Le voyage du canapé-lit, Pierre Jourde

Odyssée burlesque ou exorcisme ? Est-ce pour éloigner la mort, le deuil et le chagrin, parce qu’on peut penser au passé et en rire que Pierre Jourde a écrit « Le voyage du canapé lit » ?

Lors du décès de sa propre mère, la mère de Pierre Jourde, qui a eu toute sa vie une relation exécrable avec cette femme égoïste, décide de ne conserver de cet héritage encombrant qu’un antique et inconfortable canapé-lit. Elle demande à ses deux fils de le transporter dans la maison de famille en auvergne. Ce souvenir d’une relation conflictuelle trouvera sa place dans cette maison où s’entassent déjà aux yeux de ses fils maints objets inutiles.

C’est donc le prétexte pour les deux frères et la belle-sœur à se retrouver coincés pendant un long trajet dans une camionnette de location, et surtout le prétexte à égrener des souvenirs. Souvenirs en particulier de la relation apparemment assez compliquée entre les deux frères. Et l’auteur de les égrener page après page ces souvenirs, de voyages – l’Inde, un coiffeur grec rencontré dans les rues de Londres – de chutes, de maladies, d’ennuis gastriques, de conflits familiaux ou professionnels, avec entre autre une scène où apparait Christine Angot perdue dans quelques salon littéraire de province.

Est-ce là une thérapie familiale sur fond de canapé ? Il semble qu’avec Pierre Jourde, le décès d’un proche soit un excellent déclencheur pour une introspection intime à partager avec le lecteur. Ce roman est me semble-t-il écrit au décès de sa mère. Son roman précédent était empreint de tristesse, celui-ci se veut franchement désopilant. Winter is Coming était un roman difficile, tellement intime, tellement tragique en un sens. J’imagine qu’il n’est pas aisé de se remettre à l’écriture à la suite de ce deuil, alors pourquoi cet autre livre sur la famille ?

On aime ou pas. Pour ma part, je me suis profondément ennuyée posée sur ce canapé à regarder défiler les villages de La Charité-sur-Loire à Clermont-Ferrand, à dérouler le fil des souvenirs, banals, ordinaires. Pourtant, une fois de plus, j’avoue que j’ai apprécié l’écriture de cet auteur qui, s’il ne réussit vraiment pas à me séduire par son histoire, l’aurait presque fait par la qualité de sa prose.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Gallimard

Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.

Un récit hilarant, parfois féroce dans la description des névroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne réjouissante, d’érudition goguenarde.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072776250 / Parution : 10-01-2019 / Prix : 20€

Matador Yankee. Jean-Baptiste Maudet

Un road trip américain sur fond de corrida et de dettes de jeu, une belle qui disparait, il n’en faut pas plus pour avoir envie de suivre Matador Yankee, le héros de Jean-Baptiste Maudet.

Harper le blondinet vit à la frontière entre deux mondes, Mexique d’un côté, États-Unis de l’autre, il n’appartient réellement ni à l’un, ni à l’autre, mais un peu des deux coule dans ses veines. Pas vraiment cowboy, pas vraiment garçon vacher, il est devenu torero par le force des choses, faute de mieux peut-être. C’est un toréro de pacotille qui n’a jamais réellement connu le vrai succès. Il se produit dans les arènes de chaque côté de la frontière. Il s’évade dans sa tête et s’imagine qu’il est le vrai fils de Robert Redford, son idole, surtout dans ce film où il joue avec Paul Newman, Butch Cassidy et Sundance kid. Faute de mieux, pourquoi ne pas s’inventer la famille dont on rêve.

S’il n’est pas vraiment un mauvais bougre, Harper est totalement fauché, il a contracté une forte dette de jeu et doit beaucoup d’argent à Roberta, la tenancière du bordel de Tijuana… Il vient trouver Antonio, l’ami de toujours, le fils de celui qui l’a aidé et soutenu lorsqu’il était enfant, mi bandit mi paumé, qui est devenu le gardien des arènes de Tijuana, pour qu’Antonio éponge sa dette. Il devra se donner en spectacle dans les arènes d’un village paumé de la Sierra Madre, et dire au maire du dit village qu’Antonio veut épouser Magdalena, sa fille. Mais Magdalena a disparu…

Bon, là c’est déjà embrouillé, mais ça va l’être encore plus, car ce village est peuplé d’indiens un peu sauvages, d’un maire et de sa femme tous deux légèrement hystériques, et la dette à Roberta, la disparition de Magdalena, ne sont pas aussi faciles à solutionner que ce que l’on pouvait penser de prime abord…

Impossible d’en dévoiler d’avantage… Lisez et vous serez comme moi pris par l’intrigue, les personnages, l’écriture, de ce roman qui court, respire, s’essouffle, transpire, lutte, sanglote, déteste et aime. C’est une sarabande que l’on n’a pas envie de lâcher, juste envie de savoir où part Harper… dans quel fichu pétrin il va se fourrer…

J’ai aimé l’écriture de ce premier roman, mais surtout les personnages, leur côté excessif, bandits, menteurs, séducteurs, cowboy sur le retour,  femmes en mal d’amour… On s’y attache et on tourne les pages avec l’envie d’aller au bout de leur histoire.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Le Passage

Harper aurait pu avoir une autre vie. Il a grandi à la frontière, entre deux mondes. Il n’est pas tout à fait un torero raté. Il n’est pas complètement cowboy. Il n’a jamais vraiment gagné gros, et il n’est peut-être pas non plus le fils de Robert Redford. Il aurait pu aussi ne pas accepter d’y aller, là-bas, chez les fous, dans les montagnes de la Sierra Madre, combattre des vaches qui ressemblent aux paysans qui les élèvent. Et tout ça, pour une dette de jeu.

Maintenant, il n’a plus le choix. Harper doit retrouver Magdalena, la fille du maire du village, perdue dans les bas-fonds de Tijuana. Et il ira jusqu’au bout. Parfois, se dit-il, mieux vaut se laisser glisser dans l’espace sans aucun contrôle sur le monde alentour…

Alors les arènes brûlent. Les pick-up s’épuisent sur la route. Et l’or californien ressurgit de la boue.

Avec Matador Yankee, sur les traces de son héros John Harper, Jean-Baptiste Maudet entraîne le lecteur dans un road trip aux odeurs enivrantes, aux couleurs saturées, où les fantômes de l’histoire et du cinéma se confondent. Les vertèbres de l’Amérique craquent sans se désarticuler.

Jean-Baptiste Maudet est géographe. Il enseigne à l’université de Pau.  En 2019, il publie Matador Yankee, son premier roman.

ISBN: 978-2-84742-407-2 / Date de publication : Janvier 2019 / Nombre de pages : 192 / Dimensions du livre : 14 x 20,5 cm / Prix public: 18 €

La cire moderne. Vincent Cuvellier. Max de Radiguès

Dans le roman graphique de Vincent Cuvellier et Max de Radiguès la fabrique de cierges « La cire moderne »  risque fort de transformer la vie de quelques jeunes en mal de projet de vie !

DomiCLire_la_cire_moderneDe Max de Radiguès, j’ai découvert à Angoulême Weegee, Sérial photographer dont j’ai déjà parlé ici. Là, nous naviguons dans un tout autre univers. Si pour Weegee, l’auteur c’était inspiré d’une histoire vraie, et donc d’un scénario qui n’était plus qu’à adapter, là, tout était à créer. Et les auteurs de prendre le pari compliqué de parler indirectement spiritualité et religion, avec cette fabrique de cierge dont le seul débouché s’avère être dans les différents lieux de culte du pays.

Lorsque Emmanuel hérite de son oncle, il n’est pas au bout de ses surprises. En effet, le défunt ne lui a pas laissé d’argent ni de biens immobiliers, mais tout un stock de cierges, qu’il doit débarrasser dans les plus bref délais. Alors que faire  quand on est jeune, débrouillard et sans le sous ? Eh bien, on peut embarquer Sam, sa copine et Jordan, le frère déjanté de cette dernière et partir à Châteauneuf-le-Viel, récupérer les cierges puis partir sur les routes. Ensuite, de monastères en églises, ils vont tenter de liquider ce stock encombrant en échange de quelque monnaie sonnante et trébuchante.

Et l’on découvre au passage que même les fabriques de cierges se délocalisent en chine, qu’il n’y a donc pas de petit profit, que l’artisanat est dépassé, et  que certains cierges peuvent même avoir une vieille odeur de… pieds !

Mais sur le parcours, de Lisieux à Lourdes, Emmanuel et ses amis vont rencontrer des prêtres, de nouveaux amis, les questions seront nombreuses et Emmanuel ne sortira pas indemne de cette aventure. Ses interrogations sur son avenir, sur le sens que l’on donne à sa vie, sur l’amitié, se bousculent, au point de partir vers d’autres cieux pour tenter de se retrouver. Étonnant point de vue, qui nous emmène plus loin que prévu, dans une recherche de soi, d’un idéal, d’un but. Affaire à suivre alors !


Catalogue éditeur : Casterman

Un jeune couple vivote dans une maison à la campagne lorsque surgit un héritage inattendu : une fabrique de cierges !

Collection Écritures /16,95 € / 160 pages – 17.2 x 24 cm / Noir et blanc / ISBN : 9782203100589 / Paru le 18/01/2017

 

The long and winding road. Ruben Pellejero. Christopher

The long and winding road nous embarque avec Ulysse et les potes de son défunt père à bord d’un mythique combi Volkswagen, dans un tour de France épique, jusqu’à l’Ile de Wight, pour une aventure à la recherche de son passé, de soi, de sa vie.

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A bord de son combi, Ulysse découvre des copains de son père absolument déjantés, et de fait un père totalement impénétrable et secret, ayant rêvé, aimé, souffert, espéré, regretté, mais au final vécu une vie de jeune homme et d’adulte qui lui est inconnue.

Et si finalement la quête de son père devenait la rencontre avec lui-même. Épaulé par les copains, tous plus décalés les uns que les autres, il remonte le temps et ira de découverte en découverte.
C’est charmant, parfois poétique et tout à fait passionnant, le lecteur ému remonte l’histoire sur des airs de rock. On embarque avec bonheur dans ce road trip qui a tout de la quête initiatique, porté par cette bande son totalement seventies qui accompagne le road trip de la folle équipe et qui ravira tous ceux qui l’auront écoutée tout au long de la lecture.
Le trait, légèrement naïf mais d’une grande fraicheur, nous entraine dans l’intimité de la famille et au cœur de l’amitié. Le changement de couleur nous transporte du présent au passé, de la jeunesse à l’âge d’homme, pour un confort de lecture qui permet de profiter pleinement de l’intrigue.
On referme cette BD avec comme une envie de faire un retour sur soi, de mieux se connaitre et de courir voir ses proches, quelques regrets aussi avouons-le de ne pas avoir cherché à mieux les comprendre ou à leur parler quand ils étaient encore là. De beaux personnages, un graphisme absolument magnifique, on est totalement fan de « The long and winding road ».

J’ai eu le grand plaisir de rencontrer les deux auteurs, Ruben Pellejero et Christopher, lors du lancement de cette BD, et de les entendre parler de ce travail qu’ils ont fait en commun, Comment Pellejero arrivait par exemple à dessiner les mots et les idées de Christopher pour qu’il sonnent plus juste, plus fort et plus intime à la fois. Une entente entre les deux artistes qui se sentait au-delà du simple travail en commun, un vrai plaisir. La BD fait 180 pages, un travail lourd et difficile qui ne se renouvellera pas tout de suite c’est évident, on le regretterait presque ! Mais on se souvient que Pellejero a repris la suite des Corto Maltese, voilà donc un projet qui occupe bien son temps forcément. Merci messieurs, pour le bonheur de la rencontre et pour celui que j’ai eu à la lecture de la BD.


Catalogue éditeur : Editions Kennes

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » disait le poète. C’est pourtant sans joie que notre Ulysse entreprend le voyage posthume que lui propose son père. En guise de dernière volonté, celui-ci l’invite à répandre ses cendres sur l’île de Wight, en Angleterre, en suivant le même périple que lui lorsqu’il s’était rendu au mythique concert de 1970. Une odyssée rock qui avait changé le cours de sa vie. Et qui pourrait bien changer la sienne…
Sur une bande-son d’époque, au volant d’un combi Volkswagen hors d’âge et flanqué des trois compagnons de jeunesse de son père, tous plus barges les uns que les autres, Ulysse empruntera donc la route longue et sinueuse qu’ils avaient suivie quelques années plus tôt. Au-delà de la ligne blanche, Ulysse découvrira que son père n’était pas ce petit bourgeois étriqué pour qui il n’avait jamais eu grande estime. Et à travers lui, il comprendra mieux d’où il vient et qui il est vraiment. Un voyage intérieur d’une rare intensité !
Date de parution : 05/10/2016 / EAN : 9782875803160