Les oracles de Teresa, Arianna Cecconi

Quel est donc le secret de Teresa ? … un roman d’amour et de rêves

Le jour où elle a compris que sa mémoire pourrait un jour lui faire défaut Térésa a décidé de ne plus parler. Après tout c’est sans doute le plus sûr moyen de ne pas révéler de secret sans l’avoir voulu.
Voilà donc plus de dix ans qu’elle vit dans le silence. Peu à peu la mémoire s’en est allée mais les femmes de sa famille veillent. Cousine, filles et petite-fille ou celle qui est d’abord venue du Pérou pour aider, puis devenue une amie fidèle, toutes ont une relation privilégié avec elle.

Aussi quand le médecin leur annonce que le temps est désormais compté et que Térésa vit ses derniers instants, elles se rejoignent toutes au pied du lit médical installé dans le salon pour la veiller, lui parler, et qui sait peut-être l’entendre enfin dévoiler son secret.

C’est pendant ces quelques jours-là que chacune va à son tour revivre les moments passés avec l’aïeule. Joies, bonheur, chagrin, rupture, tout y passe. Et l’on comprend par exemple qu’aucune femme de cette famille à part Teresa n’a jamais emmené un homme à la maison. Il faut dire que le mariage de Teresa avec Antonio n’a pas été le plus heureux et son amour n’a jamais été à la hauteur de celui de son mari. C’était un mariage de raison pour assurer la continuité de l’élevage de vers à soie. Le décès d’Antonio a été une délivrance pour cette femme indépendante et fière.

De souvenirs en anecdotes, peu à peu le mystère se lève sur le secret de l’aïeule. Dès lors, une seule vérité s’impose, vivre, à fond, sans regret, ce que la vie nous offre.

J’ai aimé rencontrer ces femmes, leur poésie, leur relation à la magie, au surnaturel. Leur amour et leur solidarité malgré les défauts, les différences toujours aussi forts. L’écriture onirique et poétique m’a fait passer un bien joli moment de lecture à leur côté.

Catalogue éditeur : Marabout, collection La Belle Etoile

Depuis bientôt dix ans, Teresa n’a pas quitté son lit ni prononcé le moindre mot. Quand elle a senti son esprit vaciller et sa mémoire s’étioler, elle a choisi de rester couchée et de se murer dans le silence afin de ne pas laisser s’échapper le secret enfoui au plus profond d’elle-même.
Pourtant, depuis bientôt dix ans, autour d’elle, tout le monde s’affaire et se relaie pour la garder dans le flot de la vie : ses filles Irène et Flora, sa petite-fille Nina, sa cousine Rusì, et Pilar, venue tout droit du Pérou, qui lui prodigue des soins au quotidien. Lorsque les heures de Teresa semblent comptées, toutes se réunissent pour la veiller et pour entendre ce qu’elle est peut-être enfin prête à leur confier, pour les aider à se libérer.

Parution : 25/08/2021 / 400 pages / EAN : 9782501138611 / 19.90 €

Pourvu qu’il soit de bonne humeur, Loubna Serraj

Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable ?

Maya, 15 ans, belle, jeune, mais pas libre. Depuis quelques mois déjà ses parents ont décidé qu’elle ne pouvait plus aller au collège. Une jeune femme n’a pas besoin de trop apprendre puisque son avenir est d’être marié, savoir être épouse et mère cela suffit bien. Pourtant chaque jour ou presque, de longues discussions avec Marwan, son frère, lui permettent de continuer à apprendre et à débattre sur l’actualité, la géopolitique mondiale, le monde qui l’entoure dans le Maroc des années 40. Jusqu’au jour maudit où on lui annonce qu’elle doit épouser Hicham.

Il est beau ce jeune homme qu’elle découvre le jour du mariage, et la jeune femme est prête à l’aimer et à se soumettre. Mais c’est sans compter sur la violence qui se déchaîne dès la nuit de noce. Violée à plusieurs reprises, frappée, Maya ne sait pas que sa vie vient de basculer dans l’horreur, le silence, la douleur. Celui qui n’a connu que la violence de son propre père répète le schéma à l’envie, pour le plus grand malheur de son épouse.

Si la famille, la mère, les sœurs, ont compris le martyr que vit Maya, aucune voix ne vient s’élever pour faire cesser la violence meurtrière. Seul son dossier médical à l’hôpital témoigne des multiples fractures, viols, souffrances, maltraitances qu’elle a dû subir en silence pendant autant d’années.

Pourtant Maya la soumise, Maya puits de douleur est une femme libre dans sa tête, indomptable et indomptée par celui qui rêvait de la soumettre. Les discussions avec son frère, sa participation à la révolte marocaine face à l’occupant, ses lectures, ses fleurs et ses rêves sont les témoins les plus évidents de cette liberté si chèrement acquise.

Dans le Maroc d’aujourd’hui, Lilya vit une relation heureuse avec son amoureux. Mais elle ne souhaite absolument pas s’engager à ses côtés, car jamais elle n’acceptera de se soumettre au bon vouloir d’un époux. Dans son corps, elle ressent des douleurs et entend des questionnements qui l’interpellent sur sa filiation, qui est elle et d’où vient-elle ? Et si l’âme de Maya, sa grand-mère, était venue la tourmenter pour demander réparation de ses souffrances. Et si Lilya ne s’autorisait tout simplement pas à vivre libre ? Pour le savoir, elle part à la recherche de cette aïeule, soulève le voile du silence et révèle peu à peu la vie de Maya et ses propres contradictions.

De nombreux sujets forts sont abordés dans ce roman. La violence faite aux femmes, que ce soit au Maroc ou ailleurs, le mariage forcé, l’éducation des filles qui n’est pas toujours une évidence. Mais aussi les transmissions transgénérationnelles. La psycho généalogie explique parfois les traumatismes dans des familles où les secrets traversent les générations sans être révélés à ceux chez qui les dégâts sont les plus importants.

Ce sujet difficile est traité d’une manière originale grâce à ces deux générations de femmes qui se retrouvent dans leur soif de liberté, de savoir, d’amour et de vie. Ce roman est le lauréat du Prix Orange du Livre en Afrique 2021, son sujet rejoint Les impatientes, cet autre roman aux multiples récompenses. Souhaitons lui un aussi beau parcours.

Catalogue éditeur : La Croisée des Chemins et Au Diable Vauvert

Deux époques.
Deux couples.
Deux voix. Non, plusieurs voix qui traversent le temps pour raconter une vie, deux vies, leurs vies.
À travers une histoire, tour à tour inscrite dans le passé et le présent, aussi parsemée de violence ordinaire que de passion rebelle, le murmure Pourvu qu’il soit de bonne humeur d’abord inaudible, se renforce, devient mantra et arrache sa propre bulle de liberté, inestimable hier comme aujourd’hui.
Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable ?
Comment résister à une guerre de l’intime où les bruits des canons deviennent ceux de clés tournant dans la serrure d’une porte ou de pas se rapprochant doucement mais sûrement ?
Comment la peur peut s’insinuer dans les couloirs du temps pour faire passer un message ? Quel message ?
Maya. Lilya. Deux voix. Deux femmes. Deux époques.
Une intensité. Celle que provoque la liberté.

Loubna Serraj est éditrice et chroniqueuse radio à Casablanca (Maroc). Elle tient également un blog littéraire social et politique sur des sujets d’actualité. Pourvu qu’il soit de bonne humeur, paru au Maroc aux éditions la Croisée des chemins, est son premier roman.

La Croisée des Chemins ISBN 9789920769563 / Parution 2020 / pages 324

Au Diable Vauvert : Parution : 2021-03-18 / pages : 352 / EAN-ISBN : 9791030704105

Le Pensionnat des innocentes, Angela Marsons

Faut-il déterrer les plus sombres secrets ?

Ils étaient cinq, penchés vers on ne sait quel secret qu’ils protègent depuis dix ans.

Lorsque l’une d’entre eux se fait assassiner dans sa baignoire, tous commencent à trembler. Mais qui est capable de les relier entre eux, quel secret inavouable ont-ils en commun, et pourquoi cette vengeance aussi longtemps après. Ce sont bien les questions que se pose Kim Stone, excellente et atypique enquêtrice du Pays Noir.

Kim Stone est inspectrice de police, tout chez elle respire l’enfance malheureuse et les problèmes, et cela se ressent au quotidien dans sa relation aux autres, pourtant elle excelle dans son étier. Aussi lorsqu’on lui demande de venir sur les scènes de crime, elle comprend vite que la réponse n’est sans doute pas aussi évidente qu’elle pourrait le paraître.

Enfant de l’assistance, une mère malade et meurtrière, un jumeau décédé trop jeune, et la voilà à fleur de peau face aux injustices que de vie. Elle va rapidement déceler le mystère et les silences, les relations entre des personnages qui de prime abord n’ont rien en commun. D’abord, pourquoi tenter d’interdire des fouilles archéologiques à priori sans incidence, pourquoi tenter d’empêcher de retourner la terre du côté du pensionnat pour jeunes filles de Creestwood, si l’on n’a rien a cacher. D’autant qu’il semble que les victimes se multiplient comme les petits pains, et que tous avaient au moins un point commun, avoir travaillé là.

Ce que j’ai aimé ?

Malgré quelques invraisemblances, ou alors la vie est bien dure, le rythme et le sujet sont particulièrement prenants. Addictifs même. Des personnages différents, aux caractères et aux passés bien campés, qui donnent tout son intérêt au roman.

La pauvreté a fait quelques ravages dans cette région oubliée de la Grande Bretagne. Car la misère, le chômage et le manque d’éducation ne permettent pas vraiment de s’en sortir. Alors on fait avec et on appartient à cette région du Pays Noir pour le meilleur mais surtout pour le pire.

J‘ai aimé ce personnage un peu cassé d’inspectrice au caractère bien trempé, pas très sociale ni attentionnée mais tellement efficace. S’il m’a semblé avoir déjà lu sur le sujet, le traitement est malgré tout intéressant, en particulier dans la façon d’envisager la relation à l’autre. Qu’il s’agisse du poids de l’enfance, de la maltraitance, des pensionnats pour jeunes filles considérées comme des rebuts de la société par quelques bien pensants au dessus de tout soupçon, mais aussi la maladie et la différence, le handicap et le regard porté sur celui qui en souffre, sont autant de thèmes abordés avec justesse et sensibilité, souvent sans en avoir l’air et sans faire perdre au lecteur le rythme de l’intrigue.

Difficile de ne pas penser en refermant la dernière page au roman de Jean-Christophe Tixier, Les mal-aimés, ou à Nickel Boys de Colson Whitehead.

Un roman lu dans le cadre du jury du Prix des nouvelles Voix du Polar 2021 éditions Pocket

Catalogue éditeur : Belfond, Pocket

Valérie BOURGEOIS (Traducteur)

2004. Par une nuit glaciale, cinq personnes scellent un pacte au-dessus d’une tombe fraîchement creusée.
Mais les secrets finissent toujours par remonter à la surface…

De nos jours, Teresa Wyatt, ancienne directrice du foyer pour filles de Crestwood, est retrouvée noyée dans sa baignoire.
Au même moment, Crestwood fait la une des médias : des fouilles archéologiques viennent de mettre au jour le squelette d’une adolescente enterrée dans le jardin. 
Coïncidence ? L’inspectrice Kim Stone n’y croit pas. Et quand les ossements d’autres fillettes sont exhumés, l’affaire prend rapidement un tour personnel pour cette jeune flic au tempérament plus tranchant qu’une lame de rasoir. Elle qui a connu l’assistance publique est bien décidée à rendre justice aux innocentes oubliées de tous dans ce lieu cauchemardesque…

Angela Marsons a rencontré un succès éditorial considérable avec Le Pensionnat des innocentes (Belfond, 2018 ; Pocket, 2020), premier tome des enquêtes de l’âpre inspectrice Kim Stone. Depuis, la série n’en finit pas de séduire les lecteurs, avec plus de quatre millions d’exemplaires vendus à travers le monde. Nos monstres est le deuxième épisode à paraître chez Belfond. Angela Marsons vit dans le Black Country, en Angleterre, avec sa compagne et leur petite ménagerie.

Collection : Belfond Noir : Date de parution : 16/05/2018 / EAN : 9782714476425 / pages : 432
Pocket : EAN : 9782266297394 / pages : 464 / 8.20 €

Les après-midi d’hiver, Anna Zerbib

Revivre après le deuil, après l’hiver, après la passion, un premier roman sensible et singulier

Alors qu’elle vient de perdre sa mère, le jeune protagoniste de ce roman part à Montréal. Son amoureux va l’y rejoindre, un, puis deux hivers seront nécessaires pour faire son deuil et revenir à la vie. Elle rencontre incidemment Noah, un bel artiste solitaire, qui devient rapidement son amant. Elle va cultiver ce secret qui lui permet d’enfin vivre, être, aimer.

Peu à peu, elle nous entraîne dans ses pensées. Dans la relation ambiguë et compliquée qu’elle a eu avec cette mère à demi folle qui ne supportait pas de vivre et menaçait chaque hiver d’en finir avec cette vie qui l’épuisait. Avec le père meurtri mais mutique, qui l’attend sans s’expliquer, sans espérer, sans se révolter. Avec Samuel l’amoureux indispensable dont elle se lasse, Samuel silencieux qui attend qu’elle fasse le premier pas, qu’elle dise enfin ce qui ne va plus.

Et peu à peu la relation avec Noah prend toute la place. Le secret, le silence, les rendez-vous, les messages vite effacés, les souvenirs engrangés pour éclaircir les jours trop gris, Noah qui fuit la relation à deux et se veut éternellement célibataire. Car elle le sait, De lui je n’aurai rien de plus que son absence, et il faudra bien que cela lui suffise.

C’est un premier roman assez étonnant. Le lecteur entre dans son cœur, dans sa tête, à petit pas, tout doucement sans faire de bruit, comme si elle ne nous y avait pas invités mais qu’elle entrouvrait malgré tout la porte.

Elle mêle habilement le chagrin et la perte de la mère, l’incompréhension puis l’acceptation de sa différence, le besoin de s’éloigner de la famille, des amis, pour enfin revivre après les épreuves. Mais aussi la fin d’un amour et la découverte d’un autre, le goût du secret, le bonheur de n’être que deux à savoir. Enfin, la présence de l’art, sa beauté, son langage, grâce à Noah. Le tout dans un environnement et des habitudes éloignés de son cadre habituel, le froid intense et mordant de l’hiver québecois, la ville et ses rues désertes qui sont parties prenante de sa lente et malhabile reconstruction.

Et toujours ces carnets qu’elle noircit de ses impressions, sentiments, élans. La littérature et l’écriture comme une bouée de sauvetage, irremplaçable, indispensable. Ces secrets qu’elle y couche, elle aimerait qu’ils se dévoilent d’eux-même aux autres, il y a tout ce qu’elle voudrait dire sans jamais oser l’avouer. La langue est belle, le style poétique, fait d’envies, de silences, de désirs, de crainte, de secrets. Il y a aussi une profonde mélancolie dans ce texte qui exprime les sentiments et les passions, et sous-jacent, l’espoir de s’en sortir, après l’hiver, après le froid.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Gallimard

«C’était l’hiver après celui de la mort de ma mère, c’est-à-dire mon deuxième hiver à Montréal. J’ai rencontré Noah et j’ai eu ce secret. Tout s’est produit pour moi hors du temps réglementaire de la perte de sens. Longtemps après les premières phases critiques du deuil, que j’ai bien étudiées sur Internet. Les événements se sont déroulés dans cet ordre, de cela je suis sûre. Pour le secret, je ne suis pas certaine, il était peut-être là avant, un secret sans personne dedans.»

Dans ce roman vibrant d’émotion, Anna Zerbib fait l’autopsie d’une obsession amoureuse où le désir, les fantasmes et les petits arrangements avec le réel sont autant de ruses pour peupler l’absence, en attendant les beaux jours.

Parution : 12-03-2020 / 176 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072893629 / 16,50 €

Punto Basta, Lionel Froissart

Une étonnante reconstruction de l’accident le plus tristement célèbre du tunnel de l’Alma


Jocelyne travaille à la préfecture de Bobigny. Célibataire sans enfants elle mène une vie solitaire. De temps en temps elle passe la soirée à Paris avec ses copines et rentre en empruntant les beaux quartiers côté ouest par la voie sur berge et sa belle traversée des lieux emblématiques de la capitale.
Le soir du 30 août 1997, au retour de l’une de ses sorties entre copines et alors qu’elle s’engage dans le tunnel du pont de l’Alma à bord de sa Fiat Uno blanche, elle est percutée à grande vitesse par une Mercedes. C’est tout juste si elle s’aperçoit lorsqu’elle jette un œil dans son rétro que l’autre voiture s’encastre dans un pilier du tunnel. Elle en est quitte pour une grande frayeur et parvient à regagner son domicile tremblante et fortement secouée.
Au petit matin, elle découvre atterrée que la princesse Lady Di est décédée la veille dans un accident de voiture à Paris. Les journaux n’ont aucune piste crédible, si ce n’est très rapidement celle d’une mystérieuse Fiat Uno blanche aperçue par plusieurs témoins sur les lieux du drame. Mais alors, Jocelyne est-elle impliquée, fautive, témoin, coupable ?

L’auteur nous fait pénétrer les méandres de son cerveau fortement perturbé par les circonstances de l’accident. La personnalité de la victime principale, l’ampleur de l’enquête mise en place pour rechercher les causes (on se souvient que la quasi totalité de la PJ parisienne était mobilisée pour tenter de trouver une explication au drame, autre que vitesse excessive, course poursuite avec les motos, et … pas de ceinture de sécurité qui aurait pu sauver des vies), les interrogations de Jocelyne spectatrice et actrice bien involontaire du drame, sont analysées avec soin. Le cheminement de sa pensée est décortiqué pas à pas. Coupable ou pas, que peut-elle faire, que doit-elle dire ?
Vient ensuite une incursion (qui par contre ne m’a vraiment pas convaincue) dans les pensées de Lady Di pendant les heures qui précédent l’accident. Puis l’auteur par ailleurs spécialiste de la F1 fait un rappel de quelques grands accidents de la route qui ont coûté la vie à de nombreuses autres têtes couronnées. Enfin, il revient à la banalité du quotidien de Jocelyne. Cette femme ordinaire qui a vécu un événement hors du commun en se demandant comment s’en sortir.

Une lecture qui nous remémore quelques lointains souvenirs, en particulier l’émoi qu’a provoqué dans le monde l’accident tragique de Lady Di. Malgré quelques bémols (la partie sur Lady Di justement), j’ai aimé la façon dont l’auteur analyse et décrit avec réalisme le quotidien ordinaire de la plupart d’entre nous, pour en faire quelque chose d’extraordinaire.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Jocelyne mène une vie tranquille et solitaire à Bobigny. Son petit plaisir, c’est de traverser les beaux quartiers de Paris au volant de sa Fiat, qu’elle surnomme affectueusement Paulette. Le soir du 30 août 1997, alors qu’elle rentre par la voie sur berge, Jocelyne est accrochée par une puissante berline. Obnubilée par la maîtrise de son véhicule, elle remarque à peine que la voiture folle s’encastre dans le tunnel du pont de l’Alma. Le lendemain, Jocelyne découvre la terrible nouvelle : Lady Di a succombé à l’accident. Quel rôle a-t-elle joué ? Aurait-elle pu porter secours à la princesse ? Et si la police remontait jusqu’à elle ?
Avec ce portrait de jeune femme tout en fêlures, Lionel Froissart déjoue les pronostics de cette ténébreuse affaire qui a fait couler tant d’encre. Derrière ce drame de portée internationale, l’histoire d’une Madame Tout-le-monde se télescopant avec celle d’une étoile.

Né en 1958, Lionel Froissart est journaliste sportif, spécialisé dans la F1 et le tennis. Il a travaillé pour Libération pendant près de trente ans. Auteur notamment d’une biographie d’Ayrton Senna en 2004, il a remporté avec Les Boxeurs finissent mal en général le prix Sport-Scriptum 2008 du meilleur livre sportif de l’année.

192 pages / 17€ / Paru le 14 janvier 2021 / ISBN : 978-2-35087-628-3

Noir Vézère, Gilles Vincent

Se laisser embarquer par ce thriller historico-paléontologique haletant

La Vézère traverse le Périgord Noir. C’est dans la vallée de la Vézère que l’on trouve à la fois Lascaux et Les Eyzies, et c’est là que Gilles Vincent nous entraîne à trois époques différentes.

D’abord, il y a 17 000 ans, au moment où des hommes ont commencé à peindre de merveilleuses fresques sur les murs de la Grotte de Lascaux. L’auteur pose la question et tente de comprendre pourquoi à un certain moment l’homme préhistorique a eu l’idée, tout à fait extravagante sans doute pour ses contemporains, d’une part d’offrir une sépulture à ses morts, et d’autre part de peindre sur les parois des grottes le panthéon d’animaux auxquels il devait se confronter. Comme une introduction à la fois au chagrin et à l’émotion que provoque la perte de son prochain. Mais aussi à la naissance d’une démarche créatrice et d’un sens artistique, eux aussi porteurs et traducteurs d’émotions.

Puis en 1919, à la fin de la guerre de 14/18. Deux hommes, un lieutenant et son acolyte de retour au pays découvrent incidemment la grotte de Lascaux. La beauté du lieu, la majesté des fresques vont les submerger et donner à l’un d’eux le désir fou de garder cette merveille secrète. Jusqu’au jour de l’invention officielle de la grotte en 1940 par Marcel Ravidat, Jean Clauzel, Maurice Queyroi et Louis Périer, quatre adolescents à Montignac en Dordogne.

Enfin, de nos jours, avec un paléontologue et une jeune gendarme, à Lascaux. Un violent orage va perturber les lieux, provoquant un accident géologique souterrain qui ne sera pas sans conséquences. Ensemble, ils pénètrent dans le saint des saints, la grotte originelle. Là, ils vont découvrir une scène qui va les bouleverser.

Un roman court, avec une intrigue évidente mais prenante, aux personnages bien campés, qui aborde ces trois époques avec une justesse de ton qui emporte immédiatement le lecteur.

Du même auteur, retrouver aussi ma chronique de Un, deux, trois, sommeil !

Catalogue éditeur : éditions Cairn

Gilles Vincent revient avec un polar qui va nous ramener au cœur de nos racines, au cœur de l’Histoire, là où tout a commencé, dans les cavernes et les grottes. Les murs et les peintures ont encore beaucoup à révéler. Lascaux n’a pas livré tous ses mystères. Préparez‐vous à un huis clos surprenant : un polar préhistorique jamais vu.

Après 33 ans dans le Nord et onze ans à Marseille, Gilles Vincent décide, en 2003, de poser valises et stylos dans le Béarn. Depuis quinze ans, il consacre le plus dense de sa vie à l’écriture. Il est aussi animateur d’ateliers d’écriture en milieu scolaire, en prison, à l’hôpital…Les pages lues, écrites sont ses poumons, les mots, tout le sang qui l’habite… Auteur de polars connu et reconnu, il a plusieurs fois été récompensé : prix Europolar 2014 pour Djebel, prix Cezam Inter-CE 2014 pour Beso de la Muerte et prix du Mauvais Genre 2015 du Val Vert duClain pour Trois heures avant l’aube. Dans la collection Du Noir au Sud il a déjà publié Un deux trois, sommeil ! en 2016 et Noir Vézère en 2018.
ISBN : 9782350685779 / 8,50 € TTC / Pages 168 / Date de parution mai 2018

Le secret Hemingway, Brigitte Kernel

L’histoire méconnue de Grégory Gloria Hemingway, ou le secret Hemingway dévoilé avec pudeur et délicatesse par Brigitte Kernel

L’auteur présente avec beaucoup de réalisme et de délicatesse l’histoire du troisième fils du grand Ernest Hemingway, explicitant si besoin était la difficulté d’être soi et en même temps le fils de ce monstre de la littérature, coureur de jupons, ancien soldat, pêcheur au gros et compétiteur hors pair dans cette catégorie, entre autre, cette force de la nature adulée par les femmes et par ses  nombreux admirateurs, cet écrivain lauréat de tant de prix…

Celui qui s’appelait Gregory, marié trois fois, père de huit enfants et qui deviendra Gloria.

Si dans la lignée des Hemingway alcool et dépression, mais aussi pulsions suicidaires sont un fil rouge, Gregory/Gloria n’y coupera pas, et à tout cela s’ajoute cette difficulté à être lui ou elle, et à choisir puis assumer sa différence. Comment devient-on soi-même lorsque l’on a un père aussi célèbre ?  Mais aussi une vie multiple, des rêves et des désespoirs, celui d’avoir comme il lui a dit tant de fois, tué sa mère, tué son père, et de n’avoir pas pu finalement tuer plus tôt cet homme qui était dans son corps mais qu’il ne voulait pas être, qu’il ne pouvait pas être au plus profond de lui.

Habillé en fille jusqu’à l’âge de sept ans, attendu par son père comme une fille qui viendrait éclairer ses jours, a-t-il était totalement troublé par cette relation ou est-il réellement né dans le mauvais corps ? Si on peut se poser la question, c’est qu’il se l’est peut-être parfois posée. Pourtant il se sentait fille ce petit garçon appelé Gigi par son père, mais que celui-ci va emmener à la pêche, et faire des sports très masculins pour l’aguerrir. Il devient médecin et a fait médecine pour comprendre comment et pourquoi sa mère est morte.  Mais aussi pour savoir puis être en mesure de prendre des hormones et se traiter seul avant même de pouvoir imaginer se faire opérer pour réaliser et assumer son besoin d’être femme. Car il ne le fera qu’à 60 ans passés, soucieux de sa femme et de ses enfants, et son opération n’est même pas terminée lorsqu’il décède à la prison de femmes de Miami en 2001.

Lecture bouleversante que celle de ce roman qui nous interroge à la fois sur la famille, l’amour entre un père et son fils, l’amour dans le couple, mais aussi sur le genre et la difficulté d’être soi dans le corps d’un autre. C’est une véritable découverte. J’aime cette façon d’écrire, cette capacité qu’à l’auteur de se mettre à la place d’un personnage réel mais si romanesque en même temps. Alors oui, j’ai écouté Gloria me parler de Gregory et de sa famille avec beaucoup d’émotion, j’ai essayé de le comprendre et j’ai aimé les mots et l’écriture de Brigitte Kernel qui le fait revivre le temps de ce beau roman.

Catalogue éditeur : Flammarion

Ils ont dit que j’avais tué ma mère.
Puis ils ont dit que j’avais tué mon père.
Enfin, ils ont dit que chez nous, les Hemingway, de génération en génération, tout le monde se tuait.

Ce roman est une histoire vraie, celle de Gloria, née Gregory Hemingway (1931-2001).

Paru le 08/01/2020 / 320 pages / 137 x 210 mm / Prix : 19,00 € / ISBN : 9782081471894

Miss Cyclone. Laurence Peyrin

Des années 80 à la mort de Lennon, puis au 11 septembre 2001, en passant par l’affaire Monica Lewinsky, Laurence Peyrin utilise l’histoire de New-York et des USA pour fait évoluer ses personnages et nous donner envie de les suivre.

DomiCLire_miss_cycloneA Coney Island, New-York, en bord de mer, la fête foraine est une institution depuis les années 20. Là Angela et June vont vivre leur adolescence et grandir à l’ombre du Cyclone, les célèbres montagnes russes. Elles ont 16 ans, elles avaient tout pour ne jamais se rencontrer mais elles seront amies pour la vie…pourtant, leurs destins vont être bouleversés par des évènements en apparences inoffensifs mais qui bouleversent le cours d’une vie.

Un soir de fête à Central Park, alors que toute la jeunesse est réunie en hommage à John Lennon qui vient d’être assassiné, Angela accepte d’avoir une relation avec son petit ami jusque-là si respectueux, mais particulièrement saoul et trop stone pour réellement comprendre ce qu’il fait. Le silence, la honte, puis les conséquences de cette relation vont avoir des répercussions sur l’avenir d’Angela et June, mais également bien au-delà, sur Nick et Adam, leurs amis.

Impossible de résumer ou inutile de dévoiler une intrigue dont l’intérêt tient essentiellement dans les vies, les amours, les rencontres, les mariages et les divorces, les chagrins et les espoirs, les forces et les faiblesses de ces deux jeunes femmes, issues de milieux si différents et que tout devrait opposer. L’auteur nous surprend, car si la trame parait légère, il y a cependant de grands moments d’amour, d’amitié, de recherche de soi. Mais l’intérêt tient aussi par le récit fait en toile de fond sur la ville et sur les événements qui ont bouleversé notre histoire récente. Le livre idéal pour les vacances.

Enfin, fermer ce livre et se dire qu’il faut vivre ses rêves, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, qu’il ne faut pas persister dans l’erreur si l’on ne veut pas passer à côté de sa vie !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Calmann-Lévy

Une amitié indéfectible vibrant au rythme de New York, la ville où bat le cœur du monde.
Coney Island, là où New York se jette dans la mer, est un endroit enchanteur l’été, avec sa fête foraine légendaire, et fantomatique l’hiver quand les manèges sont à l’arrêt. C’est là qu’Angela et June, 16 ans, ont grandi ensemble. Deux jeunes filles vives et joyeuses, que rien ne destinait à s’entendre, et que rien ne peut séparer.
Mais une nuit, la nuit où toute la jeunesse new-yorkaise pleure la mort de John Lennon, leur vie prend un tour inattendu : Angela, par un mélange de fatalisme et d’innocence, accepte de son petit ami ce qu’elle ne voulait pas vraiment. Parce qu’elle n’ose pas en parler à June, son silence devient un secret… Et leur destin à toutes les deux en sera changé à jamais.

Date de parution : 29/03/2017 / EAN : 9782702161517 / Nombre de page : 342

Ronce-Rose. Eric Chevillard

« Ronce-Rose » d’Éric Chevillard, voilà un roman qui émeut, perturbe, intrigue….

DomiCLire_ronce_roseRonce-Rose raconte son histoire, elle l’écrit dans ce journal que personne ne doit lire. Elle y raconte jour après jour sa vie dans cette maison qu’elle partage avec Mâchefer, son père, et Bruce, un ami, un géant, avec qui il travaille … enfin, quand ils travaillent, le soir et les weekend, dans des stations-services, des bijouteries, des banques….
Ronce-Rose ne va pas à l’école, ne rencontre personne et reste dans cette maison où la vie coule et semble lui convenir, pourvu qu’elle ait une robe, une culotte propre et un crayon pour écrire. Jusqu’à ce matin où Mâchefer et Bruce ne reviennent pas. A partir de là, tout l’univers de Ronce-Rose bascule, car où, quand et comment les retrouver ?

Ce qui m’a le plus interpellée dans ce roman, c’est cette façon particulière qu’a l’auteur de jouer avec le langage, les mots, le sens qu’il leur donne, et surtout celui qu’il détourne, explique, revendique, l’interprétation et l’humour tellement singuliers qu’il affiche. Il en fait un univers complétement hors du temps, décalé et en même temps parfois tellement évident qu’on se demande qui de nous-même ou de Ronce-Rose ne tourne pas tout à fait rond !

Le roman, étonnant et déstabilisant, est construit autour de Ronce-Rose, une fillette – mais est-ce réellement une fillette, ou seulement mon interprétation ? Son univers est rempli de mésanges, d’une sorcière, d’un unijambiste à surveiller, mais aussi de poissons d’or et de poésie surréaliste, dans un monde un peu triste et légèrement désabusé. Roman à découvrir, qui fait réfléchir et que l’on peut interpréter chacun à sa façon.


Catalogue éditeur : éditions de Minuit

Si Ronce-Rose prend soin de cadenasser son carnet secret, ce n’est évidemment pas pour étaler au dos tout ce qu’il contient. D’après ce que nous croyons savoir, elle y raconte sa vie heureuse avec Mâchefer jusqu’au jour où, suite à des circonstances impliquant un voisin unijambiste, une sorcière, quatre mésanges et un poisson d’or, ce récit devient le journal d’une quête éperdue.

2017 / 144 pages / ISBN : 9782707343161 / 13.80 €

Qu’il emporte mon secret. Sylvie Le Bihan

« Qu’il emporte mon secret » de Sylvie Le Bihan est avant tout une histoire d’amour, c’est également une histoire d’émotion, de failles et de souffrance, une histoire humaine en sorte !

DomiCLire_qu_il_emporte_mon_secretVoilà une histoire d’amour qui commence et se termine aussitôt et dont l’héroïne veut s’expliquer dans une longue lettre à Léo qui, nonobstant le fait qu’elle soit une lettre de rupture, devient aussi une tentative d’explication, une véritable recherche intérieure.

Hélène Dutilleul, ou plutôt Hélène le Floch est un écrivain à succès. Elle se souvient. A seize ans elle est laissée pour morte, frappée, blessé, violée par trois hommes que l’on ne retrouvera jamais. Mais la famille, la loi même, conseillent d’oublier, et parfois hélas conseillent bien mal. Car ne rien dire, ne pas porter plainte, ne pas aller au bout de ce que l’on a vécu en essayant de l’occulter, c’est se condamner à vivre avec une blessure enfouie tout au fond de soi toute sa vie, c’est amputer sa vie de ce rayon de soleil qu’est la confiance en l’autre et la confiance en soi, l’insouciance, qui font avancer et grandir.

Hélène a rencontré Léo dans le train pour la foire du livre de Briançon, et malgré leur différence d’âge, d’expérience, c’est avec lui qu’elle a passé la nuit. Ils ont rendez-vous dans quelques jours mais elle sait déjà qu’elle n’ira pas le rejoindre. Car Hélène est incapable d’aimer, de s’attacher, incapable de se donner sans retenue.

Aujourd’hui, Hélène attend. Elle est insomniaque, car demain elle a rendez-vous au tribunal. Elle va revoir  celui qui a fait émerger un passé si douloureux qu’il l’entraine au-delà de la nuit dans un abime de désespoir et de souffrance, en particulier celle de ne pas être allée au bout.

« Qu’il emporte mon secret »  est un roman construit en plusieurs strates parallèles. Le passé et les souvenirs, le présent et cette histoire d’amour déjà finie alors qu’elle commence à peine, enfin le futur et ce rendez-vous, demain… Emporté par ces récits parallèles, le lecteur entend cette souffrance, comprend le manque, la difficulté de l’oubli, de la mémoire qui occulte, et refait avec Hélène le chemin vers sa propre rédemption… mais tout n’est pas si clair, tout n’est pas si simple, et l’auteur retourne avec adresse et machiavélisme le lecteur pour un final époustouflant.


Catalogue éditeur : Seuil

« Je ne peux pas t’expliquer pourquoi, pas maintenant, mais sois patient, je te raconterai dès que j’aurai trouvé les mots. J’ai besoin de respirer, encore un peu, un autre air que celui, étouffant, de l’été 1984, celui que j’avais refoulé et que j’ai retrouvé dans une salle de la prison de Nantes, il y a trois semaines ».Deux nuits ont bouleversé la vie d’Hélène à 30 ans d’intervalle, la troisième, à la veille d’un procès, sera peut-être enfin celle de la vérité…Alternant le présent et le passé… Lire la suite

Date de parution 12/01/2017 / 17.00 € TTC / 224 pages / EAN 9782021337563