Et j’abattrai l’arrogance des tyrans. Marie-Fleur Albecker

Et j’abattrai l’arrogance des tyrans, de Marie-Fleur Albecker, une histoire de gens ordinaires, du besoin vital de justice, de liberté, d’égalité entre Hommes… Car on est encore loin de l’égalité hommes-femmes.

DOMI_C_Lire_et_j_abattrai_l_arrogance_des_tyransAux Forges de Vulcain est décidément une maison d’éditions qui nous surprend avec ses auteurs et ses découvertes. Voici un premier roman qui n’a rien du roman historique classique, pourtant nous voilà embarqués par le ton et la narration de Marie-Fleur Albecker.

1381 en Angleterre, la grande peste et la guerre de cent ans ruinent le pays, les paysans vont devoir payer un nouvel impôt. Alors la rage éclate, car écrasés de taxes et d’impôts divers ils arrivent tout juste à survivre. La révolte éclate, serfs, paysans, par milliers de pauvres ères quittent leurs régions de l’Essex et du Kent armés de haches et de gourdins à l’assaut de Londres et de la garde du Roi Richard – le deuxième du nom, un roi à peine âgé de quatorze ans – pour demander l’annulation de la loi scélérate.

Dans cette foule, il y a aussi des hommes plus instruits qui mènent les troupes, mais également Johanna Ferrour. Une jeune femme d’à peine trente ans, mariée à un homme plus âgé, avec qui elle vit une relation qui, si elle n’est pas d’amour et de folie douce, est pour le moins harmonieuse. Mais Johanna décide de se battre aux côtés des gueux avec son époux William, pour demander justice et réparation pour ces inégalités, pour ces affronts endurés par des générations de paysans dociles et exploités. Elle part cheveux aux vents quand toute femme qui se respecte porte un foulard sur la tête, reste au foyer et ne demande ni ne prend surtout pas la parole… La suite on s’en doute sera épique et combative…

Ce que j’ai aimé dans ce roman si atypique ? Sans doute ce qui m’a au départ le plus déroutée, ce langage si moderne qu’on oublie forcément qu’il s’agit de la narration d’un fait historique. L’auteur nous entraine dans le présent, dans ses références, son langage, son argot aussi et ses situations. Sa façon de faire parler ses personnages, en donnant à leur action une brulante actualité, langage de banlieue, de voyous, de justiciers ou de paysans du Moyen Age, chacun d’eux ne cherche qu’à obtenir justice avec un grand J. Justice qui ne leur est bien évidement pas rendue, car l’inégalité est criante face aux nobles, aux propriétaires, au Roi bien sûr, à qui l’on n’ose pas s’adresser puisqu’il est Roi de droit divin. Mais après tout ce n’est qu’un homme, et ici un tout jeune homme, à peine un adolescent.

Et puis il y a Johanna, qui veut conquérir sa place parmi les hommes, ceux qui la dédaignent ou voudraient bien l’utiliser, car à quoi servent les femmes dans un combat si ce n’est au repos du guerrier, elles sont filles de petite vertu ou pute, mais certainement pas femme honnête et soldat. Combat absolument actuel et permanent pour assoir la place des femmes, qui du moyen âge à aujourd’hui doivent lutter pour exister, avoir le droit à la parole, à l’égalité.

Cette lecture, enfin non, cette écriture, m’a par ailleurs fait penser à un style d’écriture que j’avais découvert avec le roman de Sylvain Pathieu, dans la sélection du Prix Orange du Livre 2016, Et que celui qui a soif, vienne. Je pense que c’était ma première expérience d’intrusion, dans un texte qui relate un fait historique, de pensées et questionnements qui appartiennent au vécu et au quotidien de l’auteur, contemporains de l’écriture et non de la narration. Mais c’est réalisé de façon beaucoup plus prépondérante ici, et je n’ai pas toujours réussi à m’y faire. J’avoue avec été parfois  perdue dans les digressions, nombreuses. Pourtant, si le ton est actuel, humoristique parfois et moderne avant tout, la situation est parfaitement maitrisée par l’auteur. Marie-Fleur Albecker s’appuie sur des connaissances précises et étayées pour nous conter un épisode sanglant de l’Histoire d’Angleterre mais qui, hélas pour eux, n’aura bien évidement pas réussi aux révoltés, puisque aucun servage n’a été aboli à cette époque …

Enfin, l’analyse de la révolte, de son amplitude, puis de son déclin m’a fait penser aux révolutions des dernières décennies : comment des foules peuvent s’emballer, se révolter, partir au combat, puis comment tout cela va s’éteindre sans aucun résultat, ou si peu établi que tout se délite rapidement. Intéressante analyse mais qui est il me semble un peu  noyée sous ces digressions contemporaines.

Dans tous les cas, voici donc une étonnante et assez unique expérience de lecture ! A conseiller en particulier à vous que le roman historique rebute mais qui aimez être surpris par l’écriture.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

En 1381, la grande peste et la Guerre de Cent ans ont ruiné le royaume d’Angleterre. Quand le roi décide d’augmenter les impôts, les paysans se rebellent. Parmi les héros de cette première révolte occidentale : John Wyclif, précurseur du protestantisme, Wat Tyler, grand chef de guerre, John Ball, prêtre vagabond qui prône l’égalité des hommes en s’inspirant de la Bible. Mais on trouve aussi des femmes, dont Joanna, une Jeanne d’Arc athée, qui n’a pas sa langue dans la poche et rejoint cette aventure en se disant que, puisque l’on parle d’égalité, il serait bon de parler d’égalité homme-femme…

Date de parution : 24/08/2018 / EAN : 9782373050424 / Nombre de page : 250

La vraie vie, Adeline Dieudonné

« La vrai vie » c’est celle d’avant… Cette vie dont parle Adeline Dieudonné dans ce premier roman intense et puissant.

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… Avant cette scène qui change tout dans la vie de Gilles et de sa grande sœur, il avait déjà une famille si terriblement « glaciale… »
Dans cette famille il y a le père, chasseur de gros gibier sur des terres lointaines, qui rapporte en conquérant les trophées, massacres et autres bêtes empaillées qui ornent la chambre des cadavres si justement nommée.
Il y a la mère, qualifiée d’amibe, quel surnom à la fois terrible et terriblement évocateur du dégoût que cette mère inspire à sa fille, femme soumise, acceptant les coups la peur au ventre et dans le regard, assouvissant son besoin d’amour avec sa perruche et ses chèvres, comme s’il était impossible d’accorder de l’amour à sa propre famille, à ses enfants.
Il y a le frère, Gilles, de trois ans plus jeune, il est le rayon de soleil, le petit qu’il faut aimer et protéger.
Il y a enfin cette fillette de dix ans qui raconte, qui nous raconte leur vie pendant six ans. Cette narratrice brillante et sensible, passionnée de mathématiques quantiques, et qui aime tant son petit frère qu’après l’accident, sa vie ne sera plus comme avant. Elle n’a plus dès lors qu’un rêve, qu’une seule ambition, revenir à avant, retrouver La vraie vie.

Dans ce premier roman qui se lit d’une traite, dans un souffle, l’amour et l’espoir viennent éclairer les temps sombres, ceux de l’innocence perdue, de la quête d’un passé qui ne reviendra plus jamais. Mais il s’agit aussi ici de maltraitance, parfois sans violence, enfin sans trop de violence, envers des enfants soumis à leurs parents, par amour, par obligation, par peur aussi sans doute. De maltraitance envers une femme, qui par crainte de voir cette violence changer de cible accepte tout, les mots qui tuent, les gestes qui blessent, les attitudes qui vous transforment en amibe justement. Pour ne pas éveiller la frustration de celui qui frappe ? Par peur, par lassitude, par soumission ? Et si c’était la violence au quotidien, si tristement réelle, le véritable sujet du roman ?
La violence au quotidien, celle qu’on accepte, celle qu’on combat, celle qui vous tue à petit feu dans l’indifférence…

Dans La vraie vie, il y a aussi la recherche désespérée d’une machine à remonter le temps, puis la révolte d’un frère que l’on imaginait passif, sursaut indispensable, absolument vital.

Par certains côtés, ce roman m’a fait penser à My absolut Darling… par la relation terrible entre un père et sa fille, ou comme ici entre un père et son fils. Et l’on se demande quel est le moyen d’en sortir, si ce n’est en répondant à tant de violence par la violence elle-même ?

Premier roman encensé par les critiques et les lecteurs, La vraie vie est un roman à l’écriture vive, acerbe et directe, qui évoque une situation familiale dramatique et difficile… Et le lecteur de s’attacher à cette narratrice tellement émouvante, dont on espère qu’elle arrivera à ses fins, forcément…

Petit bémol peut-être, ce père toxique m’a parfois semblé un peu trop caricatural, et donc ce parallèle que je n’ai pu m’empêcher de faire avec le roman de Gabriel Tallent. Mais Adeline Dieudonné reste une auteure à suivre, assurément.

Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Un roman initiatique drôle et acide. Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre.
Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Format 135 x 185 mm / prix 17 € / nombre de pages 270 /  EAN : 9782378800239

Le malheur du bas. Inès Bayard

« Le malheur du bas »  d’Inès Bayard est un roman coup de poing, un premier roman qui parle de violence faite aux femmes, un étonnant roman de solitude et de mort.

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Dès la première scène, j’ai l’impression d’avoir ouvert Chanson douce de Leila Slimani, tant le parallèle est édifiant.  Ici, le roman s’ouvre sur un repas de famille, une jeune maman, son fils, son mari…
Un repas de famille, une jeune femme qui empoisonne son fils, son mari, puis se suicide.
Pourquoi tant de violence, comment une jeune mère peut-elle décider de tuer son petit, son bébé, la chair de sa chair ?

Flashback dans la vie de Marie. Cette jeune et jolie femme est bien mariée à un époux qu’elle aime et qui le lui rend bien. Lui est un avocat qui commence à être reconnu, leur vie est relativement aisée, un appartement confortable, une famille aimante, un métier à la banque qui sans la satisfaire démesurément, lui convient parfaitement pour avoir une vie confortable. Leur prochain projet. Avoir un enfant, pour parfaire ce bonheur quotidien.

Jusqu’au jour où son vélo est détérioré et elle doit rentrer à pieds ou se faire raccompagner par quelqu’un, qu’elle connait, en qui elle a confiance… puis la sidération, l’incompréhension, la scène de viol, dévastatrice, violente, dérangeante, puis le retour… se laver, se débarrasser de l’infamie, enfin la douleur, le silence, obstiné, confus, honteux… la vie qui devrait reprendre mais qui subitement s’est interrompue un soir d’automne.

Avouer le viol, c’est accepter le regard de l’autre, son mépris, ses interrogations, imaginer qu’elle est même fautive peut-être ? Ce sera donc le silence, la haine qui peut à peu va s’insinuer en elle, le changement qui s’opère dans la vie, dans le cœur, dans la tête de Marie. Revenir au bureau, blaguer avec les amis, être légère, amoureuse, heureuse dans son couple, quand tout au fond d’elle la haine et les ressentiments prennent toute la place. Alors Marie va faire comme si, avancer mais ne pas oublier, garder la douleur au fond d’elle.

Pourtant, l’enfant attendu par le couple va arriver… mais l’angoisse et les interrogations de Marie sont plus forts que tout, plus forts que l’amour d’une mère, plus forts que ces bras, ce sourire, cette peau de bébé qu’elle rejette autant qu’elle le peut. Pour elle cet enfant est l’enfant du viol, l’enfant du monstre,  il ne peut en être autrement. Lui viennent alors des envies d’abandon, de meurtre… Peu à peu, la haine s’installe, violente, exclusive, dévorant jusqu’à ses pensées, sa vie, son intimité. Jamais la jeune femme ne pourra aimer cet enfant, jamais elle ne pourra lui pardonner, sombrant peu à peu dans une folie cruelle et quasi inhumaine, dévastatrice.

Il y a dans ce roman une analyse étonnante et bouleversante des réactions d’une femme violée, de la façon dont la situation se retourne contre elle, coupable d’avoir été violée au moins à ses propres yeux, blessée, meurtrie, mais niée au fond d’elle, et sombrant dans la folie de l’incompréhension en s’enfermant dans sa solitude intérieure et son désespoir. Pourtant il y a aussi des scènes et situations par trop invraisemblables pour faire accepter l’ensemble de l’intrigue, l’ami intime, gynécologue, le mari rêveur qui ne comprend décidément rien, la mère qui découvre sa fille dans un état second et ne réagit pas… Alors bien sûr, il s’agit d’un premier roman, avec ses imperfections forcément, mais j’ai eu un peu de mal à être touchée, et surtout convaincue par cette brutalité des mots, de l’écriture, brusque, ardente, réaliste et terriblement violente. Il est difficile pourtant de lâcher ce roman, tant la descente aux enfers de cette jeune femme émeut, bouleverse, dérange. Étrange attirance d’ailleurs, car la violence du verbe et la fin dramatique sont connus des lecteurs dès les premières pages…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Édition brochée 18.50 € / 22 Août 2018 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226437792

La dérobée. Sophie de Baere

La dérobée de Sophie de Baere est un premier roman qui a beaucoup de charme et brule d’un amour fou, l’auteur sait nous embarquer dans ses mots et ses personnages, sans se dérober.

Domi_C_Lire_la_derobee_sophie_de_baereClaire habite à Nice, elle est mariée à François. Vingt ans, deux enfants et une petite fille plus tard, seule Léonie, leur petite fille semble capable d’égayer la vie du couple. Claire travaille dans l’épicerie d’une aire d’autoroute, son mari à la banque, leur vie est presque fade, banale, sans saveur mais sans éclats non plus.

Mais un jour, Claire croise son nouveau voisin, et celui-ci n’est autre qu’Antoine, le grand amour de sa jeunesse, Antoine toujours aussi beau, est devenu un photographe célèbre et talentueux. Ce jeune homme aux yeux dorés a su faire battre son cœur d’adolescente, cet amoureux perdu au seuil de l’âge adulte.  A cette époque, Claire vivait dans le nord, et Antoine passait les étés dans cette ville de province. Antoine est le seul amour de Claire, bien banalement remplacé par un gentil mari sans éclat, mais qui comble un vide.

Il faut dire que la vie de Claire a plutôt mal démarré, avec des parents qui ne se sont jamais remis de la perte accidentelle de leur fils Stéphane. Difficile alors pour celle qui reste de prendre sa vraie place sans faire de l’ombre à l’absent. Les grands moments de bonheur de Claire seront alors ceux qu’elle passe, été après été, avec le bel Antoine. Jusqu’au jour où celui-ci la délaisse, car des soupçons insupportables séparent les amoureux.

Cette rencontre, fortuite, va réveiller les souvenirs perdus d’une adolescence heureuse et pleine de promesses, d’un amour fou jamais vraiment oublié. D’une passion qui se révélera intacte. Mais Antoine comme Claire sont mariés et parents, comment imaginer alors briser leurs ménages, en ont-ils seulement et le droit, et l’envie ? Entre les deux couples va naitre une amitié à la fois sincère et troublante, car ni Paola, ni François, les conjoints, ne connaissent leur passé… Pourtant, entre eux la passion va naitre à nouveau, au risque de tout balayer.

Mais François, ce mari gentil et sans éclat, que devient-il alors ? Mais Paola, cette belle femme inutile et si malheureuse, tant dans son couple que dans sa maternité, que va-t-elle devenir elle aussi ? Mais leurs enfants, et ce beau-père, ah, ce beau-père !

Sophie de Beare réussit le tour de force de nous faire aimer des personnages pas forcément très aimables, de nous faire vibrer avec une intrigue à rebondissements, de nous faire hésiter, croire, comprendre, puis chercher, qui, quand, pourquoi, bref, à nous intéresser à son histoire comme nous le ferions à celles d’amis que l’on veut à la fois aider et comprendre. Et puis il y a le couple, l’amour fou ou celui qui dure longtemps, la vie, la mort, tant de sujets pour nous faire réfléchir à la vie justement.

Ce que j’ai aimé ? Ces personnages ambigus mais attachants pour la plupart, ou au contraire plutôt faciles à détester, quoi que… Et puis l’amour, plus fou, plus fort, que les années et la vie, que les chagrins et les solitudes, capable de tout dévaster sur son passage… Un premier roman qui se lit avec plaisir.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Anne Carrière

Alors que Claire mène une existence morne mais tranquille avec son mari, elle tombe sur Antoine, son grand amour de jeunesse. Jeune grand-mère d’une petite Léonie, Claire travaille comme responsable de caisse sur une aire de l’autoroute A8 et croit n’avoir plus grand-chose à partager avec Antoine, photographe reconnu et marié à une fille de diplomate.
Mais l’irruption inattendue d’Antoine qui va user de tous les stratagèmes pour rétablir une relation avec elle, oblige Claire à interroger son existence du moment et à fouiller les drames du passé… À travers les évènements dramatiques de sa vie, Claire saisit peu à peu qui elle est et ce qu’elle souhaite vraiment.
Habilement mené, ce roman aux airs de quête initiatique nous entraîne sur des chemins insoupçonnés. On se laisse d’abord prendre par le charme d’une écriture, puis très vite le lecteur est happé par l’histoire, le destin de l’héroïne et les nombreux rebondissements savamment dosés.

Après avoir étudié la philosophie, Sophie de Baere vit et enseigne à Nice. La Dérobée est son premier roman.

ISBN : 978-2-8433-7906-2 / Code barre : 9782843379062 / Nombre de pages : 250 / Parution : 13 avril 2018 / Prix : 18 €

Une immense sensation de calme. Laurine Roux

 « Une immense sensation de calme » le premier roman étonnant de Laurine Roux tient plus du conte moderne que du roman classique. Il nous emporte dans un univers proche du merveilleux où la nature façonne les hommes.

Domi_C_lire_une_immense_sensation_de_calmeLes personnages évoluent dans un univers glacé qu’on imagine aux confins du monde, à une époque qui n’est jamais située exactement. On comprend vite qu’il y a moins d’une génération une guerre a détruit et transformé le pays dans lequel ils évoluent, guerre que les survivants, essentiellement les femmes et les enfants, se sont empressés de taire, n’évoquant plus à ce sujet que le Grand Oubli.

Alors Elle raconte. Elle raconte comment Igor, cet être étrange et sauvage, qui vit en totale synergie avec la nature qui l’entoure, est entré dans sa vie. Comment aussitôt c’est devenu son homme, elle est devenue femme. Elle avait été recueillie par une famille, après les décès d’Ama et Apa, après la mort de la grand-mère qui l’avait élevée. Ce jour-là, le jour de la rencontre avec Igor, elle sait qu’elle partira avec lui, faire sa vie avec lui dans cet univers glacé, si beau et parfois inamical.

Et peu à peu, une histoire se déroule où le légendes prennent corps, où apparaissent des baladins, où les villageois se montrent hostiles à l’inconnu, à l’étranger, où la mort rôde et détruit aussi. Les histoires s’imbriquent et peu à peu se dévoilent. Celle d’une fille mi poisson, mi femme, mais fille parricide qui enfantera et fuira en abandonnant son fils. Celle d’une ourse dressée qui élèvera un enfant orphelin. Celle de la vieille Grihsa, la plus belle fille du village mise à l’écart de tous, devenue sorcière et guérisseuse, qui soigne les enfants de l’orphelinat, ces oubliées de la vie rejetés par le village, qui soigne ensuite Igor le jour où la mort et le froid ont décidé de prendre sa vie si précieuse. Des filiations se dévoilent, des destins se précisent, comme un conte, une légende moderne dans laquelle évoluent sorcières, baladins et dresseurs d’ours.

Entre forêts et étendues glacées, entre montagne et mer, j’ai eu la sensation d‘entrer dans un univers hostile, hors du temps, où paysages et froidure sont prépondérants, où la nature sauvage et dure mais majestueuse prend le pas sur l’action des hommes. C’est un roman étonnant car il nous fait évoluer en dehors de tout cadre connu auquel se repérer… En même temps, sous des airs de conte moderne, l’auteur nous parle de liberté, d’amour fou et de passion, de don de soi et de différence, de solitude et de peur de l’inconnu, de repli sur soi, de rejet de la différence quelle qu’elle soit et d’égoïsme primaire. Et cependant tout au long de ces pages reste toujours une infime mais bien présente dose d’espoir en l’homme. Un premier roman très singulier, découvert avec les 68 premières fois, vers lequel je ne serais sans doute jamais allée…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Les éditions du sonneur

Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain.

ISBN : 9782373850765 / Pages : 128 / Parution : 15 mars 2018

Seuls les enfants savent aimer, Cali

Seuls les enfants savent aimer, le premier roman de Cali est un retour vers l’enfance, vers un souvenir prégnant qui a marqué sa vie à jamais, le décès de sa mère.

Domi_C_lire_seuls-les-enfants-savent_aimer_caliAlors qu’il a 6 ans, le jeune Bruno voit sa vie basculer avec la mort de sa mère, une jeune femme de trente-trois ans. Bien sûr, il y avait des semaines qu’elle luttait contre la maladie, qu’elle était partie à l’hôpital, mais elle était revenue à la maison.
« Tu es revenue. Pour partir à jamais. »

Une plaie ouverte qui ne se refermera pas. Il n’a pas été autorisé à accompagner à son enterrement celle qu’il aime par-dessus tout, qui compte tant pour lui, trop jeune, trop fragile. C’est dans une pièce obscure de la maison qu’il va deviner, inventer, la mise en terre, les adieux, pourtant passage quasi obligé pour la plupart des vivants pour arriver à faire son deuil de celui qui part. Un amour filial dont personne dans la famille n’a su prendre la mesure.

Des années après, celui qui s’appelle pour nous tous Cali, va enfin écrire, avec les mots du petit garçon de cette époque, la perte, le chagrin, les évènements qui ont bouleversé son horizon, pendant les mois qui vont suivre le deuil.

Un père qui meurt peu à peu de l’absence et sera plus souvent au café qu’à la maison, une grande sœur qui tente tant bien que mal de pallier au manque en faisant les tâches ménagères de cette mère disparue, la famille qui ne trouve rien de mieux que de détruire toute trace de celle qui est décédée, en brulant tout, scène marquante du roman j’avoue. Puis il y a l’école, Carole, celle qui focalise tous les sentiments de Bruno, son amour sans retour, Alec, le meilleur ami, celui des secrets, des bêtises, des câlins aussi, enfin le départ en colonie, comme une punition suprême, un éloignement de plus du lieu où repose sa mère.

Des souvenirs forts pour l’enfant qui sont tantôt écrits avec le langage du petit garçon, tantôt avec celui du poète, mais qui du coup tiennent également le lecteur à distance de la douleur. Mais sans doute est-ce voulu, pour tenir l’adulte qu’il est devenu également à distance de cette douleur si prégnante et destructrice ? Alors comment dire, il m’a manqué un petit quelque chose pour être emballée, même si j’ai été touchée par ce premier roman d’un homme qui sait jouer avec les mots, y compris pour exprimer le chagrin et la perte, l’incompréhension et la manque.

Mes poings fous tambourinent à la porte de l’église.
Celle de la mort, des enterrements.
« Il est où, Dieu ? »
…. Je dois lui parler seul à seul. Et comprendre
.

💙💙💙

Lire également les chroniques de Nath Le boudoir de Nath, de HCh Dahlem Ma collection de livres,  et de Joëlle Les livres de Joëlle


Catalogue éditeur : le Cherche Midi

Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur cœur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le cœur d’un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ?

Date de parution : 18/01/2018 / EAN : 9782749156385 / Nombre de page : 188

Le vieux Pays, Jean-Pierre Rumeau

Le vieux Pays de Jean-Pierre Rumeau, c’est un polar, mais pas seulement, une histoire d’amour, mais pas tout le temps, un roman à suspense qui emporte son lecteur, oui certainement !

Domi_C_Lire_le_vieux_pays.jpgLe Vieux Pays, c’est une partie de cette zone vouée à la démolition lorsqu’à la fin des années 60 on décide d’y construire l’aéroport de Roissy Charles de Gaule. A Goussainville, et au vieux pays, il reste quelques terrains vagues, mais surtout une église et un cimetière entourés de quelques maisons murées. Car c’est ce qui a sauvé le village moribond, une église  monument historique répertorié qui sera maintenue par la volonté d’un obscur mais opiniâtre architecte des bâtiments de France.

De fait, après quelques années, squatteurs et habitants ont de nouveau investi les lieux et l’un des plus emblématiques est certainement Pasdeloup Meunier. Issu d’une famille aisée, Pasdeloup a perdu sa mère adorée très jeune, c’est un écorché vif qui a sévi longtemps sur les théâtres d’opérations extérieures risquant sa vie comme démineur, l’un des meilleurs. C’est un homme qui fascine, avec ses yeux vairons qui intriguent et lui donnent un mystère que tous cherchent à percer.

On le verra, un autre événement particulièrement douloureux va transformer son existence. Aussi, lorsque Pasdeloup vient se poser dans Le Vieux Pays – s’enterrer on pourrait dire, car quel homme sain d’esprit irait sciemment vivre là ? – c’est pour y rester tranquille, secondé par Maria qui vient chaque jour pour le ménage, ses voisins les bouquinistes, et sa vie tpaisible à restaurer l’église du village fantôme. Il règne en maître sur le Vieux pays et son mauvais caractère éloigne les intrus. Un mystère pèse sur les raisons de sa vie dans cet étrange village, mystère que l’on découvre au fil des pages et des flash-back, de l’enfance au métier de démineur, du présent à l’adolescence, des amis perdus aux jeunes à sauver.

Jusqu’au jour où il croise Antoine, un jeune métis qui manque se tuer en plongeant du haut d’un pont. Pasdeloup décide de le prendre sous sa coupe et de l’aider. Mais au Vieux Pays, il y a aussi les dealers du coin, et Abdel, le féroce, l’ennemi. Il y a aussi Nuri, qui s’entraine chaque jour à des sports de combat et dont le comportement étrange interroge et intrigue, lui qui est accompagné d’une étrange mère voilée. Bien évidemment, ces destins qui se croisent ont des répercussions les uns avec les autres, et tout le talent de l’auteur et de nous les dévoiler au fil de son intrigue.

Car Le Vieux Pays, ce sont aussi des rencontres et des amours, des âmes déchirées et des espoirs de jours meilleurs, une lutte sans merci contre le terrorisme et la haine, quels que soient  le lieu et l’époque, un village à repeupler avec beaucoup d’énergie et peu de moyens, des amis qui font preuve d’humanité dans les heures les plus sombres – je pense en particulier au père de Pasdeloup et à son ami de toujours, Wolfgang – et l’auteur nous entraine de l’Allemagne nazie aux kibboutz d’Israël, des missions des forces spéciales aux entrainements des jeunes de banlieue, du terrorisme aux guerres des citées, de la solitude à l’amour, de la vie à la mort…

J’ai aimé ce roman, qui passe d’une époque à l’autre, nous emporte et nous perd tout en nous faisant garder le fil de l’intrigue et nous attacher à ce bien étrange Pasdeloup…Ah, et si vous voulez connaître l’origine de son prénom, courrez vite lire Le Vieux Pays, et vous comprendrez !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« J’ai trouvé ici un cercueil inhabité, le couvercle grand ouvert, et je m’y suis installé. Il y avait peu d’êtres vivants dans le voisinage, le lieu était selon mon cœur, inimaginable pour le commun des mortels. J’y ai créé un vieux pays qui n’appartient qu’à moi, avec mon passé, ma loi et mes frontières, avec mon cimetière et mes souterrains… Lire la suite

Édition brochée / 19.50 € / 28 Février 2018 / 155mm x 225mm / EAN13 : 9782226399021

L’attrape-soucis. Catherine Faye

Chercher l’amour d’une mère, chercher l’absente, et se trouver soi-même. C’est le chemin que va suivre Lucien, le jeune héros de « l’attrape-souci » le premier roman de Catherine Faye.

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L’histoire débute à Buenos Aire, dans une librairie. Le jeune Lucien, onze ans, est tellement ému et interpellé par les « attrape-souci » que vient de lui promettre sa mère, qu’il la perd de vue lorsqu’elle sort regarder la vitrine. Il l’attend pendant des heures, puis fini par errer dans les rues, d’abord à la recherche de sa mère, puis finalement d’un abri pour la nuit, pour quelques jours, pour plus longtemps peut-être. Car il est bien difficile lorsque vous venez de débarquer dans une ville inconnue – ils arrivent de Paris- de savoir se repérer et de pouvoir retrouver cette mère perdue.

Lucien est à la rue. Il partage ses nuits avec un clochard qui le prend sous son aile, puis avec Solana, une jeune femme qui se transforme en belle de nuit à la tombée du jour. Là, il va rester quelque temps, mais comment avouer et expliquer qu’il est perdu, qu’il n’a pas fugué, que sa mère adorée ne l’a pas retrouvé et que lui non plus ne sait pas où ni comment la chercher ? Difficile de savoir ce qu’il est possible de dire ou pas sans créer la confusion et risquer d’être embarqué par la police.

De vagabondage en exil forcé dans les quartiers interlopes ou perdus de Buenos Aire, il se retrouve chez Arrigo, un homme qui s’occupe d’une jardinerie et lui apprend quelques rudiments qui vont lui permettre de l’aider, de travailler, de cultiver la terre et les plantes avec lui. Il sera pris sous son aile et va s’y blottir, faute de retrouver celle qu’il aime plus que tout et qui lui manque tant, cette mère qui semblait toujours tellement lasse de ses erreurs, de ses problèmes, de ses échecs de gamins, et dont il guettait la moindre parcelle d’amour.

Étonnant roman sur l’amour d’un fils pour sa mère, sur la recherche de soi, sur l’exil aussi et sur la compassion, l’entre-aide, l’amitié parfois plus forts que l’amour que l’on trouve, ou pas, dans sa famille. Lucien est attachant, et on aimerait tant l’aider dans son malheur, ce manque d’amour et cette enfance déchirée sont très bien restitués par Catherine Faye, un joli, lumineux et émouvant premier roman dans un Buenos Aire parfaitement restitué par l’auteur.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Mazarine

Décembre 2001. Lucien, onze ans, vient d’arriver à Buenos Aires avec sa mère. Dans une librairie, il est captivé par de mystérieuses petites boîtes jaunes. Dedans, de minuscules poupées. Selon une légende, si on leur confie ses soucis avant de s’endormir, le lendemain, ils se sont envolés.
Le temps  qu’il choisisse son attrape-souci, c’est sa mère qui s’est envolée. Disparue.
Lucien part à sa recherche. Se perd.
Au fil de  ses errances, il fait des rencontres singulières. Cartonniers, prostituées, gamins des rues avec qui il se lie, un temps. Et grâce à qui, envers et contre tout, il se construit, apprend à grandir. Autrement.
Rebaptisé  Lucio par ses compagnons de route, cet enfant rêveur et déterminé incarne ce possible porte-bonheur que chacun a en soi.

Parution : 17/01/2018 / EAN : 9782863744758 / EAN numérique : 9782863747582 / Pages : 300 / Format : 135 x 215 mm

Il n’y a pas internet au paradis. Gaëlle Pingault

« Il n’y a pas internet au paradis » mais il y a peut-être ceux qui partent trop tôt, chronique d’après … un suicide annoncé, par Gaëlle Pingault.

Domi_C_Lire_il-n-y-a-pas-Internet-au-paradisComment réagir après une tragédie, et peut-on l’accepter quand celui qui partage votre vie vient de commettre un acte irrémédiable, ne vous laissant aucun indice pour comprendre son geste ?

C’est ce que vient de vivre Aliénor. Mariée à Alex depuis quelques années, et alors que leur couple rêvait d’enfants et de mise au vert à la campagne, cette jeune femme a vu celui-ci s’enliser inexorablement dans une spirale de dépression et de perte de confiance. Et ce à la suite de l’arrivée d’un nouveau chef tout disposé à appliquer les règles de harcèlement systématique, celles qui font partir les salariées de l’entreprise à coup sûr, et même comme certains auraient pu le dire « par la porte ou par la fenêtre »… Car les méthodes appliquées par le boss sont promptes à isoler les personnes qu’il faut faire partir, à les placer en situation de perte de confiance en soi.

Les conséquences sur la vie du couple, sournoises, ont sapé leur relation au point qu’Alex n’a pu confier son mal-être à personne, pas même à sa femme … La seule issue de secours pour cet homme qui pourtant maitrisait sa fonction depuis de longues années et dont les capacités n’étaient plus à prouver est de se suicider au vu de tous.

La question qui se pose alors pour Aliénor est de savoir si elle aurait pu comprendre que la situation était tragique au point qu’Alex souhaite perdre la vie. Mais Aliénor le comprend vite, la culpabilité et le chagrin sont mauvais conseillers, aussi va-t-elle user d’armes plus sournoises pour « faire payer » à sa façon ces managers qui n’ont eu aucune pitié ni aucune humanité envers son mari et sans doute envers certains de ses collègues. Seul moyen pour elle de continuer sa route, sans Alex, sans remords ni regrets. Elle se confronte à cette occasion à toutes sortes de sentiments contradictoires de la part des témoins potentiels de la descente aux enfers de son mari, ceux qui ont tenté de… , ceux qui auraient pu…, ceux qui ont respiré  de savoir que ce n’était pas leur tour…, ceux qui n’ont pas osé aider, par peur de…

Voilà un roman qui pose quelques interrogations sur le management, les méthodes de travail où les hommes ne sont plus que des variables d’ajustement, simples ETP (équivalents temps plein) que l’on peut jeter à la demande, sur l’isolement de plus en plus criant dans les entreprises, mais aussi sur la solidarité, le soutien qui savent parfois s’instaurer au cœur de ces situations. Quel est le prix à payer pour avoir la conscience tranquille, ou celui que l’on peut accepter pour reprendre sa route ? La façon de traiter le problème du harcèlement, mais aussi celle d’aborder le suicide et la culpabilité de ceux qui restent, et enfin la résilience, sont particulièrement bien maitrisées, un premier roman prometteur !

Autre vision de celui qui reste, et de l’incompréhension après le suicide, l’excellent roman de Marie Laberge Ceux qui restent, autre vision du harcèlement moral en entreprise le roman de Stéphanie Dupays. Brillante.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Éditions du Jasmin

Gentiment bourgeois bohèmes sans être tout à fait dupes, Alex et Aliénor s’aiment, envisagent de faire un enfant ou deux, et de se déconnecter d’un monde qui va trop vite. Mais la Grande Entreprise en a décidé autrement. À coups de réorganisations, elle consomme de l’être humain comme une machine du carburant : sans états d’âme.
Entre chagrin et souvenirs, la colère d’Aliénor monte contre l’entreprise, mais aussi contre Alex, à qui son amour n’a pas suffi pour continuer à vivre. Et puis le deuil se fait, Aliénor commence une existence nouvelle, un peu hésitante, avec une seule certitude : face à l’adversaire, il ne faut pas plier.
Sans rien masquer de la souffrance de son personnage, l’écriture enlevée, touchante et drôle de Gaëlle Pingault réussit à tenir à distance la cruauté des entités déshumanisées pour laisser à l’individu toute la place, car en continuant à chercher son paradis sur cette Terre et dans cette vie, il est le seul grain de sable capable de gripper la machine.

ISBN: 978-2-35284-220-0 / format: 15×19 – 224 pages / 19,90 € /  Date de parution : 03/09/2017

Les parapluies d’Erick Satie. Stéphanie Kalfon

Erick Satie, précurseur au génie incompris, rejeté par les musiciens de son temps, revit sous la plume vive et envolée de Stéphanie Kalfon.

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Décidément on parle beaucoup d’Erik Satie depuis quelques mois, d’abord dans le superbe roman de Jean-Paul Delfino Les pêcheurs d’étoiles (éditions le Passage) ou évoqué plus brièvement dans la BD  Jacques Prévert n’est pas un poète.

Si l’on connait le nom d’Erik Satie, on connait souvent beaucoup moins bien la vie de ce musicien avant-gardiste, « égaré » dans son siècle, largement méprisé et incompris de son époque, le malheur souvent de tous ceux qui sont en avance sur leur temps, qui ont une forme de génie qui ne peut être comprise par leurs pairs, qui sont trop différents, trop novateurs.

Et le lecteur de découvrir un homme génial, qui rejette la musique et la création de son époque, cherchant à inventer un autre rythme, une autre musicalité, d’autre normes que celles imposées par les messieurs rigides du conservatoire. Incompris, il ira même jusqu’à reprendre des études pour montrer qu’il peut entrer dans le moule, pour être enfin reconnu par les « sachants ». Mais aussi un homme qui fort de ses idées, de ses aspirations, ira jusqu’au bout de sa création.

Erick Satie, excentrique et sensible, à la créativité débordante mais incapable de se fondre dans le moule,  va vivre dans la misère, sans même avoir de quoi s’offrir à manger. Et lui à qui tous savaient offrir un verre mais jamais un sandwich mourra bien trop jeune d’une cirrhose, dans la solitude d’une chambre misérable. Il vivait dans une banlieue à l’époque bien éloignée de paris pour le marcheur à pied qu’il était. Ce qui l’obligeait à passer les nuits dehors, dans les cafés, les cabarets, rentrant au petit matin dans son minuscule logis, peuplé de parapluies, de pianos cassés, et de souvenirs d’une vie qui aurait dû être magnifique.

Voilà donc un roman intéressant et instructif, qui nous parle à la fois d’un homme, d’un inventeur d’une musique originale, mais aussi d’incompréhension, de règles et d’habitudes, de tout ce qui fait que la nouveauté et le génie sont parfois difficiles à accepter. Un roman au rythme aussi décalé et chantant que des notes d‘Erik Satie, aussi envolé que son génie. Malgré quelques longueurs vers la fin, il nous emporte avec cette écriture quasiment musicale. Merci aux « 68 » sans qui je n’aurai certainement pas découvert ce premier roman de Stéphanie Kalfon.

Retrouvez les chroniques de Charlotte et de Henri-Charles

Catalogue éditeur : Littérature française/Joëlle Losfeld Gallimard  

En 1901, Erik Satie a trente-quatre ans. Sans ressources et sans avenir professionnel, il délaisse Montmartre et l’auberge du Chat Noir pour une chambre de banlieue sordide où, coincé entre deux pianos désaccordés et quatorze parapluies identiques, il boit autant, ou plus, qu’il compose. Observateur critique de ses contemporains, l’homme dépeint par Stéphanie Kalfon est aussi un créateur brillant et fantaisiste : il condamne l’absence d’originalité de la société musicale de l’époque, et son refus des règles lui vaut l’incompréhension et le rejet de ses professeurs au Conservatoire.

Parution : 02-02-2017 / 216 pages / 125 x 185 mm / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072706349