Les yeux d’Ava, Wendall Utroi

Après le bonheur, ou la descente aux enfers d’une mère sans histoire

Elle est heureuse Ava, un mari qui la comble, deux beaux enfants, et une vie plutôt facile de mère au foyer qui lui convient tout à fait.

Pourtant, un jour le destin en décide autrement et vient rompre le fil du bonheur. Un dramatique accident, une voiture qui s’enfonce dans un lac, un mari qui décède et une mère qui tente de sauver ses enfants et doit faire un choix sans lequel elle risque elle aussi de perdre la vie. Elle sauve l’un des jumeaux mais l’autre va périr.

La vie d’Ava prend alors un tournant dramatique. C’est la fuite en avant, la douleur occupe toute la place. L’accident qui a bouleversé sa vie à aussi apporté avec lui un certains nombre de révélations toutes plus angoissantes les unes que les autres. Elle découvre que sa vie est une mascarade basée sur le mensonge.

À partir de ce jour, son bel équilibre s’effondre, sa vie s’écroule face aux révélations sur son couple, à sa culpabilité de mère, aux questions qu’elle se pose, à la réalité d’un quotidien qui lui devient insupportable. Alors elle s’enfonce dans le silence, la solitude, le désespoir. Elle n’a plus aucune confiance en elle et ne supporte plus le poids des regrets, la douleur du manque, la responsabilité.

Le lecteur assiste à la lente déchéance d’Ava, son retrait du monde des vivants en quelques sorte, son rejet de tout ce qui lui rappelle l’hypocrisie des jours heureux. Lente déchéance vers la maladie, la dépression, la rue. Elle met en place un véritable processus d’autodestruction pour tenter d’effacer sa culpabilité.

Pourtant, j’aurais aimé parfois la bousculer, lui montrer les vivants plutôt que les morts, j’avais du mal à entendre ce désespoir qui lui fait abandonner l’enfant qui lui reste. Partagée entre empathie et révolte, entre compréhension et rejet de son attitude, j’ai pourtant été plongée dans une lecture totalement addictive et bouleversante qui montre à quel point une vie peut basculer dans le néant rapidement et inéluctablement.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

On ne manquera pas d’aller faire un tour sur le blog de l’auteur Wendall Utroi

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

« Si vous lisez cette lettre, c’est que vous tenez mon manuscrit entre vos mains, qu’on me l’aura volé, ou que ma fin sera proche. Il ne me quitte jamais, collé à ma peau, dissimulé sous mon manteau ou dans mon cabas. Les premières pages sont nées, il y a des années, raturées et usées par les griffes du temps. »

Rédigée quinze ans après les faits, la lettre d’Ava a le goût âcre de la rédemption. En 2002, Ava, vingt-neuf ans et quelques mois, mariée à un homme rencontré sur les bancs du lycée, mère de deux beaux enfants, des jumeaux, a une vie idéale. Un amour solide, des désirs simples comblés par des bonheurs immenses. Mais c’était compter sans le destin. Lui peut se jouer de nous, brouiller les cartes, changer les règles. Quand un tragique accident remet toute sa vie en question, Ava sombre. Comment peut-on faire face quand toutes nos certitudes sont réduites à néant ?

Précédemment publié sous le titre La Tête du lapin bleu.

384 pages / Date de parution: 30/09/2020 / EAN : 9782253181569 / prix : 7,90€

Bonne nuit maman, Seo Mi-Ae

Violence et manipulation au pays du Matin Calme

Seon-geyong Lee est une criminologue appréciée de ses étudiants. Formée au FBI, elle fait étrangement penser à la Jodie Foster du silence des agneaux. Surtout lorsqu’un tueur en série la fait appeler du fond de sa prison et souhaite la rencontrer. Lui qui ne veut rien dire de ses meurtres et de sa folie, l’occasion est belle d’essayer de le faire parler.

Mais n’est-ce pas aussi un piège de répondre à un homme aussi pervers ? Car le tueur en série Byeong-do Lee est passé maître dans l’art de manipuler son monde. Il ne sera donc pas évident d’arriver à lui faire dire quoi que ce soit ou de l’emmener là où elle le souhaite.

En parallèle à ses rencontres à la prison, Seon-geyong Lee va voir sa vie de couple bouleversée. En effet, son mari vient de recueillir sa fille d’un premier mariage. Élevée par ses grands-parents maternels au décès de sa mère, ces derniers viennent de disparaître dans un violent incendie. La fillette est désormais sous la garde de son père et d’une belle-mère qu’elle ne semble pas prête à accepter facilement. La jeune femme va de découverte en surprise car son mari ne lui avait pas tout révélée sur son premier couple et sur sa fille. Rapidement, c’est elle qui doit s’occuper de cette enfant, et affronter ses états d’âme et sa mauvaise volonté.

Seon-geyong Lee doit maintenant gérer deux relations difficiles en parallèle. D’une part avec le tueur en série qui se dévoile peu à peu et dont on devine une enfance de souffrance et une relation délétère à la mère ; et d’autre part, avec une fillette de dix ans qui sous des airs de petit ange cache peut-être un jeu aussi pervers qu’inquiétant.

J’ai aimé suivre cette intrigue, qui semble avoir une suite, même si j’ai parfois trouvé que cette spécialiste des tueurs en série faisait preuve de bien d’innocence quant elle analyse les comportements dans sa propre famille. Mais sans doute refuse-t-on de voir le mal sous son toit quand on connaît la noirceur de l’âme humaine.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Matin Calme, Le Livre de Poche

Seon-gyeong, criminologue et professeure à l’université, est sollicitée par un détenu en attente de jugement. Cet homme, un serial-killer qui a assassiné treize femmes, veut lui parler – à elle seule. Seon-gyeong va devoir faire preuve de la plus grande prudence face à ce tueur hors norme, intelligent et manipulateur. Dans le même temps, son mari se voit contraint de faire venir chez eux sa fille née d’un précédent mariage. Une enfant de onze ans qui serre contre elle son ours en peluche, bouleversée par les décès de sa mère et de ses grands-parents maternels. Des décès pour le moins suspects, d’ailleurs…

320 pages / Date de parution: 31/03/2021 / EAN : 9782253079231 / 7,70€

Matin Calme : EAN : 9782491290054 / Parution : 05/03/2020 / Pages : 269 / Prix : 19.90€

Florida, Olivier Bourdeaut

Un roman qui bouscule, émouvant et féroce

Devenir Miss, un rêve pour les jeunes femmes qui se présentent aux concours, mais parfois un cauchemar pour les petites filles que leurs mères inscrivent aux compétitions de mini Miss aux USA. Car de ce jour, pomponnées, apprêtées, vêtues de robes à dentelles, fanfreluches, paillettes et diadème sur la tête, leur vie de petite fille ne leur appartient plus.

Élisabeth Vern se souviendra toute sa vie de l’anniversaire de ses sept ans. Ce jour-là, il n’y avait pas eu d’amies à la maison pour partager jeux et gourmandises, ouvrir la paquet cadeau d’un blanc immaculé et en retirer une robe froufroutante. Seulement elle et sa mère pour partir, participer, et gagner son premier concours de Miss.

Cadeau maudit d’une mère qui vit par procuration la beauté insolente de sa blondinette, qui projette ses envies et ses rêves sur ceux d’une enfant qui ne lui a rien demandé. Un père absent comme en équilibre sur le pas de la porte, des parents qui se disputent sans cesse, et une mère ne trouve rien de mieux comme échappatoire. Pendant cinq ans, mère et fille passent leurs week-ends sur la route. Mais si elle est d’une beauté indiscutable, la fillette ne l’est cependant jamais assez pour gagner à nouveau. Rien n’est suffisant aux yeux de sa mère pour préparer cette éternelle deuxième à la compétition. Ce seront cinq années difficiles pendant lesquelles la violence et la perversion de cet amour maternel dévoyé vont la marquer à tout jamais.

Dès lors, elle fera tout pour s’en éloigner. Le psy, le pensionnat du collège, une fugue, puis la rencontre avec un artiste en devenir qui va la recueillir, sont autant de fuites en avant. Elle veut échapper à l’emprise maternelle et reprendre possession de son corps, de sa vie, quitte à se créer une image à l’opposé des rêves de beauté de sa mère. Élisabeth n’a qu’une envie, celle de maîtriser son corps, pour le rendre différent, aimable ou haïssable, et projeter une image vers l’autre.

Olivier Bourdeaut s’est donné un challenge risqué, se mettre dans la peau de cette enfant, puis de cette jeune femme et faire passer toute l’amplitude et la complexité des sentiments qui l’animent. Amour, haine, vengeance, violence, désespoir, tristesse, tout est là. Pari réussi, le lecteur suit son héroïne avec émotion, révolte, répugnance, un brin d’humour aussi parfois. L’auteur dresse un constat, le corps est soit un outil, soit une arme pour parvenir à un but fixé, quel qu’il soit. Il nous propose un étonnant plaidoyer sur la relation au corps, à l’apparence, à ce qu’il représente dans notre relation aux autres. Il aborde aussi bien sûr en parallèle au dictât de l’image et du culte du corps celui du harcèlement et de la manipulation envers les enfants, que ce soit par la violence ou par l’amour, mais aussi tous les questionnements qui touchent les adolescents d’aujourd’hui dans ce monde régit par l’image et les réseaux sociaux.

Catalogue éditeur : Finitude

« Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. »

13,5 x 20 cm / 256 pages / isbn 978-2-36339-146-9 / 19 euros

Le Berger, Anne Boquel

Un premier roman qui interpelle sur l’influence grandissante des mouvements sectaires

Qui ne se souvient pas de terribles faits divers comme celui du décès de soixante quatorze personnes en Suisse, en France et au Canada. Elles appartenaient toutes à une secte : l’Ordre du Temple Solaire. Mais de tout temps, et sans doute encore plus lors de situations économiques et sociales difficiles comme peut l’être une période pandémique comme celle que nous vivons depuis 2020, il est dramatique de constater que les sectes sont toujours influentes.

Forts de cette remarque, comment ne pas avoir envie de découvrir le premier roman de Anne Boquel, Le Berger. Car aujourd’hui, il faut aussi en être averti, ce ne sont plus les sectes de Charles Manson, l’église de Scientologie ou le Temple solaire qui dominent, mais bien une émergence de nouveaux groupes sectaires. Si les gouvernements tentent de lutter contre ces dérives, le silence et le secret qu’elles imposent rendent cette lutte fort difficile.

Lucie est conservatrice d’un petit musée d’art religieux à Bessancourt dans l’Oise. Une vie plutôt fade et sans saveur, mais somme toute assez ordinaire, comme doit l’être sans doute celle de nombre d’entre nous. Pourtant, l’amour se fait attendre, les déjeuners du dimanche chez les parents n’ont rien de très amusant, et son métier dans ce petit musée n’est ni très passionnant ni valorisant. Alors quand sa collègue lui propose à plusieurs reprises de se joindre à elle pour participer aux réunions de La Fraternité, ce groupe de prière et de solidarité qui lui apporte tant de chaleur et de bien-être, Lucie n’hésite pas très longtemps.

L’expérience est au départ déstabilisante, car elle se demande comment s’intégrer à ces groupes qui semblent si unis, si fusionnels et aimants. Mais peu à peu, la communauté lui ouvre les bras. Le goût de communion par la prière et ses bienfaits pour son âme, l’oubli de sa solitude et la fraternité trouvée avec ce groupe lui apportent tout le bien-être dont elle n’osait même plus rêver. Même si les effets bénéfiques de la prière, la richesse de la vie intérieure promise, ne lui semblent pas si réels que ça, c’est dans le groupe qu’elle trouve enfin un remède à sa solitude.

Et il faut dire que l’aura du Berger, sa présence, sa voix, sont des facteurs essentiels de son désir d’intégrer encore mieux le groupe. Car le Berger est le maître des célébrations, celui qui désigne les élus, celui que tous vénèrent et rêvent d’approcher, prêts à tout faire pour le satisfaire. Donations, dons d’argent, soumission physique ou spirituelle, tous les moyens sont bons pour lui plaire.

Lucie accepte de se plier à cette nouvelle façon de penser de moins en moins par soi-même mais maintenant toujours en conformité avec les règles, de se nourrir de moins en moins car le jeûne est bénéfique à la spiritualité, de dormir le moins possible car le travail au bénéfice de La fraternité doit être la priorité de tous. Toutes ces contraintes vont désormais diligenter sa vie. Le silence, le secret, l’absence de contact avec tous ceux qui peuplaient sa vie d’avant vont aussi être exigés.

Lucie rentre dans ce cercle malsain qui l’isole de plus en plus, qui la soumet chaque jour d’avantage à la volonté du Berger. Nourriture spirituelle, violence sexuelle, soumission, dons d’argent, de temps, de travail, rien n’est épargné aux fidèles qui suivent les préceptes de la secte.

Étonnant premier roman, qui malgré quelques lourdeurs et répétitions a le mérite de mettre en lumière un problème hélas bien plus actuel et prégnant que ce que l’on croit généralement. La soumission, l’acceptation des règles de ces sectes qui obèrent toute conscience du bien et du mal, et leur pouvoir sur de nombreux adeptes sont hélas bien réelles.

On suit les atermoiements de Lucie, son cheminement et sa soumission, jusqu’au point final, avec étonnement et quelques questionnement face à l’acceptation des contraintes, à la docilité du comportement de certains individus. Car il est évident que certains manipulateurs sont passés maîtres dans la soumissions des plus faibles, des âmes perdues, ou de tous ceux qui sont en recherche d’une forme de spiritualité qu’ils ne trouvent pas ou plus dans les grandes religions ou dans les principaux courants philosophiques. Et si l’auteur nous disait également d’être attentifs pour ne pas passer à côté des silences, des fuites, de ceux qui nous entourent ? Et de toujours se méfier du si facile « ça n ‘arrive qu’aux autres ».

Pour compléter la lecture : La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) observe et analyse le phénomène sectaire, coordonne l’action préventive et répressive des pouvoirs publics à l’encontre des dérives sectaires, et informe le public sur les risques et les dangers auxquels il est exposé. « Aujourd’hui cela représente plus de 500 groupes en France, soit 140 000 personnes dont 90 000 enfants et adolescents. Cela concerne toutes les classes sociales. Les femmes, plus souvent en situation de précarité ou victimes de prédations sexuelles, sont particulièrement touchées »

Catalogue éditeur : Seuil

Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés. Sans le mesurer, elle consacre bientôt toute son énergie à la Fraternité, négligeant son entourage. L’incompréhension gagne ses proches, qui, désarmés, la voient s’éloigner d’eux. Mais, lorsqu’ils s’en inquiètent, leurs questions se heurtent au silence. Dans son désordre enfiévré, jusqu’où Lucie poussera-t-elle le zèle ?

Premier roman captivant, poignant portrait d’une jeune femme en plein désarroi, Le Berger dépeint sans complaisance la réalité sordide des mouvements sectaires, tout en s’interrogeant sur la quête de spiritualité dans nos sociétés individualistes.

Anne Boquel vit et enseigne à Lyon. Elle a coécrit avec Étienne Kern plusieurs essais remarqués sur la littérature et les écrivains.

Date de parution 04/02/2021 / 18.50 € TTC / 288 pages /EAN 9782021459654

Celle qui pleurait sous l’eau, Niko Tackian

De l’amour à la mort, des enquêteurs hors pair pour un thriller efficace et rythmé

Tomar Khan et Rhonda, son adjointe, sont appelés sur une scène pour le moins macabre. Une jeune femme flotte dans une piscine, au milieu d’une mare des sang qui se dilue peu à peu, les veines des poignets profondément entaillées.
L’évidence parle de suicide, l’intuition évoque quelque chose de plus sournois. Lumineuse, vibrante de vie et ayant tout pour être heureuse, comment et pourquoi un suicide aussi scénarisé et exprimant une aussi profonde détresse.
Si Tomar Khan est trop préoccupé par la suite de l’enquête qui le lie au décès d’un de ses collègues, Rhonda quant à elle décide de poursuivre ses investigations.
Pendant ce temps, Ara, la mère de Tomar, lui parle de ses voisins du dessous, de cette violence verbale, de ces bruits qui lui rappellent avec douleur sa propre expérience, les coups et la violence de son mari aujourd’hui disparu.
Mais Tomar, tout à ses angoisses et à ses pertes de mémoires qui polluent dramatiquement les souvenirs qu’il a de ses actes passés, n’est pas prêt à l’écouter ni à agir.

Ce que j’ai aimé ?
La façon dont l’auteur traite ici le difficile thème des violences faites aux femmes.
D’une part avec cette voisine, les silences de ceux qui entendent mais ne font rien, le courage de ceux qui agissent, et la difficulté qu’il y a à s’en sortir soi-même si l’on n’est pas secouru par d’autres.
D’autre part avec ce que je découvre comme étant le suicide forcé. Avec la personnalité du meurtrier psychique dont le travail de sape insidieux et contrôlé amène ses victimes à se détruire, à en finir avec la vie, sans être lui-même ni soupçonné ni inculpé. Lorsqu’il n’y a rien de plus difficile que de déterminer une quelconque culpabilité en particulier sans la moindre trace ou preuve écrite.

Les chapitres, très courts, donnent le rythme, les personnages sont aisément reconnaissables, avec leurs parcours, leurs passés, leurs intentions. Par contre, pour suivre les pensées et les interrogations de Tomar, il me semble qu’il vaut mieux avoir lu les précédents opus.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Aujourd’hui, Clara n’est plus qu’un dossier sur le bureau de Tomar Khan. On vient de la retrouver morte, flottant dans le magnifique bassin Art déco d’une piscine parisienne. Le suicide paraît évident. Tomar est prêt à fermer le dossier, d’autant qu’il est très préoccupé par une enquête qui le concerne et se resserre autour de lui. Mais Rhonda, son adjointe, ne peut comprendre pourquoi une jeune femme aussi lumineuse et passionnée en est venue à mettre fin à ses jours. Elle sent une présence derrière ce geste.
Pas après pas, Rhonda va remonter jusqu’à la source de la souffrance de Clara. Il lui faudra beaucoup de ténacité et l’appui de Tomar pour venir à bout de cette enquête bouleversante.

288 pages / Date de parution : 06/01/2021 / EAN : 9782253241683 / Prix : 7,70€

Disparaître, Mathieu Menegaux

Deux trajectoires que tout éloigne ou que tout rapproche, un suspense digne des meilleurs thrillers, découvrir Disparaître, le dernier roman de Mathieu Menegaux

Quel rapport entre une jeune femme qui se suicide à Paris, et la mort d’un homme impossible à identifier dans le sud de la France ?

A Paris, une jeune femme est retrouvée morte au pied de son immeuble, tombée par accident ? Ou au contraire a-t-elle souhaité mourir d’aussi horrible façon, elle à qui la vie devait sourire, séduisante, brillante, un emploi dans une grande entreprise et la vie devant elle ?

Sur une plage du sud de la France ont repêche le corps d’un homme. Mais rapidement la police constate que plus aucun signe ne permet de l’identifier. Il est entièrement nu, n’a plus d’empreinte digitale exploitable, aucun signe distinctif, c’est une énigme, un inconnu à jamais. Pourtant, c’est sans compter sur la sagacité d’un ancien flic, qui ne peut rester sur l’échec d’une enquête inaboutie.

Tout ici entraine les lecteurs à tourner une page, une encore, pour savoir, deviner. Car si rapidement des connexions s’opèrent, il est assez difficile de comprendre le pourquoi et le comment. On avance comme dans un film, l’intrigue se déroule, les personnages s’éloignent, se rapprochent, le lecteur espère, devine, attend.

Ce que j’ai aimé ? Les questions que pose l’auteur. Qu’est-ce qui peut pousser un homme à Disparaître, non pas seulement dans la mort, mais également à être définitivement effacé de tout registre. Car là réside l’énigme principale, comment et surtout pourquoi souhaiter ne plus exister aux yeux du monde ? Comment y arriver, dans notre société où chacun de nos déplacements, chacune de nos actions est fliquée, suivie, traçable à l’infini. Et comment l’amour absolu, ou l’échec amoureux peut-il pousser à la mort. Et l’on ne manquera d’ailleurs pas de penser aux milliers de personnes qui chaque année disparaissent sans laisser aucune trace, souvent attendues, espérées en vain par leurs familles désemparées.

Enfin, l’auteur propose une analyse intéressante du monde impitoyable du travail, harcèlement moral, horaires extravagants, pression, culpabilité de ceux qui veulent réussir et prouver qu’ils peuvent y arriver, au risque d’exploser en vol, burnout, dépression, dévalorisation, tout est très bien abordé ici.

Malgré des personnages un peu trop froids auxquels il me semble que l’on a du mal à s’attacher, voilà une intrigue qui se tient et un roman que l’on a envie de finir sans attendre. Le roman des nuits blanches, car on veut tourner les pages pour savoir enfin ! Pari réussi par l’auteur dont l’écriture et le rythme nous tiennent en haleine. Je découvre Mathieu Menegaux avec ce roman, j’ai hâte de lire les autres. En particulier Je me suis tue ce roman tant évoqué lors de la parution du roman d’Inès Bayard, Le corps du bas.

Souvenir de la rencontre avec Mathieu Menegaux lors de la sortie de Disparaître.

Catalogue éditeur : Grasset

Une jeune femme met fin à ses jours à Paris, dans le XVIII° arrondissement.
Un homme est retrouvé noyé sur une plage, à Saint-Jean Cap Ferrat, sans que personne ne soit en mesure de l’identifier : le séjour en mer l’a défiguré, et l’extrémité de chacun de ses doigts a été brûlée.
Quel lien unit ces deux affaires ? Qui a pris tant de soin à préserver l’anonymat du noyé, et pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui peut pousser un homme ou une femme à vouloir disparaître ?

Avec ce roman impossible à lâcher, Mathieu Menegaux rejoint ceux qui pensent que les histoires d’amour finissent mal, en général.

Mathieu Menegaux est né en 1967. Il est l’auteur Je me suis tue (Grasset, 2015, Points 2017), primé aux Journées du Livre de Sablet, de Un fils parfait (Grasset, 2017, Points 2018), prix Claude Chabrol du roman noir, porté à l’écran en 2019 (France 2) et de Est-ce ainsi que les hommes jugent ? (Grasset, 2018, Points, 2019), prix Yourcenar.

Format : 131 x 205 mm / Pages : 216 / EAN : 9782246822004 / 18.00€

L’impasse, Olivier Descosse

Plonger dans ce thriller pour découvrir un auteur de roman policier à suivre, Olivier Descosse nous mène dans L’impasse et le lecteur aime ça

Mais qui est Marc Caron, cet auteur de romans noirs dont la vie bascule dans une intrigue aussi embrouillée que celles qu’il s’applique à dénouer dans ses bestsellers ?

Marc Caron est un auteur à succès, ses livres se vendent bien, il les travaille longtemps pour rendre ses intrigues crédibles, plonge dans la noirceur à chaque opus et ce réalisme plait. Son dernier roman est un franc succès, il pose la délicate question du jusqu’où peut-on aller par amour, pour sauver son fils par exemple. Pourtant, sa vie n’est plus un long fleuve tranquille, séances de psy, alcool et antidépresseurs à haute dose, son épouse Lucile -une femme merveilleuse issue d’une grande famille d’industriels- ne veut plus partager sa vie, et il délaisse tellement son fils Arthur, y compris les matins où il doit le garder, que ce dernier n’est plus vraiment enclin à partager ses journées avec ce père par trop indifférent.

Le jour où Lucile lui annonce qu’elle souhaite le quitter, sa vie bascule. Le lendemain à son réveil, Marc ne sait plus ce qu’il a fait pendant plusieurs heures, et son fils a disparu. Marc souffre de crise de somnambulisme mais ne veut rien révéler de son état dépressif, encore moins à son épouse.

Une course contre la montre commence alors. Cet homme que tout accuse de l’enlèvement de son fils doit arriver non seulement à prouver qu’il n’y est pour rien, mais également le retrouver car le temps presse. Le chemin est long et semé d’embuches. Interrogatoires, arrestation, rappeurs fous et gangs imprévisibles de la cité, intrigue flico-politico-financière ou vengeance d’un ennemi  aussi insoupçonné qu’organisé, Marc devra éprouver, prouver, démontrer.

Et l’angoisse et l’intrigue de s’étoffer peu à peu, après quelques pages où le lecteur ne sait pas trop où il va. Puis il embarque vers ces frontières de plus en plus sombres que Marc tente de suivre. Sa femme l’a quitté, son fils a disparu, vient la sidération suite à l’interrogatoire qu’il doit subir, face aux preuves qui s’amoncellent, l’avocat véreux, l’expérience traumatisante de la prison, et la confiance ou la crainte envers ses codétenus…

Je n’en dis pas plus, car il faut vraiment lire pour cheminer dans la tête de Marc, le voir slalomer entre les pièges qui se mettent en travers de son parcours et tenter de sortir de L’impasse. Tout au long de ces 630 pages, Olivier Descosse va nous tenir en haleine, fausses pistes, contre temps et espoir, explosion de violence et tendresse retrouvée, cauchemars et rêves fous, tout y passe et il nous mène par le bout du nez de façon tout à fait machiavélique.

J’ai passé un excellent moment de lecture, embarquée dans cette histoire où les pièges et les contradictions pimentent le parcours de l’écrivain maudit. Un auteur que je découvre et dont j’avoue n’avoir jamais entendu parler avant L’impasse.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Il a écrit le pire, à présent il le vit.

Marc Caron a tout pour être heureux. Une femme merveilleuse, Lucile ; un adorable fils de onze ans, Arthur ; et en tant qu’auteur de thrillers, un succès planétaire.

Alors pourquoi ces crises d’angoisse terrifiantes, ces cauchemars sanglants et ces épisodes de somnambulisme qui le laissent sans souvenirs au réveil ?
Seule certitude, depuis six mois il ne maîtrise plus rien.
Même si elle l’aime toujours, Lucile est à bout. Un soir, elle lui annonce qu’elle va le quitter et emmener leur fils.
Le lendemain, Arthur disparaît. Lire la suite…

Parution : 17/10/19 / Prix : 20.95 € / ISBN : 9782749940953

Les autres fleurs font ce qu’elles peuvent, Alexandra Alévêque

Quand protéger les enfants crée des blessures si longues à guérir, un premier roman témoignage émouvant, qui évoque le deuil et les secrets de famille

Violette à dix ans en 1982 quand la vie bascule, son père adoré est malade. Instituteur, fumeur invétéré, papa sérieux et mari aimant, il est un père vite idéalisé. Ses deux frères sont partis à la ville étudier, elle reste seule à la maison avec Jeanne, sa si jolie maman.

Quand la maladie arrive, brutale, au diagnostic mal posé, le silence s’installe autour d’elle. Violette n’attend rien si ce n’est le retour de son papa. Pourtant, elle est mise à l’écart. Selon une théorie fausse qui veut que l’on doit protéger les enfants dans certaines situations douloureuses, elle sera même envoyée en vacances chez des amis.

Le roman alterne deux époques, les années 80, avec la maladie et ses conséquences dans  l’entourage familial. Puis 2009 et après, quand quarante ans plus tard, cette blessure la touche encore et que son travail de deuil n’est toujours pas accompli.

Un roman émouvant, où les choses sont dites avec douceur et réalisme. C’est à la fois vivant et triste. En parallèle du drame familial il y a les souvenirs heureux d’une enfance passée dans une famille aimante, l’école, les copines, les rêves. L’incompréhension face à une situation douloureuse que l’enfant n’est peut-être pas prête à entendre, et la réaction de la famille, puis le travail de la femme d’aujourd’hui, sa vie depuis et comment on se construit dans l’absence et le silence.
Une jolie lecture malgré le thème qui aurait pu être pesant. Un auteur que je découvre avec grand plaisir.

Catalogue éditeur : Sable Polaire

Violette vit dans un monde idyllique entre ses parents, et ses deux frères. Un jour d’octobre 1982, ce doux quotidien se trouve chamboulé. Son papa, alité depuis quelques jours à cause de maux de tête, est emmené à l’hôpital. Quand Violette comprend que cette vie sans heurts est en train de prendre une sale tournure, une multitude de questions la hante : peut-on mourir d’un mal de crâne ? Combien de temps vont rester tous ces gens à pleurer dans le salon ? Et pourquoi passent-ils leur temps à écouter une cassette audio ? Vingt-sept ans plus tard, Violette est une femme obsédée par une pensée : elle doit absolument récupérer cette satanée cassette.

Date de parution 21/08/2019 / 20cm x 13cm / Nombre de pages : 128 / EAN : 978-2490494606

Pas dupe, Yves Ravey

Précis et captivant, Pas dupe, le dernier roman d’Yves Ravey nous entraine au fond du ravin, jouissif et haletant.

photo couverture du roman pas dupe de Yves Ravey blog Domi C lire

La belle Madame Meyer aime rouler vite, boire jusqu’à plus soif et sortir la nuit, avec son mari ou de préférence avec son amant. Mais aujourd’hui, Tippi Meyer gît au fond d’un ravin dans sa luxueuse berline en miettes.

Dans un huis-clos étonnant entre un mari, un amant, un beau-père, une voisine curieuse et terriblement observatrice et Costa, un commissaire pugnace aux airs de Colombo, Yves Ravey nous promène dans un mélodrame aux accents de comédie de boulevard. Car la question est bien de savoir qui du mari ou de l’amant aurait eu intérêt à voir disparaitre Tippi ? Certainement pas son mari, qui ne retire rien de ce décès. Quid de l’amant alors, marié lui aussi ? Le lecteur tente de comprendre pourquoi Costa s’engage dans une enquête quand la solution parait si banale, un accident de voiture mortel, de nuit, sous emprise de l’alcool. Enfin, ça c’est sans compter sur le flair de Costa.

Lire un roman des éditions de Minuit, c’est passer un bon moment entre une écriture de qualité et un suspense garanti. Ici, l’impression oscille entre lecture d’un scénario de court métrage à la Hitchcock ou d’un polar. Et même si le lecteur lui non plus n’est Pas dupe, il se laisse embarquer en peu de pages, peu de mots, dans une intrigue plutôt bien ficelée, dense et haletante.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Du même éditeur, je vous conseille de lire également les romans de Vincent Almendros, Faire mouche et Un été, ou encore Article 353 du code pénal de Tanguy Viel, Envoyée spéciale de Jean Echenoz et le très étonnant Ronce-Rose d’Éric Chevillard.

Catalogue éditeur : éditions de Minuit

On retrouve le corps de Tippi, la femme de monsieur Meyer parmi les débris de sa voiture au fond d’un ravin.
L’inspecteur Costa enquête sur ce drame : accident ou piste criminelle ?
Monsieur Meyer se plie aux interrogatoires de l’inspecteur, ce qui n’est pas de tout repos, d’autant qu’il n’est pas dupe.

2019 / 144 pages / ISBN : 9782707345318 / 14.50 €

Les mortes eaux. Andrew Michael Hurley

Les mortes eaux, un thriller qui nous entraine au fin fond de l’Angleterre dans un univers de foi et de croyances aussi glauque que désuet

domiclire_les_mortes_eaux

Tout au long de l’intrigue, nous allons suivre deux frères, dont l’un, le plus jeune, protège son grand frère, qui est apparemment un attardé mental inoffensif et muet.. L’histoire se déroule en flash-back, racontée par ce frère protecteur qui tente de comprendre ce qu’il s’est passé l’été du dernier pèlerinage, alors que la famille allait une fois encore dans ce coin perdu d’Angleterre tout droit sorti du passé, l’été où le miracle a eu lieu, où l’enfant a pleuré au fond de la cave, où les mortes eaux sont devenues des eaux bouillonnantes,  ont recouvert le passage, là où tout pouvait arriver.

Jusqu’au jour où des découvertes macabres sont faites dans la région, tout le monde dans le pays ne parle que de ça… elles viennent réveiller le passé.

Voilà une intrigue qui promettait, on attend, on espère, puis on s’ennuie. J’ai pourtant aimé les descriptions, en particulier les lieux et leur côté hors du temps et du monde, le froid, les vagues, les eaux montantes qui recouvrent le passage, comme si elles étaient le symbole de ce qui arrive et de ce que l’on veut taire. J’ai apprécié avant tout l’étude psychologique des différents personnages, la mère qui refuse d’accepter les différences de son ainé, le père qui laisse faire, la foi inébranlable de chacun en un prêtre qui lui, l’a perdue sa foi ! Puis  l’étude de la mentalité de ces pèlerins convaincus et crédules, leur foi quasi mystique en un Dieu qui fait des miracles et les pousse chaque année à venir faire ce pèlerinage vers ce Dieu qui sauvera peut-être l’ainé de sa singularité, sur la folie des villageois qui vivent en autarcie, car tout cela est particulièrement bien rendu.  Pourtant cet univers glauque ne m’a pas convaincue, comme si l’auteur avait hésité entre deux genres, le gothique fantastique et le thriller, sans jamais se décider. A la fois étonnant et banal, l’intrigue se traine, nous laisse espérer avec trop de lenteur, du coup je m’y suis un peu ennuyée.

Un roman lu aussi dans le cadre de ma participation au jury du Prix J’ai Lu Page des libraires 2017

Catalogue éditeur : J’ai Lu

Traduction (Anglais) : Santiago Artozqui

Dans les années 1970, en Angleterre, les Smith effectuent leur pèlerinage annuel avec leur paroisse. La famille prie pour la guérison de l’aîné des deux garçons, Andrew, déficient mental. Quand les pèlerins arrivent dans une vieille bâtisse sinistre, les villageois ne cachent pas leur hostilité et semblent se livrer à d’obscures activités nocturnes. Peu après, Andrew paraît guéri. Premier roman.

Date de parution : 01/03/2017 / EAN : 9782290139257 / Prix : 7,60€