Une disparition inquiétante, Dror Mishani

Une enquête policière qui nous entraine en Israël et nous fait découvrir de nouveaux horizons

Une disparition inquiétante de Dror Mishani

Avec « Une disparition inquiétante » de Dror Mishani je fais la connaissance d’Avraham Avraham, un policier peu commun, un peu décalé, déstabilisant et pas forcément attachant. Mais tout le monde n’est pas en permanence au top ni à 200% de ses capacités ou capable de travailler à la perfection, au contraire, les incohérences, les baisses de régime, le manque d’intérêt ou d’attention font aussi partie de nos vies. Alors oui, Avi Avraham, ce personnage de flic complètement dépassé par la situation, est sans doute une compilation de quelques personnes que nous pourrions rencontrer dans la réalité et s’il n’est pas de prime abord sympathique, il en devient malgré tout intéressant par sa crédibilité et son réalisme.

Lorsqu’une mère vient au commissariat faire part de ses inquiétudes depuis la disparition de son fils Ofer Sharabi, notre commissaire est peu enclin à lancer une recherche. Il est pressé de rentrer chez lui se poser devant sa télé pour analyser et critiquer les séries policières américaines et en découvrir les incohérences. Etonnant, car lui n’est pas à une incohérence près dans son travail, mais il est plus facile de voir ce qu’il se passe chez les autres que de faire sa propre introspection.

L’enquête sur ce qui s’avère finalement être une disparition inquiétante va démarrer, puis piétiner, s’enliser, prendre de mauvaises directions et en oublier certaines autres. Il y a peu de témoins, ou alors des témoins qui vont dérouter plutôt qu’aider les enquêteurs, je pense en particulier au comportement trouble du voisin de la victime, l’étrange professeur d’anglais Zeev Avni. En fait il y a peu d’éléments pour la faire avancer. Cela semble refléter la vraie vie de la police où tout n’est pas aussi simple et rapide que dans les séries télé.

Les rivalités entre collègues, la personnalité de Sharpstein, nouvel arrivant qui veut affirmer sa différence et ses compétences, Ilana, la directrice du service qui prend des initiatives sans prévenir Avi Avraham alors qu’il dirige l’enquête, le voyage d’étude en Belgique qui se solde par une somme d’heures perdues et quelques rencontres plus ou moins agréables, la mère un peu trop possessive, sont autant de scènes qui ancrent le personnage dans une réalité qui happe le lecteur et lui donne envie de poursuivre sa lecture. Et bien lui en prend car de fausses pistes en hésitations, l’enquête s’avère bien plus complexe et intéressante que ce que l’on imagine de prime abord. J’aborde ici pour la première fois l’univers d’un policier en Israël et je suis prête à découvrir ses prochaines enquêtes.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points 2015

Catalogue éditeur : Points

Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait. Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District. Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

384 pages / Paru le 05/03/2015 / EAN : 9782757851739

Terminus Belz, Emmanuel Grand

Une île, et un polar qui mêle intrigue et fantastique, à découvrir ou à relire !

Terminus Belz de Emmanuel Grand

Terminus Belz, le premier roman d’Emmanuel Grand, tient à la fois du polar et de la fantasy. Il aborde des problèmes de société, émigration, travail, peur de l’inconnu, mais surtout il atteste d’un véritable travail d’écriture. L’action se passe en Bretagne, le lieu est important car il est un point d’ancrage de l’histoire.

Marko Voronine quitte  l’Europe de l’Est avec deux autres compagnons et une jeune fille de quinze ans, ils espèrent trouver une vie meilleure en Europe. Mais le voyage ne s’est pas passé comme prévu. Ils doivent fuir et se cacher quelque temps pour échapper à la mafia Roumaine et se faire oublier. Une fois arrivés en France, ils se séparent, Marko part plein Ouest vers la Bretagne. Très vite, lui qui n’a pas le pied marin, trouve un emploi sur l’ile de Belz à bord du bateau de Joël Caradec. Là il va se faire passer pour un grec. Trop compliqué d’avouer qu’il arrive d’Ukraine et sans papier en cette période où l’on renvoi les étrangers en situation irrégulière.

Mais sur une ile, les inimitiés sont nombreuses, les tensions, aussi, il y a peu de travail et la vie des marins est dure. Ceux qui n’ont plus d’emploi se retrouvent à « l’escale » le bar de l’ile, et parlent de cet étranger qui est venu voler leur travail. Les marins sont habitués à une vie dure et exigeante, la mer donne mais prend aussi beaucoup. Ils parlent, boivent, se disputent souvent, des tensions fortes éclatent, le ressentiment, les vieilles histoires ressortent et avec elles les légendes et les peurs irrationnelles. Celle de l’Ankou par exemple, où la mort vient rôder et chercher ses nouvelles proies.

L’auteur nous fait vivre dans l’ambiance particulière d’une petite ile. A Belz, au bout du monde, hors saison personne ne vient troubler les habitudes des locaux. Marko pensait être transparent, isolé sur cette ile alors qu’on ne parle que de lui. Il se lie d’amitié avec Caradec, son employeur solitaire et bourru, mais  aussi avec Papou, personnage étrange et marginal, et avec Venel, un libraire plus amoureux des livres que des hommes. Les habitués de « l’escale », repère de tous les marins, ivrognes en mal d’emploi, haineux ou envieux, triste ou désespérés, n’ont rien de mieux à faire qu’à parler de l’intrus. Il y a un patron de bar et des marins attachants, un curé un peu étrange aussi, dont on ne sait pas trop quel rôle il joue lorsqu’il parle de Satan, du bien et du mal

Les personnages gagnent en autonomie au fil des pages. Ils s’imposent peu à peu, on les imagine avec leurs vies, leurs craintes, leurs peurs des légendes encore si vivantes dans certaines régions isolées. Et il n’y a pas plus isolé qu’une ile ! Dans cette Bretagne si vivante, frappée par les orages, fouettée par les embruns, la houle et les tempêtes, mais aussi les pertes d’emploi et la vie difficile des marins, on voit les bateaux, là, au bord, on voit vivre les marins sans travail, on devine leur désespoir, accoudés au comptoir. Et Marko cherche sa place au milieu d’eux, avec son histoire et son passé, présent sans trop y être, avec sa course contre la montre pour fuir cette mafia Roumaine qui le recherche.

L’intrigue coule à un beau rythme, créant une ambiance avec des personnages singuliers et attachants. On retient son souffle, on sent la tempête arriver, l’Ankou survole les pages et les craintes et éveille l’imaginaire du lecteur quand l’intrigue se mêle à la légende. J’aime en particulier le passage où chaque personnage est décrit dans un même instant, chacun son tour, tenant le lecteur en haleine, en attente du pire et du dénouement.

C’est un polar qui mêle le suspense et la légende, une étude sociologique de la vie de marins et une histoire d’amour sans que ce soit pesant. D’Est en Ouest c’est un vrai voyage à un rythme soutenu et intense, très original et particulièrement bien écrit. Bref, allez y vous ne serez vraiment pas déçus !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Prix du meilleur polar des lecteurs de Points 2015

Catalogue éditeur : Points

Enez Ar Droc’h. L’île des fous, comme l’appellent les locaux. Pour Marko Voronine, clandestin traqué par la mafia roumaine, Belz semblait l’endroit idéal pour se faire oublier. Mais dans cette enclave portuaire, les étrangers ne sont pas aimés et Marko se brouille avec un marin, Jugand. Quelques jours plus tard, son cadavre mutilé est découvert. Marko sait son temps compté et la fuite impossible.

Emmanuel Grand, né à Versailles en 1966, a passé son enfance en Vendée, à vingt kilomètres de la côte atlantique. Terminus Belz est son premier roman.

Tantôt thriller qui dégrise, tantôt roman social inspiré, Terminus Belz déploie sa belle architecture et son écriture musicale jusqu’à la dernière page. Télérama
À la fois un excellent polar breton, ukrainien, roumain, mafieux et fantastique. Le Figaro littéraire

Prix : 7,9€ / 408 pages  / Paru le 08/01/2015  / EAN : 9782757842812

Nous rêvions juste de liberté. Henri Loevenbruck

Nous rêvions  juste de liberté d’Henri Loevenbruck, un roman inoubliable qui nous emporte dans un souffle

Book

Tout au long de ces pages, j’ai senti le souffle du vent sur mon visage, j’ai entendu le bruit pétaradant des moteurs, j’ai senti sur ma nuque le regard inquiet ou admiratif des passants. J’ai surtout ressenti la force de l’amitié indéfectible et le chagrin de la trahison ou de la perte. J’ai traversé les États Unis avec Hugo et ses amis, tant certaines scènes sont fortes, les descriptions réalistes, celle d’un auteur qui sait de quoi il parle.

Hugo, Freddy, Oscar et Alex vivent dans la petite ville de Providence. Le hasard des rencontres, des parents pas vraiment à la hauteur, une école sévère pour forger l’âme de ces gamins que l’enfance n’a pas vraiment aidé, les épreuves à traverser, en ont fait une bande de copains inséparables.  Hugo vit dans une roulotte à côté de la maison de ses parents, d’où son surnom de Bohem. Après avoir travaillé tout un été dans le garage du père de Freddy, Hugo et Freddy se fabriquent les motos de leurs rêves. Après quelques galères qui les éloignent de la ville, ils rentrent chez eux. Mais si les parents de Freddy lui ont gardé leur confiance, ce n’est pas le cas pour Bohem. Sa roulotte, et tous ses souvenirs, tout ce qui le relie à l’enfance, est en cendres. Ils décident alors de quitter Providence pour rouler vers Vernon, à la recherche du frère d’Alex.  Nous suivons leur folle équipée à travers le pays, à une époque où l’on pouvait rouler sans casque, toujours plus loin, toujours plus libre.

Les petits boulots, les petits vols surtout, vont leur permettre de vivre au jour le jour. Ils vont découvrir le monde des MC, ces motards qui règnent en maitre sur une ville, leur code d’honneur, leurs règles, leurs contraintes. De menus larcins en trafics plus sévères, ils vont se faire accepter comme leurs pairs. Bohem devient le président du MC des Spitfires de Providence. J’ai découvert tout un monde, celui des MC et de leurs couleurs, de leurs blousons que l’on ne porte pas au hasard, du 1% qui se mérite et s’affiche avec fierté. Le goût très particulier de se rassembler en roulant tous ensemble, là où chacun est seul sur sa moto, mais unis à cette troupe qui vit ce plaisir commun.

J’ai lu ce roman avec avidité, ayant hâte de lire la suite, de tourner les pages, l’écriture est intéressante. J’ai eu beaucoup de plaisir à suivre le récit d’Hugo, dont on aurait tant voulu que l’enfance soit plus heureuse, auquel on s’attache forcement, lui qui malgré les épreuves garde jusqu’au bout un sens de l’honneur et un sens inouï de l’amitié. Bohem à un style particulier de gamin instruit mais pas trop, qui veut bien faire, qui malgré ses pas de côté garde un certain sens de l’honneur et de ce qui est juste. Il reste fidèle et honnête envers ses amis et son désir de vivre jusqu’au bout cette Liberté à laquelle il aspire depuis toujours. J’ai senti son bonheur de tracer la route, son esprit rebelle, tout au long de ces pages, un grand plaisir de lecture.

Un roman lu aussi dans le cadre de ma participation au jury du Prix J’ai Lu Page des libraires 2017

Catalogue éditeur : Flammarion et J’ai Lu

Nous avions à peine vingt ans et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le… Lire la suite

Flammarion : Paru le 01/04/2015 / 432 pages – 154 x 242 mm / EAN : 9782081307285 / ISBN : 9782081307285 / Prix : 21,00€