Sam Rykiel, Nathalie Rykiel

Dans la famille Rykiel, je demande le père…

J’ai découvert l’auteur en 2017 avec Écoute moi bien ce livre dont je vous en avais parlé ici qui évoquait une relation quasi fusionnelle avec sa mère Sonia Rykiel,.

Aujourd’hui je découvre ce roman-récit le retour intimiste et émouvant d’une fille qui évoque sa relation manquée avec ce père absent et exigeant qui n’a pas su lui donner l’attention ni l’amour espérés. Il aura fallu quarante-quatre ans, et sans doute la fin de la belle histoire de la marque Sonia Rykiel, pour que Nathalie arrive enfin à mettre sur le papier cette relation étrange avec le père.

Sam Rykiel est amoureux fou de sa femme Sonia, un amour qui durera bien après leur divorce. Quand Sonia le quitte, il abandonne son métier dans le prêt à porter et s’occupe intensément de son fils devenu aveugle à la naissance. Comment imaginer alors qu’il lui reste du temps et de l’énergie pour une fille en attente d’affection et de reconnaissance.

Sam Rykiel est le fils d’une famille d’émigrés polonais installée à Paris et qui travaillent déjà dans la couture. Sam est un homme brillant, intelligent, il aime apprendre. C’est lui qui lance Sonia et pose les bases concrètes et solides du magasin, de la marque qui est dans un premier temps Sonia Rykiel pour Laura (le magasin de Sam). Elle est rebelle et belle, libre et fantasque, elle a une âme de créatrice, inspiratrice d’une nouvelle façon de vivre. Elle imagine une ligne de pulls dans lesquels les femmes sont plus légères, moins prisonnières de certains carcans. Lorsqu’elle le quitte quelques années plus tard il accepte qu’elle garde son nom, devenu celui de sa marque de prêt à porter. Il meurt à 48 ans d’une rupture d’anévrisme.

Ce n’est pas seulement un livre sur Sam, Nathalie y évoque sa relation avec son père, ses attentes jamais comblées, le manque et toutes ces questions à jamais sans réponse. Un lire sur l’amour qui est là mais qu’on ne dit pas, que l’on ne sait pas toujours donner et que l’on attend pourtant.
C’est à la fois émouvant, bouleversant, intime et universel.

Catalogue éditeur : Stock

Ce n’est pas un livre sur mon père. Ce serait plutôt un livre sur le temps qu’il m’aura fallu pour parler de mon père.

Beaucoup de temps. Peut-être une vie entière pour aborder enfin Sam Rykiel, l’homme qui donne son nom à sa femme Sonia, à ses enfants, dont Nathalie, et à une marque naissante, moderne, féminine, dont personne ne sait ce qu’elle doit à la partie masculine du couple Rykiel. (…)
Ce livre est écrit au nom du nom du père.  Dire d’où vient ce nom, Rykiel, le lui restituer, dire aussi  les blessures  d’un père manqué… C’est une enquête par subtiles touches, par surprises. Les étapes de la découverte d’un inconnu, d’un destin jeté dans l’ombre, d’un homme qui pose soudain au premier plan, et c’est le plus beau, le plus surprenant livre de Nathalie Rykiel : Du côté de chez Sam.

Nathalie Rykiel, fille de Sonia, a dirigé le groupe de mode du même nom de 1995 à 2012. Depuis quelques années, Nathalie affirme sa voix singulière d’écrivain, ainsi dans Écoute-moi bien, paru chez Stock en 2017.

Parution : 04/03/2020 / 192 pages / Format : 215 x 135 mm / EAN : 9782234088825 / Prix : 18.00 €

Un samedi soir entre amis, Anthony Bussonnais

Une ambiance surréaliste pour un roman noir efficace et addictif

Dans une petite ville en apparence bien tranquille de province, François organise un nouveau samedi soir extra-ordinaire pour ses amis et voisins. La soirée sera belle, chacun pourra se donner à fond, se détendre et décompresser. Méticuleux, il a tout organisé, réglé, préparé minutieusement, rien de doit entraver le cours bien huilé de cet événement.

Ce soir, c’est donc la fête pour certains, mais pour Medhi, nu et grelottant dans la forêt et la nuit noire, c’est l’angoisse à l’état pur. Il a beau s’interroger, il n’arrive pas à imaginer le sort qui va lui être réservé.

Pour Claire, c’est l’inquiétude, son petit ami est toujours tellement ponctuel mais ce soir il n’est pas là. Jamais il n’a manqué de rendez-vous, encore moins lorsqu’il vient la chercher pour aller chez ses parents où ils vont rompre ensemble le jeûne du Ramadan.

Le roman prenant et haletant alterne entre le récit de François, celui de Medhi et celui de Claire, passant du vendredi au samedi en particulier. Nous suivons cette chasse à l’homme inhumaine et glaçante avec circonspection et une bonne dose d’angoisse. Si certains personnages sont trop caricaturalement marqués, trop noir ou trop blanc, trop méchant ou trop gentil, très humain ou très raciste, cependant je dois avouer que le rythme est là, l’intrigue est prenante et l’auteur réussi à m’embarquer dans cette nuit aussi sombre que désespérante.

Ici point de Ku Klux Klan, mais on n’en est pas loin avec ce groupe de racistes bien résolus à se faire un bougnoule, horreur absolue s’il en est. Dans ce groupe disparate de grands malades où les caractères sont poussés à l’extrême, il y a de tout, attardé mental ou notable du coin, couple en mal d’action. Mais au final, l’effet de groupe est tel qu’aucun ne va reprendre son libre arbitre ni se poser la question de la justesse de ses actes. C’est d’ailleurs totalement angoissant cette idée du groupe dans lequel chacun va agir à l’encontre de sa propre volonté, pour rentrer dans un moule sans se faire remarquer.

Voilà un thriller bien ficelé, à l’écriture efficace, qui malgré quelques défauts embarque ses lecteurs dans une course poursuite sans merci.

Il y a quelques mois, j’assistais à la remise du prix à Anthony Bussonnais, Lauréat 2019 du prix Kobo Fnac Les talents de demain, édité par Préludes avec le soutien de Babelio, une édition parrainée par Sophie Tal Men.

Catalogue éditeur : Préludes

Claire, inquiète, consulte à nouveau son portable. Il est vingt heures passées et son petit-ami, qui était censé venir la chercher, est introuvable. Cela fait bientôt six mois qu’ils sont ensemble, Claire le connaît bien. Medhi est toujours à l’heure.
François est extrêmement organisé. Grâce à lui, la soirée du samedi est devenue un évènement incontournable que ses voisins, choisis avec le plus grand soin, ne rateraient pour rien au monde. C’est le moment idéal pour décompresser et se relâcher.
En plein cœur de la forêt, Medhi est nu. Il tremble. Malgré l’obscurité, il parvient à repérer plusieurs personnes autour de lui, les rires vont bon train, tout le monde semble à la fête… Mais qu’attend-on vraiment de lui ?

Anthony Bussonnais est né dans le Maine-et-Loire et travaille dans une coopérative. En 2015, il se lance dans l’écriture de son premier thriller qu’il auto-publie l’année suivante. 

Retrouvez le blog d’Anthony Bussonnais ici

Parution : 21/09/2019 / EAN : 9782253040477 / Nombre de pages : 352 / Prix e.book 12.99 € / Paru le 5 février pour la version papier

Après la fête, Lola Nicolle

Reflet criant de vérité sur les attentes et les désillusions de la jeunesse d’aujourd’hui, « Après la fête » de Lola Nicolle, le premier roman d’une jeune autrice au style très prometteur.

Se rencontrer, vivre ensemble, s’aimer, et c’est la fête… Mais quand l’amour s’en va, doucement, lentement, inexorablement, on se demande pourquoi et comment on en est arrivé là, après la fête.

Depuis l’université, Raphaëlle et Antoine sont inséparables. Leurs études, les amitiés en commun, le monde à refaire, les projets et l’insouciance des années étudiantes les ont rapprochés. Vivre ensemble est un bonheur de chaque jour. Pourtant, une fois leurs diplômes en poche, lorsque Raphaëlle trouve un emploi, Antoine peine à trouver sa place. D’échecs et refus, son caractère change. Il devient irritable, perd confiance et cette instabilité vient perturber l’équilibre du couple. Leur relation se délite peu à peu.

Sous la plume de l’auteur qui écrit à la première personne, Raphaëlle évoque sa vie avec Antoine et s’adresse à lui tout au long du roman, en employant alors la deuxième personne. C’est tout d’abord déroutant, puis on entre peu à peu dans cette écriture. J’ai suivi avec bienveillance les aléas de leur  vie, qui nous rappelle insidieusement celle de tous ces jeunes gens qui vivent ou ont vécu ces moments de doute et d’incertitude. Qui a dit que l’entrée dans le monde du travail et la vie adulte était une libération ? La vie étudiante est une période d’insouciance et de liberté unique, c’est aussi le siège de nombreux enjeux dont la réussite ou l’échec vont conditionner votre avenir.

Malgré quelques longueurs ou répétitions, Lola Nicolle a su me faire entrer dans la tête de Raphaëlle, et d’Antoine à ses côtés. Il y a dans son roman une forme de mélancolie et une sincérité dans les personnages qui les rend particulièrement attachants. Leurs émotions, leurs espoirs, leurs échecs et leur désamour, je les ai vécus près d’eux, avec eux, intensément, tristement. J’ai aimé découvrir et tenter de comprendre leurs interrogations sur l’amour, la relation de couple, les projets d’avenirs, les rêves enfuis.

On appréciera également la bande son qui accompagne le roman, comme pour ancrer chaque chapitre dans le quotidien des gens ordinaires que nous sommes aussi.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : Les Escales

Dans le Paris d’aujourd’hui, Raphaëlle et Antoine s’aiment, se séparent, se retrouvent… pour mieux se séparer et s’engouffrer dans l’âge adulte. En quête de sens, ils ont du mal à trouver leurs repères.
Un premier roman d’une grâce absolue. Une écriture éblouissante et sensorielle. La force d’un roman générationnel. Arpentant les rues du quartier de Château-Rouge, Lola Nicolle nous plonge dans le Paris d’aujourd’hui.
Après la fête raconte les ruptures qui font basculer dans l’âge adulte. Il y a d’abord celle – universelle – entre deux êtres, quand Raphaëlle et Antoine se séparent. Puis celle qui survient avec l’entrée dans le monde du travail, lorsque la réalité vient peu à peu…

Née en 1992, Lola Nicolle est éditrice. Elle est l’auteure  d’un recueil de poésie Nous oiseaux de passage (Blancs Volants, 2017) et a participé à l’ouvrage collectif Les Passagers du RER (Les Arènes, 2019). Elle vit à Paris et signe avec Après la fête son premier roman.

État d’ivresse. Denis Michelis

La mère, le fils, l’alcool et la solitude de celle qui détruit sa vie chaque jour à petite gorgée… c’est l’État d’ivresse selon Denis Michelis

C’est la mère de Tristan, un adolescent de 17 ans qu’elle ne reconnait plus, c’est l’épouse d’un mari absent qui laisse des messages qu’elle n’entend pas… c’est l’amie de Célia, sa voisine et disons le plutôt son ex-meilleur amie, et surtout, c’est une femme en état d’ivresse du matin au soir. Vautrée dans son canapé, elle cherche les combines les plus improbables pour acheter, cacher, consommer tout l’alcool possible, ces doses qui lui feront oublier sa solitude, son désespoir dans cette maison vide qu’elle exècre.

Journaliste, mère, épouse, femme brisée… bien sûr elle sait qu’il faudrait se soigner, arrêter, ne plus boire, mais rien ne peut l’en empêcher. Difficile dégringolade, pitoyable dégringolade de cette femme perdue. L’alcoolisme féminin est toujours si dramatique. Quand rien, pas même son enfant, ne peut vous faire stopper la chute inexorable.

L’auteur s’est faufilé dans la tête de sa narratrice pour la faire parler, et son roman est criant de vérité, de désespoir, de justesse aussi. Étonnant par la différence de langage, de personnages qui cohabitent dans la tête malade de cette femme désespérée, qui boit et oublie, qui boit et se perd, qui boit tant que ça ressemble presque à un suicide, et  que l’on a tant envie de secouer.

Ce roman me fait penser au roman à celui de Cathy Galliégue Et boire ma vie jusqu’à l’oubli qui abordait également ce thème et que j’avais trouvé particulièrement réussi. Dans le roman de Denis Michelis État d’ivresse il m’aura manqué quelque chose pour vraiment compatir et comprendre cette femme, l’origine de son état ou un espoir de solution pour l’avenir. Là j’ai eu l’impression de plonger dans cette ivresse sans plus jamais pouvoir en sortir, une immersion dans le désespoir à l’état pur en somme.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Notabilia Noir sur Blanc

État d’ivresse brosse le portrait d’une femme brisée qui, en s’abîmant dans l’alcool, se fait violence à elle-même. La mère d’un adolescent, en état d’ivresse du matin au soir, se trouve en permanence en errance et dans un décalage absolu avec la réalité qui l’entoure. Épouse d’un homme absent, incapable d’admettre sa déchéance et plus encore de se confronter au monde réel, elle s’enferme dans sa bulle qui pourtant menace de lui éclater au nez. 

Comme dans ses deux précédents romans, on trouve sous la plume de Denis Michelis les thèmes de l’enfermement et de la violence conjugués à l’impossibilité d’échapper à son destin.

« Il ne me reste plus qu’à prendre mon élan, qu’à courir pour sortir de cette maison et ne plus jamais y revenir. Mais quelque chose m’en empêche, et cette chose se trouve là, à mes pieds : mon verre tulipe. »

Date de parution : 03/01/2019 / Format : 12,8 x 20 cm, 180 p., 14,00 € / ISBN 978-2-88250-545-3

Il n’y a pas internet au paradis. Gaëlle Pingault

« Il n’y a pas internet au paradis » mais il y a peut-être ceux qui partent trop tôt, chronique d’après … un suicide annoncé, par Gaëlle Pingault.

Domi_C_Lire_il-n-y-a-pas-Internet-au-paradisComment réagir après une tragédie, et peut-on l’accepter quand celui qui partage votre vie vient de commettre un acte irrémédiable, ne vous laissant aucun indice pour comprendre son geste ?

C’est ce que vient de vivre Aliénor. Mariée à Alex depuis quelques années, et alors que leur couple rêvait d’enfants et de mise au vert à la campagne, cette jeune femme a vu celui-ci s’enliser inexorablement dans une spirale de dépression et de perte de confiance. Et ce à la suite de l’arrivée d’un nouveau chef tout disposé à appliquer les règles de harcèlement systématique, celles qui font partir les salariées de l’entreprise à coup sûr, et même comme certains auraient pu le dire « par la porte ou par la fenêtre »… Car les méthodes appliquées par le boss sont promptes à isoler les personnes qu’il faut faire partir, à les placer en situation de perte de confiance en soi.

Les conséquences sur la vie du couple, sournoises, ont sapé leur relation au point qu’Alex n’a pu confier son mal-être à personne, pas même à sa femme … La seule issue de secours pour cet homme qui pourtant maitrisait sa fonction depuis de longues années et dont les capacités n’étaient plus à prouver est de se suicider au vu de tous.

La question qui se pose alors pour Aliénor est de savoir si elle aurait pu comprendre que la situation était tragique au point qu’Alex souhaite perdre la vie. Mais Aliénor le comprend vite, la culpabilité et le chagrin sont mauvais conseillers, aussi va-t-elle user d’armes plus sournoises pour « faire payer » à sa façon ces managers qui n’ont eu aucune pitié ni aucune humanité envers son mari et sans doute envers certains de ses collègues. Seul moyen pour elle de continuer sa route, sans Alex, sans remords ni regrets. Elle se confronte à cette occasion à toutes sortes de sentiments contradictoires de la part des témoins potentiels de la descente aux enfers de son mari, ceux qui ont tenté de… , ceux qui auraient pu…, ceux qui ont respiré  de savoir que ce n’était pas leur tour…, ceux qui n’ont pas osé aider, par peur de…

Voilà un roman qui pose quelques interrogations sur le management, les méthodes de travail où les hommes ne sont plus que des variables d’ajustement, simples ETP (équivalents temps plein) que l’on peut jeter à la demande, sur l’isolement de plus en plus criant dans les entreprises, mais aussi sur la solidarité, le soutien qui savent parfois s’instaurer au cœur de ces situations. Quel est le prix à payer pour avoir la conscience tranquille, ou celui que l’on peut accepter pour reprendre sa route ? La façon de traiter le problème du harcèlement, mais aussi celle d’aborder le suicide et la culpabilité de ceux qui restent, et enfin la résilience, sont particulièrement bien maitrisées, un premier roman prometteur !

Autre vision de celui qui reste, et de l’incompréhension après le suicide, l’excellent roman de Marie Laberge Ceux qui restent, autre vision du harcèlement moral en entreprise le roman de Stéphanie Dupays. Brillante.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Éditions du Jasmin

Gentiment bourgeois bohèmes sans être tout à fait dupes, Alex et Aliénor s’aiment, envisagent de faire un enfant ou deux, et de se déconnecter d’un monde qui va trop vite. Mais la Grande Entreprise en a décidé autrement. À coups de réorganisations, elle consomme de l’être humain comme une machine du carburant : sans états d’âme.
Entre chagrin et souvenirs, la colère d’Aliénor monte contre l’entreprise, mais aussi contre Alex, à qui son amour n’a pas suffi pour continuer à vivre. Et puis le deuil se fait, Aliénor commence une existence nouvelle, un peu hésitante, avec une seule certitude : face à l’adversaire, il ne faut pas plier.
Sans rien masquer de la souffrance de son personnage, l’écriture enlevée, touchante et drôle de Gaëlle Pingault réussit à tenir à distance la cruauté des entités déshumanisées pour laisser à l’individu toute la place, car en continuant à chercher son paradis sur cette Terre et dans cette vie, il est le seul grain de sable capable de gripper la machine.

ISBN: 978-2-35284-220-0 / format: 15×19 – 224 pages / 19,90 € /  Date de parution : 03/09/2017