctique. Docteur de l’âme autant que du corps, il y rencontre Cléophas, un patient particulier. Conservé par le froid qui a saisi cette partie du Canada, l’homme de Grand Soleil a vécu caché, il n’a rien écrit, rien accompli de notable et personne ne le connaît. Pourtant son apparition va tout bouleverser, sous le regard impuissant du médecin, témoin d’un monde qui se délite.

Avec une plume intelligente, incisive et souvent drôle, Jacques Gaubil dresse un portrait froid et parfois cruel de l’homme moderne, tout en proposant un récit bienveillant et chaleureux.

ISBN : 9782366511079 / 248 pages / Format 133 x 203 / 16.00€

 

Apprendre à lire. Sébastien Ministru

Un père, un fils et un prostitué forment un trio émouvant et singulier pour des retrouvailles avec l’enfance, la vie, la mort dans ce premier roman de Sébastien Ministru « Apprendre à lire »

Domi_C_lire_apprendre_a_lire-sebatien_ministru_68_premiers_romans.jpgQuand son vieux père de quatre-vingt ans lui demande de lui apprendre à lire, c’est forcément avec étonnement puis un peu d’appréhension  qu’Antoine entend sa supplique. Lorsqu’il se rend compte qu’il n’a ni le talent ni la patience requis pour l’enseignement, il cherche comment satisfaire ce géniteur impatient, grincheux, si difficile et rude sans sombrer dans la colère ou l’énervement.

A bientôt soixante ans, Antoine n’a rien d’un instituteur en herbe. Aussi lorsqu’au hasard de ses rencontres amoureuses tarifées – sa relation de couple avec Alex est depuis longtemps devenue platonique –  il fait brièvement la connaissance de  Ron qui rêve de devenir instituteur. Il l’engage pour apprendre à lire à son père.

Voilà donc un fils qui n’a jamais vraiment avoué son homosexualité à son père et ne sais toujours pas ce qu’il en pense. Et un père analphabète qui a dû quitter l’école tout jeune lorsque son propre père l’a envoyé berger dans la montagne sarde,  seul dans les nuits si terrifiantes pour un jeune garçon qui a même peur de son chien. Ils s’étaient éloignés l’un de l’autre depuis le décès de la mère, sans doute parce que aucun n’a su communiquer sur ce moment si douloureux de leur vie commune.

Le premier roman de Sébastien Ministru Apprendre à lire est une histoire d’amour et de rapprochement entre un père et un fils. Porté par une belle écriture, fluide et concise. C’est également un roman qui aborde plusieurs thèmes importants,  l’immigration, la filiation, la vie de couple, l’homosexualité, la fidélité, la prostitution bien sûr, et en fil rouge l’analphabétisme qui touche souvent plus de monde que ce que l’on imagine, y compris parfois autour de soi.

Même si c’est un roman qui se lit avec plaisir, il m’a manqué un petit quelque chose pour être embarquée. Un peu plus de réalité, de sentiments de la part du fils ? Un peu moins de mystère autour de Ron ? En fait je crois que je n’ai ressenti aucune réelle empathie pour l’un ou l’autre des hommes de ce trio.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Grasset

Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition : qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires : un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.
Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire.

L’auteur : Journaliste, chroniqueur vedette à la radio belge, auteur de pièces de théâtre à succès (Cendrillon, ce macho s’est jouée pendant huit ans), Sébastien Ministru vit à Bruxelles. Apprendre à lire est son premier roman.  (Source Grasset)

Premier roman – collection Le Courage dirigée par Charles Dantzig / Parution : 10/01/2018 / Pages : 160 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 17.00 € / Prix du livre numérique: 11.99 € / EAN : 9782246813996

Fugitive parce que reine. Violaine Huisman

Un premier roman qui a la force de l’amour et la puissance de la folie. « Fugitive parce que Reine » de Violaine Huisman est un roman à découvrir absolument !

Domi_C_Lire_fugitive_parce_que_reine.jpgLe jour de la chute du mur de Berlin est aussi le jour de la chute de la mère de Violaine, 10 ans. Ce jour-là, Catherine est emportée dans une camisole de force et l’image se brise. Finie la mère extravagante, superbe, excessive, elle devient simplement une femme maniacodépressive. La vérité va peu à peu apparaitre de la vie de cette femme splendide, séductrice et fantasque, hors des clous, en marge d’une société qui ne pourra jamais la comprendre, mais qui sera à jamais adulée par ses filles.

Catherine porte en elle les plaies ouvertes de son enfance. Suite à un mariage qu’elle n’a pas voulu, Jacqueline, sa mère, n’acceptera jamais cette enfant qu’elle rejette et dépose comme un fardeau encombrant pendant quatre longues années à l’hôpital Necker. Pourtant, Catherine est belle, intelligente, impulsive et vive, mais aucune de ses qualités ne lui permettra jamais de gagner l’amour de sa mère.

Toute sa vie, elle noiera ses difficultés à vivre dans l’alcool, les cigarettes, les médicaments. Elle qui se brisera les pieds à danser et danser encore, pauvre ballerine bancale avec une jambe plus courte que l’autre qui la handicape, avec acharnement et constance elle montera avec succès une école de danse dans le sud. Elle qui conduit comme une folle, à contre sens ou sur les trottoirs, prenant tous les risque y compris quand ses filles sont dans la voiture, aura colères et élans d’amour envers ses filles adorées. Elle qui accumule et collectionne maris, amants, ou amantes, aimera pourtant d’un amour fou le père de ses filles, qui chaque jour sera présent malgré la rupture. Catherine et son langage de charretier, y compris envers ses filles, Catherine et ses manières de grande bourgeoise bien installée dans les codes de la haute société, Catherine et son amour inconditionnel pour ses filles qu’elle traite pourtant si souvent à la dure. Catherine femme, amante, mère, excessive et entière en tout, y compris dans la maladie.

Construit en trois parties, le roman explore les sentiments de Violaine, auteur et narratrice, l’amour fou qui cimente la vie de cette mère et ses deux filles, l’amour toujours entre les deux sœurs, quand l’une ne peut pas dormir sans tenir la main de l’autre. Puis la vie de Catherine, ses émotions, ses tentatives de vivre normalement, ses désespoirs et ses échecs qui la rendent encore plus émouvante à nos yeux de lecteurs. Enfin, la fin annoncée de celle que ses filles adulent et respectent, ayant à son égard des sentiments plus maternels que filiaux.

Fugitive, elle l’est cette femme, face à cette vie qui ne la comprend pas, Reine aussi,  pour ses filles et tous ceux qui l’aiment d’un amour inconditionnel, au-delà de la maladie et de la folie. Wouhaou, quelle puissance, quelle écriture ! Que d’émotions ressenties à la lecture de Fugitive, parce que reine, cette biographie romancée. Il se dégage une force de ce premier roman qui vous laisse un peu pantois. L’ écriture est vraiment étonnante, emplie de poésie et de violence, d’amour et de souffrance, l’auteur arrive à retranscrire avec justesse et en usant de degrés de langage très différents des sentiments antinomiques, la folie et l’amour, la solitude et le bonheur, la vie en somme.

💙💙💙💙💙

Lire également la chronique de Virginie du blog Les lectures du mouton


Catalogue éditeur : Gallimard

 « Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90 °, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu.»

Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 11-01-2018 / 256 pages, 140 x 205 mm / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072765629