Nos âmes la nuit. Kent Haruf

Avec « Nos âmes la nuit », Kent Haruf nous entraine dans les pas de deux veufs qui rapprochent leurs solitudes le temps que quelques nuits, faisant fi du quand dira-t-on, de l’avis de leurs familles respectives, des voisins, jusqu’au moment où…

couverture

Dans la petite ville de Holt, la solitude est pesante pour Addie Moore qui a perdu son mari depuis longtemps, et dont le fils vit bien loin. Jusqu’au jour où elle décide d’aller voir Louis Waters, son voisin depuis des années, veuf lui aussi, et à qui elle propose, oui, carrément et tout simplement, de venir passer les nuits allongé près d’elle à bavarder, à dormir, pour repartir au petit matin. Un peu surpris, louis va pourtant se faire un plaisir de tenter l‘aventure, et de nuit en nuit, une complicité et une forme d’amour va rapprocher les deux solitaires.
Jusqu’au jour où Gene, le fils d’Addie, va lui confier pour quelques semaines la garde de son fils. Et le petit fils va trouver sa place entre ces deux anciens qui se font grands-parents de substitution. Mais dans une petite ville de province, où qu’elle soit, tout se sait, les bavardages, les commérages, vont bon train, les jalousies ont vite fait de s’exacerber. Louis et Addie n’en ont que faire, eux qui trouvent dans cette présence incongrue au plus noir de la nuit, un réconfort, une écoute, mais aussi un dynamisme et une énergie qu’ils avaient perdus depuis longtemps.

Un joli roman qui se lit comme un conte et qui fait bien évidemment penser au roman Sur la route de Madison, et surtout à Clint Eastwood et Meryl Streep dans le film éponyme, quand la famille, la bienséance prédominent sur l’amour, la tendresse, le bonheur individuels. Egoïsme des familles, manque de courage pour braver les interdits, si on est conquis par ces lignes, par leur tendresse et la joie qui s’en dégage, on reste frustré malgré tout devant le gâchis qu’engendrent les convenances. Où l’on se rend compte que l’âge ne rend pas plus libre pour autant !

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Robert Laffont, Pavillons    

Traduit par Anouk NEUHOFF

Addie, soixante-quinze ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange demande à son voisin, Louis : voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour se parler, se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bientôt, bravant les cancans de la petite ville de Holt ou ils vivent depuis toujours, Addie et Louis se retrouvent presque chaque soir.
Ainsi commence une belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans le noir, de mots de réconfort et d’encouragement. Mais très vite, les enfants d’Addie et de Louis s’en mêlent, par égoïsme et, surtout, par peur du qu’en-dira-t-on.
Ce livre-testament, publié quelques mois après la mort de l’auteur, est une célébration de la joie, de la tendresse et de la liberté. De l’âge, aussi, qui devrait permettre de s’affranchir des conventions, pour être heureux, tout simplement.
« Nombre de romans évoquent la quête de l’amour, mais celui-ci est illuminé par sa présence. » The Guardian

Parution : 1 Septembre 2016 / Format : 135 x 215 mm / Nombre de pages : 180 / Prix : 18,00 € / ISBN : 9782221-187845

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L’opticien de Lampedusa. Emma-Jane Kirby

Parce qu’il est des romans indispensables pour comprendre, ou du moins essayer,
Parce qu’il est des romans qui ne font ni rire, ni sourire, mais qu’il faut lire,
Parce qu’il est des causes qu’on embrasse ou qu’on rejette, mais qui ne laissent jamais indifférent,
« L’opticien de Lampedusa » d’Emma-Jane Kirby est de ceux-là.

Éditions des Équateurs - L'opticien de Lampedusa - Emma-Jane KirbyA l’origine, une aventure, un témoignage, une expérience dont un groupe de huit personnes se souviendra toute sa vie.
Sur l’ile de Lampedusa, l’opticien et ses amis ont pour habitude de partir en bateau ensemble, se divertir, pêcher, se relaxer et oublier les tracas du quotidien.
Sur l’ile de Lampedusa, des migrants par milliers, souvent abusés par des passeurs malhonnêtes, bravent les flots sur des embarcations de fortune pour venir chercher en Europe un hypothétique eldorado au risque d’y perdre la vie.
Sur l’ile de Lampedusa, un jour, les premiers ont croisé la route des seconds, par hasard, cris de mouette ou cris humains, les hommes, les femmes, les enfants, sont des naufragés qu’il faut sauver, des mains tendues, des corps qui souffrent, des corps qui sombrent. Et après, forcément, la vie n’est plus la même, n’a plus la même saveur tranquille pour ceux qui ne voulaient pas voir, pas comprendre, pas aider.

Emma-Jane Kirby a recueilli les témoignages de ces hommes-là, ceux qui ont vu et vécu, tenté de sauver, et de retrouver cette étincelle d’humanité qui s’allume quand les chiffres deviennent des hommes, des vrais, à qui on a tenu la main et qu’on extrait de flots où ils se perdent. Ce roman, qui est aussi avant tout un récit, m’a fait penser au très beau premier roman de Pascal Manoukian Les échoués. Problème insoluble de l’émigration, de ces pays en guerre qu’il faut fuir, mais pour aller où, s’intégrer comment, et pour y trouver quoi ? Beaucoup de questions, et bien peu de réponses satisfaisantes.

 #rl2016


Catalogue éditeur : éditions des équateurs

« Là, là-bas, des centaines. Les bras tendus, ils crachent, hoquettent, s’ébrouent comme une meute suppliante. Ils se noient sous mes yeux et je n’ai qu’une question en tête : comment les sauver tous ? »
La cinquantaine, l’opticien de Lampedusa est un homme ordinaire. Avec sa femme, il tient l’unique magasin d’optique de l’île. Ils aiment les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes autour de leur petite île paradisiaque.
Il nous ressemble. Il est consciencieux, s’inquiète pour l’avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n’est pas un héros. Et son histoire n’est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d’hommes, de femmes, d’enfants se débattant dans l’eau, les visages happés par les vagues, parce qu’ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.
L’opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l’éveil d’une conscience. Au plus près de la réalité, d’une plume lumineuse et concise, Emma-Jane Kirby écrit une ode à l’humanité.

160 pages / 15.00 € / paru le 1 septembre 2016 / ISBN 978-2-84990-458-9

Cellule. Lou Marcouly-Bohringer

Avec cellule, Lou Marcouly-Bohringer nous fait pénétrer dans ce monde en marge, celui de la maladie, celle qui détruit autant le malade que ses proches et dont l’issue est le plus souvent fatale.

domiclire_celluleLe coup de fil comme départ et comme fin, celui qui annonce la maladie, qui détruit le monde d’avant, ce monde dans lequel on peut vivre tranquille, serein, car tout est encore possible, et qui nous dépose sur une autre berge, un autre continent, celui de la maladie et la peur qui ne nous quittera plus jamais.

La narratrice vit un quotidien dans lequel elle est plutôt passive et peu motivée pour le succès et la réussite, et elle s’en contente avec bonheur et délectation. Au chômage et même pas demandeur ou plutôt chercheur d’emploi, elle vivote sans trop se poser de questions. Jusqu’au jour où…

… ce jour-là, un appel vient bouleverser sa vie et lui apprendre, lui dire les tâches au cerveau, la maladie, celle dont personne ne veut entendre parler et qui fait mal, qui fait peur, qui signifie la mort, et que chacun refuse obstinément d’envisager. Et voilà la narratrice engagée avec sa mère dans une lutte contre la tumeur, contre ces cellules qui prolifèrent obstinément, irréversiblement. L’hôpital, les nuits sur le lit pliant pour ne pas laisser, ne pas abandonner l’autre, le ou la malade, celui ou celle à qui on tient tant, pour quelques heures de plus volées à l’absence qui se profile ; puis les attentes, les traitements, le personnel hospitalier, bourru, ému, empathique, brusque parfois par résistance ou résilience ; les voisins de chambre et leurs familles, au bord du précipice eux aussi, alors il est si difficile de communiquer et de vouloir les entendre ; la faiblesse enfin, la perte de poids, la douleur, l’étincelle de dignité qui s’éteint face à la souffrance, la maladie qui transforme les êtres que l’on aime plus que tout, l’idée que l’on se fait du partage, de l’échange, de la solidarité et de l’amour qu’on donne et qu’on est capable de montrer ou pas devant une épreuve aussi terrible.

Ce court texte vous envoi à terre aussi efficacement qu’un uppercut en plein estomac, et tous ceux qui ont vécu ces moments s’y retrouvent, dans l’avant mais surtout dans cet après, quand tout a basculé et qu’on est confronté à la maladie et à la mort d’un proche sans retour arrière possible vers la vie d’avant, celle de l’insouciance et du bonheur sans tâche.

Extrait :

Trente minutes, c’est ce qu’il faut pour expliquer sans trop de détails mais de manière clairement définitive que la maladie a débarqué dans ta vie.
Et qu’elle va tout défoncer.
Poussez-vous, faites de la place, la voilà.
Ah, vous ne l’attendiez pas ?
Tant pis.

 #RL2016


Catalogue éditeur : Flammarion

Dans ce court récit vif et percutant, Lou Marcouly-Bohringer nous plonge dans le quotidien d’une famille confrontée à la maladie. Sur un rythme implacable, elle scande les sentiments comme autant de cris d’amour.

Thème : Littérature française / Collection : Littérature française / Parution : 28/09/2016 / Format : 11.5×18.5×0 cm / Prix : 12,00 € / EAN : 9782081388000

Voici venir les rêveurs. Imbolo Mbue

African dream Vs American dream

Un rêve et une réalité mis en mots avec beaucoup de justesse par Imbolo Mbue dans « Voici venir les rêveurs »

2008, à New York. Jende a quitté le Cameroun il y a déjà quelques mois, son cousin lui a payé le billet pour venir tenter sa chance aux États Unis. Depuis, à force de petits boulots et d’économie, il a fait venir Neni, son épouse, et Liomi, leur fils. NY est pour eux synonyme d’Eldorado, puisque dans leur pays, la différence de classe leur interdisait de se marier, de vivre sereinement et d’être acceptés par leurs familles respectives. Mais la vie de migrant n’est pas toujours facile, et si le rêve est à portée de main, l’administration et ses arcanes compliquent passablement les choses. Car pour rester en Amérique, il faut obtenir un emploi et une Green Card, ou une Green Card et un emploi, car l’un ne va pas sans l’autre, mais l’un comme l’autre sont difficiles à obtenir.
Grâce au piston et sans dévoiler son problème de papiers, Jende va se faire embaucher comme chauffeur par Clark, un banquier reconnu et prospère de Lehmann Brothers. Passer des heures ensemble chaque jour dans l’atmosphère confiné d’une voiture, même de luxe, ça rapproche. Clark et Jende se parlent, essayent de se comprendre, même s’ils n’iront jamais jusqu’à évoquer leurs problèmes ni aborder ce qui touche à l’intime.

Deux mondes vont alors se côtoyer et par moment s’accepter, s’écouter, tenter de se connaître. Celui des riches américains, avec grand appartement, bonne éducation pour les enfants, chauffeur, soirées de gala, maison d’été dans les Hamptons, vacances de rêve, et le monde des émigrés, vivant à Harlem, craignant à tout moment de se faire expulser, mais qui mettent tout leur cœur et leur énergie à se faire accepter, à rentrer dans le moule pour profiter à leur tour du rêve américain.
Neni rêve de devenir pharmacien et va enfin entreprendre des études financées grâce au beau salaire de Jende. Jusqu’au jour où, enceinte de leur second enfant, Jende décide qu’elle doit arrêter et rester à la maison. Car dans la tradition africaine, l’homme est celui qui sait et qui décide, et sa femme doit respecter ses choix, même si elle n’est pas d’accord, même si en Amérique elle est en droit d’exercer son libre arbitre. Arriver et vouloir s’intégrer dans un nouveau pays ne fait pas perdre pour autant les prérogatives et les croyances de son pays d’origine. En Afrique l’homme décide, la femme obéit. A New York, Neni devra accepter et obéir, au risque de voir son rêve anéanti. La crise des subprimes est passée par là, les riches banquiers de Wall street ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et le pays a sombré dans une crise sans précédent, les mois passent, sans papiers et désormais sans emploi Jende se désespère. Certains s’en remettront, mais la famille de Jende devra certainement renoncer à ses rêves.

Imbolo Mbue nous propose une intéressante analyse des différences de classe, du choc de deux mondes en apparence si opposés, mais aussi de tout ce qui rapproche, une enfance malheureuse, les enfants, une bonne éducation, le rêve de s’en sortir. Puis vient la crise, le renoncement, la faillite, qui font prendre conscience aux plus riches de la valeur de la famille. C’est décrit ici de façon un peu caricaturale peut-être, mais qu’importe, car le rythme, l’intérêt sont là. Même si le roman semble un peu lent à démarrer, parfois un peu idyllique lorsqu’il brosse l’entente entre deux familles que tout oppose, jusqu’au moment où tout s’effondre. Et avant tout jusqu’à la fin du rêve américain, de cet espoir que l’on met dans la réussite qu’on va chercher dans un autre pays, quand on a le courage de tout quitter : famille, amis, pays.

Difficile réalité des migrants, de l’idée que l’on se fait de l’ailleurs, et pour les migrants africains où qu’ils soient, de l’aide qu’il faut continuer à apporter à la famille sans faillir, même quand la situation est difficile, car au pays tous espèrent votre réussite pour s’en sortir aussi. Excellente analyse également du poids de la famille, de la classe, de la tribu et des traditions tellement prégnants en Afrique, et exprimés avec tant de force dans les romans de Léonora Miano, quand la voix d’Imbolo Mbue se fait un peu plus légère et laisse une part au rêve et à l’espoir.

#rl2016 Rentrée littéraire 2016


Catalogue éditeur : Belfond

Drôle et poignante, l’histoire d’une famille camerounaise émigrée à New York. Porté par une écriture à la fraîcheur et à l’énergie exceptionnelles, un roman plein de générosité, d’empathie et de chaleur sur le choc des cultures, les désenchantements de l’exil et les mirages de l’intégration. Un pur joyau, par une des nouvelles voix afropolitaines les plus excitantes du moment.L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.
Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l’Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.
Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d’éclater. Jende l’ignore encore : en Amérique, il n’y a guère de place pour les rêveurs…

Traduit par Sarah TARDY / Parution le 18 août 2016 / 300 pages / 22.00 €

Deux remords de Claude Monet. Michel Bernard

« Deux remords de Claude Monet » de Michel Bernard, un beau roman, à la mesure des magnifiques toiles de Claude Monet, ensoleillé, chaleureux, triste parfois, comme la vie !

domi_c_lire_deux-_remords_de_claude_monetDe Frédéric Bazille et la guerre de 70, à Giverny et la fin de sa vie, l’auteur écrit un superbe roman sur la vie de Claude Monet. Roman structuré en trois parties, Frédéric, Camille et Claude.
Frédéric Bazille, jeune peintre talentueux, ami de Claude, amoureux de Camille, celle qui épousera finalement Claude Monet. Bazille mort prématurément lors de la guerre de 70. C’est aussi l’époque de l’amitié avec ceux qui sont devenus les plus grands, Renoir, Sisley, Manet ou Pissarro. Et les rencontres avec les mécènes et bientôt amis, la famille Hoschedé ou les Durand-Ruel.
Camille, le modèle, la muse, la femme, l’aimée, celle qui partage les moments de galère et ceux d’opulence, avant le succès comme aux meilleurs moments, celle qui pose pour certains de ses plus beaux tableaux, que l’on retrouve avec son ombrelle sur les pentes douces des bords de la seine ou de l’Oise, autour d’Argenteuil ou de Vétheuil. Camille qui lui donneras deux fils, et disparaitra prématurément. Lors de la rétrospective Claude Monet du Grand Palais, les visiteurs ont peut-être été surpris devant ce tableau de Camille sur son lit de mort (même en sachant qu’à une époque il était très courant de faire une photo des morts avant leur dernier voyage), ces lignes de Michel Bernard permettent de mieux en comprendre la signification et l’importance pour le Monet.
Enfin, Claude après Camille, la fin de la vie, l’installation à Giverny et le goût toujours affirmé pour le jardin et les fleurs, les merveilleuses toiles, les nymphéas du bassin au fond du jardin et ceux du musée du jeu de paume. Puis cette période où perdant la vue ses œuvres se sont brouillées et assombries, perdant de la magie lumineuse des couleurs et des perspectives qu’il a été l’un des premiers à oser sur la toile.

Voilà un livre qui nous fait voyager dans la vie du maitre, ses sentiments, mais aussi son œuvre, et nous donne envie de retourner voir ses tableaux et ceux de ses amis dans les musées, à Orsay ou à Marmottant. Mais également envie de se promener à Giverny, à Vétheuil ou sur les bords de Seine, et d’aller partout où l’on trouve les toiles magnifiques de ces si talentueux peintres impressionnistes. Un régal de lecture et une belle découverte.

A Giverny ou à Vétheuil, sur les pas de Claude Monet

#rl2016


Catalogue éditeur : La Table Ronde

«Lorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma à l’État le don des Nymphéas, pour qu’ils soient installés à l’Orangerie selon ses indications, il y mit une ultime condition : l’achat un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu’il soit exposé au Louvre. À cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucun motif. Deux remords de Claude Monet raconte l’histoire d’amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l’Île-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu’au bout.»

Collection Vermillon, La Table Ronde Genre : Romans et récits Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Romans et récits Époque : XXIe siècle / Parution : 18-08-2016 / 224 pages, 4 ill., 140 x 205 mm / ISBN : 9782710380702

Babylone. Yasmina Reza

Quand presque rien devient tellement important que tout bascule, dans « Babylone » Yasmina Reza fait l’autopsie d’une vie à la manière d’un huis clos théâtral… amours, frustrations, colère, regrets.

Élisabeth et son mari vivent dans un immeuble tranquille. Quelques étages au-dessus d’eux vivent les Manoscrivi. Jean-Lino est un homme affable plutôt fade et Lydie, sa femme, se produit dans un cabaret. Élisabeth évoque son anniversaire avec Jean-Lino, qui l’invite alors à passer une belle journée à Auteuil. Là il se montre détendu, volubile.

Le décès de sa mère perturbe d’Élisabeth. Elle décide de célébrer la vie et organise une grande fête de printemps. Elle emprunte des chaises chez Jean-Lino et Lydie, et de fil en aiguille les invite à la fête. Pendant la soirée, la conversation dérape vers des sujets à ne pas évoquer dans le couple, la tension monte, Jean-Lino se moque, Lydie se vexe…Quelques heures plus tard, en pleine nuit, Jean-Lino sonne chez les voisins, il vient de commettre l’irréparable…

A partir de là, tout part en vrille, que faut-il faire, aider ? Appeler la police ? Qui va s’occuper d’Eduardo, le chat de Jean-Lino ? Qui fait quoi, se mêle de quoi ? Comment et pourquoi les voisins devraient-ils se sentir impliqués ? Et surtout qu’est-ce qui fait qu’à moment donné tout bascule, la normalité et les barrières tombent…
Jean-Lino a emmagasiné frustrations, vexations et colère rentrée pendant des années, il est certainement en manque d’amour et de reconnaissance, mais est-ce suffisant ? Quel enchainement de faits faut-il, excès de boissons, sortir de sa zone de confort, de ses habitudes, de sa solitude morale, pour passer à l’acte et ne plus se contrôler. Quelle part sombre de chacun émerge alors que jusque-là le savoir-vivre et l’éducation permettaient de la canaliser.

Tout au long de cette soirée qui pour le moins sort de l’ordinaire, l’auteur déroule en parallèle l’histoire de ces deux couples, comme un reflet très humain de notre société et des vies qui la traversent. Babylone est un roman à l’écriture fluide qui se lit à la façon d’un roman policier ayant toutes les caractéristiques d’une pièce de théâtre. Si j’ai partiellement adhéré à l’intrigue, prétexte pour l’auteur à nous interpeler sur la vie et sur la société, j’ai par contre beaucoup aimé la partie en filigrane sur le temps qui passe et ce qu’on en retient, évoqué par la photographie en général. Les vieilles photos, et par elles, l’idée de ce qu’il reste de vie à l’instant figé et sublimé par le photographe et surtout, conservé à la fois par le photographe et par celui qui préserve encore la photo.

Extrait :

Ce qui compte quand on regarde une photo, c’est le photographe derrière. pas tellement celui qui a appuyé sur le déclencheur mais celui qui a choisi la photo, qui a dit celle-là je la garde, je la montre.

 #rl2016


Catalogue éditeur : Flammarion

Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l’infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j’entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable.

Date de parution : 31/08/2016 / EAN : 9782081375994 / Nombre de page : 300 / Littérature française /Romans Nouvelles Correspondance

 

 

Baby spot. Isabel Alba

Baby Spot, d’Isabel Alba, traduit par Michelle Ortuno, un livre très court mais percutant qui bouscule nos certitudes.

Dans une banlieue tout à fait sordide de Madrid, en bordure d’un périphérique, frontière entre deux mondes, il y a ceux qui réussissent et les autres. Les jeunes trainent leurs guêtres dans les ruines d’un quartier jamais terminé par l’entreprise de construction, quand les appartements eux ont été vendus depuis longtemps. Témoins de la vie sordide des petits voyous et des trafics en tout genre, des violences sur les femmes, elles qui disent toujours non et se débattent même quand elles sont d’accord comme chacun le sait bien, des coups portés à la mère quand elle veut s’exprimer, du père qui traine au café, ivre, du matin au soir car il est au chômage. Les enfants trainent, et Lucas est un peu leur souffre-douleur, il les accompagne partout, mais il est bien plus sage, car lui, c’est sur, sa mère l’aime vraiment et s’en occupe comme elle peut.

Et Tom raconte, raconte dans une logorrhée sans fin, sans trop de points ni de virgules tant le récit presse et veut sortir, ce qu’il a vu ce jour d’août, le jour où Lucas est mort dans le chantier, le jour où le flic pourri a arrêté le caïd du quartier, Le Zurdo, le frère de Martin, celui que jusqu’alors Tom admirait tant. Le jour où tout a basculé, comme ça, pour rien, comme dans un film, parce qu’on ne sait pas « pourquoi » finalement tout bascule.

Et les mots sortent, en langage parlé, qui disent la vie au jour le jour, les pères sans emploi, les femmes abandonnées quand elles tombent enceintes, les violences faites aux femmes et le porno à la télé ou dans la chambre des parents à la cloison si fine qu’on entend tout. Qui disent aussi la tyrannie entre gamins, les petits caïds en prison, et l’innocence d’un gamin de 12 ans qui aime tant sa petit sœur Diana et sombre en même temps dans une cruauté et une violence indicibles. Quel roman étonnant, bouleversant, cru parfois, mêlant cruauté et enfance, de cette enfance qui sur le fil du rasoir ne sait pas encore de quel côté elle va tomber, le bon ou le mauvais ? Voilà un livre d’à peine 90 pages qui se lit d’une traite et qui vous laisse un peu pantois, sonné.

Traduit de l’espagnol par Michelle Ortuno

#rl2016


Catalogue éditeur : La Contre Allée

Baby spot Isabel Alba, Michelle Ortuno (traductrice)

« Avec les films c’ est plus facile, parce que quand les images t’ envahissent et que t’ arrives pas à les effacer, tu peux te consoler en te disant que, comme dans les cauchemars, tout est faux, que rien de ce que tu vois dans ta tête n’ est vrai et que bientôt tout va disparaître pour toujours. Mais ce qui est arrivé au Zurdo, et aussi à Lucas, je sais que c’est arrivé pour de vrai, voilà pourquoi ça ne sort jamais complètement de ma tête. C’est pour ça que je veux écrire, pour voir si j’arrive à faire sortir toute cette histoire et à la laisser pour toujours sur le papier. »

Tomás, un garçon de douze ans, vit dans une banlieue de Madrid. Un soir d’août, son ami Lucas est retrouvé pendu à une poutre, sur un chantier abandonné.
Tomás se met alors à écrire. Son récit prend l’apparence d’un roman noir.

« Je m’appelle Tomás, j’ai douze ans et je ne sais pas qui est mon père. Mais après tout, c’est banal dans la vie d’un gamin, et d’ailleurs je crois que ça n’intéresse personne, même pas moi, et puis j’en ai vraiment marre de toujours entendre la même histoire. » 

Collection La sentinelle / ISBN 9782917817520 / Format 13,5 x 19cm / Nombre de pages 96 / Date de parution 25/08/2016 / Prix 13, 00€