Salon du livre de Paris, Lundi 23 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com, dernier jour

10h, j’arrive sur le salon. Je réalise que c’est un véritable marathon pour les auteurs. Avant le salon du livre, s’ils ne sont pas déjà en promotion de leurs romans, ils sont au calme dans leur bulle créatrice. Pendant le salon du livre, ils doivent sortir de cette bulle pour dédicacer, parler, sourire, échanger, poser pour les innombrables photos qui seront prises en quelques heures, être prêt à lire tous les tweets, tous les posts échangés qui porteront leur nom. C’est la rançon de la gloire. Je trouve toujours un peu étrange et déstabilisant de passer à côté d’auteurs esseulés, une pile de livres posée devant eux, qui me parlent fort gentiment et avec passion de leur roman, alors qu’à quelques mètres, une file gigantesque se constitue, avec des fans imperturbables, prêts à toutes les attentes, à tous les efforts pour obtenir La dédicace, Le dessin, de leur auteur favori.

Je pense à tous ces auteurs pour lesquels les files d’attentes se comptaient en heures : Marc Levy, Tatiana de Rosnay, Gilles Legardinier, Marc Lavoine, Michel Bussi, Jean D’Ormesson, Amélie Nothomb et ses chapeaux, Ken Follet, pour les principaux, sans compter les auteurs et surtout dessinateurs de BD, là il faut s’armer de courage pour y aller, c’est très long.

Le salon ce sont aussi tous les élus qui se doivent de passer par là, plus ou moins intéressés, au pas de course pour certains, un mot par ci par là pour d’autres. Entourés d’une foule toujours, étonnée, intéressée, flattée.

15h30, pour clore les rencontres sur le stand de lecteurs.com, Claire Fercak parle de son roman Histoires naturelles de l’oubli  aux éditions Verticales.

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Dans ce roman nous allons découvrir deux personnages étranges, un soigneur dans une ménagerie, que l’on retrouve sans connaissance, il a perdu ses souvenirs et est à la recherche de la mémoire. Il essaie de se créer une nouvelle vie. Puis Suzanne, une femme qui essaie de continuer sa vie comme si un événement n’était jamais arrivé. Apparemment, ces deux personnages sont dans l’impossibilité de vivre sereinement avec le monde social, avec les contraintes humaines. Étonnant, Claire Frecak nous explique qu’elle ne savait pas à l’avance où son récit allait la conduire. Elle a écrit les deux personnages en parallèle, puis l’un et l’autre. L’auteur aime avoir des thèmes différents à explorer, emmener le lecteur là où elle souhaite. Son roman aborde de nombreux les thèmes, coma, folie, blessure de l’amour, le commencement et la mort, le tout dans une dimension poétique qui emporte le lecteur dans une atmosphère très particulière.

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Claire Fercak est éditée chez Verticales, la même maison d’édition que Maylis de Kerangal, prix Orange du livre 2014. L’éditeur, ici, c’est en fait deux personnes, un homme et une femme. S’ils ont beaucoup d’affinités, celles-ci passent par des chemins différents, ils ont forcément un regard différent sur les romans, ayant des vies différentes, des parcours différents, l’un d’eux est auteur, l’autre lecteur. Ils pensent donc que si le texte leur parle à tous les deux, il devrait parler également aux lecteurs. Je trouve l’idée de ce binôme particulièrement intéressante. Ils disent avoir suivi avec beaucoup de joie ce livre qui a mûri sous la plume de l’auteur.

Quand ils valident un livre, ils se rencontrent à deux, travaillent à deux, discutent et relisent à deux, c’est un collectif à deux en quelques sorte. Bien sûr ils ont des options, des goûts, des usages, des parcours différents, mais la discussion peut les faire changer d’avis, ils ne savent jamais d’avance où ça va finir. Ainsi ils ont perçu différemment le fait qu’un personnage parle au présent et l’autre au passé, et ce niveau de lecture différent fait avancer l’écrivain. Verticale, c’est l’éclectisme du catalogue, la fidélité et l’accompagnement d’auteurs très différents les uns des autres. Comme un cabinet de curiosité qui présente une diversité d’auteurs qui inventent la forme de ce qu’ils écrivent. L’éditeur fini en nous expliquant qu’à son avis, être cultivé c’est aimer les différences, alors que si on aime un seul livre on est un fanatique ! Et bien j’aime de nombreux livres, et ici sur le site de lecteurs.com, nous nous régalons des différences.

photo Domi C Lire Michelle Barriére

18h, les allées du salon se vident peu à peu. Il y a encore quelques acheteurs au square cuisine, ce sont les amateurs des polars de Michelle Barrière qui vient de cuisiner une recette de quelques grand chef du 19e ou 18e siècle que l’on peut retrouver dans ses romans. Au rayon BD, il ne reste quasiment plus de tome 1 pour les principales séries. En parcourant les allées, je constate avec plaisir que les piles de livres ont bien baissé, enfin il y en avait tant qu’il est difficile de tout acheter.

Les promeneurs s’en vont, bras chargés de nombreuses lectures à venir, des souvenirs de rencontres.  Hier, nous avons eu la surprise de voir défiler dans les allées bondées de monde, au rythme de maracas, près de 200 auteurs qui manifestaient contre le piratage du livre, la hausse de la TVA sur le livre numérique, en scandant de sonores « pas d’auteurs, pas de livres ». Il y avait du monde au salon, le livre n’est pas mort mais il faut continuer à le faire vivre.

Il est temps de se quitter. Quelle belle expérience, vous entrainer avec moi dans les allées du salon du livre de Paris 2015 et sur le stand de lecteurs.com.

SDL2015 photo Dominique Sudre

Sur ce site, les lecteurs partagent des idées de lectures, suivent avec attention les délibérations du jury du prix Orange du livre, et j’y mets en ligne mes avis sur quelques-uns des 30 livres sélectionnés, en attendant, belles lectures.

Salon du livre de Paris. Dimanche 22 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com

10h, lorsque j’arrive sur le salon, malgré le froid il y a un monde fou à l’extérieur. Le calme règne dans les allées, ça ne va pas durer.

11h, les libraires partenaires de pagesdeslibraires.fr sont sur le stand pour donner des conseils de lecture, pour parler de tous ces livres auxquels on ne pense jamais. Aujourd’hui j’ai retenu le livre d’Annie Lebrun « de l’éperdu » qui nous est présenté comme un livre qui aide à mieux lire. C’est une idée géniale, non, de lire non pas pour aimer le livre mais pour ce qu’il nous apporte.

11h30, rencontre club de lecture ados. Ils sont arrivés en avance et écoutent attentivement nos libraires passionnés. Puis tour à tour ils présentent leur coup de cœur. J’en retiens quelques verbatim, tout d’abord leurs conseils : « Je le conseille parce qu’il fait réfléchir et en même temps c’est très drôle ». « Un livre hyper poignant parce qu’il est bien écrit ». « Quand j’ai fini ce livre j’ai pris une grande respiration, parce que dans ce livre, les gens ne respirent pas ». « Les pages ne sont pas droites, c’est désordonné et c’est de super histoires ». « C’est original, on suit plusieurs histoires, le héros n’a pas tout, quelque chose lui a été retiré et j’aime ce concept (le héros à un handicap physique) »

Ils ont passionnants, comment choisissent-ils leurs lectures, qu’y cherchent-ils, voici quelques-unes de leurs réponses : « Sur les conseil du libraire qui commence à me connaître, grâce au club de lecture, cela m’a permis d’aller vers d’autre styles de lectures ». « J’ai des  habitudes, j’aime les récits de vie qui font pleurer, sentir les sentiments. Le club de lecture c’est bien, tu peux y trouver des livres passionnants ». « Des romans historiques, pour connaitre des lieux qu’on n’a pas regardé, des choses qu’on ne vivra jamais parce qu’elle se passent dans les temps anciens, mais pas au moyen âge quand même ». « C’est le titre qui me donne envie ». « Il faut que ça s’approche de la réalité ». « Je ne veux pas lire de livres qui parlent de la vie parce que ça on peut le vivre, ça peut arriver. Je lis plutôt des choses irréelles. Je choisi parfois pour le titre et la couverture ».

Quelle est leur relation à la littérature étudiée en cours, est-elle adaptée à leurs goûts, s’ y retrouvent-ils ? : « Il y a énormément de classiques, de théâtre, mais il faut les lire pour mieux apprécier les autres lectures et c’est important pour le bac français ». « On se reconnaît plus dans les romans d’aujourd’hui mais c’est bien de sortir de ce qu’on aime Tout dépend du classique, les misérables c’est très différent du petit prince ».

La libraire animatrice d’un des clubs de lecture nous dit qu’elle est très surprise car ils présentent aussi des livres qui les ont ennuyés, des classiques qu’ils doivent lire à l’école et même des livres dont ils pensent qu’ils auraient pu les aimer mais qu’ils trouvent mal écrit. C’est important de comprendre que chaque livre fait avancer dans ses choix, ses avis, son parcours de lecteur, il faut donc lire aussi ce que l’on n’aime pas.

Ce qu’ils aiment le plus ? Les livres pour la jeunesse, y compris pour bien plus jeunes qu’eux, mais aussi pour adultes. Ils piochent dans tous les genres, polar, science-fiction, classique, etc. C’est manifestement un vrai plaisir pour les libraires qui animent ces clubs de lecture. J’écoute des passionné, surprise de leur niveau d’appréciation, de synthése  Cela m’a rappelé le livre du prix Clara 2014 édité chez Héloïse d`Ormesson, j’avais été étonnée du niveau de ces  écrivains en herbe.

15h30, rencontre avec Émilie Frèche, lauréate du prix orange en 2013 pour deux étrangers chez Actes sud.

Émilie Frèche photos Domi C Lire Dominique Sudre

Émilie est un écrivain multiple, elle vient de terminer un roman et a co-écrit en parallèle un scénario pour un film. L’an dernier elle faisait partie du jury du prix Orange du livre et a contribué à l’élection de Maylis de Kerangal. Même s’il n’est pas toujours aisé d’avoir un œil critique sur d’autres romans et sur ses pairs, au final, choisir un livre ce n’est pas renoncer à d’autres. Elle ne porte pas un jugement, elle parle simplement du livre qui l’a emportée ou pas. Pour elle, « réparer les vivants » est réellement un très grand livre.

photos Domi C Lire Émilie Frèche Dominique Sudre

Elle a réellement mesuré l’exploit d’avoir eu le prix un an après, lorsqu’elle en est devenue jurée. Elle a aimé la liberté d’amener au jury les titres que l’on aime, en plus de tous ceux qui sont sélectionnés. Puis il faut en garder 30 et enfin 5. C’est alors qu’on prend la mesure de la difficulté. Il y a de la bagarre, de la passion, c’est un sujet sérieux, important. Les non professionnels sont presque les plus passionnés, ce sont des lecteurs assidus, avertis. D’où l’importance de ce prix.

Pour Émilie Frèche, l’écriture est une colère, presque une perversion, elle aime se contorsionner, la manipulation psychologique lui plait. Il est nécessaire de modifier la réalité, de la travailler pour qu’elle entre dans le roman. Et même si elle se base sur des personnes réelles pour leur créer une autre vie, l’écriture est l’endroit du fantasme, c’est le moyen d’avoir le père et la mère qu’on n’a jamais eu. Et forcément les livres qu’on écrit se répercutent dans votre propre vie, dans votre réalité. Elle n’imagine pourtant pas qu’elle pourrait écrire sans être publiée. La publication c’est un peu le nœud sur le cadeau. En fait un livre pourrait ne jamais être terminé. Elle écrit avec son oreille, tout est réécrit, peaufiné, pour obtenir la musicalité souhaitée. En cela elle rejoint quelques autres auteurs qui sont venus parler de leur travail sur le salon ou que j’ai pu entendre lors de tables rondes. Pour tous, la musicalité des phrases est essentielle à l’aboutissement du roman. J’aime lorsqu’elle nous dit qu’elle a longtemps pensé avoir besoin d’un cadre (un bureau, un espace) pour écrire, « En fait je suis chez moi dans l’écriture ».

Émilie Frèche confesse l’angoisse que tout s’arrête, alors qu’elle a déjà publié douze livres. Elle considère comme une chance inouïe d’arriver au bout d’un roman, cela lui prend en moyenne deux ans d’écriture. C’est un « truc » qui est là mais qui peut s’arrêter à tout moment, car elle n’a pas de plan prédéfini. Elle se lance et les idées viennent en écrivant. Si elle ne publie pas, elle n’existe pas. Écrire tient du marathon. Il faut une réelle force pour écrire, elle évoque la puissance physique d’un Hemingway, car c’est difficile de travailler à partir de rien.

Son prochain roman Un homme dangereux sera publié en août chez stock. Elle s’avoue un peu déprimée quand c’est fini, même si c’est une sorte de délivrance.  Que peut-on sacrifier pour écrire un livre ? Quelque part, écrire, c’est l’histoire d’une descente aux enfers. Il faut se mettre en condition de « colère » pour se remettre à écrire. La réalité influe sur les textes et les textes changent à leur tour son rapport aux autres. Écrire, c’est un chemin, c’est peut-être ce qui fait qu’à chaque fois on écrit un autre livre. J’ai découvert une femme formidablement agréable, sincère, lumineuse, solaire, qui dégage une force et un enthousiasme communicatif et qui m’a donné envie de lire ses romans.

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Dans l’après-midi je pars en voyage. Je fais une incursion au pavillon Cracovie et Wroclaw pour y écouter le débat sur la poésie polonaise, en particulier les poètes de la Nouvelle Vague. Qu’est-ce qui les caractérise le mieux, résistance, opposition politique, conflit générationnel, je ne sais qu’en penser. Puis je vais du côté de la littérature des Outre-Mer. Quelques illustrateurs de livres pour enfants réalisent une belle fresque colorée sur le stand de l’Ile de la Réunion. Cela me donne des envies de nouveaux horizons.

salon du livre de paris 2015 photo Dominique Sudre pour Domi C Lire

17h30, rencontre avec Miguel Bonnefoy, auteur du roman « le voyage d’Octavio », sélectionné pour le prix Orange 2015. Un auteur sympathique, agréable, dynamique, et qui prend le temps de dédicacer son livre pour l’équipe de lecteurs.com.

19h30, je quitte le salon du livre en passant devant un café brésilien caché dans un coin, une jeune femme chante accompagnée à la guitare. C’est un instant magique.

Salon du livre de Paris, samedi 21 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com

10h, je viens d’arriver sur le salon et j’ai l’impression d’aller retrouver des amis. Au SDL il y a de nombreux espaces consacrés au voyage, guides de voyage, outremer, pays invité, villes invitées, je passe de stand en stand pour humer l’air, lire quelques mots, écouter les auteurs.

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Sur le stand aquitaine, j’évoque avec Christophe Berliocchi son guide du pays Basque aux éditions Atlantica. Le guide idéal pour touristes et autochtones, décalé et original, très personnalisé, écrit par quelqu’un qui a adopté la région. Il cherche avant tout à montrer comment réussir un séjour en allant au-delà des clichés : mais non, au pays basque il ne pleut pas tous les jours, mais oui, par contre il y a des vagues.

11h sur le stand lecteurs.com les libraires présentent leur coup de cœur poche. Une libraire parle d’Antigone d’Henri Bauchaud comme d’un roman éternel « une fois qu’on a lu, on ne l’oublie jamais ». Pour elle c’est un grand écrivain qui sait combiner la fiction et la pensée. Une autre parle d’un roman dans lequel l’auteur et le narrateur entremêlent la pensée pour se jouer du lecteur. Ces libraires sont tellement passionnés qu’ils me donnent envie de découvrir ces romans. D’ailleurs, je demande parfois quelques idées de lecture et j’avoue que l’on me conseille souvent des pépites.  Ensuite, je pars sur le salon à la découverte des villes invitées, Cracovie et Wroclaw, je constate rapidement que je suis totalement néophyte en littérature polonaise.

13h30, Tête de lecture vient lire nos pages coups de cœur à voix haute. C’est une belle émotion d’entendre « réparer les vivants » de Maylis de Kerangal, prix orange du livre 2014.

14h mon âme d’exploratrice de polar me conduit sur le stand du CNL assister à la table ronde sur le thème « peur sur la ville » avec Ingrid Astier et Dominique Manotti, deux dames du polar français et Paulo Lins et Edyr Augusto, deux auteurs Brésiliens.  Pour Ingrid Astier le Brésil évoque la nature, le vert majestueux et triomphant. Les auteurs brésiliens eux, mêlent histoire, mythologie et imaginaire, mais également la tradition du foot et la tragédie politique, en particulier lorsqu’ils abordent la « décennie perdue ».

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Quel est le lectorat du roman noir au Brésil ? La littérature brésilienne est en plein renouveau depuis 10 à 15 ans, de nouveaux auteurs émergent, des femmes expriment un éveil de sensibilité de manière simple, directe. Tous ces auteurs sont lus aux USA, en Europe et en Amérique du Sud.  Les romans de Edyr Augusto, en particulier Belem et Moscow sont écrits en phrases courtes, nerveuses, segmentées, crépitantes, pas du tout étouffantes ni tropicales comme une forêt de lianes. Il vit en Amazonie, la plus grande forêt du monde, dans un ville portuaire qui pourrait ressembler à Marseille. Tout ce qui s’y passe est largement médiatisé. Malgré tout l’auteur à l’impression de vivre entouré d’une forêt verte d’un côté et d’une forêt de béton de l’autre.

Paulo Lins quant à lui explique que le Brésil n’a pas vraiment de tradition d’écriture de polar. Il existe quelques auteurs, pour une littérature de périphérie qui parle de banlieue, mais comme la banlieue est très violente, la littérature l’est aussi. Malgré leurs différences évidentes, ces quatre écrivains ont des sensibilités similaires. Avec toujours en idée sous-jacente qu’il n’est pas besoin d’inventer puisque le réel suffi à créer l’histoire. Si le niveau de violence semble très inférieur en France, les mécanismes des écrivains sont les mêmes, partir de la réalité pour construire l’intrigue. L’auteur doit être à l’écoute de la violence, de ce qui est tapis quelque part, sournois, noir, de tout ce qui fait la vie en somme. Le lecteur ne doit pas rester passif, l’auteur doit le tenir en éveil pour qu’il participe, qu’il y ait prise de conscience.

15h30, Karine Papillaud reçoit le premier lauréat du prix Orange en 2009, Fabrice Humbert, pour parler de son dernier livre Eden utopie chez Gallimard. Même s’il en est à son sixième roman, il reste très attaché à ce prix car il a rencontré des personnes qui suivent les auteurs, qui les accompagnent sur plusieurs années. Et l’évolution de la communauté de lecteurs (200 000) est très enrichissante, y compris pour les auteurs.

Pour son dernier roman, Fabrice Humbert a pris le parti prix d’écrire une natation romanesque, seulement la vérité sur une famille, à partir d’entretiens et de souvenirs réels. Son récit s’interroge sur la classe sociale, sommes-nous marqués par nos origines, par notre éducation, et qu’est ce qui soude une famille. Il nous présente la bande annonce du livre. Il est peu commun de créer un film sur le livre.

17h30, Fanny Chiarello présente son dernier roman Dans sa propre vie aux Éditions l’olivier, sélectionné pour le prix Orange du livre. Fanny Chiarello parle de la difficulté d’être soi-même, de trouver sa place. Chacun de ses romans doit être pris séparément, elle essaie de changer d’univers à chaque fois pour ne pas ennuyer le lecteur et expérimenter des approches différentes. L’histoire n’est pas toujours ce qui est le plus important, au contraire, c’est la façon de la raconter qui compte. C’est la musique des mots qui parle au lecteur, qu’il  va ressentir. Elle passe des heures sur une phrase tant qu’elle n’a pas la musicalité qu’elle souhaite, pour trouver des phrases dont les mots n’ont encore jamais mis dans cet ordre-là. C’est une perfectionniste de l’écriture qui cherche la précision, le poids du mot ressenti, qui veut emporter le lecteur à un certain niveau du récit.

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C’est également l’occasion de parler du travail des éditeurs. Lorsqu’un journaliste reçoit un livre des éditions de l’Olivier, il est attentif car il sait que le contenu sera à hauteur de ses attentes. Cela implique un gros travail des éditeurs. Avant c’était un parcours du combattant, y compris avec du talent, pour se faire éditer, aujourd’hui au contraire, il est plus difficile de se faire lire. Comme la critique est assez conformiste, elle se penche généralement vers les même auteurs, il est difficile de se faire connaître. Reste la communication, les lecteurs, les blogs, etc

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18h. Sur le stand, les lecteurs se rencontrent pour la première fois. Quel moment sympathique et chaleureux. S’inscrire sur des sites de lecture, c’est partager une passion. Vous connaissez des passionnés de lecture autour de vous ? Moi assez peu, là je peux échanger avec des lecteurs qui me ressemblent et qui me comprennent. Chacun se présente, lecteur, explorateur, amateur, explique ce qu’il aime et ce qu’il cherche sur le site, conseille un livre coup de cœur aux autres lecteurs. Nouveautés, classiques, tout est proposé, Karine évoque la collection vintage chez Belfond. Les lecteurs fous de lecture ont répondu présent.

Il ressort de ces échanges que lorsque les lecteurs se rencontrent, ils ont déjà l’impression de se connaître, il y a de vrais moments de connivence, de partage, un même appétit de lecture. La nourriture évoquée ici est culturelle, littéraire et partagée.

Salon du livre de Paris. Vendredi 20 mars

Mon reportage au salon du Lire pour le site lecteurs.com

Vendredi 20 mars, 8h, départ de ma tranquille banlieue parisienne, j’ai hâte d’arriver Porte de Versailles au salon du livre 2015.

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10h, à peine arrivée, je plonge immédiatement dans l’arène. Moment d’émotion lorsque je passe devant le stand des éditions la Martinière qui rendent un bel hommage à Georges Wolinski.  Quel foisonnement, quel monde. J’ai découvert le salon du livre en 2014 et pour rien au monde je n’aurai manqué ce rendez-vous. J’ai prévu tout un programme mais avant tout je rejoins le stand de lecteurs.com.

11h, trois libraires de parislibrairies.fr présentent leur coup de cœur poche. Karine Papillaud filme et mène les entretiens que nous retrouverons sur le site lecteurs.com, puis anime la table ronde. Leur passion est communicative et j’ai déjà envie de suivre ces nouvelles idées de lecture, encore quelques livres à ajouter à ma PAL.

American desperado de Jon Roberts & Evan Wright : un roman noir indispensable, La leçon d’allemand, de Seigried Lenz, un livre étonnant qui parle de nature et de création « un des plus beaux livres que j’ai lu » nous dit cette libraire, et des lecteurs qui s’arrêtent sur le stand en sont absolument convaincus. Puis Le Quinquonce, de Charles Palisser. J’ai lu le premier tome, et il y en a cinq. C’est simple. Quand j’écoute ces libraires, j’ai envie de tout lire. Dès demain, nous serons nombreux à ce rendez-vous avec des professionnels passionnés par leur métier et par les livres.

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Je fais un tour sur le salon et je tombe sous le charme des couvertures colorées des éditions Zulma. Inspirées des tapisseries anglaises du 19e, dessinées par un graphiste anglais, Zulma publie sous ces couvertures graphiques aussi bien des auteurs français qu’étrangers, avec une ouverture vers la littérature africaine francophone et Haïti. J’avais d’ailleurs lu avec intérêt les critiques  sur L’île du Point Némo, le roman de Jean-Marie Blas de Robles, et lu Rosa Candida de Audur Ava Olafsdottir.

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13h30 : je découvre sur le stand de lecteurs.com Yves Heck, qui est notre Tête de lecture. J’avoue que c’est une véritable découverte, j’aime énormément. Comme un lecteur lit dans sa tête, dire les mots à haute voix leur donne une autre dimension. Cela me fait penser au roman le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent , vous savez, celui qui lit chaque matin dans son RER. C’est sur demain, je serai au rendez-vous de ce moment privilégié, et qui sait, peut-être avec un texte à lire ?

15h30, rencontres avec les jurés du prix Orange du livre. Un incontournable de mon programme. Je ne sais pas vous, mais moi, j’aurai adoré compter au nombre de ces 7 jurés lecteurs, le plaisir et la richesse des échanges avec des professionnels, les rencontres humaines, les idées qui fourmillent, mieux comprendre, entendre ces auteurs qui me font rêver avec leurs mots et leurs idées. C’est la rencontre de deux jurées lectrices et de deux jurés écrivains. Sandy a déjà l’habitude des prix, elle a été jurée du prix des lectrices de Elle, du Prix du livre de poche et du Prix du meilleur roman Point, c’est une bloggeuse avertie. Charlotte, également bloggeuse, a déjà été jurée pour le prix du Maine libre. Karine Papillaud leur demande si elles ont déjà été  tentées par le passage vers l’écriture, elles avouent se poser la question, mais écrire pour soi-même dans un premier temps, le passage vers le « faire lire ses écrits » par un autre est difficile

Alors oui, faire partie de ce jury du Prix Orange du livre, c’est avant tout partager, découvrir, lire un livre vers lequel on ne serait pas allé de soi-même, et se laisser convaincre par un autre lecteur. C’est une véritable réunion de lecteurs, de  bloggeurs et de professionnels, tous passionnés de lecture.

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Michelle Fitoussi est également jurée du prix de Flore, mais elle découvre avec le prix Orange du livre le bonheur des rencontres avec des jurés et des livres, avec des auteurs qu’elle ne connaissait pas. Elle avoue également un plaisir à découvrir le niveau fabuleux de critique des lecteurs, c’est un étonnement positif et passionné.

Le même bonheur d’échanger est évoqué par Serge Joncour. Recevoir 50 à 80 livres en 3 semaines, c’est un peu comme passer de l’autre côté du miroir, surtout pour un écrivain qui est en général celui qui envoie ses livres. Ça peut faire peur et il y a une sorte de responsabilité morale à définir non pas le meilleur livre mais en fait celui qui parle le plus au juré, comme lorsqu’on rencontre quelqu’un et qu’on sait déjà qu’on a plein de choses à ses dire. Serge et Michelle sont surpris de voir ce que les bloggeurs sont capable d’écrire sur un roman et comment ils sont capables d’en extraire la quintessence.

Serge Joncour écrit son prochain roman et il est juré en même temps. C’est comme mener une vie parallèle, il faut déjà aller d’une vie à l’autre avec ses personnages, là il faut également lire les autres, c’est une autre expérience. Et quel bonheur,  quelle surprise, de se dire qu’il y a une telle diversité d’écrits, d’époques, tous tellement différents et en même temps tout en nuances et teintes déstabilisantes pour un auteur qui cherche ses propres nuances. Il est intéressant de savoir que d’autres savent créer des univers qui nous perdent et nous dont rêver, mais aussi de lire ce que l’on n’aime pas, car quelque part ça fait du bien de se rassurer avec des écrits moyens. En fait dans un jury, le défi, c’est d’arriver à donner aux autres l’envie de lire le livre que l’on a aimé. Et cela permet de découvrir des pépites et des éditeurs.

Chacun parle des cinq livres qu’il avait choisi lors de la première réunion du jury avec un tel enthousiasme qu’ils me donnent envie de tous les lire. Dommage, je n’y arriverai certainement pas. La suite ?  Le jury va se réunir le 5 mai pour la « foire d’empoigne » en éliminant d’abord certains livres, puis en choisissant au final cinq romans. Tous les internautes peuvent alors voter en ligne sur le site lecteurs.com, le finaliste sera désigné le 3 juin.

Après ces tables rondes, je pars faire un tour dans les allées du SDL, les grands noms de l’édition sont présents, ceux que j’aime déjà et tous ceux qu’il me reste à découvrir.

20h, les allées du salon se vident peu à peu, c’est le départ. Quelle journée. Aie, j’ai un peu mal aux pieds, mais ma tête est aux anges. De belles rencontres, des surprises, des échanges avec des lecteurs que je connaissais virtuellement et qui me sont déjà proches, je suis impatiente d’être à demain. Mes nuits seront peuplées des mots, des visages et des voix de tous ces passionnés rencontrés aujourd’hui. Et demain je tourne une nouvelle page.