Le livre des Baltimore. Joël Dicker

Dans le monde des Goldman, sous la plume de Joël Dicker, il y a ceux de Baltimore et ceux de Montclair, il y a l’Amérique de ceux qui réussissent et ceux qui restent derrière, il y a l’amitié et surtout le Drame. Et le lecteur s’y laisse prendre.

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Dans ce deuxième roman de Joël Dicker, nous retrouvons Marcus, le héros de La vérité sur l’affaire Harry Quebert, même si ce héros-là aurait pût être n’importe qui d’autre car je n’ai pas vraiment eu l’impression de le retrouver. A la suite d’une rencontre fortuite avec Alexandra, cette amie d’enfance perdue de vue depuis longtemps Marcus remonte le fil de ses souvenirs.

Marcus est un jeune homme de bonne famille, celle des Goldman, mais il n’appartient pas à la bonne branche. Lui c’est les Goldman-de-Montclair, dans le New Jersey, la branche la moins huppée, la moins flamboyante, la moins riche. Les autres, les Goldman-de-Baltimore, sont ceux à qui tout réussi, un père avocat à la carrière florissante, un couple uni, une vie de famille heureuse dans une maison somptueuse, des vacances dans les Hampton, où se retrouve tout le gratin de la côté Est, et les hivers à Miami, en Floride.

Pourtant, et Marcus nous l’annonce dès le début, huit ans auparavant il y a eu « Le Drame », le Drame avec un D majuscule, celui qui a fait tout basculer et s’effondrer ce bel équilibre. Et là j’avoue, Joël Dicker a l’art de nous faire attendre, lire, espérer, essayer de comprendre. Il sait mener le suspense et maintenir son lecteur en haleine. On a juste envie de tourner les pages pour savoir.

Et au fil des pages et des flashback nous suivons Marcus et ses cousins. Hillel est un enfant surdoué à la constitution fragile, souffre-douleur de ses comparses d’école, rapidement protégé par Woody, un gamin qui vit dans un foyer. De cette rencontre va naitre une amitié profonde, Woody sera intégré à la famille des Baltimore, et les cousins vont vivre des années d’études dans les écoles privées et des vacances de rêve. Ils vont former « le gang des Goldman », cousins inséparables, amoureux de la même fille, Alexandra, et forger leurs ambitions d’un avenir radieux et somptueux, qu’ils deviennent footballeur, chanteuse ou avocat, il faudra qu’ils soient brillants.

Au fil des souvenirs de Marcus, de nombreux thèmes sont abordés. L’ascension et la réussite, la compétition y compris entre frères, le malheur et la chute. Le silence, l’interprétation, l’absence de parole et d’échange, la division, y compris au sein même d’une famille. Sommes-nous nous-même ou ce que les autres imaginent que nous sommes ? Quelle est l’importance de l’image que l’on reflète, celle que nous voulons donner et qui n’est pas toujours ce que nous sommes réellement ?

Alors bien sûr on peut trouver que les riches sont un peu trop riches, et les pauvres un peu trop pauvres, que les genres sont trop stéréotypés, j’avoue que cela ne m’a pas gêné. J’ai trouvé intéressante la démonstration que fait l’auteur de l’importance des apparences, des non-dits et surtout des silences au sein des familles, qui faussent les relations car aucun n’ose dire ou demander la vérité. Et surtout avouons-le, je me suis laissée prendre au charme des Goldman, qu’ils soient de Baltimore ou de Montclair, et j’ai eu envie de les suivre.

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Éditions de Fallois

Jusqu’au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair. Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l’auteur de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey. Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.
Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman…

Date de parution : 30/09/2015 / EAN : 9782877069472 / Nombre de page : 480 /
Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance

2084 La fin du monde. Boualem Sansal

Il y a eu George Orwell et 1984, il y a Boualem Sansal et 2084, le futur est tellement proche. L’auteur porte un regard philosophique, sociologique, sur l’intégrisme, le totalitarisme. Anticipation ? Résistance ? Tout peut arriver, un seul message : soyons attentifs pour conserver nos libertés de penser et de vivre.

Domi_C_Lire_2084_la_fin_du_monde_boualem_sansal_gallimard.jpgNous sommes en 2084, en Abistan. Après une guerre qui a détruit le monde ancien, pour ceux qui restent, la soumission à Yölah, le dieu unique dont Abi est le prophète, est omniprésente et nul ne peut s’en écarter. Le peuple obéi à ce dictat qui exige une unité de pensée, une croyance unique, une langue exclusive et omnipotente, l’Abilang, créée de toute pièce et imposée à tous, une nourriture infâme servie à tout un peuple, des vêtements identiques pour tous, burnis pour les hommes, burniqab pour les femmes, des déplacements interdits ou au contraire imposés à tout un peuple. Le bonheur est assuré, même si cela implique que chacun soit soumis, observé, guidé, contrôlé.

Pourtant, à la suite de son séjour aux confins du pays, dans un sanatorium lourdement contrôlé par le pouvoir en place, Ati, le personnage central du roman, se met à douter. Douter du bonheur pour tous, douter de la foi imposée et à priori unique et réelle. Et si la foi n’existait pas, et si le doute était justement la vérité, et si le peuple était prisonnier d’un régime totalitaire. Boualem Sansal fait évoluer son personnage, douter, chercher devant nos yeux un peu effarés par les coutumes de ce pays de rêve !

Où l’on retrouve les odieuses exécutions publiques dans les stades tristement dévoyés, spectacles horribles mais hélas célèbres aujourd’hui, mais qui rappellent également le pain et le cirque des empereurs romains, pour soumettre le peuple en lui permettant d’aller au spectacle, mais un peuple que l’on va pousser à la délation, à trahir voisins, amis, ou pire, famille, pour un peu de reconnaissance. Où l’on retrouve les ennemis que l’on va envoyer au front se faire sauter avec leur ceinture d’explosif, mais également les disparitions subites de ceux qui savent ou commencent à comprendre. Où l’on retrouve l’omniprésence des ligues de vertu qui soumettent les femmes aujourd’hui mais également hier dans d’autres régions du monde, faible place des femmes d’ailleurs dans ce roman, comme si en 2084 elles avaient totalement disparu de la vie de la cité. Où l’on retrouve enfin les élites, celles qui savent et qui imposent au petit peuple des croyances et des pratiques qu’il ne peut comprendre, mais qui le soumettent encore plus sûrement. Pratiques des dictatures quelles qu’elles soient, religieuses ou pas, on songe aussi bien aux grandes manifestations d’Hitler qu’à celles des pays totalitaires ou extrémistes.

J’ai par moments été un peu noyée par les termes utilisés, un peu trop nombreux, un peu trop précis, les brigades de ceci ou cela par exemple, même si j’imagine que c’est voulu par l’auteur. Mais j’ai aussi apprécié l’humour mis dans les descriptions des célébrations, le Big Eye qui devient Bigaye, les amoureux de ce qui n’est plus, collectionneurs d’antiquités d’un monde perdu mais sans doute pas pour tous, la curiosité enfin de ceux qui veulent savoir et ne plus se soumettre, au risque de devoir s’exiler pour toujours.

Que dire de ce roman, si parfois je l’ai trouvé un peu embrouillé, sans doute à dessein, j’ai aimé son côté iconoclaste, qui montre dans une fable épique toute l’absurdité d’un phénomène religieux poussé à l’extrême et qui dépossède une nation entière de son propre pouvoir de réflexion et de décision. A méditer longuement sans aucun doute, pour que 2084 ne devienne pas notre futur !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Gallimard

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…

Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

Parution : 20-08-2015 / Époque : XXe-XXIe siècle / ISBN : 9782070149933

 

Appartenir. Séverine Werba

Le très beau premier roman de Séverine Werba, « Appartenir », publié chez Fayard, à  lire absolument

https://i0.wp.com/static1.lecteurs.com/files/books-covers/018/9782213687018_1_75.jpgParce que toute une génération qui a vécu l’indicible n’en a plus parlé quand elle est revenue de l’enfer,
Parce que lorsqu’on donne la vie, la notion de transmission devient essentielle,
Parce que savoir d’où on vient, quand on ressent un silence, des non-dits autour de soi, est forcément un besoin vital,
Pour tout cela et sans doute beaucoup plus, Severine Werba a écrit ce roman qui n’en est pas un, mais plus un retour sur ses origines, d’où je viens pour savoir qui je suis et à qui j’appartiens.
Pour tout cela sans doute aussi, nous avons une soif de comprendre, de savoir, de la suivre dans cette recherche de ses origines, savoir à qui Elle appartient, pour mieux nous connaître aussi un peu sans doute.

Quand on est jeune, 17, 20 ans, les vieux livres, les souvenirs de nos anciens, même s’ils ne sont pas trop envahissants, sont synonymes de passé, et ne sont pas ceux avec lesquels on a le plus envie de vivre. Séverine Werba l’a vécu, elle qui s’installe dans l’appartement parisien de Boris, son grand père originaire d’Ukraine. Devenue mère, elle se pose les questions essentielles, entre le pourquoi du silence de celui qui ne dit pas, et le silence de tous ceux qui ne demandent pas. Car des deux côtés rien n’est dit, aucun souvenir n’est évoqué, une chape de plomb est posée sur un passé dérangeant ou trop douloureux à porter.
Ses pas vont l’entrainer à la recherche de son grand père Boris jusqu’à Torczyn, le village d’Ukraine dont il est originaire. Evocation terrible des grandes Aktions Nazies, de ces charniers, de ses tombes gigantesques creusées par ceux-là même qui allaient être exécutés en masse, d’une balle dans la tête, femmes, enfants, hommes, vieillards, avant que les nazis ne trouvent la solution finale, plus rapide, plus économique, moins stressante pour leurs soldats, l’horreur avant l’horreur absolue, mais tellement réelle.
Des rues et des jardins de Paris à la rafle du Vel d’Hiv à Paris, des villages d’Ukraine aux ghettos juifs, des camps d’extermination au retour des survivants, l’indicible est à portée de mémoire, vécu par ceux qui bientôt ne seront plus là pour en témoigner. Même si tout ou presque a été dit, chaque histoire est unique et tellement forte.

Alors on pourrait se dire, un livre de plus sur cette période si terrible que parfois on voudrait juste fermer les yeux pour oublier que l’homme peut être aussi mauvais, que tout ça a juste pu exister. Mais non, pas un livre de plus, un très beau livre, qui montre que savoir d’où l’on vient, qui on est, ce n’est pas juste une question de date de naissance, il y a avant nous tous ceux qui nous ont précédé et qui font de nous ce que nous sommes.

Un très beau roman, une écriture qui coule, qui donne envie de savoir, qui touche le lecteur, qui vibre au rythme des recherches de Séverine Werba, que l’on accompagne au fil des pages. Enfin, je ne l’aurai peut-être pas qualifié de roman, même si on le lit presque aussi facilement qu’un roman justement. En tout cas de très belles pages, dures parfois, mais essentielles. Je vous le recommande vivement.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Fayard

De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué.
Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille.
Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés.
Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.

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Avec Séverine Werba

Séverine Werba nous livre une enquête profane, intense, et part à la recherche de l’histoire dont elle procède comme d’elle-même. Elle montre qu’écrire est sans doute la façon la plus poignante de rompre et d’appartenir.
Après avoir été journaliste et productrice de documentaires, Séverine Werba travaille aujourd’hui pour la série policière Engrenages, diffusée sur Canal+. Appartenir est son premier roman.

EAN : 9782213687018 / EAN numérique : 9782213688749
Parution : 19/08/2015 / 264 pages / Format : 135 x 215 mm
Prix imprimé : 18.00 € / Prix numérique : 12.99 €

Ce pays qui te ressemble. Tobie Nathan

« Ce pays qui te ressemble » est un roman qui oscille entre le fantastique et l’Histoire, entre le réel et les croyances, et qui évoque une période importante de l’Histoire récente de l’Egypte, des années 1925 à 1952.

Tout commence dans le quartier juif par le mariage d’un couple improbable, Esther et Motty. Esther est belle mais elle inspire la crainte, car son comportement est parfois étrange, possédée par des démons depuis l’enfance, Motty est bien plus âgé qu’elle, il est aveugle mais ressent et comprend ce que les voyants ne savent souvent pas voir. Leur mariage arrangé sera un mariage d’amour. Pourtant, il se passe de nombreuses années avant qu’Esther porte ce fils tant attendu. Dans l’incapacité de le nourrir, on fait appel à une nourrice musulmane, une fille à la voie ensorcelante qui chante dans les cabarets du vieux Caire. Elle élèvera Zohar en même temps que sa fille Masreya. Les deux enfants seront alors unis par une amulette porte bonheur qui doit être portée par les deux, car elle est unique. Dans ce pays en mutation, de débrouille en combine, le jeune Zohar va finalement créer une entreprise florissante avec Joe et Nino, ses deux amis d’enfance, ceux de la ruelle aux juifs. Un jour son chemin croise celui de sa sœur de lait, belle comme le jour, artiste à la voix magique, la seule, l’unique qui ne pourra jamais être sienne, et ils tombent follement amoureux.

A travers ses personnages, l’auteur nous emporte dans un mélange de magie et de vie, et nous devenons spectateurs d’un pays qui évolue. On y retrouve la période trouble de la guerre en Europe, quand l’Egypte attend la victoire ou la défaite de l’armée de Rommel, à la porte du pays, les manigances des Italiens, prêts à naturaliser de nouveaux soldats, mais aussi la montée des frères musulmans, alors seuls soutiens attentifs d’un peuple qui souffre, la vie dépravée du jeune roi Farouk qui a du mal à trouver sa place, aussi bien dans sa famille que dans ce pays gouverné par les Anglais, et l’arrivée de Gamal Abdel Nasser et d’Anouar El Sadate, cette période  tellement importante dans l’histoire malgré tout récente du pays…

J’ai parfois trouvé un peu trop prégnant le recours au surnaturel, et quelques fois pas assez, comme si l’auteur hésitait à s’orienter vers une intrigue où la magie aurait toute sa place. J’ai pourtant beaucoup aimé ce livre. J’y ai retrouvé la chaleur et l’ambiance indolente des soirées au bord du Nil, j’ai aimé la mise en perspective des évènements tant dans le pays  qu’à l’international, permettant au lecteur de se situer dans l’Histoire.

Et surtout, je dois avouer qu’en tournant ces pages, en suivant ses personnages, je suis revenue avec un bonheur immense dans les rues du Caire, découvrant ce mot Misr (Egypte) sur toutes les façades, déambulant à pieds dans les méandres des rues intriquées et tortueuses qui partent de Bâb Zuweila à Khan-El-Khalili, y buvant un thé au café Feshawy, traversant le Nil par le pont Qasr Al Nil. Je revois les somptueuses villas de l’ile de Roda, le palais Abdine, les jeunes cairotes qui sortent du Gezira sporting club, le lever du soleil alors que je quittais Zamālek et que le taxi m’emmenait au bureau à Maadi Guedida, en longeant Corniche el Nil. Je ressens le goût des pâtisseries toutes en sucre et en douceur de chez Groppi, l’odeur sucrée des fumées des chichas aux terrasses le soir, le parfum suranné du hall de l’hôtel Sémiramis, la chaleur et le sable sur la peau, les jours où souffle le Khamsin et que l’horizon n’existe plus. Et avant tout, la chaleur des gens qui vous abordent quand ils vous croient perdue, qui vous expliquent où vous voulez aller (même s’ils ne le savent pas eux-mêmes !) par soucis de plaire et de rendre service… Cette Égypte magique, éternelle et changeante, que je n’ai pas revue depuis si longtemps. Comme je comprends l’auteur, qui en est parti très jeune et qui n’y reviendra peut-être jamais…

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Catalogue éditeur : Stock

Cette saga aux couleurs du soleil millénaire dit tout de l’Égypte : grandeur et décadence du roi Farouk, dernier pharaon, despote à l’apparence de prince charmant, adoré de son peuple et paralysé de névroses. Arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en 1952 et expulsion des Juifs. Islamisation de l’Égypte sous la poussée des Frères musulmans, première éruption d’un volcan qui n’en finit pas de rugir… C’est la chute du monde ancien, qui enveloppait magies et sortilèges sous les habits d’Hollywood. La naissance d’un monde moderne, pris entre dieux et diables.

Parution : 19/08/2015 / 540 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234078222 / Prix: 22.50 €

Un mot sur Irène, Anne Akrich

Dans ce premier roman, Anne Akrich plonge dans l’intimité du couple et tente de nous embarquer dans les arcances de la vie d’Irène, intellectuelle et féministe.

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Irène Montès, intellectuelle spécialiste du sujet des femmes, vient d’être retrouvée morte à New York. Un enquête commence, et le lecteur se voit propulsé vers le passé, dans la relation complexe et ambiguë du couple qu’Irène forme avec Léon.
L’histoire se situe en même temps que les aventures rocambolesques d’un de nos célèbres hommes politiques français à New York, cela aurait pu interpeller la lectrice que je suis et me faire comprendre dès lors le ton du livre. Car d’aventures en divagations, en particulier sur le sexe, tout le roman tourne autour de la relation malsaine de ce couple. Léon Gary, un éminent professeur à la Sorbonne, en passe d’en devenir le président (tiens, lui aussi devrait devenir président ?) écrit un livre sur la personnalité ambiguë d’Althusser qui assassina sa femme, et en parallèle il essaye désespérément d’écrire Le livre qui sera l’œuvre de sa vie. Il est marié depuis plus de vingt ans à Irène, cette intellectuelle flamboyante à la réussite incontestable, davantage attirée par les femmes que par les hommes, et qui toute sa vie aura rendu son mari jaloux de ses relations amoureuses, de ses trahisons, pour ses étudiantes, ces femmes jeunes et belles qui deviendront ses maitresses ou ses conquêtes d’un soir.

Relation intellectuelle à la Beauvoir /Sartre ? mais en bien plus sordide, car ici rien n’est simple, Léon est jaloux, Léon est perdu, Léon cherche à écrire le roman qui sera l’œuvre de sa vie, et Léon sombre dans la folie. Nous essayons de suivre tout au long de ces deux cent pages ses divagations schizophréniques , mais j’avoue que malgré une écriture travaillée t réaliste, qui nous emmène au bord de la folie, j’ai eu beaucoup de mal à accrocher.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Julliard

Un parfum de scandale sexuel flotte dans le milieu universitaire depuis la mort, à New York, d’Irène Montès, une intellectuelle de renom. Alors qu’elle devait donner une importante conférence sur les gender studies, son cadavre a été retrouvé nu dans une chambre d’hôtel, au côté d’une poupée gonflable. Mais qui était-elle vraiment ?
À travers les yeux de son mari, Léon Garry, professeur à la Sorbonne, la flamboyante personnalité d’Irène nous est peu à peu dévoilée, tout comme la relation trouble qui unissait les deux époux. Jadis mentor d’Irène, Léon était devenu son pantin, dans un théâtre de la cruauté qui le condamnait au rôle de voyeur. Jusqu’où peut dériver un homme dont les fantasmes inassouvis brouillent la perception du réel et de l’imaginaire ?
Porté par une écriture et un érotisme vibrants, ce récit crépusculaire fouille les arcanes du couple dans ses replis les plus intimes.

Date de parution : 20/08/2015 / Nombre de pages : 216 / Format : 1 x 205 mm / EAN : 9782260029021

Nos âmes seules. Luc Blanvillain

En abordant « nos âmes seules », le premier roman de Luc Blanvillain, le lecteur, planté au pied des tours inhospitalières de la Défense qui montent vers un ciel mi gris mi or, se demande jusqu’où l’auteur a choisi de l’emmener.

Jeune cadre banal et sans histoire, Clément travaille chez Vogal Software. Il vit en couple avec Myriam. Elle organise leur vie avec passion, refait la déco de son appartement pour qu’il soit conforme à l’idéal présenté dans les magazines, coach fidèle et indispensable, elle soutient et aide Clément dans son évolution professionnelle. Car Clément rêve de passer directeur, ambitieux, intuitif, travailleur, il a tous les atouts pour y arriver. Même s’il est un des rares à montrer un peu d’humanité, lorsqu’il prend en compte la vie de la femme de ménage ou les problèmes de JJ son collègue qui ne sait pas comment concilier travail et responsabilité de père. Dans le monde déshumanisé de l’entreprise, les tensions entre collègues s’exacerbent,  surtout quand une nouvelle DRH fait son apparition, chacun veut faire de son mieux pour être remarqué du tout puissant grand patron.

Clément croise une jeune femme étrange à laquelle il s’attache. Meryl, désorientée  et malheureuse, particulièrement énigmatique, va lui démontrer qu’elle sait s’adapter à certains codes, mais semble perdue au quotidien. Cette rencontre va transformer  Clément au point de faire exploser sa vie. Sa vie de couple d’abord, sans que ce soit murement réfléchi, comme si Meryl était le révélateur de tout ce qu’il rêvait de faire sans jamais l’avoir osé. Il casse les codes, se détache des contraintes familiales en particulier vis-à-vis de ses parents, il va également  fuir cette vie de couple toute tracée dans laquelle il ne se reconnait pas. Meryl va l’aider à progresser dans son travail pour arriver à son objectif.

La question que l’on se pose alors est jusqu’à quel point et à quel prix ? Peut-être au prix de sa véritable liberté d’homme qui ne serait pas soumis aux dictats d’un directeur omniscient et tout puissant. Car Clément va apprendre qu’on est toujours seul, même en équipe, que la solidarité est un vain mot, que l’ambition l’emporte sur l’esprit d’entreprise, et que la loi du plus fort et surtout des tout puissants est souvent la seule qui compte. Tout au long de ce roman, le lecteur se demande qui manipule qui et dans quel but. On suit avec tendresse et parfois avec  révolte les évolutions sentimentales et professionnelles de Clément, on a envie de mieux le connaître, le comprendre et l’aider dans le monde impitoyable dans lequel il est plongé, même si je ne l’ai pas trouvé particulièrement attachant. Le rythme est fluide, bien écrit et agréable à lire malgré un sujet à priori difficile.

Catalogue éditeur : Plon

Chez Vogal Software, société high-tech perchée au treizième étage de la tour Eole, à la Défense, Clément pilote habilement sa carrière.
Hyper adaptable, hyper connecté, il analyse, stocke, classe, utilise la moindre inflexion qui finit toujours par trahir ses rivaux. Sa compagne, Myriam, constitue sa meilleure alliée dans le jeu du pouvoir.
Mais le monde ne perd pas si facilement de son épaisseur. La vie s’impose, complexe, visqueuse. Elle freine ses gestes, envahit ses pensées, lui fait rencontrer Meryl. Sensible, bizarre, abîmée, la jeune femme n’essaie pas de paraître normale. Sa puissance est incalculable.
Entre eux, une relation inédite se noue. Une nouvelle alliance est possible, un contrat faustien.
Clément y perdra-t-il sa liberté ?

20 Août 2015 / ISBN 9782259229548 / 336 pages / 20,90 €

Les échoués, Pascal Manoukian

Un premier roman d’une grande sensibilité sur un sujet criant d’actualité, l’immigration vue par Pascal Manoukian dans « Les échoués »


Pascal Manoukian est journaliste et connaît bien les zones de conflits, pourvoyeuses de nombreux candidats à l’émigration.  Il en parle magnifiquement bien dans son premier roman « Les échoués ».

Au fil des pages, le lecteur suit les pérégrinations de quatre personnages, Virgil le moldave, Assan le somalien qui fuit son pays avec Iman, sa fille de 17 ans, et Chanchal le bengalais. L’auteur décrit avec sans doute beaucoup de justesse et de réalisme le long chemin parfois mortel vers la liberté, celle pour laquelle on devient clandestin, et cette envie inextinguible qui fait que l‘on quitte son pays à jamais pour se presser  aux portes de l’Europe, comme c’est encore le cas aujourd’hui. Pourtant l’auteur situe son roman au début de 1992. Chacun a déjà à cette époque une excellente raison de quitter son pays, ruiné, meurtri, en guerre, de fuir la misère, la barbarie pour arriver dans ce pays de rêve qui, même s’il ne souhaite pas vraiment les accueillir les attire et leur fait espérer une vie meilleure, loin des souffrances qu’ils ont fui.

Car rien n’est simple et rien n’est rose en France, mais liberté et travail sont possibles. Au fil des pages, on découvre par les yeux de Virgil une population pas vraiment prête à accueillir ces immigrants, des patrons qui exploitent des ouvriers, des conditions de vie qui impliquent l’organisation d’un monde parallèle, en dehors de tout circuit normal, où les solidarités entre coreligionnaires, venus d’un même pays, s’affirment.

C’est un roman d’une grande sensibilité et très étonnant par son actualité, qui force le lecteur à penser autrement et à s’interroger : que ferais-je à leur place ? La question est posée, mais la réponse n’est pas donnée.

Catalogue éditeur : Don Quichotte et Points

« Le chien était revenu. De son trou, Virgil sentait son haleine humide. Une odeur de lait tourné, de poulet, d’épluchures de légumes et de restes de jambon. Un repas de poubelle comme il en disputait chaque jour à d’autres chiens depuis son arrivée en France. Ici, tout s’était inversé, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur… »
1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.
Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs.

304 pages / Taille : 140*205 / Prix : 18,90 euros / ISBN : 978-2-35949-434-1