Montagnes Russes, Gwénola Morizur, Camille Benyamina

Vouloir être parents à tout prix, est-ce possible ?

Être parents à tout prix n’est pas donné à tous les couples. Le parcours peut s’avérer long, difficile et sans issue heureuse.

Aimée et Jean ne le seront sans doute jamais, malgré leur désir fou d’avoir un enfant, malgré leur amour si fort, malgré la science et ce qu’elle peut parfois apporter pour aider une nature trop capricieuse. Pour eux, point de FIV, de maternité heureuse, de ventre arrondi et de layette à choisir. Ni la nature ni le progrès et ses évolutions ni pourront rien. Il y a parfois bien des tensions dans ce couple si uni malgré l’épreuve, bien des regrets face à l’échec.

Aimée travaille dans une crèche. Un métier qu’elle aime, des enfants auxquels parfois elle s’attache. Comme avec ce petit Julio si craquant que sa mère a bien du mal à gérer. Une succession de retards et de manque d’attention de la part de sa mère, et Aimée commence à s’occuper un peu trop de ce petit garçon. Une forme d’amitié va même s’esquisser entre les deux femmes. Mais comme pour les montagnes russes, elle oscille entre confiance, défiance et jalousie, et bientôt les complications s’annoncent…

La douceur ou l’énergie du dessin et des couleurs, le graphisme dynamique et parfois sombre, mais surtout les situations qui semblent tellement justes, réalistes et humaines donnent une cohérence et un rendu particulièrement touchants. Le parcours du désir d’enfant, les espoirs déçus, la tristesse et la résignation, sont très bien décrits et aident à mieux comprendre ceux qui traversent une telle épreuve.


Catalogue éditeur : Grand Angle

Une histoire d’amour et d’amitié : de celles qui nous prennent par surprise, nous oxygènent et nous métamorphosent.  
Aimée et Jean rêvent d’avoir un enfant. C’est devenu une idée fixe et les échecs successifs de procréation médicalement assistée sont de plus en plus durs à accepter. Dans la crèche où Aimée travaille, elle fait la connaissance de Charlie, qui élève seule ses trois enfants, et vient inscrire Julio, son petit garçon. Lorsqu’Aimée prend sous son aile l’enfant de Charlie, un lien se tisse entre elles, plus grand et plus fort qu’elles ne l’auraient imaginé. Une histoire qui nous entraîne sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent à la vie, et les sensations fortes qui les accompagnent.  

Scénario : Gwénola MORIZUR Dessin, Couleur : Camille BENYAMINA

Paru le 02 Juin 2021 / 16,90 € / 80 pages / ISBN 978-2-81897-600-5

Nos corps étrangers, Carine Joaquim

Les insoupçonnables tourments du corps et de l’esprit, un premier roman noir qui bouleverse nos certitudes

Plonger en apnée… dans la vie de ce couple qui s’exile en banlieue parisienne « pour que ça aille mieux » mais qui manifestement s’exile aussi pour tenter de se raccorder. À qui et à quoi ?
Quand un mari part chaque matin travailler à Paris, dans ces transports qui vous abîment plus sûrement que quelques dizaines d’années de plus au compteur
Quand son épouse se morfond à longueur de journée même si elle a enfin de la place pour manier les pinceaux et s’adonner pleinement à ses aspirations d’artiste peintre.
Quand leur fille rejette avec force le nouveau lycée dans lequel elle va pourtant enfin trouver une épaule attentive et aimante en la personne d’un jeune émigré africain qui sort indiscutablement du lot des autres lycéens.

Difficile de les rassembler ces corps qui s’évaporent, se rejettent, s’ignorent.
De nombreux thèmes sont abordés par l’auteur, relation de couple, adultère, crise d’adolescence, émigration, secret et anorexie, handicap et différence, solitude et perte de confiance. Et pourtant tout s’enchaîne, s’emboîte comme une évidence jusqu’à ce final qui nous entraîne vers les plus sordides faits divers, et dans lequel éclate toute la solitude, le désespoir de certains êtres que l’on aurait pourtant bien imaginés capables de bonheur.

Un premier roman très prometteur, où la violence éclate et bouleverse, et que l’on ne peut pas lâcher avant de savoir, mais surtout avant la claque finale.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La manufacture de livres

Quand Élisabeth et Stéphane déménagent loin de l’agitation parisienne avec leur fille Maëva, ils sont convaincus de prendre un nouveau départ. Une grande maison qui leur permettra de repartir sur de bonnes bases : sauver leur couple, réaliser enfin de vieux rêves, retrouver le bonheur et l’insouciance. Mais est-ce si simple de recréer des liens qui n’existent plus, d’oublier les trahisons ? Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ?

Dans son premier roman, Carine Joaquim décrypte les mécaniques des esprits et des corps, les passions naissantes comme les relations détruites, les incompréhensions et les espoirs secrets qui embrasent ces vies.

19,90 euros / 232 pages / Parution le 07/01/2021 / ISBN 978-2-35887-724-4

Le dilemme, B.A. Paris

Parler, ou se taire ? Quand silences et non-dits troublent l’équilibre d’une famille

Livia rêve de cette fête d’anniversaire depuis ses vingt ans. Le jour est enfin arrivé, elle a quarante ans et tout est enfin prêt pour célébrer cette date qu’elle veut unique, festive, joyeuse, et qui va remplacer la cérémonie de mariage qu’elle n’a jamais eue. Adam, amoureux comme au premier jour, ne sait pas comment faire plaisir à sa femme. Il a organisé une jolie surprise pour son épouse.

Ils ont deux enfants. Josh est né lorsqu’ils étaient encore étudiants. Il a bouleversé l’avenir de Livia, l’a privée de ses études et du mariage dont rêvaient pour elle ses parents, mais il fait le bonheur de sa mère. Marnie, étudiante à Hong-Kong, est la fille à son père, celle qu’il adule en secret et à qui il pourrait passer toutes les folies. C’est grâce à leur entente parfaite que Marnie et Adam ont concocté dans le plus grand secret la surprise idéale pour Livia.

L’auteur nous entraîne alternativement dans la tête et les pensées de Livia, puis d’Adam, tout au long de cette journée unique de bien des façons. Et pendant ce temps, Marnie nous apparaît en fil rouge, tantôt fille aimante et aimée, tantôt mystérieuse et presque haïssable, sans qu’à aucun moment elle ne puisse s’expliquer.

Tout l’intérêt du roman, malgré certaines invraisemblances dans les sentiments et les situations décrits, vient du dilemme vécu par chacun des protagonistes, à propos de ce qu’il doit révéler ou pas. Peu à peu, on découvre que l’un comme l’autre connaissent des secrets à propos de leur fille, mais aucun des deux n’est prêt à les dévoiler pour ne pas gâcher la fête.

Alors, dira, dira pas, angoisse, inquiétude, chaque parent tait ce qu’il sait mais que le lecteur découvre par leurs points de vue. À chaque instant, on attend l’explosion, le clash, le retournement de situation, les mots qui doivent sortir mais restent muets, la journée se déroule heure par heure dans l’inquiétude, le quiproquo, l’interrogation secrète et tourmentée de l’un puis de l’autre.

Le poids des non-dits, les secrets, les silences, pèsent sur chacun des protagonistes et polluent leur relation heure par heure jusqu’au final que chacun attend comme une délivrance. Tant il est vrai que face au silence, les comportements des individus deviennent parfois incompréhensibles, et peuvent être interprétés différemment par celui qui les reçoit ou celui qui les émet, et cela perturbe profondément les relations entre les êtres humains.

Voilà un thriller que l’on peut qualifier de psychologique ou domestique, intéressant malgré quelques longueurs. Si j’ai aimé ma première lecture de cet auteur, il m’en faudra d’autres pour l’apprécier à sa juste mesure.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Hugo et Cie

Livia rêvait d’une soirée inoubliable pour son quarantième anniversaire. Alors Adam, son mari, a fait en sorte que la fête soit grandiose. Leurs amis sont tous là. Ne manque plus que leur fille, Marnie, qui viendra exprès de Hong Kong – Livia ne le sait pas, ce sera une surprise. Un sujet de conversation jette un furtif voile d’ombre parmi les invités : un avion s’est écrasé au Caire, le matin même. Mais il suffit d’un verre ou d’une invitation à danser pour ne plus y songer. Seul Adam le sait : Marnie aurait dû être à bord de cet avion. Heureusement, pense-t-il, qu’elle a manqué sa correspondance et qu’elle n’a donc pas pu monter à bord. Sans doute a-t-elle été transférée sur un autre vol. Dès lors, pas la peine d’inquiéter Livia, n’est-ce pas ?…

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Vincent Guilluy.

Date de parution : 26/05/2021 / prix : 7,90€ / 384 pages / EAN : 9782253241508

Éditeur d’origine : Hugo et Compagnie / parution 8/05/2020 / ISBN papier : 9782755644777 prix 19,95€ / ISBN numérique : 9782755648829 prix 9,99€

Bonne nuit maman, Seo Mi-Ae

Violence et manipulation au pays du Matin Calme

Seon-geyong Lee est une criminologue appréciée de ses étudiants. Formée au FBI, elle fait étrangement penser à la Jodie Foster du silence des agneaux. Surtout lorsqu’un tueur en série la fait appeler du fond de sa prison et souhaite la rencontrer. Lui qui ne veut rien dire de ses meurtres et de sa folie, l’occasion est belle d’essayer de le faire parler.

Mais n’est-ce pas aussi un piège de répondre à un homme aussi pervers ? Car le tueur en série Byeong-do Lee est passé maître dans l’art de manipuler son monde. Il ne sera donc pas évident d’arriver à lui faire dire quoi que ce soit ou de l’emmener là où elle le souhaite.

En parallèle à ses rencontres à la prison, Seon-geyong Lee va voir sa vie de couple bouleversée. En effet, son mari vient de recueillir sa fille d’un premier mariage. Élevée par ses grands-parents maternels au décès de sa mère, ces derniers viennent de disparaître dans un violent incendie. La fillette est désormais sous la garde de son père et d’une belle-mère qu’elle ne semble pas prête à accepter facilement. La jeune femme va de découverte en surprise car son mari ne lui avait pas tout révélée sur son premier couple et sur sa fille. Rapidement, c’est elle qui doit s’occuper de cette enfant, et affronter ses états d’âme et sa mauvaise volonté.

Seon-geyong Lee doit maintenant gérer deux relations difficiles en parallèle. D’une part avec le tueur en série qui se dévoile peu à peu et dont on devine une enfance de souffrance et une relation délétère à la mère ; et d’autre part, avec une fillette de dix ans qui sous des airs de petit ange cache peut-être un jeu aussi pervers qu’inquiétant.

J’ai aimé suivre cette intrigue, qui semble avoir une suite, même si j’ai parfois trouvé que cette spécialiste des tueurs en série faisait preuve de bien d’innocence quant elle analyse les comportements dans sa propre famille. Mais sans doute refuse-t-on de voir le mal sous son toit quand on connaît la noirceur de l’âme humaine.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Matin Calme, Le Livre de Poche

Seon-gyeong, criminologue et professeure à l’université, est sollicitée par un détenu en attente de jugement. Cet homme, un serial-killer qui a assassiné treize femmes, veut lui parler – à elle seule. Seon-gyeong va devoir faire preuve de la plus grande prudence face à ce tueur hors norme, intelligent et manipulateur. Dans le même temps, son mari se voit contraint de faire venir chez eux sa fille née d’un précédent mariage. Une enfant de onze ans qui serre contre elle son ours en peluche, bouleversée par les décès de sa mère et de ses grands-parents maternels. Des décès pour le moins suspects, d’ailleurs…

320 pages / Date de parution: 31/03/2021 / EAN : 9782253079231 / 7,70€

Matin Calme : EAN : 9782491290054 / Parution : 05/03/2020 / Pages : 269 / Prix : 19.90€

Les après-midi d’hiver, Anna Zerbib

Revivre après le deuil, après l’hiver, après la passion, un premier roman sensible et singulier

Alors qu’elle vient de perdre sa mère, le jeune protagoniste de ce roman part à Montréal. Son amoureux va l’y rejoindre, un, puis deux hivers seront nécessaires pour faire son deuil et revenir à la vie. Elle rencontre incidemment Noah, un bel artiste solitaire, qui devient rapidement son amant. Elle va cultiver ce secret qui lui permet d’enfin vivre, être, aimer.

Peu à peu, elle nous entraîne dans ses pensées. Dans la relation ambiguë et compliquée qu’elle a eu avec cette mère à demi folle qui ne supportait pas de vivre et menaçait chaque hiver d’en finir avec cette vie qui l’épuisait. Avec le père meurtri mais mutique, qui l’attend sans s’expliquer, sans espérer, sans se révolter. Avec Samuel l’amoureux indispensable dont elle se lasse, Samuel silencieux qui attend qu’elle fasse le premier pas, qu’elle dise enfin ce qui ne va plus.

Et peu à peu la relation avec Noah prend toute la place. Le secret, le silence, les rendez-vous, les messages vite effacés, les souvenirs engrangés pour éclaircir les jours trop gris, Noah qui fuit la relation à deux et se veut éternellement célibataire. Car elle le sait, De lui je n’aurai rien de plus que son absence, et il faudra bien que cela lui suffise.

C’est un premier roman assez étonnant. Le lecteur entre dans son cœur, dans sa tête, à petit pas, tout doucement sans faire de bruit, comme si elle ne nous y avait pas invités mais qu’elle entrouvrait malgré tout la porte.

Elle mêle habilement le chagrin et la perte de la mère, l’incompréhension puis l’acceptation de sa différence, le besoin de s’éloigner de la famille, des amis, pour enfin revivre après les épreuves. Mais aussi la fin d’un amour et la découverte d’un autre, le goût du secret, le bonheur de n’être que deux à savoir. Enfin, la présence de l’art, sa beauté, son langage, grâce à Noah. Le tout dans un environnement et des habitudes éloignés de son cadre habituel, le froid intense et mordant de l’hiver québecois, la ville et ses rues désertes qui sont parties prenante de sa lente et malhabile reconstruction.

Et toujours ces carnets qu’elle noircit de ses impressions, sentiments, élans. La littérature et l’écriture comme une bouée de sauvetage, irremplaçable, indispensable. Ces secrets qu’elle y couche, elle aimerait qu’ils se dévoilent d’eux-même aux autres, il y a tout ce qu’elle voudrait dire sans jamais oser l’avouer. La langue est belle, le style poétique, fait d’envies, de silences, de désirs, de crainte, de secrets. Il y a aussi une profonde mélancolie dans ce texte qui exprime les sentiments et les passions, et sous-jacent, l’espoir de s’en sortir, après l’hiver, après le froid.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Gallimard

«C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens. Longtemps après les premières phases critiques du deuil, que j’ai bien étudiées sur Internet. Les événements se sont déroulés dans cet ordre, de cela je suis sûre. Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans.»

Dans ce roman vibrant d’émotion, Anna Zerbib fait l’autopsie d’une obsession amoureuse où le désir, les fantasmes et les petits arrangements avec le réel sont autant de ruses pour peupler l’absence, en attendant les beaux jours.

Parution : 12-03-2020 / 176 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072893629 / 16,50 €

Beautiful Boy, Tom Barbash

Hommage à John Lennon, à travers les relations compliquées d’un père et son fils

A New-York, à l’angle de la 72e rue et de Central Park West, se dresse le Dakota building. Un immeuble que peu de non initiés connaissaient avant ce 8 décembre 1980, lorsque Mark David Chapman est venu y rencontrer un certain John Lennon.

Le Dakota building est cet immeuble où vivent non seulement de nombreuses célébrités comme Lennon, mais aussi la famille Winter. Le père Buddy est un célèbre animateur de télévision. Enfin, célèbre jusqu’à ce qu’il ne craque et quitte la scène en plein direct. Son fils Anton vient de rentrer d’Afrique. Il s’était engagé dans les Peace Corps pour fuir une relation tendue avec son père. Aujourd’hui Anton revient soigner un paludisme qui aurait pu lui être fatal, et ne peut donc pas repartir. Père et fils travaillaient ensemble, ce qui ne rend pas évidente l’émancipation de l’emprise paternelle. Son père Buddy doit quant à lui se refaire une santé, mais professionnelle cette fois. Il demande à nouveau à Anton de le seconder comme du temps de sa gloire télévisuelle.

Sa mère est une ancienne actrice qui tout abandonné pour laisser le devant de la scène à son mari. Aujourd’hui elle participe activement à la campagne pour l’investiture Démocrate de Ted Kennedy. Et se demande s’il ne faudrait pas sérieusement se mettre à travailler tant les économies s’épuisent alors que le capital confiance de Buddy n’est pas au zénith. Une grande sœur rebelle, et un petit frère joueur de tennis viennent compléter la famille.

Au hasard des rencontres, par l’entremise d’amis, mais aussi en prenant le même ascenseur -ça aide- Anton va se lier avec John Lennon. Tous deux sont amoureux de la voile, John va embaucher Anton pour une traversée épique jusqu’aux Bahamas. Et tous deux auront ensemble quelques projets. Mais l’avenir ne sera pas forcément celui dont ils rêvent…

Ce que j’ai aimé ? Le fait que tout soit dit avec douceur, sincérité, émotion. La façon dont l’auteur décortique les relations parfois compliquées qui se tissent et se défont dans les familles, dans un couple, entre frères et sœurs, mais en particulier ici entre le père et le fils. L’un et l’autre s’appréciant, mais un fils a parfois besoin de s’affirmer en opposition au père pour se réaliser. C’est toute cette complexité amour-haine qui et bien décryptée ici.

Mais aussi ce rappel de l’Amérique des années 80, la transformation de New-York, ville tentaculaire dans laquelle Manhattan tient une place prépondérante, en particulier son rayonnement dans le milieu de l’art. En faisant travailler la mère d’Anton dans la campagne de Ted Kennedy, l’auteur apporte une touche concrète, et montre la réalité de l’Amérique de Jimmy Carter, les otages au Liban, les gréves, les médias qui s’invitent dans la campagne électorale, etc. Musiciens, acteurs, artistes de tous poils interviennent dans la vie de la grosse pomme, cette ville qui ne dort jamais à la créativité extravagante. J’y suis allée une première fois en 1976, et plusieurs fois depuis, j’ai eu l’impression de la retrouver en filigrane dans ce roman.

Enfin, je me souviens bien de ce petit coin de Central Park, à hauteur de la 72e, et son Strawbery Field (forever) memorial, en permanence fleuri, discret parterre de mosaïque sur lequel les fans de John Lennon continuent à apporter un témoignage de leur amour et de leur fidélité par delà la mort.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

New York, 1980. A l’angle de la 72e Rue et de Central Park West, le Dakota Building impose sa silhouette étrange et légendaire. De retour d’une mission humanitaire en Afrique, le jeune Anton Winter y retrouve ses parents et l’appartement familial. Son père, Buddy, animateur vedette de la télévision qui a fui les projecteurs après une dépression nerveuse, lui demande alors de l’aider à relancer sa carrière. Or, dans cet immeuble où l’on croise Mick Jagger, Gore Vidal Lauren Bacall ou Ted Kennedy, vit aussi un certain John Lennon, qui pourrait être utile à Buddy pour reconquérir le cœur du public. Mais à mesure qu’Anton s’investit dans sa mission et se lie d’amitié avec le chanteur, il ne peut que remettre en question l’influence de son père sur ses propres ambitions, tandis qu’un certain Mark David Chapman s’apprête à faire couler le sang…

Après Les Lumières de Central Park, Tom Barbash signe un magnifique roman, entre récit d’apprentissage et fresque sociale, qui interroge la célébrité et les relations père-fils, tout en faisant revivre le New York de sa jeunesse et l’auteur de « Beautiful Boy », chanson que Lennon dédia à son fils Sean sur son dernier album.

Diplômé de Stanford et de l’université de l’Iowa, Tom Barbash s’est fait connaître en France en 2015 avec un recueil de nouvelles, Les Lumières de Central Park, largement salué par la presse. Il vit aujourd’hui en Californie et enseigne la littérature au California College of Arts.
30 Septembre 2020 / 140mm x 205mm / 416 pages / 22.90 € / EAN13 : 9782226442147 / ePub 15.99 € / EAN13 : 9782226452450

Sam Rykiel, Nathalie Rykiel

Dans la famille Rykiel, je demande le père…

J’ai découvert l’auteur en 2017 avec Écoute moi bien ce livre dont je vous en avais parlé ici qui évoquait une relation quasi fusionnelle avec sa mère Sonia Rykiel,.

Aujourd’hui je découvre ce roman-récit le retour intimiste et émouvant d’une fille qui évoque sa relation manquée avec ce père absent et exigeant qui n’a pas su lui donner l’attention ni l’amour espérés. Il aura fallu quarante-quatre ans, et sans doute la fin de la belle histoire de la marque Sonia Rykiel, pour que Nathalie arrive enfin à mettre sur le papier cette relation étrange avec le père.

Sam Rykiel est amoureux fou de sa femme Sonia, un amour qui durera bien après leur divorce. Quand Sonia le quitte, il abandonne son métier dans le prêt à porter et s’occupe intensément de son fils devenu aveugle à la naissance. Comment imaginer alors qu’il lui reste du temps et de l’énergie pour une fille en attente d’affection et de reconnaissance.

Sam Rykiel est le fils d’une famille d’émigrés polonais installée à Paris et qui travaillent déjà dans la couture. Sam est un homme brillant, intelligent, il aime apprendre. C’est lui qui lance Sonia et pose les bases concrètes et solides du magasin, de la marque qui est dans un premier temps Sonia Rykiel pour Laura (le magasin de Sam). Elle est rebelle et belle, libre et fantasque, elle a une âme de créatrice, inspiratrice d’une nouvelle façon de vivre. Elle imagine une ligne de pulls dans lesquels les femmes sont plus légères, moins prisonnières de certains carcans. Lorsqu’elle le quitte quelques années plus tard il accepte qu’elle garde son nom, devenu celui de sa marque de prêt à porter. Il meurt à 48 ans d’une rupture d’anévrisme.

Ce n’est pas seulement un livre sur Sam, Nathalie y évoque sa relation avec son père, ses attentes jamais comblées, le manque et toutes ces questions à jamais sans réponse. Un lire sur l’amour qui est là mais qu’on ne dit pas, que l’on ne sait pas toujours donner et que l’on attend pourtant.
C’est à la fois émouvant, bouleversant, intime et universel.

Catalogue éditeur : Stock

Ce n’est pas un livre sur mon père. Ce serait plutôt un livre sur le temps qu’il m’aura fallu pour parler de mon père.

Beaucoup de temps. Peut-être une vie entière pour aborder enfin Sam Rykiel, l’homme qui donne son nom à sa femme Sonia, à ses enfants, dont Nathalie, et à une marque naissante, moderne, féminine, dont personne ne sait ce qu’elle doit à la partie masculine du couple Rykiel. (…)
Ce livre est écrit au nom du nom du père.  Dire d’où vient ce nom, Rykiel, le lui restituer, dire aussi  les blessures  d’un père manqué… C’est une enquête par subtiles touches, par surprises. Les étapes de la découverte d’un inconnu, d’un destin jeté dans l’ombre, d’un homme qui pose soudain au premier plan, et c’est le plus beau, le plus surprenant livre de Nathalie Rykiel : Du côté de chez Sam.

Nathalie Rykiel, fille de Sonia, a dirigé le groupe de mode du même nom de 1995 à 2012. Depuis quelques années, Nathalie affirme sa voix singulière d’écrivain, ainsi dans Écoute-moi bien, paru chez Stock en 2017.

Parution : 04/03/2020 / 192 pages / Format : 215 x 135 mm / EAN : 9782234088825 / Prix : 18.00 €

Un samedi soir entre amis, Anthony Bussonnais

Une ambiance surréaliste pour un roman noir efficace et addictif

Dans une petite ville en apparence bien tranquille de province, François organise un nouveau samedi soir extra-ordinaire pour ses amis et voisins. La soirée sera belle, chacun pourra se donner à fond, se détendre et décompresser. Méticuleux, il a tout organisé, réglé, préparé minutieusement, rien de doit entraver le cours bien huilé de cet événement.

Ce soir, c’est donc la fête pour certains, mais pour Medhi, nu et grelottant dans la forêt et la nuit noire, c’est l’angoisse à l’état pur. Il a beau s’interroger, il n’arrive pas à imaginer le sort qui va lui être réservé.

Pour Claire, c’est l’inquiétude, son petit ami est toujours tellement ponctuel mais ce soir il n’est pas là. Jamais il n’a manqué de rendez-vous, encore moins lorsqu’il vient la chercher pour aller chez ses parents où ils vont rompre ensemble le jeûne du Ramadan.

Le roman prenant et haletant alterne entre le récit de François, celui de Medhi et celui de Claire, passant du vendredi au samedi en particulier. Nous suivons cette chasse à l’homme inhumaine et glaçante avec circonspection et une bonne dose d’angoisse. Si certains personnages sont trop caricaturalement marqués, trop noir ou trop blanc, trop méchant ou trop gentil, très humain ou très raciste, cependant je dois avouer que le rythme est là, l’intrigue est prenante et l’auteur réussi à m’embarquer dans cette nuit aussi sombre que désespérante.

Ici point de Ku Klux Klan, mais on n’en est pas loin avec ce groupe de racistes bien résolus à se faire un bougnoule, horreur absolue s’il en est. Dans ce groupe disparate de grands malades où les caractères sont poussés à l’extrême, il y a de tout, attardé mental ou notable du coin, couple en mal d’action. Mais au final, l’effet de groupe est tel qu’aucun ne va reprendre son libre arbitre ni se poser la question de la justesse de ses actes. C’est d’ailleurs totalement angoissant cette idée du groupe dans lequel chacun va agir à l’encontre de sa propre volonté, pour rentrer dans un moule sans se faire remarquer.

Voilà un thriller bien ficelé, à l’écriture efficace, qui malgré quelques défauts embarque ses lecteurs dans une course poursuite sans merci.

Il y a quelques mois, j’assistais à la remise du prix à Anthony Bussonnais, Lauréat 2019 du prix Kobo Fnac Les talents de demain, édité par Préludes avec le soutien de Babelio, une édition parrainée par Sophie Tal Men.

Catalogue éditeur : Préludes

Claire, inquiète, consulte à nouveau son portable. Il est vingt heures passées et son petit-ami, qui était censé venir la chercher, est introuvable. Cela fait bientôt six mois qu’ils sont ensemble, Claire le connaît bien. Medhi est toujours à l’heure.
François est extrêmement organisé. Grâce à lui, la soirée du samedi est devenue un évènement incontournable que ses voisins, choisis avec le plus grand soin, ne rateraient pour rien au monde. C’est le moment idéal pour décompresser et se relâcher.
En plein cœur de la forêt, Medhi est nu. Il tremble. Malgré l’obscurité, il parvient à repérer plusieurs personnes autour de lui, les rires vont bon train, tout le monde semble à la fête… Mais qu’attend-on vraiment de lui ?

Anthony Bussonnais est né dans le Maine-et-Loire et travaille dans une coopérative. En 2015, il se lance dans l’écriture de son premier thriller qu’il auto-publie l’année suivante. 

Retrouvez le blog d’Anthony Bussonnais ici

Parution : 21/09/2019 / EAN : 9782253040477 / Nombre de pages : 352 / Prix e.book 12.99 € / Paru le 5 février pour la version papier

Après la fête, Lola Nicolle

Reflet criant de vérité sur les attentes et les désillusions de la jeunesse d’aujourd’hui, « Après la fête » de Lola Nicolle, le premier roman d’une jeune autrice au style très prometteur.

Se rencontrer, vivre ensemble, s’aimer, et c’est la fête… Mais quand l’amour s’en va, doucement, lentement, inexorablement, on se demande pourquoi et comment on en est arrivé là, après la fête.

Depuis l’université, Raphaëlle et Antoine sont inséparables. Leurs études, les amitiés en commun, le monde à refaire, les projets et l’insouciance des années étudiantes les ont rapprochés. Vivre ensemble est un bonheur de chaque jour. Pourtant, une fois leurs diplômes en poche, lorsque Raphaëlle trouve un emploi, Antoine peine à trouver sa place. D’échecs et refus, son caractère change. Il devient irritable, perd confiance et cette instabilité vient perturber l’équilibre du couple. Leur relation se délite peu à peu.

Sous la plume de l’auteur qui écrit à la première personne, Raphaëlle évoque sa vie avec Antoine et s’adresse à lui tout au long du roman, en employant alors la deuxième personne. C’est tout d’abord déroutant, puis on entre peu à peu dans cette écriture. J’ai suivi avec bienveillance les aléas de leur  vie, qui nous rappelle insidieusement celle de tous ces jeunes gens qui vivent ou ont vécu ces moments de doute et d’incertitude. Qui a dit que l’entrée dans le monde du travail et la vie adulte était une libération ? La vie étudiante est une période d’insouciance et de liberté unique, c’est aussi le siège de nombreux enjeux dont la réussite ou l’échec vont conditionner votre avenir.

Malgré quelques longueurs ou répétitions, Lola Nicolle a su me faire entrer dans la tête de Raphaëlle, et d’Antoine à ses côtés. Il y a dans son roman une forme de mélancolie et une sincérité dans les personnages qui les rend particulièrement attachants. Leurs émotions, leurs espoirs, leurs échecs et leur désamour, je les ai vécus près d’eux, avec eux, intensément, tristement. J’ai aimé découvrir et tenter de comprendre leurs interrogations sur l’amour, la relation de couple, les projets d’avenirs, les rêves enfuis.

On appréciera également la bande son qui accompagne le roman, comme pour ancrer chaque chapitre dans le quotidien des gens ordinaires que nous sommes aussi.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : Les Escales

Dans le Paris d’aujourd’hui, Raphaëlle et Antoine s’aiment, se séparent, se retrouvent… pour mieux se séparer et s’engouffrer dans l’âge adulte. En quête de sens, ils ont du mal à trouver leurs repères.
Un premier roman d’une grâce absolue. Une écriture éblouissante et sensorielle. La force d’un roman générationnel. Arpentant les rues du quartier de Château-Rouge, Lola Nicolle nous plonge dans le Paris d’aujourd’hui.
Après la fête raconte les ruptures qui font basculer dans l’âge adulte. Il y a d’abord celle – universelle – entre deux êtres, quand Raphaëlle et Antoine se séparent. Puis celle qui survient avec l’entrée dans le monde du travail, lorsque la réalité vient peu à peu…

Née en 1992, Lola Nicolle est éditrice. Elle est l’auteure  d’un recueil de poésie Nous oiseaux de passage (Blancs Volants, 2017) et a participé à l’ouvrage collectif Les Passagers du RER (Les Arènes, 2019). Elle vit à Paris et signe avec Après la fête son premier roman.

État d’ivresse. Denis Michelis

La mère, le fils, l’alcool et la solitude de celle qui détruit sa vie chaque jour à petite gorgée… c’est l’État d’ivresse selon Denis Michelis

C’est la mère de Tristan, un adolescent de 17 ans qu’elle ne reconnait plus, c’est l’épouse d’un mari absent qui laisse des messages qu’elle n’entend pas… c’est l’amie de Célia, sa voisine et disons le plutôt son ex-meilleur amie, et surtout, c’est une femme en état d’ivresse du matin au soir. Vautrée dans son canapé, elle cherche les combines les plus improbables pour acheter, cacher, consommer tout l’alcool possible, ces doses qui lui feront oublier sa solitude, son désespoir dans cette maison vide qu’elle exècre.

Journaliste, mère, épouse, femme brisée… bien sûr elle sait qu’il faudrait se soigner, arrêter, ne plus boire, mais rien ne peut l’en empêcher. Difficile dégringolade, pitoyable dégringolade de cette femme perdue. L’alcoolisme féminin est toujours si dramatique. Quand rien, pas même son enfant, ne peut vous faire stopper la chute inexorable.

L’auteur s’est faufilé dans la tête de sa narratrice pour la faire parler, et son roman est criant de vérité, de désespoir, de justesse aussi. Étonnant par la différence de langage, de personnages qui cohabitent dans la tête malade de cette femme désespérée, qui boit et oublie, qui boit et se perd, qui boit tant que ça ressemble presque à un suicide, et  que l’on a tant envie de secouer.

Ce roman me fait penser au roman à celui de Cathy Galliégue Et boire ma vie jusqu’à l’oubli qui abordait également ce thème et que j’avais trouvé particulièrement réussi. Dans le roman de Denis Michelis État d’ivresse il m’aura manqué quelque chose pour vraiment compatir et comprendre cette femme, l’origine de son état ou un espoir de solution pour l’avenir. Là j’ai eu l’impression de plonger dans cette ivresse sans plus jamais pouvoir en sortir, une immersion dans le désespoir à l’état pur en somme.

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Catalogue éditeur : Notabilia Noir sur Blanc

État d’ivresse brosse le portrait d’une femme brisée qui, en s’abîmant dans l’alcool, se fait violence à elle-même. La mère d’un adolescent, en état d’ivresse du matin au soir, se trouve en permanence en errance et dans un décalage absolu avec la réalité qui l’entoure. Épouse d’un homme absent, incapable d’admettre sa déchéance et plus encore de se confronter au monde réel, elle s’enferme dans sa bulle qui pourtant menace de lui éclater au nez. 

Comme dans ses deux précédents romans, on trouve sous la plume de Denis Michelis les thèmes de l’enfermement et de la violence conjugués à l’impossibilité d’échapper à son destin.

« Il ne me reste plus qu’à prendre mon élan, qu’à courir pour sortir de cette maison et ne plus jamais y revenir. Mais quelque chose m’en empêche, et cette chose se trouve là, à mes pieds : mon verre tulipe. »

Date de parution : 03/01/2019 / Format : 12,8 x 20 cm, 180 p., 14,00 € / ISBN 978-2-88250-545-3