Un océan, deux mers, trois continents. Wilfried N’Sondé

Un océan, deux mers, trois continents, de Wilfried N’Sondé est un roman étonnant empreint d’une grande humanité qui vous donne foi en l’Homme.

Domi_C_Lire_un_ocean_deux_mers_trois_continents.jpgLui, c’est Nsaku Ne Vunda, né autour de 1583 au Kongo. Élevé par les missionnaires de l’orphelinat qui l’avait recueilli, car son père est mort en allant chercher des secours pour aider sa femme à accoucher, sa mère est décédée en couches. C’est dire si cet enfant avait décidé de vivre envers et contre tous. Il sera ordonné prêtre sous le nom de Dom Antonio Manuel.

Les habitants du Kongo avaient pour habitude de s’offrir entre eux femmes, enfants ou hommes, captifs de leurs familles, opposants, prisonniers de guerre. Depuis le début de ce siècle et sous l’impulsion des portugais, la traite va prendre une toute autre ampleur et les échanges deviennent véritablement un commerce florissant.

En 1604, appelé par le roi Alvaro II, Dom Antonio manuel se voit confier une mission secrète, partir en ambassadeur auprès du pape Clément VIII. Deux fonctions vont être confiées à cet émissaire du roi, le représenter auprès de la cour à Rome et assoir l’importance du Kongo en le libérant de la tutelle commerciale des portugais, mais surtout, partir en émissaire du roi pour plaider la cause des esclaves et tenter d’obtenir l’abolition de cette infamie. Mais le voyage va s’avérer plus long et bien plus difficile que prévu, et ce qui devait être un aller simple vers la méditerranée va se transformer en un périple de plusieurs années à travers Un océan, deux mers, trois continents.

L’auteur nous transporte dans une époque, dans les pensées du prêtre, ses sentiments et ses hésitations. Nous le suivons par-delà le temps vers la réalisation de sa mission. S’il s’avère parfois bien innocent face aux réalités, il finira pourtant par arriver jusqu’à Rome au prix de bien des efforts,  de souffrances, et d’aventures à la fois rocambolesques, dramatiques et atttachantes.

Un océan, deux mers, trois continents est un roman étonnant et terriblement humain. Wilfried N’sondé nous fait regarder autrement ce buste de marbre noir installé dans la cathédrale Sainte Marie-Majeure de Rome, celui de cet homme désormais connu sous le nom de Nigrita et qui vécut dans un XVIIe siècle partagé entre esclavage, flibusterie, servage et Inquisition.

💙💙💙💙

Si vous avez aimé ce livre, vous aimerez peut-être La saison de l’ombre ou Crépuscule du tourment par Leonora Miano.

Ou encore Bakhita par Véronique Olmi.


Catalogue éditeur : Actes Sud

Il s’appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siècle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s’apprête à embarquer est chargé d’esclaves…

Lire la suite…

Janvier, 2018 / 11,5 x 21,7 / 272 pages / ISBN 978-2-330-09052-4 / prix indicatif : 20, 00€

Publicités

Le Sans Dieu. Virginie Caillé-Bastide

Roman d’aventure, roman de pirates, roman d’amour et de désespoir. Batailles, défaites, famine ou vengeance, tout est là ! Pourquoi on aime « Le sans Dieu » de Virginie Caillé-Bastide.

Domi_C_Lire_le_sans_dieu_virginie_caillebastide.jpgBretagne, en 1709. Alors qu’une vague de froid s’est installée sur l’Ouest du royaume, le Conte Arzhur de Kerloguen voit mourir son fils. C’était le dernier de ses enfants, la famine et l’hiver lui ont pris sa famille, sa femme devenue folle s’en remet à Dieu. Plus rien ne le retient désormais sur ces terres où même la mort d’un innocent ne fait pas bouger les hommes de Dieu soumis au pouvoir local.

 Quelques années plus tard, Ombre sur le bateau Le Sans Dieu, pirate parmi les pirates, nous le retrouvons chef tout puissant sans foi ni loi. Flibustier qui part sur les mers des caraïbes conquérir et détrousser les galions sans regret ni hésitation. Jusqu’au jour où lors d’une attaque particulièrement sanglante, il épargne Anselme, un prêtre jésuite, et le retient captif sur son bateau. Les longues discussions et les tentatives d’Anselme de remettre en question l’action d’Arshur seront propices à de nombreux échanges entre les deux hommes, en particulier des questionnements sur la foi en Dieu, ou sur la perte de la foi. Mais fort de son malheur, il sera difficile pour Arzhur de revenir dans un chemin de pardon et de soumission. Intéressant dialogue que celui de l’homme de Dieu et du mécréant, propice également à de nombreuses interrogations sur l’esclavage, celui de la traite triangulaire autant que celui des humbles dans les villages perdus de Bretagne.

Le lecteur suit avec plaisir les différents personnages aux caractères bien trempés et au passé souvent sombre. Comme en particulier les émois et les sentiments ambigus de Maël le boiteux, car on sent très vite qu’il a un lien étroit avec Arzhur, ou encore Barbe, gouvernante et servante, restée à jamais fidèle à la famille et qui a élevé Maël le boiteux. Tout au long de l’intrigue, des relations se tissent, des caractères se forgent, des amours fraternelles se défont ou s’espèrent.

L’auteur nous plonge immédiatement dans un roman d’aventures et d’Histoire qui plaira aux amateurs du genre.  On y retrouve ce qui fait le sel des romans de pirates, les batailles, les prises de bateau à l’abordage, le sang et le vin qui coulent à flot. L’écriture, la langue, le parler de Virginie Caillé-Bastide ressuscitent l’époque, rendant plus véridique encore cette aventure de pirates et d’insoumis, de révoltés et de brigands. Un roman inattendu et absolument rafraichissant.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Bretagne, 1709. Une vague de froid sans précédent s’abat sur le royaume de France, déclenchant une famine effroyable. Arzhur de Kerloguen assiste impuissant à la mort du dernier de ses sept enfants. Sa femme ayant perdu la raison, il abandonne sa terre natale et les derniers fragments de sa foi.
Au large des Caraïbes, 1715. L’Ombre, farouche capitaine, fait régner la terreur sur ces mers du bout du monde qu’il écume sans relâche. Lors de l’attaque d’un galion espagnol, il épargne un prêtre jésuite et le retient prisonnier. Un affrontement s’engage alors entre les deux hommes sur l’épineuse question de l’existence de Dieu. Lire la suite …

336 pages | 20€ / Paru le 24 août 2017 / ISBN : 978-2-35087-421-0

Bakhita. Véronique Olmi

Véronique Olmi et Bakhita, ou la rencontre singulière d’un auteur et d’une esclave soudanaise canonisée par Jean-Paul II.

Domi_C_Lire_bakhitaAssister à une rencontre-lecture, à l’alliance française, avec Véronique Olmi autour de son roman Bakhita, quel bonheur.
Alors qu’elle visitait l’église de Langeais, pays de la duchesse de Balzac, Véronique Olmi a découvert dans l’église le portrait de Bakhita. Intriguée par les éléments biographiques qu’elle y découvre, elle décide d’approfondir ses recherches. Littéralement happée par le personnage, elle abandonne son roman en cours et part à la rencontre de cette femme à la « storia meravigliosa », lui consacrant deux années entières. Elle dit avoir rencontré l’âme de Bakhita lorsqu’elle est allée arpenter les lieux où elle a vécu en Vénétie, mais n’est pas encore allée au Darfour. Elle avoue même être partie « bille en tête », comme lorsqu’on tombe en amour tant elle l’a adorée et lui voue une admiration que l’on ressent en lisant ce roman qui transpire d’humanité, alors qu’il montre tout ce que la cruauté et le manque d’humanité peuvent engendrer de souffrances.

Voilà donc un roman inspiré d’une histoire réelle, celle de Sainte Guiseppina Bakhita, religieuse d’origine soudanaise première Africaine canonisée par le pape Jean-Paul II. D’une  enfance anéantie lorsqu’elle est enlevée à l’âge de sept ans (vers 1875) et qu’elle est vendue comme esclave à sa conversion au catholicisme, elle passera une vie au service des enfants et des femmes. Cette femme, célébrée contre son gré et certainement sans même s’en rendre vraiment compte par l’Italie fascisme de Mussolini, va faire preuve sa vie durant d’une résilience incroyable.

Bakhita signifie « la chanceuse », mais l’est-elle cette enfant qui au seuil d’une vie heureuse et choyée, dans ce village du Darfour où elle est aimée de sa mère et de sa fratrie, va être enlevée puis vendue comme esclave ?

Elle a tout juste 7 ans, sa sœur a déjà disparu, emportée lors d’une razzia dont sont coutumiers les négriers musulmans, marchands d’esclaves par tradition. Elle sera vendue plusieurs fois, ira de famille en famille, de souffrance en souffrance, d’abandon en séparation, mais toujours elle aura cette force en elle qui lui a permis de vivre, belle et invincible, peut-être doit-on en trouver l’origine dans une enfance choyée, aimée, insouciante. Dans l’oubli de son prénom aussi sans doute, qui marque à jamais la perte des siens, de ceux qu’elle aura cependant cherché en vain toute sa vie. Elle connaitra les chaines, la violence, physique et mentale, l’abandon, l’oubli, la maltraitance de ceux qui s’attribuent les êtres comme ils le feraient des objets, pour les prendre et les jeter. Souffre-douleur des fillettes à qui elle est offerte, objet sexuel et creuset des souffrances infligées par leur frère, torturée et scarifiée pour le plaisir par la femme d’un général Turc, elle saura survivre en regardant la lune, le ciel, les étoiles, souvenir lointain du bonheur quotidien et familial, beauté immuable et salvatrice. Jusqu’à sa rencontre avec le consul italien, qui va une fois de plus bouleverser sa vie. Son année passée chez les sœurs Canossiennes de Venise, sa volonté farouche qui lui fera dire « je sors pas ». La Moretta décide enfin de son sort et veut consacrer sa vie à el Paron, ce Dieu qu’elle vénère à son tour, une vie exceptionnelle tout au long de cette période tourmentée de la première moitié du XXe siècle.

Bakhita est un roman émouvant, bien que parfois difficile, superbe par son écriture, à la fois visuelle et sensuelle, faite d’ombre et de lumière, ni revancharde, ni pleurnicheuse, ni dans le pathos, toujours dans une grande justesse de mots et de sentiments, emplis de cette humanité que dégage tout le roman. J’ai été émue par ces mots qui font comprendre, au-delà de la souffrance et de l’esclavage, que l’on peut porter très haut un flambeau d’espérance. Ces mots qui très certainement vont changer notre regard porté sur les autres, esclaves des temps modernes, migrants, enfants abandonnés dans les rues de nos villes capitales, ou ailleurs.

« il n’y a que Dieu qui puisse donner l’espérance aux hommes victimes des formes d’esclavage anciennes ou nouvelles. » Jean Paul II

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion.
Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise… Lire la suite

Édition brochée / 22.90 € / 23 Août 2017 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226393227

Véronique Olmi, lauréate du prix du roman Fnac 2017 avec Bakhita

By the rivers of Babylon. Kei Miller

Découvrir les rastafari et l’écriture de Kei Miller avec « By the rivers of Babylon », une expérience puissante et émouvante.

DomiCLire_by_the_rivers_of_babylon_kei_millerA Augustown, un quartier particulièrement pauvre de Kingston où résident les laissés pour compte, en ces années 80 la violence et la misère font partie du quotidien des habitants. Les bandes adverses tiennent le quartier en coupe réglé, le gang Angola et les Babylones s’affrontent sans merci.

Ce jour-là, Ma Taffy, qui n’a pas eu d’enfants, attend celui qu’elle considère comme un petit-fils. Car elle a élevé ses trois nièces comme si elles étaient ses propres filles, et Kaia est le fil de l’une d’entre elles. Bien que Ma Taffy ait perdu la vue depuis longtemps, elle sait toujours repérer les signes, les odeurs, les relents du malheur. Et elle le sent, ce jour sera celui de l’autoclapse, le jour de l’apocalypse. Dès le retour de l’école de Kaia, elle comprend qu’un grand malheur est arrivé. Monsieur Saint-Josephs a commis le sacrilège suprême contre un rastafari, il lui a rasé la tête et sacrifié ces dreadlocks qui poussent en s’emmêlent sur son crâne depuis sa naissance.

Mais si la catastrophe est annoncée, Ma Taffy veut autant que possible en retarder le moment, aussi se met-elle à raconter à Kaia cette légende qui veut qu’un jour, il y a bien longtemps, Alexander Beward, prêcheur de son état, ait réussi à s’élever dans les airs…Et tout ceci au fond n’est que prétexte à présenter les différents protagonistes de cette catastrophe pressentie et cependant inévitable, Madame G, la directrice de l’école de Kaia, où exerce monsieur Saint-Josephs, mais aussi Miss G, qui n’est autre que Gina, la mère du petit Kaia, enfin, toute cette société qui n’attend qu’une étincelle pour faire jaillir la révolte contre le malheur, la peur, la crainte.

Prétexte à mieux évoquer la vie dans ces quartiers si différents de Kingston, By the rivers of Babylon montre aux néophytes que nous sommes peut-être, le pouvoir des croyances, leur poids dans le quotidien de l’ile. Mais aussi les entraves qu’elles peuvent être dans l’évolution d’une société, lorsque les bienpensants s’y opposent ou ne les comprennent pas, lorsque l’on veut imposer des normes et des règles différentes sans chercher à comprendre son prochain, ceux avec qui on pourrait vivre en toute sérénité à condition de faire l’effort se comprendre.

L’auteur est à la fois romancier et poète, né lui-même à Kingston (où se passe le roman) il vit aujourd’hui en Grande-Bretagne. Je le découvre avec ce roman, et avec lui cette écriture si particulière pour évoquer l’ambiance de son pays d’origine, la Jamaïque, et les croyances des rastafaris. Une belle traduction porte ce roman qui ne peut qu’émouvoir les lecteurs. Quelle aventure, puissante et forte, qui nous fait découvrir la misère et la vie en Jamaïque, mais qui reste porteuse d’espoir.

Et comme toujours, on aime la magnifique couverture des éditions Zulma !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Éditions Zulma

Roman traduit de l’anglais (Jamaïque) par Nathalie Carré

Lauréat 2017 du OCM Bocas Prize for Caribbean Literature

Augustown, quartier pauvre de Kingston. En cet après-midi d’avril 1982, Kaia rentre de l’école. Ma Taffy l’attend, assise sur sa véranda. La grand-mère n’y voit plus mais elle reconnaît entre toutes l’odeur entêtante, envahissante, de la calamité qui se prépare. Car aujourd’hui, à l’école, M. Saint-Josephs a commis l’irréparable : il a coupé les dreadlocks de Kaia – sacrilège absolu chez les rastafari. Et voilà Ma Taffy qui tremble, elle que pourtant rien n’ébranle, pas même le chef du gang Angola ni les descentes des Babylones, toutes sirènes hurlantes.
On dirait bien qu’à Augustown, Jamaïque, le jour de l’autoclapse – catastrophe aux promesses d’apocalypse – est une nouvelle fois en train d’advenir. Alors, pour gagner du temps sur la menace qui gronde, Ma Taffy raconte à Kaia comment elle a assisté, petite fille au milieu d’une foule immense, à la véritable ascension d’Alexander Bedward, le Prêcheur volant…
By the rivers of Babylon est un roman puissant, magnifique chant de résistance et de libération.

12,5 x 19 cm /304 pages / ISBN 978-2-84304-800-5 / 20,50 € / A paraître le 07/09/17

Mostarghia. Maya Ombasic

Mostaghia, c’est le poison de l’exil, celui de la perte, de l’absence, du départ sans retour…c’est le mal du pays, absolu, foudroyant. Mostaghia, dans le récit de Maya Ombasic, c’est aussi la mort d’un père dans la douleur de l’exil. Un roman indispensable.

DomiCLire_maya_ombasic.jpg

S’il faut quitter Mostar en 1992, c’est parce que la vie n’est plus possible, parce qu’il y a la guerre et que les différences s’exacerbent entre des peuples qui jusqu’alors ne faisaient qu’un. La guerre a éclaté dans ce pays qu’avait su unifier Tito, et dans lequel chaque ethnie savait vivre en bonne intelligence avec les autres.

Après les camps de concentration, les bombes, les dangers du quotidien à Mostar, Maya et sa famille fuient vers la Suisse. Là, comme c’est souvent le cas avec les réfugiés, on les prend pour des êtres inférieurs qui ne connaissent pas la vraie civilisation, oubliant qu’ils viennent de Mostar, cette ville civilisée, cultivée, au charme et à la lumière incomparables. Et surtout on les met dans des cases, celles d’une religion qu’ils n’ont jamais pratiquée, eux qui sont avant tout communistes et athées. Oui, mais depuis la guerre, dans l’ex-Yougoslavie, les gens sont devenus catholiques ou musulmans, et non plus Serbes, Croates ou Bosniaques. Après la Suisse, ce sera le Canada, où le reste de la famille veut s’intégrer, mais où le père meurt peu à peu de cette nostalgie du pays qui le détruit à petit feu, lui qui sombre dans l’alcool et la dépression, jusqu’à la maladie qui l’emportera.

C’est un récit terriblement émouvant que fait là Maya Ombasic, celui d’un guerre si proche et si lointaine à la fois, qu’on a presque déjà oubliée mais qui pourrait resurgir à tout  moment, tant les mentalités et les peuples ont changé, les regards sont devenus si méfiants, si distants, l’équilibre entre chacun si précaire.

C’est surtout un hymne à ce père, si différent et dont elle se sent si proche, qui lui a tant appris, qui a tant souffert de l’exil, de quitter sa ville, son pays, qu’il en meurt là-bas au Canada. L’écriture est superbe de vérité et de sincérité. Si l’auteur a souhaité écrire dans une langue qui n’est pas la sienne pour s’imposer une distance émotionnelle, on sent la force des sentiments, les interrogations sur l’avenir de ce pays qui a changé, la douleur de la perte, la force de la famille, l’enseignement du père qui a des répercussions dans sa vie, chaque jour. Un récit qui se lit comme un roman, qui pose des questions et parle de l’amour d’un père, de celui d’une fille, mais avant tout de la douleur de l’exil. De tous temps, les réfugiés ont dû partir sur les routes, mais l’amour du pays et l’envie du retour sont toujours aussi prégnants, l’exil n’est jamais un choix, c’est évident.

On lira également la chronique et l’interview de Maya Ombasic par Karine Papillaud sur lecteurs.com


Catalogue éditeur : Flammarion

La mostarghia. C’est ainsi que Maya Ombasic a baptisé le mal qui a tué son père. La mostarghia, c’est la nostalgie dévorante dont cet homme a souffert depuis qu’il a dû quitter sa ville, Mostar. À ce peintre écorché à l’âme slave qui ne s’est jamais remis d’être arraché à sa terre, sa fille Maya… Lire la suite

Paru le 08/03/2017  / 240 pages – 210 x 135 cm Broché / EAN : 9782081399938 ISBN : 9782081399938

La cire moderne. Vincent Cuvellier. Max de Radiguès

Dans le roman graphique de Vincent Cuvellier et Max de Radiguès la fabrique de cierges « La cire moderne »  risque fort de transformer la vie de quelques jeunes en mal de projet de vie !

DomiCLire_la_cire_moderneDe Max de Radiguès, j’ai découvert à Angoulême Weegee, Sérial photographer dont j’ai déjà parlé ici. Là, nous naviguons dans un tout autre univers. Si pour Weegee, l’auteur c’était inspiré d’une histoire vraie, et donc d’un scénario qui n’était plus qu’à adapter, là, tout était à créer. Et les auteurs de prendre le pari compliqué de parler indirectement spiritualité et religion, avec cette fabrique de cierge dont le seul débouché s’avère être dans les différents lieux de culte du pays.

Lorsque Emmanuel hérite de son oncle, il n’est pas au bout de ses surprises. En effet, le défunt ne lui a pas laissé d’argent ni de biens immobiliers, mais tout un stock de cierges, qu’il doit débarrasser dans les plus bref délais. Alors que faire  quand on est jeune, débrouillard et sans le sous ? Eh bien, on peut embarquer Sam, sa copine et Jordan, le frère déjanté de cette dernière et partir à Châteauneuf-le-Viel, récupérer les cierges puis partir sur les routes. Ensuite, de monastères en églises, ils vont tenter de liquider ce stock encombrant en échange de quelque monnaie sonnante et trébuchante.

Et l’on découvre au passage que même les fabriques de cierges se délocalisent en chine, qu’il n’y a donc pas de petit profit, que l’artisanat est dépassé, et  que certains cierges peuvent même avoir une vieille odeur de… pieds !

Mais sur le parcours, de Lisieux à Lourdes, Emmanuel et ses amis vont rencontrer des prêtres, de nouveaux amis, les questions seront nombreuses et Emmanuel ne sortira pas indemne de cette aventure. Ses interrogations sur son avenir, sur le sens que l’on donne à sa vie, sur l’amitié, se bousculent, au point de partir vers d’autres cieux pour tenter de se retrouver. Étonnant point de vue, qui nous emmène plus loin que prévu, dans une recherche de soi, d’un idéal, d’un but. Affaire à suivre alors !


Catalogue éditeur : Casterman

Un jeune couple vivote dans une maison à la campagne lorsque surgit un héritage inattendu : une fabrique de cierges !

Collection Écritures /16,95 € / 160 pages – 17.2 x 24 cm / Noir et blanc / ISBN : 9782203100589 / Paru le 18/01/2017

 

Des âmes simples. Pierre Adrian

Dans « Des âmes simples » Pierre Adrian présente le parcours sans concession d’un homme d’église, parcours qui ressemble à s’y méprendre à la solitude d’un coureur de fond transformé en coureur de Dieu, vue par celui qui ne croit pas, dans une vallée des Pyrénées.

DomiCLire_des_ames_simples.jpgSi je connais bien depuis de très nombreuses années cette région de la vallée d’Aspe et du merveilleux cirque de Lescun, en lisant « Des âmes simples » le roman de Pierre Adrian, j’ai l’impression de faire partie de ces touristes qui n’en découvrent que le côté idyllique et paisible, ensoleillé et estival, bien loin de la pluie, de la brume et du froid que j’ai ressentis tout au long de ces pages.
J’imagine que le personnage de Pierre aurait eu moins d’épaisseur, de force, si la vie avait été paisible et calme, dans un cadre magnifique ? Car magnifique elle l’est la vallée d’Aspe, mais la vie peut y être difficile, le travail manque, les maisons et les habitants vieillissent, ces villages sont essentiellement peuplées en été par ceux qui n’en prennent que le meilleur, en hiver par ceux qui ne font que passer pour rejoindre les pistes de ski espagnoles, de l’autre côté.

Le parti pris de l’auteur est donc de suivre Pierre, curé, puis moine de son état, qui a en charge les âmes simples de cette vallée des Pyrénées. Dans l’ancien monastère de Sarrance, où il y a quelque quarante ans, les jeunes allaient faire « retraite » avant leur communion, ne vivent plus que deux ou trois vieux prêtres, et quelques pèlerins qui s’arrêtent là presque par hasard, afin de retrouver la paix intérieure que la vie trépidante des villes leur a fait perdre de vue depuis longtemps.

Et dans les pas de Pierre, nous allons découvrir pèle mêle les pèlerins et le chemin de Saint Jacques de Compostelle ; la vielle ligne de chemin de fer qui mène jusqu’à Canfranc, en Espagne, par le seul tunnel hélicoïdal d’Europe ; les sentiers qui conduisent au Pays Basque, territoire voisin mais différent, étranger ; le passage du col du Somport, seul chemin de salut pour les juifs pendant la seconde guerre mondiale ; et pas loin, Bernadette et la source miraculeuse ; ces légendes qui créent un site et apportent paix et espoir dans les cœurs des hommes. Mais dans cette vallée il y a aussi les morts, tous ceux que Pierre accompagne en terre, croyants mais si peu, qui ont vécu là toute une vie proche de cette nature si belle et parfois si difficile, si dangereuse comme sait l’être la montagne en hiver.

Il y a parfois beaucoup de tristesse dans ces lignes, cette vallée sous la pluie, la brume et le froid, ces hommes vieillissants et solitaires, mais il y a aussi une grande sérénité, une paix qui s’installe et remet les valeurs à leur véritable place, celle du cœur et des sentiments.  Mais c’est aussi un roman qui questionne de façon égale croyants et incroyants sur la réalité et la nécessité des croyances justement.

Ces phrases que j’ai aimées :

– A quatre-vingt-dix ans, chaque mot chez Albert est devenu une barrière à franchir. Mais sa présence seule suffit, qui répand la paix sans le savoir. La générosité de certains hommes dépasse leur propre volonté. Elle donne une idée du bonheur.

– Complies, c’est sans doute l’heure qui m’attire le plus parmi les habitudes du monastère. Ce sont les dernières complaintes avant la nuit. Et les psaumes chantent souvent le détachement et l’abandon…On se laisse aller à la nuit, dans l’incertitude d’une nouvelle aurore. Après tout, rien n’est sûr en demain.


Si vous voulez vivre la vie d’un curé des Pyrénées, et surtout l’aventure des curés de Sarrance autrement, je vous conseille de découvrir cette vidéo anthologique du député Jean Lassalle, la gouaille, l’accent, les expressions, et une aventure comme il en arrive rarement, sauf peut-être dans une vallée perdue des Pyrénées !!


Catalogue éditeur : Éditions des équateurs

« Ce qui repousse les caméras m’attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu’on ne voit pas. J’aime le fond de la classe. Le saccage et le sursaut, la poudrière, le foutoir, la beauté, les rêveurs : tout est au fond, chez les invisibles. Au fond des vallées. Cette leçon, je l’apprendrai aux côtés de frère Pierre. En citant saint Paul, il me dira que la véritable sagesse n’est pas celle du monde : « Si quelqu’un pense être sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour être sage. » » Au cœur d’une vallée, aux confins de la France, un homme tient là seul par sa foi. Au plus près des vies minuscules – les bergers et les bêtes, les paumés et les vagabonds célestes –, il accueille les histoires murmurées, les hommes en perdition. Les croyants et ceux qui ne croient pas. Parce qu’« on ne peut plus faire comme si les gens avaient la foi. » Pour lui, cela importe peu. Jour et nuit, son portable sonne. Il accourt. D’une plume taillée à la serpe, Pierre Adrian nous offre un récit bouleversant, à l’écoute des ténèbres et de la désespérance d’une époque.

200 pages / format 14 x 20,5 / 18.00 € / paru le 5 janvier 2017 / ISBN : 978-2-84990-470-1