Mon temps libre. Samy Langeraert

Dans les villes de grande solitude…. Avec Mon temps libre, Samy Langeraert nous invite à Berlin à la suite d’une rupture amoureuse

Désormais seul, le narrateur part une année à Berlin, persuadé que cette ville qu’il connait déjà accueillera sa solitude avec plus de bienveillance qu’aucune autre. Là, le temps s’étire doucement, entre deux mondes, entre deux saisons… Rien ne se passe ou presque, la présence de M est toujours prégnante, puis de plus en plus évanescente. Il est temps de rentrer à Paris.. pour se retrouver, pour savoir qui l’on est, pour revivre ?

Le narrateur se laisse porter au gré de ses absences, de ses chagrins, de ses souvenirs, sans avoir réellement envie de vivre autre chose. Et sous ses yeux, dans ses rêveries de solitaire, on découvre Berlin autrement, pas le Berlin vivant, créatif, artistique, mais bien l’autre ville, celle que l’on ne voit pas, que l’on devine à peine.

Mon temps libre de Samy Langeraert est un roman sur la disparition des sentiments, sur l’impression de vide, l’absence, qui font qu’il suffit de presque rien pour basculer dans le vide sidéral d’une vie sans but… S’effacer, enter en marginalité, est à la portée de chacun de nous finalement, si l’on ne se ressaisit pas, si l’on se laisser porter par le chagrin, l’absence, l’incompréhension.

Ce court roman est également une réflexion intime sur la solitude, ce qu’elle apporte, et surtout à quel point il est facile de s’isoler des autres, du monde, et de basculer dans l’oubli, pour soi et pour les autres…Comment du jour au lendemain on peut ne plus être personne.

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Catalogue éditeur : Verdier

Mon temps n’a rien à voir avec ce temps qui passe à l’extérieur. C’est un temps ralenti, engourdi, un temps un peu malade que j’émiette et qui tombe comme une neige lente, poudreuse.

À l’issue d’une rupture amoureuse, le narrateur de Mon temps libre quitte Paris pour s’installer à Berlin, une ville qu’il connaît déjà pour y avoir passé un hiver fantomatique. Ainsi s’ouvrent les quatre saisons d’une vacance, d’un temps libéré des contraintes mondaines et qui aiguise la perception du monde.

Le jeune homme fait l’expérience d’une étrangeté et d’une solitude radicales, qui est aussi celle d’un entre-deux-langues.

Berlin nous apparaît ainsi sous un jour inédit. Loin des clichés contemporains d’une ville créative et frénétique – qui surgissent parfois en négatif et comme toujours vus à distance –, cette odyssée en mineur nous confronte à sa météorologie, sa flore et sa faune, à ses lieux périphériques, à ses rebuts et ses personnages secondaires.

Roman / 96 p./ 12,50 € / ISBN : 978-2-37856-007-2 / Parution : janvier 2019

L’Amérique derrière moi, Erwan Desplanques

L’Amérique derrière moi, un beau roman lucide et tendre de cette rentrée d’hiver

Lui, c’est le père, fou de l’Amérique, toute sa vie il aura rêvé de s’y installer, toute sa vie il en parle, il s’en habille, s’en délecte, la savoure peut-être même plus que s’il avait réellement réussi à y vivre… Il a vécu avec son épouse, dans une relation de couple comme souvent tendue, puis plutôt sereine, avec des hauts et des bas…Jusqu’au jour où la maladie fait son apparition, cruelle, définitive.

Elle c’est la mère, celle qui quitte son mari, celle qui le reprend, celle qui l’accompagne, le soutien, le pleure…

Lui c’est le fils, narrateur, auteur, journaliste, celui qui pleure ce père qu’il a peut-être mal connu, celui qui devient père à son tour, et qui doit poursuivre seul cette route que les parents nous tracent comme ils peuvent, avec leurs rêves et leurs espoirs, leurs illusions et leurs défaites, leurs ambitions et leurs craintes.

Ce que j’ai aimé ? Cette double attente qui est la trame de fond du roman. D’abord celle des derniers jours d’un père qui a compris que rien ne pourra pas le sauver, qui peu à peu s’approprie sa mort prochaine avec une grande lucidité.

Ensuite celle de l’enfant qui bientôt va paraitre, mais attente qui n’aura pas toute la latitude nécessaire pour prendre toute sa saveur, sa signification, laisser éclater sa joie, tant la mort du père est prégnante dans la vie du narrateur… alors il laisse sa femme dans sa bulle de future mère. Elle porte cet enfant qu’elle sent déjà vivre, seule, loin de ceux qui doivent affronter la fin, la mort, la séparation définitive d’avec ces êtres que l’on aime tant mais que l’on doit quitter, inexorablement.

Ce roman en partie autobiographique interroge ses lecteurs. Surtout lorsque l’on a vécu une expérience similaire, celle de la perte d’un de ses parents, ce dernier rempart protecteur avant d’accepter le fait qu’un jour cela soit logiquement son tour… L’écriture est fine, sensible, les mots expriment une grande pudeur, même lorsqu’ils extériorisent les sentiments les plus intimes. Comme si l’auteur, malgré son implication, réussissait à mettre de la distance pour laisser s’exprimer l’écrivain qui est en lui.

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Catalogue éditeur : L’Olivier

« Parvenu à l’extrémité du Massachusetts, Thoreau avait écrit : Un homme doit s’asseoir ici et poser toute l’Amérique derrière lui.»

Le narrateur est désormais cet homme, conscient que l’attend en France une décision essentielle qui tiendra du courage et de l’abandon. Après avoir résisté aux excès passionnels de ses parents, arrêté la musique, quitté un journal, enterré son père comme un héros de l’armée américaine, peu avant la naissance de son propre fils, il décide de se réinventer loin de Paris.

L’Amérique derrière moi raconte cette période étrange pendant laquelle l’attente d’un «heureux événement» et l’imminence d’un grand malheur finissent par se confondre. Cette comédie qui mêle douceur, lucidité et humour, est surtout l’occasion pour son auteur de revenir sur l’histoire familiale et le vent de folie que le père faisait souffler dans la maison.

Né en 1980, Erwan Desplanques est écrivain et journaliste indépendant. Diplômé de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, il a travaillé quinze ans à la rédaction de l’hebdomadaire Télérama. En 2013, il a publié son premier roman, Si j’y suis, suivi en 2016 par un recueil de nouvelles, Une Chance unique, sélectionné pour le prix Goncourt de la nouvelle et en cours d’adaptation au cinéma. L‘Amérique derrière moi est son troisième livre. Il vit et travaille aujourd’hui dans le Sud-Ouest de la France.

Parution : 03 janvier 2019 / 140 × 205 mm / 176 pages / EAN : 9782823614244 / 16,00 €

Le procès du cochon. Oscar Coop-Phane

Avec « Le procès du cochon » Oscar Coop-Phane revient des siècles en arrière pour dire la peur, et en fait une satyre actuelle de nos sociétés.

Lui, c’est le monstre, il erre dans la campagne, sans abri et sans nourriture, jusqu’au jour où il passe devant une maison, là, un couffin est posé dans l’herbe avec un bébé joufflu à l’intérieur. Alors l’envie est trop forte de croquer les joues, la chair tendre de l’épaule, et de s’enfuir. Mais l’enfant décède, tout le monde bat la campagne à la recherche du coupable.. il est vite rattrapé, confondu, arrêté, emprisonné. Malgré son mutisme, le procès va avoir lieu…

Coupable, pas coupable, qui va le défendre, qui va l’accuser, qui est ce porc qui a osé, il faudra que le châtiment soit exemplaire, le bourreau va avoir du travail…

Voilà un étonnant roman écrit en quatre parties pour dire le crime, le procès, l’attente et le supplice, pour présenter tour à tour les différents personnages et les situations. Roman dans lequel le protagoniste principal, ce monstre assassin, n’est jamais clairement identifié, à chacun de trouver son coupable. Pourtant à l’époque à laquelle est supposée se dérouler cette intrigue, même les animaux ont été jugé, et condamnés de façon exemplaire, pour donner l’exemple, pour soulager les victimes, pour amuser la population sans doute.

C’est assez habilement écrit pour que l’on puisse se demander qui est le coupable et l’identifier à sa guise, enfin, si l’on ne lit pas la 4e de couverture. Étonnante caricature de la peine de mort, de son absurdité, de sa soi-disant exemplarité, des leçons que l’on veut donner aux foules abâtardies et à celle sur qui l’on règne. Simulacre de procès, de défense, de façon de recueillir des aveux, tout le ridicule, toute la complexité des affaires est aussi raillée dans ce texte lourd de sous-entendus.

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Catalogue éditeur : Grasset

Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots  ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.
Dans un texte court et puissant, Oscar Coop-Phane nous raconte le procès d’un cochon, à l’image de ceux qu’on intentait aux animaux jusqu’à la fin du XVIII ème siècle, une pratique aussi étrange que méconnue de nos jours. Lire la suite…

D’une langue tranchante et pénétrante, Oscar Coop-Phane nous ramène des siècles en arrière pour fouiller les sentiments humains, la peur, la colère, la cruauté et la soif de vengeance, mais aussi l’empathie ou la peine. Un texte allégorique où chacun reconnaitra dans l’animal, le porc qu’il voudra.

Parution : 09/01/2019 / Pages : 128 / Format : 120 x 185 mm / Prix : 12.00 € / EAN : 9782246812371