Carrefour des veuves, Monique Ilboudo

Une réflexion contemporaine sur la place des femmes face au terrorisme et aux traditions en Afrique subsaharienne

Depuis toujours les femmes sont les premières victimes de la barbarie et du terrorisme. L’auteur pose un regard critique et bienveillant sur celles qui sont victimes et que l’on fait passer pour les bourreaux ou les responsables de tous les maux de l’humanité. Elle parle sans concession du terrorisme et des conflits qui endeuillent la région du Sahel, mais que l’on trouve dans de nombreuses région du globe aujourd’hui.

Tilaine vient de perdre son mari. Isma était douanier, mais il critiquait un peu trop ouvertement l’incurie des institutions en place, malgré les avertissements de sa famille. En représailles mais sous couvert de promotion, il a été envoyé sur la frontière nord du pays. Il a été tué par les djihadistes.

Tout la pousse à se lamenter sur son sort. Mais si elle est triste et affligée par ce deuil, Tilaine est avant tout courageuse et combative. Malgré sa douleur et son chagrin, elle décide de créer urne association pour aider les jeunes femmes victimes comme elle du terrorisme.

C’est pendant une mission pour son association qu’elle rencontre Noura, une fillette brillante mais victime tant du terrorisme que des traditions de pays dans lesquels les filles n’ont nul besoin d’aller à l’école ou de s’instruire. Mais Nora à soif de connaissance, de vie, d’instruction. La rencontre avec cette fillette sera déterminante pour Tilaine qui rêve de lui offrir un avenir à la mesure de sa détermination.

Voilà un roman sans concession qui ose dire qu’elle peut être la vie des hommes et des femmes qui s’insurgent contre le pouvoir en place lorsque celui-ci ne rempli pas sa mission. Qui évoque la dure réalité de certaines vies, la fragilité et l’impuissance des populations et de certains gouvernements face au fléau djihadiste qui tient en coupe réglée de nombreuses régions d’Afrique. Une analyse contemporaine et objective du terrorisme en Afrique sub-saharienne, de la situation politique et de ses compromissions, mais avant tout de l’insécurité permanente et de la place des femmes premières victimes du terrorisme et des traditions.

L’écriture est concise, de qualité, les mots sont justes et précis pour décrire ces situations si complexes. Une lecture très intéressante.

Catalogue éditeur : Les Lettres Mouchetées

Tilaine vient de perdre son mari, Isma, tué par les djihadistes alors qu’il est en poste au nord du pays. Résolue à lutter contre la fatalité qui endeuille son pays, Tilaine décide de créer une association pour venir en aide aux femmes victimes du terrorisme. Un jour, elle croise le chemin de Noura, une petite fille qui va bouleverser sa vie.

Le Carrefour des veuves apparaît comme le triangle de la mort de cette région du Sahel où s’entremêlent confusément les conflits communautaires, le fléau djihadiste et l’impuissance des dirigeants de la région et du monde. Monique Ilboudo décrit avec force et lucidité ce monde qui confine à la folie et dans lequel œuvrent sans relâche des héroïnes du quotidien.

Universitaire et femme de lettres burkinabé, Monique Ilboudo est engagée dans la promotion de la citoyenneté des femmes dans son pays. Éloignée un temps de l’écriture, elle a renoué avec sa passion et publié en 2018, Si loin de ma vie aux éd. Le Serpent à Plumes. Carrefour des veuves marque son retour sur la scène littéraire.

Une maison d’éditions basée à Pointe-Noire, au Congo. Paru septembre 2020 / 160 pages

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal

Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie

Un livre comme un cri, celui de trois femmes, trois filles, Ramla, Hindou, et Safira, qui se dévoilent tour à tour dans cette vie d’acceptation et de patience imposée aux femmes peules musulmanes, au nord du Cameroun. Mais comment ne pas penser que c’est le sort d’un grand nombre de femmes en pays musulman, où Dieu et les hommes sont tout puissants.

Une fille ne doit pas aller à l’école, nul besoin d’être éduquée pour être soumise à la volonté d’un père, puis d’un époux omnipotent et d’une belle famille. Dans ces familles aux pères polygames, les filles sont une monnaie d’échange qui permet de conforter leur pouvoir et leur place au sein de la tribu et dans la communauté. Elles sont mariées en fonction de tractations entre les hommes, qui à un plus âgé, qui à un cousin, doivent accepter les autres épouses qu’on leur impose, n’ont aucun droit si ce n’est d’être patiente, obéir, se soumettre et accepter.

Safira, la première épouse, devient une daada saaré  lors de l’arrivée de la deuxième épouse âgée d’à peine dix-sept ans, Ramla. La jalousie de celle qui fut pendant plus de vingt ans l’épouse unique, et les médisances qui accompagnent la nouvelle épouse, belle et jeune, vont rendre la vie bien difficile à l’une comme à l’autre. Pendant ce temps, Hindou, la sœur de Ramla, va subir les coups, la violence, les viols répétés (comme le dit l’auteur au Sahel, le viol est une habitude, voire une culture, surtout les soirs de noces) de son incapable, alcoolique et drogué de mari qui est aussi son cousin. Car dans ces familles aux multiples épouses, les enfants sont légions, et les filles sont données en mariage sans aucune considération de leurs desiderata. D’ailleurs, les femmes ne doivent même pas exprimer la moindre volonté, ni ensuite parler de leurs problèmes ou de leurs malheurs car cela pourrait porter préjudice à la fratrie, à leur mère, et se retourner contre la famille, seul le silence et la patience sont possibles.

Un seul mot d’ordre donc, la patience, celle d’endurer, d’écouter, de subir, de souffrir, d’enfanter, de se taire, de travailler, d’obéir. Un époux et un père ont tous les droits, une fille n’en a qu’un, accepter.

Tout au long du roman au style parfois déconcertant de simplicité, mais sans doute puise t-il là toute sa puissance, ce mot là est répété à l’envi, patience, Munyal.

Ce livre a fait surgir en moi les émotions ressenties à la lecture du roman Syngué Sabour, Pierre de patience de Atiq Rahimi, ce long monologue d’une femme musulmane qui vit en Afghanistan, encore un pays où la femme se doit d’être uniquement une épouse soumise qui accepte tout en silence. Je ressors de cette lecture encore plus révoltée contre ces hommes qui imposent, qui mutilent, qui exploitent les filles au prétexte qu’elles sont femmes, et en utilisant l’alibi facile de la religion et de la tradition. Mais aussi contre ces femmes soumises qui se taisent et permettent aux traditions de perdurer et de toucher à leur tour leurs filles.

Djaïli Amadou Amal, qui a subit a dix-sept ans un mariage forcé avec un homme plus âgé qu’elle, ose dénoncer la condition des femmes au Sahel, briser les tabous, élever la voix dans le silence des familles, des communautés. Cette figure de proue de la nouvelle littérature camerounaise écrit pour faire savoir et dénonce les mariages forcés, l’enfer de la polygamie, les discriminations faites aux femmes. C’est une voix qui compte pour aider les filles de son pays et de tant d’autres encore.

Munyal; les larmes de la patience est son troisième roman, il paraît en septembre 2017 et reçoit le 1er Prix Orange du Livre en Afrique en 2019. Cette version, publiée par Emmanuelle Collas, est également en lice pour le prix Goncourt 2020.

Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Un roman poignant, qui lève le voile sur la condition des femmes au Sahel. Une des valeurs sûres de la littérature africaine.

Date de parution : 04/09/2020 / EAN : 9782490155255 / Prix 17€