Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne

Une formidable saga intime et sociale dans l’Irlande du XXe siècle

Émotion, amitié, fou rire et pleurs, famille et deuils, tout y est, pour le meilleur et pour le pire d’une vie, dans cette fresque familiale qui nous entraine des années 1945 à 2015.

Irlande, 1945. Dans ce pays catholique et rigide à l’extrême, il ne fait pas bon sortir du cadre. La jeune Catherine Goggin l’apprend à ses dépens lorsque le curé de la paroisse la chasse de l’église, du village, de sa famille. Elle a seize ans, elle a fauté et son ventre s’est dangereusement arrondi.

Arrivée à Dublin, elle donne naissance à un fils immédiatement adopté par les Avery. C’est ce fils, le jeune Cyril Avery que nous allons suivre tout au long de ces décennies, de Dublin à Amsterdam, de New-York à Dublin.

Le jeune Cyril grandit dans une famille aisée, peu aimante, mais qui lui offre confort et éducation, un bagage correct pour assurer son avenir. Maud, sa mère adoptive, est écrivain, pour la beauté du geste on pourrait dire, puisque de son vivant  elle ne supporte pas d’être célèbre, c’est tellement ordinaire. Cyril ne sera jamais un vrai Avery, ses parents le lui répètent à l’envi tout au long de ses années de jeunesse et même après. C’est un beau gamin puis un jeune homme séduisant.

Dans cette Irlande catholique et rétrograde, s’il ne fait pas bon être fille-mère, il est encore plus dangereux d’être homosexuel, car même un père est quasiment en droit de tuer son fils sans que la justice n’y trouve à redire. Et Cyril est terriblement attiré par Julian, ce garçon qu’il admire en secret depuis l’enfance. Il mettra quelques années à s’avouer qu’il préfère les garçons, et à comprendre que ce n’est ni une maladie, ni une perversité.

Si l’amour dure sept ans, les chapitres de ce roman également, qui rythment ainsi la vie tantôt heureuse, tantôt plus difficile de Cyril, de 1945 à 2015. Cyril traverse les années de jeunesse dans cette Irlande rétrograde et catholique bienpensante, puis la vie et les aspirations enfin assumées à Amsterdam,  enfin les terribles années SIDA dans le New-York des années 80.

J’ai aimé suivre ce parcours totalement atypique. J’ai aimé ce jeune homme aussi fragile et ambivalent que fort et décidé, qui tente de vivre sa vie dans un pays, une famille, un environnement pas toujours idéal. L’auteur nous propose une belle fresque historique, mais aussi une analyse factuelle et parfois cruelle de la société de cette fin du XXe siècle. Avec une religion qui dicte sa loi dans une société qui n’accepte pas les différences, et cette façon de renier ceux que l’on a aimés, comme elle le fait pour Julian et sa fin de vie. Le roman est à la fois fort, émouvant, et parfois désopilant, on se surprend à rire aux éclats face à certains dialogues ou situations, même quand la situation est tout à fait tragique. En cela, il m’a effectivement fait penser au fatalisme et au cynisme face à la vie, mais aussi à certains scènes d’anthologie du roman Le monde selon Garp (si vous avez lu, souvenez-vous de la scène du levier de vitesse dans la vieille guimbarde).

Si le roman vous semble trop épais, n’ayez aucune crainte, la lecture est fluide, on a toujours envie d’aller plus avant, et même un certain regret en fermant le livre, une fois arrivé à la dernière page.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et JC Lattès

Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides

Cyril n’est pas « un vrai Avery » et il ne le sera jamais – du moins, c’est ce que lui répètent ses parents, Maude et Charles. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ? Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif des Avery, un couple dublinois aisé et excentrique, Cyril se forge une identité au gré d’improbables rencontres et apprend à lutter contre les préjugés d’une société irlandaise où la différence et la liberté de choix sont loin d’être acquises.

864 pages / Date de parution : 02/01/2020 / EAN : 9782253237853 / 9,90€
JC Lattès : EAN : 9782709659772 / Parution : 22/08/2018 / 580 pages / 23.90 €

Angélus, François-Henri Soulié

En Occitanie, un fascinant thriller historique au pays du fanatisme religieux

Entre Carcassonne et Narbonne, trois personnages, sur trois sites différents, partent à la recherche d’un mystérieux assassin. En l’an de grâce 1165, les chrétiens se déchirent. Les abbayes rivales se livrent une guerre impitoyable, pendant que la noblesse prend de plus en plus d’importance. Les religieux veulent conforter leur mainmise sur la société coûte que coûte. Dans ce contexte instable, un, puis deux, puis trois anges meurent et leurs cadavres sont mis en scène et exposés de façon particulièrement macabre et barbare.

À l’abbaye de Saint-Hilaire, le tailleur de pierre Jordi de Cabestan travaille avec ses artisans à l’érection d’un sarcophage. Il doit accueillir les reliques de saint-Hilaire qui devraient permettre de redorer le blason de l’abbaye. Mais ce sont bien ses ouvriers qui sont tour à tour victimes de meurtres aussi insoutenables qu’incompréhensibles. Jordi doit trouver le coupable. Mais pourquoi ces morts barbares, et dans quel but, porter atteinte à son atelier, à l’abbaye, aux confréries d‘artisans ?

À Carcassonne, le jeune noble Raimon de Termes prend la route de l’abbaye de La Grassa. Il fait allégeance à l’archevêque Pons d’Arsac et affirme son souhait de protéger l’église. Mais ce dernier va le mander pour retrouver le coupable de ces ignominies.

À Narbonne, Dame Aloïs de Malpas s’est convertie à la vraie foi, celle des Cathares, ces hérétiques qui renient l’opulence des abbés et des archevêques. Les Bons chrétiens tentent de prouver qu’ils sont sur le chemin de la vraie foi. Ils ne demandent ni ne possèdent rien, ils croient à la pauvreté et au partage. Mais ils sont injustement accusés des meurtres. Aloïs doit partir sur les routes pour tenter de les disculper.

Chacun représente une strate du pouvoir en place, tous ont un but identique, trouver le ou les coupables. Ils vont mener leur enquête séparément, mais vont forcément finir par se retrouver. Car au final, la question est bien de comprendre qui peut s’enrichir ou trouver avantage de tels crimes, de ces morts qui effrayent et bouleversent.

Le lecteur chemine à travers l’Occitanie, dans ce Moyen Age berceau d’un fanatisme religieux, avec ses luttes intestines et ses rivalités dans les différents ordres, mais aussi de violence et de luttes de pouvoir  parmi la noblesse et les fraternités d’artisans. Ajoutez à ces guerres de pouvoir dans les régions les guerres internes pour accéder aux fonctions suprêmes et prendre la tête de l’abbaye, le contexte est idéal pour nous embarquer dans cet imbroglio mortel. Un roman fort bien documenté, rythmé, porté par des personnages aussi inquiétants qu’attachants, et un suspense passionnant dans un cadre historique et régional tout à fait réaliste.

Catalogue éditeur : 10/18

An de grâce 1165. En terre d’Occitanie. Deux abbayes, deux jours, deux crimes.

1165. Les corps suppliciés des victimes, qui appartiennent à l’atelier du tailleur de pierre Jordi de Cabestan, ont été déguisés en anges dérisoires. La panique se répand. Certains voient dans ces crimes la main du diable. D’autres soupçonnent les adeptes de cette nouvelle secte que l’on nommera bientôt les « Cathares ». Au grand scandale de l’Église de Rome, ceux-ci prétendent être les Vrais Chrétiens.
L’archevêque de Narbonne missionne un jeune noble, Raimon de Termes, afin de découvrir l’assassin. Les « hérétiques » désignent une des leurs, Aloïs de Malpas, pour les disculper. De son côté, Jordi de Cabestan veut venger ses compagnons. Trois enquêtes labyrinthiques vont les mener vers une vérité qu’aucun d’entre eux n’imaginait.

François-Henri Soulié est un homme de théâtre aux multiples casquettes : écrivain, comédien, marionnettiste, scénographe, metteur en scène et scénariste. Il a reçu le Prix du premier roman du festival de Beaune en 2016 pour Il n’y a pas de passé simple, paru aux Éditions du Masque. Ce livre a inauguré la série des « Aventures de Skander Corsaro ».
François-Henri Soulié est l’auteur chez 10/18 d’une trilogie écrite à quatre mains avec Thierry Bourcy, qui nous fait voyager à travers l’Europe du début du XVIIe siècle : Le Songe de l’astronome, La Conspiration du Globe et Ils ont tué Ravaillac.

Date de parution : 05/03/2020 / EAN : 9782264074485 / Nombre de pages : 522 / Prix : 15.90 €

Partir à la rencontre de Frédéric Couderc

« Je suis une sorte d’anti écrivain voyageur… »

Yonah ou le chant de la mer le dernier roman de Frédéric Couderc est paru juste avant le confinement. Il a donc subi de plein fouet ces deux mois de silence, ni rencontre, ni salon, pour le faire connaître. Mais ce serait dommage de passer à côté de cette belle aventure humaine. Je l’ai beaucoup aimé, vous pouvez d’ailleurs retrouver ma chronique ici, j’espère qu’elle vous donnera envie de le découvrir à votre tour.

Ce qu’en dit l’éditeur : Yonah ou le chant de la mer fait le pari de l’humanité, et révèle à travers l’histoire d’une famille morcelée celle d’un pays où certains gardent encore espoir.

Frédéric Couderc a accepté de répondre à quelques questions à propos de ce roman qui nous entraine à Tel-Aviv et qui m’a totalement séduite.

Comme à chacun de vos romans, avec « Yonah ou le chant de la mer » on voyage dans un pays à travers l’histoire d’un personnage en particulier. Ici, vous nous faites découvrir la vie d’Abie Nathan. Comment l’avez-vous découvert ? Pourquoi avoir eu envie d’en parler ?

Inspiré par les fantastiques séries israéliennes du moment (Fauda, False flag, When heroes fly, Our boys, Nehama…) je cherchais mon sujet du côté de Tel-Aviv, que j’ai fréquenté il y a 20 ans, et qui me semblait incarner ce côté « montagne russe » que je recherche toujours. En fait, je suis une sorte d’anti écrivain voyageur, hostile aux lieux communs de l’exotisme, à une certaine emphase. Je me déplace de telle ville à telle ville pour retrouver des points communs entre les humains, dans le détail montrer des diversités, mais m’attarder sur les fondamentaux : les histoires d’amour, de transmission, de deuil. Si, d’ailleurs, on ne devait trouver qu’un mérite au Covid, c’est celui-ci : on se joue toujours très facilement des frontières.

Qu’est-ce qui vous a le plus attiré, le discours, l’époque, le personnage ?

Abie Nathan est le point de départ, et finalement le prétexte à ce texte. Je ne veux surtout pas être son biographe. On n’est pas du tout dans le biopic, le « d’après une histoire vraie ». C’est un roman et je me moque d’ailleurs un peu de ça en inventant un tournage, une mise en abyme. C’est un livre plus intello qu’il n’y paraît, même si je n’aurais jamais un papier dans Télérama (rires). Je n’ai pas la carte à Saint-Germain-des-Près.

Israël, pays de contradictions, de conflits, avez-vous eu besoin d’y aller pour écrire ce roman ?

Oui, bien sûr,  j’ai passé un long séjour à Tel-Aviv. Mais je ne prétends pas écrire sur Israël. Mon truc, c’est de choisir des villes en toile de fond. Pas des pays. Si Gaza se situe à quelques minutes de roquettes, Tel-Aviv n’est absolument pas une ville de conflits, au contraire, enfin, il faut lire le roman pour comprendre…

J’ai trouvé intéressante l’approche des religieux intégristes juifs, qui démontre si besoin était que l’intégrisme est présent dans chacune des grandes religions, et ses dégâts évident sur une société, sur les jeunes. Est-ce un message que vous vouliez aussi faire passer ?

Oui, j’ai visité le quartier de Mea Shearim à l’âge de 20 ans, et à l’époque les ultraorthodoxes, bien qu’ils brûlaient déjà des salles de cinéma, conservaient une forme de bienveillance dans le regard des visiteurs. Je reviens à ce romantisme, cet exotisme, qui me paraît assez dangereux. Zeev, mon héros, ne les supporte pas. L’instinct chez lui se mêle toujours à une obsession : lutter contre la loi du plus fort. Chez les ultraorthodoxes se sont les femmes et les enfants qui sont broyés.

On aime cette famille, ce couple atypique et ses deux enfants très différents. Le fait qu’ils soient aussi différents, pensez-vous que ce soit le propre de toutes les familles ? Et la complexité de les laisser vivre leur vie, alors qu’on voudrait tant leur montrer le chemin peut-être ?

Il y a dès le début cette citation de Zeruya Shalev, elle est un fil rouge au roman : je crois, oui, qu’il s’agit toujours de donner et redonner vie à nos enfants.  C’est un roman familial, comme on dit. Clairement Abie, l’activiste, est un monstre d’égoïsme chez moi, c’est bien joli de se battre pour la paix dans le monde, mais si on n’est même pas capable de se déployer pour les siens, de trouver en soi cette générosité, c’est une existence plutôt ratée je trouve… Mais là encore tout est encore dans le sous-texte. Puisqu’on parle de série, je ne vais pas me spoiler quand même… Je pense que les personnages sont assez solides, mais l’intrigue est travaillée aussi je trouve. 

Il m’a semblé, contrairement aux deux romans précédents, que la relation mise en avant est moins celle du couple que celle des parents avec leurs enfants et en particulier du père, d’abord avec son fils, puis avec sa fille Yonah.

Le roman est dédicacé à ma petite Violette. J’ai quatre enfants, c’est naturellement la chose la plus importante dans mon existence, l’aventure ultime que ça représente, avec la femme de ma vie, c’est bien plus fort, naturellement, et bien plus difficile aussi, que d’écrire un texte, faire un film. Excepté quelques génies, je suis toujours un peu gêné par celles et ceux qui placent leur « œuvre » devant tout, c’est plutôt du pur égoïsme, non ?

Pour vous, être père, est-ce naturel, une évidence, ou au contraire faut-il s’y préparer ?

Ah, les trois ! Mais surtout une réinvention permanente. Ce que fait Zeev pour Rafael, puis Yonah, dans le roman, donne la clef…

Quel message aimeriez-vous que l’on retienne de ce roman s’il ne devait y en avoir qu’un ?

Les failles et tout l’amour de la famille Stein, surtout ! Mais aussi la dimension intime du conflit israélo palestinien. Ni sioniste, ni pro-palestinien, je laisse le lecteur choisir finalement… 

Avez-vous aimé un livre en particulier pendant ces semaines confinées d’une vie comme entre parenthèse ?

J’ai détesté chaque minute de ce confinement, les réactions de la plupart de mes contemporains, sinon François Sureau et André Comte Sponville qui ont clairement énoncé mes ruminations rageuses. Écrire, c’est une réclusion volontaire, pour éprouver la plus grande liberté possible, écouter les tambours du monde. Kessel est mon modèle, imaginez-le remplir une attestation dérogatoire pour sortir à un kilomètre de chez lui ! Ma littérature est celle du contact social, du « toucher », avec Adbdennour Bidar je pense qu’en voulant sauver la vie nous l’avons dans le même temps coupée de tous les liens qui la nourrissent. Nous avons cessé d’exister pour rester en vie. Mon héros Zeev aurait été furieux. Sa femme Hélène plus mesurée. Yonah aussi et Rafael à deux doigts de péter les plombs. C’était un peu pareil chez moi… J’ajoute enfin que je ne comprends même pas ce discours « feel good book » autour d’un retour sur soi, d’une parenthèse enchantée avant un « monde d’après ». La vérité, c’est que la plupart des écrivains sont anéantis, effondrés, prêts à mettre la clef sous la porte.  

– Quel conseil de lecture aimeriez-vous nous donner ?

Pour rester à Tel-Aviv, et rire, toute l’œuvre d’Etgar Keret.

Un grand merci Frédéric pour vos réponses.

C’est toujours un grand plaisir de lire les romans de Frédéric Couderc, à votre tour de découvrir celui-ci, disponible dans toutes nos librairies. Et pour aller plus loin, Etgar Keret est publié chez Actes-Sud

Retrouvez mes chroniques de Yonah ou le chant de la mer, Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit. Et du roman jeunesse Je n’ai pas trahi. Ainsi que l’entretien avec Frédéric Couderc lors de la parution du roman Aucune pierre ne brise la nuit.

Bernadette et Lourdes, l’enquête, Bertorello, Guillemois

Une enquête sur Bernadette Soubirous, dans cette BD aussi plaisante qu’instructive qui explore l’histoire de Lourdes à travers le temps

Alors qu’elle cherche un sujet pour son prochain devoir, Léo, une apprentie journaliste de New York, découvre le récit de la dernière guérison de Lourdes (la 71ème) dans le journal local, elle décide d’enquêter sur ce sujet et de se rendre sur place. C’est chose faite et la voilà arrivée à Lourdes, ville de pèlerinages depuis le mois de février 1858, mois des apparitions de la belle dame en blanc à Bernadette Soubirous, au bord du gave, dans la grotte de Massabielle.

Grâce aux explications de  l’abbé John Clarke, un jeune prêtre américain qui est comme elle de passage dans la ville, elle va découvrir en même temps que le lecteur l’histoire de Lourdes : depuis le siège de Charlemagne et la conversion des Sarrazins et de leur chef devenu Lorus (origine du nom de Lourdes)  jusqu’aux  visions de Bernadette Soubirous à la Grotte, puis aux processions et aux pèlerinages d’aujourd’hui.

Que l’on soit croyant ou pas, que l’on connaisse Lourdes ou pas, et que l’on connaisse  une partie de l’histoire de la ville et de la région, Bernadette & Lourdes, l’enquête est un très bon moment de lecture. Les allers-retours, avec ces flashbacks vers le passé,  aident à comprendre sans que ce soit perturbant, au contraire. La vie de Bernadette, les doutes et les manifestations en faveur de la jeune fille ou contre par les autorités de l’époque, le bouleversement que cela a pu causer par la suite, sont bien explicités. On retiendra la crédulité de certains, la virulence des autorités, mais aussi les passions, la foi, l’acceptation du mystère par les plus grands, dont Napoléon III et Eugénie.

C’est très bien fait, le graphisme et les couleurs sont très agréables, l’histoire elle-même se déroule de façon fluide et logique. Une jolie BD, disponible en avant-première dans les librairies de Lourdes, et bientôt dans votre librairie.

Pas de meilleure conclusion que les propres mots de Bernadette :
 » je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire »

Catalogue éditeur : Artége

New York 2020, une jeune américaine découvre le récit d’une guérison extraordinaire qui a eu lieu à Lourdes en France. Troublée par le récit, elle décide d’enquêter pour comprendre…

Cette bande dessinée d’Alban Guillemois (Scénario) et Yvon Bertorello (Scénario et illustrations) est éditée aux Editions du Rocher. Il faut noter également  que l’association Lourdaise Le Toit du Chœur  est partenaire. Cette association œuvre pour la restauration de l’église paroissiale où se trouvent  les fonds baptismaux de Bernadette.

14,90€ / Parution : 11.03.2020 / Pages : 64 / EAN : 9791094998854

Yonah ou le chant de la mer, Frédéric Couderc

Une famille emportée par le vent de l’Histoire, un roman incontournable sur la paternité et l’amour

A Tel-Aviv, Zeev Stein, célèbre avocat, forme avec son épouse Hélène un couple emblématique. Ils fêtent leurs quarante ans de mariage dans leur somptueuse maison au style Bauhaus typique de la Ville Blanche. Ce soir-là, Yonah, leur fille est présente, ainsi que toute l’équipe du film qui se tourne autour d’Abie Nathan, ce pacifiste décédé en 2008 à 84 ans. Zeev, qui l’a bien connu, est le conseiller d’Eytan Lansky, le cinéaste qui tourne ce biopic avec dans le rôle-titre le sémillant Orlando Dito Beck. Abie Nathan également connu pour avoir ancré le Voice of Peace au large d’Israël, ce bateau sur lequel il avait installé une radio-pirate qui diffusait jusqu’à Beyrouth et Le Caire, et dont le mot d’ordre était From somewhere in the mediteranean, peace, love and good music. Mais connu aussi pour avoir voulu échanger, parler et négocier avec les palestiniens, une intention sacrilège à l’époque en Israël.

Zeev et Hélène ont deux enfants, Yonah et Raphaël. On comprend rapidement que l’un des deux a disparu, ou du moins n’est plus présent dans la famille. Raphaël est un jeune homme révolté, sa soif d’idéal et une brouille avec son père l’ont entrainé vers les religieux intégriste israélites. Il vit à Jérusalem dans le quartier de Mea Shearim. Là, il a adopté leur mode de vie archaïque et radical, priant la thora du matin au soir, parlant Yiddish, adoptant la tenue noire traditionnelle, acceptant la femme qu’on lui a assignée comme épouse, il est déjà père de trois enfants. Raphaël, que Zeev voudrait tant faire revenir à la vie, et dans la famille. Et Yonah la belle, colombe de la paix, la fille chérie, qui travaille au muséum d’histoire naturelle, mais sa mission est délicate en Israël, ce pays où il n’est pas question de faire la moindre découverte qui pourrait remettre en question l’ordre du monde établi par les Textes. La famille se retrouve, mais ils ne seront pas maitres de leur avenir, tributaires de circonstances aussi malheureuses que complexes. Car le tournage ne sera pas aussi idyllique que prévu et l’enchaînement d’impondérables va remettre en cause l’équilibre familial.

L’auteur sait mêler habilement la grande Histoire, ici le conflit israélo-palestinien à travers l’expérience d’Abie Nathan et des différents protagonistes, et sa liberté de l’écrivain. Si les relations familiales sont parfois houleuses, en particulier pour le couple Zeev-Hélène, les relations parents-enfants sont primordiales et émouvantes, tant avec Raphaël que Yonah, qui prend ici toute sa place. En effet, tout au long du roman la relation à la paternité est à la fois magnifique et bouleversante.

J’ai particulièrement aimé, une fois de plus, ce savant dosage entre la réalité historique d’un pays que je découvre en partie à travers les faits évoqués, et la façon de les intégrer dans une intrigue romanesque à souhait. L’Histoire récente d’Israël, mais aussi les spécificités des juifs orthodoxes, aussi intégristes que peuvent l’être tous religieux radicalisés. Et enfin l’amour, toujours présent avec les conflits, les rapprochements, la filiation et le couple, tout est là pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Lire ici mon entretien avec Frédéric Couderc, qui nous parle de ce roman, mais pas seulement.

Du même auteur, retrouvez mes chroniques des romans précédents : Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit. Mais aussi ma chronique d’un roman jeunesse Je n’ai pas trahi. Ainsi que l’entretien qu’il a bien voulu m’accorder lors de la parution du roman Aucune pierre ne brise la nuit.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

À Tel-Aviv, une équipe de cinéma hollywoodienne tourne un biopic sur Abie Nathan, militant pacifiste tombé dans l’oubli. Parmi ses hauts faits, le Voice of Peace, une radio-pirate ancrée au large d’Israël dont les millions d’auditeurs se comptaient de Beyrouth jusqu’au Caire. C’est auprès du meilleur ami d’Abie, Zeev Stein, que le réalisateur prend conseil. Ce brillant avocat des droits civils, proche du camp de la paix, forme avec Hélène un couple iconique de la vie telavivienne. Leur fille, Yonah, tente de trouver sa place dans leur ombre. Mais la vie des Stein, lézardée par des blessures intimes, bascule quand la star du film disparaît… à Gaza.
Yonah ou le chant de la mer fait le pari de l’humanité, et révèle à travers l’histoire d’une famille morcelée celle d’un pays où certains gardent encore espoir.

Frédéric Couderc est un écrivain voyageur. À chacun de ses romans, il part vivre dans le pays qui abrite son intrigue pour être au plus près de son sujet. Il est l’auteur d’Un été blanc et noir (Prix du roman populaire 2013), Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit.

Date de parution : 05/03/2020 / EAN : 9782350875484/ Pages : 320 / Format : 14 x 205 mm / Prix : 20.00 €

Santa Muerte, Gabino Iglesias

Pourquoi il faut lire Santa Muerte, cet étonnant road trip sanglant en pays mafieux. Le thriller noir revisité par Gabino Iglesias

Quand Fernando débarque à Austin, Texas, on se doute que les choses ne sont pas tout à fait claires et qu’il a connu des jours meilleurs sous le soleil. En effet, ce clandestin arrive tout droit du Mexique, là-bas il risque sa peau. Il faut dire que lorsque sa petite sœur lui a dit qu’elle était harcelée par deux hommes, il n’a écouté que son cœur et sa force… mais dans certains milieux, on ne s’attaque pas à n’importe qui.

Alors il se planque aux USA. Fernando est dealer, il travaille pour Guillermo, le chef du gang qui règne sur une partie de la ville. Mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Il se fait enlever par le gang adverse. Les hommes de la Salvatrucha sont féroces et n’hésitent pas à montrer à quel point en torturant devant ses yeux un comparse de Fernando. Et Indio, le plus féroce d’entre eux, est un véritable cauchemar ambulant. Fernando a  la mission de prévenir Guillermo, celui-ci doit céder une partie de son territoire.

La leçon est particulièrement sanglante, on ne compte plus les morts et Fernando va devoir jouer fin pour s’en sortir. Quitte à demander l’aide de la Santa Muerte, en s’appuyant sur les croyances et le mysticisme le plus incongru, ou même à plus méchant ou tordu que lui.

Un étonnant road trip sanglant en pays mafieux, où le plus malin n’est pas le plus méchant, où l’on plaint vite ce pauvre clandestin plus faible que violent à priori. C’est sanglant donc, mais aussi décalé, le personnage de Fernando est à la fois atypique et perdu entre les deux cultures de ces deux pays, cultures auxquelles il doit adhérer pour être accepté et survivre. La fatalité, la violence, les morts, les prières, les peurs et les croyances ancestrales se succèdent dans ce thriller noir revisité à la sauce Santa Muerte. Tout en maintenant une progression dans l’intrigue et dans la violence, Gabino Iglesias propose une analyse fine du contexte social et culturel, de cette double appartenance, de la difficulté d’être clandestin dans un pays qui vous rejette, et une évocation intéressante des croyances et de l’étrange qui régissent certains cultures. Un excellent moment de lecture, à ne pas mettre entre toutes les mains, lecteurs sensibles s’abstenir !

Catalogue éditeur : Sonatine

Pierre SZCZECINER (Traducteur)

Santa Muerte, protegeme…
Austin, Texas. Tu t’appelles Fernando, et tu es mexicain. Immigré clandestin. Profession ? Dealer. Un beau jour… Non, oublie « beau ». Un jour, donc, tu es enlevé par les membres d’un gang méchamment tatoués qui ont aussi capturé ton pote Nestor. Pas ton meilleur souvenir, ça : tu dois les regarder le torturer et lui trancher la tête. Le message est clair : ici, c’est chez eux.
Fernando croit en Dieu, et en plein d’autres trucs. Fernando jure en espagnol, et hésite à affronter seul ses ennemis. Mais avec l’aide d’une prêtresse de la Santería, d’un Portoricain cinglé et d’un tueur à gages russe, là oui, il est prêt à déchaîner l’enfer !

Originaire de Porto Rico, Gabino Iglesias vit à Austin. Il est culturiste et dort quatre heures par nuit. Santa Muerte est son premier roman publié en France.

Date de parution : 20/02/2020 / 20.00 € /  EAN : 9782355847769 / Pages : 192

Sœur, Abel Quentin

Comment une adolescente banale devient-elle une terroriste ? Sœur, d’Abel Quentin, un roman édifiant d’une actualité glaçante

Dans une fatalité il y a parfois plusieurs éléments déclencheurs. Dans le roman d’Abel Quentin il y a d’abord Jenny, une adolescente en mal de reconnaissance et d’amour. Il y a ses parents qu’elle trouve incolores et qui poursuivent leur chemin dans leur petite ville de la Nièvre sans voir vraiment ni leur fille ni ses attentes. Et enfin la société qui l’entoure, ici en la personne d’un président de la république en fin de mandat, le lycée Henri Matisse de Sucy-en Loire, la police, la justice, bref, tous ceux qui l’accompagnent chaque jour sans qu’elle ne les voit.

Jenny à quinze ans, et déjà une vie qui ne la satisfait pas. A part Harry Potter, personne ne la voit, personne ne la connait vraiment. La vie est fade et douloureuse pour cette ado qui ne demande qu’à exister, aimer, profiter comme les autres. Rejetée par ce garçon dont elle aurait pu être amoureuse, elle se réfugie sur le net et les réseaux sociaux, ceux-là même qui l’auront fait souffrir, et trouve une oreille compatissante en Dounia la forte, la solide, celle qui la comprend enfin et lui redonne foi en elle.

Dounia, mais cela aurait pu être n’importe qui d’autre, est la seule à compatir, à utiliser le même langage qu’elle pour dire l’isolement ressenti, le manque d’amour, l’espoir de vie meilleure grâce à Daesh. Il suffira de quelques semaines à peine pour que la jeune fille se voile, s’embrigade, et envisage le martyr.

Habile, prenant, réaliste, voilà un roman qui se lit d’une traite. Toujours factuel et sans jamais porter de jugement, il interroge sur le pourquoi et le comment d’une radicalisation annoncée mais jamais comprise par les familles avant qu’il ne soit trop tard. Mais aussi sur le mal-être d’une jeunesse paumée qui attend, espère, et cherche sur le net les réponses aux questions auxquelles personne ne répond vraiment dans l’entourage proche. Glaçant d’ailleurs de voir cette progression dans la soumission au voile, aux théories de l’état islamique, au besoin de partir au loin ou d’agir pour s’accomplir dans la douleur et la violence.

Et l’on ne manquera pas non plus de lire entre les lignes quelques similitudes avec une situation politique qui sent le vécu proche, un président en fin de règne et un jeune ministre qui aurait comme des envies de pouvoir absolu. Une partie peut-être un peu trop longue d’ailleurs, et qui n’apporte pas vraiment à l’ensemble.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Abel Quentin
au café Paul & Rimbaud

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Adolescente revêche et introvertie, Jenny Marchand traîne son ennui entre les allées blafardes de l’hypermarché de Sucy-en-Loire, sur les trottoirs fleuris des lotissements proprets, jusqu’aux couloirs du lycée Henri-Matisse. Dans le huis-clos du pavillon familial, entre les quatre murs de sa chambre saturés de posters d’Harry Potter, la vie se consume en silence et l’horizon ressemble à une impasse.
La fielleuse Chafia, elle, se rêve martyre et s’apprête à semer le chaos dans les rues de la capitale, tandis qu’à l’Élysée, le président Saint-Maxens vit ses dernières semaines au pouvoir, figure honnie d’un système politique épuisé.
Lorsque la haine de soi nourrit la haine des autres, les plus chétives existences peuvent déchaîner une violence insoupçonnée.

Abel Quentin est avocat. Sœur est son premier roman.

Date de parution : 21/08/2019 / Nombre de pages : 256 / Code ISBN : 979-10-329-0591-3 / Format : 14 x 20 cm

Soif, Amélie Nothomb

Quand l’auteur se met à la place du Christ pour une dernière nuit de son procès à sa mort sur la croix. Soif, un roman qui bouscule.

Pour éprouver la soif il faut être vivant.

couverture du roman Soif d’Amélie Nothomb photo Domi C Lire

Elle ose tout Amélie, et parfois il faut l’avouer, cela bouscule un peu nos certitudes, nos souvenirs, nos croyances pourquoi pas ! Ici elle ose même un « Je » de circonstance, rendant au Dieu fait homme son enveloppe humaine, ce corps du Christ qui lui fera ressentir les sentiments, les doutes, les peurs, les espoirs.

Alors bien sûr, impossible de spoiler l’intrigue, tout le monde connait déjà la fin. Mais de quelle façon, et par quel miracle va-t-elle nous apprendre quelque chose ?
Car elle se met à la place du Christ, et de son procès avec Ponce Pilate à sa mort par crucifixion, puis pendant cette dernière nuit inventée pour la cause, elle fait parler Jésus, Christ fait homme et venu sur terre pour racheter tous les péchés du monde.

Dans Soif, tous les sujets sont explorés tour à tour, amour, passion, hommes, femmes, Dieu tout puissant ou Dieu fait homme.
Mais avant tout elle montre la difficulté de faire le bien, avec la complainte des miraculés (qui viennent tous expliquer que le miracle a rendu leurs vies plus difficiles, un comble !), l’amour d’un Dieu fait homme pour Madeleine (car comment peut-on parler d’amour sans avoir connu l’amour ultime entre deux êtres humains) et pour Marie sa mère, le aimez-vous les uns les autres, l’ami que tous rejettent et qui finira par vous trahir (on a reconnu Judas bien sûr), et surtout le Aimez-vous les uns les autres comme Dieu vous aime tellement anachronique lorsque l’on accepte de mourir sur la croix pour sauver les hommes, quelle preuve d’amour de Dieu pour les hommes veut-on apporter là ?

Enfin, elle démontre il me semble l’absurdité de la sublimation de la souffrance. Ici Jésus ne l’accepte pas, lui qui a soigné sans faille pendant son existence terrestre, et pourtant cette sublimation est si chère à la religion catholique en général. L’auteur, qui confirme là sa connaissance des évangiles et des textes sacrés, les revisite avec un regard contemporain et parfois une touche d’humour qui interpelle, qui émeut, qui bouscule…

Catalogue éditeur : Albin-Michel

21 Août 2019 / 130mm x 200mm / 162 pages / EAN13 : 9782226443885 / 17.90€

Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

Avec un point de vue singulier, Laurent Sagalovitsch explore la profondeur de l’âme humaine à travers les horreurs de la seconde guerre mondiale. Le temps des orphelins, un roman qui interroge sur la foi en l’homme comme en Dieu.

Photo Domi C Lire couverture du roman le temps des orphelins Laurent Sagalovitsch

Le narrateur est Daniel, un jeune rabbin qui malgré son mariage récent avec Ethel s’est engagé comme aumônier dans l’armée américaine. Il souhaite aider les soldats et tenter d’apporter un peu de sa foi sur les champs de bataille. Débarqué en France, il tente d’aider les soldats, même s’il fait plus souvent qu’il ne l’avait seulement imaginé  la prière des morts pour tous ces jeunes gens tombés en Normandie.

Puis au sien de l’armée de libération, son chemin l’emmène jusqu’à l’indicible, du camp d’Ohrdruf à Weimar puis à Buchenwald. Là il découvre la réalité des camps de concentration et ces survivants qui n’en finissent pas de mourir. Avec les autres militaires, il entrevoit, en même temps que son esprit le rejette, l’absolue souffrance, le mal inexprimable.

A son départ pour Buchenwald, il prend avec lui un enfant juif totalement décharné et mutique qu’il tentera d’aider à tout prix. La main de cet enfant dans la sienne lui insufflera cet élan d’humanité qu’il a peur de perdre au milieu de tant d’horreurs inacceptables. Et de se demander : mais où est passé Dieu ! Car comment continuer à croire en un Dieu omnipotent et aimant lorsque l’on est témoin de cette barbarie, comment conserver la foi, voilà bien la grande question posée par Daniel et par l’auteur.

Toute l’horreur des camps est contrebalancée par les lettres d’Ethel, qui espère, attend son mari et lui parle d’un quotidien bien banal. Comme sans doute de nombreux civils aux États-Unis ou ailleurs, elle ne peut à aucun moment imaginer ce que son mari découvre, ce que les soldats de l’armée de libération ont eu à affronter, les regards de ces hommes, ces femmes et ces enfants qui les ont hantés sans doute pendant toute leur vie.

Cela devient presque une habitude, mais Laurent Sagalovitsch écrit l’un après l’autre des romans sur l’holocauste. Ici il interroge sur le silence de Dieu, car comment et pourquoi avoir laissé perpétrer un tel massacre. Comment, s’il existe, laisse-t-il les hommes propager le mal et infliger tant d’horreurs à leur contemporains. Que croire, et comment croire face à l’horreur absolue ?

Retrouvez également ma chronique de son précédent roman Vera Kaplan.

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, s’est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers à entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s’il n’avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l’aidera à retrouver ses parents.
Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

Laurent Sagalovitsch est né en 1967.

Date de parution : 15/08/2019 / Format : 14 x 18 cm, 224 p./ 16,00 € / ISBN 9782283033234

Le serpent de l’Essex, Sarah Perry

Le serpent de l’Essex, de Sarah Perry, un roman aux accents victorien qui parle d’émancipation, de liberté et de paléontologie.

Photo couverture du roman le seprtent de l'essex par Sarah Perry Le Livre de Poche, blog Domi C Lire

Cora est veuve, par forcément joyeuse, mais veuve libérée de cet homme qu’elle avait aimé au premier regard mais qui a fait preuve de violence envers sa jeune épouse soumise. Avec son fils Francis, et désormais à l’abri du besoin, elle décide de partir pour l’Essex et l’estuaire du Blackwater. Elle espère suivre la voie de Mary Anning, admirative de cette femme qui trouve des fossiles (et qui influença la paléontologie par ses recherches).

Là, Cora s’installe dans une vie libre de toute contrainte. Habillée comme un homme, ne cherchant pas à soigner son apparence, elle part chaque jour dans la boue à la recherche de coquillages, fossiles, et même du serpent de l’Essex, ce monstre qui terrorise toute la région, et le village d’Aldwinter en particulier. Soucieux, des amis la confient au pasteur William Ransome et à sa famille. Elle est accueillie à bras ouverts par Stella Ransome, qui souffre d’un mal étrange et ne veut vivre que dans un monde en bleu. Sa rencontre avec William, d’abord fortuite, puis régulière, lui fait découvrir une vision du monde qu’elle ne partage pas, mais de leurs échanges toujours passionnés et vifs va naître une véritable amitié.

L’auteur met en scène une femme moderne, éprise de liberté, qui veut vivre comme elle l’entend loin du joug du mariage et des conventions. Autour de Cora gravitent d’autres personnages porteurs de valeurs qui émergent à la fin du 19e. A travers eux, Sarah Perry aborde des thèmes qui ont connu une réelle évolution à cette période, chirurgie, traitement de certaines maladies, problèmes sociaux, en particulier la confrontation de différentes classes sociales, misère extrême des ouvriers mal logés qui subissent les dictats de propriétaires sans morale, émergence du socialisme, évolution (ou pas !) des pensées du clergé, qui dicte souvent aux villageois leur conduite, quand dans les grandes villes comme Londres l’évolution de mœurs et des habitudes est en marche.

L’ambiance est bien traitée par des descriptions de campagne anglaise, de bois denses, de bord de l’eau envahi par la brume et des brouillards épais, un peu comme en écho aux mentalités de l’époque. Et Cora émerge de tout ce brouillard… Il faut de la concentration et au moins quelques dizaines de pages pour rentrer dans le roman, car il ne s’y passe pas énormément de chose, tout est dans l’ambiance, les sentiments, les caractères. Un roman à lire au calme, en prenant son temps.

Bien sûr, je ne peux m’empêcher de conseiller la lecture de Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier, roman qui évoque si bien Mary Anning.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Cora Seaborne, jeune veuve férue de paléontologie, quitte Londres en compagnie de son fils Francis et de sa nourrice Martha pour s’installer à Aldwinter, dans l’Essex, où elle se lie avec le pasteur William Ransome et sa famille. Elle s’intéresse à la rumeur qui met tout le lieu en émoi : le Serpent de l’Essex, monstre marin aux allures de dragon apparu deux siècles plus tôt, aurait-il ressurgi de l’estuaire du Blackwater ? Dans un cadre marqué par une brume traversée d’étranges lumières, Cora Seaborne construit sa liberté.

Sarah Perry est née en 1979 dans l’Essex. Son premier roman, After Me Comes the Flood, a figuré parmi les sélections du Guardian First Book Award, du Folio Prize et a remporté le Anglian Book of the Year en 2014. Elle vit à Norwich. Le Serpent de l’Essex est son premier roman traduit en français. Traduit de l’anglais par Christine Laferrière.

Prix : 8,70€ / 576 pages / Date de parution : 03/04/2019 / EAN : 9782253906681

Editeur d’origine: Christian Bourgois Editeur

On ne peut pas s’empêcher de penser au roman « Prodigieuses créatures » de Tracy Chevalier.