Samuel Beckett, le plus beau visage du XXe siècle, Tullio Pericoli

Pour les 30 ans de la mort de Samuel Beckett, l’artiste italien Tullio Pericoli s’expose à la galerie Gallimard

L’artiste a une passion tant pour l’œuvre que pour le visage de Samuel Beckett, qui est selon lui le plus beau visage du XX° siècle.

Tullio Pericoli est un artiste peintre né en Italie en 1936. Il a réalisé une centaine de portraits de l’écrivain, bien qu’il en l’ait jamais rencontré et se base toujours sur le fonds de photos disponible dans les différentes archives.

A ma question, pourquoi seulement des portraits de l’écrivain âgé, Tullio Pericoli m’a répondu une évidence : pour trouver sur ce visage les traces d’une vie, d’une passion, de tout ce qui fait l’homme et l’artiste. Les sillons, les rides, les expressions du visage, voilà ce qu’il recherche, et ce qu’il rend de façon incroyablement pertinente.

« Beckett est l’écrivain que j’ai le plus peint et dessiné. C’est même devenu une obsession. Son visage me fascine. J’y vois une sorte de mystère, je scrute les rides, les marques ; c’est comme si le temps s’était mis à raconter tout ce qu’il avait pensé et vécu. »

J’ai particulièrement aimé les peintures, huiles sur toile ou sur bois, colorées ou ton sur ton, mais aussi de très expressifs dessins au fusain ou les aquarelles sur papier.

Allez-y, rencontrez Samuel Beckett, il vous regarde, mutique et secret, et qui sait si comme moi en sortant vous n’aurez pas envie de le relire !

Exposition vente à l’occasion des 30 ans de la mort de Samuel Beckett
Quand : Jusqu’au 30 Novembre 2019
Où : Galerie Gallimard au 30/32 rue de l’université Paris 7

Les Oiseaux morts de l’Amérique. Christian Garcin

« Les Oiseaux morts de l’Amérique » et le regard de Christian Garcin pour évoquer avec mélancolie le sort des héros de ces guerres que l’on voudrait tant oublier.

Christian Garcin fait vivre sous nos yeux Les oiseaux morts de l’Amérique à travers le regard de Hoyt Stapleton, Matthew McMulligan et Steven Myers, trois vétérans. Dans cet ailleurs qu’est l’Amérique des laissés pour compte, de nombreux vétérans du Vietnam – ces rats des tunnels qui allaient risquer leur vie pour combattre les Viêt-Cong – ou d’Irak, ont trouvé refuge dans les tunnels d’évacuation des eaux de la ville de Las Vegas. Ils subsistent en faisant l’aumône auprès de ceux qui vivent dans cette ville de jeu et d’opulence, survivants invisibles d’un monde qui n’est plus.

Mais qu’à fait l’Amérique de ses soldats ? Mis à l’écart et abandonnés par un gouvernement qui ne sait pas quoi faire de ces hommes qui se sont battus pour le pays, rejetés par tous depuis leur retour du front, car symboles de ces guerres dont plus personne ne voulait déjà dans les années 70. Ils survivent, mendient, oublient leur passé, n’ont plus de présent et certainement pas d’avenir.

C’est pourtant là que Hoyt Stapleton ce taiseux stoïque et bienveillant trouve dans les livres sauvés des poubelles du Blue Angel Motel (il y trouve même des poèmes de William Blake !) l’espoir qui manque à sa vie. Dans les livres et dans cette imagination qui le transporte ailleurs, dans une autre dimension temporelle, un futur à se construire ou un passé à retrouver, là où est cette mère qu’il trouve si belle dans sa robe bleue, aussi belle que l’ange qui veille sur le toit du Blue Angel Motel, mais aussi là où une vie meilleure semble l’attendre. Mais parfois, le passé vous rattrape d’une drôle de façon…

Dans cette Las Vegas de lumière qui dégorge d’opulence, la mélancolie et l’oubli nous submergent. Auprès de ces hommes au bord du monde, enfouis, cachés dans ces canalisations qui menacent de les engloutir aussi surement que cette vie parallèle à laquelle ils sont contraints. Et autant les guerres qu’ils ont faites semblent depuis totalement absurdes et meurtrières, autant leurs vies leur semblent à présent d’un vide et d’un dénuement abyssal. Mais faut-il remettre en question la finalité des guerres pour rendre indispensable leur combat, ou au contraire accepter l’absurdité des batailles ? Ces héros, comme des oiseaux morts, trainent avec eux les relents de ces guerres inutiles, ils ne sont ni héros, ni mendiants, juste des hommes oubliés de tous et leur évocation nous émeut…

💙💙💙💙

L’auteur nous avait déjà surpris avec son roman précédent, Les vies multiples de Jeremiah Reynolds paru chez Stock en 2016.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Las Vegas. Loin du Strip et de ses averses de fric “ha­bitent” une poignée d’humains rejetés par les courants contraires aux marges de la société, jusque dans les tunnels de canalisation de la ville, aux abords du désert, les pieds dans les détritus de l’histoire, la tête dans les étoiles. Parmi eux, trois vétérans désassortis vivotent dans une relative bonne humeur, une soli­darité tacite, une certaine convivialité minimaliste. Ici, chacun a fait sa guerre (Viêtnam, Irak) et chacun l’a perdue. Trimballe sa dose de choc post-trauma­tique, sa propre couleur d’inadaptation à la vie “nor­male”.
Au cœur de ce trio, indéchiffrable et silencieux, Hoyt Stapleton voyage dans les livres et dans le temps, à la reconquête patiente et défiante d’une mémoire muette, d’un langage du souvenir.
À travers la détresse calme de ce vieil homme-enfant en cours d’évaporation arpentant les grands espaces de l’oubli, Christian Garcin signe un envoûtant roman américain qui fait cohabiter fantômes et réalisme, sourire et mélancolie, ligne claire et foisonnement. Et migrer Samuel Beckett chez Russell Banks.

Janvier, 2018 / 11,5 x 21,7 / 224 pages / ISBN 978-2-330-09246-7 / prix indicatif : 19, 00