Îles Flottantes. Jean-Luc Cattacin

D’une île à l’autre, Jean-Luc Cattacin entraine son lecteur dans un été de bord de mer, d’enfance et d’amitié finissants, avec poésie et une grande délicatesse.

DomiCLire_iles_flottantes_jean_luc_cattacin.jpgSur une ile, pendant l’été. Tout commence par une visite à la brocante du village. Comme tous les ans, Rouquin va chiner avec son père pendant que la maisonnée s’éveille doucement. Cette année, il n’a trouvé qu’une étrange planchette de bois ornée de signes mystérieux qui semble venir tout droit de l’île de Pâques.

L’envie de comprendre, l’envie aussi de faire autre chose, et le voilà parti vers la bibliothèque du village pour chercher quelques pistes. Là il fait la rencontre de la bibliothécaire, apparemment  spécialiste de l’île de Pâques, et tombe sous le charme. Élisabeth a la silhouette fine, la peau couleur caramel et de doux yeux qui le font rêver.

Sur l’île, les parents et la famille partent quelques jours. Pour qu’il ne reste pas seul, Ficelle son inséparable copain de toujours, vient le retrouver pour quelques jours de liberté.
Et de la liberté, il y en a ! Car depuis cet été où Ficelle a travaillé à l’usine, il a pris goût aux douces vapeurs du chanvre indien, mais pas seulement… Et Ficelle essaie tout ce qui peut se fumer, enfin, tout ce qui peut le faire rêver, planer, lui qui n’a qu’une seule  ambition : devenir planificateur, ou fumiste, c’est selon…

Avec son écriture très personnelle, en particulier dans sa façon de rythmer ses phrases d’une ponctuation très singulière, Jean-Luc Cattacin nous embarque à la suite de ses personnages. Dans cet été de bord de mer et sur cette île où chacun a ses habitudes année après année, mais où Rouquin s’éveille à l’amour, où Ficelle plonge dans une pente vertigineuse vers la drogue, les vols et qui sait peut-être la violence, vers une chute inéluctable que même l’amitié ne saurait enrayer. Mais surtout, tel un peintre qui ferait naître les paysages sous nos yeux, il nous entraine dans une palette de couleurs, de fleurs, d’odeurs, d’embruns, avec une écriture d’une poésie sans pareille. De longues descriptions, des couleurs, des parfums, des mots qui parlent à notre imaginaire et nous emportent dans la folie de Ficelle, dans les pas de Rouquin, de madame Verte ou d’Élisabeth, sur la plage des Belles ou du côté des dunes. Il nous imprègne de cette nostalgie qui a comme un parfum d’enfance qui se termine, d’été qui s’achève. Petit regret, cette impression que l’intrigue aurait pu être plus étoffée, plus aboutie peut-être, mais elle est cependant portée par une écriture si poétique et imagée que ces « Îles Flottantes » vont ravir le lecteur.

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Catalogue éditeur : Phébus

Tout a commencé sur l’île où je passe mes vacances. Pour une bouchée de pain, j’achète une étrange tablette de bois. En voulant comprendre les signes gravés sur ses flancs, je rencontre Elizabeth. Il s’agit d’une écriture, me dit-elle : le rongo-rongo de l’île de Pâques.
Plages immenses et sentiers dans la forêt, odeur de l’océan et des immortelles, corps alanguis au soleil : un bel été commence.
Mais voilà, mon ami Ficelle doit me rejoindre dans la grande maison sur la dune. Ficelle et ses très mauvaises habitudes. Ficelle, à qui rien ne fait peur. Le genre de garçon qui change le cours de l’histoire.

Date de parution : 17/08/2017 / Format : 14 x 20,5 cm, 176 p., 16,00 EUR € / ISBN 978-2-7529-1128-5

 

La disparition de Josef Mengele. Olivier Guez

Olivier Guez nous entraine dans les ténèbres, à la suite de Josef Mengele, le chirurgien d’Hitler, l’un des plus grands criminels nazis qui a échappé à la traque de l’après seconde guerre mondiale,  réfugié comme tant d’autres en Amérique du Sud.

DomiCLire_la_disparition_de_josef_mengeleOlivier Guez livre un roman-récit sans concession sur le parcours de Mengele, le terrible chirurgien, médecin dans le camp de concentration d’Auschwitz. Ici, l’auteur ne s’attarde pas tant sur les exactions dramatiques de ce nazi convaincu que sur les longues années de sa fuite à travers un continent. On se souvient d’avoir lu ou vu des articles de journaux, des reportages, les procès, de ces hommes traqués jusqu’au fin fond de l’Amérique du Sud, en Argentine, Bolivie, Paraguay ou au Brésil, tant de pays conciliants et accueillants pour les criminels nazis. Puis ces pays, souhaitant intégrer à leur tour la ronde des puissants, ont enfin accepté de ne plus cacher ces criminels poursuivis par Israël, le Mossad, Simon Wiesenthal et tant d’autres.

Né en 1911,  l’ange de la mort, Josef Mengele, fait preuve tout au long de sa vie, d’un cynisme, d’une dureté à nul autre pareille. Lui le savant, le chercheur, qui obéit aux ordres et fait tout pour atteindre la perfection biologique de la race arienne, prônant une politique eugéniste active, est capable du pire sur ces humains qui lui permettaient de pratiquer in vivo ses expériences abominables sur les jumeaux, les nains, les difformes et tant d’autres. Le bourreau d’Auschwitz sélectionne et envoie à la mort sans aucune pitié à leur arrivée au camp les bien-portants comme les malades, les infirmes comme les fous, épargnant momentanément ceux qui deviendraient le terreau de ses recherches anthropologiques et génétiques.

Olivier Guez suit le parcours et la fuite de Mengele – et de tant d’autres-  vers cet eldorado sud-américain qui le protège et où ils se sont retrouvés entre eux pendant de longues années, soutenus et financés par les industriels restés en Allemagne, et qui malgré leurs activités pendant la guerre, vont faire prospérer leurs entreprises. Marchands de machine outils pour les agriculteurs et paysans, la famille Mengele prospère et envoie de l’argent pour aider Josef.

Fuyard protégé sous de fausses identités, parfois sous son propre nom, Josef Mengele est accueilli d’abord par Perón qui ferme les yeux sur l’horreur, faisant venir à lui les savants et les chercheurs qui vont l’aider à créer un monde nouveau, puis par les diasporas allemandes nostalgiques du troisième Reich. De l’Argentine au Brésil en passant par le Paraguay, trente ans de fuite, de cavale, de peurs, de soutiens, sans jamais rien changer à ses idées, celles qui prônent la suprématie de la race supérieure, celle de ses recherches pour le bien de son pays, de l’obéissance, du devoir. Jusqu’à la fin, Mengele n’aura aucun remord du travail accompli, et mourra en 1979, sans avoir jamais rendu de comptes pour son action.

La disparition de Josef Mengele a également pour intérêt de nous replacer dans le contexte si particulier de l’après-guerre, avec la fuite de nombreux criminels nazis vers des pays plus que conciliants d’Amérique du Sud, mais aussi avec le développement économique et la prospérité des familles restées en Allemagne, de ces marques qui perdurent encore aujourd’hui, et de cette façon qu’ont certains de fermer les yeux quand l’intérêt d’un état est en jeu. Quel livre ! quel parcours terrible ! Si j’ai longtemps cru que Mengele avait été arrêté et jugé, comme tant d’autres, j’aurais trouvé indispensable qu’il rende compte de ses forfaitures.

Parce qu’il ne faut jamais oublier, lire également le roman Hadamar d’Oriane Jeancourt-Galignani, sur la mise en place du programme Aktion 4 qui visait l’extermination des adultes handicapés physiques et mentaux pour … débarrasser l’Allemagne des poids inutiles et dispendieux.

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Catalogue éditeur : Grasset

1949  : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant  ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Parution : 16/08/2017 / Pages : 240 /Format : 140 x 205 mm / Prix : 18.50 € / EAN : 9782246855873

Nos vies. Marie-Hélène Lafon

Inspiré d’une nouvelle écrite précédemment par Marie-Hélène Lafon, « Nos Vies » est devenu le roman étonnant et émouvant que l’on découvre en cette rentrée littéraire.

DomiCLire_nos_vies_marie_helene_lafonJeanne marche, vit, se souvient. Dans la vie de Jeanne, il y a la voisine, et son fils, la pharmacienne, et ses clients, Karim, mais aussi ses frères et sœurs. Elle fait ses courses au Franprix de la rue du Rendez-vous. Là, il y a Gordana, la caissière aux seins généreux et au décolleté engageant, il y a aussi l’homme, qui chaque vendredi passe toujours à la caisse 4, la caisse de Gordana, tout comme elle.

Elle observe les autres, chaque jour, mais surtout elle imagine leurs vies, faites de rencontres, d’amours, de solitudes, de passés et surtout d’avenirs qu’elle rêve pour eux. Jeanne invente leurs bonheurs manqués, leurs quotidiens à la banalité parfois consternante, avec beaucoup d’imagination. N’est-ce pas aussi un moyen d’occulter la banalité de son propre quotidien ?

Au passage, on la découvre peu à peu, solitaire, sans homme ni enfant, sans parents, une famille qu’elle voit de temps en temps, mais toujours par obligation, si peu par plaisir. Le mariage, puis le mari disparu, la vie sans enfants, la famille manquée, le travail pas toujours gai…autant d’instants, de souvenirs, qui sous un aspect parfois banal, montrent la futilité et le vide de sa vie.

Marie-Hélène Lafon nous dépeint là des solitudes urbaines, des destins figés, des histoires de vies à la tristesse sous-jacente pas toujours avouée, des rêves et des illusions, pour oublier un quotidien maussade et peut-être trop désespérant…

Avec des mots justes et simples, l’auteur nous entraine doucement dans son histoire. Elle nous enveloppe de souvenirs et parfois même de regrets, ceux du temps qui passe sans qu’on ne l’ait vraiment vécu, qu’elle distille par petites touches à priori légères, mais qui longtemps après la lecture vous laissent un goût étrange, avec cette envie de vivre à fond votre propre vie, pour être sûr de ne pas attendre le bonheur en vain et de ne rien manquer !

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Rencontre avec Marie-Hélène Lafon, à Manosque pendant les Correspondances


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

 « J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »

Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin… Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

 Littérature française / Date de parution : 17/08/2017 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 192 p., 15,00 EUR €  / ISBN 978-2-283-02976-3