Un loup quelque part, Amélie Cordonnier

Mère amère, ce drôle de roman qui nous dit à quel point il est parfois difficile d’être mère

Il est né, ce divin enfant, le deuxième de ce couple uni et aimant. Ils sont déjà parents d’une petite Esther adorable et sans histoire, voilà qu’arrive un fils aimé et choyé. Enfin au moins jusqu’au jour de cette visite chez le pédiatre, lorsque sa mère découvre une tache bizarre sur le petit corps d’Alban. Et jour après jour, les marques se font plus nombreuses, la couleur de sa peau change. Car Alban s’avère être un bébé surprise, un bébé métis. Mais pourquoi ? Mais comment ?

Les découvertes et les révélations sont violentes et fracassante pour cette maman complétement perdue dans le silence de ses origines, dans ce secret enfin dévoilé qui bouleverse sa vie. Qui est-elle et d’où vient-elle ? Une fillette adoptée par des parents aimants. Par ce père devenu veuf qui se mure dans le silence et n’ose révéler ce lourd secret à sa fille au décès de son épouse. Anéanti par son chagrin, le père ne saura jamais lui dire d’où elle vient et tout cet amour qu’il lui porte, qu’ils lui ont porté à deux, lui faire comprendre tout le bonheur qu’ils ont eu de pouvoir élever cette enfant tant attendue.

Le silence est fracassant, la révélation déstabilisante, elle est face à cet enfant qu’elle ne reconnait pas, qu’elle hésite à aimer, à prendre dans ses bras, à accepter. La voilà plongée dans un immense désarroi, celui de réaliser qu’elle a été abandonnée à la naissance, puis le silence de son père, enfin la couleur de l’enfant, comment peut-elle vivre avec ça ? Mais elle a en même temps une réaction totalement démesurée, celle de cacher cet enfant que je ne saurais voir par tous les moyens, même les plus invraisemblables. Un peu trop peut-être, on a un peu de mal à y croire à ces accessoires, mais dans la réalité, on sait bien hélas que la maltraitance n’a pas de limite… surtout dans une famille un peu trop aveugle confrontée à cette mère désespérée.

Je retiens avant tout cette question importante soulevée ici par l’auteur : est-on mère d’office lorsque l’on a un enfant, ou le devient-on ? L’instinct maternel, une évidence ou une construction ? Aime-t-on son enfant dès qu’il parait comme on se plait à nous le répéter depuis si longtemps, ou doit-on là aussi s’apprivoiser l’un l’autre jusqu’à devenir mère. De belles questions qui restent sans réponse, mais qui interrogent intelligemment le lecteur.

S’il peut être difficile d’être mère, il est sans doute aussi parfois difficile d’être l’enfant différent. Ici, Alban est encore un bébé. Mais cette lecture m’a rappelé un souvenir d’enfance. Des voisins dont l’un des enfants était métis, le gène d’un ancêtre africain ayant sauté des générations. Il nous demandait toujours avec tristesse pourquoi sa mère ne le lavait pas autant que les autres. Les parents étaient déstabilisés et ne savaient pas trop comment le lui expliquer, mais l’amour des parents et de la fratrie était si fort et communicatif qu’en grandissant il a vite accepté sa différence.

On ne manquera pas de lire les chroniques de Nicole, du blog Motspourmots et de Joëlle Les livres de Joëlle

Si vous avez aimé ce roman, je vous conseille de découvrir aussi Amour propre, le superbe roman de Sylvie le Bihan. Elle a le mérite de poser cette question de l’instinct et du bonheur de la maternité quasi imposée aux femmes. Mais aussi à La résurrection de Joan Ashby, pour son approche iconoclaste de la maternité.

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue éditeur : Flammarion

« Paupières closes coupées au canif, lèvres parfaitement dessinées, l’air imperturbable. Royal même. Au début, elle a cru qu’il lui plaisait, ce petit. Seulement voilà, cinq mois plus tard, elle a changé d’avis. Ça arrive à tout le monde, non ? Elle voudrait le rapporter à la maternité. Qui n’a pas un jour rendu ou renvoyé la chemise, le pantalon, le pull, la ceinture ou les chaussures qu’il venait d’acheter ? »

Que fait cette tâche, noire, dans le cou de son bébé ? On dirait qu’elle s’étend, pieds, mains, bras, visage. Mais pourquoi sa peau se met-elle à foncer ? Ce deuxième enfant ne ressemble pas du tout à celui qu’elle attendait. Aucun doute, il y a un loup quelque part.

Avec une écriture aussi moderne qu’acérée, Amélie Cordonnier met en scène une femme paniquée de ne pas réussir à aimer son enfant et dont l’affolement devient de plus en plus inquiétant.

Paru le 11/03/2020 / 272 pages – 137 x 210 mm / ISBN : 9782081512757  / Prix : 19,00€

Un samedi soir entre amis, Anthony Bussonnais

Une ambiance surréaliste pour un roman noir efficace et addictif

Dans une petite ville en apparence bien tranquille de province, François organise un nouveau samedi soir extra-ordinaire pour ses amis et voisins. La soirée sera belle, chacun pourra se donner à fond, se détendre et décompresser. Méticuleux, il a tout organisé, réglé, préparé minutieusement, rien de doit entraver le cours bien huilé de cet événement.

Ce soir, c’est donc la fête pour certains, mais pour Medhi, nu et grelottant dans la forêt et la nuit noire, c’est l’angoisse à l’état pur. Il a beau s’interroger, il n’arrive pas à imaginer le sort qui va lui être réservé.

Pour Claire, c’est l’inquiétude, son petit ami est toujours tellement ponctuel mais ce soir il n’est pas là. Jamais il n’a manqué de rendez-vous, encore moins lorsqu’il vient la chercher pour aller chez ses parents où ils vont rompre ensemble le jeûne du Ramadan.

Le roman prenant et haletant alterne entre le récit de François, celui de Medhi et celui de Claire, passant du vendredi au samedi en particulier. Nous suivons cette chasse à l’homme inhumaine et glaçante avec circonspection et une bonne dose d’angoisse. Si certains personnages sont trop caricaturalement marqués, trop noir ou trop blanc, trop méchant ou trop gentil, très humain ou très raciste, cependant je dois avouer que le rythme est là, l’intrigue est prenante et l’auteur réussi à m’embarquer dans cette nuit aussi sombre que désespérante.

Ici point de Ku Klux Klan, mais on n’en est pas loin avec ce groupe de racistes bien résolus à se faire un bougnoule, horreur absolue s’il en est. Dans ce groupe disparate de grands malades où les caractères sont poussés à l’extrême, il y a de tout, attardé mental ou notable du coin, couple en mal d’action. Mais au final, l’effet de groupe est tel qu’aucun ne va reprendre son libre arbitre ni se poser la question de la justesse de ses actes. C’est d’ailleurs totalement angoissant cette idée du groupe dans lequel chacun va agir à l’encontre de sa propre volonté, pour rentrer dans un moule sans se faire remarquer.

Voilà un thriller bien ficelé, à l’écriture efficace, qui malgré quelques défauts embarque ses lecteurs dans une course poursuite sans merci.

Il y a quelques mois, j’assistais à la remise du prix à Anthony Bussonnais, Lauréat 2019 du prix Kobo Fnac Les talents de demain, édité par Préludes avec le soutien de Babelio, une édition parrainée par Sophie Tal Men.

Catalogue éditeur : Préludes

Claire, inquiète, consulte à nouveau son portable. Il est vingt heures passées et son petit-ami, qui était censé venir la chercher, est introuvable. Cela fait bientôt six mois qu’ils sont ensemble, Claire le connaît bien. Medhi est toujours à l’heure.
François est extrêmement organisé. Grâce à lui, la soirée du samedi est devenue un évènement incontournable que ses voisins, choisis avec le plus grand soin, ne rateraient pour rien au monde. C’est le moment idéal pour décompresser et se relâcher.
En plein cœur de la forêt, Medhi est nu. Il tremble. Malgré l’obscurité, il parvient à repérer plusieurs personnes autour de lui, les rires vont bon train, tout le monde semble à la fête… Mais qu’attend-on vraiment de lui ?

Anthony Bussonnais est né dans le Maine-et-Loire et travaille dans une coopérative. En 2015, il se lance dans l’écriture de son premier thriller qu’il auto-publie l’année suivante. 

Retrouvez le blog d’Anthony Bussonnais ici

Parution : 21/09/2019 / EAN : 9782253040477 / Nombre de pages : 352 / Prix e.book 12.99 € / Paru le 5 février pour la version papier

Furie, Grazyna Plebanek

Puissant comme les poings serrés de Mohamed Ali, violent comme le racisme, émouvant comme la vie de la jeune Alia, rythmé comme la voix de Furie, un roman qui marque ses lecteurs

Le Belgique et le Congo, c’est une histoire d’amour et de haine, une histoire de colonies qui va du Congo Belge au Congo d’aujourd’hui. Quand la famille d’Alia arrive à Bruxelles dans les années 80, c’est dans les bagages de Bastien qui quitte Kinshasa pour rentrer chez lui.

Dans cette famille il y a Eddy, le père qui est chauffeur de maitre, ou de maitresses, c’est selon. Eddy le conteur, le griot, qui aime la palabre et le contact avec ceux qui l’écoutent, mais qui s’étiole en Belgique. Jusqu’au jour où il rentre à Kinshasa pour quelques jours, et oublie de revenir, laissant sur la touche femme et enfants, y compris Riva, ce petit dernier qui s’annonce alors qu’il vient de les quitter.

Il y aussi Fourmi, collée devant l’écran de télévision à regarder chaque jour des séries. C’est Alia qui a la charge de l’éducation de son frère Joe. Il faut dire que là-bas, c’est Fourmi qui devait s’occuper de tous les enfants que son père a eu avec ses autres épouses, alors elle en a soupé et ne veut plus travailler.

Il y a Alia, la forte, la fille de son père, prénommée d’après Mohamed Ali, son idole, et qu’il va initier à la boxe, avec ce sac suspendu dans l’entrée et sur lequel elle frappe, frappe encore. Comme une violence contenue qui doit exploser, comme un appel au secours peut-être, face au racisme, à la difficulté d’être noire dans un pays de blancs, d’être fille aussi dans une cité difficile. Elle a des rêves Alia, que ses frères réussissent, que sa mère travaille, faire de la boxe, et surtout rentrer dans la police. Elle a du courage aussi, de la pugnacité et de la suite dans les idées. Alors malgré la violence, le racisme ambiant, elle devient celle quelle rêvait d’être, policière dans un monde d’hommes, violent, raciste, délétère.

Prenant prétexte de nous conter Alia et ses rêves, Grazyna Plebanek explore l’histoire récente de la Belgique. Elle insère ses personnages dans la réalité de ces années-là, celles des tristement célèbres Tueurs du Brabant, de cette période incroyable d’un pays sans gouvernement, on se souvient des conflits sans fin entre les deux communautés linguistiques que sont les Flamands et les Wallons. C’est puissant et violent, un étonnant roman qui dérange et dont on se souvient longtemps il me semble.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Éditions Emmanuelle Collas

Congolaise originaire de Kinshasa, Alia a cinq ans quand elle arrive à Bruxelles. C’est un nouveau monde, hostile, que découvre la petite fille. Son père, un fan de Mohamed Ali, l’initie à la boxe, qui devient pour elle le moyen de réprimer sa colère.
Devenue adulte, elle entre dans la police. Mais c’est un milieu machiste, et où une majorité de ses collègues sont atteints par un racisme viscéral. Car s’ils acceptent la jeune femme comme l’une des leurs, ils veulent éliminer les migrants, qu’ils torturent grâce à une milice de policiers qui ne sont pas d’origine belge. Débarrasser le pays des étrangers grâce aux étrangers, tel est le but de cette organisation. Et Alia en fait partie.
Pour s’imposer dans ce jeu de pouvoir, elle va commettre l’irréparable.

Avec Furie, l’écrivaine Grayna Plebanek nous offre un livre puissant et un inoubliable portrait de femme.

Un roman écrit avec maîtrise par l’une des nouvelles voix les plus originales des lettres polonaises. Alain Mabanckou.

Grayna Plebanek est écrivaine, feuilletoniste et boxeuse. Née en Pologne, elle est diplômée en philologie polonaise et anthropologie culturelle. Elle est l’auteure de plusieurs bestsellers en Pologne, traduits en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Furie est son premier roman traduit en français. Elle vit à Bruxelles depuis 2005. 

Traduit du polonais par Cécile Bocianowski.

432 pages / Parution : 29/01/2020 / EAN : 9782253934417 / Prix : 8,20€

La femme révélée, Gaëlle Nohant

Mon conseil lecture ? Le nouveau roman de Gaëlle Nohant, à lire absolument. La femme révélée nous embarque pour un voyage entre Paris et Chicago, des années 50 à la fin des années 60

En 1950, à Paris, une jeune femme vient de débarquer avec pour seul viatique son appareil photo Rolleiflex. Une situation surprenante car jusqu’alors elle vivait confortablement à New-York avec son époux et son petit garçon. Elle n’a emporté que quelques bijoux, témoins de l’aisance de sa vie passée. Hébergée dans un clandé plutôt louche, elle se fait dévaliser.

Désormais fauchée, elle se retrouve à la merci de la patronne de cet hôtel de passe. Aidée de Rose, une prostituée au grand cœur, elle trouve refuge dans un foyer pour jeunes femmes et tente de vivre grâce à de petits boulots. Elle découvre aussi St-Germain-des-prés et les soirées Jazz. A la façon de Vivian Maier, elle prend plaisir à parcourir les rues de Paris toujours armée de son appareil photo pour y saisir des scènes de vie que son talent sait mettre en valeur. Elle a fui on ne sait qui ni quoi, et si le mystère est d’abord épais, les raisons de sa fuite deviennent de plus en plus évidentes à mesure que se dévoile son passé.

Dans ce roman construit en deux parties assez différentes l’auteur nous entraine par son écriture à la fois réaliste et poétique et son talent de conteuse dans les pas de Violet-Eliza, personnage mystérieux et très attachant.

Avec Violet, le lecteur découvre le Paris des années 50 où tout est à reconstruire sur les ruines de la seconde guerre mondiale. Puis les années 60/70, avec la crise immobilière aux États-Unis, mais surtout les différences de traitement entre blancs et noirs, jusque dans les états du nord prétendument moins racistes. Car si les problèmes de racisme n’y sont pas aussi ouvertement déclarés que dans le sud, ils régissent les lois du marché et de la politique plus surement que s’ils étaient verbalisés. Ce sont les prémices de la fin de la ségrégation raciale, mais aussi les assassinats de Martin Luther King et Robert Kennedy, puis la révolte grandissante de la jeunesse contre la guerre du Vietnam pendant la présidence de Nixon.

Une fois de plus, Gaëlle Nohant a su me séduire et me convaincre avec son personnage. Cette femme émouvante, attachante et combative, qui lutte pour vivre libre et suivre ses convictions les plus intimes, au risque d’y perdre sa vie, et surtout de perdre ce qu’elle a de plus cher, son fils.

Gaëlle Nohant parle de liberté, de soif de vivre, et d’exil, mais aussi de ce bonheur qu’il peut y avoir à se réaliser pleinement en accord avec ses convictions les plus profondes.

Du même auteur, lire aussi l’émouvant roman Légende d’un dormeur éveillé qui évoque si bien le poète Robert Desnos.

Catalogue éditeur : Grasset

Paris, 1950. Eliza Donneley se cache sous un nom d’emprunt dans un hôtel miteux. Elle a abandonné brusquement une vie dorée à Chicago, un mari fortuné et un enfant chéri, emportant quelques affaires, son Rolleiflex et la photo de son petit garçon. Pourquoi la jeune femme s’est-elle enfuie au risque de tout perdre ?
Vite dépouillée de toutes ressources, désorientée, seule dans une ville inconnue, Eliza devenue Violet doit se réinventer. Au fil des rencontres, elle trouve un job de garde d’enfants et part à la découverte d’un Paris où la grisaille de l’après-guerre s’éclaire d’un désir de vie retrouvé, au son des clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés. A travers l’objectif de son appareil photo, Violet apprivoise la ville, saisit l’humanité des humbles et des invisibles.

Dans cette vie précaire et encombrée de secrets, elle se découvre des forces et une liberté nouvelle, tisse des amitiés profondes et se laisse traverser par le souffle d’une passion amoureuse.
Mais comment vivre traquée, déchirée par le manque de son fils et la douleur de l’exil ? Comment apaiser les terreurs qui l’ont poussée à fuir son pays et les siens ?  Et comment, surtout, se pardonner d’être partie ?

Vingt ans plus tard, au printemps 1968, Violet peut enfin revenir à Chicago. Elle retrouve une ville chauffée à blanc par le mouvement des droits civiques, l’opposition à la guerre du Vietnam et l’assassinat de Martin Luther King. Partie à la recherche de son fils, elle est entraînée au plus près des émeutes qui font rage au cœur de la cité. Une fois encore, Violet prend tous les risques et suit avec détermination son destin, quels que soient les sacrifices.
Au fil du chemin, elle aura gagné sa liberté, le droit de vivre en artiste et en accord avec ses convictions. Et, peut-être, la possibilité d’apaiser les blessures du passé. Aucun lecteur ne pourra oublier Violet-Eliza, héroïne en route vers la modernité, vibrant à chaque page d’une troublante intensité, habitée par la grâce d’une écriture ample et sensible.

Format : 141 x 206 mm / Pages : 384 / EAN : 9782246819318  / Prix : 22.00 / Parution : 2 Janvier 2020

Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine

Avec des airs de Momo perdu à la goutte d’or, Sofia Aouine évoque avec gouaille et réalisme la vie d’un gamin de treize ans soumis aux règles du quartier, un roman à lire absolument

Abad, jeune émigré libanais, a l’âge de tous les possibles, celui d’une vie qui commence, des envies de sexe et d’amour, de voyages et de découvertes, l’envie de vivre et de se fabriquer de beaux souvenirs. Mais c’est sans compter sur le père quasi absent, la mère débordée et soumise, les copains qui promettent la lune et ne voient pas les pièges, sur la justice qui n’entend pas ces gamins qui espèrent, attendent, tombent.

Alors dans la vie d’Abad il y aura Madame Futterman, la dame qui ouvre dedans, celle qui malgré sa vie de petite fille juive triste, sait écouter et rire encore ; il y aura Gervaise, la belle prostituée noire qui par peur des sorciers ne quittera jamais cette condition avilissante qui l’attendait à Paris quand on lui avait fait miroiter un vrai métier pour élever sa fille, il y aura Odette, la voisine accueillante qui offre un peu de rêve et de douceur au pays des sucreries et de la musique, il y aura encore Batman, la jeune fille voilée, tenue enfermée par les hommes de sa famille autant chez elle que sous son voile et qui ne rêve que de s’échapper pour enfin respirer, pour laquelle Abad aura son premier coup de foudre.

Premiers amours, premiers émois, premières grosses bêtises, quitter la rue Léon et la Goutte d’Or, quitter encore une fois ceux qu’on aime, partir encore pour grandir.

Quelle écriture, vivante et violente, utilisant à la fois l’argot et le langage des rues pour faire passer les émotions, la vie qui brule et bouleverse Abad et ses copains. Quelle énergie, quel humour mais aussi quel tourment dans ces mots, ces rencontres, ces aventures amères et douloureuses. Il se dégage de ce roman une rage de vivre, d’être, d’exister, qui prend le lecteur et ne le lâche pas. Si Abad m’a fait penser au petit Momo de Romain Gary, d’ailleurs présent en exergue d’un chapitre, son tempo est bien celui d’aujourd’hui. L’auteur fait vivre par ses mots, son rythme, cette ville qui perd ses jeunes dans les quartiers où la violence, la drogue et la misère ne sont jamais loin, malgré leur rage de vivre, leurs rêves et leur droit au bonheur. Et où l’on constate une fois de plus que la volonté et l’intelligence ne favorisent pas toujours l’intégration des jeunes émigrés, comme de tant d’autres sans doute. Une réussite également, l’importance et la personnalité de chaque personnage secondaire, indispensables au roman.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Martinière

Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans.

Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbés, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’âge des possibles : la sève coule, le cœur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d’un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.
Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d’un quartier et l’odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l’amour et l’enfance ne sont jamais loin.
Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.

Née en 1978, Sofia Aouine est reporter radio. Elle publie aujourd’hui son premier roman, Rhapsodie des oubliés.

Avec toute ma colère, Alexandra Lapierre

Le roman d’un duel mère fille, « Avec toute ma colère » est né de la rencontre d’Alexandra Lapierre avec Maud et Nancy Cunard.

blog Domi CLire photo de la couverture du roman "avec toute ma colère"d'Alexandra Lapierre éditions Pocket

Il faut avouer que les héritières de la flotte de paquebots The Cunard Line ont de quoi retenir l’attention et forcer l’intérêt pour qui se penche sur leur histoire. Une relation mère-fille absolument pas banale puisqu’au cœur des années folles, ces héritières de fortunes colossales se sont détestées, ferraillant dans un duel à mort sur fond d’égalité, de liberté, d’insoumission.

D’abord, la mère Maud… Richissime  héritière américaine, amateur éclairée, femme cultivée et collectionneuse d’art tenant salon, véritable mécène dans l’Angleterre du XXe. Cette séductrice est aussi une femme terriblement conformiste qui se fond dans le rang pour garder la place qu’elle a obtenu de haute lutte dans la société, et qu’elle ne veut perdre sous aucun prétexte.

Puis Nancy, la fille…Elle est élevée par des nurses et délaissée par sa mère, qui va certainement la jalouser pour sa beauté et le risque quelle lui fait courir avec ses amants. Elle est belle cette femme que l’on découvre en couverture du roman, dans cette inoubliable photo de Man Ray en 1926, les bras parés d’innombrables bracelets anciens en ivoire. La fortune ? Elle nait avec, il ne lui reste donc qu’à trouver comment la dilapider et s’en servir, pour son plaisir celui de la cour qui l’entoure, puis rapidement pour s’opposer à sa mère, lutter contre le racisme anti noirs et pour l’égalité de tous dans la société dans laquelle elle vit. Véritable muse adulée par les artistes et les intellectuels, femme libre et sans entrave, elle partage la vie d’Aragon, de Neruda puis d’Aldous Huxley. Courageuse et désintéressée (mais comment ne pas l’être quand la fortune est là quoi qu’elle fasse) elle s’engage auprès des républicains pendant la guerre d’Espagne. Elle vit ensuite avec Henry Crowder, son grand amour, un noir américain qui lui vaudra l’ire de sa mère. Touchée par les implications de la ségrégation, elle publie un livre sur l’histoire de la négritude aux Etats-Unis, Negro : An Anthology publié en 1934. Nancy Cunard décède dans la solitude en 1965.

Ces deux héroïnes, tout comme l’époque dans laquelle elles évoluent, ont tout pour faire une œuvre  romanesque et vibrante de liberté. Quelle violence cette lutte à mort entre ces femmes, sans aucun espoir de réconciliation quand elles auraient eu tout pour vivre en bonne intelligence. Mais sans doute fallait-il batailler pour affirmer une indépendance et une soif d’égalité qui n’entrait pas dans le moule des convenances.

Alexandra Lapierre est une passeuse d’histoire et de témoignage sur des personnages forts qui ont marqué l’Histoire à leur façon. En s’appuyant sur des faits avérés, elle nous enchante et nous embarque dans ce duel à mort sans espoir de rédemption entre deux femmes qui ont passé leur vie à se déchirer dans l’incompréhension mutuelle. En faisant parler l’une et l’autre, puis leurs amis intimes, elle donne corps et puissance à ce témoignage de vies singulières, flamboyantes et fantastiques. Même si le lecteur reste quelque peu abasourdi face à la violence de leur conflit.

Catalogue éditeur : Pocket, Flammarion

Toute leur vie, c’est deux-là se sont aimées à se haïr. Un duel à mort.
À ma droite : la mère, Maud Cunard, richissime héritière d’une célèbre ligne de paquebots, mécène internationale à la conversation exquise, grande dame pétrie de conformisme.
À ma gauche : sa fille, Nancy Cunard. Excessive, audacieuse, scandaleuse, muse et amante d’Aragon, de Neruda, d’Aldous Huxley. De tous les combats pour la liberté, pour l’égalité raciale, pour le progrès social…
D’accord sur rien. Semblables en tout.
De la guerre qui les oppose, aucune ne sortira victorieuse.

EAN : 9782266287456 / Nombre de pages : 336 / Format : 108 x 177 mm / Date de parution : 07/03/2019 / Pire : 7,50€

Underground Railroad, Colson Withehead

Avec énormément de talent Colson Withehead embarque ses lecteurs dans une fresque étourdissante et puissante au pays des esclavagistes et de la liberté, dans cette course éternelle pour la vie entre fugitif et chasseur.

photo illustration du roman de Coslon Whitehead "Underground raildoad" blog Domi C Lire

Au XIXe, dans le sud des États-Unis. Cora est une esclave parmi tant d’autres dans une plantation de coton du sud esclavagiste. Le jour où Caesar lui propose de s’évader de la plantation Randall avec lui, elle dont la mère a réussi à s’enfuir sans être capturée par les chasseurs de neg’marron, elle hésite, puis finira par dire oui. Cora et Caesar vont alors suivre le chemin des esclaves recherchés par les chasseurs d’esclaves sur tout le territoire des États-Unis.

Colson Withehead prend alors prétexte de cette fuite pour nous raconter l’histoire extraordinaire de Underground Railroad … Car ce réseau clandestin matérialisé ici par un chemin de fer souterrain a réellement existé. Il a permis à de nombreux esclaves de s’enfuir des territoires où ils étaient exploités, martyrisés, soumis à des maitres qui prenaient parfois plaisir à exprimer leur toute puissance envers ceux qui au même titre que leurs meubles ou leurs terres, leur appartenaient, et à se réfugier au-delà de la Mason-Dixon ligne (ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud) et jusqu’au Canada.

États esclavagiste ou pas, la loi est la loi pour tous et sur tout le territoire des États-Unis, un esclave évadé n’est donc jamais réellement libre et les chasseurs d’esclaves se font fort de les retrouver, les rançons étant souvent généreuses voire exorbitantes, le maitre trahi offrait cher pour récupérer l’impudent, son châtiment cruel permettant de contrôler et de décourager ceux qui auraient eu à leur tour des velléités de fuite. Ce roman est alors prétexte pour évoquer à la fois ceux qui font le mal sans complexe ni retenue, exploitation des esclaves, viols, vente des enfants, séparation des familles, vente d’un esclave lorsqu’il n’est plus assez fort ou valide pour le travail qui lui a été assigné châtiments sordides et cruels. Cruauté gratuite et racisme s’appuyant sur une idéologie religieuse complaisante qui parle de race inférieure, mais aussi argument commercial, maintien ou amélioration des exploitations de coton ou d’indigo, tous les prétextes sont bons pour expliquer et accepter l’esclavagisme.

Mais aussi l’aide apportée dans l’ombre, au risque de la vie de familles entières, par des blancs conscients qui l’esclavagisme et la condition des noirs ne peut être ni acceptée ni acceptable, qu’il est important d’essayer de faire évoluer les consciences, mais qui en attendant font tout pour aider la fuite et la mise en sécurité de ceux qui ont osé franchir les limites de la plantation, de la propriété des maitres. Que ce soit par des noirs affranchis ou nés libres, par des blancs abolitionnistes ou à la conscience éveillée, l’aide si précieuse était souvent une prise de risque mortelle pour ceux qui s’impliquaient.

Pourquoi j’ai tant aimé ce roman ? Parce que sous couvert d’une superbe fresque historique et mélodramatique superbement écrite et rythmée – portrait d’un des personnages principaux, étape de la fuite de Cora, et sordides et véridiques petites annonces pour récupérer un esclave en fuite (bien utiles aux chasseurs d’esclaves)- Colson Withehead ose avec talent nous rappeler une fois encore que les races et les différences ne sont que des subtilités temporelles, que le regard que l’on porte sur les hommes est souvent dévoyé par l’époque dans laquelle il se place, et surtout que le combat pour l’égalité de tous est permanent et indispensable. Parce qu’il est bon de savoir ce qui a été fait. Mais aussi que ce combat est toujours d’actualité, qu’il est indispensable d’ouvrir les yeux sur le monde et ses inégalités.

Comment ne pas penser et avoir alors en tête la chanson de Mark Knopfler…You talk of liberty
How can America be free…
We are sailing to Philadelphia
To draw the line 
The Mason Dixon line

D’après Wikipédia : D’après James A. Banks au cours du XIXe siècle, environ 100 000 esclaves se seraient échappés grâce au « Railroad ». L’Amérique du Nord britannique, où l’esclavage est interdit, est une destination courante, puisque sa longue frontière offre de nombreux points d’accès. Plus de 30 000 personnes sont supposées s’y être échappées grâce au réseau pendant la période de pointe qui a duré 20 années, bien que les chiffres du recensement américain ne fassent état que de 6 000.

Harriet Tubman a œuvré avec les quakers pendant les années 1850 pour permettre au plus grand nombre d’esclaves de gagner la liberté. Les histoires sur les fugitifs du chemin de fer clandestin sont consignées dans une chronique intitulée The Underground Railroad Records.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Livre de Poche, Albin-Michel

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir pour gagner avec lui les États libres du Nord, elle accepte.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
Exploration des fondements et de la mécanique du racisme, récit saisissant d’un combat poignant, Underground Railroad est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Né à New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération. Undergound Railroad, son premier roman publié aux éditions Albin Michel, a été élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, récompensé par le National Book Award 2016 et récemment distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». 

416 pages / Date de parution : 27/03/2019 : EAN : 9782253100744

John Ford et les Indiens, Arnaud Balvay et Nicolas Cabos

Un livre passionnant pour comprendre pourquoi Monument Valley est le « lucky spot » de John Ford et son attachement aux tribus indiennes

Mes plus grands souvenirs de voyages sont ceux que j’ai faits en  1976, puis en 80, aux États Unis, que j’ai traversés d’est en ouest, pour rester deux mois en Arizona et Californie. J’ai toujours en mémoire les visites aux réserves Navajos et les quelques contacts avec les indiens qui à l’époque tenaient quelques boutiques en particulier celles vendant alcool ou carburant, en plus des incontournables boutiques à souvenirs. Tout le monde, ou presque,  se souvient des westerns de John Ford, vus et revus au cinéma puis à la télévision, dans lesquels les indiens ont une place importante.

Aussi quand Babelio et Séguier ont proposé ce livre, « John Ford et les Indiens » d’Arnaud Balvay et Nicolas Cabos, je n’ai pas hésité. Si je ne suis pas une cinéphile avertie, j’ai cependant beaucoup apprécié ce livre, particulièrement bien documenté, organisé en différentes parties, et qui nous présente John Ford et son attachement aux tribus Navajos et à certains indiens en particulier, qu’il a bien souvent fait tourner dans ses films.

Au fil des pages, on découvre l’évolution du rôle des indiens dans les films de John Ford, de figurants quasi insignifiants jouant à la perfection le rôle qui leur est imposé, à celui, au fil des films, de leur véritable rôle dans l’Histoire, et l’attachement et la considération du cinéaste à leur égard se retrouve également dans la considération des navajo envers John Ford. Devenu membre honoraire de leur tribu en 1955. On comprend aussi comment Monument Valley devient le « lucky spot » qui porte chance au réalisateur. John Ford prendra un plaisir certain à tourner en toute liberté sur la terre Navajo que les spectateurs découvrent alors avec bonheur.

Cependant, si le rôle des Navajos évolue au fil des films, leurs noms n’apparaissent toujours pas dans les génériques, l’évolution de la société n’est pas forcément  en phase avec l’évolution du cinéaste. Mais il me semble que c’est notre regard actuel qui nous fait dire cela, et qu’il est toujours très difficile de se replacer concrètement dans le passé.

Si vous aimez les westerns, et si vous avez la curiosité de mieux comprendre une époque, vous serez aussi séduits que moi par ce superbe livre. Textes et photos se mêlent étroitement aux souvenirs pour mieux comprendre une Histoire. C’est assurément un livre que l’on a envie de feuilleter, de poser sur une table et de reprendre régulièrement, de parcourir au hasard, ou de lire assidument, tout est possible. Les photos qui ponctuent les chapitres sont superbes, j’en aurai presque souhaité un peu plus !

Catalogue éditeur : Éditions Séguier 

John Ford et les Indiens, c’est l’histoire d’une rencontre.
En 1938, alors qu’il est à la recherche d’un lieu pour tourner La Chevauchée fantastique, qui va relancer le western, John Ford découvre Monument Valley et ses habitants : les Indiens Navajos.
Après ce premier contact, Ford et les Navajos s’illustrent chacun de leur côté pendant la Seconde guerre mondiale avant de se retrouver en 1946 pour La Poursuite infernale. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1973, John Ford tournera sept autres films avec les Navajos.
Au cours de ces trois décennies, le réalisateur et les Amérindiens ne cesseront de se découvrir mutuellement et noueront des liens forts et durables. Ces relations feront évoluer les conceptions de Ford au sujet des « Native Americans », modifieront sa façon de les filmer et amélioreront pour un temps la vie matérielle des Navajos.
En s’appuyant sur les archives du réalisateur et des témoignages inédits, le livre raconte cet âge d’or vu des « deux côtés de l’épopée » comme disait Ford.

Arnaud Balvay est docteur en histoire, spécialiste de l’Amérique du Nord et des Amérindiens. Il a publié plusieurs articles et ouvrages spécialisés (L’Épée et la plume. Amérindiens et soldats des troupes de la marine en Louisiane et au Pays d’en Haut (1683-1763), Québec, 2006 ; La Révolte des Natchez, Paris, 2008). Depuis près de vingt ans, il entretient des relations avec des amis navajos vivant à Phœnix, Flagstaff ou Kayenta.

Nicolas Cabos est professeur de cinéma, chroniqueur, scénariste, auteur dramatique et metteur en scène. Professeur à l’Ecole Supérieure de Gestion, il anime un cours de cinéphilie destiné à des étudiants en master de production audiovisuelle. Co-commissaire de l’exposition Le Cinéma à Saint-Cloud, le rêve et l’industrie, au Musée des Avelines de Saint-Cloud en 2012, il en a également co-signé le catalogue.

Prix: 21.00 € / Parution : 19/03/2015 / ISBN : 9782840496892 / Format : 15×21 cm 300 pages

Big Daddy, Chahdrott Djavann

Big Daddy, de Chahdortt Djavann alterne entre thriller, roman intimiste et roman noir avec une grande subtilité

Big daddy

Big Daddy, c’est l’archétype de l’homme qu’on souhaite ne jamais rencontrer. Pourtant, lorsqu’il se prend d’amitié pour un adolescent d’origine latino, c’est pour Rody comme un rêve. Rodrigues est un enfant paumé des rues et des quartiers pauvres de l’Amérique profonde, celle des malfrats et de la drogue, des petits boulots et de la prostitution, des obèses et des tueurs en série.

Condamné pour un triple meurtre Rody est emprisonné à vie sans aucun espoir de remise de peine. Son avocate vient le retrouver chaque semaine sans faillir pendant quatorze ans. Elle va progressivement l’éduquer, puis obtenir des confidences qui auraient pu faire changer l’issue de son procès. Enfin et surtout, elle va éprouver des sentiments très singuliers pour cet adolescent, elle qui se sent certainement protégée de toutes conséquences préjudiciable à son équilibre par la réclusion définitive de Rody. Les chapitres alternent la vision de l’adolescent, la vie de Big Daddy, puis celle de son avocate.

L’auteur aborde le difficile thème des condamnés à la réclusion à perpétuité sans aucun espoir de liberté conditionnelle, peine définitive et irrémédiable comme les états Unis sont capables d’en prononcer, y compris pour de jeunes adolescents. Peut-être aussi l’inquiétant équilibre qui se crée entre un détenu et son visiteur de prison, en abordant les liens subtils et occasionnellement risqués qui se tissent alors. C’est sombre, violent, attachant, singulier, très surprenant même et l’issue est également tout à fait inattendue. Je découvre Chahdortt Djavann et j’ai l’impression qu’elle sort ici de son genre habituel. Son écriture est prenante et malgré le fait qu’il soit aussi violent je n’avais aucune envie de lâcher ce roman inclassable. Big Daddy alterne entre thriller, roman intimiste et roman noir avec une grande subtilité.

Catalogue éditeur : Grasset

Un gamin des rues, Rody, est condamné à perpétuité pour un triple meurtre dans un trou perdu de l’Amérique profonde.
Lors de ses tête-à-tête dominicaux avec l’avocate commise d’office, Rody lui raconte son intimité avec Big Daddy, grand pervers criminel qui avait fait de lui son « fiston ».
Argent, drogue, sexe et loi de la haine, blancs, noirs, obèses, prostituées: tout y passe…mais rien ne se passe comme on peut l’imaginer.
« Rody’s case », l’affaire Roddy, est médiatisée et devient un enjeu de la campagne politique du gouverneur : consentira-t-il à le relaxer ?
Trois voix, trois histoires tendent cette intrigue pour composer un suspense psychologique d’une rare efficacité où chaque chapitre recèle une surprise, un retournement ou un coup de théâtre.
Roman politique et social, roman intime, roman noir : âmes sensibles, s’abstenir !

Format : 140 x 205 mm / Pages : 288 / EAN : 9782246851783 / Prix : 18.00€