Deux stations avant Concorde. Peire Aussane

Dans « Deux stations avant Concorde » Peire Aussane  évoque les questionnements du couple, l’amour, la fidélité, ces belles promesses que l’on a envie de tenir, et la nécessité de se délivrer des entraves du passé pour mieux vivre son avenir.

Eve est artiste peintre, elle semble porter le poids de blessures intimes anciennes et se cherche chaque jour dans sa peinture et dans sa vie de mère de famille, d’épouse, de femme. Antoine, son mari est un nez, il hume, détecte, crée, assemble ces parfums qui nous enivrent. Mais le train-train, les enfants, et une certaine instabilité font que la vie d’Eve n’est pas aussi heureuse ni sereine qu’elle le souhaite.

Lorsque Antoine, part quelques jours en Russie pour son travail, Eve court se ressourcer auprès de ses parents à Paris. Les enfants sont pris en charge par leur grands-parents, Eve jouit du bonheur de parcourir la capitale en toute liberté, quand deux stations avant Concorde, elle croise le regard d‘un homme, et ce regard l’électrise, la transporte, réveille ses sens et ses envies.

De péripétie en coup de tête, Eve va se retrouver à Tokyo, là où semble habiter cet homme, là où sa grand-mère est partie après son divorce, là où semble-t-il les amants se retrouvent, se découvrent, se transportent. Arrivée là, Eve va donc suivre les traces improbables non de cet inconnu du métro, mais bien de sa grand-mère et de la vie qu’elle a vécue là-bas.

Un roman qui nous parle d’amour et de la complexité des relations, de la vie à deux, de la difficulté à maintenir les liens amoureux. De la difficulté sans doute aussi de se réaliser en tant que femme… et de la peur de la rupture, la prise de conscience de l’amour, du couple, de sa solidité et sa fragilité, du bonheur de créer et de maintenir la cohésion d’une famille. Une bonne connaissance du Japon nous entraine vers des paysages et une ambiance exotique à souhait et plutôt poétique. Même si les situations paraissent pour le moins incohérentes, Deux stations avant Concorde est un roman qui se laisse lire agréablement.

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Catalogue éditeur : Michalon

« Le mouvement des passagers dans le wagon m’oblige à le frôler pour sortir de la rame. J’avance sans réfléchir. Rien d’autre que l’intensité de ce face-à-face encore vivant ne peut s’infiltrer jusqu’à mon cerveau. Je m’en remets au rythme de mes pas qui m’éloignent de lui. J’écoute cette musique pour éviter de penser.
Cette musique est celle de ma survie, ou de ma plus belle erreur. »

Poussée par le mystère d’une rencontre improbable et enchanteresse dans le métro parisien, une jeune femme s’envole pour le Japon, laissant pour un temps son compagnon et leurs enfants.
Seule au cœur de Tokyo, ses pas la conduiront malgré elle vers le passé, réveillant une mémoire restée trop longtemps silencieuse.
Sensuel, insondable, le roman d’un retour à la vie et du souffle retrouvé.

Peire Aussane vit à Paris. Deux stations avant Concorde est son premier roman.

Broché – format : 13 x 20 cm /  ISBN : 978-2-84186-894-0 / 30 août 2018 / 192 pages

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Le Nord du monde, Nathalie Yot

La fuite vers le Nord du monde d’une femme amoureuse qui sombre peu à peu dans la folie

Elle fuit, elle fuit l’homme chien, sans doute l’homme qu’elle aime trop car dans son amour il n’y a pas de demi-mesure, c’est du tout ou rien. Et cet amour l’étouffe, elle a besoin de respirer et part, à pied, en train, en stop, en ce qu’on veut, jusqu’au grand nord, au pays des jours sans nuit, à la limite du cercle polaire…

Sur cette route qui va de Paris à la Norvège, en passant par la Belgique et l’Allemagne, elle rencontre des femmes, puis des hommes, Pierre d’abord, avec qui l’amour n’a de nom que le sexe, avec les polonais ensuite, avec qui l’amour n’a de nom que l’abri qu’ils lui procurent, avec Isaac enfin, l’enfant qu’elle aime à la folie, et qu’elle entraine avec elle…

Dans cette fuite, il y a aussi le silence de ceux qui savent, mais savent-ils ou veulent-ils croire qu’ils se sont trompés ? Et puis il y a cette femme qui va au-delà de ses limites, au-delà des conventions, au-delà de la raison. Il y a cette femme qui a besoin d’aimer, qui fuit l’amour aussi comme une faute, comme une brûlure… et cette relation que tout repousse, la raison, la morale, la société – pourquoi avoir besoin d’écrire cela ? Quelle femme peut imaginer ces gestes, ces mots – un premier roman profondément dérangeant… même s’il explore les limites de la folie, la puissance des sentiments, la recherche de soi jusqu’à l’extrême, au risque de briser tous les tabous.

Alors pourquoi dérangeant me direz-vous, parce que l’amour pour les hommes, l’amour pour l’enfant, semblent toujours pour elle passer par la peau, les gestes, les caresses, jusqu’à l’indicible, jusqu’à la déraison, jusqu’à …  la folie d’aimer ?

Comment dire, en général, j’aime plus ou moins les titres proposés par les 68 premières fois, mais je suis surprise par la tournure de cette aventure vers Le nord du monde. Car si l’écriture m’a tout d’abord séduite, comme les thèmes abordés avec la fuite en avant et la folie de cette femme interpellée dans la relation fusionnelle à l’autre, pourtant au fil des pages les idées sous-jacentes sont devenues prépondérantes et terriblement dérangeantes.

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Catalogue éditeur : La Contre Allée

« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piort, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. » Nathalie Yot, à propos de Le Nord du Monde

Nathalie Yot est née à Strasbourg et vit à Montpellier. Artiste pluridisciplinaire, passionnée des mots, de musique et d’art, architecte et chanteuse, performeuse et auteure, elle a un parcours hétéroclite à l’image de son écriture. Elle est diplômée de l’école d’architecture mais préfère se consacrer à la musique (auteure, compositeur, interprète signée chez Barclay) puis à l’écriture poétique. Ses collaborations avec des musiciens, danseurs ou encore plasticiens sont légions.

ISBN 9782376650010 / Format 13,5 x 19 cm / Nombre de pages 152 pages / Date de parution 20/08/2018 / Prix 16, 00€

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans. Marie-Fleur Albecker

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans, de Marie-Fleur Albecker, une histoire de gens ordinaires, du besoin vital de justice, de liberté, d’égalité entre Hommes… Car on est encore loin de l’égalité hommes-femmes.

DOMI_C_Lire_et_j_abattrai_l_arrogance_des_tyransAux Forges de Vulcain est décidément une maison d’éditions qui nous surprend avec ses auteurs et ses découvertes. Voici un premier roman qui n’a rien du roman historique classique, pourtant nous voilà embarqués par le ton et la narration de Marie-Fleur Albecker.

1381 en Angleterre, la grande peste et la guerre de cent ans ruinent le pays, les paysans vont devoir payer un nouvel impôt. Alors la rage éclate, car écrasés de taxes et d’impôts divers ils arrivent tout juste à survivre. La révolte éclate, serfs, paysans, par milliers de pauvres ères quittent leurs régions de l’Essex et du Kent armés de haches et de gourdins à l’assaut de Londres et de la garde du Roi Richard – le deuxième du nom, un roi à peine âgé de quatorze ans – pour demander l’annulation de la loi scélérate.

Dans cette foule, il y a aussi des hommes plus instruits qui mènent les troupes, mais également Johanna Ferrour. Une jeune femme d’à peine trente ans, mariée à un homme plus âgé, avec qui elle vit une relation qui, si elle n’est pas d’amour et de folie douce, est pour le moins harmonieuse. Mais Johanna décide de se battre aux côtés des gueux avec son époux William, pour demander justice et réparation pour ces inégalités, pour ces affronts endurés par des générations de paysans dociles et exploités. Elle part cheveux aux vents quand toute femme qui se respecte porte un foulard sur la tête, reste au foyer et ne demande ni ne prend surtout pas la parole… La suite on s’en doute sera épique et combative…

Ce que j’ai aimé dans ce roman si atypique ? Sans doute ce qui m’a au départ le plus déroutée, ce langage si moderne qu’on oublie forcément qu’il s’agit de la narration d’un fait historique. L’auteur nous entraine dans le présent, dans ses références, son langage, son argot aussi et ses situations. Sa façon de faire parler ses personnages, en donnant à leur action une brulante actualité, langage de banlieue, de voyous, de justiciers ou de paysans du Moyen Age, chacun d’eux ne cherche qu’à obtenir justice avec un grand J. Justice qui ne leur est bien évidement pas rendue, car l’inégalité est criante face aux nobles, aux propriétaires, au Roi bien sûr, à qui l’on n’ose pas s’adresser puisqu’il est Roi de droit divin. Mais après tout ce n’est qu’un homme, et ici un tout jeune homme, à peine un adolescent.

Et puis il y a Johanna, qui veut conquérir sa place parmi les hommes, ceux qui la dédaignent ou voudraient bien l’utiliser, car à quoi servent les femmes dans un combat si ce n’est au repos du guerrier, elles sont filles de petite vertu ou pute, mais certainement pas femme honnête et soldat. Combat absolument actuel et permanent pour assoir la place des femmes, qui du moyen âge à aujourd’hui doivent lutter pour exister, avoir le droit à la parole, à l’égalité.

Cette lecture, enfin non, cette écriture, m’a par ailleurs fait penser à un style d’écriture que j’avais découvert avec le roman de Sylvain Pathieu, dans la sélection du Prix Orange du Livre 2016, Et que celui qui a soif, vienne. Je pense que c’était ma première expérience d’intrusion, dans un texte qui relate un fait historique, de pensées et questionnements qui appartiennent au vécu et au quotidien de l’auteur, contemporains de l’écriture et non de la narration. Mais c’est réalisé de façon beaucoup plus prépondérante ici, et je n’ai pas toujours réussi à m’y faire. J’avoue avec été parfois  perdue dans les digressions, nombreuses. Pourtant, si le ton est actuel, humoristique parfois et moderne avant tout, la situation est parfaitement maitrisée par l’auteur. Marie-Fleur Albecker s’appuie sur des connaissances précises et étayées pour nous conter un épisode sanglant de l’Histoire d’Angleterre mais qui, hélas pour eux, n’aura bien évidement pas réussi aux révoltés, puisque aucun servage n’a été aboli à cette époque …

Enfin, l’analyse de la révolte, de son amplitude, puis de son déclin m’a fait penser aux révolutions des dernières décennies : comment des foules peuvent s’emballer, se révolter, partir au combat, puis comment tout cela va s’éteindre sans aucun résultat, ou si peu établi que tout se délite rapidement. Intéressante analyse mais qui est il me semble un peu  noyée sous ces digressions contemporaines.

Dans tous les cas, voici donc une étonnante et assez unique expérience de lecture ! A conseiller en particulier à vous que le roman historique rebute mais qui aimez être surpris par l’écriture.

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Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

En 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruiné le royaume d’Angleterre. Quand le roi décide d’augmenter les impôts, les paysans se rebellent. Parmi les héros de cette première révolte occidentale : John Wyclif, précurseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prêtre vagabond qui prône l’égalité des hommes en s’inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Joanna, une Jeanne d’Arc athée, qui n’a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l’on parle d’égalité, il serait bon de parler d’égalité homme-femme…

Date de parution : 24/08/2018 / EAN : 9782373050424 / Nombre de page : 250

La vraie vie. Adeline Dieudonné

« La vrai vie » c’est celle d’avant… Cette vie dont parle Adeline Dieudonné dans ce premier roman intense et puissant.

Domi_C_Lire_la_vraie_vie_adeline_dieudonne_iconoclaste.jpg… Avant cette scène qui change tout dans la vie de Gilles et de sa grande sœur, il avait déjà une famille si terriblement « glaciale… »
Dans cette famille il y a le père, chasseur de gros gibier sur des terres lointaines, qui rapporte en conquérant les trophées, massacres et autres bêtes empaillées qui ornent la chambre des cadavres si justement nommée.
Il y a la mère, qualifiée d’amibe, quel surnom à la fois terrible et terriblement évocateur du dégoût que cette mère inspire à sa fille, femme soumise, acceptant les coups la peur au ventre et dans le regard, assouvissant son besoin d’amour avec sa perruche et ses chèvres, comme s’il était impossible d’accorder de l’amour à sa propre famille, à ses enfants.
Il y a le frère, Gilles, de trois ans plus jeune, il est le rayon de soleil, le petit qu’il faut aimer et protéger.
Il y a enfin cette fillette de dix ans qui raconte, qui nous raconte leur vie pendant six ans. Cette narratrice brillante et sensible, passionnée de mathématiques quantiques, et qui aime tant son petit frère qu’après l’accident, sa vie ne sera plus comme avant. Elle n’a plus dès lors qu’un rêve, qu’une seule ambition, revenir à avant, retrouver La vraie vie.

Dans ce premier roman qui se lit d’une traite, dans un souffle, l’amour et l’espoir viennent éclairer les temps sombres, ceux de l’innocence perdue, de la quête d’un passé qui ne reviendra plus jamais. Mais il s’agit aussi ici de maltraitance, parfois sans violence, enfin sans trop de violence, envers des enfants soumis à leurs parents, par amour, par obligation, par peur aussi sans doute. De maltraitance envers une femme, qui par crainte de voir cette violence changer de cible accepte tout, les mots qui tuent, les gestes qui blessent, les attitudes qui vous transforment en amibe justement. Pour ne pas éveiller la frustration de celui qui frappe ? Par peur, par lassitude, par soumission ? Et si c’était la violence au quotidien, si tristement réelle, le véritable sujet du roman ?
La violence au quotidien, celle qu’on accepte, celle qu’on combat, celle qui vous tue à petit feu dans l’indifférence…

Dans La vraie vie, il y a aussi la recherche désespérée d’une machine à remonter le temps, puis la révolte d’un frère que l’on imaginait passif, sursaut indispensable, absolument vital.

Par certains côtés, ce roman m’a fait penser à My absolut Darling… par la relation terrible entre un père et sa fille, ou comme ici entre un père et son fils. Et l’on se demande quel est le moyen d’en sortir, si ce n’est en répondant à tant de violence par la violence elle-même ?

Premier roman encensé par les critiques et les lecteurs, La vraie vie est un roman à l’écriture vive, acerbe et directe, qui évoque une situation familiale dramatique et difficile… Et le lecteur de s’attacher à cette narratrice tellement émouvante, dont on espère qu’elle arrivera à ses fins, forcément…

Petit bémol peut-être, ce père toxique m’a parfois semblé un peu trop caricatural, et donc ce parallèle que je n’ai pu m’empêcher de faire avec le roman de Gabriel Tallent. Mais Adeline Dieudonné reste une auteure à suivre, assurément.

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Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Un roman initiatique drôle et acide. Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre.
Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Format 135 x 185 mm / prix 17 € / nombre de pages 270 /  EAN : 9782378800239

Le malheur du bas. Inès Bayard

« Le malheur du bas »  d’Inès Bayard est un roman coup de poing, un premier roman qui parle de violence faite aux femmes, un étonnant roman de solitude et de mort.

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Dès la première scène, j’ai l’impression d’avoir ouvert Chanson douce de Leila Slimani, tant le parallèle est édifiant.  Ici, le roman s’ouvre sur un repas de famille, une jeune maman, son fils, son mari…
Un repas de famille, une jeune femme qui empoisonne son fils, son mari, puis se suicide.
Pourquoi tant de violence, comment une jeune mère peut-elle décider de tuer son petit, son bébé, la chair de sa chair ?

Flashback dans la vie de Marie. Cette jeune et jolie femme est bien mariée à un époux qu’elle aime et qui le lui rend bien. Lui est un avocat qui commence à être reconnu, leur vie est relativement aisée, un appartement confortable, une famille aimante, un métier à la banque qui sans la satisfaire démesurément, lui convient parfaitement pour avoir une vie confortable. Leur prochain projet. Avoir un enfant, pour parfaire ce bonheur quotidien.

Jusqu’au jour où son vélo est détérioré et elle doit rentrer à pieds ou se faire raccompagner par quelqu’un, qu’elle connait, en qui elle a confiance… puis la sidération, l’incompréhension, la scène de viol, dévastatrice, violente, dérangeante, puis le retour… se laver, se débarrasser de l’infamie, enfin la douleur, le silence, obstiné, confus, honteux… la vie qui devrait reprendre mais qui subitement s’est interrompue un soir d’automne.

Avouer le viol, c’est accepter le regard de l’autre, son mépris, ses interrogations, imaginer qu’elle est même fautive peut-être ? Ce sera donc le silence, la haine qui peut à peu va s’insinuer en elle, le changement qui s’opère dans la vie, dans le cœur, dans la tête de Marie. Revenir au bureau, blaguer avec les amis, être légère, amoureuse, heureuse dans son couple, quand tout au fond d’elle la haine et les ressentiments prennent toute la place. Alors Marie va faire comme si, avancer mais ne pas oublier, garder la douleur au fond d’elle.

Pourtant, l’enfant attendu par le couple va arriver… mais l’angoisse et les interrogations de Marie sont plus forts que tout, plus forts que l’amour d’une mère, plus forts que ces bras, ce sourire, cette peau de bébé qu’elle rejette autant qu’elle le peut. Pour elle cet enfant est l’enfant du viol, l’enfant du monstre,  il ne peut en être autrement. Lui viennent alors des envies d’abandon, de meurtre… Peu à peu, la haine s’installe, violente, exclusive, dévorant jusqu’à ses pensées, sa vie, son intimité. Jamais la jeune femme ne pourra aimer cet enfant, jamais elle ne pourra lui pardonner, sombrant peu à peu dans une folie cruelle et quasi inhumaine, dévastatrice.

Il y a dans ce roman une analyse étonnante et bouleversante des réactions d’une femme violée, de la façon dont la situation se retourne contre elle, coupable d’avoir été violée au moins à ses propres yeux, blessée, meurtrie, mais niée au fond d’elle, et sombrant dans la folie de l’incompréhension en s’enfermant dans sa solitude intérieure et son désespoir. Pourtant il y a aussi des scènes et situations par trop invraisemblables pour faire accepter l’ensemble de l’intrigue, l’ami intime, gynécologue, le mari rêveur qui ne comprend décidément rien, la mère qui découvre sa fille dans un état second et ne réagit pas… Alors bien sûr, il s’agit d’un premier roman, avec ses imperfections forcément, mais j’ai eu un peu de mal à être touchée, et surtout convaincue par cette brutalité des mots, de l’écriture, brusque, ardente, réaliste et terriblement violente. Il est difficile pourtant de lâcher ce roman, tant la descente aux enfers de cette jeune femme émeut, bouleverse, dérange. Étrange attirance d’ailleurs, car la violence du verbe et la fin dramatique sont connus des lecteurs dès les premières pages…

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Catalogue éditeur : Albin Michel

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Édition brochée 18.50 € / 22 Août 2018 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226437792

La dérobée. Sophie de Baere

La dérobée de Sophie de Baere est un premier roman qui a beaucoup de charme et brule d’un amour fou, l’auteur sait nous embarquer dans ses mots et ses personnages, sans se dérober.

Domi_C_Lire_la_derobee_sophie_de_baereClaire habite à Nice, elle est mariée à François. Vingt ans, deux enfants et une petite fille plus tard, seule Léonie, leur petite fille semble capable d’égayer la vie du couple. Claire travaille dans l’épicerie d’une aire d’autoroute, son mari à la banque, leur vie est presque fade, banale, sans saveur mais sans éclats non plus.

Mais un jour, Claire croise son nouveau voisin, et celui-ci n’est autre qu’Antoine, le grand amour de sa jeunesse, Antoine toujours aussi beau, est devenu un photographe célèbre et talentueux. Ce jeune homme aux yeux dorés a su faire battre son cœur d’adolescente, cet amoureux perdu au seuil de l’âge adulte.  A cette époque, Claire vivait dans le nord, et Antoine passait les étés dans cette ville de province. Antoine est le seul amour de Claire, bien banalement remplacé par un gentil mari sans éclat, mais qui comble un vide.

Il faut dire que la vie de Claire a plutôt mal démarré, avec des parents qui ne se sont jamais remis de la perte accidentelle de leur fils Stéphane. Difficile alors pour celle qui reste de prendre sa vraie place sans faire de l’ombre à l’absent. Les grands moments de bonheur de Claire seront alors ceux qu’elle passe, été après été, avec le bel Antoine. Jusqu’au jour où celui-ci la délaisse, car des soupçons insupportables séparent les amoureux.

Cette rencontre, fortuite, va réveiller les souvenirs perdus d’une adolescence heureuse et pleine de promesses, d’un amour fou jamais vraiment oublié. D’une passion qui se révélera intacte. Mais Antoine comme Claire sont mariés et parents, comment imaginer alors briser leurs ménages, en ont-ils seulement et le droit, et l’envie ? Entre les deux couples va naitre une amitié à la fois sincère et troublante, car ni Paola, ni François, les conjoints, ne connaissent leur passé… Pourtant, entre eux la passion va naitre à nouveau, au risque de tout balayer.

Mais François, ce mari gentil et sans éclat, que devient-il alors ? Mais Paola, cette belle femme inutile et si malheureuse, tant dans son couple que dans sa maternité, que va-t-elle devenir elle aussi ? Mais leurs enfants, et ce beau-père, ah, ce beau-père !

Sophie de Beare réussit le tour de force de nous faire aimer des personnages pas forcément très aimables, de nous faire vibrer avec une intrigue à rebondissements, de nous faire hésiter, croire, comprendre, puis chercher, qui, quand, pourquoi, bref, à nous intéresser à son histoire comme nous le ferions à celles d’amis que l’on veut à la fois aider et comprendre. Et puis il y a le couple, l’amour fou ou celui qui dure longtemps, la vie, la mort, tant de sujets pour nous faire réfléchir à la vie justement.

Ce que j’ai aimé ? Ces personnages ambigus mais attachants pour la plupart, ou au contraire plutôt faciles à détester, quoi que… Et puis l’amour, plus fou, plus fort, que les années et la vie, que les chagrins et les solitudes, capable de tout dévaster sur son passage… Un premier roman qui se lit avec plaisir.

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Catalogue éditeur : Anne Carrière

Alors que Claire mène une existence morne mais tranquille avec son mari, elle tombe sur Antoine, son grand amour de jeunesse. Jeune grand-mère d’une petite Léonie, Claire travaille comme responsable de caisse sur une aire de l’autoroute A8 et croit n’avoir plus grand-chose à partager avec Antoine, photographe reconnu et marié à une fille de diplomate.
Mais l’irruption inattendue d’Antoine qui va user de tous les stratagèmes pour rétablir une relation avec elle, oblige Claire à interroger son existence du moment et à fouiller les drames du passé… À travers les évènements dramatiques de sa vie, Claire saisit peu à peu qui elle est et ce qu’elle souhaite vraiment.
Habilement mené, ce roman aux airs de quête initiatique nous entraîne sur des chemins insoupçonnés. On se laisse d’abord prendre par le charme d’une écriture, puis très vite le lecteur est happé par l’histoire, le destin de l’héroïne et les nombreux rebondissements savamment dosés.

Après avoir étudié la philosophie, Sophie de Baere vit et enseigne à Nice. La Dérobée est son premier roman.

ISBN : 978-2-8433-7906-2 / Code barre : 9782843379062 / Nombre de pages : 250 / Parution : 13 avril 2018 / Prix : 18 €

Une immense sensation de calme. Laurine Roux

 « Une immense sensation de calme » le premier roman étonnant de Laurine Roux tient plus du conte moderne que du roman classique. Il nous emporte dans un univers proche du merveilleux où la nature façonne les hommes.

Domi_C_lire_une_immense_sensation_de_calmeLes personnages évoluent dans un univers glacé qu’on imagine aux confins du monde, à une époque qui n’est jamais située exactement. On comprend vite qu’il y a moins d’une génération une guerre a détruit et transformé le pays dans lequel ils évoluent, guerre que les survivants, essentiellement les femmes et les enfants, se sont empressés de taire, n’évoquant plus à ce sujet que le Grand Oubli.

Alors Elle raconte. Elle raconte comment Igor, cet être étrange et sauvage, qui vit en totale synergie avec la nature qui l’entoure, est entré dans sa vie. Comment aussitôt c’est devenu son homme, elle est devenue femme. Elle avait été recueillie par une famille, après les décès d’Ama et Apa, après la mort de la grand-mère qui l’avait élevée. Ce jour-là, le jour de la rencontre avec Igor, elle sait qu’elle partira avec lui, faire sa vie avec lui dans cet univers glacé, si beau et parfois inamical.

Et peu à peu, une histoire se déroule où le légendes prennent corps, où apparaissent des baladins, où les villageois se montrent hostiles à l’inconnu, à l’étranger, où la mort rôde et détruit aussi. Les histoires s’imbriquent et peu à peu se dévoilent. Celle d’une fille mi poisson, mi femme, mais fille parricide qui enfantera et fuira en abandonnant son fils. Celle d’une ourse dressée qui élèvera un enfant orphelin. Celle de la vieille Grihsa, la plus belle fille du village mise à l’écart de tous, devenue sorcière et guérisseuse, qui soigne les enfants de l’orphelinat, ces oubliées de la vie rejetés par le village, qui soigne ensuite Igor le jour où la mort et le froid ont décidé de prendre sa vie si précieuse. Des filiations se dévoilent, des destins se précisent, comme un conte, une légende moderne dans laquelle évoluent sorcières, baladins et dresseurs d’ours.

Entre forêts et étendues glacées, entre montagne et mer, j’ai eu la sensation d‘entrer dans un univers hostile, hors du temps, où paysages et froidure sont prépondérants, où la nature sauvage et dure mais majestueuse prend le pas sur l’action des hommes. C’est un roman étonnant car il nous fait évoluer en dehors de tout cadre connu auquel se repérer… En même temps, sous des airs de conte moderne, l’auteur nous parle de liberté, d’amour fou et de passion, de don de soi et de différence, de solitude et de peur de l’inconnu, de repli sur soi, de rejet de la différence quelle qu’elle soit et d’égoïsme primaire. Et cependant tout au long de ces pages reste toujours une infime mais bien présente dose d’espoir en l’homme. Un premier roman très singulier, découvert avec les 68 premières fois, vers lequel je ne serais sans doute jamais allée…

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Catalogue éditeur : Les éditions du sonneur

Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain.

ISBN : 9782373850765 / Pages : 128 / Parution : 15 mars 2018