Dix-sept ans. Eric Fottorino

A la recherche de l’enfance et de la mère, Eric Fottorino nous offre avec « Dix-sept ans » un roman aussi émouvant qu’intime.

Domi_C_Lire_dix_sept_ans_eric_fottorino_gallimard.jpgD’Eric Fottorino je n’avais encore rien lu, si ce n’est bien sûr l’excellent journal Le 1. En cette rentrée littéraire, le thème de la famille et celui de la relation fils père ou mère m’a attirée.  Après la lecture du roman de Laurent Seksik, Un fils obéissant, puis de l’excellent Oublier mon père de Manu Causse, me voilà face à cette historie qui lie un fils à sa mère.

Un fils et une mère absente, puisque c’est sa grand-mère que le jeune Éric a longtemps appelée maman. Puisque dans ces années 60, le poids du quand dira-t-on  et de la religion ont guidé cette grand-mère autoritaire et toute puissante qui fait plier sa fille d’à peine dix-sept ans. Enceinte hors mariage, engrossée par Moshé, un étudiant juif vite reparti à Fès, cette fille mère ne sera pas rejetée par les siens, mais c’est tout comme. Elle devra s’effacer pour que l’opprobre ne tombe pas sur la famille, et son fils, né en catimini à Nice, est élevé par une grand-mère hostile qui fera tout pour annihiler en lui jusqu’à la judéité du père absent.  Lina devient la sœur de son fils… Puis Lina épouse le gentil Michel, qui arrive de Tunisie. De cette union naitront deux fils légitimes et Eric sera adopté par ce mari aimant mais suicidaire.

Lorsque s’ouvre ce roman, Lina avoue à ses fils la douleur qui la tourmente depuis tant d’années. Eric décide alors de partir à la recherche de sa propre enfance, de sa naissance, de chercher les traces de la mère qu’enfant il n’a pas eue, de cette Lina qu’il n’a jamais vraiment connue, jeune fille de dix-sept ans, jeune femme, jeune mère.

Le roman est ce long échange entre un fils parti sur les traces de sa mère, échange avec les souvenirs, les impressions, les attentes de ce bonheur perdu qui ne viendra jamais plus, avec cette mère qu’il aurait voulu connaître. Avec ces pères absents aussi, morts tous les deux, mais arrivés bien tard dans sa vie. Attente sans doute d’une meilleure compréhension des silences, des absences, des douleurs incomprises dans l’enfance, mais qui révèlent aujourd’hui toute leur réalité et leur poignante  vérité.

Difficile de comprendre et d’accepter la distance que ce fils éprouve pour sa mère, mais elle est si évidente  pourtant. Le chemin vers l’amour et la compréhension est long et douloureux, mais l’issue en est heureuse. J’ai aimé cette quête d’une enfance, d’une trace du bonheur, d’une mère absente à réinventer, l’aveu de ce manque, de cette vie gâchée, est certainement un bel exemple pour ceux qui n’osent pas dire… Il y a beaucoup d’émotion tout au long de ces pages, de beaux sentiments aussi, même si l’amour n’arrive pas toujours à s’exprimer envers cette mère méconnue et quasi rejetée. Il y a aussi cette écriture, à la fois léchée et sobre, avec une pointe d’humour pour évoquer la vie, les sentiments. Une forme d’humilité et de douceur aussi dans cette recherche désespérée au plus profond, au plus secret de cette intimité dévoilée. Enfin, une façon de se regarder en face en toute objectivité, sans parti pris, y compris pour exprimer la douleur, les instants de faiblesse ou même de rejet quasi physique de cette mère si longtemps incomprise.

Tu ne m’aimais jamais assez puisque je t’aimais toujours trop. Je ne te voyais pas comme tu étais. Il suffisait pourtant d’ouvrir les yeux.

Les yeux se sont ouverts, et avec eux le chemin du cœur…. Et l’auteur nous emporte avec lui auprès de Lina, cette jeune fille de soixante-quinze ans qui ne demande qu’à aimer et être aimée en retour.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Collection Blanche, Gallimard

 «Lina n’était jamais vraiment là. Tout se passait dans son regard. J’en connaissais les nuances, les reflets, les défaites. Une ombre passait dans ses yeux, une ombre dure qui fanait son visage. Elle était là mais elle était loin. Je ne comprenais pas ces sautes d’humeur, ces sautes d’amour.»

Un dimanche de décembre, une femme livre à ses trois fils le secret qui l’étouffe. En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l’adolescence se révèle dans toute son humanité et son obstination à vivre libre, bien qu’à jamais blessée.
Une trentaine d’années après Rochelle, Éric Fottorino apporte la pièce manquante de sa quête identitaire. À travers le portrait solaire et douloureux d’une mère inconnue, l’auteur de Korsakov et de L’homme qui m’aimait tout bas donne ici le plus personnel de ses romans.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782070141128 / Prix : 20,50 € / Parution : 16-08-2018

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K.O. Hector Mathis

K.O. ou chaos ? Et si c’était la question que pose finalement ce premier roman d’Hector Mathis…

Domi_C_Lire_k_o_hector_mathis_premier_roman_buchet_chastel.jpgPar un soir étrange, dans la cabane du garde-chasse en bordure d’un château tout au fond de la forêt, au son d’un saxo joué ou imaginé par le vieux Archibald, qui tousse et écoute, écoute et tousse, le lecteur emboite le pas de Sitam. Le narrateur est un jeune homme amateur de jazz, poète à ses heures – un double romancé de l’auteur peut-être ? – tout comme Sitam pourrait être un double imparfait et inversé de Mathis ?

Avant cette cabane, avant cette rencontre, il y a eu Paris, un logement prêté, une vie de bohème. Sitam et sa môme Capu,  fauchés comme les blés, s’aiment en musique en savourant chaque seconde. Puis survient le chaos, les coups de feu, les attentats, les bombes et la ville qui bientôt  pourrait se refermer sur eux. Ils partent, vite, loin, vers Grisaille, l’ancienne ville de Sitam…

Cette fuite sonne le début de leur longue marche à travers la campagne vers la zone, la banlieue, puis l’autre ville. Rejoints par Benji, amoureux fou d’une aubergiste folle, la vie passe loin du vacarme. Jusqu’au jour où… Là ce sera non pas seulement la banlieue, mais Amsterdam, une autre ville, une autre langue, un autre pays.

Au même moment, Sitam ressent d’étranges douleurs. Examens, hôpital, personnel soignant débordé, la maladie est là, sournoise, qui va le détruire peu à peu. Une fois de plus, il quitte tout.

Dans le rythme et le style du personnage principal, il y a un soupçon de la course effrénée du voyageur au bout de la nuit… Dans cette fuite, dans la maladie, la folie, la pauvreté, mais aussi la solidarité des va-nu-pieds, l’amitié, la poésie parfois. C’est écrit dans un style étonnant, mais qui m’a rapidement lassée, surtout dans la relation avec Archibald. Car cette écriture m’a comment dire, fatiguée. Il m’a manqué quelque chose, un je ne sais qui qui m’aurait rendu attachants ces différents personnages. Là je les ai à peine survolés, sans pouvoir réellement ni les entendre, ni les comprendre, ni les aimer ou les haïr d’ailleurs.

Dans ce texte il y a pourtant la musique et la musicalité des mots, l’écriture et la poésie, c’est rythmé et ça balance parfois comme la vie, bercé par l’éphémère et le provisoire, mais trop sans doute. Alors il m’a manqué un je ne sais quoi, peut-être parce que ce rythme m’a rappelé d’autres auteurs et surtout m’a embarquée dans trop de situations ?

💙💙


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…

Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…

Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Date de parution : 16/08/2018 / Format : 11,5 x 19,0 cm / 208 p. / 15,00 € / ISBN 978-2-283-03148-3

Vivre ensemble. Émilie Frèche

Vivre ensemble, dans le roman d’Émilie Frèche est un postulat universel qui se décline sur différents plans, de la cellule familiale recomposée au pays qui tente tant bien que mal d’assimiler les migrants qui frappent à sa porte.

Domi_C_Lire_vivre_sensemble_emilie_freche_stockNovembre, Déborah et Pierre sont en terrasse d’un café parisien. Impuissants, ils assistent aux attentats sanglants qui meurtrissent et sidèrent la France. Sortir vivant de l’horreur, cela vous  change profondément… Pierre et Déborah ont chacun un fils, en garde alternée, fils qui ne se connaissent pas encore. Mais l’urgence de vivre, de s’aimer, de se blottir l’un contre l’autre, de former une famille, même recomposée,  est la plus forte.
Aussi peu de temps après, ces rescapés lucides quant à la fragilité de la vie et conscients d’être des miraculés décident de vivre ensemble. La vie est courte, ne faisons pas attendre un bonheur possible. Rapidement, Salomon, le fils de Pierre manipulé par celle que son père nomme MdS (mère de Salomon, c’est dire !) va se rebeller contre cette famille qu’il rejette de toutes ses forces d’adolescent sensible et différent, violent et solitaire.

En parallèle à son métier, Pierre part chaque semaine dans la jungle à Calais. Là, il assiste bénévolement les migrants dans leurs démarches pour obtenir des papiers et un accueil digne. Pourtant, là encore rien n’est simple. Ces hommes et ces femmes qui ont traversé frontières, mers et montagnes, pays en guerre, recomposent à Calais les haines et les combats fratricides qui leur ont fait quitter leur pays…

Dans le Vivre ensemble d’Émilie Frèche il y a donc une famille recomposée, celle que l’on tente justement de composer, il y a la difficulté à comprendre et à vivre avec un enfant difficile, différent, l’acceptation de la religion de l’autre, de ses habitudes, de son passé. Il y a aussi l’ombre des attentats terroristes qui ont touché le pays en novembre puis en juillet et la capacité de résilience des rescapés. Enfin, il y a une présence absolument prégnante, celle de la jungle de Calais et toute la difficulté à vivre ensemble, que ce soit à Calais où dans les pays d‘accueil.

Voilà un roman qui parle sans se cacher de l’utopie que représente le Vivre ensemble, qui ose enfin avouer qu’il est parfois difficile voire impossible de comprendre et d’accepter l’autre, celui qui est différent, qui vous interpelle mais vers qui on a tant de mal à aller pour tenter de le connaitre. Qu’il s’agisse de la famille, des relations avec les enfants ou entre hommes et femmes, ou même de migrants, l’inconnu, le repli sur soi comme le communautarisme sont souvent des freins trop importants à l’acceptation de l’autre, qui vient vers nous mais ne nous ressemble pas. Une fois de plus Émilie Frèche a les mots pour nous faire réfléchir – et même s’il me manque peut-être un point de vue, celui des enfants, et si la situation est quelque peu « parisienne » – son talent nous emporte dans une intrigue à plusieurs niveaux qui ne nous lâche pas jusqu’à la toute dernière page, que dis-je, la dernière ligne.

💙💙💙💙

Pour aller plus loin on peut lire également les avis de Nicole du blog motspourmots, du blog matoutepetiteculture, ou de Bibhorslesmurs.

Du même auteur, j’avais beaucoup aimé également le roman Un homme dangereux.


Catalogue éditeur : Stock

 « La première fois qu’ils se sont vus tous les quatre, le fils de Pierre n’a pas supporté un mot du fils de Déborah, ou peut-être était-ce juste un rire, et, pris d’une rage folle, il s’est mis à hurler qu’il les détestait, que de toute façon elle ne serait jamais à son goût et Léo jamais son frère, puis il a attrapé un couteau de boucher aimanté à la crédence derrière lui et, le brandissant à leur visage, il a menacé de les tuer – cela faisait une heure à peine qu’il les connaissait. »
Tout le monde ne parle que du vivre-ensemble mais, au fond, qui sait vraiment de quoi il retourne, sinon les familles recomposées ? Vivre ensemble, c’est se disputer un territoire.

Émilie Frèche est romancière. Elle est l’auteur, entre autres, de Deux étrangers (Prix Orange du livre en 2013 et prix des lycéens d’Île-de-France 2013).

288 pages / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234081734 / Prix : 18.50 €

Le cœur converti. Stefan Hertmans

C’est en Provence que Stefan Hertmans a puisé l’intrigue de son roman d’amour et de batailles. « Le cœur converti » entraine ses lecteurs de Rouen jusqu’au Caire, sur les pas de la belle et courageuse Vidgis.

Domi_C_Lire_le_coeur_converti_hertmans_gallimard.jpgA Monieux, l’auteur découvre qu’en l’an mille un pogrom a eu lieu dans ce petit village, la population juive a été exterminée, et un trésor y serait toujours caché.  Il part à la découverte des faits qui le mènent alors vers Vidgis la belle et David son mari devant le Dieu des juifs.

Vers 1100, Vidgis Adelaïs vit en Normandie. Issue d’une riche famille de Vikings chrétiens installés à Rouen, la belle aux cheveux blonds et aux yeux bleus croise le regard fier et noble de David, devant la Yeshiva (école juive). Son cœur d’adolescente ne fait qu’un tour, l’amour frappe les deux jeunes gens malgré l’interdiction formelle de mésalliance entre religions. A cette époque,  l’alliance avec un ou une juive est impossible, et renier sa religion pourrait conduire Vidgis droit au bûcher.

Elle réussira à rencontrer celui qu’elle décide de prendre pour époux. Face à la fureur de son père, Vidgis et David sont contraints à la fuite, poursuivis sans relâche par des chevaliers attirés par la rançon promise par le père.

Ils traversent la France, Évreux, Orléans, Bourges, Clermont-Ferrand, le chemin est long et difficile pour arriver jusqu’à Narbonne. Ils vont par les chemins isolés, soumis aux intempéries et aux risques perpétuels d’agression, de vols, de viols, d’être découverts, trahis, capturés.  Enfin, la belle Vidgis, devenue Hamoutal est officiellement baptisée par son beau-père le Grand Rabbin de Narbonne. Convertie à la religion juive, la belle devra apprendre les règles de sa nouvelle religion et abandonner ses croyances chrétiennes.

C’est à cette époque que le pape Urbain II, soucieux d’assoir son pouvoir, exhorte les chrétiens à reconquérir le tombeau du christ à Jérusalem. Il lance la première croisade. Les armées se forment, disparates, composées de chevaliers, de paysans, de va-nu-pieds. Fort d’une promesse d’Indulgence, les massacres de mécréants ne sont pas rares. Les Croisés provençaux qui font route vers Constantinople s’arrêtent près du petit village de Monieux, demande abris et vivres. Un véritable pogrom s’ensuit, pillages des maisons, massacres dans la synagogue, enlèvements d’enfants, rien ne sera épargné à la communauté juive du paisible village. David est assassiné. Hamoutal, restée seule avec son dernier né prend la route vers Jérusalem. Elle s’arrêtera en Égypte.

C’est dans la Gueniza d’une synagogue du Vieux Caire que sera retrouvé le document qui atteste de son existence, de sa conversion, puis de sa fuite et de son séjour en Égypte. Document conservé à Cambridge et sur lequel a travaillé Stefan Hertmans pour écrire son roman. L’auteur sait mêler la petite histoire, celle de ce couple et de leurs amours interdites, à la grande Histoire, celle des grands bouleversements du Moyen Age. C’est la fin d’une cohabitation tolérée entre les trois grandes religions, mais aussi le début des guerres et des croisades. Il nous fait vivre à deux époques, celle de son récit, où la haine et la violence se mêlent à cette tragique histoire d’amour, de vie et de mort, et celle de ses recherches, de ce chemin qui le conduit dans les pas de Vidgis. J’ai été au départ un peu désorientée par cette alternance de récits, mais j’ai trouvé au final cette construction très intéressante.

D’abord attirée par la couverture de ce roman dont je ne connaissais pas l’auteur, j’ai plongé dans la vie de la belle Vidgis et je ne l’ai plus lâchée… Je l’ai accompagnée dans ses amours, dans sa fuite, dans son délire, au cœur de la folie et de la violence des hommes. Un très bon roman. Quelle tristesse, car qu’elle que soit l’époque, les religions ne font assurément pas bon ménage avec la liberté…

💙💙💙💙💙

La Gueniza du Caire est un dépôt d’environ 200 000 manuscrits juifs datant de 870 à 1880 qui se trouvait dans la synagogue Ben Ezra, en Égypte, et dont l’étude systématique a été entreprise à la fin du XIXe siècle. On jetait dans la gueniza tous les documents écrits comportant l’un des sept Noms de Dieu qu’on ne peut effacer ou détruire, y compris des lettres personnelles et des contrats légaux qui s’ouvrent par une invocation de Dieu.


Catalogue éditeur : Gallimard

Lorsque Stefan Hertmans apprend que Monieux, le petit village provençal où il a élu domicile, a été le théâtre d’un pogrom il y a mille ans et qu’un trésor y serait caché, il part à la recherche d’indices. Une lettre de recommandation découverte dans une synagogue du Caire le met sur la trace d’une jeune noble normande qui, à la fin du onzième siècle, convertie par amour pour un fils de rabbin, aurait trouvé refuge à Monieux.

La belle Vigdis est tombée amoureuse de David, étudiant à la yeshiva de Rouen. Au péril de sa vie, elle le suit dans le Sud, commence à prier son dieu et devient Hamoutal. Son père ayant promis une forte somme à qui la ramènerait, des chevaliers se lancent à sa poursuite. Puis les croisés, de plus en plus nombreux sur le chemin de Jérusalem, semant mort et destruction dans leur sillage, s’intéressent à cette femme aux yeux bleus.

C’est le début d’un conte passionnant et d’une reconstruction littéraire grandiose du Moyen Âge. S’appuyant sur des faits et des sources authentiques, cette histoire d’amour tragique, menée comme une enquête, entraîne le lecteur dans un univers chaotique, un monde en pleine mutation. Stefan Hertmans nous offre aussi un roman contemporain, celui d’une femme en exil que guide l’espoir.

Parution : 23-08-2018 / 368 pages / 140 x 205 mm / ISBN : 9782072728846

Les prénoms épicènes. Amélie Nothomb

Pour renouer le temps d’un roman avec l’écriture lapidaire et le sens de la tragédie (moderne) d’Amélie Nothomb, lire « Les prénoms épicènes »

Domi_C_lire_les_prenoms_epicenes_amelie_nothomb_albin_michel.jpgDans ce roman il y a deux de mes prénoms, Dominique et Claude, l’un est Lui, l’autre est Elle. Voilà ce que sont les prénoms épicènes, ceux qui sont tant masculins que féminins … Ennui des parents, manque d’imagination, incertitude sur celui ou celle qui arrive et qui n’était pas celui ou celle que l’on attendait ? Toujours est-il que dans le roman d’Amélie Nothomb Claude rencontre Dominique

Claude est amoureux de sa Reine, avec elle l’amour semble une évidence depuis cinq ans, mais elle le quitte pour épouser Jean-Louis. Car avec lui la vie confortable est une évidence, pas forcément l’amour, mais Reine est une jeune femme qui veut réussir sa vie, enfin, au moins en apparence.

Un jour, Dominique rencontre Claude à la terrasse d’un café de province. Un verre de champagne, quelques bavardages et quelque coups de téléphone plus tard, voilà Dominique et Claude mari et femme. Ils s’installent à Paris. La vie passe, une fille va naitre, nommée Épicène, en rapport avec leurs deux prénoms, le succès professionnel est au rendez-vous pour Claude, mais une soif de s’élever dans la société le taraude, il demande à Dominique de se rapprocher d’une famille qui va lui permettre de réaliser ses rêves de grandeur.

Dans tout ce roman se pose la question de ce que veut réellement dire aimer, son mari, sa femme, sa fille, son père… Et surtout comment Épicène, cette fille qui nait de l’union de Claude et Dominique, mais que son père ne saura jamais aimer,  peut-elle se construire ? Car peut-on aimer un parent qui ne vous aime pas ? Cruelle démonstration de haine partagée, Claude n’aime pas sa fille, comme si elle n’existait tout simplement pas, sa fille se paye donc ce luxe inouï et destructeur de détester ce père absent et tellement égoïste.

Ce qui est étonnant dans les romans d’Amélie Nothomb, c’est toujours qu’en si peu de mots, si peu de pages, l’essentiel du message qu’elle veut faire passer est dit. La substantifique moelle des sentiments, amour, haine, violence, désespoir, est tirée, mise en exergue. Tout est là, vengeance, amour, colère, tout est ressenti au plus profond de soi, c’en est parfois glaçant ! Avec ce roman, je renoue un peu avec l’engouement que j’avais connu en lisant Stupeur et tremblement, mais qui m’avait pourtant abandonnée par la suite.

Citation :

-J’ai écrit une thèse sur le verbe « to crave ».
-Peux-tu traduire ?
-Cela signifie « avoir un besoin éperdu de »
To crave. Eh bien, c’était le verbe de ma vie et je ne le connaissais pas. J’en ai pourtant sacrément exploré le sens.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

17.50 € / 22 Août 2018 / 130mm x 200mm / EAN13 : 9782226437341

La blessure. Jean-Baptiste Naudet

La blessure, de Jean-Baptiste Naudet, c’est le roman de trois vies qui n’en font qu’une, de tant de guerres multiples et cependant uniques, un roman de mort, d’amour, de vie.

Domi_C_lire_la_blessure_jean_baptiste_naudet_l_iconoclasteAnnée 80, la mère de l’auteur, la douce Danielle, sombre dans la folie, un chagrin, une culpabilité, la rongent et la détruisent peu à peu. Son mari, Gilles, n’aura d’autre issue que de la placer en hôpital psychiatrique, pour sauver son fils de cette relation destructrice, intime, douloureuse. Mais pourquoi cette folie précisément à ce moment de sa vie, pour cette femme mariée qui a élevé ses trois enfants ?

En 1960, Robert l’alpiniste est en Grande Kabylie, en Algérie, impliqué dans cette guerre violente, souterraine, fratricide, qui fera tant de morts inutiles. Entre Danielle et Robert, c’est l’amour fou, le vrai, le pur celui des étoiles qui brillent la nuit, celui d’un avenir serein à deux, celui de la douceur et du bonheur. Alors Danielle attend le retour du conscrit qui se bat et s’efforce de rester un Homme sur ces terres de l’AFN (Afrique Française du Nord). Attendre et s’écrire, souvent, des mots d’amour et de vie, d’espoir et de projets, de caresses et de baisers tendres… Mais Robert ne rentrera pas, Robert est mort là-bas, enterré ici, comme tant d’autres jeunes hommes de vingt ans à peine.

Et Jean-Baptiste, qui ne sait pas, ne connait pas, va vivre des années de douleurs, à se chercher, à tenter de comprendre qui il est. Reporter de guerre, il part sur les fronts les plus sanglants, les plus dangereux, pour affronter sa propre mort.  Avant de savoir, avant de comprendre enfin que c’est peut-être la mort d’un autre qu’il a inconsciemment endossée, recherchée, espérée.

A travers les mots de Robert, si puissants dans leur humanité qui montre son besoin et son désir profond de rester un homme droit, humain, mais aussi à travers son expérience de journaliste, l’auteur parle de la guerre dans ce qu’elle a de plus absurde, de plus violent, de plus inhumain, de plus stupide.

Oh, Barbara
Quelle connerie la guerre !

C’est un double parcours que nous présente l’auteur, avec ses mots puissants et justes qui évoquent l’homme qu’il a été et celui qui se reconstruit, et cet amour éternel entre sa mère et Robert.
Ce roman, s’il en est un, est un souffle de vie, d’amour, de mort aussi.
Ce roman est un cri, un cri d’amour ou de révolte, d’un homme qui veut vivre, reprendre sa vraie place et ne plus exister à la place d’un autre, inconnu mais tant aimé, vivant mais pourtant déjà mort depuis longtemps.
C’est comme un appel au secours pour vivre pleinement un futur heureux, attendu, espéré depuis longtemps.

Merci Jean-Baptiste Naudet pour ces mots si vrais, si sincères, si violents parfois, envers l’homme que vous êtes, envers la mort qui vous a hanté si longtemps, envers la vie qui vous attend.

Lors de la présentation par l’auteur, j’avais eu une vive émotion à ressentir le poids des souvenirs, la souffrance mais surtout l’espoir qui étaient portés par l’auteur à travers son livre, immense émotion en expliquant le pourquoi et le comment du travail d’écriture, le cheminement vers ces mots qui libèrent du passé d’un autre si lourd à porter. A lire La blessure, l’émotion est intacte, la douleur, la souffrance, et l’amour si fort qui émanent de ces pages en font une œuvre bien singulière, forte et unique en son genre, réaliste et puissante.

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Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Le fiancé de Danielle est mort en Algérie. Hantée par ses lettres, elle sombre dans la folie. Son fils, reporter de guerre, se débat avec cet héritage. Un roman brutal écrit dans l’urgence.

304 pages / 17,00 € / EAN : 9782378800246

Jean-Baptiste Naudet : Grand reporter au service international de L’Obs après avoir été journaliste au Monde, Jean-Baptiste Naudet  a couvert une dizaine de conflits, de la Yougoslavie à la Tchétchénie, de l’Irak à l’Afghanistan. Spécialiste de l’Europe de l’Est, des Balkans et du Caucase, il a été correspondant à Bucarest, Zagreb et Moscou.

Il est diplômé en lettres de la Sorbonne, de l’École supérieure de journalisme de Lille et en relations internationales de Sciences Po Paris.  La Blessure  est son premier roman.

L’habitude des bêtes. Lise Tremblay

Lise Tremblay signe avec « L’habitude des bêtes » un roman sur la vie où la nature prend  toute sa place dans le majestueux décor des forêts canadiennes

Domi_C_Lire_l_habitude_des_betes_lise_tremblay_delcourtAu Québec, dans le parc national du Saguenay, Benoit Lévesque passe des jours tranquilles avec son chien Dan. Depuis des années, il a abandonné Montréal et son métier de dentiste pour venir s’installer dans son chalet au bord du lac.

Dans sa vie d’avant, il y a son ex-femme, qui a refait sa vie et à qui il ne parle plus vraiment … et surtout sa fille Carole, la mal aimée par des parents qui ne l’ont jamais comprise, par elle-même qui rejette sa propre image – elle se veut plate, sans sexe apparent – soignée en psychiatrie quand il aurait certainement fallu comprendre un problème d’identification, de genre et d’acceptation de soi. Il y a surtout Dan, ce chiot arrivé tout à fait par hasard dans son existence, mais qui se meurt aujourd’hui, Dan qui lui a prouvé qu’on pouvait aimer, aimer un chien, aimer les gens autour de soi, aimer l’autre.

A la lisière du parc, dans la forêt, les loups rodent, et dans ces contrées encore isolées, la loi est celle des hommes, pas celle de la justice. Aussi quand les chasseurs décident de « faire le ménage » pour protéger leurs futurs trophées de chasses, ces orignaux blessés et abimés par les loups, la tension monte entre Rémi, qui n’a jamais quitté la région, son neveu Patrice, qui est le garde du parc national, et les chasseurs qui appartiennent aux familles puissantes du village.

Tout au long du roman le lecteur sent une menace qui pèse sur l’équilibre de la population. Une tension monte entre les hommes. Le lecteur perçoit cet équilibre permanent entre la vie et la mort, la maladie et la vieillesse, entre la sauvagerie et la civilisation aussi , même si on peut se demander parfois lequel est le plus civilisé…

L’appréhension de la mort, le fatalisme avec lequel elle est acceptée voire attendue par la vieille Mina est très touchante et m’a fait penser au très émouvant film La Ballade de Narayama dans lequel cette vieille femme part vers les montagnes pour attendre la mort. Les préparatifs de Mina, la façon dont elle règle les choses pour que tout soit facile pour ceux qui devront s’occuper d’elle, est exemplaire.

Finalement, malgré une légère frustration, car cette tension m’a fait attendre une catastrophe qui ne vient pas, L’habitude des bêtes restera pour moi une lecture d’impressions, de moments de vie, d’échanges avec la nature, et de regards envers la mort, celle des êtres qui nous sont chers et la nôtre aussi sans doute. Lise Tremblay nous démontre que dans ces territoires où la nature est toute puissante il ne reste que l’essentiel, les sentiments, la vie, la mort, tout le reste est accessoire.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Delcourt littérature

« J’avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié Dan, un chiot. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors Benoît décide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national. Lire la suite…

Lise Tremblay est née à Chicoutimi. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur général. Elle a également obtenu le Grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour son recueil de nouvelles La Héronnière (Leméac, Babel). Elle a fait paraitre trois romans au Boréal : La Sœur de Judith (2007), Chemin Saint-Paul (2015) et L’Habitude des bêtes (2017).

EAN : 9782413010265 / Parution le 22 août 2018 / 128 pages / 15€