La vraie vie, Adeline Dieudonné

« La vrai vie » c’est celle d’avant… Cette vie dont parle Adeline Dieudonné dans ce premier roman intense et puissant.

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… Avant cette scène qui change tout dans la vie de Gilles et de sa grande sœur, il avait déjà une famille si terriblement « glaciale… »
Dans cette famille il y a le père, chasseur de gros gibier sur des terres lointaines, qui rapporte en conquérant les trophées, massacres et autres bêtes empaillées qui ornent la chambre des cadavres si justement nommée.
Il y a la mère, qualifiée d’amibe, quel surnom à la fois terrible et terriblement évocateur du dégoût que cette mère inspire à sa fille, femme soumise, acceptant les coups la peur au ventre et dans le regard, assouvissant son besoin d’amour avec sa perruche et ses chèvres, comme s’il était impossible d’accorder de l’amour à sa propre famille, à ses enfants.
Il y a le frère, Gilles, de trois ans plus jeune, il est le rayon de soleil, le petit qu’il faut aimer et protéger.
Il y a enfin cette fillette de dix ans qui raconte, qui nous raconte leur vie pendant six ans. Cette narratrice brillante et sensible, passionnée de mathématiques quantiques, et qui aime tant son petit frère qu’après l’accident, sa vie ne sera plus comme avant. Elle n’a plus dès lors qu’un rêve, qu’une seule ambition, revenir à avant, retrouver La vraie vie.

Dans ce premier roman qui se lit d’une traite, dans un souffle, l’amour et l’espoir viennent éclairer les temps sombres, ceux de l’innocence perdue, de la quête d’un passé qui ne reviendra plus jamais. Mais il s’agit aussi ici de maltraitance, parfois sans violence, enfin sans trop de violence, envers des enfants soumis à leurs parents, par amour, par obligation, par peur aussi sans doute. De maltraitance envers une femme, qui par crainte de voir cette violence changer de cible accepte tout, les mots qui tuent, les gestes qui blessent, les attitudes qui vous transforment en amibe justement. Pour ne pas éveiller la frustration de celui qui frappe ? Par peur, par lassitude, par soumission ? Et si c’était la violence au quotidien, si tristement réelle, le véritable sujet du roman ?
La violence au quotidien, celle qu’on accepte, celle qu’on combat, celle qui vous tue à petit feu dans l’indifférence…

Dans La vraie vie, il y a aussi la recherche désespérée d’une machine à remonter le temps, puis la révolte d’un frère que l’on imaginait passif, sursaut indispensable, absolument vital.

Par certains côtés, ce roman m’a fait penser à My absolut Darling… par la relation terrible entre un père et sa fille, ou comme ici entre un père et son fils. Et l’on se demande quel est le moyen d’en sortir, si ce n’est en répondant à tant de violence par la violence elle-même ?

Premier roman encensé par les critiques et les lecteurs, La vraie vie est un roman à l’écriture vive, acerbe et directe, qui évoque une situation familiale dramatique et difficile… Et le lecteur de s’attacher à cette narratrice tellement émouvante, dont on espère qu’elle arrivera à ses fins, forcément…

Petit bémol peut-être, ce père toxique m’a parfois semblé un peu trop caricatural, et donc ce parallèle que je n’ai pu m’empêcher de faire avec le roman de Gabriel Tallent. Mais Adeline Dieudonné reste une auteure à suivre, assurément.

Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Un roman initiatique drôle et acide. Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre.
Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Format 135 x 185 mm / prix 17 € / nombre de pages 270 /  EAN : 9782378800239

Capitaine. Adrien Bosc

« Capitaine » passionnant roman d’Adrien Bosc sur le voyage de migrants fuyant le régime de Vichy, vers une terre promise en Amérique ou aux Antilles.

Domi_C_Lire_capitaine_adrien_bosc_stockEn mars 1941, le Capitaine quitte Marseille, et Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire… Après avoir brillamment conté l’aventure du Constellation – la traversée du transatlantique en 1949 – Adrien Bosc nous entraine sur les traces du Capitaine Paul-Lemerle, entre les mois de mars et de juin 1941. Le bateau quitte le port de Marseille le 24 mai 1941 avec à son bord des familles rejetées par la France de Vichy. Qu’ils soient juifs ou non, allemands, français, républicains espagnols, ces passagers  étaient persona non grata en France. Le sort qui les attendait était tellement incertain que tout valait mieux, y compris embarquer sur ces géants des mers fragiles et vieillissants.

Sur le bateau vont alors se côtoyer André Breton le surréaliste et Claude Lévi-Strauss l’ethnologue, Anna Seghers et Victor Serge, Wifredo Lam, un artiste peintre cubain, Germaine Krull, une photographe allemande et tant d’autres, savants, intellectuels, hommes d’affaires, bijoutiers, banquiers, poètes, écrivains, scientifiques, et leurs familles pour la plupart, car le régime nazi n’en voulait pas, la France non plus…

Leur périple va durer plusieurs semaines, également rejetés par les pays où ils vont accoster, cantonnés sur le bateau ou dans des hôtels sordides, dans le Lazaret, cette ancienne léproserie de Pointe-à-Pitre (sur cette ile de la Martinique, seule la rencontre avec Aimé Césaire et sa femme Suzanne rendent un peu d’humanité aux iliens, tant ils sont uniques par le courage qu’ils affichent ouvertement par le biais de la revue Tropiques), puis jusqu’à Ellis Island, en attendant que des fonctionnaires acerbes et stupidement zélés veuillent bien les laisser soit débarquer, soit repartir vers l’Amérique du Sud ou Saint Domingue.

Capitaine est un roman dense, intelligent, qui fourmille de faits, de rencontres, d’anecdotes, nous rendant si proches, humains, vivants, ces désespérés de la seconde guerre mondiale, juifs errants sur les mers et accostant des terres inhospitalières. Où l’on retrouve sans la comprendre l’incurie des services administratifs, les frontières, le racisme qui gangrène jusqu’aux côtes des iles des caraïbes, là où pourtant on pourrait imaginer que l’éloignement aurait rendu plus humains ceux qui contrôlent, inspectent, condamnent au nom d’un état qui se fourvoie.

Capitaine est plus qu’un roman, tant il est riche de ces informations qui rendent toute leur humanité à ces passagers ballottés par les mers et les hommes. Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire à travers ce qu’ont vécu ces hommes et ces femmes. Il a su leur rendre vie et nous les faire connaître sans nous submerger sous des tonnes d’informations en réussissant ce savant partage entre le romanesque et les faits historiques.

Où que nous regardions, l’ombre gagne… pourtant nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi…
Tropiques, Aimé Césaire

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Catalogue éditeur : Stock

Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec à son bord les réprouvés de la France de Vichy et d’une Europe en feu, les immigrés de l’Est et républicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les écrivains surréalistes et artistes décadents, les savants et affairistes. Temps du roman où l’on croise le long des côtes de la Méditerranée, puis de la haute mer, jusqu’en Martinique, André Breton et Claude Lévi-Strauss dialoguant, Anna Seghers, son manuscrit et ses enfants, Victor Serge, son fils et ses révolutions, Wifredo Lam, sa peinture, et tant d’inconnus, tant de trajectoires croisées, jetés là par les aléas de l’agonie et du hasard, de l’ombre à la lumière. Ce qu’Adrien Bosc ressuscite c’est un temps d’hier qui ressemble aussi à notre aujourd’hui. Un souvenir tel qu’ il brille à l’instant d’un péril.

Adrien Bosc est né en 1986 à Avignon. En 2014, il reçoit pour son premier roman, Constellation, le Grand Prix du roman de l’Académie française, ainsi que le Prix de la Vocation. Fondateur des éditions du sous-sol, il est par ailleurs éditeur au Seuil.

Parution : 22/08/2018 / Collection : La Bleue / 400 pages  / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234078192 / Prix : 22.00 €

Le malheur du bas. Inès Bayard

« Le malheur du bas »  d’Inès Bayard est un roman coup de poing, un premier roman qui parle de violence faite aux femmes, un étonnant roman de solitude et de mort.

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Dès la première scène, j’ai l’impression d’avoir ouvert Chanson douce de Leila Slimani, tant le parallèle est édifiant.  Ici, le roman s’ouvre sur un repas de famille, une jeune maman, son fils, son mari…
Un repas de famille, une jeune femme qui empoisonne son fils, son mari, puis se suicide.
Pourquoi tant de violence, comment une jeune mère peut-elle décider de tuer son petit, son bébé, la chair de sa chair ?

Flashback dans la vie de Marie. Cette jeune et jolie femme est bien mariée à un époux qu’elle aime et qui le lui rend bien. Lui est un avocat qui commence à être reconnu, leur vie est relativement aisée, un appartement confortable, une famille aimante, un métier à la banque qui sans la satisfaire démesurément, lui convient parfaitement pour avoir une vie confortable. Leur prochain projet. Avoir un enfant, pour parfaire ce bonheur quotidien.

Jusqu’au jour où son vélo est détérioré et elle doit rentrer à pieds ou se faire raccompagner par quelqu’un, qu’elle connait, en qui elle a confiance… puis la sidération, l’incompréhension, la scène de viol, dévastatrice, violente, dérangeante, puis le retour… se laver, se débarrasser de l’infamie, enfin la douleur, le silence, obstiné, confus, honteux… la vie qui devrait reprendre mais qui subitement s’est interrompue un soir d’automne.

Avouer le viol, c’est accepter le regard de l’autre, son mépris, ses interrogations, imaginer qu’elle est même fautive peut-être ? Ce sera donc le silence, la haine qui peut à peu va s’insinuer en elle, le changement qui s’opère dans la vie, dans le cœur, dans la tête de Marie. Revenir au bureau, blaguer avec les amis, être légère, amoureuse, heureuse dans son couple, quand tout au fond d’elle la haine et les ressentiments prennent toute la place. Alors Marie va faire comme si, avancer mais ne pas oublier, garder la douleur au fond d’elle.

Pourtant, l’enfant attendu par le couple va arriver… mais l’angoisse et les interrogations de Marie sont plus forts que tout, plus forts que l’amour d’une mère, plus forts que ces bras, ce sourire, cette peau de bébé qu’elle rejette autant qu’elle le peut. Pour elle cet enfant est l’enfant du viol, l’enfant du monstre,  il ne peut en être autrement. Lui viennent alors des envies d’abandon, de meurtre… Peu à peu, la haine s’installe, violente, exclusive, dévorant jusqu’à ses pensées, sa vie, son intimité. Jamais la jeune femme ne pourra aimer cet enfant, jamais elle ne pourra lui pardonner, sombrant peu à peu dans une folie cruelle et quasi inhumaine, dévastatrice.

Il y a dans ce roman une analyse étonnante et bouleversante des réactions d’une femme violée, de la façon dont la situation se retourne contre elle, coupable d’avoir été violée au moins à ses propres yeux, blessée, meurtrie, mais niée au fond d’elle, et sombrant dans la folie de l’incompréhension en s’enfermant dans sa solitude intérieure et son désespoir. Pourtant il y a aussi des scènes et situations par trop invraisemblables pour faire accepter l’ensemble de l’intrigue, l’ami intime, gynécologue, le mari rêveur qui ne comprend décidément rien, la mère qui découvre sa fille dans un état second et ne réagit pas… Alors bien sûr, il s’agit d’un premier roman, avec ses imperfections forcément, mais j’ai eu un peu de mal à être touchée, et surtout convaincue par cette brutalité des mots, de l’écriture, brusque, ardente, réaliste et terriblement violente. Il est difficile pourtant de lâcher ce roman, tant la descente aux enfers de cette jeune femme émeut, bouleverse, dérange. Étrange attirance d’ailleurs, car la violence du verbe et la fin dramatique sont connus des lecteurs dès les premières pages…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Édition brochée 18.50 € / 22 Août 2018 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226437792

La dérobée. Sophie de Baere

La dérobée de Sophie de Baere est un premier roman qui a beaucoup de charme et brule d’un amour fou, l’auteur sait nous embarquer dans ses mots et ses personnages, sans se dérober.

Domi_C_Lire_la_derobee_sophie_de_baereClaire habite à Nice, elle est mariée à François. Vingt ans, deux enfants et une petite fille plus tard, seule Léonie, leur petite fille semble capable d’égayer la vie du couple. Claire travaille dans l’épicerie d’une aire d’autoroute, son mari à la banque, leur vie est presque fade, banale, sans saveur mais sans éclats non plus.

Mais un jour, Claire croise son nouveau voisin, et celui-ci n’est autre qu’Antoine, le grand amour de sa jeunesse, Antoine toujours aussi beau, est devenu un photographe célèbre et talentueux. Ce jeune homme aux yeux dorés a su faire battre son cœur d’adolescente, cet amoureux perdu au seuil de l’âge adulte.  A cette époque, Claire vivait dans le nord, et Antoine passait les étés dans cette ville de province. Antoine est le seul amour de Claire, bien banalement remplacé par un gentil mari sans éclat, mais qui comble un vide.

Il faut dire que la vie de Claire a plutôt mal démarré, avec des parents qui ne se sont jamais remis de la perte accidentelle de leur fils Stéphane. Difficile alors pour celle qui reste de prendre sa vraie place sans faire de l’ombre à l’absent. Les grands moments de bonheur de Claire seront alors ceux qu’elle passe, été après été, avec le bel Antoine. Jusqu’au jour où celui-ci la délaisse, car des soupçons insupportables séparent les amoureux.

Cette rencontre, fortuite, va réveiller les souvenirs perdus d’une adolescence heureuse et pleine de promesses, d’un amour fou jamais vraiment oublié. D’une passion qui se révélera intacte. Mais Antoine comme Claire sont mariés et parents, comment imaginer alors briser leurs ménages, en ont-ils seulement et le droit, et l’envie ? Entre les deux couples va naitre une amitié à la fois sincère et troublante, car ni Paola, ni François, les conjoints, ne connaissent leur passé… Pourtant, entre eux la passion va naitre à nouveau, au risque de tout balayer.

Mais François, ce mari gentil et sans éclat, que devient-il alors ? Mais Paola, cette belle femme inutile et si malheureuse, tant dans son couple que dans sa maternité, que va-t-elle devenir elle aussi ? Mais leurs enfants, et ce beau-père, ah, ce beau-père !

Sophie de Beare réussit le tour de force de nous faire aimer des personnages pas forcément très aimables, de nous faire vibrer avec une intrigue à rebondissements, de nous faire hésiter, croire, comprendre, puis chercher, qui, quand, pourquoi, bref, à nous intéresser à son histoire comme nous le ferions à celles d’amis que l’on veut à la fois aider et comprendre. Et puis il y a le couple, l’amour fou ou celui qui dure longtemps, la vie, la mort, tant de sujets pour nous faire réfléchir à la vie justement.

Ce que j’ai aimé ? Ces personnages ambigus mais attachants pour la plupart, ou au contraire plutôt faciles à détester, quoi que… Et puis l’amour, plus fou, plus fort, que les années et la vie, que les chagrins et les solitudes, capable de tout dévaster sur son passage… Un premier roman qui se lit avec plaisir.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Anne Carrière

Alors que Claire mène une existence morne mais tranquille avec son mari, elle tombe sur Antoine, son grand amour de jeunesse. Jeune grand-mère d’une petite Léonie, Claire travaille comme responsable de caisse sur une aire de l’autoroute A8 et croit n’avoir plus grand-chose à partager avec Antoine, photographe reconnu et marié à une fille de diplomate.
Mais l’irruption inattendue d’Antoine qui va user de tous les stratagèmes pour rétablir une relation avec elle, oblige Claire à interroger son existence du moment et à fouiller les drames du passé… À travers les évènements dramatiques de sa vie, Claire saisit peu à peu qui elle est et ce qu’elle souhaite vraiment.
Habilement mené, ce roman aux airs de quête initiatique nous entraîne sur des chemins insoupçonnés. On se laisse d’abord prendre par le charme d’une écriture, puis très vite le lecteur est happé par l’histoire, le destin de l’héroïne et les nombreux rebondissements savamment dosés.

Après avoir étudié la philosophie, Sophie de Baere vit et enseigne à Nice. La Dérobée est son premier roman.

ISBN : 978-2-8433-7906-2 / Code barre : 9782843379062 / Nombre de pages : 250 / Parution : 13 avril 2018 / Prix : 18 €

Faune et flore du dedans, Blandine Fauré

Au cœur de la forêt protectrice et souveraine, une jeune femme se dévoile, se reconstruit, et observe cette « Faune et flore du dedans » dont parle aussi bien Blandine Fauré.

Domi_C_Lire_faune_et_flore_du_dedans_blandine_faure.jpgLouise est une jeune femme dont nous découvrons la vie à mesure qu’elle égrène ses souvenirs, et qu’elle évoque ses rencontres avec la nature qui l’obsède autant que la photographie.

Une mère étrange disparue trop tôt, qui après avoir abandonné Louise à sa grand-mère revient à la maison avec deux jumeaux, puis disparait, définitivement. Se remettre du deuil d’une mère, puis vivre une relation intense, forte, puissante avec un artiste, vivre alors un drame, puis partir, loin, dans la forêt, dans la nature dans ce qu’elle a de plus fort, de plus absolu, de plus sauvage, loin de la civilisation et de la destruction annoncée par l’homme, pour voir avec un œil neuf, celui de l’artiste photographe la puissance de la nature, des plantes, de la forêt amazonienne.

Joachim est le chef du département botanique du Muséum d’Histoire naturelle. Louise va le rencontrer sur son lieu de travail, à l’université où il enseigne, où il fait autorité dans sa matière, pour lui exposer son projet. Elle veut photographier la nature, la végétation, au plus près, au plus dense, tout découvrir et apporter son regard neuf.

Quelques mois après ce sera l’Amazonie. Louise participe à cette expédition extraordinaire qui nous entraine, nous simples citadins, jusqu’à la canopée, jusqu’aux insectes, aux plantes, aux découvertes minuscules mais si importantes que font ces masses de savants qui passent une partie de leur vie à ausculter le vivant encore intact. Entre Louise et Joachim, ce sera une fusion des cœurs, des corps, puis l’oubli…

Mais rien n’est aussi simple, et tout comme les grands mystères de la nature, qui est belle et s’adapte, ou se transforme sans qu’aucun scientifique ne soit en mesure parfois de comprendre pourquoi, la vie de Louise va également changer pour toujours…

J’ai aimé ce premier roman qui nous transporte en permanence dans un univers paisible et foisonnant, dans cette nature qui transcende la vie de ceux qu’elle bouleverse par sa beauté et sa fragilité, sa force et a puissance aussi. J’ai aimé suivre le cheminement des pensées de Louise qui se remémore les moments clés de sa vie, elle alterne la réalité du présent avec les souvenirs, ceux de la famille, les deuils, la vie, l’amour, qui passent et font que malgré tout on avance et que l’on devient autre, plus fort sans doute de sortir vivant de ses blessures les plus profondes.

Il y a surtout une beauté subtile dans ces pages qui nous plongent au cœur de cette nature foisonnante et puissante, rédemptrice et cicatrisante, intemporelle, éternelle et pourtant fragile. Une nature bien plus éphémère qu’il n’y parait, surtout si l’homme n’y prend pas garde.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Arléa

La forêt me dévore, me happe, désagrège toutes mes défenses. Elle m’assomme par sa densité, les milliers d’arbres alignés devant moi s’empressent de me voler quelque chose que je ne veux pas leur donner.

Que fait Louise, artiste plasticienne, un peu photographe, un peu dessinatrice, dans cette équipe de scientifiques dont la mission est d’explorer le parc El Manu, jungle amazonienne péruvienne et d’y collecter des espèces inconnues, menacées quelquefois, dans des conditions extrêmes. Pourquoi les a-t-elle rejoints et que vient-elle chercher ? Il y a bien sûr un travail artistique sur le végétal qu’elle veut mener à bien, mais très vite d’autres raisons, plus obscures, se dessinent. Il y a Joachim, le chef de l’expédition, avec lequel se noue une relation intense, secrète et toute en retenue. Il y a le passé, douloureux, émaillé de deuils, d’absence et d’abandons. Il y a aussi la quête, trouver enfin une forme d’apaisement, de réconciliation avec soi-même, avec la vie tout court. Lire la suite …

La forêt, la selva, se déploie tout au long du livre. Elle est inquiétante, protectrice, matricielle, elle engloutit autant qu’elle rejette, elle met à nu et peut tuer aussi. Elle envoûte ceux qui la pénètrent et tentent de se mesurer à elle. Louise marche, respire, se fond dans cet océan vert et nous marchons avec elle, nous respirons, nous cheminons derrière elle. Comme elle, nous observons le lent et puissant assaut des plantes vers la lumière, le combat pour la survie, la tentation de la disparition.

Blandine Fauré, avec ce premier roman d’une exceptionnelle maîtrise, nous embarque dans une aventure intérieure, long chemin vers la rédemption, et dans une aventure unique, digne des grands récits initiatiques, où se mêle la découverte toujours juste d’un biotope inconnu, menacé, et clos sur lui-même.

Collection : 1er Mille / août 2018 / 212 pages / 20 € / Dimensions : 13 x 19 cm / ISBN : 782363081698

Elsa, mon amour. Simonetta Greggio

Dans « Elsa, mon amour » Simonetta Greggio raconte Elsa Morante, et peu à peu c’est Elsa qui nous parle… un beau roman de cette rentrée littéraire, publié chez Flammarion.

Domi_C_lire_elsa_mon_amour_simonetta_greggio_flammarion.jpgSimonetta Greggio nous fait vivre les moments forts de la vie d’Elsa jusqu’à sa mort en 1985. Et c’est toute la magie de son roman qui nous révèle au creux de l’oreille  l’enfance, les souvenirs, la vie d’Elsa Morante, comme si nous étions à côté d’elle. Cette vie qui aura toujours comme fil rouge l’écriture, oxygène indispensable à sa survie.

Elsa la brune à la chevelure indomptée est née pauvre en 1912 à Rome, cette ville où elle habitera jusqu’à sa mort. Adoptée comme ses frères par son beau-père, elle devient alors Morante. Toute petite déjà, elle écrit des nouvelles que sa mère va vendre dans les rédactions.

Nous la suivons dans cet entre deux guerres, de son enfance pas toujours facile à sa vie de femme. Vers 1930, elle abandonne ses études du fait de sa grande pauvreté, vivotant en écrivant et en donnant des cours. Puis elle épouse Alberto Moravia en 1941. Elsa aura vécu cinquante ans mariée à Moravia, pendant 23 ans ils vivent ensemble puis pendant 27 ans séparés mais toujours mariés. Moravia jaloux ? Sans doute pas, mais résigné. Moravia qui a toujours su qu’il était un écrivain mais que sa femme avait beaucoup plus de talent et de génie que lui.

Tout au long des pages, Elsa égrène ses souvenirs, elle nous fait vivre ses instants passés avec les plus grands noms du milieu artistique italien des années 50 qui ont croisé sa route, de Visconti à Pasolini ou Fellini pour ne citer qu’eux. Mais aussi les années de guerre, puis celles du succès, de la séparation du couple, des amours tragiques et du suicide de ceux qu’elle aime…

Je découvre cette auteur qui a déjà écrit, toujours en français, de nombreux romans sans concession où elle évoque le plus souvent l’histoire politique de la corruption en Italie. Simonetta a été journaliste avant d’être écrivain et cela se sent. Comme dans ce roman, où la documentation semble bien évidement importante et réelle, mais tout l’art et le talent de l’écrivain est de faire en sorte que cela n’apparaisse à aucun moment, si ce n’est dans quelques entrées de chapitres en italique qui permettent au lecteur de prendre ses marques dans la réalité. En dehors de ça, il est plongé dans la tête et dans la vie d’Elsa. On sent toute l’ardeur, la rage de vivre, d’écrire, d’aimer de cette femme singulière, et son sens du tragique à l’italienne transparait également dans ces mémoires. J’ai vraiment aimé me laisser porter par cette écriture pour tenter de comprendre cette vie, ces rêves, ces chagrins et ces bonheurs…

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Catalogue éditeur : Flammarion

Qui était cette enfant qui dormait avec les chats errants ? En 1957, avec L’Île d’Arturo, Elsa Morante est la première femme récompensée par le prix Strega. Avec La Storia, publié en 1974, elle figure dans la liste des 100 meilleurs livres de tous les temps. Ce roman, intime et sensuel, redonne sa voix à Elsa Morante. Ce roman est l’histoire de sa vie.

En librairie le 22 août 2018

Née en 1912, Elsa Morante a vécu à Rome. Elle publie son premier recueil de nouvelles, Il Gioco segreto en 1941. Il contenait un certain nombre de nouvelles qui font partie du Châle andalou. Son roman, Mensonge et sortilège, a remporté le prix Viareggio en 1948 et l’a révélée au grand public. Le prix Strega lui a été décerné pour L’Île d’Arturo en 1957. Elle est décédée le 25 novembre 1985. (Source Gallimard)

Un fils obéissant, Laurent Seksik

Dans son dernier roman « Un fils obéissant » Laurent Seksik évoque  le personnage d’un père, mais cette fois de façon plus intime puisqu’il s’agit de son père, et de cette relation universelle entre un père et un fils aimants.

domi_C_Lire_un_fils_obeissant_laurent_seksik_flammarionTel que l’exige la religion juive, alors que son père est décédé depuis un an, Laurent Seksik se rend sur sa tombe à Jérusalem pour honorer sa mémoire. Un an à réciter le kaddish chaque jour, puis se rassembler pour honorer le défunt et dire quelques mots à son attention, entouré de tous ceux qui pensent à lui, pour enfin le laisser partir…

Alors qu’il est en chemin, il échange avec sa voisine d’avion, installée sur le siège à côté de lui. Banale et courtoise tout d’abord, cette conversation, pas forcément voulue au départ, va rapidement devenir l’occasion pour l’auteur de se remémorer les instants de joie, de bonheur, les étapes d’une vie au contact de ce père à la présence magnétique.

Si le rêve de ce père n’est pas tu seras un homme mon fils, mais bien tu seras écrivain, ce père qui l’a encouragé dès ses premières rédactions d’enfant, il lui faudra bien assouvir aussi le rêve d’une mère, tu seras médecin mon fils… Aujourd’hui, après avoir exercé comme médecin pendant des années, après avoir écrit en parallèle plus d’une dizaine d’ouvrages, l’auteur a réalisé ces deux rêves.

Après avoir découvert et apprécié Romain Gary s’en va-t-en guerre, j’avais très envie de lire le dernier roman de cet auteur de talent au parcours atypique. Bien m’en a pris… Ce roman est un long discours intérieur, même s’il s’agit d’un échange, d’un long cheminement vers l’enfance, la relation entre le père modèle et le fils parfait, vers l’histoire de ses ancêtres, en particulier d’un certain Victor, figure emblématique de la cellule familiale, c’est également une projection vers l’avenir, où la présence du père est à la fois protectrice et émulatrice, bienveillante et critique.

Cette longue conversation à huis-clos est aussi l’opportunité de se remémorer les étapes de la maladie, la souffrance que cela entraine, le courage face à une fin inéluctable. D’évoquer le rôle difficile du médecin confronté à un père malade, le dernier patient que l’on doit avoir envie de consulter sans doute, à qui il est difficile de dire la vérité – car est-on justement capable de l’appréhender soi-même cette vérité ? – malgré la confiance aveugle qu’il vous fait… Le moment d’affronter la mort d’un proche, la souffrance que cela engendre, qui vous fait grandir d’une certaine façon, même si pas un seul d’entre nous n’a envie de vivre cette situation. Sans parler de comprendre et d’accepter le chagrin, la tristesse de ceux qui restent…

Il y a beaucoup d’émotion à la lecture de ce fils obéissant. C’est à la fois intime, personnel et universel, cette relation au père, aux parents même, ce besoin de plaire, de satisfaire, de réaliser les rêves et les espoirs qui sont mis en chacun de nous par ceux qui nous ont conçus.

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Du même auteur, j’avais également beaucoup aimé le roman Romain Gary s’en va-t’en guerre.


Catalogue éditeur : Flammarion

Un homme se rend sur la tombe de son père un an après sa disparition pour y tenir un discours devant une assemblée de proches…
Le neuvième roman de Laurent Seksik, le premier où il ose le je, embrasse une vie d’amour filial. Ce voyage entre présent et passé entremêle l’épopée prodigieuse d’un grand-oncle… Lire la suite

Paru le 22/08/2018 / 256 pages / 140 x 211 mm Broché / EAN : 9782081413030

Dix-sept ans. Eric Fottorino

A la recherche de l’enfance et de la mère, Eric Fottorino nous offre avec « Dix-sept ans » un roman aussi émouvant qu’intime.

Domi_C_Lire_dix_sept_ans_eric_fottorino_gallimard.jpgD’Eric Fottorino je n’avais encore rien lu, si ce n’est bien sûr l’excellent journal Le 1. En cette rentrée littéraire, le thème de la famille et celui de la relation fils père ou mère m’a attirée.  Après la lecture du roman de Laurent Seksik, Un fils obéissant, puis de l’excellent Oublier mon père de Manu Causse, me voilà face à cette historie qui lie un fils à sa mère.

Un fils et une mère absente, puisque c’est sa grand-mère que le jeune Éric a longtemps appelée maman. Puisque dans ces années 60, le poids du quand dira-t-on  et de la religion ont guidé cette grand-mère autoritaire et toute puissante qui fait plier sa fille d’à peine dix-sept ans. Enceinte hors mariage, engrossée par Moshé, un étudiant juif vite reparti à Fès, cette fille mère ne sera pas rejetée par les siens, mais c’est tout comme. Elle devra s’effacer pour que l’opprobre ne tombe pas sur la famille, et son fils, né en catimini à Nice, est élevé par une grand-mère hostile qui fera tout pour annihiler en lui jusqu’à la judéité du père absent.  Lina devient la sœur de son fils… Puis Lina épouse le gentil Michel, qui arrive de Tunisie. De cette union naitront deux fils légitimes et Eric sera adopté par ce mari aimant mais suicidaire.

Lorsque s’ouvre ce roman, Lina avoue à ses fils la douleur qui la tourmente depuis tant d’années. Eric décide alors de partir à la recherche de sa propre enfance, de sa naissance, de chercher les traces de la mère qu’enfant il n’a pas eue, de cette Lina qu’il n’a jamais vraiment connue, jeune fille de dix-sept ans, jeune femme, jeune mère.

Le roman est ce long échange entre un fils parti sur les traces de sa mère, échange avec les souvenirs, les impressions, les attentes de ce bonheur perdu qui ne viendra jamais plus, avec cette mère qu’il aurait voulu connaître. Avec ces pères absents aussi, morts tous les deux, mais arrivés bien tard dans sa vie. Attente sans doute d’une meilleure compréhension des silences, des absences, des douleurs incomprises dans l’enfance, mais qui révèlent aujourd’hui toute leur réalité et leur poignante  vérité.

Difficile de comprendre et d’accepter la distance que ce fils éprouve pour sa mère, mais elle est si évidente  pourtant. Le chemin vers l’amour et la compréhension est long et douloureux, mais l’issue en est heureuse. J’ai aimé cette quête d’une enfance, d’une trace du bonheur, d’une mère absente à réinventer, l’aveu de ce manque, de cette vie gâchée, est certainement un bel exemple pour ceux qui n’osent pas dire… Il y a beaucoup d’émotion tout au long de ces pages, de beaux sentiments aussi, même si l’amour n’arrive pas toujours à s’exprimer envers cette mère méconnue et quasi rejetée. Il y a aussi cette écriture, à la fois léchée et sobre, avec une pointe d’humour pour évoquer la vie, les sentiments. Une forme d’humilité et de douceur aussi dans cette recherche désespérée au plus profond, au plus secret de cette intimité dévoilée. Enfin, une façon de se regarder en face en toute objectivité, sans parti pris, y compris pour exprimer la douleur, les instants de faiblesse ou même de rejet quasi physique de cette mère si longtemps incomprise.

Tu ne m’aimais jamais assez puisque je t’aimais toujours trop. Je ne te voyais pas comme tu étais. Il suffisait pourtant d’ouvrir les yeux.

Les yeux se sont ouverts, et avec eux le chemin du cœur…. Et l’auteur nous emporte avec lui auprès de Lina, cette jeune fille de soixante-quinze ans qui ne demande qu’à aimer et être aimée en retour.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Collection Blanche, Gallimard

 «Lina n’était jamais vraiment là. Tout se passait dans son regard. J’en connaissais les nuances, les reflets, les défaites. Une ombre passait dans ses yeux, une ombre dure qui fanait son visage. Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d’humeur, ces sautes d’amour.»

Un dimanche de décembre, une femme livre à ses trois fils le secret qui l’étouffe. En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l’adolescence se révèle dans toute son humanité et son obstination à vivre libre, bien qu’à jamais blessée.
Une trentaine d’années après Rochelle, Éric Fottorino apporte la pièce manquante de sa quête identitaire. À travers le portrait solaire et douloureux d’une mère inconnue, l’auteur de Korsakov et de L’homme qui m’aimait tout bas donne ici le plus personnel de ses romans.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782070141128 / Prix : 20,50 € / Parution : 16-08-2018

K.O. Hector Mathis

K.O. ou chaos ? Et si c’était la question que pose finalement ce premier roman d’Hector Mathis…

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Par un soir étrange, dans la cabane du garde-chasse en bordure d’un château tout au fond de la forêt, au son d’un saxo joué ou imaginé par le vieux Archibald, qui tousse et écoute, écoute et tousse, le lecteur emboite le pas de Sitam. Le narrateur est un jeune homme amateur de jazz, poète à ses heures – un double romancé de l’auteur peut-être ? – tout comme Sitam pourrait être un double imparfait et inversé de Mathis ?

Avant cette cabane, avant cette rencontre, il y a eu Paris, un logement prêté, une vie de bohème. Sitam et sa môme Capu,  fauchés comme les blés, s’aiment en musique en savourant chaque seconde. Puis survient le chaos, les coups de feu, les attentats, les bombes et la ville qui bientôt  pourrait se refermer sur eux. Ils partent, vite, loin, vers Grisaille, l’ancienne ville de Sitam…

Cette fuite sonne le début de leur longue marche à travers la campagne vers la zone, la banlieue, puis l’autre ville. Rejoints par Benji, amoureux fou d’une aubergiste folle, la vie passe loin du vacarme. Jusqu’au jour où… Là ce sera non pas seulement la banlieue, mais Amsterdam, une autre ville, une autre langue, un autre pays.

Au même moment, Sitam ressent d’étranges douleurs. Examens, hôpital, personnel soignant débordé, la maladie est là, sournoise, qui va le détruire peu à peu. Une fois de plus, il quitte tout.

Dans le rythme et le style du personnage principal, il y a un soupçon de la course effrénée du voyageur au bout de la nuit… Dans cette fuite, dans la maladie, la folie, la pauvreté, mais aussi la solidarité des va-nu-pieds, l’amitié, la poésie parfois. C’est écrit dans un style étonnant, mais qui m’a rapidement lassée, surtout dans la relation avec Archibald. Car cette écriture m’a comment dire, fatiguée. Il m’a manqué quelque chose, un je ne sais qui qui m’aurait rendu attachants ces différents personnages. Là je les ai à peine survolés, sans pouvoir réellement ni les entendre, ni les comprendre, ni les aimer ou les haïr d’ailleurs.

Dans ce texte il y a la musicalité des mots, l’écriture et la poésie, c’est rythmé et ça balance parfois comme la vie, bercé par l’éphémère et le provisoire. Même s’il m’a manqué un je ne sais quoi, peut-être parce que ce rythme m’a rappelé d’autres auteurs et surtout m’a embarquée dans trop de situations, un bon souvenir de lecture.

Roman lu également dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…

Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…

Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Date de parution : 16/08/2018 / Format : 11,5 x 19,0 cm / 208 p. / 15,00 € / ISBN 978-2-283-03148-3

Vivre ensemble. Émilie Frèche

Vivre ensemble, dans le roman d’Émilie Frèche est un postulat universel qui se décline sur différents plans, de la cellule familiale recomposée au pays qui tente tant bien que mal d’assimiler les migrants qui frappent à sa porte.

Domi_C_Lire_vivre_sensemble_emilie_freche_stockNovembre, Déborah et Pierre sont en terrasse d’un café parisien. Impuissants, ils assistent aux attentats sanglants qui meurtrissent et sidèrent la France. Sortir vivant de l’horreur, cela vous  change profondément… Pierre et Déborah ont chacun un fils, en garde alternée, fils qui ne se connaissent pas encore. Mais l’urgence de vivre, de s’aimer, de se blottir l’un contre l’autre, de former une famille, même recomposée,  est la plus forte.
Aussi peu de temps après, ces rescapés lucides quant à la fragilité de la vie et conscients d’être des miraculés décident de vivre ensemble. La vie est courte, ne faisons pas attendre un bonheur possible. Rapidement, Salomon, le fils de Pierre manipulé par celle que son père nomme MdS (mère de Salomon, c’est dire !) va se rebeller contre cette famille qu’il rejette de toutes ses forces d’adolescent sensible et différent, violent et solitaire.

En parallèle à son métier, Pierre part chaque semaine dans la jungle à Calais. Là, il assiste bénévolement les migrants dans leurs démarches pour obtenir des papiers et un accueil digne. Pourtant, là encore rien n’est simple. Ces hommes et ces femmes qui ont traversé frontières, mers et montagnes, pays en guerre, recomposent à Calais les haines et les combats fratricides qui leur ont fait quitter leur pays…

Dans le Vivre ensemble d’Émilie Frèche il y a donc une famille recomposée, celle que l’on tente justement de composer, il y a la difficulté à comprendre et à vivre avec un enfant difficile, différent, l’acceptation de la religion de l’autre, de ses habitudes, de son passé. Il y a aussi l’ombre des attentats terroristes qui ont touché le pays en novembre puis en juillet et la capacité de résilience des rescapés. Enfin, il y a une présence absolument prégnante, celle de la jungle de Calais et toute la difficulté à vivre ensemble, que ce soit à Calais où dans les pays d‘accueil.

Voilà un roman qui parle sans se cacher de l’utopie que représente le Vivre ensemble, qui ose enfin avouer qu’il est parfois difficile voire impossible de comprendre et d’accepter l’autre, celui qui est différent, qui vous interpelle mais vers qui on a tant de mal à aller pour tenter de le connaitre. Qu’il s’agisse de la famille, des relations avec les enfants ou entre hommes et femmes, ou même de migrants, l’inconnu, le repli sur soi comme le communautarisme sont souvent des freins trop importants à l’acceptation de l’autre, qui vient vers nous mais ne nous ressemble pas. Une fois de plus Émilie Frèche a les mots pour nous faire réfléchir – et même s’il me manque peut-être un point de vue, celui des enfants, et si la situation est quelque peu « parisienne » – son talent nous emporte dans une intrigue à plusieurs niveaux qui ne nous lâche pas jusqu’à la toute dernière page, que dis-je, la dernière ligne.

💙💙💙💙

Pour aller plus loin on peut lire également les avis de Nicole du blog motspourmots, du blog matoutepetiteculture, ou de Bibhorslesmurs.

Du même auteur, j’avais beaucoup aimé également le roman Un homme dangereux.

Émilie Frèche aux Correspondances de Manosque 2018

 


Catalogue éditeur : Stock

 « La première fois qu’ils se sont vus tous les quatre, le fils de Pierre n’a pas supporté un mot du fils de Déborah, ou peut-être était-ce juste un rire, et, pris d’une rage folle, il s’est mis à hurler qu’il les détestait, que de toute façon elle ne serait jamais à son goût et Léo jamais son frère, puis il a attrapé un couteau de boucher aimanté à la crédence derrière lui et, le brandissant à leur visage, il a menacé de les tuer – cela faisait une heure à peine qu’il les connaissait. »
Tout le monde ne parle que du vivre-ensemble mais, au fond, qui sait vraiment de quoi il retourne, sinon les familles recomposées ? Vivre ensemble, c’est se disputer un territoire.

Émilie Frèche est romancière. Elle est l’auteur, entre autres, de Deux étrangers (Prix Orange du livre en 2013 et prix des lycéens d’Île-de-France 2013).

288 pages / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234081734 / Prix : 18.50 €