Comme neige. Colombe Boncenne

Entre réalité et fiction « Comme neige » de Colombe Boncenne est un jeu de piste littéraire qui nous entraine dans le monde de l’édition et de la création.

DomiCLire_comme_neigeConstantin Caillaud, lecteur-comptable de son état, part en weekend avec Suzanne, son épouse depuis vingt ans. Là, après quelques péripéties, ils arrivent à Crux-la-Ville, et là, chez le libraire local, dans un bac de livres en solde, il tombe sur le roman « Neige noire »  écrit par son auteur préféré, Emilien Petit. Roman dont il ne connaissait pas l’existence, lui qui est pourtant incollable sur l’œuvre d’Emilien Petit. Cette trouvaille est prétexte à reprendre contact avec Hélène, sa maitresse perdue de vue depuis longtemps, elle-même fan de cet auteur. Mais le livre de Constantin disparait, impossible d’y mettre la main dessus, qu’importe, il va le chercher autrement, ailleurs.
Impossible, le livre n’existe pas ! Il n’est ni connu ni reconnu par l’éditeur, par l’auteur, ou par les amis ou critiques de l’entourage de l’auteur. Véracité de la création littéraire, fiction de l’amateur fou, ce livre n’a aucune réalité, il n’existe pas. Constantin part alors dans un jeu de piste surréaliste à travers l’ensemble de l’œuvre de l’auteur, cherchant dans tous ses romans, ses personnages, ses écrits, les traces qui mèneront à « neige noire ». Il n’y en a pas !

Mais alors, qu’en est-il de « Neige noire » ? Réalité ? Rêve ? Livre unique ? Mystification d’un lecteur qui se rêve auteur ? En tout cas il est prétexte à évoquer le monde de l’édition que l’auteur connait bien. Et l’on y trouve des lecteurs fous, qui connaissent mieux l’œuvre d’un auteur que l’auteur lui-même et que les dits spécialités. Est-ce une quête ? D’un livre ? De soi-même ? De l’objet même de la littérature ? C’est certainement le récit décalé d’une rencontre entre un lecteur et son écrivain préféré.

Alors, que dire. Sans les 68 premières fois je ne serais jamais allée vers ce livre, et qui sait si je n’aurai pas abandonné… ah, non ça pas possible, je n’abandonne jamais un livre en cours de lecture. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans le récit, décalé en quelque sorte, puisqu’il ne faut pas y chercher une trame amoureuse, sur le couple, sur le lecteur, mais bien plutôt sur le livre et le monde du livre. Je me suis donc embarquée dans cette quête d’un livre dans toute l’œuvre d’un auteur, où des personnages et des situations se répondent à dessein tout au long de sa création littéraire, des paysages, des rencontres annoncent d’autres livres. Je me suis même imaginée cherchant un livre inconnu à travers l’œuvre d’un Zola…

les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Buchet Chastel

« Je vis la pile d’ouvrages sur mon bureau, tous les romans d’Émilien Petit réunis là. Je m’adressai à l’auteur, l’appelant par son prénom, comme si c’était un vieil ami : ’Émilien, cher Émilien, Neige noire, qu’en as-tu fait ?’. »
À la maison de la presse de Crux-la-Ville, Constantin Caillaud découvre par hasard Neige noire, un roman d’Émilien Petit dont il croit pourtant avoir tout lu. Excellente trouvaille, elle va lui donner l’occasion rêvée de recontacter Hélène, sa maîtresse évanescente qui lui a fait aimer cet auteur. Mais au moment de la revoir pour lui confier le livre-sésame, il ne parvient plus à le retrouver. Il cherche alors sur Internet : aucune trace. S’adresse à l’éditeur : le titre n’a jamais figuré au catalogue. Qu’à cela ne tienne, Constantin écrit à Émilien Petit et à ses amis écrivains : tous nient l’existence de Neige noire.
Un jeu malicieux entre fiction et réalité qui peut donner le vertige.

 Roman / Qui Vive / Date de parution : 01/01/2016 / Format : 14 x 18 cm, 120 p., 11.00 € / ISBN 978-2-283-02939-8

Notre château, Emmanuel Régniez

Lire le château, c’est pénétrer dans un univers obsessionnel et surnaturel

« Notre bibliothèque est notre bien le plus important »
« Et le libraire, un homme passionné, et certainement passionnant si je prenais le temps de parler un peu avec lui, a toujours les livres que ma sœur désire ardemment lire ».
« Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde »

Octave et Véra sont les occupants de « Notre château ». Leur père a hérité de cette vaste demeure dans laquelle il n’avait pas le droit d’y habiter. Octave et Véra y habitent depuis vingt-ans, depuis la mort des parents dans un terrible accident de voiture. Là, sans jamais sortir, ils passent leur journées à lire, ont un relation frère-sœur plutôt singulière, et personne, jamais personne ne vient sonner à leur porte.
Il y a du délire dans ces lignes, mais un doux délire, de ceux que l’on a lorsque l’on laisse vagabonder nos pensées, et qu’elles nous entraînent au loin, dans les souvenirs, dans la folie de nos rêves d’enfant. Il y a de l’obsession, celle de savoir ce qu’il a bien pu se passer pour que Véra, qui ne prend jamais le bus, soit ce jeudi 31 mars dans le bus 39. Et en même temps, ce livre m’a fait instantanément penser au film « les autres » avec Nicole Kidman, par son côté irréel et mystérieux. Impression fortement appuyée par les photos insérées en fin du roman, et dans lesquelles on projette les personnages.

Quel livre étrange. Au premier abord, je n’ai pas du tout accroché, exaspérée par les multiples répétitions. Puis j’ai décidé d’abandonner mes repères, ma logique et je suis rentrée peu à peu dans l’apparente folie douce d’Octave, le narrateur, dans sa relation avec sa sœur Véra, et surtout, surtout, avec les livres dans leur belle, très belle maison, dans leur château. Car bien évidement, c’est un rêve ce roman, puisque dans « Notre château » la vie tourne autour des livres. Et un lecteur compulsif s’y retrouve forcément un peu, dans ces fauteuils moelleux à souhait pour y passer des heures à lire, dans ces bibliothèques, avec ce libraire qui possède toujours les livres que l’on souhaite ardemment lire.

Comme j’ai lu « Notre château » dans le cadre des 68 premiers romans, je me suis refusée à lire la quatrième de couverture avant de l’avoir fini, pour avoir une surprise complète. Il est également dans la sélection du prix orange du livre, sinon je n’aurai pas tenté l’aventure. Et cela aurait été dommage, même si je pense qu’il peut surprendre et ne pas séduire tous ses lecteurs.

Catalogue éditeur : le Tripode

Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.
On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. En reprenant à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman, Emmanuel Régniez réussit un roman ciselé et singulier, qui comblera les amateurs d’étrange.

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Je soigne ma mélancolie en me racontant des histoires qui pourraient me faire peur.
Emmanuel Régniez


128 pages / 9782370550781 / Prix : 15,00 € / Parution : 21 janvier 2016

Ahlam, Marc Trévidic

Quand un juge antiterroriste se met à l’écriture…

Ahlam, un roman aux personnages attachants sur un fond de vérité politique et historique

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Paul Arezzo, célèbre peintre français en panne d’inspiration, débarque sur la petite île de Kerkennah, en Tunisie, pour se ressourcer et oublier une déception amoureuse. Là, il est totalement séduit par la beauté du paysage, par la chaleur des habitants, par la douceur de vivre en bord de mer. Il s’attache rapidement à Farhat le pêcheur, qui l’emmène avec lui sur sa felouque pêcher quelques bouteilles de rosé pour savourer ensemble les instants magiques et la beauté d’un coucher de soleil. Il est séduit par Issam et Ahlam , les enfants de Farhat et Nora, qui s’avèrent vite prodigieusement doués pour , la musique et la peinture, arts que Paul vénère car pratiqués jadis par ses propres parents. Il va alors passer de longues années à côtoyer cette famille et à inculquer la beauté au frère et à la sœur, en leur apprenant chaque jour la pratique des arts, toujours dans la fraternité et la douceur de vivre.

Nous sommes dans les années 2000, le pays gouverné par le clan Ben Ali, connaît des périodes difficiles mais dans un calme relatif, les étrangers sont acceptés, y compris dans les provinces les plus isolées, la vie se passe en relative bonne intelligence. C’est sans compter sur la montée de l’Islamisme des années 2010,impulsés par la révolution de jasmin et le printemps arabe. La révolte commencée par le peuple dans la douceur sera vite reprise par les factions rivales de En Nahda ou d’Al Qaida.

Tout l’art de Marc Trévidic tient dans sa façon de progresser dans une trame romanesque en nous expliquant peu à peu, avec une véracité qui n’est jamais ni dogmatique ni intransigeante, les différences, les éléments qui font que des jeunes vont passer au fondamentalisme, être tentés par le Jihad, ou endoctrinés par la pensée salafiste. Comment un peuple entier peut-il basculer dans l’intégrisme, ou être forcé à le faire, pas par choix mais pour survivre ? Comment les femmes passent d’un statut d’ « égale d’un homme » à « son complément » ? Comment les interprétations d’une même sourate ou d’un hadith peuvent être diamétralement opposées, mais sont toujours un argument pour combattre, pour forcer, pour imposer ou interdire ? Comment une fratrie peut s’égarer et se séparer jusqu’au point de non-retour, comment un peuple peut se retourner ? La trame de ce roman est réaliste et explicite. L’équilibre est aujourd’hui encore très instable en Tunisie, et l’on comprend peut être un peu mieux la subtilité du changement, la profondeur des doutes de la jeunesse, ses recherches incessantes de vérité. Et si Dieu avait raison ? Mais, et si ceux qui parlent en son nom avaient tort ? Et là forcement je pense au Pari de Blaise Pascal…

Difficile de lâcher ce roman, pour cette histoire d’amour fraternel et intemporel entre des hommes, des femmes, une famille, un pays, et pour tout ce qu’il nous apporte pour nous éclairer sans être péremptoire sur un pays en pleine évolution et dans lequel l’Histoire est en marche. Un coup de cœur, malgré peut-être quelques longueurs dans certaines descriptions. Je pense en particulier à quelques pages sur la peinture et la musique, l’auteur se voulait sans doute plus poète que pédagogue pour faire passer son message, mais qu’importe, j’ai aimé !

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre

Catalogue éditeur : JC Lattès

Lorsqu’en 2000 Paul, célèbre peintre français, débarque aux Kerkennah en Tunisie, l’archipel est un petit paradis pour qui cherche paix et beauté. L’artiste s’installe dans « la maison de la mer », noue une forte amitié avec la famille de Farhat le pêcheur, et particulièrement avec Issam et Ahlam, ses enfants incroyablement doués pour la musique et la peinture. Peut-être pourront-ils, à eux trois, réaliser le rêve de Paul : une œuvre unique et totale où s’enlaceraient tous les arts.
Mais dix ans passent et le tumulte du monde arrive jusqu’à l’île. Ben Ali est chassé. L’islamisme gagne du terrain. L’affrontement entre la beauté de l’art et le fanatisme religieux peut commencer.
EAN : 9782709650489 / Littérature française / Parution : 06/01/2016 324 pages 19.00 €

Zazous. Gérard de Cortanze

Les Zazous, c’est l’affirmation d’une jeunesse contestataire aux cheveux longs et aux tenues excentriques, qui écoute du swing et qui enflamme la France des années 40 en refusant l’ordre établi.

« Le Zazou refuse l’ordre nouveau qui lui est imposé. C’est une attitude politique qui dicte le comportement du zazou, un peu comme les incroyables ou les muscadins…. »

Ils sont nombreux les Zazous du café Eva, on a parfois un peu de mal à les reconnaitre au début du roman. Il y a Odette, Marie, l’artiste qui chante dans les cabarets, Lucienne, modiste, Sarah la jeune fille juive, Josette, Jean et Pierre les lycéens, Charlie, l’américain qui devient français-antillais pour survivre, et Gerhard, le soldat allemand qui aime tant la musique. Ils vivent tous les maux des jeunes grandis trop vite dans les tourments de l’histoire. Qu’il s’agisse d’amour ou d’amitié, leurs aventures sont celles des jeunes de leur âge, relations torturées, compliquées ou évidentes, heureuses ou tristes, mais souvent réalistes. Et ce malgré tous les interdits, qui paraissent tellement incroyables, énormes ou dérisoires, mais qui lorsqu’on les brave chaque jour deviennent mortellement dangereux.

Au fil des pages l’auteur nous présente un panorama très complet de la vie artistique, de la musique, de la mode, de la vie en somme, de cette jeunesse qui vit dans un Paris occupé mais pas vaincu. Vision que l’on trouve rarement dans les romans traitant de cette époque. C’est étonnant et permet de comprendre comment chacun a réussi à se débrouiller pour vivre, s’habiller, faire bonne figure, pour trouver ce semblant de normalité qui même dans l’excès prouve que l’on existe.
Petit bémol peut être, au fil de la lecture, on se demande d’où viennent ces jeunes qui vont si souvent au cinéma et au concert l’après-midi – puisqu’il faut rentrer avant le couvre-feu et parce que tout s’arrête le soir- et qui chaque jour ou presque se retrouvent au café Eva. Quand vont-ils au travail, quelle est leur vie, où sont leurs familles et que fait leur entourage, sont-ils des étudiants sans parents, qu’elle est donc leur réalité dans ce monde des années 40 ?

Dans ce roman de Gérard de Cortanze, l’occupation et les années sombres de la seconde guerre mondiale sont décrites en musique et avec beaucoup d’originalité, car le phénomène Zazous est peu connu et peu décrit finalement. Tout le monde à plus ou moins entendu le mot sans toujours savoir ce qu’il recouvre. Nous voilà donc un peu moins ignorants, et sans doute un peu admiratifs de ces jeunes de 15 à 20 ans qui, sous couvert d’insouciance, cherchaient malgré tout à montrer leur refus de vivre sans agir dans un Paris aux mains de l’ennemi, après l’armistice signée par un général Pétain collaborateur et tellement décevant.

Le texte est parsemé de très nombreuses anecdotes et de faits historiques, j’aurais presque souhaité un deuxième tome, rendant ainsi plus fluide l’histoire de cette bande de zazous auxquels on met un peu de temps à s’attacher. C’est cependant un roman très complet, intéressant et passionnant surtout lorsqu’on s’intéresse à la petite histoire, celle qui par ses actions combinées forme la grande Histoire. Et qui nous donne très certainement envie d’aller écouter un air de swing !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

On n’est pas sérieux quand on a quinze ans – même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Marie danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d’ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux. Lire la suite

mars 2016 / Format : 220 mm x 150 mm / 544 pages / EAN : 9782226324047 / Prix : 22.50 €

La plage. Marie Nimier

Introspection, douleur, désir ou amour, tout est possible sur « La plage », le roman de Marie Nimier qui nous parle joliment de rencontre et de mystère.

Sur la plage, presque abandonnée, l’inconnue arrive pour se ressourcer, se retrouver. Là, elle a vécu de beaux instants avec un ami, là ils se sont aimés. Ce qu’il s’est passé avant et après, on ne le saura pas ; pourquoi elle repousse la rencontre avec son père, on ne le saura pas ; où est cette plage, en dehors d’un paysage superbe et ensoleillé, on ne le saura pas non plus.
Mais une ombre plane sur cette inconnue, qui doit se reconstruire pour affronter ses lendemains. Alors qu’elle aborde Sa plage, elle y découvre un père et sa fille, couple bancal, étrange et déroutant, qu’elle observe puis approche et avec qui elle va vivre quelques jours.

Dans « La plage », Marie Nimier nous parle de rencontre, improbable, sensuelle, fascinante, de solitude, seule ou à plusieurs qu’importe, de paysages et de confrontations qui soignent les plaies du cœur et de l’âme. L’inconnue, le colosse et la petite sont perdus sur cette plage, êtres de chair, mais sans nom, ils sont comme éthérés, ils ne sont ni toi ni moi, ambigus, interchangeables, semblables et si différents. Les sensations, les couleurs, les odeurs, sont prégnants, la sensualité, les élans des corps, dans la chaleur et les moiteurs d’un été, les blessures, les difficultés de l’enfance, un zeste de cruauté enfantine aussi parfois, sont palpables dans les mots et les belles phrases de l’auteur, et pourtant… Si l’inconnue est allée au bout de sa recherche, pour ma part, je ressors de cette lecture avec une sensation de manque, comme devant un roman inachevé, malgré la beauté et la sensualité de ces lignes et de certaines situations. C’est joliment écrit, même si parfois je m’y suis un peu ennuyée. Je suis sans doute passée à côté !

💙💙💙

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Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : Gallimard

Une jeune femme sans nom arrive sur une île, en été.
Elle traverse en autobus un paysage aride jusqu’à une plage où elle est déjà venue avec un ami. Elle se souvient d’une grotte où ils se sont aimés.
Il n’y a personne sur la plage, pas un souffle de vent. La taverne est fermée.
Elle se baigne nue.
Est-elle aussi seule qu’elle le croit? En quittant la plage quelques jours plus tard, elle ne sera plus la même. Jamais plus.

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 07-01-2016 / 160 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782070149728

Le monde sensible. Nathalie Gendrot

« L’être humain est ainsi fait qu’il finit par s’habituer à sa vie, et à l’aimer ». Découverte d’un voyage intérieur, dans « le monde sensible » le premier roman de Nathalie Gendrot.

DomiClire_lemondesensibleDelphine est géographe, elle voyage dans sa tête, les yeux rivés sur des cartes. Ce jour-là, elle a rendez-vous avec un amoureux, un quasi inconnu rencontré peu de jours avant, lorsqu’elle est renversée par une voiture. Accident grave qui la laisse comateuse à l’hôpital, sans nouvelle de cet Elvin dont elle ne connaissait ni le nom ni l’adresse…
Voilà Delphine seule avec ses souffrances et ses plaies. Seule avec ces nouveaux rêves, ceux d’un voyage intérieur. Délire morphinique hospitalier d’une malade qui s’enferme provisoirement dans son corps et dans ses douleurs de classe 0 à 10… Les bruits les voix, les sons, prennent une toute autre importance lorsqu’on est enfermé dans un corps immobile. Tous les moments d’une journée hospitalière sont décrits avec férocité et réalisme, même s’ils sont imprégnés de ce délire dû à la morphine, seule à même de soulager les douleurs. Et dans une chambre d’hôpital, la vie est vite routinière. Il y a le chirurgien qu’on attend pendant des heures et des jours ; les infirmières et les médecins, qui font leur travail, mais disent rarement les mots que le malade attend, pas le temps, pas à eux de le faire. Il y a aussi les voisins de chambre, leurs familles, visiteurs bruyants ou éplorés. Les séries télé, minables mais réconfortantes. Et les médicaments, les nombres, les doses, l’intensité de la douleur, la chimie qui soigne, le mystère des délires, la victoire sur le monde sensible, celui de la douleur, des nerfs endormis, des jambes qui ne sentent plus rien.

Voilà un roman quelque peu déroutant, mais c’est une incursion intéressante dans la tête du malade, le délire est présent mais réduit au minimum, rendant assez crédibles les élucubrations hallucinées de la narratrice.

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : éditions de l’olivier

Le Monde sensible

Delphine navigue sur les océans et rencontre des monstres marins.
Elle fait des équations, des calculs, établit des courbes.
Elle croise une femme en robe couleur de Soleil et une femme en robe couleur de Nuit.
Toutes deux sont en réalité les infirmières qui se relaient à son chevet. Les chiffres, eux, désignent les variations de la douleur.
Et la navigation commence quand la morphine coule dans ses veines.
Car Delphine est hospitalisée à la suite d’un accident.
Et Morphée est devenu le centre de ses désirs et de ses rêves.
Le Monde sensible raconte ce voyage intérieur. Il n’est pas certain que la narratrice souhaite en revenir.
Collection : Littérature française / Parution : 14 janvier 2016 / Livre : 130 × 185 mm 192 pages : EAN : 9782823609493 16,00 €

Les vies multiples de Jeremiah Reynolds, Christian Garcin

Un reportage qui se lit comme un excellent roman

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Perturbée au début par la profusion d’anecdotes historiques, j’ai finalement dévoré ce récit sur la vie d’un aventurier hors normes.

Quelle vie ! Dans les années 1810 aux États Unis, Jeremiah Reynolds rencontre John Cleves Symmes Jr et embrasse en partie ses théories sur une terre creuse depuis les pôles, territoires jusqu’alors inexplorés. Les États Unis sont en guerre, au même moment Napoléon bat en retraite en Russie, Victor Hugo écrit ses plus grandes œuvres, Halley avance une théorie confirmée aujourd’hui sur une comète nommée depuis comète de Halley. Quelle époque de découvertes où l’on cherche encore un passage vers des mondes fabuleux !
Jeremiah Reynolds fera de nombreuses conférences, ira jusqu’en Antarctique, manque mourir dans ces contrées hostiles inconnues, ira côtoyer les indiens Mapuches aux confins du Chili, partira à la recherche du mythique grand cachalot blanc (inspirant Herman Melville et son Moby Dick …) rencontrera Edgar Allan Poe. Une vie de roman à une époque où tout semble encore possible. Jeremiah Reynolds a vécu une enfance compliquée, mais c’est un homme qui se prend très rapidement en main, il a des terres à découvrir, des théories à prouver, un nouveau monde s’ouvre à lui.

J’ai vraiment aimé ce roman, qui m’a un peu rebutée sur ses premières pages, mais qui entraine rapidement le lecteur à la suite des aventures de cet intrépide marin, aventurier, explorateur, avocat, écrivain aussi, qui vit plusieurs vies en une et dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Une belle aventure, une belle écriture qui ne lasse pas son lecteur et qui au contraire l’emporte dans le sillage des aventuriers, une jolie réussite.

Catalogue éditeur : Stock
Étonnant et fulgurant destin que celui de Jeremiah Reynolds : après avoir probablement été le premier homme à poser le pied sur le continent antarctique en 1829 et avoir fait de cette expédition un récit qui influença Edgar Allan Poe pour ses Aventures d’Arthur Gordon Pym, il devint colonel pendant la guerre civile chilienne, chef militaire des armées mapuches, avocat à New York, effectua un demi-tour du monde, et écrivit un récit de chasse au cachalot blanc qui fut peut-être à la source d’un des romans les plus lus et les plus commentés de la littérature américaine et mondiale.

Collection : La Bleue / Parution : 06/01/2016 / 160 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234078895 / Prix: 17.00 €

Trois jours et une vie. Pierre Lemaitre

Au lendemain du succès phénoménal de son  « Goncourt » « Au revoir là-haut », Pierre Lemaitre nous revient avec « Trois jours et une vie », roman noir édité chez Albin Michel.

Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre

Je n’ose même pas imaginer quel doit être le stress d’un auteur dont tout le monde attend le prochain roman, en particulier après avoir reçu un prix Goncourt. Comme se renouveler ? Comment rester serein pour garder sa créativité, son inventivité, ses talents de conteur ? Comment s’accomplir dans son métier d’écrivain sans chercher simplement à plaire à ses lecteurs, à ne pas les décevoir au lendemain d’un succès phénoménal. Avec « Trois jours et une vie », Pierre Lemaitre y réussi. Certains puristes vont peut-être avancer qu’être auteur de polar ce n’est pas le top du talent, qu’il y a beaucoup plus littéraire. Tant pis, une fois de plus, je l’avoue, j’ai aimé ce roman qui nous propose une histoire autour d’un personnage central, à trois époques d’une vie.
Antoine vit en province, dans ces villages ou petites villes tranquilles où chacun se connait. Ses parents sont séparés, sa mère l’élève et travaille. Il va à l’école mais est rejeté par les autres. Il est mis à l’écart par une mère qui ne veut pas le voir jouer à cette horrible PlayStation qui captive tous les gamins. Alors Antoine trouve d’autres plaisirs, il va construire sa cabane dans les arbres, celle qui les épatera tous quand ils pointeront enfin le bout de leur nez dans les bois. Antoine adore le chien des voisins, d’autant qu’il n’a pas de droit d’en avoir. Et Rémi, le fils des voisins, adore et admire Antoine. Nous sommes en 1999, le chien meurt, Rémi disparait, et deux tempêtes terribles s’abattent sur la France et dévastent le paysage et la vie des habitants de Beauval. La vie d’Antoine en est entièrement bouleversée.

Singulier, certes ! Amoral, certes ! Mais j’y retrouve cet art de la manipulation, des non-dits, que j’apprécie dans les polars de Pierre Lemaitre, quand le narrateur ou le personnage principal sont coupables, mais pas trop, ou par hasard, quand ils ne regrettent pas assez pour avouer ; quand la morale voudrait que… mais que finalement la vie fait qu’on laisse faire ; quand ce qui devrait être n’est pas et que finalement cela satisfait tout le monde. Secret lourd à porter mais indispensable, drame, mais aussi culpabilité, silence, remords, aveux, puis chantage, compassion, amour passionnel ou ébats d’un soir qui transforment toute une vie, tel est pris qui croyait prendre, tout y passe.
Les personnages sont complexes, parfois noirs, parfois tendres, mais souvent attachants, on a envie de les plaindre, et pourtant parfois on les déteste, ils ne laissent jamais indifférents. Ils sont décrits avec cynisme et un soupçon de cruauté, mais tellement de réalisme, qu’ils semblent être là, tout près, et nous font réagir en voyeur de leurs tourments ou de leurs turpitudes. Scènes peu ordinaires d’une vie pourtant bien ordinaire qui étonnent et perturbent le lecteur. Unité de lieu, unité de personnage, ou presque, multiplicité de sentiments, voilà tout l’art d’un auteur talentueux qui sait tenir son lecteur en haleine. J’ai lu ce roman d’une traite et je vous le conseille !


Catalogue éditeur : Albin Michel

« À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

Mars 2016 / Format : 205 mm x 140 mm / 288 pages / EAN13 : 9782226325730 / Prix : 19.80 €

Le talisman, Mathieu Terence

« Farrah est morte brulée dans son appartement »

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Quelle phrase terrible pour commencer ce roman. Terrible et étrange, étrange comme l’est l’impression que j’ai à cette lecture. Au début, j’ai trouvé assez intéressant cette description de la vie à travers un narrateur que l’auteur qualifie à la deuxième personne. Ce « tu » qui m’avait tout autant dérangée lorsque j’avais lu « la condition pavillonnaire » de Sophie Divry, qui avait construit son roman exactement de la même façon. Mais c’est un roman qui m’avait paru beaucoup plus intéressant dans sa construction, le « tu » me semblait alors destiné, alors qu’avec « le talisman », il semble être le contre point de l’auteur, du narrateur, et au final tellement impersonnel.

« Tu » égrène donc les moments de sa vie, les personnes qu’il a croisées, avec qui il a vécu des moments heureux ou intenses, étranges ou terriblement communs, évoque des lieux, des rencontres, et les instants de sa vie avec Farrah.
Farrah est un personnage fantasque et sans doute attachant, mais je n’ai pas réussi à la trouver ni à la comprendre au fil de ces pages, et encore moins le narrateur, ce « tu » encombrant et épuisant. Tout comme je n’ai pas retrouvé ce pays Basque, décor du roman, ici fantasmé et rêvé tel que je ne le reconnais pas et qui m’a un peu perdue. Il y a cependant dans ces pages de belles phrases, quelques belles situations, des mots bien posés parfois, écriture ciselée avec soin et délicatesse, mais pas assez pour en faire un plaisir de lecture, enfin, pas pour moi. Je suis peut être passée à côté ?

Catalogue éditeur : Grasset

« Ce n’est pas seulement qu’elle mentait comme elle respirait, c’est qu’elle mentait pour respirer. Et cette manie n’a pas été pour rien dans l’attrait que tu lui as trouve . »
Comment inventer sa vie sans la perdre ?
Quels fils mystérieux relient les êtres que l’on a pu aimer ?
Peut-on sortir indemne de l’affolement général?
Qu’est-ce que le syndrome du saint-bernard ?
Mais surtout, qui était vraiment Farrah ?

Format : 130 x 206 mm/ Pages : 184 / EAN : 9782246804420 / EAN numérique: 9782246804635 / Prix : 17.00€ / Parution : 20 Janvier 2016

Kidnapping. Gaspard Koenig

Quand deux mondes se confrontent, lequel apporte le plus à l’autre ? Intéressant conflit évoqué dans « Kidnapping » le roman de Gaspard Keoning.

https://i0.wp.com/static1.lecteurs.com/files/books-covers/249/9782246858249_1_75.jpgA Londres, de nombreuses familles embauchent des nannys arrivant des pays de l’Est. Ruxandra sera l’une d’elle. Elle arrive de Roumanie. Impossible d’y exercer son métier d’infirmière, malgré les sacrifices qu’elle a fait pour passer son diplôme. Trop mal payée, trop peu d’avenir. Poussée par ses « amis Facebook », elle tente l’aventure et part travailler en Angleterre. Désormais prénommée Roxy, elle devient la nanny du petit George. Enfant mal aimé par David, un père d’avantage préoccupé par sa carrière que par sa famille et par Ivana, une mère plus intéressée par le paraitre et les apparences que par l’éducation de son fils qu’elle confie à une autre, Roxy va s’attacher chaque jour au petit garçon qu’elle façonne comme son propre fils. Jusqu’au moment où l’amour de cette mère de substitution la pousse à l’irrémédiable, provoquant un étonnant retournement de situation.

Il y a deux facettes qui m’ont parues très intéressantes dans ce roman.
D’une part l’évocation de la vie des émigrés, qu’ils soient roumains ou issus d’autres pays de l’Est ou d’ailleurs. Avec en filigrane ce que cela implique de choc et d’incompréhension dus aux différences sociales, traditionnelles ou culturelles, et au statut que l’on attribue à chacun, ou que chacun se donne ou se refuse dans la société. Car lorsque Roxy apprend qu’elle peut exercer son métier d’infirmière à Londres, tout un monde s’ouvre à elle qu’elle a du mal à accepter, comme si était la seule possibilité envisageable était une position d’immigré subalterne.
D’autre part, l’action bienpensante mais pas toujours opportune des banquiers et investisseurs européens. En Roumanie, ils s’agit de construire une autoroute pour désenclaver le pays du nord au sud. Désir de bien faire ? Désir de briller sur l’échiquier européen des affaires et des banques ? Désir d’être réellement utile, ou de plaire aux investisseurs et aux politiques ? Car il n’est pas sûr que le but recherché soit réellement le bien de la population et du pays.

J’ai apprécié cette plongée dans ces deux univers si contradictoires, mais qui sont pourtant bien observés de l’intérieur à chaque fois. David, ce banquier londonien bientôt quadra qui aspire tant à changer de poste pour enfin atteindre le statut de ses rêves, et qui au départ n’envisage sa mission que par ce prisme-là. Et Roxy, qui a beaucoup de mal à imaginer qu’elle peut sortir de sa condition d’émigrée et obtenir un poste à hauteur de ses compétences, mais qui aura la finesse de manipuler et orienter les décisions prises dans son pays. Belle description aussi de la vie en Roumanie, que ce soit à Bucarest ou dans la campagne reculée, tant pendant cette époque post dictature ou par l’évocation de la vie avant la chute de Ceausescu. De quoi se poser quelques questions intéressantes, et peut-être perturbantes mais salutaires, sur nos ambitions et sur le fonctionnement des institutions européennes.


Catalogue édieur

En débarquant à Londres, Ruxandra est devenue « Roxy », une nanny roumaine parmi des milliers d’autres, au service exclusif du petit George, deux ans.
Tout semble séparer David, le père, angoissé par sa carrière à la City, et cette jeune femme qui observe le mode de vie de ses employeurs avec un mélange de convoitise et de mépris. Jusqu’au jour où un important projet d’autoroute transeuropéenne met la Roumanie au cœur des préoccupations de David. Et si Roxy détenait désormais la clé de ses ambitions ?
L’Est et l’Ouest, le village et la mégalopole, la tradition et la raison : qui finira par kidnapper l’autre ?
Des beaux quartiers londoniens aux monastères des Carpates en passant par les bureaux de Bruxelles et le détroit de Gibraltar, Gaspard Koenig nous offre un roman trépidant, une satire lucide et documentée des rêves européens.

Parution : 13/01/2016 / Pages : 368 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 19.00 €
EAN : 9782246858249 / Grasset