Et soudain, la liberté. Évelyne Pisier, Caroline Laurent.

De la France des colonies aux bras de Fidel, de la lutte pour l’émancipation des femmes à la défense des homosexuels, lire « Et soudain, la liberté » c’est découvrir, aimer, vivre avec la très solaire Évelyne Pisier et son amie Caroline Laurent. Un destin et des combats incroyables.

Domi_C_Lire_et_soudain_la_liberte_caroline_laurent_evelyne_pisier_pocket.jpgUn jour, Évelyne Pisier raconte l’histoire de sa vie à Caroline Laurent, jeune éditrice. Son désir ? Passer par la fiction pour raconter l’histoire de sa vie dans un roman. Mais comme dans les romans qui finissent souvent mal, le décès brutal d’Évelyne avant même l’écriture de son livre aurait dû signer la mort du récit/roman.

Pourtant, une amitié tellement intense s’est tissée  entre les deux femmes que Caroline Laurent décide d’écrire cette histoire. Mais pas seulement, car dans Et soudain, la liberté en plus de ces vies de femmes exemplaires de liberté et d’un courage hors du commun, il y a aussi l’histoire de cette histoire, de cette belle amitié.

Je ne sais pas vous, mais si j’avais entendu parler de Marie-France Pisier, je dois avouer que je ne connaissais pas du tout Évelyne, pourtant elle aussi est un personnage public qui a compté. Née en 1941 en Indochine, à Hanoï, (comme un de mes oncles, les colonies ont marqué de nombreuses familles et générations) cette femme ardente va mener tous les combats de son temps et certainement même en avance sur son temps. Dans cette France coloniale la vie s’écoule sereine et facile pendant quelques années. La jeune Lucile (la protagoniste du roman, le double d’Évelyne) profite de la vie sous la férule d’un père omniprésent, quasi omnipotent, maitre du monde, du moins de son monde. Cet homme aux idées bien arrêtées sur les différences entre les races, sur l’inégalité entre les hommes, sur leur valeur, sur la hiérarchie des sexes, est aussi un fervent partisan du Maréchal. C’est une véritable caricature, mais pas un exemplaire unique, de cette intelligentsia coloniale dont on préfère aujourd’hui ne pas trop se souvenir.

Mona, la mère amoureuse et effacée, et Lucile, la fille, toutes deux obéissantes et soumises, acceptent ce point de vue, cette tyrannie domestique… jusqu’au jour où arrivent les conflits, la guerre est là, les japonais envahissent l’Indochine et parquent les femmes dans des camps – je me souviens des longs récits de mon père sur cette période, et imagine totalement les scènes si réalistes et douloureuses du roman. Comme dans tout pays en guerre, la famine, le viol des femmes, leur soumission, sont des prises de guerre faciles et valorisantes pour l’occupant qui laissent des traces comme marquées au fer rouge.

Pour Evelyne, il y a l’Indochine, puis la Nouvelle Calédonie, enfin la France. Il y a avant tout une émancipation, aidée en cela par une mère qui ouvre enfin les yeux, par une réalité qui s’avère être bien éloignée des règles édictées par le père. Il y a aussi la lecture de Simone de Beauvoir et de son Deuxième sexe, qui ouvre les yeux de Mona, qui décille ceux de Lucile, et permet aux deux femmes de s’émanciper. Ce sera un amant, un permis de conduire obtenu de haute lutte, des combats féministes pour le droit de femmes engagés pour Mona. Pour Lucile / Évelyne, c’est aussi une lutte de chaque instant pour se défaire de la mainmise et des allégations d’un père qui se fourvoie dans un racisme quasi d’état depuis si longtemps. La liberté, sa liberté, est au bout du chemin. Étudiante, il y a alors Cuba, il y a Fidel, il y a avant tout un destin incroyable pour cette femme qui aura su sortir de cette emprise et mener des combats toute sa vie.

Quel bonheur pour nous lecteurs qu’Évelyne ait transmis son message, que Caroline ait souhaité porter vers nous la voix de cette femme lumineuse. Évelyne Pisier a vécu soixante années de passions et de luttes, à une époque pas si lointaine où le monde a tant changé, des colonies aux combats contre les grandes puissances, de la révolution du Che et de Fidel à celle de 68, mais surtout à celle d’une femme qui décide de s’émanciper du joug masculin qui avait jusqu’alors dicté trop souvent la conduite des femmes. Une histoire dans l’Histoire, une fois de plus, mais on aime tant ça quand c’est aussi bien écrit.

Ce livre est paru le 16 août chez Pocket, courrez l’acheter, lisez-le, partagez-le ! Je vous assure que vous ne le regretterez pas.

Vous pouvez découvrir également les avis de Nicole du blog Mots pour Mots , de Joëlle du blog les livres de Joëlle, et de Nicolas du blog l’Albatros

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Catalogue éditeur : Pocket

Une incroyable traversée du XXe siècle : l’histoire romancée d’Evelyne Pisier et de sa mère, deux femmes puissantes en quête de liberté.
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste… Lire la suite

Évelyne Pisier est née en 1941 en Indochine. Sœur de l’actrice Marie-France Pisier, sa vie résume tous les grands combats de la seconde moitié du XXe siècle : le féminisme, la décolonisation, la révolution cubaine, la lutte contre le racisme, la défense des homosexuels, la critique du totalitarisme… Elle a été l’une des premières femmes agrégées de droit public en France, discipline qu’elle enseigna à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Directrice du Livre et de la Lecture de 1989 à 1993, au ministère de la Culture dirigé par Jack Lang, elle fut également écrivain et scénariste. Elle est décédée en février 2017.

Caroline Laurent est née en 1988.  Éditrice et amie d’Évelyne Pisier, elle co-signe son dernier roman.

Aux éditions Les Escales : date de parution : 31/08/2017 / EAN : 9782365693073 / Nombre de pages : 448 / Format : 140 x 225 mm
Chez Pocket : Date de parution : 16/08/2018 / EAN : 9782266282505 / Nombre de pages : 480 / Format : 108 x 177 mm

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Dernier train pour Canfranc. Rosario Raro

Parce que les Justes ne sont pas toujours des hommes Extraordinaires mais sont des héros capables de risquer leur vie sans limite pour sauver leur prochain, « Dernier train pour Canfranc »  de Rosario Raro rend un bel hommage à Albert Le Lay, chef de gare à Canfranc pendant les années sombres de la seconde guerre mondiale.

Domi_C_Lire_dernier_train_pour_canfrancEspagne, en Aragon, dans la province de Huesca, la gare internationale de Canfranc est perchée dans les Pyrénées, à la frontière avec la France. L’armée allemande est installée là depuis l’hiver 42, comme dans toute la France occupée, militaires et agents de la Gestapo  surveillent cette frontière, porte ouverte vers l’Amérique du Sud via l’Espagne et le Portugal. Car il ne faut pas oublier que par là vont transiter bien des denrées destinées à l’Europe en guerre, mais aussi l’or des nazis et les vivres fournies par l’Espagne de franco.

Laurent Juste, le chef de gare, ayant pourtant femme et enfants, participe activement au sauvetage des juifs qui arrivent dans sa gare. C’est l’un des membres d’une équipe de résistants peu ordinaire. Composée de Jana, femme de chambre à l’hôtel International, de Valentina, une jeune fille du village, apprentie de Jana, d’un musicien boulanger, et d’Estève, le beau vagabond qui court la montagne, ils œuvrent ensemble sans pour autant en savoir trop les uns sur les autres.

Chacun travaille et fait la part qui lui a été confiée, les ordres viennent de Pau ou d’ailleurs, mais chaque vie sauvée est un pas vers un monde meilleur. Là, ils doivent vivre, travailler, agir, sous les yeux des soldat allemands, de la Gestapo, et du gouverneur Casanorbe, cynique et ambivalent personnage. Jusqu’au jour où la jeune Valentina disparait…

Tout au long du roman, les relations entre les personnages vont se nouer, s’intensifier, mais sont surtout prétexte pour l’auteur à nous montrer tout ce que ce groupe a réalisé pour sauver les exilés, les juifs et tous ceux qui tentaient de passer par Canfranc pour fuir les camps et la mort.

Nous voyons passer des milliers de juifs et de migrants, anonymes ou célèbres. Joséphine Baker ou Marx Ernst, Marc Chagall et tant d’autres ont survécu à cette guerre grâce à l’action des hommes et des femmes de Canfranc.

Alors bien sûr, il y a cette intrigue romanesque entre les différents protagonistes, un peu fleur-bleue, parfois mièvre ou trop évidente, qui pourrait gâcher le plaisir de la lecture. Mais la narration historique est bien là. Et d‘ailleurs, je ne pouvais pas repartir de mes vacances pyrénéennes sans passer par le col du Somport et Canfranc, revoir cette zone de passage et de vie, pour ressentir au plus près cette émouvante vision de cette gare Internationale, ce terrain à la fois hostile et salvateur, qui a connu le pire comme le meilleur.

 

Sur la même période dans la même région, sur ce hommes qui sont capable de sauver leur prochain sans penser à leur propre vie, lire également le roman de Salim Bachi Le consul.

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Catalogue éditeur : Kero

Traduit de l’espagnol par Carole Condesalazar

Mars 1943. Accroupis dans une pièce secrète de la gare, les clandestins retiennent leur souffle en attendant que le bruit des bottes des soldats allemands s’éloigne. Au-dessus d’eux flotte le drapeau orné de la croix gammée. Au plus profond de cette époque sombre, Laurent Juste, le chef de gare breton, son amie Jana et le contrebandier Esteve Durandarte risquent tous les jours leur vie pour sauver des innocents, en leur faisant franchir la frontière franco-espagnole sur laquelle se dresse la gare mythique de Canfranc…

Domi_C_Lire_gare_canfranc_4Basé sur l’histoire vraie d’Albert Le Lay qui, en véritable Oskar Schindler français, a permis à des centaines de réfugiés d’atteindre la liberté, le premier roman de Rosario Raro nous plonge au cœur de ces années noires où l’humanité et la compassion semblaient une denrée si rare.

Rosario Raro est docteur en philologie et dirige des cours d’écriture créative à l’Université Jaume I de Castellón. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages qui ont été récompensés par de nombreux prix littéraires nationaux et internationaux. Dernier Train pour Canfranc est son premier livre à paraître en France.

Parution : 27 septembre 2017 / 400 pages / Format : 140 x 225 / 20.90€ / ISBN : 9782366

Romain Gary s’en va-t’en guerre, Laurent Seksik

Cette année les éditions J’ai Lu fêtent leur les 60 ans. C’est l’occasion de découvrir quelques pépites, comme « Romain Gary s’en va-t’en guerre », de Laurent Seksik.

Domi_C_Lire_romain_gary_s_en_va_t_en_guerre_laurent_seksik.jpgToute sa vie Roman Kacew s’est inventé des personnages, les siens d’abord, Emile ou Romain, mais aussi ceux de son père et de sa mère, mis en mots dans ses romans et bien peu fidèles semble-t-il à la réalité.

Le roman de Laurent Seksik se déroule à Wilno pendant deux jours, les 26 et 27 janvier, en 1925, alors que Romain Gary est encore Roman Kacew. A une époque où l’antisémitisme monte doucement mais surement dans le pays et en Europe, où de nombreux juifs se posent la question de partir, mais refusent de croire au pire. Il est construit en alternance de chapitres qui présentent tour à tour sa mère Nina, le jeune Roman, puis son père Arieh. Ils sont les personnages inévitables d’un trio humain fait d’amour et de haine, d’attente et d’espoir, de mensonge et de déception.

Nina est modiste et crée de jolis chapeaux pour les belles dames. C’est une jeune femme divorcée, mère d’un enfant, Joseph, lorsqu’elle épouse contre l’avis de sa belle-famille, Arieh le fourreur. Des années après arrive enfin ce fils tant attendu, Roman, puis la mort atroce de Joseph qui marquera à jamais cette mère. Un jour, Arieh quitte Nina pour Frida, une femme plus jeune, une vie plus sereine, et abandonne sa femme et surtout son fils de onze ans à une solitude incompréhensible pour cet enfant si sensible.

L’auteur nous entraine habilement dans les sentiments, les pensées, les espoirs de chacun, et déroule ces instants de vie qui décident d’un avenir, parfois sans même que l’on en comprenne réellement la portée. Car dans la vie, les couples se défont, parfois la violence s’installe, le désamour et la passion se combattent, et il y a parfois posé au milieu, en équilibre, un enfant qui attend l’amour d’un père, qui s’invente l’amour d’un père, qui espère puis désespère.

Ce n’est pas peu dire que Romain Gary a toujours été poussé par sa mère, qui a toujours cru en lui, et qui a rêvé pour lui qu’il serait célèbre un jour. Mais ici, Laurent Seksik lève le voile sur la part de mystère qui entoure l’auteur de la promesse de l’aube et nous parle essentiellement des années dans le ghetto, de son père, fourreur, mari infidèle, puis de la souffrance et de la solitude du jeune Roman, en attente de l’amour d’un père, qui réinventera celui qui l’a trahi.

Alors bien sûr, au 16 de la rue Grande-Pohulanka, il y a Un certain M. Piekielny, dont nous a également parlé François-Henri Désérable dans son roman paru à la rentrée de septembre 2017. Ce voisin un peu timide et effacé vient acheter à madame Kacew les quelques biens qu’elle tente de vendre en espérant pouvoir fuir au loin. Pour Roman et sa mère, ce sera l’Europe, puis plus tard l’engagement dans l’armée française, oui, mais ça c’est plus tard, beaucoup plus tard.

J’ai aimé ce roman qui me parle d’un personnage que je connais assez peu en fait. L’écriture est intéressante, sans fioritures inutiles, directe et concise, l’auteur réinvente une réalité qui donne corps aux personnages, et m’a vraiment donné envie de découvrir ses autres romans. Alors si vous aussi vous aimez les belles découvertes, un peu ou beaucoup Romain Gary mais aussi les biographies romancées, allez-y, foncez, vous ne le regretterez pas !

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Catalogue éditeur : J’ai lu (Flammarion)

Le génie de Romain Gary, c’est sa mère.
Mais le mystère Gary, c’est son père, au sujet duquel le romancier-diplomate a toujours menti.
Laurent Seksik lève le voile sur ce mystère en ressuscitant la véritable figure du père, dans un roman à la fois captivant, bouleversant et drôle, où la fiction fraternise avec la réalité pour cerner la vérité d’un homme.

Paru le 03/01/2018 / Prix 7,80€ / 256 pages – 111 x 178 mm – EAN : 9782290147887

Je ne sais pas dire je t’aime. Nicolas Robin

Et si faire et belles rencontres et trouver l’amour étaient plus facile que ce que l’on croit ? Dans « Je ne sais pas dire je t’aime » Nicolas Robin nous entraine dans une valse légère avec des personnages particulièrement attachants.

Paris, tu l’aimes ou tu la quittes.

Domi_C_Lire_je_ne_sais_pas_dire_je_t_aime_nicolas_robin.jpgC’est drôle et enlevé, c’est parfois triste et solitaire, c’est gai comme l’amour, parfois tragique comme la mort, désespéré comme la solitude, mais en fait, c’est un peu comme la vie, non ?
C’est une année électorale, année de tous les rêves, de tous les espoirs, de tous les changements. Le pays est en attente d’un sauveur qui saura transformer son quotidien, tenir ses promesses, offrir des lendemains qui chantent. Dans Paris, cette ville capitale que l’on aime ou que l’on quitte, pendant ces quelques journées entre les deux tours, le lecteur va suivre des inconnus,  leurs trajectoires, leurs rêves, leurs intimités….
Mais quel lien peut-il y avoir entre Francine, cette retraitée qui bataille autant avec sa naissance qu’avec sa voisine acariâtre ? Entre Joachim, un jeune sportif que sa petite amie convoque à une émission de télé à une heure de grande écoute pour lui apprendre qu’elle le trompe avec un de ses amis et le larguer en direct ? Entre Juliette, une trentenaire vendeuse de chaussures de marque allemande, pas aussi belles et stylées que les italiennes, c’est sûr, et qui désespère de trouver un jour l’amour ? Entre Ben, un jeune homosexuel qui rentre chez lui mais ne trouve plus dans le regard de son ami l’amour sensé le porter vers le bonheur ?
Chacun dans son genre est un clopé de la vie, dans l’attente du bonheur, le vrai, le sincère, mais tellement peu enclin à aller vers l’autre dans cette ville tentaculaire qui distend les relations et éloigne les voisins. Pourtant parfois, le hasard, les voisins, la famille, font bien les choses, et en y mettant un peu du sien…

Nicolas Robin tisse de jolies histoires, et nous fait suivre ses personnages, leur tristesse et leur solitude, leurs rencontres et leurs amours-amitiés, leur liberté et leurs craintes. Les chapitres se succèdent pour le plus grand bonheur des lecteurs, pris dans le rythme des pages qui tournent seules. On vibre quand le récit alterne les personnages au fil des trajectoires qui s’éloignent pour peut-être se rencontrer un jour… C’est frais et léger, tendre et farfelu, bien sûr parfois un peu trop évident, et pourtant cela soulève en même temps le difficile problème de la vie dans les grandes villes, où les trentenaires comme les retraités, les enfants comme les parents, les frères et les sœurs ont parfois bien du mal à se retrouver, à tout simplement se parler… Et s’il fallait juste faire un petit pas vers l’autre pour se dire je t’aime ? Alors, Je ne sais pas dire je t’aime, de Nicolas Robin, un joli roman pour votre été ?

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Lire aussi les avis de Virginie du blog les lectures du mouton et de Nath du blog d’Eirenamg.


Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Paris, tu l’aimes ou tu la quittes. C’est une injonction quotidienne pour qui se retrouve la joue écrasée contre la vitre d’un métro bondé ou se fait bousculer sur le trottoir par un type mal dégrossi.

Dans ce tohu-bohu parisien, Francine déterre un passé longtemps enseveli devant un guichet d’état civil ; Juliette rêve d’avoir la beauté fulgurante d’une actrice qui éclate de rire sur un tapis rouge ; Joachim devient célèbre malgré lui en se faisant larguer en direct à la télé ; Ben essaie de ne pas finir comme ceux qui picorent leurs petits pois, le nez dans l’assiette, sans adresser un mot à l’autre.
Un chassé-croisé plein d’humour et de tendresse au cœur d’une ville, épicentre de l’amour, où il est parfois difficile de se dire je t’aime.

Prix TTC 7,40 € / 264 pages / Date de parution : 28/03/2018 / Éditeur d’origine : Anne Carrière ISBN : 9782253073499

La vie secrète d’Elena Faber, Jillian Cantor

Vous aimez l’Histoire, vous aimez apprendre tout en rêvant de vies singulières, vous aimez lire de belles histoires ? Alors vous allez dévorer La vie secrète d’Elena Faber, le roman de Jillian Cantor.

Domi_C_lire_la_vie_secrete_d_elena_faber_jilian_cantor_preludesIl est des romans qui paraissent de prime abord légers, fait pour passer un bon moment de lecture, mais qui vous emportent bien au-delà, mêlant le petite et la grande Histoire avec justesse et beaucoup d’émotion. La vie secrète d’Elena Faber est de ceux-là. Jillian Cantor prend prétexte d’une vieille lettre pour nous entrainer à la suite de ses protagonistes de la Californie de 1989 à l’Autriche de 1938.

Dans un petit village d’Autriche, Kristoff est apprenti chez Frederick Faber, un graveur de timbres reconnu par ses pairs. Pour cet orphelin tout juste arrivé de Vienne, les Faber sont une véritable famille, les parents, mais aussi les filles, l’espiègle Miriam et la belle et intrépide Elena, dont il est secrètement amoureux. Mais en 1938, la nuit de Cristal étend son manteau d’horreur sur l’Autriche annexée par l’Allemagne d’Hitler, les nazis envahissent le pays et les juifs sont persécutés, déportés, assassinés. Plus de bougies ni de shabbat, plus de paix pour les Faber ni pour les juifs du petit village de Grostburg. Aussi, lorsque le père, puis la mère, disparaissent, Elena et Kristoff entrent à leur façon en résistance.

A Los Angeles, le père de Katie Nelson est atteint de la maladie d’Alzheimer. Toute sa vie il a collectionné les timbres, et demandé à sa fille de prendre soin de cette collection le jour où il disparaitra. Comme elle sent que le fil de la mémoire paternelle va en s’amenuisant, et qu’elle ne veut pas risquer de passer à côté d’un trésor, Kate décide de faire examiner cette collection de timbres à Benjamin, un philatéliste. Il fait une découverte étrange, un timbre autrichien qui ressemble étrangement à ces timbres créés par des résistants pour faire passer des messages sous les yeux des nazis. Benjamin et Katie mènent l’enquête, qui les entraine des USA à l’Allemagne de l’Est au moment symbolique de la chute du mur de Berlin, puis en Autriche ou au Pays de Galles, à la recherche de cet inconnu qui a écrit ce courrier jamais parvenu à son destinataire, Elena Faber.

Prétexte à nous faire découvrir des pans de l’Histoire de l’Autriche, de cette nuit de Cristal, de ces hommes et de ces femmes entrés en résistance avec les moyens qu’ils avaient à leur disposition, faisant fi de leur liberté pour tenter de sauver les autres, même un seul, au péril de leur vie.

J’ai aimé l’alternance des récits, entre les amours de Kristoff et d’Elena et le chagrin et la renaissance possible de Kathie. Mais aussi de mieux comprendre ces familles qui ont eu ces parcours de vie, émigrés d’Europe pendant la seconde guerre mondiale et qui n’ont jamais raconté à leurs enfants ce passé beaucoup trop lourd pour en parler. Le tout porté par une belle intrigue, où les coïncidences jouent leur rôle à la perfection, où les personnages s’apprivoisent et se fuient juste comme il faut, où le lecteur se laisse embarquer pour son plus grand bonheur.

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Sur cette époque si sombre de notre histoire, lire aussi mes avis sur L’ordre du jour d’Éric Vuillard, Avant que les ombres s’effacent, de Louis-Philippe Dalembert.


Catalogue éditeur : Préludes

Autriche, 1938. Kristoff, jeune orphelin viennois, est apprenti chez Frederick Faber, un maître graveur, créateur de timbres, lorsqu’éclate la nuit de cristal. Après la disparition de son professeur, Kristoff commence à travailler pour la résistance autrichienne avec la belle et intransigeante Elena, la fille de Frederick dont il est tombé amoureux. Mais tous deux sont bientôt pris dans le chaos de la guerre. Parviendront-ils à échapper au pire ?
Los Angeles, 1989. Katie Nelson découvre dans la maison familiale une riche collection de timbre appartenant à son père. Parmi ceux-ci, une mystérieuse lettre scellée datant de la Seconde Guerre mondiale et ornée d’un élégant timbre attire son attention. Troublée, Katie décide de mener l’enquête, aidée de Benjamin, un expert un peu rêveur… Lire la suite…
Parution : 04/04/2018 / Format :200 x 130 mm / Nombre de pages : 384 / EAN : 9782253107910  / Prix : 15.90 €

Casting sauvage, Hubert Haddad

Quand dans le regard de l’autre, les laissés pour compte se mettent soudain à exister. Casting sauvage, le puissant roman d’Hubert Haddad, qui nous parle d’humanité, de rencontre, de hasard…

Vous croyez aux coïncidences ? …
Vous savez, quand l’invraisemblable et l’espéré se rencontrent.

Domi_C_Lire_casting_sauvage_hubert_haddadDepuis le temps que je voulais découvrir cet auteur… une écriture magnifique, brodée de mots et de sentiments, aux descriptions tellement fines, délicates, y compris comme c’est le cas ici pour décrire plutôt la misère du monde et les laissés pour compte que Paris ville lumière.

Damya arpente les rues de Paris pour effectuer ce que l’on appelle dans le jargon du métier, un Casting sauvage… celui que l’on fait quand les professionnels n’ont pas réussi à trouver dans leurs nombreux fichiers et  les figurants ou acteurs souhaités par la production d’un film.
Et la tâche est difficile, trouver dans les rues de la ville capitale ceux qui vont figurer ces déportés de retour des camps à la libération, cette horde de revenants ravagés, squelettiques, désespérés au-delà de l’entendement, futur figurants d’un film adapté du roman de Marguerite Duras, La Douleur.

La vie de Damya a basculé quelques mois auparavant lorsqu’elle était à la terrasse d’un café visé par des terroristes, ceux-là même qui ont ensanglanté la ville, en novembre. Danseuse encore inconnue, elle devait être l’héroïne principale de l’œuvre crée par Igor, le metteur en scène qui croyait en elle.
La vie de Damya a basculé, et depuis, elle voit comme des frères les laissés pour compte, les désespérés, les marginaux, drogués, biffins, mendiants, fugueurs, malades, qui errent solitaires dans la ville qui pourtant respire, s’agite. Ombres parmi les vivants dans ces lieux qui grouillent de vie, mais dans lesquels personne ne les voit, fantômes transparents, déshumanisés, qui ne rentrent pas dans le moule de la société animée, dépensière, des actifs, travailleurs, hommes et femmes, vivants.

Le regard porté par l’auteur sur cette fange oubliée de nos villes est intéressant, car il est à la fois réaliste et terriblement poétique, comme s’il était le seul capable de faire émerger la beauté d’un certain désespoir, comme pour donner vie et rendre leur humanité aux oubliés des temps modernes. Alors bien sûr, il y a les coïncidences, les hasards, les rencontres des êtres qui se croisent, et l’on peut se demander si c’est plausible ou pas… allez, qu’importe, ce n’est pas là le principal.

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Avac Casting sauvage, retrouvez aussi Cette Nuit, de Joachim Schnerf. Deux superbes romans des éditions Zulma cette année dans la sélection du Prix Orange du livre !


Catalogue éditeur : Zulma

Missionnée pour un casting aux allures de défi, Damya arpente les rues de Paris à la recherche d’une centaine de figurants : efflanquées, défaites, ces ombres fragiles incarneront les déportés dans un film adapté de la Douleur de Duras.
Par sa présence si vive au monde, ses gestes de danseuse, son regard alerte et profond, Damya mue en vraie rencontre chaque échange fugace avec les silhouettes qu’elle repère – un marcheur qui ne retient du temps qui passe que l’usure de ses semelles, Amalia, oiseau frêle en robe pourpre de la gare Saint-Lazare, ou ce jongleur de rue aux airs de clown fellinien.
Mais dans le dédale de la ville, Damya a surtout l’espoir fou de retrouver le garçon d’un rendez-vous manqué – par la force tragique d’un soir de novembre 2015 – et dont le souvenir l’obsède. Casting sauvage est une magnifique traversée de Paris, un roman intense et grave dont la ville aux mille visages est la trame et le fil, habitée par la mémoire de ses drames et rendue à la vie par tous ceux qui la rêvent… Un walking movie qui offre aux âmes errantes comme un recours en grâce.

12,5 x 19 cm / 160 pages / ISBN 978-2-84304-805-0 / 16,50 € / Paru le 01/03/18

L’ordre du jour. Eric Vuillard

Découvrir le roman d’Éric Vuillard « L’ordre du jour » Prix Goncourt 2017. Alors qu’on se méfie parfois du choix de ce prix prestigieux, céder aux conseils avisés des lecteurs et une fois de plus apprécier cet auteur.

Domi_C_Lire_l_ordre_du_jour_eric_vuillard.jpgLe 20 février 1933, Goering s’adresse à 24 des plus grands industriels et banquiers d’Allemagne, convoqués pour un ordre du jour étonnant : financer les projets du chancelier Hitler, le soutenir pour qu’il gagne les élections qui lui permettront de prendre le pouvoir… et par là même fermer les yeux sur ses projets d’annexions des principaux pays d’Europe, à savoir l’Autriche puis pourquoi pas le reste de l’Europe.

Car lorsque Hitler demande à Goering  de convoquer les plus grandes familles des industriels, banquiers ou assureurs, c’est à la fois pour leur soutirer les deutschemark qui financeront la folie du chancelier, mais également pour les rendre redevables à son égard. Et si ces familles, les Krupp, Siemens, Telefunken, Bayer, Opel, IG Farben, et autres BASF règnent encore aujourd’hui c’est bien grâce à leur compromission et leur aveuglement face à la suprématie meurtrière des nazis.

L’auteur nous régale des détails et des accommodements, des marchandages et des transactions qui mèneront à l’annexion de l’Autriche sans qu’aucun pays voisin, ni même l’Autriche elle-même ne se rebelle, et cela juste parce que Hitler l’a décidé ! Dès 1938, soutenu par les nazis autrichiens qu’il avait pris soin de mettre en place, Hitler obtient un accord du chancelier, puis le remplace par un Arthur Seyss-Inquart entièrement à sa botte. L’annexion de l’Autriche n’est plus qu’une question d’heures. Le parti nazi autrichien fait son coup d’état et Hitler réussi l’Anschluss dans le calme, nous sommes au printemps de 1938.

Le lecteur assiste alors à une évocation absolument surréaliste de cet épisode (ah, les Panzer, ces machines de guerre irréprochables) qui serait particulièrement risible si les conséquences n’en avaient pas été aussi tragiques. Et pendant ce temps, français et britanniques ferment les yeux, abusés par les discours légers de l’ambassadeur d’Allemagne. On a presque du mal à y croire, et pourtant !

L’écriture est superbe en particulier par ces détails à priori anodins mais qui font tout le sel des échanges, des conciliations, des lâchetés qui ont eu lieu à plus haut niveau, y compris dans le domaine de la diplomatie. Chacun tente de sortir son épingle du jeu, tout comme ces industriels qui ayant commencé par payer, ne pourront que poursuivre dans la compromission et le silence, et qui en sortiront les grands vainqueurs même après la défaite. Car de quoi a-ton besoin lorsqu’il est question de reconstruire un pays si ce n’est de ceux qui produisent et qui emploient, de ces forces vives qui sont prêtes à relever le défi pour le bien de la nation.

Mais alors, de quoi sont-ils coupables, d’entente avec le diable ou de lâcheté ? D’ignorance ou d’avoir fait silence ? D’avoir choisi leur profit ou d’aveuglement ? Quel étonnant roman-récit, qui en peu de pages, peu de mots au final, évoque sans en avoir l’air un pan entier des prémices de la seconde guerre mondiale. Mais aussi les aveuglements, les illusions, de bien des grands de ce monde, et qui au final n’auront pas payé aussi cher que la plupart des peuples qu’ils n’auront pas su protéger. Eric Vuillard nous a habitué à ces contrepieds à l’histoire, avec 14 juillet par exemple, où il faisait parler les oubliés, les sans grade. Ou en contant l’Histoire par son côté plus obscur comme dans Tristesse de la terre. Ici, en utilisant la réunion des industriels et l’ordre du jour, pour évoquer l’Anschluss et Hitler, alors chapeau bas, car on ne sort pas tout à fait indemne de cette lecture , même si, allez, on en aurait peut-être souhaité un peu plus.

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N’hésitez pas à lire également la chronique de Joëlle du blog Les livres de Joëlle ou celle d’Anthony Les livres de K79.


Catalogue éditeur : Actes Sud

L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 juillet.

Mai, 2017 / 10,0 x 19,0 / 160 pages / ISBN 978-2-330-07897-3 / prix indicatif : 16, 00€

Prix Goncourt – 2017