Revenir à toi, Léonor de Recondo

Combler l’absence et retrouver la mère, un roman poétique hors du temps

Magdalena est une belle jeune femme, actrice, célèbre, aimée de son public et de ceux qui travaillent à ses côtés. Le théâtre et ses rôles comblent sa vie et lui donnent sa confiance. Pourtant on sent en elle une fragilité, une blessure intime profonde comme une plaie toujours ouverte.

Le jour où sa secrétaire Adèle lui annonce « Magda, on a retrouvé ta mère » c’est une véritable secousse sismique qui la prend et une faille s’ouvre sous ses pieds. Elle n’a qu’une obsession, traverser la France en train pour retrouver l’absente.

Car depuis son enfance, Magda attend le retour de celle qui a un jour passé la porte sans jamais revenir sur ses pas. La jeune fille quelle était alors se souvient de ses retours de l’école, quand elle allait s’asseoir sur le lit près où sa mère passait ses journées, dépressive et mutique. Ses tentatives pour essayer d’obtenir son attention, les bonnes notes, les anecdotes, les mots qu’elle lançait dans le vide sans jamais obtenir son attention. Puis le vide laissé par sa mère. Ce père qui ne savait pas expliquer, qui est parti à son tour, la laissant avec les grands-parents.

Magda s’est construite sur le manque, sur le silence. Une vie bien remplie, brillante, et l’espoir fou que sa mère la retrouve un jour, au hasard d’une coupure de presse, d’une allusion sur sa carrière. C’est enfin arrivé et aujourd’hui c’est elle qui part pour tenter de remplir ce manque.

La maison éclusière où vit sa mère est une quasi ruine, et la femme devant elle a tout d’une clocharde échappée d’un hôpital psychiatrique. Dans ce paysage à la sérénité paisible, elle va peu à peu remonter le fil de son histoire, comprendre la fuite, apprivoiser l’absente. Se déroulent alors des journées étranges, parenthèses de vie, pont entre deux âmes, où mère et fille sont des étrangères sans l’être vraiment, à àse dire que si le cœur ne peut pas parler les liens du sang le pourront sans doute.

Portée par les rôles qu’elle a joué sans fin depuis des années, ces Antigone, ces femmes fortes et solitaires qui ont forgé son caractère, Magdalena se rapproche peu à peu d’Apollonia. Mais il est difficile d’accepter le passé, le vide, l’absence. Peut-elle enfin comprendre la raison de tant d’années de douleur, soulever cette chape de silence, comprendre d’où vient le traumatisme.

J’ai aimé rencontrer cette femme dans laquelle les chagrins et la solitude de l’enfance ont laissé de profondes traces et qui malgré le silence et la tristesse, trouve une consolation dans ces étranges retrouvailles.

Le côté poétique, éthéré du texte, mais aussi cette spontanéité à la limite du crédible peuvent parfois laisser perplexe. C’est pourtant à petits pas, par ses gestes, ses caresses, ses mots, que la fille va rejoindre sa mère dans les abysses où elle s’est terrée, et tenter de réparer enfin le vide laissé par cette si longue absence. On ressent un grand chagrin face à ce gâchis incompréhensible. Pourtant il y a beaucoup de grâce, de résilience et d’espoir dans cette rencontre, dans le pourquoi à peine dévoilé de l’absence et de la fuite.

Photos de la rencontre avec Léonor de Recondo aux Correspondances de Manosque

Catalogue éditeur : Grasset

Lorsqu’elle reçoit un message lui annonçant qu’on a retrouvé sa mère, disparue trente ans plus tôt, Magdalena n’hésite pas. Elle prend la route pour le Sud-Ouest, vers la maison éclusière dont on lui a donné l’adresse, en bordure de canal.
Comédienne réputée, elle a vécu toutes ces années sans rien savoir d’Apollonia. Magdalena a incarné des personnages afin de ne pas sombrer, de survivre à l’absence. Dès lors que les retrouvailles avec sa mère approchent, elle est à nu, dépouillée, ouverte à tous les possibles.
Revenir à toi, c’est son voyage vers Apollonia. Un voyage intérieur aussi, vers son enfance, son père, ses grands-parents, ses amours. Un voyage charnel, parenthèse furtive et tendre avec un jeune homme de la région. Lentement se dévoile un secret ancien et douloureux, une omission tacitement transmise. 
Revenir à toi, c’est aussi un hommage à Antigone et aux grands mythes littéraires qui nous façonnent. Magdalena a donné vie à des personnages, elle est devenue leur porte-voix. Devant Apollonia, si lointaine et si fragile, sa voix intérieure se fait enfin entendre, inquiète mais déterminée à percer l’énigme de son existence.
En l’espace de quelques jours, dans cette maison délaissée, Magdalena suit un magnifique chemin de réconciliation avec l’autre et avec elle-même. Vie rêvée et vie vécue ne font désormais qu’une.

Parution : 18 Août 2021 / Format : 130 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246826828 prix 18.00€ / EAN numérique: 9782246826835 prix : 12,99€

À 20 heures sur le quai, Léa Wiazemsky

D’un drame, faire émerger la lumière. Un roman délicat et sensible

Léa Wiazemsky a l’art de transformer un événement dramatique en une révélation, la vie est belle et mérite que chacun essaie de la vivre au mieux. Bien sûr, d’aucuns pourront trouver que tout ceci est bien positif, un peu trop peut-être. Et pourtant, frôler la mort de près peut aussi avoir des répercussions positives sur nos vies, et nous permet parfois de savoir qu’il faut profiter de chaque instant car tout est éphémère.

Tous les samedis matin depuis quelque semaines, ils se retrouvent sans se connaître dans le même wagon du métro, à la même heure. Liviu, un jeune musicien, est le témoin attendri de leur amour naissant. Car lorsqu’ils se regardent, il en tombe immédiatement amoureux, mais ni l’un ni l’autre n’ose faire ce premier pas qui leur permettrait de dévoiler leurs prénoms, leurs vies, leurs envies. Aujourd’hui, c’est décidé, il va lui parler. Mais ils n’ont que quelques secondes, un appel lui enjoint de quitter immédiatement le métro pour rejoindre sa librairie. Le temps de se dire à 20 heures sur le quai, le temps d’un prénom, Raphaël.

Puis tout explose, un attentant dans le métro, des rescapés qui tentent d’échapper au carnage, des blessés pris en charge par les secours, des survivants, de nombreuses victimes.

Le lecteur suit quelques personnages aux parcours très différents mais qui tous à un moment se rejoignent sur le quai, dans la station, dans le wagon. Il y a Raphaël bien sûr, et son inconnue que l’on va très vite apprendre à connaître.

Mais aussi Nina, une vieille dame qui part rejoindre son amie. Il pleut, pas de taxi, elle s’engouffre dans le métro.
Estelle, une petite fille très sérieuse et sage. Pour la première fois, Christiane sa mère l’autorise à prendre seule le métro pour se rendre à son cours de danse avant le spectacle de ce soir. Elle est heureuse et excitée à la fois, un peu stressée quand même par cette responsabilité nouvelle qui lui incombe. Intimidée, elle s’assoit à côté de cette mamie qui lui semble tout à fait respectable et rassurante.
Christian, un SDF pas comme les autres. Jamais une goutte d’alcool, enfin plus jamais depuis celles qui ont causé cette déchéance qui l’oblige à vivre en marge de la société. Il aime par dessus tout la littérature, il déniche régulièrement des romans dans les poubelles de la librairie toute proche. Nicole, une vendeuse très respectable de chez Gibert Jeune le rejoint souvent. Ils s’assoient près de la fontaine Saint-Michel et parlent littérature, elle lui donne quelques livres. Une forme d’amitié qui ne dit pas son nom est en train de naître entre ce deux personnes qui ont tant en commun malgré les apparences.
Liviu, l’accordéoniste du métro. Pour une fois il joue particulièrement bien de son instrument (ceux qui comme moi ont eu envie de se boucher les oreilles en entendant le fausses notes de certains comprendront!). C’est aussi un émigré roumain qui rêve de la vie normale d’un jeune homme de 17 ans.

Autour d’eux gravitent amis, famille, amoureuse ou fiancé, médecins, secours, clochards, qui sans nous faire perdre le fil de l’histoire donnent de la densité à l’intrigue.

L’écriture est fluide, sensible et délicate. L’autrice a joué la carte de l’optimisme même si celui-ci est parfois teinté de chagrin, de tristesse, de douleur, mais il est toujours tourné vers une lumière qui réconforte. Avec une grande tendresse pour ses personnages, elle nous propose une histoire positive, heureuse et toujours bienveillante.

Peut-être me direz-vous qu’être victime ou témoin d’un attentat, d’un drame ne peut pas laisser indifférent, et l’on peut s’en sortir, certes, mais difficilement et à quel prix parfois. Alors tant pis si certaines situations ne sont pas tout à fait crédibles, c’est aussi le privilège d’un auteur de choisir la façon dont il nous en parle et c’est tant mieux. Ce qui est sûr, c’est que j’ai lu ce roman d’une traite, comme une respiration faite de légèreté, de résilience, d’humanité. Une lecture que je vous conseille pour l’été. J’ai aimé que l’on me montre le côté positif de la vie, une heureuse initiative.

Catalogue éditeur : Michel-Lafon

Tous les samedis matin, d’un accord tacite, une jeune femme et un jeune homme se retrouvent dans une rame de métro, et, le temps d’une poignée de stations, se dévorent des yeux. Leur dialogue silencieux se joue sur les airs d’accordéon de Liviu, un jeune musicien témoin de leur amour naissant. Mais aujourd’hui, c’est décidé, il ira lui parler. Quelques mots, un rendez-vous donné, et déjà il doit quitter son inconnue dont il ne connaît même pas le nom. Et puis, c’est le chaos. L’épaisse fumée qui sourde des entrailles plonge à nouveau Paris dans la désolation. Ceux qui se relèvent s’en trouvent à jamais changés, conscients que la vie est précieuse et l’amour, salvateur. Lui n’a plus qu’une chose en tête, retrouver celle dont le cœur est rivé au sien.

Parution : 27/05/21 / Prix :17.95 € / ISBN :9782749945330

Les yeux d’Ava, Wendall Utroi

Après le bonheur, ou la descente aux enfers d’une mère sans histoire

Elle est heureuse Ava, un mari qui la comble, deux beaux enfants, et une vie plutôt facile de mère au foyer qui lui convient tout à fait.

Pourtant, un jour le destin en décide autrement et vient rompre le fil du bonheur. Un dramatique accident, une voiture qui s’enfonce dans un lac, un mari qui décède et une mère qui tente de sauver ses enfants et doit faire un choix sans lequel elle risque elle aussi de perdre la vie. Elle sauve l’un des jumeaux mais l’autre va périr.

La vie d’Ava prend alors un tournant dramatique. C’est la fuite en avant, la douleur occupe toute la place. L’accident qui a bouleversé sa vie à aussi apporté avec lui un certains nombre de révélations toutes plus angoissantes les unes que les autres. Elle découvre que sa vie est une mascarade basée sur le mensonge.

À partir de ce jour, son bel équilibre s’effondre, sa vie s’écroule face aux révélations sur son couple, à sa culpabilité de mère, aux questions qu’elle se pose, à la réalité d’un quotidien qui lui devient insupportable. Alors elle s’enfonce dans le silence, la solitude, le désespoir. Elle n’a plus aucune confiance en elle et ne supporte plus le poids des regrets, la douleur du manque, la responsabilité.

Le lecteur assiste à la lente déchéance d’Ava, son retrait du monde des vivants en quelques sorte, son rejet de tout ce qui lui rappelle l’hypocrisie des jours heureux. Lente déchéance vers la maladie, la dépression, la rue. Elle met en place un véritable processus d’autodestruction pour tenter d’effacer sa culpabilité.

Pourtant, j’aurais aimé parfois la bousculer, lui montrer les vivants plutôt que les morts, j’avais du mal à entendre ce désespoir qui lui fait abandonner l’enfant qui lui reste. Partagée entre empathie et révolte, entre compréhension et rejet de son attitude, j’ai pourtant été plongée dans une lecture totalement addictive et bouleversante qui montre à quel point une vie peut basculer dans le néant rapidement et inéluctablement.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

On ne manquera pas d’aller faire un tour sur le blog de l’auteur Wendall Utroi

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

« Si vous lisez cette lettre, c’est que vous tenez mon manuscrit entre vos mains, qu’on me l’aura volé, ou que ma fin sera proche. Il ne me quitte jamais, collé à ma peau, dissimulé sous mon manteau ou dans mon cabas. Les premières pages sont nées, il y a des années, raturées et usées par les griffes du temps. »

Rédigée quinze ans après les faits, la lettre d’Ava a le goût âcre de la rédemption. En 2002, Ava, vingt-neuf ans et quelques mois, mariée à un homme rencontré sur les bancs du lycée, mère de deux beaux enfants, des jumeaux, a une vie idéale. Un amour solide, des désirs simples comblés par des bonheurs immenses. Mais c’était compter sans le destin. Lui peut se jouer de nous, brouiller les cartes, changer les règles. Quand un tragique accident remet toute sa vie en question, Ava sombre. Comment peut-on faire face quand toutes nos certitudes sont réduites à néant ?

Précédemment publié sous le titre La Tête du lapin bleu.

384 pages / Date de parution: 30/09/2020 / EAN : 9782253181569 / prix : 7,90€

Je te verrai dans mon rêve, Julie Bonnie

Même sans même sang… ou comment devenir père sans l’être vraiment

Une ville de province, quelque part au seuil des années 70. Gérard a trente ans, il vient de sortir de prison ; des années à galérer avec des potes pas très recommandables lui ont coûté dix ans de vie derrière les barreaux. À la sortie, il retrouve le café de ses parents aujourd’hui disparus, ce bien qu’a gardé pour lui Nana, la tante fidèle qui ne l’a jamais abandonné.

Nouvelle vie, nouveau prénom, c’est donc Blaise qui rénove le café pour le transformer et créer le lieu de ses rêves, un café concert pour les musiciens de jazz de la région.

Un matin, il croise une jeune femme. Josée a vingt ans et sa fille Nour quelques jours à peine. Josée dans laquelle il se retrouve, paumée, en marge, fragile et déjà bien abîmée par la vie. Car la galère, il connaît, et dans cette ville comme dans tant d’autres, les mauvaises fréquentations et les dangers ne sont jamais loin. Immédiatement, alors qu’il n’a jamais été père, Baise ressent une profonde affection pour ce tout petit bébé né de père inconnu.

L’auteur alterne les récits de Nour puis de Blaise. Nour que l’on voir grandir à la fois dans ses souvenirs et dans ceux de Blaise. Blaise qui s’est un peu trop assagit sans doute aux yeux d’une jeune fille de seize ans qui rêve d’émancipation, de modernité, d’un peu de folie. Ni Blaise ni Josée ne la voient devenir jeune fille puis presque femme, et ni l’un ni l’autre ne comprennent ses tourments et ses envies d’autre chose, d’ailleurs.

Ce que j’ai aimé ?

À l’heure où les romans nous parlent si souvent de relation toxiques ou bancales entre homme et femme, l’amour paternel aussi platonique qu’inconditionnel qu’éprouve Blaise pour Nour, cette relation qui apaise, qui aide à grandir nous fait du bien à nous aussi lecteurs.

La vie n’est ni simple ni linéaire. La rédemption de Blaise dont on devine le passé complexe à peine esquissé mais très habilement suggéré, les embûches les chausses trappes dans lesquelles tombe Josée, les hésitations et les erreurs de jeunesse de Nour sont aussi la vraie vie, celle des jeunes autour de nous, celle que l’on ne voit pas toujours. Mais il y a une telle force d’amour, d’émotion, de sincérité, que l’on ne peut qu’aimer les différents protagonistes, avec leurs défauts, leurs erreur, leurs faux-pas et leurs espoirs.

L’écriture est sobre, intimiste, réaliste aussi. On s’y laisse prendre et il en ressort à la fois douceur et sérénité à voir que l’on peut aussi croire en ces rêves qui parfois nous portent.

Du même auteur, javais lu et particulièrement aimé Barbara, roman, dont vous pouvez retrouver la chronique ici.

Catalogue éditeur : Grasset

1971. Tout juste sorti de prison, Gégé, dit Blaise, retrouve le bar familial dont il a hérité à la mort de son père. Son rêve  de toujours  : le transformer en café-concert pour en faire un rendez-vous incontournable de la scène jazz. Il se lance, résolu à faire bouger sa ville terne et sans âme.
Mais un bébé, la petite Nour, et sa mère défaillante arrivent par effraction dans sa vie solitaire. Blaise fait tout pour les garder à distance. Hanté par son passé, il craint plus que tout de s’attacher… Mais d’un regard, l’enfant fait tomber ses résistances, et il va désormais veiller sur elle à sa façon. Ce faux père la protège tant bien que mal, l’initie à la musique, lui offre sa première guitare et son premier concert. Il la regarde grandir, adolescente écorchée vive qui se brûle aux accidents de la vie, ceux qui menacent à coup sûr les gamines sans repères.
En ville règne une atmosphère de perdus, d’à quoi bon, alcoolisée et souvent brutale. Au milieu de tous les dangers, Nour chante. Et entre deux concerts de jazz mythiques dans le bar de Blaise, elle compose, pour fuir son enfance, tracer son destin, tenter de défier la mort.
Blaise, l’ancien taulard paumé et farouche, s’est mis à aimer. Et parce qu’il est la victime d’un secret de famille, il va tout faire pour sauver Nour. Jusqu’à la dernière page, nous respirons avec eux et tremblons pour eux. Romanesque, haletant, sensible et bouleversant.

Née à Tours, Julie Bonnie a donné son premier concert à 14 ans et chanté dans toute l’Europe pendant dix ans avant de travailler en maternité jusqu’en 2013. Elle est l’auteur de Chambre 2 (Belfond, 2013 ; Pocket, 2014), lauréat du prix du roman Fnac 2013, adapté au cinéma sous le titre Voir le jour, avec Sandrine Bonnaire. Chez Grasset, elle a publié Mon amour (2015 ; Pocket, 2017), Alice et les orties (2016) et Barbara, roman (2017 ; Pocket, 2019 ). Elle publie chez Albin Michel une série pour adolescents à succès, L’internat de l’île aux cigales et crée des spectacles musicaux pour les tout-petits.

Paru le 10 Mars 2021 / Format : 131 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246826279 prix 18.00€ / EAN numérique : 9782246826286 prix 12.99€