Ils ont voulu nous civiliser, Marin Ledun

Une belle rencontre avec l’auteur aux Quais du polar à Lyon cette année, doublée d’une belle rencontre avec ses romans, et l’envie de vous dire Lisez Marin Ledun, vous allez aimer !

Domi_C_Lire_marin_ledun_quais_du_polar_lyon_2018_ils_ont_voulu_nous_civiliserJanvier 2009, pendant 48 heures dans les Landes. La tempête Klaus arrive et va frapper, fort, très fort cette région du sud-ouest de la France. Là, on fait d’abord la rencontre de Ferrer, un sacré looser, un petit malfrat de seconde zone qui vivote en faisant quelque razzias dans les élevages de canards voisins, canards qu’il refourgue à Baxter, un voyou ni très cool ni très régulier. Alors le jour où Ferrer, en manque de fric, sent bien qu’il se fait posséder par Baxter, la violence se déchaine, les coups pleuvent et Baxter est laissé pour mort par un Ferrer plus inquiet que rassuré par son acte. Il n’a plus qu’à fuir loin, très loin.

Mais pour Baxter, secondé par deux affreux malfrats à sa botte, commence une folle poursuite dans ces Landes tourmentées par les éléments déchainés. Car la tempête, en véritable protagoniste du roman, bloque Ferrer, isole les hommes, fait rugir le vent, noie le ciel et se ligue contre les hommes pour leur plus grand malheur.
Refuge provisoire et inespéré, Ferrer va se replier dans la forêt chez Alezan, un quasi Hermite qui ressasse ses souvenirs d’une guerre sans merci, celle de l’Algérie de sa jeunesse. A partir de là, tout s’enchaine, et les rencontres pas toujours heureuses vont se succéder… mais là, impossible d’en dire plus sans en dire trop !

Dans une intrigue portée par un rythme effréné, et tout en piochant dans le passé des différents protagonistes, Marin Ledun réussi le tour de force de nous faire aimer ses voyous. Qu’il soient solitaires ou quelque peu caractériels, il réussit à mettre en exergue à travers leurs personnalités tant la violence que la misère de ces paumés issus de milieux sociaux défavorisés, ces petites gens qui tentent par tous les moyens de garder la tête hors de l’eau. Même si ces protagonistes ne sont ni tout noir, ni pas très blanc, avouons-le, on se plait malgré tout pour certains à les plaindre et à les suivre avec émotion et espoir.

Est-ce donc ce que l’on appelle un roman social ? En tout cas c’est un roman qui vous prend et ne vous lâche pas, sombre et violent, mais aussi humain et fragile, comme ces hommes et ces arbres arrachés, ballotés par la tempête qui dévaste en une soirée toutes les vies… Marin Ledun est assurément un auteur à suivre !

 

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Catalogue éditeur : Flammarion

Thomas Ferrer n’est pas un truand. Pas vraiment. Les petits trafics lui permettent de sortir la tête de l’eau, même si la vie n’a pas été tendre avec lui. De petits larcins en détournements de ferraille, le voilà face à face avec un truand, un vrai cette fois. Celui-ci, laissé pour mort par Ferrer,… Lire la suite

Ombres noires / Paru le 11/10/2017 / 240 pages – 129 x 198 mm /  ISBN : 9782081398184

Tyler Cross tome 3, Miami. Brüno, Nury, Croix.

Sous le soleil de Floride, qui prend ici des airs bien sombres, découvrir Tyler Cross avec le troisième opus de la série Tyler Cross, Miami.

DOmi_C_Lire_Tyler_crossCe bandit a les moyens pour faire parler les malfrats, il faut avouer qu’ils ont moins d’envergure que lui !

Des dessins tranchés, des visages secs et coupés à la serpe, une ambiance de film noir avec des airs terriblement modernes, une belle impression de lecture. Et ça commence fort avec la jolie dame coulée dans le béton des fondations du futur complexe Eden Blue – quand je vous dis qu’on est dans le plus pur film noir américain.

Tyler Cross vient à Miami récupérer l’argent qu’il avait confié à son avocat véreux Sid Kabikoff. Mais il apprend que Sid est en affaires avec un roi de l’immobilier, Loomis à qui il a confié le magot. Problème, Loomis est dans la M… avec un découvert fabuleux à renflouer vite, très vite. Quoi de mieux que d’acheter à bas prix l’ile de Crab Key, au milieu des Keys, et de la revendre avec bénéfice pour renflouer ses dettes ?  Une belle magouille en perspective et de quoi s’immerger dans un milieu pas vraiment net.

Pas de problème pour Tyler Cross, il va embobiner Shirley Axelrod la secrétaire de Loomis, en lui faisant avaler des couleuvres, et l’embaucher avec Tommy Ray, son petit ami un peu déglingué du ciboulot. Embauchée peut-être, mais pas folle la guêpe, elle ne tient pas trop à finir elle coulée dans le béton et elle apprend vite !

Dessinateur, coloriste, et dialogue sont en symbiose, avec du noir bien noir tant dans les dialogues que sur les planches, avec cette  référence évidente aux grands films noir des années 50/60. La plupart des planches sont en bandes allongées, donnant un certain équilibre à l’intrigue, des personnages en gros plan ou des actions rythment également le tout par des plans plus hauts, plus étroits. On voit défiler l’action, on entend les dialogues et la voix off très présente, de gros plans en scènes en plan larges qui se succèdent pour le plus grand bonheur des amateurs du genre. C’est efficace, rythmé, maitrisé par les trois auteurs. Ah, n’allez pas chercher le sable fin et les belles couleurs lumineuses de Miami, apparemment elles n’entrent pas dans l’univers de Tyler Cross !

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Aux Quais du polar à Lyon, impressions sur l’exposition Tyler Cross, vue avant de lire la BD.

Au premier étage de la Bourse, une expo de planches de Tyler Cross nous plonge dans un univers graphique glauque à souhait. Miami sert de décor à une histoire sombre et ensanglantée.
Le dessin, très stylisé est résolument moderniste, sobre, épuré. Les plans se scindent comme dans un scénario de film entre plongée et contre-plongée. L’auteur privilégie le dessin, le style et l’harmonie stylistique des planches.

Chaque planche est présentée pour rendre un effet graphique d’ensemble. Nous sommes presque dans un tableau d’atelier d’artiste où le peintre reproduit les œuvres exposées au mur. Les dialogues ne semblent pas être du même tonneau, mais l’ensemble est une véritable réussite !

 


Catalogue éditeur : Dargaud

Nous avions quitté un Tyler Cross fatigué mais libre après son évasion du centre pénitentiaire d’Angola. Nous le retrouvons fringuant et en chemisette à fleurs sous le soleil de Floride. Entraîné malgré lui par son avocat véreux, Tyler s’immerge dans le monde poisseux de la promotion immobilière. Et se concentre sur un objectif alléchant : un braquage de 700 000 dollars. Dans cette nouvelle affaire criminelle, Tyler Cross rencontre une alliée surprenante en la personne de Shirley Axelrod, apparemment normale, mais qui apprend vite. Très vite.

Dessinateur : Brüno Scénariste : Fabien Nury Coloriste : Laurence Croix

Genre Polar / Thriller / Public Ado-adulte – à partir de 12 ans / 96 pages / Format : 240×320 / EAN : 9782205077032

 

Tu tueras le père. Sandrone Dazieri

Quand le mal rôde et reste tout puissant : venez expérimenter une descente aux enfers avec « Tu tueras le père », l’excellent thriller de Sandrone Dazieri.

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Au Festival Quais du Polar, rencontre avec Sandrone Dazieri

A Rome, un enfant disparait, sa mère est retrouvée décapitée. Le meurtre, absolument sordide, va rapidement être imputé au père, totalement affolé mais cependant premier suspect.
Alors qu’elle est en congés pour raisons personnelles et à la demande d’un de ses ancien responsables, la commissaire Colomba Caselli doit mener une enquête en parallèle. Elle qui ne croit pas à l’hypothèse du père coupable va se faire aider par Dante Torre, un expert en disparition  de personnes. Pourtant, tout n’est pas aussi simple, Dante lui-même a été kidnappé enfant et s’est retrouvé enfermé dans un silo pendant 12 longues années, jusqu’à son évasion miraculeuse. Depuis, il craint toujours « le Père », celui qui l’a enlevé et dont il croit qu’il est toujours vivant. Et les conséquences de son enferment ne sont pas négligeables et rendent sa vie très difficile. Ces deux paumés de la vie vont travailler ensemble, et se dépasser.
Des enfants disparaissent, alors des flics se taisent, d’autres, meurtris et paumés, sont prêts à tout pour enquêter et résoudre le mystère, pour comprendre, malgré  leur propre désespérance. Ils sont terriblement meurtris par la vie, pourtant une forme de résilience les propulse au-delà de leurs limites pour comprendre et résoudre.

Nous voilà face à une intrigue où le mystère, loin de s’éclaircir, va s’embrouiller au fil des pages. Et des pages, il y en a 600 et quelques ! Et pourtant je vous l’assure, on ne s’ennuie pas une seconde, c’est dense, complexe, crédible et noir. L’auteur nous entraine vers des noirceurs que l’on souhaite ardemment fictives et peu réelles tant elles font craindre la folie des hommes. Voilà un très bon thriller, un sujet passionnant et angoissant mené tambour battant par un duo d’enquêteurs inhabituel de paumés attachants qui nous donnent envie de connaître la suite.

Rencontre avec Sandrone Dazieri, à Lyon pendant le festival Quais du polar avec lecteurs.com

J’ai eu le plaisir de rencontrer Sandrone Dazieri autour d’un café à Lyon. Quand on lui demande d’où il tire son inspiration, l’auteur nous dit être parfois inspiré par les livres qu’il lit, mais pas souvent, et ce, même si le changement est très lent dans la littérature traditionnelle italienne. Comme tous les auteurs rêvent du « Premio Strega » (l’équivalent de notre Goncourt) ils écrivent en conséquence, c’est à dire sans prendre trop de risques et en restant dans un type d’écriture plutôt classique. Ce n’est pas forcément le cas pour Andrea Camilleri qui a créé le personnage de son commissaire de Naples qui voit des fantômes, une idée et des éléments intéressants dans ses livres, mais ce sont davantage des polars que des thrillers. Et il écrit 3 à 4 livres par an !
Pour écrire, Sandrone Dazieri doit connaitre le début et la fin, les personnages, il sait aussi s’il y aura une suite à son roman. Par exemple « tu tueras le père » sera une trilogie. Il faut du temps pour écrire un livre. Pour celui-ci, il a commencé il y a 6 ans et ne l’a écrit que dernièrement. Certaines scènes se passent dans la région de Cramona, il nous raconte alors d’où lui est venue une partie de on inspiration : il est dans une voiture, il passe dans la campagne par une belle journée. Tout est beau, à un moment il passe près d’une ferme. C’est un endroit magnifique, calme, et là il se dit « mais qui sait ce qu’il se passe dans cette maison, dans cette cave, parce que quelqu’un peut y être enfermé et torturé et personne ne peut l’entendre ! » c’est l’émergence de l’idée : situer le personnage de Dante dans cette maison, enfant, enfant devenant adulte… puis adulte. Le thème est là, en plus de la signification qu’il faudra chercher sous la surface.
A 4 ans, l’auteur a perdu son père et a vécu une grande solitude. En grandissant, l’histoire que l’on vit avec son père change et évolue, quand on est enfant, le père c’est Dieu, ado, c’est un ennemi, âgé, c’est quelqu’un qu’on peut comprendre car on a gagné sa propre guerre contre la famille et on comprend ses choix. Par contre, quand on perd son père très jeune, ce combat-là n‘existe plus. Ça reste un fantôme qui contrôle et qui est toujours présent. Pour devenir un adulte, il faut évidemment « tuer le père ». D‘où le personnage de Dante. Dante qui « échappe » au père.

couvertureDans tous les personnages, il y a toujours une partie de l’auteur. Car il y a toujours une façon de mettre un peu de soi dans ses écrits. Par exemple, tout le monde peut écrire sur un tueur, mais comme dit Sandrone Dazieri « le mien, c’est moi si j’étais un tueur, mon policier, c’est moi si j’étais une policier, et Colomba, c’est un peu moi aussi, tout comme le père, forcément ! » et l’on peut se dire que si on nait ailleurs, les choix seront différents. Et qui sait peut-être même aurait-on pu être un terroriste, on ne sait jamais. Car votre destin dépend toujours de plusieurs facteurs. L’auteur aime se mettre dans la peau de ses personnages, et réagit au fur et à mesure, il aime se laisser surprendre par ses personnages.
Certains auteurs font un plan qui leur prend de mois, ensuite ils écrivent en quelques jours car presque tout est déjà rédigé dans leur plan, il n’y a plus qu’à remplir les vides. Ce n’est pas le cas de Sandrone qui écrit réellement son histoire à mesure. L’auteur nous fait remarquer que la phrase « Tu tueras le père » a un ton beaucoup plus impératif en italien qu’en français ou le sens est double : impératif (ce qu’a voulu l’auteur) et futur (finalement un peu différent et moins fort). Enfin, pour ce qui est du fond de l’intrigue, 90% est exact et issu de recherches faites par l’auteur.
Quelle belle rencontre avec un auteur agréable, enthousiaste et passionnant qui semblait aussi heureux que nous de l’échange. Le tome 2 sort début 2017, et « Tu tueras le père » sort en poche en octobre.
Son Blog : Sandrone Dazieri


Catalogue éditeur : La bête noire, Robert Laffont

Traduit par Delphine GACHET
Le père est là, dehors, quelque part. La cage est désormais aussi vaste que le monde, mais Dante est toujours son prisonnier.
Non loin de Rome, un homme affolé tente d’arrêter les voitures. Son fils de huit ans a disparu et le corps de sa femme gît, décapité, au fond d’une clairière.
Le commissaire Colomba Caselli ne croit pas à l’hypothèse du drame familial et fait appel à un expert en disparitions de personnes lire la suite

Parution : 8 Octobre 2015 / Format : 140 x 225 mm / Nombre de pages : 552 / Prix : 21,50 € / ISBN : 2-221-14674-3