Mon inventaire 2020

Janvier 2021, Domi C Lire 6 ans déjà

Domi C Lire est un rendez-vous quotidien indispensable pour partager ma passion et vous donner je l’espère quelques envies de lecture.

2020 était une drôle d’année avec des mois de confinement, des jours que l’on n’a pas vu passer, et souvent l’impression de perdre son temps, de ne pas avancer…

Heureusement l’envie de lire et de partager mes coups de cœur était toujours là. Que ce soit à propos de nouvelles lectures, de rencontres (trop rares cette année) avec des auteurs, d’expositions, de musées, théâtres et les villes ou les lieux que j’ai découvert et partagé ici.

Il y a beaucoup moins d’expositions, musées, théâtre, mais on se rattrapera en 2021 j’espère. Alors avec un peu plus de 190 livres tous genres confondus lus en 2020, combien en reste-t-il ? En tout cas, impossible de n’en garder que 10 comme je pensais le faire au départ…

Voici Mon inventaire 2020

Ces premiers romans bouleversants

Ces romans qui m’ont fait vibrer

Ces thrillers qui m’ont sortie du quotidien

Une envie de voyage

Une incursion réussie en littérature étrangère

Une BD, parce que Boris Vian !

Mémoire de soie, Adrien Borne

Quand la famille est un monde et que son histoire se mêle à celle du pays

Lorsque Émile part pour le service militaire, en juin 1936, il a vingt ans et connaît si bien Auguste et Suzanne, ses parents, qu’il sait déjà comment ils vont réagir face à la séparation annoncée. Continuer leur vie, leurs habitudes, sans rien en changer. Pourtant, lorsque sa mère dépose au fond de son sac un mystérieux carnet, il n’imagine pas à quel pont sa vie va en être transformée.

Car ce n’est pas le nom de son père, Auguste, que le militaire va dire à haute voix lors de son incorporation, mais celui de Baptistin, un prénom inconnu qui lui ouvre un monde de questions et de silences. Dès lors, il n’aura de cesse de comprendre, pourquoi cet inconnu, pourquoi ces silences dans la famille, pourquoi l’absence de son véritable père.

Peu à peu, il remonte le fil de son histoire, et de l’histoire de son pays.

Suzanne abandonnée par ses parents. Sans doute n’ont-ils pas assez d’argent pour faire vivre la famille, alors une fille choisie au hasard dans la fratrie va être donnée à l’orphelinat des sœurs. Là, elle sera éduquée et apprendra comment tenir une maison pour trouver un mari, et surtout un métier. Elle connaît bien les cocons du vers à soie, et maîtrise parfaitement le processus pour faire naître le fil tant convoité.

Elle croise dans l’église du village un beau garçon. De rencontre silencieuse en œillade intimidée, les deux jeunes gens échangent quelques mots, puis décident de se fréquenter. Suzanne quitte l’orphelinat pour la magnanerie de Bapstistin. Car Bapstistin a repris l’œuvre du père, cette magnanerie avec ses papillons, ses vers à soie qui éclosent et prospèrent pour donner le fil de soie tant apprécié par les soieries lyonnaises. Pourtant l’installation ne se fait pas sans mal, la future bru ne plaît pas beaucoup à la mère.

Mais la guerre, mais la grippe espagnole, mais le deuil et l’enfant… Baptistin n’est pas rentré du front en 1918. Auguste qui lui n’est jamais parti pourra prendre la suite, la place du frère préféré, et pourquoi pas tenir le rôle du père absent.

Ce roman est magnifique, tout en finesse dans l’évocation des sentiments. Il est à la fois dur, profond, violent parfois, et très fort, surtout quand il parle de l’intime et du silence, de la solitude et de la séparation, de la jalousie et de l’absence. Basé sur une histoire vraie, celle de l’ancêtre de l’auteur, il est aussi le reflet d’une époque. Il évoque les années difficiles des deux grandes guerres, mais aussi une époque où dire ses sentiments, les montrer, aimer, espérer, souffrir, se faisait en silence et loin des autres.

L’écriture est ciselée, poétique, même pour dire le tragique et la douleur, les mots sont posés, les sentiments décryptés avec subtilité, sensibilité et beaucoup d’empathie. C’est une belle découverte de cette rentrée littéraire.

Catalogué éditeur : JC Lattès

Ce 9 juin 1936, Émile a vingt ans et il part pour son  service militaire. C’est la première fois qu’il quitte la  magnanerie où étaient élevés les vers à soie jusqu’à la fin  de la guerre. Pourtant, rien ne vient bousculer les habitudes  de ses parents. Il y a juste ce livret de famille, glissé au fond  de son sac avant qu’il ne prenne le car pour Montélimar.
À l’intérieur, deux prénoms. Celui de sa mère, Suzanne, et  un autre, Baptistin. Ce n’est pas son père, alors qui est-ce ?  Pour comprendre, il faut dévider le cocon et tirer le fil,  jusqu’au premier acte de cette malédiction familiale.
Ce premier roman virtuose, âpre et poignant, nous  plonge au cœur d’un monde rongé par le silence. Il explore  les vies empêchées et les espoirs fracassés, les tragédies  intimes et la guerre qui tord le cou au merveilleux. Il raconte  la mécanique de l’oubli, mais aussi l’amour, malgré tout, et la vie qui s’accommode et s’obstine.

Nombre de pages : 250 / EAN 9782709666190 / Prix du format papier : 19,00 € / EAN numérique : 9782709665889 / Prix du format numérique : 13,99 € / Date de parution : 19/08/2020

Les lettres d’Esther, Cécile Pivot

Petit éloge de la lenteur et du regard porté à l’autre

Esther, libraire à Lille, organise un atelier d’écriture épistolaire. Les lettres, elle connaît bien, car elle en a rédigé des milliers qu’elle a échangé avec son père, un auteur connu qui vivait à quelques rues de chez elle.
Des lettres comme un pont, une porte ouverte entre eux, ces mots couchés sur ce papier qui permet de dire tout ce que l’on ne peut échanger par la parole. Manque de temps, mauvais moment, pas la bonne attitude, qu’importe les raisons, les mots dits ne sont pas les mots écrits, n’ont pas la même pondération, la même portée sur celui qui les émets comme celui qui les reçoit.

Dans cet atelier d’écriture, les participants ont tous les âges, tous les passés et tous un avenir, mais ils sont à un croisement de leur vie. Et cet échange aussi bouleversant que sincère et ouvert, va aider chacun à avancer.

On y trouve Juliette et Nicolas, un couple qui se déchire depuis la naissance de leur fille. Juliette ne se sent absolument pas mère et les angoisses causées par la naissance de sa fille vont peut-être briser son couple. Nicolas essaie de tenir, d’élever sa fille dans l’amour de cette mère en pleine dépression post-partum qui tente de mettre des mots sur le mal qui la ronge. Samuel, un adolescent qui cherche sa place dans sa famille anéantie par le décès de son frère mort d’un cancer, mais aussi Jeanne, une dame âgée veuve qui n’en peut plus de sa solitude. Et enfin Jean, un homme d’affaires hyper actif qui semble avoir perdu le goût des affaires, et cherche sans doute à donner un nouvel élan à son existence.

À travers les exercices donnés par Esther, chacun avance à petit pas sur le chemin du mieux-être. Ce regard posé sur eux-mêmes, ces pensées intimes qu’ils s’avouent puis dévoilent, sont aussi des moyens de progresser vers une introspection thérapeutique et salvatrice.

Petit éloge de la lenteur, de la pensée structurée, du regard porté à l’autre. Il y a beaucoup de sincérité et de douceur, un brin de nostalgie peut-être, et un grand bonheur à se poser, loin de l’immédiateté de notre monde en perpétuel mouvement, où chacun réagit à la seconde sans prendre le temps de vivre réellement avec cet autre que l’on côtoie trop souvent sans même le regarder ni l’écouter.

J’ai beaucoup aimé ce roman empreint d’humanité et de sincérité. J’apprécie également l’écriture de Cécile Pivot que je découvre avec « Les lettres d’Esther ».

On ne manquera pas de lire également les chroniques des blogs Les livres de K79, Doucettement et Encres vagabondes

Catalogue éditeur : Calmann-Levy

« Cet atelier était leur bouée de sauvetage. Il allait les sauver de l’incompréhension d’un deuil qu’ils ne faisaient pas, d’une vie à l’arrêt, d’un amour mis à mal. Quand j’en ai pris conscience, il était trop tard, j’étais déjà plongée dans l’intimité et l’histoire de chacun d’eux. »

En souvenir de son père, Esther, une libraire du nord de la France, ouvre un atelier d’écriture épistolaire. Ses cinq élèves composent un équipage hétéroclite : une vieille dame isolée, un couple confronté à une sévère dépression post-partum, un homme d’affaires en quête de sens et un adolescent perdu.
À travers leurs lettres, des liens se nouent, des cœurs s’ouvrent. L’exercice littéraire se transforme peu à peu en une leçon de vie dont tous les participants sortiront transformés.
Roman initiatique, pétri de tendresse et d’humanité, ces Lettres sont un éloge de la lenteur, une ode au pouvoir des mots.

EAN : 9782702169070 / Prix : 19.50 € / Pages : 320 / 135 x 215 mm / Parution : 19/08/2020 / EAN numérique : 9782702169452 / Prix Numérique : 13.99 €

A trop aimer, Alissa Wenz

Un roman sensible et fort sur l’emprise amoureuse

Une narratrice dont on ne connaîtra pas le nom décrit sa rencontre avec Tristan. Tristan l’homme providentiel, l’amour et le révélateur de sa vie de femme, mais qui s’avère rapidement le manipulateur, celui dont l’emprise délétère va la mener à sa perte si elle n’arrive pas à s’en défaire.

Elle est danseuse, prof, aime danser et chanter, tout ce qui rend sa vie plus belle. Il est tellement beau, intelligent, créatif ce photographe, que son charisme, sa prestance et son air de ne pas avoir l’air l’ont immédiatement séduite. Elle se laisse prendre dans ses filets.

Mais le séducteur devient jaloux, exclusif. Il faut dire que Tristan est un artiste insatisfait et malheureux. Elle a tellement envie de le protéger, de compatir, de l’aider que petit à petit elle s’efface devant lui. Il doute d’elle et la fait douter. Il se plaint d’elle et la fait hésiter. Elle tente de le comprendre, mais ne voit pas que comprendre l’origine du mal ne peut en rien l’excuser. Vient alors le manque, la solitude, peu à peu elle s’isole, ne voit plus ses amis. Insidieusement la violence s’installe, sournoise, destructrice. Et surtout elle fini par s’oublier en chemin.

Alissa Wenz a le sens des mots, de la forme pour faire passer les sentiments, la douleur, la force de cette emprise et l’impossibilité de s’en détacher, pour dépeindre le côté sournois et pervers de cette manipulation destructrice. Les personnages sont terriblement émouvants. Je les ai trouvés attachants, révoltants, vivants et réels aussi par la justesse de leur description. Il y a beaucoup de sensibilité et de force dans ce roman que j’ai lu d’une traite, mais qui vous coupe le souffle tant la violence qu’il dénonce prend corps sous nos yeux.

Il est urgent de lire A trop aimer, un roman sensible et fort qui parle d’amour, un peu, beaucoup, mais surtout d’emprise, de manipulation psychologique, de violence conjugale et de mensonge. Ou comment une femme intelligente et structurée, que l’on imagine armée pour se défendre, se laisse prendre insensiblement dans le filets de l’homme qu’elle aime, jusqu’à ne plus vraiment exister. Et chacune de se dire, à sa place, qu’aurais-je fait ? Jusqu’où peut-on aller par amour sans se perdre vraiment. Une lecture émouvante et poignante.

Catalogue éditeur : Denoël

Elle le rencontre, et c’est un émerveillement. Tristan est un artiste génial qui transforme le rêve en réalité. À ses côtés, la vie devient une grande aire de jeux où l’on récite des poèmes en narguant les passants. Il ne ressemble à personne, mais cette différence a un prix. Le monde est trop étriqué pour lui qui ne supporte aucune règle. Ses jours et ses nuits sont ponctués d’angoisses et de terreur. Seul l’amour semble pouvoir le sauver. Alors elle l’aime éperdument, un amour qui se donne corps et âme, capable de tout absorber, les humeurs de plus en plus sombres, de plus en plus violentes.
Jusqu’à quel point? Au point de s’isoler pour ne plus entendre les insultes, au point de mentir à ses proches, au point de s’habituer à la peur? Est-ce cela, aimer quelqu’un?

Un premier roman d’une rare justesse sur l’emprise amoureuse.

240 pages / 140 x 205 mm / ISBN : 9782207160350 / Parution : 19-08-2020

Rosa Dolorosa, Caroline Dorka-Fenech

L’amour d’une mère, aveuglant et inconditionnel

Ils se promènent dans le vieux Nice. Rosa et Lino, la mère et le fils, sont inséparables depuis toujours. Surtout depuis qu’elle a chassé le père. Elle veille comme une louve sur sa merveille. Même si parfois Lino se perd dans l’alcool des nuits entières et a quelques accès de violence.

Ensemble, ils ont un rêve. Quitter le restaurant Le petit soleil et rénover un hôtel dans le quartier. Les plans sont faits, ne manquent que les financements. Avec l’aide de Marc, son ami de cœur, et grâce à son dynamisme et sa fougue Rosa séduit les investisseurs potentiels. Le rêve est enfin à leur portée. Lino le plongeur amoureux de la mer sait déjà qu’il installera dans le hall de leur hôtel trois-étoiles un immense aquarium rempli de méduses.

Mais c’est sans compter sur un événement dramatique, une mort inexplicable et l’arrestation au petit matin de Lino, le fils chéri.

Cette mère passionnée le sait, son fils est innocent ; alors elle doit tout faire pour le faire sortir de prison. La bataille ne fait que commencer pour cette mère inquiète et malade, mais surtout combative et pugnace. Rien ne peut l’arrêter. Pas même les doutes, les questionnements de son entourage, les affirmations des enquêteurs.

L’auteur déroule ici un scénario aussi plausible que tragique. C’est un étonnant questionnement sur le vrai rôle d’une mère, sur la connaissance que les parents ont de leurs enfants, sur le silence et l’éducation, la confiance et le partage, l’amour maternel incandescent et aveuglant. L’obstination d’une mère, ses sentiments les plus profonds, son assurance et son jusque-boutisme sont maîtrisés, pesés et réalistes jusque dans leur folle concrétisation.

L’amour absolu, la confiance, le désespoir dont elle fait preuve prennent le lecteur dans leurs filets pour l’amener vers un dénouement aussi dramatique qu’inéluctable. Un roman bouleversant que l’on ne lâche pas avant d’avoir tourné la dernière page.

Catalogue éditeur : éditions de La Martinière

Un premier roman magnétique, sombre et lumineux, dont l’héroïne rappelle la Gloria de John Cassavetes et la Mamma Roma de Pasolini. Nourri d’images organiques, charnelles, poétiques, ce livre retrace le parcours d’une mater dolorosa prise dans une quête obsédante et dévorante pour prouver l’innocence de son fils.

« Elles étaient au nombre de douze. Douze méduses qui plongèrent parmi les bulles éclairées au néon dans l’aquarium. Leurs tentacules flottant comme des fourreaux de fantômes. »

Dans les rues serpentines du Vieux-Nice, Rosa déambule au bras de son fils, Lino. Ensemble ils rêvent de posséder un hôtel dans lequel un immense aquarium accueillerait des méduses. À peine dix-neuf ans d’écart, ils forment un duo inséparable. Jusqu’au jour où Lino est arrêté et emprisonné pour le meurtre d’un enfant.
Pour Rosa, l’innocence de son fils est incontestable. Dans un ballet d’images charnelles, poétiques, la mater dolorosa se lance dans une quête sublime et dévorante. Mais jusqu’où l’amour maternel peut-il conduire ?

Née en 1975, Caroline Dorka-Fenech, diplômée de lettres modernes et de l’Atelier scénario de la FEMIS, a travaillé comme lectrice de scénarios, script doctor et enseignante. Rosa dolorosa, son premier roman, est le fruit d’un travail de dix ans.

27 août 2020 / 130 x 205 mm / 288 pages / ISBN : 9782732494258

La discrétion, Faïza Guène

Une famille, deux cultures, un roman universel contemporain

De Faïza Guène, j’avais lu et apprécié Un homme ça ne pleure pas qui évoquait déjà l’émigration algérienne en France. Dans La discrétion, l’écriture a mûri, la légèreté s’est envolée, le lecteur part à la rencontre de Yamina, et de différents membres de sa famille.

Yamina est née en 1949 dans l’Algérie colonisée, dans la province de Msirda Fouaga. Famine, sécheresse, fragilité des récoltes et dureté de la vie sont le lot quotidien de ses parents, dans ce pays soumis aux affres de la guerre. De son enfance, Yamina retient les années d’école, le bonheur d’apprendre, puis la retour à la maison, seule fille de la fratrie elle doit aider la mère et abandonner cartable et cahiers. Ce sera plus tard la fuite vers le Maroc, puis l’exil vers la France avec Brahim, ce mari plus âgé qu’on lui a choisi.

Yamina déborde d’amour pour les siens, vit discrètement, accepte son sort et celui imposé aux émigrés, jamais vraiment acceptés dans ce pays qui pourtant devient aussi le leur, même si la génération d’après née sur le sol français est toujours une génération d’étrangers. Yamina et Brahim ont eu des filles et Omar, le fils chéri. Des années plus tard, Omar est taxi Uber. Pas facile de gagner sa vie, même quand on est issu d’une famille qui a toujours eu du travail, où l’on a toujours mangé à sa faim et que l’on a fait des études.

Le mariage de l’aînée est un échec retentissant et inacceptable pour les parents. Et quand leur plus jeune fille décide de quitter le domicile familial sans être mariée c’est totalement incompréhensible pour ces parents aux traditions encore fortement ancrées, malgré une vie passée en région parisienne.

Le roman alterne les récits de plusieurs époques et différents personnages, montrant ces disparités familiales, ceux qui suivent encore la tradition, ceux qui essaient de s’en libérer, le divorce comme un fléau pour les femmes, mais pas pour les hommes, la place des filles, à la maison, les études, les mariages arrangés, des règles que tous appliquent avec plus ou moins de rigueur, en pensant faire au mieux pour le bonheur de tous. Toujours présent également l’amour des parents pour leurs enfants, et l’amour filial et le respect qui empêchent parfois un enfant de vivre pleinement sa vie. Enfin, ce cruel dilemme des enfants de la deuxième génération qui ne trouvent leur place ni dans le pays d’origine de leurs parents, ni dans leur pays de naissance. Jusqu’à quand ? Combien faudra-t-il de générations avant que chacun accepte l’autre pour ce qu’il est, et arrête de voir uniquement d’où il vient.

L’écriture est précise, sans fioriture, elle décrit sans jugement, sans partis pris, sans rancune. Elle donne l’exacte dimension des sentiments de Yamina, son amour pour ses enfants, leur réussite, les souffrances de l’enfance, les regrets, mais aussi un bonheur simple enfin accessible.

Catalogue éditeur : Plon

« Ses enfants, eux, ils savent qui elle est, et ils exigent que le monde entier le sache aussi »

Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée. À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté.
Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ?
Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien.

Née en 1985, Faïza Guène est romancière et scénariste. Kiffe kiffe demain, traduit en vingt-six langues, la fait connaître à l’âge de dix-neuf ans.
Dans La Discrétion, elle rassemble les fragments d’une histoire intime qui vient bouleverser le roman national.

Parution : 27/08/2020 / EAN : 9782259282444 / Nombre de pages : 256

La cuillère, Dany Héricourt

à la recherche du père, une quête initiatique loufoque et sensible

La famille de Seren gère l’hôtel des Craves au Pays de Galles. Ses grands-parents, sa mère, ses demi-frères et Peter son père, chacun y a son utilité et ses fonctions. Tout semble aller au mieux jusqu’au décès soudain du père dont la dernière phrase restera à jamais « Je file indubitablement vers l’âge où l’on dort en chaussettes ».

Dans la chambre où repose le défunt, le moment de sidération passé, Seren est obnubilée par une cuillère d’argent posée sur sa table de nuit. D’où vient cet objet brillant, ciselé, inconnu ?

Seren se rêve artiste, qu’à cela ne tienne, elle dessine sans fin ladite cuillère, puis décide de découvrir sa provenance. La question devient rapidement obsessionnelle, Seren n’a qu’un issue, tenter d’en trouver l’origine pour déchiffrer cette énigme qui la perturbe. Il semble bien qu’elle doive pour cela traverser la manche, car l’argenterie, les gravures, les dessins sont caractéristiques d’une époque et typiques des possessions de la bourgeoisie française.

Seren embarque le temps d’un été dans la Volvo de son père. Les fesses posées sur les sièges usés de sa vieille voiture, elle part jusque dans le Morvan, puis en Bourgogne, à sa rencontre… Une fuite pour se retrouver, pour accepter la perte d’un père, le chagrin de l’absence ?

Car c’est bien son père qu’elle va tenter de comprendre et sans doute de mieux connaître, à travers cette quête aussi loufoque qu’indispensable. De château en château, de rencontre en déception, d’espoir en surprise, la joie mais aussi le deuil sont peut-être au bout du chemin.

Forte d’une double culture, d’un humour et d’une plume aussi divertissante qu’émouvante, Dany Héricourt nous fait aimer cette jeune femme partie à la recherche du père. Un roman bien plus profond qu’il n’y paraît de prime abord, une lecture réjouissante, originale et émouvante.

Dany Héricourt, les Correspondances de Manosque

Catalogue éditeur : Liana Levi

L’objet brillant est sagement posé sur la table de nuit. Seren devrait prêter attention à son père, étendu sous le drap: sa mort vient de les surprendre tous, elle et ses frères, sa mère et ses grands-parents, mais c’est la cuillère en argent ciselée qui la retient: elle ne l’a jamais vue dans la vaisselle de l’hôtel que gère sa famille au Pays de Galles. À l’aube de ses dix-huit ans, la jeune fille pourrait sombrer, mais les circonstances aiguisent sa curiosité. L’énigme que recèle l’objet, avec son inscription incisée, la transporte. Elle se met à dessiner passionnément (la cuillère) et à observer toute chose de son regard décalé. Un premier indice sur sa provenance la décide à traverser la Manche, à débarquer en France et, au volant de la Volvo paternelle, à rouler. La cuillère pour boussole.
Beaucoup d’égarement, une bonne dose d’autodérision et un soupçon de folie l’aideront, dans son road-trip loufoque, à se confronter à ce peuple étrange qui confond Gallois et Gaulois, avant de découvrir en Bourgogne un château chargé d’histoire(s).

Date de parution : 27 août 2020 / 240 pages / ISBN : 9791034903146 Prix : 19,00 € / Version numérique prix : 14,99 € ISBN ePub : 9791034903153

L’enfant céleste, Maud Simonnot

Un roman de vie et de résilience qui donne envie d’atteindre d’inaccessibles étoiles

Célian est un enfant sensible, il s’ennuie à l’école et la tension est vive avec ses professeurs. Difficile pour l’éducation nationale d’accepter et de faire émerger ces enfants qui sortent du cadre, trop peu de temps et d’énergie disponibles. Pourtant, lorsqu’il est avec sa mère Mary, cet enfant surdoué est passionné par de nombreux sujets et fait preuve d’une belle intelligence du cœur.

Mary vient de vivre une rupture amoureuse abrupte et déstabilisante. L’envie est forte de se ressourcer loin de la ville et d’éviter la dépression qui la guette. Sans attendre la fin des classes, elle part avec son fils, tout aussi passionné d’astronomie qu’elle, pour Ven, une ile de la mer Baltique sur laquelle l’astronome Tycho Brahe avait construit autour de 1580 l’observatoire astronomique d’Uraniborg. Ce même astronome dont les observations révolutionneront l’immuabilité du monde céleste tel que le concevaient les anciens.

A Ven, Mary et Célian sont accueillis par Solveig, dans sa pension qui héberge aussi  Des Esseintes, et où vient parfois son neveu, le beau et mystérieux Björn. Là, ils vont renaitre à la vie au contact de la nature sauvage, se ressourcer sous le ciel étoilé limpide et scintillant dans la nuit noire. Souvenirs d’enfance pour l’une, souvenirs pour demain pour l’autre, et pour nous lecteurs, la découverte de leurs émotions, avec la voix tantôt de Mary, tantôt de Célian, et toujours en fil rouge le passionnant et singulier parcours de Tycho Barne, ses recherches, ses découvertes. La littérature n‘est jamais loin non plus, Shakespeare -et si Tycho était l’inspirateur d’Hamlet ?-, Tennyson, pour ne citer qu’eux, ont la part belle et c’est tant mieux.

Le voyage est multiple. Dans le temps, à la rencontre de cet astronome de la Renaissance dont l’auteur nous fait découvrir la vie. Dans l’espace sur l’Ile de Ven, avec sa faune, sa tranquillité, sa nature sauvage préservée. Voyage vers l’apaisement pour Mary qui après être passée par tous les stades du chagrin dus à la rupture va enfin renaitre au bonheur. Enfin cheminement vers une meilleure connaissance de soi pour Célian, cet enfant céleste qui peut enfin se construire et s’accepter tel qu’il est, différent.

Les chapitres très courts donnent le rythme, impulsent les émotions, les chagrins, la résilience. L’écriture est belle, ciselée, délicate et émouvante. C’est une lecture qui nous fait partir loin, hors du monde des vivants, dans cet espace-temps serein, paisible, loin des complications, au plus près de la nature et des étoiles. Cette lecture m’a transportée dans un univers quasi magique, presque irréel. Merci Maud Simonnot de nous offrir ce moment de grâce.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : L’observatoire

Sensible, rêveur, Célian ne s’épanouit pas à l’école. Sa mère Mary, à la suite d’une rupture amoureuse, décide de partir avec lui dans une île légendaire de la mer Baltique. C’est là en effet qu’à la Renaissance, Tycho Brahe – astronome dont l’étrange destinée aurait inspiré Hamlet – imagina un observatoire prodigieux depuis lequel il redessina entièrement la carte du Ciel.
En parcourant les forêts et les rivages de cette île préservée où seuls le soleil et la lune semblent diviser le temps, Mary et Célian découvrent un monde sauvage au contact duquel s’effacent peu à peu leurs blessures.

Porté par une écriture délicate, sensuelle, ce premier roman est une ode à la beauté du cosmos et de la nature. L’Enfant céleste évoque aussi la tendresse inconditionnelle d’une mère pour son fils, personnage d’une grande pureté qui donne toute sa lumière au roman.

Date de parution 19/08/2020 / Nombre de pages 176 / Code ISBN 979-10-329-1369-7 / Format 14 x 20 cm / 17€

Héritage, Miguel Bonnefoy

Les rêves de quatre générations portés par la magie de l’écriture de Miguel Bonnefoy

En 1873, celui qui deviendra Lonsonier part de France où il était viticulteur dans le Jura, pour rejoindre la Californie après la grande épidémie de phylloxera du XIXe siècle. Le père de Lazare accoste finalement à Valparaíso au Chili avec trente Francs et un cep de vigne en poche.  C’est à Santiago du Chili qu’il va refaire sa vie, d’abord en épousant Delphine, puis en lui faisant trois fils et en reconstituant là-bas les vignes perdues de France.

Quatre générations plus tard, que sont devenus ces enfants d’émigrés ?
Lazare a connu la guerre, la moche, celle des tranchées qui le laisse à jamais exsangue et amputé à la fois d’un poumon et de sa jeunesse comme de son insouciance. Il a fait sa vie auprès de la belle et sauvage Thérèse qui aime les oiseaux autant sinon plus que les hommes.

La vie continue, arrive Margot. C’est une enfant passionnée qui rêve de devenir pilote. Pas facile quand on est une femme dans un univers d’hommes et en plus dans une discipline balbutiante. Il faut de la pugnacité pour assouvir sa passion.
Mais à son tour, portée par l’amour d’un pays qui pourtant n’est pas le sien, elle part faire la guerre en Europe, la grande cette fois. Là, elle sera une combattante de l‘ombre et c’est une femme différente, bien que saine et sauve, qui revient au pays. Un fils, Ilario Da, et une révolution plus tard, le pays sombre dans la dictature. Il faut alors essayer de vivre ou de mourir, avec ou sans gloire. Ilario est arrêté, torturé, forcé à son tour à l’exil.

L’écriture est belle, puissante et simple à la fois, les caractères sont bien trempés, le surnaturel occupe sa juste place et le rythme ne faiblit jamais. L’auteur une fois de plus nous transporte dans une saga qui, à travers plusieurs générations, mêle les traditions de deux pays, dans cette époque difficile de deux grandes guerres, aborde les affres de la dictature et ses conséquences sur tout un pays, et y pose un brin de surnaturel comme il sait si bien le faire. Une histoire qu’il connait bien et qui est aussi son propre héritage.

Les personnages hauts en couleurs nous font vivre à travers leurs familles l’histoire du Chili, ses liens avec la France et la difficile adaptation des migrants qui jamais ne renient leur pays d’origine. Il est important aussi de se souvenir que si les français accueillent sur leur sol les migrants d’aujourd’hui, de nombreuses générations ont eu par le passé à migrer à leur tour vers des terres plus ou moins hospitalières.


Catalogue éditeur : Rivages

La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines. C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation, et qu’elle s’unira à un étrange soldat surgi du passé pour donner naissance à Ilario Da, le révolutionnaire.
Bien des années plus tard, un drame sanglant frappera les Lonsonier. Emportés dans l’oeil du cyclone, ils voleront ensemble vers leur destin avec, pour seul héritage, la légende mystérieuse d’un oncle disparu.

Dans cette fresque éblouissante qui se déploie des deux côtés de l’Atlantique, Miguel Bonnefoy brosse le portrait d’une lignée de déracinés, dont les terribles dilemmes, habités par les blessures de la grande Histoire, révèlent la profonde humanité.
Miguel Bonnefoy est l’auteur de deux romans très remarqués, Le Voyage d’Octavio (Rivages poche, 2016) et Sucre noir (Rivages poche, 2019). Ils ont tous deux reçu de nombreux prix et été traduits dans plusieurs langues.

EAN: 9782743650940 / Parution: août, 2020 / 256 pages / Prix: 19,50€

L’amour égorgé, Patrice Trigano

Une biographie complète et passionnante du poète René Crevel

René Crevel (1900-1935) est un poète surréaliste fort méconnu, en tout cas d’un lecteur lambda comme moi.

Commencer son adolescence avec la vision effroyable de son père pendu et de ses pieds au-dessus du sol juste à hauteur de votre regard a de quoi bouleverser toute une vie. Nous sommes en 1914, c’est une vision voulue par une mère maltraitante, agressive et tyrannique. Une seule issue possible, fuir le plus vite possible cette ambiance délétère de violence et de désamour pour enfin essayer de se construire.

C’est ce qu’il fait en quittant le foyer familial pour Paris, ses cafés, ses poètes, ses dadaïstes puis ses surréalistes, qu’il va très rapidement rencontrer et qui le passionnent. Il s’intègre dans la bande de Tzara, Breton, Aragon.

René est un beau jeune homme. Il plait aux femmes, aux hommes aussi, et n’arrive pas à définir ses attentes amoureuses. Il est attiré par l’humain plus que par l’homme ou la femme, mais il craint ses aspirations homosexuelles honnies tant par sa famille que par son époque. Les rencontres de Gide, Aragon ou encore Cocteau vont réussir à le libérer et à accepter sa bisexualité.

René souffre depuis l’enfance d’une tuberculose qui l’handicape presque à chaque instant de sa vie. Son jeune frère, jamais soigné par une mère qui refusait d’admettre cette faiblesse, décède très jeune de cette même maladie. De nombreux séjours en sanatorium, d’innombrables opérations, des soins réguliers aideront René à vivre quelques années de plus. Dès lors, il aura à cœur de profiter à fond de tout ce qui vient, la création bien sûr, mais aussi et surtout l’amour, hommes et femmes, les amis, l’alcool, les drogues, la fête et se fondre dans ce Paris des années folles partout et tout le temps.

René Crevel rencontre tous ceux qui ont fait son époque, André Gide et Jean Cocteau, on l’a dit, les surréalistes et les dadaïstes, avec Tristan Tzara ou André Breton, mais aussi Nancy Cunard, éternelle amoureuse, mécène des artistes, ardent défenseur de la cause des noirs. Salvador Dali, Gala, Paul Eluard, Jacques Prévert, Marc Allégret ou Alberto Giacometti croiseront son chemin. Avec eux tous il va vivre des moments intenses de création, d’exaltation, de liberté dans cet entre-deux guerre dans lequel commence à sourdre les relents d’un fascisme qui cache encore son nom. C’est encore l’époque du parti communiste et des espoirs de liberté et d’égalité pour tout le peuple, les intellectuels défendent la cause du prolétariat ouvrier, et y croient.

L’auteur Patrice Trigano nous offre là bien plus que le portrait d’un homme, c’est aussi le portrait d’une génération d’artistes qui ont marqué en profondeur la création française du XXe. Écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, cinéastes, ils sont tous là, et leurs talents, leurs conflits, leurs faiblesses et leurs batailles d’égo se déroulent devant nous pour notre plus grand bonheur de lecteur.

Ne sachant pas trop à quoi m’en tenir en ouvrant ce livre, j’ai été absolument emballée par le rythme et par la puissance d’évocation de la personnalité de René Crevel et de son besoin de trouver une place au milieu de tous ceux qu’il a côtoyé à un moment ou un autre de sa courte vie.

Un roman publié à l’occasion du centenaire du surréalisme

Envie d’en savoir plus sur certains personnages de cette époque ?

Vous pouvez lire aussi Avec toute ma colère, un roman dans lequel Alexandra Lapierre dévoile la relation amour/ haine entre Nancy Cunard et sa mère. Pour mieux connaitre Robert Desnos, on ne manquera pas de lire Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant.

Et pour aller un peu plus loin Les parapluies d’Erick Satie par Stéphanie Kalfon, ou encore 37, étoiles filantes par Jérôme Attal.

Catalogue éditeur : Maurice Nadeau

Un matin de juin 1914, à son réveil, René Crevel, âgé de quatorze ans découvre le corps pendu de son père à la poutre centrale du salon de l’appartement familial. Ce traumatisme alimentera un besoin de révolte qui ne quittera pas le poète qu’il devint. Tourmenté par sa bisexualité, tour à tour amoureux d’un peintre américain puis d’une jeune berlinoise adepte du triolisme, dégoûté par son corps atteint de tuberculose, René Crevel conjurait son mal de vivre en cherchant dans les abus de la drogue, du sexe, et des frivolités mondaines l’apaisement de ses maux.

Jusqu’à son suicide en 1935, il rêva à une version régénérée du monde en devenant tour à tour membre du mouvement Dada, du groupe surréaliste et enfin du Parti communiste. En une épopée passionnante, d’une plume alerte, Patrice Trigano fait revivre dans ce roman les moments d’exaltation, les sentiments de craintes, d’angoisses, les douleurs morales et physiques de René Crevel. Il dresse une peinture des milieux intellectuels des années vingt et trente, alors que le fascisme était en embuscade, à travers des portraits saisissants des amis du poète : Gide, Nancy Cunard, Breton, Éluard, Aragon, Tzara, Cocteau, Dali, Giacometti.

Passionné par les grandes figures de la révolte, Patrice Trigano a précédemment publié : La Canne de saint Patrick (2010, Prix Drouot) et Le miroir à sons (2011) aux Éditions Léo Scheer et aux Éditions de La Différence : Une vie pour l’art (2006), À l’ombre des flammes. Dialogues sur la révolte (avec Alain Jouffroy, 2009), Rendez-vous à Zanzibar (correspondance avec Fernando Arrabal, 2010), L’Oreille de Lacan (2015). Suivent aux Éditions Maurice Nadeau, Artaud-Passion (2016) et au Mercure de France, Ubu-roi, merdre ! (2018).

Paru le 10 septembre 2020 / 978-2-86231-292-7  Prix : 18 €