Les oubliés, John Grisham

Plonger dans les méandres de la justice avec ce thriller efficace et parfaitement maîtrisé

Cullen Post est un avocat atypique. Pasteur de l’église épiscopale, il a exercé son métier d’avocat en cabinet avant de rejoindre Les Anges Gardiens. Cette association à but non lucratif a pour mission de faire sortir de prison, et parfois même du couloir de la mort, les condamnés innocents des crimes qui leur ont été reprochés. Avant de décider de s’occuper de ceux qui les appellent au secours, une enquête poussée est menée par les membres de l’association.

Le jour où Quincy Miller les sollicite alors qu’il est déjà dans le couloir de la mort et emprisonné depuis 22 ans, Cullen Post prend l’enquête en main.

Quincy Miller à été condamné pour le meurtre violent de Russo, un jeune avocat qui exerçait dans la petite ville de Seabroke. Tout le travail des Anges Gardiens est alors de remonter les étapes de l’accusation et de la condamnation, d’en prouver les incertitudes et de mettre la lumière sur toutes les incohérences et les mensonges qui ont permis cette condamnation inique. Et l’on se rend vite compte que dans cette petite ville, comme dans bien d’autres aux Usa, la culpabilité d’un homme noir arrangeait bien les affaires d’un shérif vénal aux manières fort contestables.

Tout au long de l’enquête qui s’avère longue et délicate, Cullen Post travaille sur d’autres missions en parallèle. Ces multiples intervenants m’ont parfois un peu perdue, mais au final j’ai apprécié ce thriller à l’écriture aussi efficace que sobre. Pas de circonvolutions littéraire ou de description inutile, des faits, des actions, des résultats émaillent cette intrigue réaliste et d’autant plus passionnante que l’auteur s’est inspiré de faits réels.

Il y a longtemps que je n’avais pas lu de thriller de John Grisham. J’ai trouvé que cette version audio met en valeur son écriture dynamique, factuelle, rythmée, et sa connaissance du milieu judiciaire américain.

Catalogue éditeur : Audiolib et JC Lattès

À Seabrook, petite ville de Floride, le jeune avocat Keith Russo est tué à coups de fusil alors qu’il travaille un soir dans son bureau. L’assassin n’a laissé aucun indice. Aucun témoin, aucun mobile. Mais la police trouve bientôt un suspect, Quincy Miller, un homme noir et ancien client de Russo. Quincy est jugé et condamné à une peine de réclusion à perpétuité. Pendant vingt-deux ans, il se morfond en prison et ne cesse de clamer son innocence. Il n’a pas d’avocat, personne pour le défendre. De désespoir, il écrit une lettre aux Anges Gardiens, une fondation où travaille Cullen Post, avocat et ancien pasteur de l’Église épiscopale. Les Anges Gardiens n’acceptent que très peu d’affaires. Post sillonne le pays pour tenter de réparer les erreurs judiciaires et sauver des innocents. Le cas de Quincy Miller, toutefois, représente un défi d’une tout autre nature. Des gens puissants, violents et sans pitié ont assassiné Keith Russo, et ils ne veulent pas voir Quincy Miller disculpé. Ils ont tué un avocat il y a vingt-deux ans, ils en tueront un deuxième sans hésitation.

Traduit par Dominique Defert / Lu par Nicolas Charbonneaux

Parution : 07/07/2021 Éditeur d’origine JC Lattès Durée 11h04 EAN 9791035406288 Prix du format physique 24,90 € EAN numérique 9791035406202 Prix du format numérique 22,45 € Date de parution 07/07/2021

Mamma Maria, Serena Giuliano

Partir en Italie sur un air d’Adriano Celentano, prendre une bouffé d’air frais et de bons sentiments

Découvrir enfin l’écriture de Serena Giuliano, avec qui j’avais eu le grand bonheur de partager un dîner italien sous l’égide de la super team Pocket éditions.

Côte Amalfitaine, en Italie. Sofia est revenue au village après une déception amoureuse, son Jérôme n’a jamais voulu découvrir ce pays auquel elle est tant attachée, et lui rêve d’un enfant quand elle rêve d’une belle vie à deux. Qu’importe, la voilà désormais dans la maison de sa nonna, cette aïeule disparue bien trop tôt à son goût. Mais n’est-ce pas souvent le lot de ces grand-mères si attachantes qui parfois tiennent la place que n’ont pas su occuper les mères.

Au café de Maria, elle respire au rythme de la vie du village et de ses habitants, pour la plupart ses amis, quel que soit leur age. Car ici les amis sont des personnes, pas des jeunes ou des vieux.

Jusqu’au jour où le vieux Franco n’est pas au café pour son rendez vous matinal. Tous s’inquiètent, Sofia va vite découvrir la raison de sa disparition volontaire. Une jeune femme enceinte et son fils, migrants rescapés mais échappés du centre de rétention, se sont cachés chez lui. Comment et qui peut les aider, voilà bien ce que devra résoudre Sofia dans le plus grand secret, enfin très relatif ce secret, nous sommes en Italie tout de même, dans ce pays où la parole et les gestes font partie de la vie.

À partir de là, les bons sentiments mais aussi les tensions vont s’exercer pour le pire mais surtout pour le meilleur. Alors bien sûr quelques personnages sont un peu trop caricaturaux, comme Maria bien méchante avec sa belle fille, et Sofia bien trop naïve parfois. Et ce groupe de petits vieux qui n’ont rien à envier à la troupe des vieux fourneaux. On retrouve aussi quelques poncifs un peu trop stéréotypés et des bons sentiments à la pelle. Mais avouons malgré tout que ce genre de roman fait du bien. Comme une respiration de vacances qui fleure bon la mozzarella di buffala, les pasta al forno, le Limoncello et le basilic frais.

Catalogue éditeur : Pocket, Le Cherche Midi

Sous le coup d’une déception amoureuse, Sofia a quitté Paris pour son petit village natal de la côte amalfitaine. Là, la jeune traductrice respire enfin. Attablée à sa place habituelle, sur la terrasse du Mamma Maria, le bonheur est simple comme un espresso au soleil ou une chanson d’Adriano Celentano… Ce caffè, c’est le cœur du village, le rendez-vous des jeunes, des vieux, dans le généreux giron de la patronne, Maria, leur mère à tous. Or ce matin-là, pour la première fois depuis des lustres, il s’est glissé comme une fausse note dans la partition. Le vieux Franco ne s’est pas présenté pour son éternelle partie de scopa… La fin de la dolce vita ?

Serena Giuliano est italienne et vit à Metz. Sur ses blogs et dans ses livres, elle rit de son rôle de mère, s’indigne sur la condition féminine et la cuisson des pâtes. Deux causes chères à son cœur. Avec son premier roman Ciao Bella, elle a remporté un formidable succès.

EAN : 9782266312882 / Nombre de pages : 240 / 6.95 €

Blanc autour, Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

Il est long le chemin vers l’égalité et l’éducation pour toutes

En 1832, dans le Connecticut, la petite ville de Canterbury est une bourgade paisible.
Prudence Crandall est la directrice d’un pensionnat pour jeunes filles. Nous sommes trente ans avant l’abolition de l’esclavage toujours pratiqué dans les états du sud. Dans cette région les noirs sont libres mais restent des personnes à part dans la vie des villages. Aussi lorsque Prudence décide d’accepter des jeunes filles noires, puis de consacrer son école à elles seules, les citoyens ses déchaînent.

Peu de temps auparavant Nat Turner, un jeune noir instruit, avait fomenté une révolte d’esclaves qui s’est terminée dans les sang par le massacre de soixante personnes. Nat Turner, l’esclave qui savait lire, donne une image désastreuse de l’éducation des noirs à ces américains à qui cela convient parfaitement car ils peuvent ainsi continuer à pratiquer la ségrégation en toute impunité, et refuser l’accès à l’éducation aux noirs. Et à des femmes de surcroît.

Un sujet passionnant, qui montre d’un côté la position désastreuse et ségrégationniste des blancs, les actions entreprises, légales ou pas, pour contraindre celles qui souhaitent l’éducation de toutes et pour empêcher les jeunes filles d’y avoir à accès. De l’autre, le courage et la détermination de ces jeunes femmes à s’instruire, et de Prudence Crandall, précurseur dans ce domaine et qui œuvrera à l’égalité de l’accès à l’éducation toute sa vie.

Quelques pages en fin de BD restituent la vie de différents protagonistes, leur rôle dans l’éducation des jeunes filles et l’abolition de l’esclavage. Le graphisme est intéressant, stylisé, à la fois déterminé par certains traits ou couleurs, et parfois assez flou pour laisser nos esprits compléter les scènes.

Catalogue éditeur : Dargaud

1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles. Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah.
La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace. Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante. Pour les habitants de Canterbury, instruction… Lire la suite

Date de parution : 15.01.2021 / 144 pages / 19,99€ / ISBN/EAN : 9782505082460

Betty, Tiffany McDaniel

La sublime version audio d’un roman inclassable, aussi émouvant que dérangeant

Elle s’appelle Betty, mais pour son père c’est Petite Indienne, car il se retrouve dans la peau brune, le regard et les cheveux noirs de sa petite fille. Elle est née dans une famille de huit enfants mais ne les connaîtra pas tous du fait de décès précoces dans la fratrie. Issue d’une famille aisée, sa mère Alka est blanche, belle, froide. Landon Carpenter., l’homme qu’elle s’est choisi ne correspond ni aux rêves ni aux exigences de ses parents. Si elle semble éprise de son époux, elle n’exprime que peu d’amour envers ses enfants, encore moins envers Betty, cette petite indienne qui lui ressemble si peu.

Landon Carpenter est un cherokee qui entraîne sa famille à travers les États-Unis, de petits boulots en petits boulots. Jusqu’à leur retour et leur installation dans la petite ville de Breathed en Ohio, où réside la famille d’Alka. Landon est un père aimant et attentif qui aime raconter de belles histoires féeriques et transmettre à ses enfants les mythes du peuple amérindien cherokee. C’est un homme bon qui connaît la nature, les plantes, et les légendes qui émerveillent chaque jour ses enfants.

Elles sont trois sœurs, complices autant que rivales, soudées par une affection sincère. Très différentes l’une de l’autre, chacune rêve d’une vie meilleure. L’une veut devenir actrice, l’autre être enfin libre. Betty écrit des poèmes, mais souvent aussi sur les événements qui surviennent dans la famille. Les moments difficiles, comme ces témoignages de maltraitance à peine soutenables, sont couchés sur le papier. Puis elle les enferme dans des bocaux qu’elle enterre sous la terrasse, comme pour les anéantir, les oublier à jamais. Et qui sait peut-être un jour les retrouver et pouvoir les dévoiler à tous.

Betty, ayant les caractéristiques des indiens cherokee, est inlassablement le souffre douleur de son école. Mais quelle violence également de la mère envers cette fille qui attend et espère un peu d’amour. Elle ne recevra que la douleur et le poids des secrets de sa mère, de sa sœur, de sa famille.

Betty raconte essentiellement les années de l’enfance à l’âge adulte, dans la ruralité de l’Amérique de la moitié du XXe siècle. Ce roman, qui ne laisse pas indifférent, tient à la fois du conte magique et du plus noir et violent roman social. Rien n’est épargné aux femmes de cette famille, inceste, viol, violence, suicide, haine, racisme, mais aussi déni, solitude et silence, sont le lot de chacune. Si l’auteur questionne la place des femmes dans la société américaine, elle nous donne aussi une belle leçon sur la nature, le pouvoir des plantes et des médecines naturelles trop souvent oubliées.

Difficile cependant de comprendre l’attitude des parents, de la fratrie. Il faudrait sans doute se replacer dans le contexte, moins d’échange avec le enfants, plus de secrets, de silences. Mais comment imaginer la violence dont fait preuve cette mère envers ses enfants, en particulier par son silence ou son attitude envers Betty, mais aussi son manque de réaction face au sort de ses filles. Comment imaginer à chaque malheur qui s’abat sur la famille que personne jamais ne brise le silence, que les mots ne soient jamais dits.

L’écriture, le rythme, l’intensité des sentiments déployés, tout m’a émue, embarquée, mais aussi choquée, attristée, parfois aussi fait sourire, comprendre, espérer. L’autrice s’est inspirée de la vie de sa propre mère métisse cherokee pour construire ce roman qui prend aux tripes, sublime et difficile témoignage en particulier sur la place des femmes, fort et puissant, intemporel, aussi beau que dramatiquement triste.Tout au long du roman, je me suis laissée porter par Betty, par les rêves et les histoires magiques de son père, par l’amour que l’on ressent au milieu de tant de haine et de souffrance. Et quel bel hommage au pouvoir de l’écriture.

Cette version audio est vraiment intéressante et passionnante ; la lectrice réussit à nous plonger dans la tête de Betty, mais aussi à incarner chacun des membres de cette famille pour le moins singulière, à faire passer émotions, violence, silence et sentiments. Elle a l’art de prendre plusieurs intonations, plusieurs voix, et de nous faire vivre les nombreux dialogues qui émaillent ce roman, bravo !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : audiolib et Gallmeister

Un livre audio lu par Audrey D’Hulstère Traduit par François Happe

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne. »
La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.
Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix  de sa jeune narratrice, qu’Audrey d’Hulstère incarne à la perfection, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Date de parution : 20 Janvier 2021/ Durée : 16h56 / Prix public conseillé: 28.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 / Poids (Mo): 593 / Poids CD 2 (Mo): 572 / EAN Physique: 9791035404666

Nickel boys, Colson Withehead

Même morts, les garçons étaient un problème

L’auteur nous entraîne en Floride. Elwood Curtis est un fervent partisan de Martin Luther King dont il écoute en boucle le message sur un disque offert par sa grand-mère. Abandonné par ses parents, élevé par cette dernière, c’est un élève sérieux qui va bientôt entrer à l’université.
Alors qu’il est sur le chemin de l’université, un malentendu va changer le cours de sa vie. Un malentendu, mais surtout une erreur judiciaire qui aurait sans doute été évitée s’il avait été blanc. Le voilà envoyé à la Nickel Academy. Là, noirs comme blancs doivent réapprendre les règles qui régissent la société, mais là comme ailleurs, il ne fait vraiment pas bon être né noir dans l’Amérique ségrégationniste de ces années 60. Elwood va l’apprendre à ses dépends, mais il sera fort heureusement épaulé dans cette longue descente aux enfers par Turner, son alter ego, avec qui il se prend d’amitié.

Cette institution doit remettre les jeunes garçons de 5 à 20 ans dans le droit chemin. Mais on se rend vite compte qu’à la Nickel Academy, les malfaisants et les tortionnaires ne sont pas forcément ceux qui sont enfermés. Les mots ne manquent pas pour décrire les lieux de douleur et de souffrance, voire de mort, qui menacent ces jeunes à chaque instant.

Le roman alterne la descente aux enfers des adolescents à la Nickel Academy, et le présent, lorsque Elwood se souvient de ces années de souffrance et d’espoir.

L’auteur une fois de plus s’inspire de faits réels pour explorer la déchirure et la blessure que portent en eux les noirs américains. Les lois raciales, la ségrégation, l’injustice subies par une partie de la population pour une question de couleur de peau semblent être à jamais des blessures inguérissables. Les évocations des conditions de détention de ces adolescents, la cruauté, le racisme et la corruption qui règnent dans l’institution semblent tellement inhumaines que l’on aurait du mal à y croire si l’on ne savait pas que l’intrigue a été inspirée à l’auteur par la Arthur G. Dozier School for Boys de Floride. Et qu’en 2010, des dizaines de corps ont été retrouvés sur le terrain de ce centre de redressement pour enfants et adolescents.

J’ai particulièrement aimé la version audio qui donne si bien corps aux différents personnages. L’écriture à la fois sobre et révoltée face à tant d’injustice et de violence est tout à fait adaptée à l’écoute de ce roman magistral et puissant. Et comme j’ai été totalement interpellée par l’épilogue, j’ai apprécié de pouvoir réécouter tout le début une fois arrivée à la fin…

Du même auteur on ne manquera pas de lire Underground Railroad, également paru chez Le Livre de Poche

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : livre audio Audiolib et Albin-Michel

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à cœur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Couronné en 2017 par le prix Pulitzer pour Underground Railroad puis en 2020 pour Nickel Boys, Colson Whitehead rejoint William Faulkner et John Updike parmi les très rares auteurs à avoir reçu deux fois cette consécration. S’inspirant de faits réels, il continue d’explorer l’inguérissable blessure raciale de l’Amérique et donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau.

Albin-Michel Prix : 19.90 € / 19 Août 2020 / 140mm x 205mm /272 pages / EAN13 : 9782226443038
Audiolib Date de parution : 14 Octobre 2020 Durée : 6h59

Un loup quelque part, Amélie Cordonnier

Mère amère, ce drôle de roman qui nous dit à quel point il est parfois difficile d’être mère

Il est né, ce divin enfant, le deuxième de ce couple uni et aimant. Ils sont déjà parents d’une petite Esther adorable et sans histoire, voilà qu’arrive un fils aimé et choyé. Enfin au moins jusqu’au jour de cette visite chez le pédiatre, lorsque sa mère découvre une tache bizarre sur le petit corps d’Alban. Et jour après jour, les marques se font plus nombreuses, la couleur de sa peau change. Car Alban s’avère être un bébé surprise, un bébé métis. Mais pourquoi ? Mais comment ?

Les découvertes et les révélations sont violentes et fracassante pour cette maman complétement perdue dans le silence de ses origines, dans ce secret enfin dévoilé qui bouleverse sa vie. Qui est-elle et d’où vient-elle ? Une fillette adoptée par des parents aimants. Par ce père devenu veuf qui se mure dans le silence et n’ose révéler ce lourd secret à sa fille au décès de son épouse. Anéanti par son chagrin, le père ne saura jamais lui dire d’où elle vient et tout cet amour qu’il lui porte, qu’ils lui ont porté à deux, lui faire comprendre tout le bonheur qu’ils ont eu de pouvoir élever cette enfant tant attendue.

Le silence est fracassant, la révélation déstabilisante, elle est face à cet enfant qu’elle ne reconnait pas, qu’elle hésite à aimer, à prendre dans ses bras, à accepter. La voilà plongée dans un immense désarroi, celui de réaliser qu’elle a été abandonnée à la naissance, puis le silence de son père, enfin la couleur de l’enfant, comment peut-elle vivre avec ça ? Mais elle a en même temps une réaction totalement démesurée, celle de cacher cet enfant que je ne saurais voir par tous les moyens, même les plus invraisemblables. Un peu trop peut-être, on a un peu de mal à y croire à ces accessoires, mais dans la réalité, on sait bien hélas que la maltraitance n’a pas de limite… surtout dans une famille un peu trop aveugle confrontée à cette mère désespérée.

Je retiens avant tout cette question importante soulevée ici par l’auteur : est-on mère d’office lorsque l’on a un enfant, ou le devient-on ? L’instinct maternel, une évidence ou une construction ? Aime-t-on son enfant dès qu’il parait comme on se plait à nous le répéter depuis si longtemps, ou doit-on là aussi s’apprivoiser l’un l’autre jusqu’à devenir mère. De belles questions qui restent sans réponse, mais qui interrogent intelligemment le lecteur.

S’il peut être difficile d’être mère, il est sans doute aussi parfois difficile d’être l’enfant différent. Ici, Alban est encore un bébé. Mais cette lecture m’a rappelé un souvenir d’enfance. Des voisins dont l’un des enfants était métis, le gène d’un ancêtre africain ayant sauté des générations. Il nous demandait toujours avec tristesse pourquoi sa mère ne le lavait pas autant que les autres. Les parents étaient déstabilisés et ne savaient pas trop comment le lui expliquer, mais l’amour des parents et de la fratrie était si fort et communicatif qu’en grandissant il a vite accepté sa différence.

On ne manquera pas de lire les chroniques de Nicole, du blog Motspourmots et de Joëlle Les livres de Joëlle

Si vous avez aimé ce roman, je vous conseille de découvrir aussi Amour propre, le superbe roman de Sylvie le Bihan. Elle a le mérite de poser cette question de l’instinct et du bonheur de la maternité quasi imposée aux femmes. Mais aussi à La résurrection de Joan Ashby, pour son approche iconoclaste de la maternité.

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue éditeur : Flammarion

« Paupières closes coupées au canif, lèvres parfaitement dessinées, l’air imperturbable. Royal même. Au début, elle a cru qu’il lui plaisait, ce petit. Seulement voilà, cinq mois plus tard, elle a changé d’avis. Ça arrive à tout le monde, non ? Elle voudrait le rapporter à la maternité. Qui n’a pas un jour rendu ou renvoyé la chemise, le pantalon, le pull, la ceinture ou les chaussures qu’il venait d’acheter ? »

Que fait cette tâche, noire, dans le cou de son bébé ? On dirait qu’elle s’étend, pieds, mains, bras, visage. Mais pourquoi sa peau se met-elle à foncer ? Ce deuxième enfant ne ressemble pas du tout à celui qu’elle attendait. Aucun doute, il y a un loup quelque part.

Avec une écriture aussi moderne qu’acérée, Amélie Cordonnier met en scène une femme paniquée de ne pas réussir à aimer son enfant et dont l’affolement devient de plus en plus inquiétant.

Paru le 11/03/2020 / 272 pages – 137 x 210 mm / ISBN : 9782081512757  / Prix : 19,00€

Un samedi soir entre amis, Anthony Bussonnais

Une ambiance surréaliste pour un roman noir efficace et addictif

Dans une petite ville en apparence bien tranquille de province, François organise un nouveau samedi soir extra-ordinaire pour ses amis et voisins. La soirée sera belle, chacun pourra se donner à fond, se détendre et décompresser. Méticuleux, il a tout organisé, réglé, préparé minutieusement, rien de doit entraver le cours bien huilé de cet événement.

Ce soir, c’est donc la fête pour certains, mais pour Medhi, nu et grelottant dans la forêt et la nuit noire, c’est l’angoisse à l’état pur. Il a beau s’interroger, il n’arrive pas à imaginer le sort qui va lui être réservé.

Pour Claire, c’est l’inquiétude, son petit ami est toujours tellement ponctuel mais ce soir il n’est pas là. Jamais il n’a manqué de rendez-vous, encore moins lorsqu’il vient la chercher pour aller chez ses parents où ils vont rompre ensemble le jeûne du Ramadan.

Le roman prenant et haletant alterne entre le récit de François, celui de Medhi et celui de Claire, passant du vendredi au samedi en particulier. Nous suivons cette chasse à l’homme inhumaine et glaçante avec circonspection et une bonne dose d’angoisse. Si certains personnages sont trop caricaturalement marqués, trop noir ou trop blanc, trop méchant ou trop gentil, très humain ou très raciste, cependant je dois avouer que le rythme est là, l’intrigue est prenante et l’auteur réussi à m’embarquer dans cette nuit aussi sombre que désespérante.

Ici point de Ku Klux Klan, mais on n’en est pas loin avec ce groupe de racistes bien résolus à se faire un bougnoule, horreur absolue s’il en est. Dans ce groupe disparate de grands malades où les caractères sont poussés à l’extrême, il y a de tout, attardé mental ou notable du coin, couple en mal d’action. Mais au final, l’effet de groupe est tel qu’aucun ne va reprendre son libre arbitre ni se poser la question de la justesse de ses actes. C’est d’ailleurs totalement angoissant cette idée du groupe dans lequel chacun va agir à l’encontre de sa propre volonté, pour rentrer dans un moule sans se faire remarquer.

Voilà un thriller bien ficelé, à l’écriture efficace, qui malgré quelques défauts embarque ses lecteurs dans une course poursuite sans merci.

Il y a quelques mois, j’assistais à la remise du prix à Anthony Bussonnais, Lauréat 2019 du prix Kobo Fnac Les talents de demain, édité par Préludes avec le soutien de Babelio, une édition parrainée par Sophie Tal Men.

Catalogue éditeur : Préludes

Claire, inquiète, consulte à nouveau son portable. Il est vingt heures passées et son petit-ami, qui était censé venir la chercher, est introuvable. Cela fait bientôt six mois qu’ils sont ensemble, Claire le connaît bien. Medhi est toujours à l’heure.
François est extrêmement organisé. Grâce à lui, la soirée du samedi est devenue un évènement incontournable que ses voisins, choisis avec le plus grand soin, ne rateraient pour rien au monde. C’est le moment idéal pour décompresser et se relâcher.
En plein cœur de la forêt, Medhi est nu. Il tremble. Malgré l’obscurité, il parvient à repérer plusieurs personnes autour de lui, les rires vont bon train, tout le monde semble à la fête… Mais qu’attend-on vraiment de lui ?

Anthony Bussonnais est né dans le Maine-et-Loire et travaille dans une coopérative. En 2015, il se lance dans l’écriture de son premier thriller qu’il auto-publie l’année suivante. 

Retrouvez le blog d’Anthony Bussonnais ici

Parution : 21/09/2019 / EAN : 9782253040477 / Nombre de pages : 352 / Prix e.book 12.99 € / Paru le 5 février pour la version papier

Furie, Grazyna Plebanek

Puissant comme les poings serrés de Mohamed Ali, violent comme le racisme, émouvant comme la vie de la jeune Alia, rythmé comme la voix de Furie, un roman qui marque ses lecteurs

Le Belgique et le Congo, c’est une histoire d’amour et de haine, une histoire de colonies qui va du Congo Belge au Congo d’aujourd’hui. Quand la famille d’Alia arrive à Bruxelles dans les années 80, c’est dans les bagages de Bastien qui quitte Kinshasa pour rentrer chez lui.

Dans cette famille il y a Eddy, le père qui est chauffeur de maitre, ou de maitresses, c’est selon. Eddy le conteur, le griot, qui aime la palabre et le contact avec ceux qui l’écoutent, mais qui s’étiole en Belgique. Jusqu’au jour où il rentre à Kinshasa pour quelques jours, et oublie de revenir, laissant sur la touche femme et enfants, y compris Riva, ce petit dernier qui s’annonce alors qu’il vient de les quitter.

Il y aussi Fourmi, collée devant l’écran de télévision à regarder chaque jour des séries. C’est Alia qui a la charge de l’éducation de son frère Joe. Il faut dire que là-bas, c’est Fourmi qui devait s’occuper de tous les enfants que son père a eu avec ses autres épouses, alors elle en a soupé et ne veut plus travailler.

Il y a Alia, la forte, la fille de son père, prénommée d’après Mohamed Ali, son idole, et qu’il va initier à la boxe, avec ce sac suspendu dans l’entrée et sur lequel elle frappe, frappe encore. Comme une violence contenue qui doit exploser, comme un appel au secours peut-être, face au racisme, à la difficulté d’être noire dans un pays de blancs, d’être fille aussi dans une cité difficile. Elle a des rêves Alia, que ses frères réussissent, que sa mère travaille, faire de la boxe, et surtout rentrer dans la police. Elle a du courage aussi, de la pugnacité et de la suite dans les idées. Alors malgré la violence, le racisme ambiant, elle devient celle quelle rêvait d’être, policière dans un monde d’hommes, violent, raciste, délétère.

Prenant prétexte de nous conter Alia et ses rêves, Grazyna Plebanek explore l’histoire récente de la Belgique. Elle insère ses personnages dans la réalité de ces années-là, celles des tristement célèbres Tueurs du Brabant, de cette période incroyable d’un pays sans gouvernement, on se souvient des conflits sans fin entre les deux communautés linguistiques que sont les Flamands et les Wallons. C’est puissant et violent, un étonnant roman qui dérange et dont on se souvient longtemps il me semble.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Éditions Emmanuelle Collas

Congolaise originaire de Kinshasa, Alia a cinq ans quand elle arrive à Bruxelles. C’est un nouveau monde, hostile, que découvre la petite fille. Son père, un fan de Mohamed Ali, l’initie à la boxe, qui devient pour elle le moyen de réprimer sa colère.
Devenue adulte, elle entre dans la police. Mais c’est un milieu machiste, et où une majorité de ses collègues sont atteints par un racisme viscéral. Car s’ils acceptent la jeune femme comme l’une des leurs, ils veulent éliminer les migrants, qu’ils torturent grâce à une milice de policiers qui ne sont pas d’origine belge. Débarrasser le pays des étrangers grâce aux étrangers, tel est le but de cette organisation. Et Alia en fait partie.
Pour s’imposer dans ce jeu de pouvoir, elle va commettre l’irréparable.

Avec Furie, l’écrivaine Grayna Plebanek nous offre un livre puissant et un inoubliable portrait de femme.

Un roman écrit avec maîtrise par l’une des nouvelles voix les plus originales des lettres polonaises. Alain Mabanckou.

Grayna Plebanek est écrivaine, feuilletoniste et boxeuse. Née en Pologne, elle est diplômée en philologie polonaise et anthropologie culturelle. Elle est l’auteure de plusieurs bestsellers en Pologne, traduits en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Furie est son premier roman traduit en français. Elle vit à Bruxelles depuis 2005. 

Traduit du polonais par Cécile Bocianowski.

432 pages / Parution : 29/01/2020 / EAN : 9782253934417 / Prix : 8,20€

La femme révélée, Gaëlle Nohant

La femme révélée nous embarque entre Paris et Chicago, des années 50 à la fin des années 60

En 1950, à Paris, une jeune femme vient de débarquer avec pour seul viatique son appareil photo Rolleiflex. Une situation surprenante car jusqu’alors elle vivait confortablement à New-York avec son époux et son petit garçon. Elle n’a emporté que quelques bijoux, témoins de l’aisance de sa vie passée. Hébergée dans un clandé plutôt louche, elle se fait dévaliser.

Désormais fauchée, elle se retrouve à la merci de la patronne de cet hôtel de passe. Aidée de Rose, une prostituée au grand cœur, elle trouve refuge dans un foyer pour jeunes femmes et tente de vivre grâce à de petits boulots. Elle découvre aussi St-Germain-des-prés et les soirées Jazz. A la façon de Vivian Maier, elle prend plaisir à parcourir les rues de Paris toujours armée de son appareil photo pour y saisir des scènes de vie que son talent sait mettre en valeur. Elle a fui on ne sait qui ni quoi, et si le mystère est d’abord épais, les raisons de sa fuite deviennent de plus en plus évidentes à mesure que se dévoile son passé.

Dans ce roman construit en deux parties assez différentes l’auteur nous entraîne par son écriture à la fois réaliste et poétique et son talent de conteuse dans les pas de Violet-Eliza, personnage mystérieux et très attachant.

Avec Violet, le lecteur découvre le Paris des années 50 où tout est à reconstruire sur les ruines de la seconde guerre mondiale. Puis les années 60/70, avec la crise immobilière aux États-Unis, mais surtout les différences de traitement entre blancs et noirs, jusque dans les états du nord prétendument moins racistes. Car si les problèmes de racisme n’y sont pas aussi ouvertement déclarés que dans le sud, ils régissent les lois du marché et de la politique plus sûrement que s’ils étaient verbalisés. Ce sont les prémices de la fin de la ségrégation raciale, mais aussi les assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy, puis la révolte grandissante de la jeunesse contre la guerre du Vietnam pendant la présidence de Nixon.

Une fois de plus, Gaëlle Nohant a su me séduire et me convaincre avec son personnage. Cette femme émouvante, attachante et combative, qui lutte pour vivre libre et suivre ses convictions les plus intimes, au risque d’y perdre sa vie, et surtout de perdre ce qu’elle a de plus cher, son fils.

Gaëlle Nohant parle de liberté, de soif de vivre, et d’exil, mais aussi de ce bonheur qu’il peut y avoir à se réaliser pleinement en accord avec ses convictions les plus profondes.

Du même auteur, lire aussi l’émouvant roman Légende d’un dormeur éveillé qui évoque si bien le poète Robert Desnos.

Catalogue éditeur : Grasset

Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.

Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ?  Et comment, surtout, se pardonner d’être partie ?

Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices.
Au fil du chemin, elle aura gagné sa liberté, le droit de vivre en artiste et en accord avec ses convictions. Et, peut-être, la possibilité d’apaiser les blessures du passé. Aucun lecteur ne pourra oublier Violet-Eliza, héroïne en route vers la modernité, vibrant à chaque page d’une troublante intensité, habitée par la grâce d’une écriture ample et sensible.

Format : 141 x 206 mm / Pages : 384 / EAN : 9782246819318  / Prix : 22.00 / Parution : 2 Janvier 2020

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine

Avec des airs de Momo perdu à la goutte d’or, Sofia Aouine évoque avec gouaille et réalisme la vie d’un gamin de treize ans soumis aux règles du quartier, un roman à lire absolument

Abad, jeune émigré libanais, a l’âge de tous les possibles, celui d’une vie qui commence, des envies de sexe et d’amour, de voyages et de découvertes, l’envie de vivre et de se fabriquer de beaux souvenirs. Mais c’est sans compter sur le père quasi absent, la mère débordée et soumise, les copains qui promettent la lune et ne voient pas les pièges, sur la justice qui n’entend pas ces gamins qui espèrent, attendent, tombent.

Alors dans la vie d’Abad il y aura Madame Futterman, la dame qui ouvre dedans, celle qui malgré sa vie de petite fille juive triste, sait écouter et rire encore ; il y aura Gervaise, la belle prostituée noire qui par peur des sorciers ne quittera jamais cette condition avilissante qui l’attendait à Paris quand on lui avait fait miroiter un vrai métier pour élever sa fille, il y aura Odette, la voisine accueillante qui offre un peu de rêve et de douceur au pays des sucreries et de la musique, il y aura encore Batman, la jeune fille voilée, tenue enfermée par les hommes de sa famille autant chez elle que sous son voile et qui ne rêve que de s’échapper pour enfin respirer, pour laquelle Abad aura son premier coup de foudre.

Premiers amours, premiers émois, premières grosses bêtises, quitter la rue Léon et la Goutte d’Or, quitter encore une fois ceux qu’on aime, partir encore pour grandir.

Quelle écriture, vivante et violente, utilisant à la fois l’argot et le langage des rues pour faire passer les émotions, la vie qui brule et bouleverse Abad et ses copains. Quelle énergie, quel humour mais aussi quel tourment dans ces mots, ces rencontres, ces aventures amères et douloureuses. Il se dégage de ce roman une rage de vivre, d’être, d’exister, qui prend le lecteur et ne le lâche pas. Si Abad m’a fait penser au petit Momo de Romain Gary, d’ailleurs présent en exergue d’un chapitre, son tempo est bien celui d’aujourd’hui. L’auteur fait vivre par ses mots, son rythme, cette ville qui perd ses jeunes dans les quartiers où la violence, la drogue et la misère ne sont jamais loin, malgré leur rage de vivre, leurs rêves et leur droit au bonheur. Et où l’on constate une fois de plus que la volonté et l’intelligence ne favorisent pas toujours l’intégration des jeunes émigrés, comme de tant d’autres sans doute. Une réussite également, l’importance et la personnalité de chaque personnage secondaire, indispensables au roman.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Martinière

Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans.

Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbés, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’âge des possibles : la sève coule, le cœur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d’un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.
Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d’un quartier et l’odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l’amour et l’enfance ne sont jamais loin.
Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.

Née en 1978, Sofia Aouine est reporter radio. Elle publie aujourd’hui son premier roman, Rhapsodie des oubliés.