Capitaine. Adrien Bosc

« Capitaine » passionnant roman d’Adrien Bosc sur le voyage de migrants fuyant le régime de Vichy, vers une terre promise en Amérique ou aux Antilles.

Domi_C_Lire_capitaine_adrien_bosc_stockEn mars 1941, le Capitaine quitte Marseille, et Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire… Après avoir brillamment conté l’aventure du Constellation – la traversée du transatlantique en 1949 – Adrien Bosc nous entraine sur les traces du Capitaine Paul-Lemerle, entre les mois de mars et de juin 1941. Le bateau quitte le port de Marseille le 24 mai 1941 avec à son bord des familles rejetées par la France de Vichy. Qu’ils soient juifs ou non, allemands, français, républicains espagnols, ces passagers  étaient persona non grata en France. Le sort qui les attendait était tellement incertain que tout valait mieux, y compris embarquer sur ces géants des mers fragiles et vieillissants.

Sur le bateau vont alors se côtoyer André Breton le surréaliste et Claude Lévi-Strauss l’ethnologue, Anna Seghers et Victor Serge, Wifredo Lam, un artiste peintre cubain, Germaine Krull, une photographe allemande et tant d’autres, savants, intellectuels, hommes d’affaires, bijoutiers, banquiers, poètes, écrivains, scientifiques, et leurs familles pour la plupart, car le régime nazi n’en voulait pas, la France non plus…

Leur périple va durer plusieurs semaines, également rejetés par les pays où ils vont accoster, cantonnés sur le bateau ou dans des hôtels sordides, dans le Lazaret, cette ancienne léproserie de Pointe-à-Pitre (sur cette ile de la Martinique, seule la rencontre avec Aimé Césaire et sa femme Suzanne rendent un peu d’humanité aux iliens, tant ils sont uniques par le courage qu’ils affichent ouvertement par le biais de la revue Tropiques), puis jusqu’à Ellis Island, en attendant que des fonctionnaires acerbes et stupidement zélés veuillent bien les laisser soit débarquer, soit repartir vers l’Amérique du Sud ou Saint Domingue.

Capitaine est un roman dense, intelligent, qui fourmille de faits, de rencontres, d’anecdotes, nous rendant si proches, humains, vivants, ces désespérés de la seconde guerre mondiale, juifs errants sur les mers et accostant des terres inhospitalières. Où l’on retrouve sans la comprendre l’incurie des services administratifs, les frontières, le racisme qui gangrène jusqu’aux côtes des iles des caraïbes, là où pourtant on pourrait imaginer que l’éloignement aurait rendu plus humains ceux qui contrôlent, inspectent, condamnent au nom d’un état qui se fourvoie.

Capitaine est plus qu’un roman, tant il est riche de ces informations qui rendent toute leur humanité à ces passagers ballottés par les mers et les hommes. Adrien Bosc nous entraîne dans les méandres de l’Histoire à travers ce qu’ont vécu ces hommes et ces femmes. Il a su leur rendre vie et nous les faire connaître sans nous submerger sous des tonnes d’informations en réussissant ce savant partage entre le romanesque et les faits historiques.

Où que nous regardions, l’ombre gagne… pourtant nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi…
Tropiques, Aimé Césaire

💙💙💙


Catalogue éditeur : Stock

Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec à son bord les réprouvés de la France de Vichy et d’une Europe en feu, les immigrés de l’Est et républicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les écrivains surréalistes et artistes décadents, les savants et affairistes. Temps du roman où l’on croise le long des côtes de la Méditerranée, puis de la haute mer, jusqu’en Martinique, André Breton et Claude Lévi-Strauss dialoguant, Anna Seghers, son manuscrit et ses enfants, Victor Serge, son fils et ses révolutions, Wifredo Lam, sa peinture, et tant d’inconnus, tant de trajectoires croisées, jetés là par les aléas de l’agonie et du hasard, de l’ombre à la lumière. Ce qu’Adrien Bosc ressuscite c’est un temps d’hier qui ressemble aussi à notre aujourd’hui. Un souvenir tel qu’ il brille à l’instant d’un péril.

Adrien Bosc est né en 1986 à Avignon. En 2014, il reçoit pour son premier roman, Constellation, le Grand Prix du roman de l’Académie française, ainsi que le Prix de la Vocation. Fondateur des éditions du sous-sol, il est par ailleurs éditeur au Seuil.

Parution : 22/08/2018 / Collection : La Bleue / 400 pages  / Format : 137 x 215 mm / EAN : 9782234078192 / Prix : 22.00 €

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Et tu n’es pas revenu. Marceline Loridan-Ivens

« Toi, tu reviendras peut- être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas » c’est une vie offerte pour une vie perdue…

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Ce roman récit de Marceline Loridan-Ivens était dans ma bibliothèque depuis longtemps… l’envie de lire était là, mais sans jamais en prendre le temps, car c’est exactement le livre qui va vous marquer, vous toucher, et vous savez d’avance que vous y penserez pendant des jours et des jours.

Marceline s’est éteinte il y a peu, mais son aura est là, prégnante, éternellement attentive au souvenir du père, des oubliés, des disparus, des compagnons de malheur, des camps, de son amie Simone disparue avant elle, toutes deux emportant avec elles la mémoire de ces temps sombres qu’il ne faudra jamais oublier.

Arrêtés dans le château qu’avait acheté son père à Bollène, Marceline et son père ont été déportés en même temps en avril 1944. Elle, Marceline, 15 ans à peine, va être internée à Birkenau. Lui, Schloïme, Salomon, à Auschwitz. A des milliers de lieues l’un de l’autre, tant la communication, le dialogue, et ne serait-ce que savoir si l’autre est encore vivant, étaient tout simplement impossible. Ils étaient pourtant à peine à 3 kilomètres l’un de l’autre, femmes d’un côté, hommes de l’autre. Et au milieu, les crématoires, le tri, le gaz, la mort et la vie, Mengelé et les trains de déportés, la mort, toujours. Marceline se souviendra toute sa vie des mots de son père, Toi, tu reviendras peut- être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas. Une vie offerte, une  vie donnée, perdue, pour en sauver une autre ? Une sensation qui ne la quittera jamais, celle d’avoir échangé, d’avoir pris, la vie de son père, celle que cette vie-là aurait été plus indispensable à toute la famille, celle d’une usurpation en somme. Il y a cette lettre, ces mots de son père, qui disent la vie, l’espoir au milieu de l’horreur. Il y a cette rencontre dans le camp entre le père et la fille, les coups, mais il y a aussi la douleur, les petits larcins pour survivre un jour de plus, la maladie, la peur. Il y a aussi le bonheur inexprimable d’avoir été arrêtée avec ce père qui est tout pour elle. Indicible et si fort.

Je t’aimais tellement que je suis contente d’avoir été déportée avec toi.

Mais que ce texte est beau, sincère, émouvant, fort… Difficile d’y mettre des mots, tant il y a de présence, de douleur, de souvenirs, de vie aussi. En même temps, il n’est pas triste, revanchard ou désespéré, il y a une part de vie, c’est incroyablement positif.

A lire, d’urgence, pour savoir et ne pas oublier, pour tenter de comprendre, un peu, si peu…

Comment transmettre ce que nous avons tant de mal à nous expliquer ?

Je suis l’une des 160 qui vivent encore sur les 2 500 qui sont revenus. Nous étions 76 500 juifs de France parti pour Auschwitz-Birkenau. Six millions et demi sont morts dans les camps. Je dine une fois par mois avec des amis survivants des camps, nous savons rire ensemble et même du camp à notre façon…

S’il savaient la permanence du camp en nous. Nous l’avons tous dans la tête et ce jusqu’à la mort.

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Catalogue éditeur : Grasset

Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon

« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Parution : 04/02/2015 / Pages : 112 / Format : 120 x 188 mm / Prix : 12.90 € / EAN : 9782246853916

Et soudain, la liberté. Évelyne Pisier, Caroline Laurent.

De la France des colonies aux bras de Fidel, de la lutte pour l’émancipation des femmes à la défense des homosexuels, lire « Et soudain, la liberté » c’est découvrir, aimer, vivre avec la très solaire Évelyne Pisier et son amie Caroline Laurent. Un destin et des combats incroyables.

Domi_C_Lire_et_soudain_la_liberte_caroline_laurent_evelyne_pisier_pocket.jpgUn jour, Évelyne Pisier raconte l’histoire de sa vie à Caroline Laurent, jeune éditrice. Son désir ? Passer par la fiction pour raconter l’histoire de sa vie dans un roman. Mais comme dans les romans qui finissent souvent mal, le décès brutal d’Évelyne avant même l’écriture de son livre aurait dû signer la mort du récit/roman.

Pourtant, une amitié tellement intense s’est tissée  entre les deux femmes que Caroline Laurent décide d’écrire cette histoire. Mais pas seulement, car dans Et soudain, la liberté en plus de ces vies de femmes exemplaires de liberté et d’un courage hors du commun, il y a aussi l’histoire de cette histoire, de cette belle amitié.

Je ne sais pas vous, mais si j’avais entendu parler de Marie-France Pisier, je dois avouer que je ne connaissais pas du tout Évelyne, pourtant elle aussi est un personnage public qui a compté. Née en 1941 en Indochine, à Hanoï, (comme un de mes oncles, les colonies ont marqué de nombreuses familles et générations) cette femme ardente va mener tous les combats de son temps et certainement même en avance sur son temps. Dans cette France coloniale la vie s’écoule sereine et facile pendant quelques années. La jeune Lucile (la protagoniste du roman, le double d’Évelyne) profite de la vie sous la férule d’un père omniprésent, quasi omnipotent, maitre du monde, du moins de son monde. Cet homme aux idées bien arrêtées sur les différences entre les races, sur l’inégalité entre les hommes, sur leur valeur, sur la hiérarchie des sexes, est aussi un fervent partisan du Maréchal. C’est une véritable caricature, mais pas un exemplaire unique, de cette intelligentsia coloniale dont on préfère aujourd’hui ne pas trop se souvenir.

Mona, la mère amoureuse et effacée, et Lucile, la fille, toutes deux obéissantes et soumises, acceptent ce point de vue, cette tyrannie domestique… jusqu’au jour où arrivent les conflits, la guerre est là, les japonais envahissent l’Indochine et parquent les femmes dans des camps – je me souviens des longs récits de mon père sur cette période, et imagine totalement les scènes si réalistes et douloureuses du roman. Comme dans tout pays en guerre, la famine, le viol des femmes, leur soumission, sont des prises de guerre faciles et valorisantes pour l’occupant qui laissent des traces comme marquées au fer rouge.

Pour Evelyne, il y a l’Indochine, puis la Nouvelle Calédonie, enfin la France. Il y a avant tout une émancipation, aidée en cela par une mère qui ouvre enfin les yeux, par une réalité qui s’avère être bien éloignée des règles édictées par le père. Il y a aussi la lecture de Simone de Beauvoir et de son Deuxième sexe, qui ouvre les yeux de Mona, qui décille ceux de Lucile, et permet aux deux femmes de s’émanciper. Ce sera un amant, un permis de conduire obtenu de haute lutte, des combats féministes pour le droit de femmes engagés pour Mona. Pour Lucile / Évelyne, c’est aussi une lutte de chaque instant pour se défaire de la mainmise et des allégations d’un père qui se fourvoie dans un racisme quasi d’état depuis si longtemps. La liberté, sa liberté, est au bout du chemin. Étudiante, il y a alors Cuba, il y a Fidel, il y a avant tout un destin incroyable pour cette femme qui aura su sortir de cette emprise et mener des combats toute sa vie.

Quel bonheur pour nous lecteurs qu’Évelyne ait transmis son message, que Caroline ait souhaité porter vers nous la voix de cette femme lumineuse. Évelyne Pisier a vécu soixante années de passions et de luttes, à une époque pas si lointaine où le monde a tant changé, des colonies aux combats contre les grandes puissances, de la révolution du Che et de Fidel à celle de 68, mais surtout à celle d’une femme qui décide de s’émanciper du joug masculin qui avait jusqu’alors dicté trop souvent la conduite des femmes. Une histoire dans l’Histoire, une fois de plus, mais on aime tant ça quand c’est aussi bien écrit.

Ce livre est paru le 16 août chez Pocket, courrez l’acheter, lisez-le, partagez-le ! Je vous assure que vous ne le regretterez pas.

Vous pouvez découvrir également les avis de Nicole du blog Mots pour Mots , de Joëlle du blog les livres de Joëlle, et de Nicolas du blog l’Albatros

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Catalogue éditeur : Pocket

Une incroyable traversée du XXe siècle : l’histoire romancée d’Evelyne Pisier et de sa mère, deux femmes puissantes en quête de liberté.
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste… Lire la suite

Évelyne Pisier est née en 1941 en Indochine. Sœur de l’actrice Marie-France Pisier, sa vie résume tous les grands combats de la seconde moitié du XXe siècle : le féminisme, la décolonisation, la révolution cubaine, la lutte contre le racisme, la défense des homosexuels, la critique du totalitarisme… Elle a été l’une des premières femmes agrégées de droit public en France, discipline qu’elle enseigna à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Directrice du Livre et de la Lecture de 1989 à 1993, au ministère de la Culture dirigé par Jack Lang, elle fut également écrivain et scénariste. Elle est décédée en février 2017.

Caroline Laurent est née en 1988.  Éditrice et amie d’Évelyne Pisier, elle co-signe son dernier roman.

Aux éditions Les Escales : date de parution : 31/08/2017 / EAN : 9782365693073 / Nombre de pages : 448 / Format : 140 x 225 mm
Chez Pocket : Date de parution : 16/08/2018 / EAN : 9782266282505 / Nombre de pages : 480 / Format : 108 x 177 mm

Dernier train pour Canfranc. Rosario Raro

Parce que les Justes ne sont pas toujours des hommes Extraordinaires mais sont des héros capables de risquer leur vie sans limite pour sauver leur prochain, « Dernier train pour Canfranc »  de Rosario Raro rend un bel hommage à Albert Le Lay, chef de gare à Canfranc pendant les années sombres de la seconde guerre mondiale.

Domi_C_Lire_dernier_train_pour_canfrancEspagne, en Aragon, dans la province de Huesca, la gare internationale de Canfranc est perchée dans les Pyrénées, à la frontière avec la France. L’armée allemande est installée là depuis l’hiver 42, comme dans toute la France occupée, militaires et agents de la Gestapo  surveillent cette frontière, porte ouverte vers l’Amérique du Sud via l’Espagne et le Portugal. Car il ne faut pas oublier que par là vont transiter bien des denrées destinées à l’Europe en guerre, mais aussi l’or des nazis et les vivres fournies par l’Espagne de franco.

Laurent Juste, le chef de gare, ayant pourtant femme et enfants, participe activement au sauvetage des juifs qui arrivent dans sa gare. C’est l’un des membres d’une équipe de résistants peu ordinaire. Composée de Jana, femme de chambre à l’hôtel International, de Valentina, une jeune fille du village, apprentie de Jana, d’un musicien boulanger, et d’Estève, le beau vagabond qui court la montagne, ils œuvrent ensemble sans pour autant en savoir trop les uns sur les autres.

Chacun travaille et fait la part qui lui a été confiée, les ordres viennent de Pau ou d’ailleurs, mais chaque vie sauvée est un pas vers un monde meilleur. Là, ils doivent vivre, travailler, agir, sous les yeux des soldat allemands, de la Gestapo, et du gouverneur Casanorbe, cynique et ambivalent personnage. Jusqu’au jour où la jeune Valentina disparait…

Tout au long du roman, les relations entre les personnages vont se nouer, s’intensifier, mais sont surtout prétexte pour l’auteur à nous montrer tout ce que ce groupe a réalisé pour sauver les exilés, les juifs et tous ceux qui tentaient de passer par Canfranc pour fuir les camps et la mort.

Nous voyons passer des milliers de juifs et de migrants, anonymes ou célèbres. Joséphine Baker ou Marx Ernst, Marc Chagall et tant d’autres ont survécu à cette guerre grâce à l’action des hommes et des femmes de Canfranc.

Alors bien sûr, il y a cette intrigue romanesque entre les différents protagonistes, un peu fleur-bleue, parfois mièvre ou trop évidente, qui pourrait gâcher le plaisir de la lecture. Mais la narration historique est bien là. Et d‘ailleurs, je ne pouvais pas repartir de mes vacances pyrénéennes sans passer par le col du Somport et Canfranc, revoir cette zone de passage et de vie, pour ressentir au plus près cette émouvante vision de cette gare Internationale, ce terrain à la fois hostile et salvateur, qui a connu le pire comme le meilleur.

 

Sur la même période dans la même région, sur ce hommes qui sont capable de sauver leur prochain sans penser à leur propre vie, lire également le roman de Salim Bachi Le consul.

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Catalogue éditeur : Kero

Traduit de l’espagnol par Carole Condesalazar

Mars 1943. Accroupis dans une pièce secrète de la gare, les clandestins retiennent leur souffle en attendant que le bruit des bottes des soldats allemands s’éloigne. Au-dessus d’eux flotte le drapeau orné de la croix gammée. Au plus profond de cette époque sombre, Laurent Juste, le chef de gare breton, son amie Jana et le contrebandier Esteve Durandarte risquent tous les jours leur vie pour sauver des innocents, en leur faisant franchir la frontière franco-espagnole sur laquelle se dresse la gare mythique de Canfranc…

Domi_C_Lire_gare_canfranc_4Basé sur l’histoire vraie d’Albert Le Lay qui, en véritable Oskar Schindler français, a permis à des centaines de réfugiés d’atteindre la liberté, le premier roman de Rosario Raro nous plonge au cœur de ces années noires où l’humanité et la compassion semblaient une denrée si rare.

Rosario Raro est docteur en philologie et dirige des cours d’écriture créative à l’Université Jaume I de Castellón. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages qui ont été récompensés par de nombreux prix littéraires nationaux et internationaux. Dernier Train pour Canfranc est son premier livre à paraître en France.

Parution : 27 septembre 2017 / 400 pages / Format : 140 x 225 / 20.90€ / ISBN : 9782366

Romain Gary s’en va-t’en guerre, Laurent Seksik

Cette année les éditions J’ai Lu fêtent leur les 60 ans. C’est l’occasion de découvrir quelques pépites, comme « Romain Gary s’en va-t’en guerre », de Laurent Seksik.

Domi_C_Lire_romain_gary_s_en_va_t_en_guerre_laurent_seksik.jpgToute sa vie Roman Kacew s’est inventé des personnages, les siens d’abord, Emile ou Romain, mais aussi ceux de son père et de sa mère, mis en mots dans ses romans et bien peu fidèles semble-t-il à la réalité.

Le roman de Laurent Seksik se déroule à Wilno pendant deux jours, les 26 et 27 janvier, en 1925, alors que Romain Gary est encore Roman Kacew. A une époque où l’antisémitisme monte doucement mais surement dans le pays et en Europe, où de nombreux juifs se posent la question de partir, mais refusent de croire au pire. Il est construit en alternance de chapitres qui présentent tour à tour sa mère Nina, le jeune Roman, puis son père Arieh. Ils sont les personnages inévitables d’un trio humain fait d’amour et de haine, d’attente et d’espoir, de mensonge et de déception.

Nina est modiste et crée de jolis chapeaux pour les belles dames. C’est une jeune femme divorcée, mère d’un enfant, Joseph, lorsqu’elle épouse contre l’avis de sa belle-famille, Arieh le fourreur. Des années après arrive enfin ce fils tant attendu, Roman, puis la mort atroce de Joseph qui marquera à jamais cette mère. Un jour, Arieh quitte Nina pour Frida, une femme plus jeune, une vie plus sereine, et abandonne sa femme et surtout son fils de onze ans à une solitude incompréhensible pour cet enfant si sensible.

L’auteur nous entraine habilement dans les sentiments, les pensées, les espoirs de chacun, et déroule ces instants de vie qui décident d’un avenir, parfois sans même que l’on en comprenne réellement la portée. Car dans la vie, les couples se défont, parfois la violence s’installe, le désamour et la passion se combattent, et il y a parfois posé au milieu, en équilibre, un enfant qui attend l’amour d’un père, qui s’invente l’amour d’un père, qui espère puis désespère.

Ce n’est pas peu dire que Romain Gary a toujours été poussé par sa mère, qui a toujours cru en lui, et qui a rêvé pour lui qu’il serait célèbre un jour. Mais ici, Laurent Seksik lève le voile sur la part de mystère qui entoure l’auteur de la promesse de l’aube et nous parle essentiellement des années dans le ghetto, de son père, fourreur, mari infidèle, puis de la souffrance et de la solitude du jeune Roman, en attente de l’amour d’un père, qui réinventera celui qui l’a trahi.

Alors bien sûr, au 16 de la rue Grande-Pohulanka, il y a Un certain M. Piekielny, dont nous a également parlé François-Henri Désérable dans son roman paru à la rentrée de septembre 2017. Ce voisin un peu timide et effacé vient acheter à madame Kacew les quelques biens qu’elle tente de vendre en espérant pouvoir fuir au loin. Pour Roman et sa mère, ce sera l’Europe, puis plus tard l’engagement dans l’armée française, oui, mais ça c’est plus tard, beaucoup plus tard.

J’ai aimé ce roman qui me parle d’un personnage que je connais assez peu en fait. L’écriture est intéressante, sans fioritures inutiles, directe et concise, l’auteur réinvente une réalité qui donne corps aux personnages, et m’a vraiment donné envie de découvrir ses autres romans. Alors si vous aussi vous aimez les belles découvertes, un peu ou beaucoup Romain Gary mais aussi les biographies romancées, allez-y, foncez, vous ne le regretterez pas !

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Catalogue éditeur : J’ai lu (Flammarion)

Le génie de Romain Gary, c’est sa mère.
Mais le mystère Gary, c’est son père, au sujet duquel le romancier-diplomate a toujours menti.
Laurent Seksik lève le voile sur ce mystère en ressuscitant la véritable figure du père, dans un roman à la fois captivant, bouleversant et drôle, où la fiction fraternise avec la réalité pour cerner la vérité d’un homme.

Paru le 03/01/2018 / Prix 7,80€ / 256 pages – 111 x 178 mm – EAN : 9782290147887

Je ne sais pas dire je t’aime. Nicolas Robin

Et si faire de belles rencontres et trouver l’amour étaient plus facile que ce que l’on croit ? Dans « Je ne sais pas dire je t’aime » Nicolas Robin nous entraine dans une valse légère avec des personnages particulièrement attachants.

Paris, tu l’aimes ou tu la quittes.

Domi_C_Lire_je_ne_sais_pas_dire_je_t_aime_nicolas_robin.jpgC’est drôle et enlevé, c’est parfois triste et solitaire, c’est gai comme l’amour, parfois tragique comme la mort, désespéré comme la solitude, mais en fait, c’est un peu comme la vie, non ?
C’est une année électorale, année de tous les rêves, de tous les espoirs, de tous les changements. Le pays est en attente d’un sauveur qui saura transformer son quotidien, tenir ses promesses, offrir des lendemains qui chantent. Dans Paris, cette ville capitale que l’on aime ou que l’on quitte, pendant ces quelques journées entre les deux tours, le lecteur va suivre des inconnus,  leurs trajectoires, leurs rêves, leurs intimités….
Mais quel lien peut-il y avoir entre Francine, cette retraitée qui bataille autant avec sa naissance qu’avec sa voisine acariâtre ? Entre Joachim, un jeune sportif que sa petite amie convoque à une émission de télé à une heure de grande écoute pour lui apprendre qu’elle le trompe avec un de ses amis et le larguer en direct ? Entre Juliette, une trentenaire vendeuse de chaussures de marque allemande, pas aussi belles et stylées que les italiennes, c’est sûr, et qui désespère de trouver un jour l’amour ? Entre Ben, un jeune homosexuel qui rentre chez lui mais ne trouve plus dans le regard de son ami l’amour sensé le porter vers le bonheur ?
Chacun dans son genre est un clopé de la vie, dans l’attente du bonheur, le vrai, le sincère, mais tellement peu enclin à aller vers l’autre dans cette ville tentaculaire qui distend les relations et éloigne les voisins. Pourtant parfois, le hasard, les voisins, la famille, font bien les choses, et en y mettant un peu du sien…

Nicolas Robin tisse de jolies histoires, et nous fait suivre ses personnages, leur tristesse et leur solitude, leurs rencontres et leurs amours-amitiés, leur liberté et leurs craintes. Les chapitres se succèdent pour le plus grand bonheur des lecteurs, pris dans le rythme des pages qui tournent seules. On vibre quand le récit alterne les personnages au fil des trajectoires qui s’éloignent pour peut-être se rencontrer un jour… C’est frais et léger, tendre et farfelu, bien sûr parfois un peu trop évident, et pourtant cela soulève en même temps le difficile problème de la vie dans les grandes villes, où les trentenaires comme les retraités, les enfants comme les parents, les frères et les sœurs ont parfois bien du mal à se retrouver, à tout simplement se parler… Et s’il fallait juste faire un petit pas vers l’autre pour se dire je t’aime ? Alors, Je ne sais pas dire je t’aime, de Nicolas Robin, un joli roman pour votre été ?

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Lire aussi les avis de Virginie du blog les lectures du mouton et de Nath du blog d’Eirenamg.


Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Paris, tu l’aimes ou tu la quittes. C’est une injonction quotidienne pour qui se retrouve la joue écrasée contre la vitre d’un métro bondé ou se fait bousculer sur le trottoir par un type mal dégrossi.

Dans ce tohu-bohu parisien, Francine déterre un passé longtemps enseveli devant un guichet d’état civil ; Juliette rêve d’avoir la beauté fulgurante d’une actrice qui éclate de rire sur un tapis rouge ; Joachim devient célèbre malgré lui en se faisant larguer en direct à la télé ; Ben essaie de ne pas finir comme ceux qui picorent leurs petits pois, le nez dans l’assiette, sans adresser un mot à l’autre.
Un chassé-croisé plein d’humour et de tendresse au cœur d’une ville, épicentre de l’amour, où il est parfois difficile de se dire je t’aime.

Prix TTC 7,40 € / 264 pages / Date de parution : 28/03/2018 / Éditeur d’origine : Anne Carrière ISBN : 9782253073499

La vie secrète d’Elena Faber, Jillian Cantor

Vous aimez l’Histoire, vous aimez apprendre tout en rêvant de vies singulières, vous aimez lire de belles histoires ? Alors vous allez dévorer La vie secrète d’Elena Faber, le roman de Jillian Cantor.

Domi_C_lire_la_vie_secrete_d_elena_faber_jilian_cantor_preludesIl est des romans qui paraissent de prime abord légers, fait pour passer un bon moment de lecture, mais qui vous emportent bien au-delà, mêlant le petite et la grande Histoire avec justesse et beaucoup d’émotion. La vie secrète d’Elena Faber est de ceux-là. Jillian Cantor prend prétexte d’une vieille lettre pour nous entrainer à la suite de ses protagonistes de la Californie de 1989 à l’Autriche de 1938.

Dans un petit village d’Autriche, Kristoff est apprenti chez Frederick Faber, un graveur de timbres reconnu par ses pairs. Pour cet orphelin tout juste arrivé de Vienne, les Faber sont une véritable famille, les parents, mais aussi les filles, l’espiègle Miriam et la belle et intrépide Elena, dont il est secrètement amoureux. Mais en 1938, la nuit de Cristal étend son manteau d’horreur sur l’Autriche annexée par l’Allemagne d’Hitler, les nazis envahissent le pays et les juifs sont persécutés, déportés, assassinés. Plus de bougies ni de shabbat, plus de paix pour les Faber ni pour les juifs du petit village de Grostburg. Aussi, lorsque le père, puis la mère, disparaissent, Elena et Kristoff entrent à leur façon en résistance.

A Los Angeles, le père de Katie Nelson est atteint de la maladie d’Alzheimer. Toute sa vie il a collectionné les timbres, et demandé à sa fille de prendre soin de cette collection le jour où il disparaitra. Comme elle sent que le fil de la mémoire paternelle va en s’amenuisant, et qu’elle ne veut pas risquer de passer à côté d’un trésor, Kate décide de faire examiner cette collection de timbres à Benjamin, un philatéliste. Il fait une découverte étrange, un timbre autrichien qui ressemble étrangement à ces timbres créés par des résistants pour faire passer des messages sous les yeux des nazis. Benjamin et Katie mènent l’enquête, qui les entraine des USA à l’Allemagne de l’Est au moment symbolique de la chute du mur de Berlin, puis en Autriche ou au Pays de Galles, à la recherche de cet inconnu qui a écrit ce courrier jamais parvenu à son destinataire, Elena Faber.

Prétexte à nous faire découvrir des pans de l’Histoire de l’Autriche, de cette nuit de Cristal, de ces hommes et de ces femmes entrés en résistance avec les moyens qu’ils avaient à leur disposition, faisant fi de leur liberté pour tenter de sauver les autres, même un seul, au péril de leur vie.

J’ai aimé l’alternance des récits, entre les amours de Kristoff et d’Elena et le chagrin et la renaissance possible de Kathie. Mais aussi de mieux comprendre ces familles qui ont eu ces parcours de vie, émigrés d’Europe pendant la seconde guerre mondiale et qui n’ont jamais raconté à leurs enfants ce passé beaucoup trop lourd pour en parler. Le tout porté par une belle intrigue, où les coïncidences jouent leur rôle à la perfection, où les personnages s’apprivoisent et se fuient juste comme il faut, où le lecteur se laisse embarquer pour son plus grand bonheur.

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Sur cette époque si sombre de notre histoire, lire aussi mes avis sur L’ordre du jour d’Éric Vuillard, Avant que les ombres s’effacent, de Louis-Philippe Dalembert.


Catalogue éditeur : Préludes

Autriche, 1938. Kristoff, jeune orphelin viennois, est apprenti chez Frederick Faber, un maître graveur, créateur de timbres, lorsqu’éclate la nuit de cristal. Après la disparition de son professeur, Kristoff commence à travailler pour la résistance autrichienne avec la belle et intransigeante Elena, la fille de Frederick dont il est tombé amoureux. Mais tous deux sont bientôt pris dans le chaos de la guerre. Parviendront-ils à échapper au pire ?
Los Angeles, 1989. Katie Nelson découvre dans la maison familiale une riche collection de timbre appartenant à son père. Parmi ceux-ci, une mystérieuse lettre scellée datant de la Seconde Guerre mondiale et ornée d’un élégant timbre attire son attention. Troublée, Katie décide de mener l’enquête, aidée de Benjamin, un expert un peu rêveur… Lire la suite…
Parution : 04/04/2018 / Format :200 x 130 mm / Nombre de pages : 384 / EAN : 9782253107910  / Prix : 15.90 €