Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono

Le destin de Nejiko Suwa et de son Stradivarius pendant le seconde guerre mondiale

Nejiko Suwa est depuis son plus jeune âge attirée par la musique occidentale, et par le violon en particulier. Une formation à cet instrument ne peut être exhaustive, même si elle est enseignée par les plus grands musiciens japonais, que si elle est complétée par un séjour en France auprès des maîtres de son temps. La jeune femme part à Paris parfaire sa formation et étudier avec Boris Kamensky.

Mais la guerre est là, et le Japon est l’allié de l’Allemagne et de l’Italie. En 1943, c’est à Berlin de Nejiko reçoit des mains de Goebbels le Stradivarius qui va l’accompagner toute sa vie. Instrument magnifique qu’elle protège comme si sa propre vie en dépendait. Mais dont elle ignore l’origine. Est-ce un bien spolié à Lazare Braun, le musicien juif déporté avec sa famille à Auschwitz ? Si tel est le cas, Herbert Gerigk ne le lui avouera jamais. Pourtant, la jeune musicienne a bien du mal à apprivoiser les sonorités de cet instrument fabuleux, tant il est vrai que ce dernier a une âme, peut être celles de ses propriétaires successifs. Elle va de concert en concert, protégeant son instrument et peut-être elle aussi par cette forme de déni et de candeur affichés face aux atrocités de la guerre qu’elle semble ne jamais voir.

Le roman alterne plusieurs points de vue et adopte plusieurs formes. Essentiellement celui du narrateur, un musicien de jazz chargé de récupérer le Stradivarius , qui n’en est peut être pas un, mais plutôt un Guarini. Et celui de Nejiko à travers des extraits de son journal, ou dans les différentes étapes de sa carrière et de sa vie, de Paris à Berlin, des États Unis au Japon, en cette période si compliquée de la seconde guerre mondiale et de l’après guerre.

L’auteur a su mêler avec talent les connaissances historiques sur la place du Japon à cette période charnière du XXe siècle, la vie à Berlin ou à Tokyo, les tractation politiques et les règlements de compte de l’après guerre. La place de la musique et l’importance de poursuivre une carrière au service de celle-ci, quelles que soient les circonstances, y compris au mépris de l’image que l’on projette, en particulier lors de périodes troubles. Ce qui provoque d’interminables discussions, surtout hélas des années après et hors contexte, quand on essaie de comprendre de telles attitudes. Ce qui est vrai d’ailleurs pour la plupart des artistes qui ont continué à travailler pendant les différentes guerres ou conflits.

Le roman évoque aussi les tragédies de la guerre, la spoliation des biens juifs envoyés en masse en Allemagne, la déportation et la mort de millions de juifs, les villes bombardées, la fidélité sans faille des japonnais envers leur empereur et leur pays, (fidélité forcée, quand le choix est la mort ou l’indignité…), les atrocités commises par les japonais et les jugements des crimes de guerre. Enfin, on y rencontre Goebbels et les dignitaires allemands, mais aussi l’empereur Hirohito et Mac Arthur, Miles Davis et Boris Vian, Juliette Greco et Pablo Picasso pour ne citer qu’eux.

La musique est présente mais seulement comme un fil rouge ténu qui vient rappeler la passion de Nejiko, à travers les grands artistes de son époque, de ceux qui l’ont entourée et dont elle s’est inspirée, qu’ils soient chefs d’orchestre, musiciens ou compositeurs. Un premier roman très qui nous fait également re-découvrir les liens politiques et culturels existants entre les grandes nations au XXe, en particulier après la seconde guerre mondiale.

Lire également les chroniques de Les instants de lecture, Des plumes et des livres, Squirelito

Catalogue éditeur : Slatkine et Cie

Le roman vrai de Nejiko Suwa, jeune virtuose japonaise à qui Joseph Goebbels offre un Stradivarius à Berlin en 1943, au nom du rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. Le violon a été spolié à Lazare Braun, un musicien juif assassiné par les nazis. Nejiko n’arrive d’abord pas à se servir de l’instrument. Le violon a une âme. Son histoire la hante. Après guerre, Félix Sitterlin, le narrateur, musicien de la brigade de musique des Gardiens de la Paix de Paris est chargé par les autorités de la France Libre de reconstituer l’histoire du Stradivarius confisqué. Il rencontre Nejiko qui finit par lui confier son journal intime.

Paru le 7 janvier 2021 / 240 pages – Prix : 17€ / ISBN : 978-2-88944-171-6

Le Doorman, Madeleine Assas

Une vie pour découvrir NewYork, la ville qui ne dort jamais

Ray est le Doorman du 10 Park avenue, à Manhattan. Ce juif d’Oran quitte l’Algérie dans les années 60. Il s’installe aux États-Unis après un bref passage dans le sud de la France puis à Paris. Après un emploi particulièrement pénible à décharger le poisson au marché, il rencontre Hannah Belamitz qui lui propose de devenir Doorman dans son immeuble. Il y passera quarante ans de sa vie vêtu de son bel uniforme à boutons dorés.

Quarante années debout à accueillir, aider, recevoir, chacun des habitants du 10 Park Avenue, à découvrir leurs habitudes, leurs familles, leurs visiteurs, leurs qualités et leurs petits défauts, comme leurs secrets les plus inavouables. Un microcosme qui reflète si bien la diversité de la ville.

Avec Salah le compagnon de balade, il parcourt les rues et les quartiers de la grosse pomme, du seuil des années 70 jusqu’à effondrement des tours du World Trade Center.

Cet homme souvent invisible pour les autres découvre la vie des quartiers, de Little Italy à Chinatown, du Lower East Side à TriBeCa, de Harlem à Staten Island, de Brooklyn jusqu’au Bronx, il arpente chaque recoin de la grande ville et nous la fait découvrir par son regard. Les commerces, les cafés et les restaurants, les bars et leurs habitués, rien ne lui échappe. Le lecteur marche dans les pas de Ray, déambule avec lui et voit l’évolution, les bouleversements, les transformations de ces rues qui font rêver le monde entier. Quarante an, presque une vie, c’est très long et pourtant cela passe si vite. Même si le rythme alerte et vif du jeune homme a laissé la place aux pas plus hésitants du sexagénaire, son regard est toujours aussi affûté et empathique envers ses congénères, d’un côté ceux qu’il rencontre lorsqu’il tombe le costume, d’un autre ceux qu’il côtoie lorsqu’il revêt son habit de Doorman.

Je suis allée la première fois à New-York en 1976, pour le bicentenaire des USA, la ville grouillait de monde. Pour la provinciale qui débarquait là-bas après avoir vu la veille le film Taxi driver, tout cela avait un côté irréel et festif. J’y suis retournée depuis à maintes reprises. J’ai retrouvé dans les mots de Ray mes impressions d’alors et celles plus récentes de mes dernières visites. Cette différence entre les quartiers, du plus chic au plus populaire, l’anachronisme entre le gigantisme et la beauté des buildings tous plus splendides les uns que les autres et le coté vieillot et archaïque du métro ou de certaines boutiques par exemple. Le réservoirs d’eau sur les toits des buildings, les écureuils dans les parcs,, les hommes d’affaires pressés de Wall Street, les touristes émerveillés de Time Square ou les joggeurs de Central Parc, tant de quartiers si différents qui font pourtant l’unité de cette ville, en particulier de Manhattan. Les populations d’origines très diverses qui se croisent mais ne se mêlent pas. Enfin, Ray a réveillé en moi le sentiment fort et l’émotion qui m’avaient saisie en entrant à Elis Island, dans les pas des migrants venus chercher leur rêve américain au fil des décennies. Quand un roman éveille autant de souvenirs et d’émotions, c’est sans doute qu’il a atteint son but.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Actes Sud

Le Doorman est le roman d’un homme secret vêtu d’un costume noir à boutons dorés. Un étranger devenu le portier d’un immeuble de Park Avenue puis, avec le temps, le complice discret de plusieurs dizaines de résidents qui comme lui sont un jour venus d’ailleurs. À New York depuis 1965, ce personnage poétique et solitaire est aussi un contemplatif qui arpente à travers ce livre et au fil de quatre décennies l’incomparable mégapole. Humble, la plupart du temps invisible, il est fidèle en amitié, prudent en amour et parfois mélancolique alors que la ville change autour de lui et que l’urbanisme érode les communautés de fraternité.

Toute une vie professionnelle, le Doorman passe ainsi quarante années protégées par son uniforme, à ouvrir des portes monumentales sur le monde extérieur et à observer, à écouter, avec empathie et intégrité ceux qui les franchissent comme autant de visages inoubliables. Jusqu’au jour où il repart pour une autre ville, matrice de son imaginaire.

Ce livre est le théâtre intemporel d’une cartographie intime confrontée à la mythologie d’un lieu. Il convoque l’imaginaire de tout voyageur, qu’il s’agisse du rêveur immobile ou de ces inconditionnels piétons de Manhattan, marcheurs d’hier et d’aujourd’hui aux accents d’ailleurs.

février, 2021 / 11.50 x 21.70 cm / 384 pages / ISBN : 978-2-330-14427-2 / Prix indicatif : 22.00€

La sacrifiée du Vercors, François Médéline

Un voyage dans le temps à la recherche des véritables héros de notre Histoire

En ce 10 septembre 1944, quand on découvre dans une forêt du Vercors le corps de Marie, tondue, violée, assassinée, l’ombre des règlements de comptes pèse sur la scène. Mais c’est vite oublier que la famille de Marie est une famille de résistants. Alors, que s’est-il passé ?
Georges Duroy, commissaire à l’épuration, et Judith, photographe américaine et correspondante de guerre pour le magazine Life, qui se trouvent sur les lieux au moment de la découverte vont mener une enquête dont ils se seraient bien passé.

Dans cette époque trouble le moindre jeune du coin est devenu FFI ou résistant de la dernière heure. Ces ardents défenseurs de la France sont prêts à liquider l’ennemi ou le traître sans sommation. Les jeunes FFI du village sont déjà prêts à en découdre avec Simone Fucilla, un marginal italien qui se présente comme le coupable idéal. Mais les raisons invoquées ne sont peut être pas aussi limpides qu’il y paraît. Et l’on découvre à l’occasion la place donnée à l’immigré italien, ce qui permet de réaliser que chaque époque à ses boucs émissaires, ses contradictions et ses peurs quand il s’agit d’immigration.

Le roman évoque le travail rarement abordé de la police de l’épuration et de la complexité de sa tâche. Mais aussi ces nombreuses questions qui se sont posées à la fin de la guerre. Ceux de l’intérieur sont ils amis ou ennemis, héros ou traîtres, valeureux ou lâches. Qui sont nos héros, et comment peut-on arriver à réconcilier la population pour relancer un pays meurtri, par le règlement de compte ou par l’absolution ? Mais si l’absolution ou du moins le silence a été un moyen de faire repartir le pays, cela ne s’est pas fait sans dégâts. Il n’y a qu’à voir ce qu’en disent les générations actuelles chez nos voisins espagnols par exemple. Enfin, cette période de la guerre a été propice à certains règlements de comptes. Un grand nombre de femmes ont eu à en souffrir, à tord ou à raison, puisqu’on parle de près de 20 000 femmes tondues en place publique.

Le sujet est complexe et l’auteur n’apporte pas de solutions péremptoire. Il revient en fait sur sa propre histoire à la suite de la découverte dans un coffre de documents de son grand-père se rapportant à cette période précise. Avec une construction sur le modèle de la tragédie, en une seule journée et un seul lieu, il réussit a retranscrire une ambiance, une époque, et nous fait nous poser de vraies questions. Et ce roman à la fois historique et roman noir, qui interroge sur la justice et bouscule le mythe du héros par ses ambivalences, est un réel plaisir de lecture.

Catalogue éditeur : éditions 10/18

Une robe bleu roi roulée sous des branchages. Plus loin, une jeune femme sauvagement tondue gît sous un arbre.
Dans cette forêt du Vercors, Marie Valette a été violée et assassinée. Elle avait 24 ans.
Ce 10 septembre 1944, Georges Duroy, commissaire de police près le délégué général à l’épuration, et Judith Ashton, jeune photographe de guerre américaine, se trouvent sur la scène de crime.
En cette journée caniculaire, tous deux s’interrogent. Qui a pu s’en prendre si violemment à la fille d’une famille de résistants ?
Jeunes héros sortis de l’ombre, coupable idéal et villageois endeuillés s’affrontent dans les cendres encore fumantes de la Libération. Car au sortir de cinq années de guerre, ce sont les silences et les règlements de comptes qui résonnent sur les flancs arides des montagnes.
Avec force et intensité, François Médéline interroge la complexité des hommes et de leurs combats.

EAN : 9782264077981 / Pages : 198 / Format : 128 x 197 mm / 14,90€ / Parution : 04/03/2021

Le tatoueur d’Auschwitz, Heather Morris

Trouver la lumière au cœur de l’enfer

Avril 1942, dans le train qui les emporte depuis plusieurs jours vers ils ne savent quelle destination, les hommes attendent de savoir quel travail on va leur demander.
Lale a vingt-quatre ans, il est parti de Slovaquie pour sauver sa famille, enfin, ça c’est ce qu’on leur a fait croire, l’histoire nous a appris ce qu’il en était réellement. Car chaque famille juive devait remettre un homme de plus de dix-huit ans aux autorités pour l’envoyer travailler pour les allemands.

Le train s’arrête à l’entrée du camp d’Auschwitz, là où « Le travail rend libre » là où l’horreur sera chaque jour plus difficile, plus intolérable, plus dramatique. Lorsqu’on lui attribue son numéro, Lale ne sait pas encore que celui-ci sera gravé à tout jamais dans sa chair.
Il se fait une promesse, sortir vivant de cet enfer, quel que soit le prix à payer, quoi qu’il lui en coûte.

D’abord utilisé pour construire avec d’autres travailleurs les nouveaux blocs qui vont accueillir les innombrables déportés, Lale est rapidement remarqué par Pepan, le tatowierer. A compter de ce jour, il va tatouer sur les bras des nouveaux déportés ce chiffre qui deviendra leur seul repère dans ce monde qui n’a plus rien d’humain.

Le jour où il doit marquer des femmes, il croise le regard de Gita, c’est alors le coup de foudre, immédiat, irréversible. Mais peut-on aimer au milieu de l’enfer, des crématoires, des horreurs perpétrées par Menguélé, du typhus qui décime ceux qui survivent au froid, à la faim, aux privations, à la folie dévastatrice des SS ou même des Kapos.

Des années plus tard, Lale révèle l’histoire de sa vie à Heather Morris, et lui demande de l’écrire pour qu’éclate aux yeux du monde la beauté de cet amour qui les a sauvés. Impossible de lâcher ce roman-récit. Émotion, colère, les sentiments que l’on ressent à cette lecture sont foison mais elle nous permet de ne pas oublier qu’une lumière est parfois au bout de l’enfer.

Si le ton m’a semblé parfois presque trop neutre, sans affect, il a pourtant le mérite de dire sans prendre parti et c’est aussi en cela qu’il est intéressant. Les dernières pages montrent bien le pourquoi de ce ressenti, lorsque Lale explique comment il a choisi celle qui allait raconter son histoire.

Bien sûr, ceci est un roman, et l’on ne demande pas forcément à un romancier d’écrire l’histoire en respectant les faits à la virgule près. Pour ceux que ça intéresse, on peut lire à ce sujet l’excellent document du Mémorial d’Auschwitz

Catalogue éditeur : J’ai Lu

L’histoire vraie d’un homme et d’une femme qui ont trouvé l’amour au cœur de l’enfer.
Sous un ciel de plomb, des prisonniers défilent à l’entrée du camp d’Auschwitz. Bientôt, ils ne seront plus que des numéros tatoués sur le bras. C’est Lale, un déporté, qui est chargé de cette sinistre tâche. Il travaille le regard rivé au sol pour éviter de voir la douleur dans les yeux de ceux qu’il marque à jamais.
Un jour, pourtant, il lève les yeux sur Gita, et la jeune femme devient sa lumière dans ce monde d’une noirceur infinie. Ils savent d’emblée qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Dans cette prison où l’on se bat pour un morceau de pain et pour sauver sa vie, il n’y a pas de place pour l’amour.
Ils doivent se contenter de minuscules moments de joie, qui leur font oublier le cauchemar du quotidien. Mais Lale fait une promesse à Gita: un jour, ils seront libres et heureux de vivre ensemble.

Traduction (Anglais) : Jocelyne Barsse

Paru le 06/01/2021 / 256 pages – 111 x 178 mm / EAN : 9782290233795 / 7,90€

Le château de mon père, Versailles ressuscité

Comment Pierre de Nolhac, conservateur passionné, a fait du Versailles de la IIIe république un fleuron du patrimoine français

Quatre chapitres pour dire le retour à la vie de l’un des musées préféré des français et des touristes qui visitent la France. L’arrivée à Versailles (1887-1892), la redécouverte de Versailles (1892-1900), Versailles à la mode (1900-1913), Versailles entre guerre et paix (1914-1936). Puis un dossier composé de nombreuses photos et portraits pour conclure cette BD.

En 1887, Pierre de Nolhac est nommé conservateur du château de Versailles, pas vraiment une promotion quand on comprend dans quel état il est, et surtout quel est l’intérêt que porte le ministère de la culture, ou plutôt son équivalent de l’époque, pour ce château qui incarne encore si fort la monarchie et l’ancien régime. Pierre de Nolhac s’installe alors au château avec femme et enfants. D’autres enfants suivront, nés dans ce cadre certes somptueux mais qui dévore totalement la vie de Pierre de Nolhac, au détriment et pour le malheur de son épouse et de sa progéniture.

Henri, l’un de ses fils, nous conte ici son histoire. Il vient rendre visite à son père en mai 1935. Celui-ci est désormais conservateur du musée Jacquemart-André, très affaibli, il fini de rédiger ses mémoires sur les heures vécues dans le château de Louis XIV.

Les auteurs mêlent subtilement l’histoire de la renaissance de Versailles à celle du délitement de la famille de Pierre de Nolhac. Cet homme si passionné par son métier et par ce qu’il envisage de faire à mesure de ses découvertes du château et de ses trésors n’aura pas su vivre à la fois son métier et sa vie de famille. Son absence ou son indifférence devant les nombreuses naissances, les décès de certains de ses enfants qui affectent durablement son épouse, puis le départ de celle-ci, montrent qu’il n’aura jamais su gérer avec autant de ferveur sa vie personnelle.

Par contre, la résurrection du palais de Versailles, la façon dont il a été protégé en particulier pendant la seconde guerre mondiale, les œuvres cachées ou exfiltrées en province, le Grand Canal et les nombreuses fenêtres occultés, et cette énergie mise à restaurer sans le dénaturer ce splendide ouvrage que l’Histoire lui a confié, parfois en se battant contre sa propre hiérarchie, toujours réalisés grâce à la passion et au dévouement de Pierre de Nolhac, ont fait de ce musée le magnifique château que nous pouvons visiter avec tant de bonheur aujourd’hui.

Au niveau du graphisme, le parti pris du noir et blanc, avec ses dessins esquissés aux visages ou aux traits parfois à peine définis, nous plonge dans le passé avec une subtilité qui ne se voit pas forcément de prime abord, mais qui devient vite une évidence. Rendant parfois bien sombre le majestueux Palais du Roi Soleil, sans doute pour être en symbiose avec ce qu’il était à cette époque. La grande qualité de cet album vient aussi des éléments historiques fouillés, de véritables révélations pour certaines, tant il semble évident au commun des mortels dont je suis que ce château a toujours connu la même splendeur et le faste que nous pouvons admirer aujourd’hui. Même si j’ai le souvenir, à mesure de mes visites depuis près de cinquante ans, de l’ouverture de nouvelles salles, de nouveaux meubles, de restaurations aussi splendides et prodigieuses les unes que les autres. Car le travail de restauration et de conservation des grands musées, du patrimoine que nous a légué l’histoire est sans fin. Ce roman graphique a enfin l’avantage d’être créé en partenariat avec le château de Versailles et par des auteurs qui connaissent et maîtrisent parfaitement leur sujet, cela se sent et renforce la crédibilité et l’intérêt de cette lecture.

Passionnés d’histoire, de Versailles, ou simplement amateur de romans graphiques qui nous apprennent l’Histoire en nous racontant des histoires, ce livre est fait pour vous.

Catalogue éditeur : Le Château de Versailles avec la Boîte à Bulles

Comment imaginer que, voici moins de 150 ans, le château de Versailles était presque tombé dans l’oubli ?
Lorsque Pierre de Nolhac s’y installe en 1887 avec femme et enfants, il s’aperçoit bien vite que le palais du Roi-Soleil n’intéresse plus grand monde en ces temps républicains. Il faudra au jeune attaché devenu conservateur du château toute son énergie et sa détermination pour redonner au lieu ses lettres de noblesse… Mais à quel prix ?
Henri de Nolhac, le fils de Pierre, nous conte sa vie de famille et de château, un récit mêlant joies et drames, petite et grande histoire…

Scénario : Maïté Labat et Jean-Baptiste Véber
Storyboard : Stéphane Lemardelé et Alexis Vitrebert
Dessin : Alexis Vitrebert

2019 / 22 x 30 cm, 170 p., 24 € / ISBN 978-2-84953-347-5

Brûlant était le regard de Picasso, Eugène Ébodé

Pas un roman sur Picasso mais la biographie romancée d’une femme qui traverse le siècle et parle à nos émotions

J’y découvre une héroïne émouvante et attachante. Mado est née à Édéa en Afrique d’un père suédois et d’une mère camerounaise sur les bord de la rivière rouge et blanche. Toute petite elle est élevée par son père. Mais très vite celui qui est reparti en Suède pour voir sa famille se trouve bloqué là-bas car la seconde guerre mondiale vient de débuter. Tout change alors dans la vie de Mado.
Face à l’inquiétude des combats et de la guerre, et alors que son époux Jacques a pris les armes pour défendre la France libre, sa « mère d’adoption » quitte le Cameroun pour Perpignan, via le Maroc et Constantine. La rencontre avec le général De Gaulle ou l’armée du général Leclerc, les troupes françaises libres qui “blanchissent” leurs régiments à la libération de Paris, sont des épisodes marquants de ces années-là. L’arrivée à Perpignan est pour Mado une plongée dans un autre monde. L’école, la religion qu’elle embrasse sans que ce soit celle d’aucun de ses parents biologiques, tout change. Elle prend désormais conscience de sa couleur de peau, car la belle métisse attire les regards et ce n’est pas toujours un bonheur pour la jeune femme.
Jusqu’au jour où elle rencontre Marcel, l’homme de sa vie. À Céret où ils s’installent, le couple rencontre les grands artistes de son époque, Chagall, Matisse, Dali, Miro, et « Brûlant était le regard de Picasso » sur la belle Mado. Ils œuvrent ensemble pour la promotion et la protection de l’art et des artistes et pour la création du musée d’art moderne qui abrite en particulier les donations de Picasso.

J’ai aimé partager la vie et les tourments de Mado enfant, en quête de sa famille biologique, de cette mère qu’elle a longtemps crue morte mais qu’elle retrouvera finalement. Une héroïne au destin si lumineux malgré les nombreuses blessures de l’enfance, une femme à la fois forte et fragile et que l’on se prend à aimer si fort. Mais également entendre les difficultés des pays africains pendant la colonisation et la décolonisation, par ceux qui les ont vécues, que ce soit le point de vue des colons ou celui des africains.
Il faut dire que l’écriture d’Eugène Ébodé est magnifique, le style travaillé et de grande qualité. Il nous entraîne dans cette vie que nous avons tous envie de connaître. Car Mado, ou Madeleine Petrasch est âgée de 84 ans et vit à Céret. Cette femme forte, mère et grand-mère si attachante, n’est pas sortie de l’imagination de l’auteur mais est bien un personnage important de l’histoire de la ville. La créatrice de l’association des amis du musée de Céret a traversé le siècle et connu tant de chagrins et de joies.
Une superbe biographie romancée que je vous recommande vivement.

Pour aller plus loin, on ne manquera pas d’aller visiter le site de l’auteur https://www.eugene-ebode.fr/

Catalogue éditeur : Gallimard

À quatre-vingts ans passés, Mado, née d’un père suédois et d’une mère camerounaise, vit à Perpignan et se souvient : de son enfance à Edéa, au Cameroun, sur les bords de Rivière blanche et rouge, avant que n’éclate la deuxième guerre mondiale, ses horreurs et ses bouleversements. Elle revoit son départ inattendu vers la France où l’entraîne une mère adoptive aux nerfs fragiles. Les voici en escale à Témara, au Maroc, ovationnant le général de Gaulle venu stimuler la 2ème DB du général Leclerc en route vers le débarquement en Normandie. Lui revient aussi son escale à Constantine, en Algérie, où la Victoire des Alliés s’achève dans des explosions de joie mais aussi de colère. Arrivée à Perpignan, Mado déplore et le froid et les regards de biais sur une Métisse chagrine qui, longtemps, a cru sa mère biologique morte.
C’est à Céret que Mado deviendra l’amie et l’égérie secrète de plusieurs artistes de renom : Picasso, Matisse, Haviland, Soutine, Chagall, Masson, Dali…

Collection Continents Noirs / Publication date: 14-01-2021 / 256 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072914850 / 20,00€

Le train des enfants, Viola Ardone

Et si le bonheur était aussi simple qu’un aller-retour en train ?

Italie 1946, le parti communiste organise un déplacement d’enfants napolitains vers le nord du pays. La misère est grande dans le sud, la solidarité et l’entraide poussent ceux du nord à accepter ces gamins comme les leurs, et à les faire vivre avec eux, au sein de leurs familles, pendant de longs mois.

Amerigo est l’un d’eux. Il vit dans un basso du quartier populaire avec sa mère qui n’a pas de mari, mais fait de temps en temps des affaires avec un voisin un peu magouilleur. A sept ans, il traîne dans les rues du quartier avec les copains de misère, compte les chaussures trouées de ceux qui ont la chance d’en avoir aux pieds, et rêve de connaître enfin ce père inconnu parti chercher fortune en Amérique.
Souhaitant permettre à son fils de connaître autre chose que cette misère et de manger à sa faim, sa mère accepte d’adhérer au programme. Mais comme les autres enfants du train, Amerigo craint de ne jamais pouvoir revenir chez lui, d’être envoyé en Russie ou pire encore.
Il est surpris par l’accueil chaleureux qu’il reçoit dans la famille qui l’héberge. Étonné de l’amour que lui portent ces inconnus, comme s’il était l’un des leurs. Éducation, nourriture, habillement, solidarité, affection, tout devient facile, normal, évident. Et l’enfant qui rêvait de retrouver sa mère pourtant si peu démonstratrice ou aimante, s’intègre dans cette famille d’adoption au point de rêver d’y rester. Là, il va même découvrir son aptitude pour la musique.
Comme tant d’autres avec lui, le retour dans le sud est un moment douloureux et déstabilisant
D’où vient-il désormais ? Où sont sa famille et ses repères ?
Qui sont ceux qui l’aiment, le protègent, l’aident à grandir ? Le choix est difficile et pour avancer dans sa vie, Amerigo fera celui de la raison au détriment peut-être de celui du cœur.

Le train des enfants rappelle la vie difficile et misérable des régions du sud après la seconde guerre mondiale. Et montre que le choix d’une vie peut être celui du renoncement, de l’oubli, de l’abandon d’une famille. Il y a beaucoup d’émotion à l’évocation de cette misère, du manque d’affection, mais toujours avec humour et quelques lueurs d’espoir dans cette solidarité qui s’exprime par delà la solitude, la crainte, le chagrin. J’ai aimé suivre Amerigo dans son aventure hors norme, et découvrir par son regard d’enfant puis d’adulte cet épisode méconnu de l’histoire contemporaine italienne. Ce joli moment de lecture m’a fait penser aux ambiances si particulières des films italiens des années 50.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Naples, 1946. Amerigo quitte son quartier pour monter dans un train. Avec des milliers d’autres enfants du Sud, il traversera toute la péninsule et passera quelques mois dans une famille du Nord : une initiative du parti communiste vouée à arracher les plus jeunes à la misère après le dernier conflit mondial.
Loin de ses repères, de sa mère Antonietta et des ruelles de Naples, Amerigo découvre une autre vie. Déchiré entre l’amour maternel et sa famille d’adoption, quel chemin choisira-t-il ?

S’inspirant de faits historiques, Viola Ardone raconte l’histoire poignante d’un amour manquée entre un fils et sa mère.

6 Janvier 2021 / 140mm x 205mm / 304 pages / EAN13 : 9782226442017 Prix : 19.90 € / numérique
Prix : 13.99 € EAN13 : 9782226455628

La dame du Ritz, Mélanie Benjamin

Au Ritz, Claude et Blanche Auzello, un couple inoubliable et attachant

De 1923 à 1945, suivre Blanche Ross, devenue Blanche Auzello, et Claude son époux, amoureux, parfois volage, toujours attentionné. Lorsqu’ils se rencontrent à l’hôtel Claridge la jeune américaine et le futur directeur du Ritz ont déjà un secret en commun.

Viennent les années fastes, le luxe du Ritz dans lequel ils passent de plus en plus de temps. Elle, assise au bar, sous les lumières rose abricot voulues par César Ritz car elle donnent un si joli teint aux femmes. Avant Blanche, le bar du Ritz n’était pas autorisé aux femmes, dorénavant elle y écoute les derniers potins mondains, vêtue de robes et de bijoux somptueux. Lui, fait tourner cet hôtel, véritable étendard du luxe à la française.
Hemingway, Coco Chanel et tant d’autres aiment à venir là où l’on se doit d’être.

Mais les années de guerre et l’installation des hauts dignitaires nazis dans l’hôtel vont vite effacer l’insouciance et le rêve. Comment continuer à faire fonctionner le palace alors que le bruit des bottes a remplacé celui des éclat de rires, comment continuer alors que souvent le matin, il manque de employés, arrêtés, interdits de travail car juifs, puisque si l’armistice a été déclarée, la guerre et l’envahisseur sont dans Paris.
Chacun à sa manière Blanche comme Claude vont réagir face à cet ennemi installé dans ce fleuron du luxe et de l’insouciance, et dans le pays. Entrer en résistance n’est pas chose facile, pourtant l’un comme l’autre vont œuvrer pour aider leur pays dans le plus grand secret. L’un comme l’autre perdant un temps fou pour réellement se connaître et se respecter.

Mélanie Benjamin fait revivre ce couple au parcourt flamboyant et légendaire dont on avait bien peu entendu parler il faut l’avouer. C’est passionnant, émouvant et parfois bouleversant. L’écriture, le rythme, l’intrigue font de ce roman un vrai plaisir de lecture malgré le contexte difficile de la seconde guerre mondiale. J’ai aimé découvrir ce couple inoubliable et attachant.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Rien ne peut arriver au Ritz : dans ce temple du luxe qui autorise les caprices les plus farfelus, le prestige protège de tout. Même du pire, pense-t-on avant que l’armée allemande n’occupe Paris en juin 1940. Les hauts dignitaires nazis, dont Hermann Göring, investissent l’hôtel ; les portiers élégants sont remplacés par des soldats aux portes d’entrée. L’insouciance cède à la peur.
Pour Blanche Auzello, l’épouse du directeur du Ritz, cette réalité est insupportable. La Dame du Ritz, une américaine rebelle et intrépide, n’est pas femme à se résigner. Mais comment faire ? Dans le palace où le bruit des bottes étouffe désormais les rires, Blanche comprend que sa seule issue est le mensonge. D’autant qu’elle cache  un secret qui pourrait mettre sa vie et celle de son époux en danger, mais aussi ternir la légende du Ritz…
Avec le talent qui a fait le succès des Cygnes de la Cinquième avenue, Melanie Benjamin, s’inspirant de faits réels, nous plonge dans les coulisses du Ritz sous l’Occupation avec ce roman étincelant, portrait d’une femme inoubliable.


21.90 € / 28 Octobre 2020 / 140mm x 205mm / 400 pages / EAN13 : 9782226443731

Je suis une porte, Alsk Di Speranza

Si les objets pouvaient parler, quels secrets pourraient-ils nous conter ?

Alsk Di Speranza a écouté. Elle a entendu les mots que lui a dit une Porte d’appartement vieille de quatre-vingt-dix ans. Une porte qui un jour a été belle, brillante, pimpante, mais qui aujourd’hui arrive à la fin de sa vie. Pourtant, elle en a entendu des secrets, elle en a vécu des histoires. Aujourd’hui, nous voilà les témoins émus, attendris, bouleversés, amusés de ses souvenirs. Au fil des années, nombreux sont venus toquer à la porte, parler doucement, crier, appeler, pleurer, souffrir, rêver, espérer sans doute… Mais qu’a-t-elle donc à nous raconter ? Vous venez, on va l’écouter.

En 1943-1944, Lucie et Roger habitent dans cet appartement. Ils sont jeunes, ils s’aiment, mais n’arrivent pas à avoir ces enfants qu’ils auraient tant voulu aimer, choyer, élever, protéger. Alors ils vivent entourés d’amis. Pris dans la tourmente de la guerre, le jeune couple résiste comme il peut. En particulier en aidant des enfants à échapper à la déportation. Un jour, Lucie ramène chez elle la jeune Denise, une de ses élèves, car ses parents viennent d’être arrêtés. Se pose alors la difficile question de concilier leur rôle dans la résistance et le fait de sauver et cacher cette enfant chez eux. Surtout lorsque le doute s’installe et que la crainte d’avoir été trahis leur fait prendre des risques inconsidérés.

Dans les années 1980-1990, Patricia vit à l’abri derrière cette Porte. Elle a hérité cet appartement de son père, mais refuse de voir cet homme qu’elle déteste profondément. Elle déteste tous les hommes en général, et s’en sert pour assouvir vite fait quelques envies de sexe entre deux portes. N’importe où, pourvu que ce soit rapide et qu’elle ne les revoit plus jamais. Mais en ces années là, le sida fait des ravages, surtout auprès de ceux ou celles qui ne se protègent pas. Il faut avouer que sa façon de vivre à tout du suicide programmé. La vie de couple, le bonheur, ce n’est pas pour elle. Malgré les petits mots et les regards enamourés de son voisin du dessus, elle préfère sa solitude. Jusqu’au jour où Denise, devenue adulte, mère de deux enfants parties à l’étranger, vient toquer à la porte de l’appartement de son enfance, là où elle a trouvé la liberté et reçu tant d’amour dans ces années sombres. Denise est le catalyseur qui va bouleverser la vie de Patricia.

Derrière cette Porte aujourd’hui vit une famille avec deux enfants. Mais ils vivent un drame car leur fils est autiste Asperger. Denise, leur lointaine parente, arrive a créer un lien avec cet enfant. Regardons les vivre ensemble…

Vous l’aurez compris, à mesure que cette Porte s’ouvre, elle ouvre aussi des pages de notre histoire et aborde des thèmes indispensables et intemporels. La guerre et la résistance, la Shoah, les lâches et les Justes, mais aussi la spoliation des biens juifs et le traitement qui en a été fait après la guerre. Enfin, plus prés de nous, la liberté sexuelle, le sida, la maladie, la solitude et la mort. Avec la maladie se pose aussi la question de notre façon d’appréhender l’autisme, l’éducation des enfants, la famille.

L’écriture est ciselée, précise, le vocabulaire soigné, nécessitant parfois de se poser quelques questions. L’Histoire se déroule devant nos yeux, la Porte s’ouvre et se referme sur ces intrigues, ces secrets, ces chagrins et ces joies qu’elle a bien voulu nous conter, le temps d’un roman, le temps de plusieurs vies. Voilà un très beau roman qui accroche immédiatement avec ses personnages terriblement attachants. Et son fil rouge, cette Porte aussi discrète que bavarde, est un personnage à part entière. Croyez-moi, vous ne la regarderez plus de la même façon cette vieille porte que vous vouliez changer et moderniser. Car elle en a vécu des secrets, des drames, des bonheurs. Ah, si seulement nous savions l’écouter !

Un très beau premier roman, qui donne envie de suivre son auteur, n’est-ce pas Alsk Di Speranza, nous attendons impatiemment le prochain !

Catalogue éditeur : Bookelis

Je suis une porte.
Ne cherchez pas à résoudre quelque mystère ou à découdre une figure de style, la narratrice de ce roman est bel et bien une porte ; car oui, je suis une porte d’appartement parisien, vieille de quatre-vingt-dix ans, sans trop vouloir l’ouvrir, ni l’intention de la fermer.
Tout commença en 1943. En ce temps-là, j’étais une porte dans la fleur du bois ; jeune et brillante dans ce hall parmi les bruits sourds et la torpeur qui régnaient dehors.
J’en ai fait de mémorables rencontres durant toutes ces décennies.
Lucie, Roger, Denise, Patricia, Lucas, Caro.
Ces prénoms ne vous disent rien, pour le moment. Et pourtant, tous ont vécu ici, dans cet appartement, et ont foulé leurs pas et leur vie dans ce hall, qu’ils appelaient Paris.
On m’a toquée, caressée, tapée, encensée, car de bois noble je me dresse, droite et immobile.
Alors, laissez-moi suspendre votre temps, pour vous offrir le seul voyage dont je sois capable : une plongée dans le mien.

Alsk Di Speranza est correctrice, autrice, haïkiste. Rien de plus, rien de moins.

Nombre de pages : 498 / Format : 14.8x21cm / Date de publication : 29/01/2020 / ISBN : 979-10-359-2810-0 / Prix : 20€

Gioconda, Nikos Kokantzis

L’amour, malgré la mort, par delà les années, pour ne pas oublier

Le narrateur se nomme Nikos, comme l’auteur. Et ce n’est absolument pas un hasard, puisque c’est un épisode important de sa vie qu’il nous confie ici.

Nikos et Gioconda se sont rencontrés dans leur village de Thessalonique. Ces deux enfants, devenus deux adolescents d’abord timides puis de plus en plus proches, apprennent à se connaître en cette période si dramatiquement compliquée. Mais si Nikos n’a rien à craindre, Gioconda est une jeune femme juive. Et dans la Grèce de la seconde guerre mondiale, comme partout en Europe, il ne fait pas bon être né juif.

Les jeunes gens s’aiment follement, d’abord de façon bien anodine, comme des enfants à peine grandis, puis plus sérieusement, profitant du moindre instant pour vivre passionnément cet amour qu’ils sentent déjà condamné. Les deux adolescents profitent l’un de l’autre et vivent en sachant que chaque instant est gagné sur la mort, la guerre, le mal. Gioconda sera déportée en 1943 avec sa famille à Auschwitz.

Des années après, l’auteur s’est résolu a écrire leur histoire d’amour intemporelle, sensuelle et magnifique pour faire revivre celle qu’il tant aimée. Il donne à ce récit à la fois la folie et la passion de l’amour, et la tristesse et le désespoir d’en connaître déjà la fin.

Un court roman, bouleversant qui nous rappelle une fois de plus l’absurdité et l’horreur de la guerre, mais aussi la pérennité de l’amour, celui qui survit à l’absence et au temps qui passe.

Les 68 premières fois ont proposé une superbe opération d’échange de lectures en allant cliquer et collecter dans nos librairies pour les soutenir en cette période si difficile pour les commerces indépendants. Alors j’ai cherché, un, deux, puis trois titres qu’ils n’avaient pas. Chance inouïe, j’ai rencontré la libraire qui devant le pas de sa librairie remettait leurs livres à ceux qui les avaient réservés. C’est donc sur ses conseils que j’ai découvert Gioconda.

Catalogue éditeur : éditions de l’Aube

Nìkos, un adolescent, et Gioconda, une jeune fille juive, s’aiment d’un amour absolu jusqu’à la déportation de celle-ci à Auschwitz, en 1943.
Un récit lumineux d’une initiation amoureuse, vibrant de naturel et de sensualité malgré la haine et la mort.

Roman traduit par Michel Volkovitch.

Né à Thessalonique en 1930, Nìkos Kokàntzis découvrira l’amour avec Gioconda en 1943. Juive, celle-ci seré déportée à Auschwitz… et n’en reviendra pas. En 1975, Kokàntzis décide de raconter leur histoire d’amour, pour que Gioconda revive à travers ses mots. Il a étudié la médecine puis la psychiatrie à Londres. Il est mort en 2009.

Parution : 07/06/2018 / Nombre de pages : 104 / 125×190 / Format : Poche / ISBN : 978-2-8159-2850-2 / EAN : 9782815928502 / Prix : 8,90 €