Les pécheurs d’étoiles. Jean-Paul Delfino

Vous venez, Jean-Paul Delfino nous entraine ! Nous sommes en 1925, vous y êtes ? Allez, on traverse Paris dans les pas d’Erik Satie et de Blaise Cendras, pour vivre avec «  Les pécheurs d’étoiles » une singulière nuit d’aventure et de découverte.

DomiCLire_les_pecheurs_detoiles_jean_paul_delfino.jpgCe sont les années folles, celles qui permettent toutes les extravagances, celles de la gaité et de l’insouciance de l’après-guerre, du foisonnement de la vie artistique, mais où parfois l’on tire le diable par la queue, pour ces artistes qui bien souvent se cherchent et dont le talent n’est pas encore reconnu par leurs pairs.

Dans Paris, en cette nuit de 1925, deux hommes passablement imbibés d’alcool vont vivre une nuit insolite. Recherchant l’aimée, l’absente, Biqui, Suzanne Valadon, pour l’un, cherchant à l’aider pour l’autre, il vont à l’aventure, puis à la rencontre d’un allumeur de réverbère, mais pas seulement. Ils partent surtout à la rencontre de ceux qui ont fait ce siècle, que ce soit Jean Cocteau, l’enfant terrible aux mœurs dissolues, Modigliani le peintre maudit, les époux Sonia et Robert Delaunay, coloristes magiciens, mais aussi Toulouse-Lautrec artiste de génie à la courte vie de débauché, ou même évoquant le souvenir de Chaplin, rencontré ou pas dans une autre vie, mais aussi sur la tombe de Guillaume de Kostrowitzky, plus connu sous le nom de Guillaume Apollinaire. Au cours de cette folle nuit d’aventure et de poursuite on ne rencontre pas seulement des hommes, on découvre aussi quelques lieux mythiques, Le Père Lachaise et quelques-unes de ses plus célèbres tombes, l’opéra Garnier et son lac souterrain ou ses greniers peuplés de petits rats surréalistes, les cabarets où boivent jusqu’à plus soif quelques Russes blancs bagarreurs, la Closerie des Lilas qui n’abrite pas encore de chanteur ou de prix littéraire, des banlieues peuplées de gitans pourvoyeurs d’animaux fantastiques ou d’armes hétéroclites.

Ça foisonne, ça fourmille, ça éclate, d’amitié, d’alcool triste et fauché, de soutien dans le désespoir et la détresse, de talent, de complicité, de créativité. Dans cette folle traversée, les rêves et les souvenirs se confrontent, les désirs et les regrets s’exacerbent, l’amitié et l’amour se révèlent.
Où l’on découvre un Erik Satie rêveur immobile, qui a pourtant parcouru à pieds en vingt-sept ans le trajet de la terre à la lune, et un Blaise Cendras qui l’accompagne en pensées lors de son tout dernier voyage. Voilà assurément un beau roman à lire, et sans doute même plusieurs fois tant il est riche et fourmille d’anecdotes et de connaissance, pour mieux en extraire toute la richesse et en ressentir toute la poésie. Et nous voilà au plus près, au plus intime de ces deux hommes dont le talent sera largement reconnu un siècle plus tard, deux légendes chacun dans sa spécialité. Quel bonheur de passer une nuit auprès d’eux, merci à Jean-Paul Delfino pour ce beau voyage dans le temps.

Pour le plaisir, quelques belles phrases :

Qu’est-ce qu’il y a ? t’as les pétoches ? Laisse-moi te dire que ça tombe mal, parce qu’on va se le faire, lui ! lui et tous ceux de sa race ! Ce soir, ça va être la saint Barthélémy des zouaves et des peignes-culs de salons ! Les dadaïstes ! Les cubistes ! Les surréalistes ! Les symbolistes ! Les modernistes ! Les futuristes ! Il va y a avoir de la viande froide d’intellos sur le pavé de Paname, crois-moi ! l’artiste va se ramasser à la petite cuillère, nom de Dieu !

– L’essentiel dans un voyage est le voyage lui-même. Jamais le but.

Je me demandais juste pourquoi elle ? Pourquoi cette Biqui-là ?
Avec la candeur d’un enfant, Erik Satie arrêta de faire tourner son parapluie pour observer son compagnon. Puis il lui répondit :
– « Mais parce que elle, précisément… »
Après un instant d’hésitation, Cendras fini par s’exclamer : « Nom de Dieu ! Je crois que tu viens de me donner la meilleure définition de l’amour que j’ai entendue de toute ma chienne de vie ! Parce que elle… »


Catalogue éditeur : Le passage

Paris, 1925. Dans le bouillonnement des années folles, deux hommes vont vivre une nuit d’exception.
À la poursuite d’une femme fantomatique et aimée, sur les traces de Jean Cocteau qui leur a volé l’argument d’un opéra, ils sillonnent la nuit parisienne, …
Ces deux hommes, dont le génie n’est pas encore reconnu, se nomment Blaise Cendrars et Erik Satie. Ensemble, ils vont se trouver et se perdre, tenter de réenchanter le monde, jusqu’au bout de la nuit.

ISBN : 978-2-84742-337-2 / Date de publication : septembre 2016 / Dimensions du livre : 14 x 20,5 cm / Prix public : 18 €

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La succession. Jean-Paul Dubois

Comment vit-on le départ de ses proches, de ses parents, lorsque l’on ne rêve que de pratiquer son sport de prédilection sous le soleil de Miami. Dans « La succession », son dernier roman, Jean-Paul Dubois explore avec beaucoup de légèreté et d’ironie en apparence, les relations familiales, la transmission et l’héritage moral.

DomiCLire_la_succession.jpgPaul Katrakilis a laissé à Toulouse son père médecin, seul rescapé d’une famille où de grand-père en belle fille, d’épouse en beau-frère, comme une tare indélébile et génétiquement transmissible, le suicide est la seule porte de sortie. Paul a été initié jeune à la cesta punta au pays basque. Tout juste achevées ses études de médecine, il part pratiquer la chistera sous le soleil de la Floride. Là, il s’entoure de très peu d’amis, d’une femme qu’il aime sans espoir, et d’un chien qu’il sauve des eaux. Jusqu’au jour où le décès brutal de son père le contraint à revenir à Toulouse.
C’est alors le difficile retour dans la maison lourde des départs mais également de la présence toujours prégnante des défunts. Il est délicat de se réadapter, de changer de métier, d’affronter les souvenirs, de vider la maison, et sans doute de comprendre enfin qui était ce quasi inconnu, son propre père. La découverte sera pour Paul bouleversement, sidération, interrogation, puis compréhension et acceptation. C’est aussi un long cheminement vers la famille, l’héritage, la fatalité, la recherche d‘un bonheur parfois si difficile à trouver.

De cet auteur, J’avais adoré Une vie française dans lequel l’ironie piquante cède le pas à une grande sensibilité et à une vision particulièrement corrosive de toute une époque. On retrouve ici cette plume à la fois critique, mordante, et sensible.  Comme toujours dans les romans de Jean-Paul Dubois, la légèreté n’est qu’apparente. Les sentiments émergent et ont finalement la part belle. Les questionnements sont bien plus profonds qu’il n’y parait de prime abord, le destin, le choix que l’on a ou pas, la vie que l’on choisit, autant de questions auxquelles il est bien compliqué de savoir répondre. Tragique, comique, sensible, ironique, un brin désespéré et certainement désabusé, voilà du grand Jean-Paul Dubois.

Envie de suivre Paul de Toulouse à Miami…


Catalogue éditeur : Editions de l’Olivier

Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n’a connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasserle poids qui pèse sur ses épaules.
Quand le consulat de France l’appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui.
Car les Katrakilis n’ont rien de banal: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C’est toute une dynastie qui semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.
Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage.

Parution 18 août 2016 / Livre 140 × 205 mm 240 pages / EAN : 9782823610253 / 19,00 €

Dieu n’habite pas la Havane. Yasmina Khadra

Une fois n’est pas coutume, Yasmina Khadra change de continent et nous entraine dans ses pas à Cuba, mais comme son héros va l’apprendre à ses dépens, «  Dieu n’habite pas La Havane ».

domiclire_dieu_n_habite_pas_la_havaneJuan, dit Don Fuego, est une figure incontournable des cabarets et des soirées de La Havane. Mais le temps passe, le régime s’épuise, les habitudes changent et le cabaret dans lequel il se produit chaque soir ferme. Il doit se trouver un autre public, d’autres foules à électriser, tenter de relancer sa gloire passée. Pas facile quand la misère locale et les contraintes du pouvoir en place ne laissent pas de marge aux « travailleurs ». Sans solution et sans espoir immédiat, il traine sa lassitude dans la maison familiale.

Puis, incidemment, il rencontre Mayensi, une flamboyante jeune femme rousse qui le subjugue totalement. Tombé amoureux, il va tenter de la protéger, mais cette beauté est un être désespéré et incontrôlable. Leur différence d’âge, le passé lourd et secret, le présent complexe et sombre, et l’apparente folie de Mayensi sont autant d’obstacles à la sérénité de leur relation et à la possibilité de vivre ensemble ; jusqu’au point de rupture, brutal.

Ce voyage à Cuba est l’occasion pour l’auteur de nous parler d’un pays, des espoirs d’un peuple, des désespoirs de sa jeunesse, et de l’art de manquer sa vie peut-être ? Si l’intrigue est fort peu plausible, mais acceptable, il tente de nous dépeindre un univers complexe de façon fort peu réaliste. Bien sûr, on sent que Yasmina Khadra est allé à Cuba, a senti la vie, l’histoire, le peuple, les aspirations de la jeunesse et les déceptions des plus anciens, leur lassitude face au lendemain. Il a marché dans les ruelles, senti le souffle du vent sur les plages, le chants et le rythme de la Rumba dans ses cabarets. Mais il ne nous montre pas qu’il a ressenti ce pays au plus profond de lui, comme il a dû le faire, et le vivre, lorsqu’il nous parle du moyen orient ou de l’Afrique du nord en particulier… ou du moins, moi lectrice, je n’ai pas vibré, je n’ai pas ressenti d’affection pour les personnages, je n’ai pas eu envie de vivre avec eux et de les comprendre. Il m’a manqué la profondeur et la magie d’un Ce que le jour doit à la nuit ou Les hirondelles de Kaboul ou même encore les sentiments si forts de L’attentat. C’est dommage, même si Dieu n’habite pas la Havane est un agréable moment de lecture car l’écriture est toujours finement travaillée, le vocabulaire imagé, les sentiments exprimés avec beaucoup de justesse.

A lire sans doute pour les inconditionnels de Khadra comme moi… Pour ceux qui veulent le découvrir, il me semble qu’il vaut mieux choisir un autre de ses romans.


Catalogue éditeur : Julliard

À l’heure ou le régime castriste s’essouffle, « Don Fuego » chante toujours dans les cabarets de La Havane. Jadis, sa voix magnifique électrisait les foules. Aujourd’hui, les temps ont changé et le roi de la rumba doit céder la place. Livré à lui-même, il rencontre Mayensi, une jeune fille « rousse et belle comme une flamme », dont il tombe éperdument amoureux. Mais le mystère qui entoure cette beauté fascinante menace leur improbable idylle.
Chant dédié aux fabuleuses destinées contrariées par le sort, Dieu n’habite pas La Havane est aussi un voyage au pays de tous les paradoxes et de tous les rêves. Alliant la maîtrise et le souffle d’un Steinbeck contemporain, Yasmina Khadra mène une réflexion nostalgique sur la jeunesse perdue, sans cesse contrebalancée par la jubilation de chanter, de danser et de croire en des lendemains heureux.

Parution : 18 Août 2016 / Format : 130 x 205 mm / Nombre de pages : 312  / Prix : 19,50 € / ISBN : 2-260-02421-1

Hiver à Sokcho. Elisa Shua Dusapin

Hiver à Sokcho  est l’étonnant premier roman d’Elisa Shua Dusapin qui nous plonge dans le froid et la singularité du quotidien dans ce no man’s land glacé entre les deux Corées…

domiclire_hiver_a_sokchoEn hiver, peu de voyageurs se perdent en Corée du Sud, à Sokcho, station balnéaire que le lecteur imagine vieillissante et décrépite, dans cette zone entre les deux Corées. Seuls des solitaires ou des personnes cherchant à fuir quelque chose, ou en attente.. d’une guérison, d’une raison de vivre, d’un mariage, d’un nouveau travail, d’une inspiration pour réaliser un nouvel épisode d’une bande dessinée. Comme c’est le cas pour Kerrand.

Cet auteur de BD normand vient là pour trouver l’inspiration et pour créer un nouvel univers pour son héros récurrent. Il va découvrir Sokcho, enfin, ce qu’il accepte d’en découvrir, en particulier à travers les visites qu’il va faire avec la narratrice. Mais certainement pas en goûtant à la cuisine locale, lui qui ne viendra jamais dîner dans la salle commune.  Elle sera attirée par ce français, elle qui est fille d’un français qu’elle n’a jamais connu et d’une mère qui vend et cuisine le poisson au marché local. Tout au long du récit, un mélange attirance / rejet va entrainer les deux personnages, soit ils se cherchent, soit ils s’évitent, mais sans jamais aller jusqu’à la confidence, la proximité, l’échange, Kerrand restant pour la narratrice un rêve inachevé, et elle simplement un guide dans cette région qu’il ne demande qu’à découvrir, mais sans doute trop superficiellement pour s’attacher à elle.

Voilà un récit étrange, qui n’est ni particulièrement passionnant, il passe comme le temps et l’ennui, ni particulièrement chaleureux, c’est l’hiver, la glace et le froid saisissent les quelques vacanciers ou les habitants de Sokcho, le gel fait exploser les tuyaux d’eau ! Et pourtant on s’y laisse prendre, comme dans l’espoir du moment qui fera tout basculer, tant l’ennui que l’attente, en un feu d’artifice qui pourtant n’arrivera jamais. Un roman peut-être un peu trop court pour qu’on s’attache aux personnages ? Mais bien joliment écrit tout de même.


Catalogue éditeur : éditions Zoe

À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n’est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l’inspiration depuis sa Normandie natale. C’est l’hiver, le froid ralentit tout, les poissons peuvent être venimeux, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et l’encre coule sur le papier, implacable : un lien fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Ce roman délicat comme la neige sur l’écume transporte le lecteur dans un univers d’une richesse et d’une originalité rares, à l’atmosphère puissante.

Parution août 2016 / ISBN 978-2-88927-341-6 /nb de pages 144 / format du livre 140 x 210 mm

Lithium. Aurélien Gougaud

Lithium, le premier roman d’Aurélien Gougaud, nous entraine pendant une semaine à la suite de ses deux personnages désenchantés dans un univers typiquement parisien.

Domi_C_Lire_Lithium.jpgIl y a Il, il y a Elle, il y a Paris, la ville. Deux trajectoires, deux jeunes gens de cette génération Y née avec les smartphones et les réseaux sociaux, légèrement décalés, blasés, par la vie qui ne leur promet pas grand-chose d’excitant et ni de vraiment nouveau…

Il se lève tous les matins pour regagner les tours de la Défense où il exerce un emploi qui n’a vraiment rien de glorieux, partage son appartement avec Édouard, son colocataire, sa vie parfois avec Sofia, la petite amie qu’il n’aime pas mais dont l’existence le rassure et lui permet de ne pas se sentir totalement seul.
Elle se lève chaque jour à l’heure où les autres rentrent de boite de nuit, pour se rendre à la radio, ce lieu quasi mythique dont elle a rêvé plus jeune, mais où elle traine un ennui mortel à préparer les répliques d’un animateur radio star de l’audiovisuel, pédant, désobligeant, incompétent. Désenchantement, désillusion, contact froid avec le monde égocentré et souvent faux du travail et des relations entre collègues.
Leurs seuls échappatoires, chacun de son côté, l’alcool, les soirées avec les potes, les joints qu’on fume et qu’on se passe, les filles qu’on note ou qu’on critique, les mecs qu’on juge ou qu’on jette. Chronique parfois grinçante d’une jeunesse en mal de repères qui s’oublie dans l’alcool et la drogue pour arrêter de penser à tous ses rêves de réussite et de bonheur. Rêves qui semblent le plus souvent inatteignables et totalement utopiques. Jeunesse qui parle, rencontre, écoute, au travers de son smartphone et des réseaux sociaux, là où chacun s’expose, se découvre, se cherche et se retrouve.

La structure du roman, une semaine égrenée jour par jour, deux personnages, deux points de vue, pour une rencontre, est intéressante. Même si à certains moments ce côté blasé et désespéré est un peu déprimant, il est sans doute également le reflet d’une société qui n’a pas grand espoir à donner à sa jeunesse. Premier roman attachant d’un jeune auteur qui semble raccord avec ses personnages tant il nous fait vivre dans leurs têtes et leurs sentiments.

Quelques extraits :

  • La sortie du bureau de la Défense ressemble à un exode urbain. Chacun se hâte porté par l’espoir illusoire d’éviter une foule inévitable.
  • Il n’y a pas de meilleur confident que la parfait inconnu, celui qui s’en fout, sans attentes ni jugement.
  • « Bon courage » car il est invité à la pendaison de crémaillère d’un couple d’amis fraichement propriétaire d’une maison en banlieue. Or, pour un vrai Parisien, tout trajet impliquant un changement de département s’apparente forcément à une expédition. La banlieue ce n’est pas Paris. Si ce n’est pas Paris, c’est la province. La province, c’est loin. Raisonnement implacable.

 #RL2016


Catalogue éditeur : Albin Michel

Elle, vingt-trois ans, enfant de la consommation et des réseaux sociaux, noie ses craintes dans l’alcool, le sexe et la fête, sans se préoccuper du lendemain, un principe de vie. Il vient de terminer ses études et travaille sans passion dans une société où l’argent est roi. Pour eux, ni passé ni avenir. Perdus et désenchantés, deux jeunes d’aujourd’hui qui cherchent à se réinventer.

Dans un texte crépusculaire, Aurélien Gougaud entremêle leurs voix, leurs errances, leur soif de vivre, touchant au plus près la vérité d’une génération en quête de repères. Un premier roman d’une surprenante maturité, qui révèle le talent d’un jeune auteur de vingt-cinq ans.

Édition brochée 16.00 € / 17 Août 2016 / 140mm x 205mm/ 192 pages /EAN13 : 9782226329752

Désorientale. Négar Djavadi

Que dire, et surtout qu’écrire, quand on aime un roman qui a déjà été brillamment chroniqué  par d’autres ? Ce qui est certain, c’est que Négar Djavadi est une des belles plumes de cette rentrée littéraire, et Désorientale, son premier roman, une pépite à découvrir sans faute.

Wet Eye Glasses

Dans Désorientale, le très beau  roman de Négar Djavadi, il y a la vie, celle qui passe et celle qu’on donne, il y a des femmes et des hommes, des convictions, politiques ou religieuses, il y a deux pays et parfois une seule Histoire, il y a une quête d’identité, qu’elle soit personnelle ou à travers l’histoire de son pays, celui qu’on aime et qu’on quitte, celui qu’on découvre et qu’on adopte.

Dès les premiers chapitres, le lecteur part à la rencontre de Kimiâ, dans une salle d’attente à l’hôpital, où elle patiente pour une des dernières étapes d’une PMA, insémination artificielle qui est l’aboutissement d’un long parcours à la fois administratif et personnel. Enfanter semble être le passage obligé pour évoluer et aboutir, mais à quoi et pourquoi ? Nous allons la suivre dans ses pensées, ses flashback, ses interrogations, prétextes à évoquer les aventures et la vie d’une famille Iranienne, les Sadr, sur plusieurs générations, de la naissance de l’arrière-grand-mère dans un harem d’un autre temps, aux révoltes des parents de Kimiâ dans les années 70, d’hier à aujourd’hui, de l’Iran à la France.

A l’instar de son auteur, Kimiâ, l’héroïne de Désorientale, est née de parents progressistes et donc hors normes. Lui, Darius, est journaliste, elle, Sara, est professeur d’histoire, tous deux sont des intellectuels et des sympathisants communistes dans un Iran où le Shah et sa police contrôlent ce pays qui se modernise à un rythme effréné, parfois au détriment de l’humain, puis où dès 1979, la révolution islamique, d’abord acceptée comme salutaire (et c’est bien souvent le cas, on se souviendra de l’accueil fait par Cuba à Castro …) se trouve au final être pire qu’avant, car il s’avère que la police des ayatollahs n’a rien à envier à celle du Shah. Fuyant les milices politiques, l’enfermement et la répression, autant que la contrainte religieuse, la famille de Kimiâ (comme celle de l’auteur) va fuir le pays. Passage obligé d’abord par le Kurdistan, puis par la Turquie, où quelques scènes du roman sont particulièrement significatives, en particulier sur l’amour idéalisé qui est porté par les intellectuels iraniens à la France, pays des lumières, de Rousseau et des droits de l’Homme, puis arrivée à Paris, pays de l’exil. Viendront ensuite les années d’adolescence de Kimiâ, difficiles, compliquées et contestataires, alcool, drogue, fuite, recherche identitaire pour une jeune femme issue d’un pays où la détermination du genre est une obligation et l’homosexualité un délit passible de la peine de mort, puis un retour plus apaisé vers la famille, au moment où se pose la question de devenir mère.

La parentèle de Kimiâ est multiple, les oncles aussi d’ailleurs, de oncle 1 à oncle 6 ; si si ! Les récits seront à son image, enjoués et amusés, graves et tristes, intimistes et historiques, décrivant la vie de cette famille sur quasiment un siècle ; prétexte à décrire avant tout des conditions de vie, une politique, une culture, et l’évolution de l’Iran ; rappels parfois utiles (et que l’on appréciera, en notes de bas de page évitant la recherche Wikipédia, souvent piqués d’une pointe d’humour parfois grinçant) du rôle des pays tel que la France et l’aide apportée à Khomeiny, ou celui plus complexe des États Unis, à l’origine entre autre de la montée au pouvoir de la lignée des Pahlavi dans les années cinquante . Tout en nous amenant à réfléchir sur la vie et sur l’exil vers ces pays où doivent vivre ceux qui ont tout quitté, un pays, une culture, pour adopter la culture, les us et les coutumes d’un pays qui, lui par contre, ne les a pas forcément adoptés.

C’est un roman vivant, gai, un véritable hymne à la vie et à l’amour, qui dégage une liberté, une force, une vivacité et un optimisme qui font tourner les pages avec avidité et gourmandise. Premier roman qui foisonne, dérange, rassure, interpelle, et ne laisse jamais indifférent. Et ce qui est sûr, dont on ressort un peu moins ignorant, un peu moins bête, un peu plus humain une fois qu’on l’a refermé.

#rl2016 Rencontre Négar Djavadi Gaël Faye, les Correspondances de Manosque 2016


Catalogue éditeur : Liana Levi

Si nous étions en Iran, cette salle d’attente d’hôpital ressemblerait à un caravansérail, songe Kimiâ. Un joyeux foutoir où s’enchaîneraient bavardages, confidences et anecdotes en cascade. Née à Téhéran, exilée à Paris depuis ses dix ans, Kimiâ a toujours essayé de tenir à distance son pays, sa culture, sa famille. Mais les djinns échappés du passé la rattrapent pour faire défiler l’étourdissant diaporama de l’histoire des Sadr sur trois générations: les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l’adolescence, l’ivresse du rock, le sourire voyou d’une bassiste blonde…
Une fresque flamboyante sur la mémoire et l’identité; un grand roman sur l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.

Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny. Elle a onze ans lorsqu’elle arrive clandestinement en France. Diplômée de l’INSAS, une école de cinéma bruxelloise, elle travaille plusieurs années derrière la caméra avant de se consacrer à l’écriture de scénarios. Elle vit à Paris. Désorientale est son premier roman.

Littérature française / Date de parution : 25-08-2016 / 14 x 21 cm – 352 pages / 22 € / ISBN : 9782867468346

I love Dick. Chris Kraus

Sulfureux « I love Dick » ? Ce roman écrit par Chris Kraus à la première personne est avant tout la  revendication féministe d’une femme qui s’affirme dans un monde d’hommes.

Domi_C_Lire_i_love_dick.jpgD’abord publié en 1997, le roman a reçu un accueil mitigé, et pourtant il est aujourd’hui traduit dans plusieurs pays. Assez étonnant, troublant par sa construction, il peut rebuter un lecteur par toutes ces mentions d’auteurs anglo-saxons et parce qu’il est très ancré dans les années soixante-dix et quatre-vingt, qu’il faut avoir connues pour ne pas être parfois perdu. De plus, l’impression que Chris a fait tomber les barrières entre l’écriture et la vie privée, la réalité et la fiction, tout en écrivant malgré tout un roman, place parfois le lecteur en porte-à-faux. Et pourtant « I love Dick » parle essentiellement de la difficulté d’être une femme dans un monde d’hommes, celui des affaires, celui de l’art, du cinéma, de l’écriture, où les femmes sont souvent vues comme secondaires et peu intéressantes, insignifiantes, faibles, trouvant leur place uniquement par rapport aux hommes auprès de qui elles évoluent.

La première partie de roman se présente comme un journal. Chris Kraus et son mari, Silvère Lotringer, sont au restaurant avec Dick. Le temps est menaçant, aussi Dick leur propose de les héberger pour une nuit. Dès cette scène, le lecteur connait alors tout ce qu’il faut savoir sur les trois personnages, situation, âge, profession, et le fait qu’ils se connaissent finalement très peu. Au lendemain de cette soirée, Chris est persuadée que la nuit passé sous le même toit que Dick a été comme une rencontre intime et qu’il s’est passé une connexion entre eux, une sorte de « baise conceptuelle » et qu’elle est désormais amoureuse de Dick.
Silvère, jaloux à sa façon, va pourtant rentrer dans le jeu de Chris, et tous deux vont lui écrire des centaines de lettres, produisant ainsi une étrange réalisation artistique à quatre mains. Que faire, les envoyer ? Les publier en un roman ? En parler à Dick ? Attendre sa réponse ?
Pour Chris, c’est un peu comme si elle rédigeait un journal …. Et petit à petit cela devient une véritable introspection pour cette femme tentée par un changement de vie, elle se rend compte que si elle reste auprès de son mari, elle ne sera jamais que sa femme, son accompagnatrice, et n’aura pas de réalité en tant que Chris, aussi elle décide de le quitter.

La deuxième partie du roman nous fait d’abord suivre Chris dans sa traversée des États Unis seule en voiture. Elle tente de revoir Dick, le poursuit de ses assiduités, le harcèle. Mais toute cette partie est aussi un long plaidoyer pour toutes les femmes artistes si peu comprises, si peu appréciées tout au long des années, autrement que par rapport aux hommes qui les ont accompagnées. Et Chris défend la cause de ces femmes, leur talent, réel, méconnu, mal compris. Défend le fait d’être une femme, artiste, talentueuse, révolutionnaire, contestataire ou avant-gardiste, et surtout le droit à l’expression au même titre que les hommes.

Voici donc un roman très déroutant et qui loin d’être aussi sulfureux que le laissait présager son titre, et sa double signification en argot, nous entraine à la suite des délires et des pensées de Chris, aux limites de la fiction et de la réalité, et qui cherche à faire entendre les voix féminines si souvent oubliées et si peu soutenues par la société, en particulier dans les années 80, dans le monde de l’art et de la littérature.

Quelques extraits :

« Nous étions deux électrons qui se tournaient autour dans une circuit fermé. Sans issue, huis clos. J’avais pensé à toi, rêvé de toi chaque jour depuis décembre. T’aimer m’avait permis d’accepter l’échec de mon film, de mon mariage et de mes ambitions. La route 126, l’autoroute de Damas. Comme saint Paul et Bouddha qui firent l’expérience d’une conversation grandiose à l’âge de 40 ans, j’étais re-née en Dick. Mais était-ce une bonne chose pour moi ?
Voilà la façon dont j’ai compris les règles.
Si l’on veut quelque chose très fort, on peut continuer à chercher à l’obtenir jusqu’à ce que l’autre dise Non. »

« Tout ceci était d‘une grande cruauté mais t’aimer était devenu un boulot à plein temps et je n’étais pas prête à me retrouver au chômage. »

« Qu’est-ce qui est selon vous la plus grande réussite de votre vie ? a demandé un adolescent du Thurman Youth Group à George Mosher, un trappeur, fermier, homme à tout faire et bucheron de 72 ans. « Être resté ici » a dit George. « A 3 kilomètres de l’endroit où je suis né ». Cher Dick, le sud des Adirondack permet de comprendre le Moyen Age. »


Catalogue éditeur : Flammarion

 Chris Kraus, une jeune femme, raconte son amour à sens unique pour un critique d’art prénommé Dick. Entre obsession, désir féminin et quête à travers les Etats-Unis, elle s’éloigne de son mari Sylvère et comprend que tout n’était que prétexte à la méditation et à la réflexion sur la place des femmes dans le couple et dans le monde.

Littérature étrangère / Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Zeniter / Parution : 24/08/2016 / Prix : 20 €