Vernon Subutex 1, Virginie Despentes

Découvrir l’écriture de Virginie Despentes avec Vernon Subutex, un roman aussi singulier que son personnage principal

Vernon Subutex, 1

Comme c’est la première fois que je lis un roman de Virginie Despentes je ne sais pas dire si Vernon Subutex est caractéristique ou non de son écriture. J’ai été légèrement perturbée, lassée à certains moments, par le manque de suivi dans l’intrigue. Et si j’ai eu beaucoup de mal à accrocher, une fois passées quelques hésitations j’ai été très intéressée par cette écriture étonnante que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire.

L’auteur plante le décor, dans Paris, Vernon Subutex, la cinquantaine, disquaire de son état, est victime du progrès. Sa boutique a fermé depuis longtemps, mais il subvient à ses besoins en vendant peu à peu son stock sur internet. Et surtout son ami le chanteur Alex Bleach l’aide à boucler ses fins de mois. Tout pourrait tranquillement perdurer ainsi sans le décès soudain d’Alex. Voilà Vernon à la porte de son appartement. Il lui manque peu pour s’en sortir et pourtant jamais il ne demandera à tous ceux qui l’hébergent de l’aider. Les points de vue de nombreux protagonistes se succèdent pour nous présenter le passé et surtout le présent incertain de Vernon, sans que jamais ces points de vue ne se confrontent à celui de Vernon. Chemin faisant, d’amies en relations plus lointaines, et sans oser avouer qu’il est expulsé de chez lui, Vernon va se faire héberger, squatter pour quelques jours, quelques semaines, puis se faire mettre à la porte de ces foyers d’accueil qui n’en sont pas, ceux de ses relations interlopes, de ses connaissances intéressées, de ces femmes qui craquent pour ses beaux yeux bleus et ne rêvent que de le mettre dans leur lit, pour au final se retrouver à la rue, SDF parmi tant d’autres, dans un monde qui lui est totalement étranger.

Écriture singulière de Virginie Despentes qui n’hésite pas à dire ce qu’elle a dire, caustique, crue, réaliste, consciente des travers et des défauts des protagonistes, immersion totale dans le monde, dans un Paris de la misère sociale plus sombre que ville lumière, mais aussi dans le monde des Bobos, des riches, qu’elle dépeint sans scrupule sous leur plus mauvais jour. Il y a tellement de vérités qui ne sont en général pas bonnes à dire mais qui sont ouvertement écrites, tellement d’évidences, qu’on se dit « mais oui, bien sûr » en les lisant, il y a aussi quelques paragraphes qui perturbent, c’est parfois cruel, mais totalement maitrisé par un auteur qui cerne avec brio les contours et les travers d’une génération, le tout sur un fond musical qui ne laisse pas indifférent.

Catalogue éditeur : Grasset

QUI EST VERNON SUBUTEX ?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d’un secret.
Le dernier témoin d’un monde disparu.
L’ultime visage de notre comédie inhumaine.
Notre fantôme à tous.

Format : 140 x 205 mm / Pages : 400 / EAN : 9782246713517 / Prix : 19.90€ / Parution : 7 Janvier 2015

Chut, Charly Delwart

Quand les écrits remplacent la parole, des mots pour dire les cris et la révolte, c’est Chut, l’étonnant roman de Charly Delwart

Athènes, de nos jours. Dimitra Aegiolis grandit. Tout la perturbe, son corps, sa vie, sa famille, cette ville, ce pays dans lesquels elle vit et qu’elle ne reconnait pas. Et pourtant, Dimitra n’a que quatorze ans, la vie devant elle et tout à découvrir. Un jour devant sa glace, devant cet inconnu qu’est ce corps qui se transforme, elle prend une décision importante, celle de ne plus parler pendant un temps encore indéterminé. La décision prise, il faut l’annoncer, à cette famille qui se délite, ses parents qui se séparent, sa sœur qui ne la comprend pas, son frère qui s’éloigne (pour fuir ou pour se protéger ?) à l’école et à ses professeurs dubitatifs et perplexes, à cette grand-mère à qui elle n’a rien à reprocher, mais qui finalement aime son silence.

Alors la parole est remplacée par les mots, ceux que Dimitra va lire dans les bibliothèques, pour s’imprégner des paroles des sages de la Grèce antique, des grapheurs, connus ou pas, qui crient leurs mots sur les murs des villes du monde. Dans cette ville aux murs constellés de graffitis, d’affiches, de cris de révolte, petit à petit, Dimitra a trouvé un vecteur pour ses pensées, son cahier pour communiquer, ses mots sur les murs pour s’exprimer. Timides et désordonnés tout d’abord, puis plus structurés, percutants, aux intentions mieux affirmées, ses mots sur les murs sont comme des messages et des bouteilles à la mer pour ceux qui l’entourent, pour les passants, pour les touristes. le tout dans une Grèce en pleine période de crise financière et politique, le chômage, les déficits, les manifestations, la révolte conte le FMI et les banquiers du monde qui ne laissent plus vivre les hommes en paix.

L’intrigue est intéressante et m’a bien plu, mais que dire de cette écriture, des phrases sans verbes ou sans pronom, qui s’étirent indéfiniment sans ponctuation, des phrases aux structures étranges qui perdent le lecteur. C’est fastidieux à lire. Certes l’écriture est voulue ainsi par Charly Delwart, mais honnêtement je m’y suis perdue et j’ai parfois eu envie de fermer le livre uniquement à cause de ça. Ç’aurait été dommage, mais du coup je n’ai pas eu un grand plaisir à lire ce roman. Mais Chut, je ne vous en dis pas plus, vous pouvez aller voir par vous-même.

Catalogue éditeur : Seuil

Dans la Grèce plongée au cœur de la crise, une jeune fille de quatorze ans décide d’arrêter de parler et se met à écrire sur les murs d’Athènes, au milieu des inscriptions qui se multiplient dans la ville pour dénoncer le système qui a conduit à l’effondrement. Ses slogans à elle sont tournés vers l’après, car elle est de la génération qui devra reconstruire, croire. Ses parents se séparent, sa sœur ne veut rien savoir, son frère s’est exilé, son entourage est perplexe. Mais elle tient bon.

Date de parution 08/01/2015 / 17.00 € TTC / 176 pages / EAN 9782021219234

Azadi, Saïdeh Pakravan

Découvrir Théhéran par la voix de Saïdeh Pakravan, dans ce roman singulier et bouleversant

Téhéran 2009, malgré l’interdiction et dans un climat particulièrement tendu, des milliers d’iraniens investissent les rues de la ville pour s’insurger contre le résultat des élections. Les policiers sont partout présents, usant de grenades lacrymogènes et de matraques pour disperser les manifestants. Étudiants appartenant à la classe aisée, femmes voilées, personnes de tous âges, enfants, sont vite réprimés par les bassjidjis qui n’hésitent pas à frapper et à emprisonner.

Raha et ses amis comptent parmi eux. Au cours d’une de ces manifestations, Raha sera arrêtée, emprisonnée, et subira les pires sévices. De retour presque miraculeusement dans sa famille, alors que ses projets de vie volent en éclats, elle va tenter de se reconstruire sur les cendres des illusions perdues de son adolescence.

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Les protagonistes et les expériences se succèdent pour donner une image assez précise, à plusieurs voix, de l’Iran actuel, mais aussi de celui du Shah, que certains osent à peine regretter, de celui de Khomeiny, instaurateur d’une république islamiste contraignante, liberticide et si peu bienveillante, mais également entre les lignes, de l’Iran de demain rêvé par la jeunesse parfois bien naïve et pourtant souvent optimiste d’aujourd’hui.

Saïdeh Pakravan le raconte à travers la voix de plusieurs personnages vivant dans l’entourage de Raha, étudiante en architecture, issue d’une famille aisée de Téhéran. Les voix se succèdent, en particulier celles de Nasrine, sa mère ; Celle de Gita, qui vit aux États Unis et revient quelque temps à Téhéran, spectatrice impuissante dans son propre pays ; D’Homa, chirurgien à l’hôpital, elle voit chaque jour les méfaits du pouvoir ; De Pari, qui vit dans l’opulence, protégée par les excellentes relations de son mari avec le pouvoir en place ;  De Mina, gardienne de prison par nécessité, mais qui a un cœur gros comme ça et saura aider Raha ; De Hossein, gardien de la révolution, religieux par tradition familiale plus que par conviction, policier par nécessité, issu d’un milieu modeste, il tombe amoureux de Raha sans pouvoir se l’avouer ni réaliser son rêve ; De Kian, étudiant, fiancé à Raha, qui ne saura jamais dépasser les apparences ni les préjugés.

Des voix qui racontent les gardiens de la révolution, les règles qu’il faut suivre mais qu’on ne connait pas toujours, la police des mœurs qui contrôle la longueur d’un voile, qui vérifie que les femmes circulent bien avec un homme ayant un lien de parenté avec elles, sinon gare à elles.

Qui parlent de la condition des femmes, si peu reconnues, souvent si maltraitées, elles qu’un homme peu violer en toute liberté à condition d’avoir prononcé les mots lui accordant un « mariage temporaire », elles aussi que l’on va violer avant de les exécuter, car sinon vierges, elles entreraient tout droit au paradis.

Qui évoquent les contradictions d’un peuple, les moyens de s’évader des contraintes, surtout quand on appartient à la classe aisée, qui présente cette jeunesse qui rêve d’ailleurs et de liberté, d’une piscine privée où bravant les interdits, filles et garçons vont se baigner ensemble, de films téléchargés illicitement, d’internet, des réseaux sociaux qui ouvrent au monde.

azadi tour

C’est particulièrement intéressant d’entendre ces différents points de vue, même si forcément ils sont aussi issus du propre vécu de l’auteur. Au début je me suis un peu perdue dans la multiplicité des personnages, mais au final juste quelques-uns sont importants dans le récit, les autres servant essentiellement à ajouter une opinion, une vision propre à leur condition. Le rythme du roman est parfois dense, ajoutant à l’intrigue une description de la situation politique du pays, et c’est aussi ce qui fait son intérêt. Les chapitres alternent avec aisance, d’un personnage à l’autre, d’un témoignage à l’autre, on tourne les pages, on vit avec Raha, ses aspirations de jeune femme un peu naïve, d’étudiante, sa chute et son combat. L’insertion de mots persans est agréable car immédiatement traduits, pas en bas de page ou en annotations lointaines, ils sont facile à assimiler à mesure de la lecture. Ils sont là comme une mélodie qui donne son rythme au roman, inconnu, singulier, bouleversant, musical.

Catalogue éditeur : Belfond

Azadi signifie « liberté » en persan. Certains la rêvent et d’autres paient le prix pour la vivre.
Lauréat du Prix de la Closerie des Lilas 2015
Téhéran, juin 2009. Après des élections truquées, une colère sourde s’empare de la jeunesse instruite de Téhéran. Dans la foule des opposants la jeune Raha, étudiante en architecture, rejoint chaque matin ses amis sur la place Azadi pour exprimer sa révolte, malgré la répression féroce qui sévit. Jusqu’au jour où sa vie bascule. Après son arrestation, et une réclusion d’une violence inouïe, ses yeux prendront à jamais la couleur de l’innocence perdue…
Tout en levant le voile sur une psyché iranienne raffinée et moderne, sans manichéisme et avec un souffle d’une violente beauté, Azadi raconte de façon magistrale le terrible supplice de celle qui cherche, telle une Antigone nouvelle, à obtenir réparation. Et à vivre aussi… là où le sort des femmes n’a aucune importance.

Saïdeh Pakravan, écrivaine franco-américaine de fiction et poète, est née en Iran. Ayant grandi dans un milieu francophone, elle s’installe à Paris, participant, après la révolution iranienne de 1979, à un mouvement de libération de l’Iran.
Publiée dans de nombreuses revues littéraires et anthologies, lauréate de prix littéraires dont le prix Fitzgerald, Saïdeh Pakravan est également essayiste et critique de film.

Date de parution : 22/01/2015 / EAN : 9782714460158 / pages : 448 / Format : 134 x 190 mm / 19.00 €

Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

Un magnifique roman de Valérie Tong Cuong sur les secrets, l’amour ou la haine, et comment trouver sa place dans une famille

Pardonnable, impardonnable

Dans la famille de Milo, je demande :

La mère : Céleste, quel beau nom (telle la voute céleste qui éclaire chacun dans la famille, ou comme les étoiles sur le cadre du vélo de Milo) est une mère aimante, une sœur presque parfaite, a depuis toujours suppléé aux manques de sa propre mère envers sa sœur, est une épouse bien peu comblée, a souffert de la perte d’un premier enfant, vit une relation fusionnelle et étouffante avec sa propre mère.

Le père : Lino, issu d’une famille d’ouvrier, son père s’est suicidé quand il avait dix ans, a une famille qu’il a pratiquement reniée tant elle ne correspond plus à ses aspirations d’homme accompli, est très exigeant avec son fils, a du mal à se positionner dans son couple, vit une relation complexe avec sa magnifique belle-sœur, cherche en vain la reconnaissance de sa belle-mère.

La grand-mère : Jeanne, elle en veut à la vie, à son ex-mari (divorcé puis décédé depuis longtemps),  a une relation fusionnelle unique et exigeante avec sa fille Céleste, a sciemment occulté de ses sentiments, dès sa naissance, sa seconde fille, sans que l’on comprenne tout de suite pourquoi, est en conflit avec ce gendre qui lui a pris sa fille, lui qui n’est pas assez bien pour elle.

La tante : Marguerite, belle jeune femme, vit chez sa sœur, part régulèrent sur des sites de fouilles archéologiques dans le monde entier, a une relation forte avec son neveux Milo, souffre depuis toujours du peu d’amour que lui porte sa mère « je t’aime, un peu, beaucoup… pas du tout », s’est construit une vie qui la protège.

Une famille comme on en voit souvent en somme. Mais l’équilibre instable vole en éclats, Milo, victime d’une chute de vélo, se bat entre la vie et la mort. Et chacun le sait bien, lorsque les évènements dramatiques intenses surviennent, les rancœurs se révèlent, les tensions se renforcent, les sentiments s’exacerbent jusqu’à la rupture, ou jusqu’au pardon. Et vient le temps de la colère, de la haine, de la vengeance, de l’amertume, et celui du pardon.

Avec beaucoup de finesse et de justesse dans les propos, dans sa narration des sentiments, ses descriptions des personnages si tranchés et parfois si réalistes, Valérie Tong Cuong nous entraine à la suite de cette famille meurtrie, de ses incohérences, de ses errements, jusqu’à la déchirure, jusqu’aux révélations, jusqu’au pardon, jusqu’à la réconciliation. Alors bien sûr on peut trouver que cette famille cumule beaucoup, coupable, pas coupable, nombreux arrangements et révélations multiples, relation fusionnelle mère-fille, relation de couple, relation enfant-parent, relation incestueuse, au point d’en être à peine réaliste. Mais c’est bien écrit, les mots sont justes pour décrire des sentiments forts,  des situations complexes, on y croit et on a envie de suivre. Un très beau moment de lecture.

Catalogue éditeur : J.C Lattès

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?
Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?
Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

Valérie Tong Cuong est romancière ; elle est l’auteur de onze romans, parmi lesquels Noir dehors (Grasset, 2006), L’Atelier des miracles (JC Lattès, 2013, prix Nice Baie des Anges) et Pardonnable, impardonnable (JC Lattès, 2015). Son dernier roman, Par amour (JC Lattès, 2017), a été couronné par de nombreux prix, dont le prix des lecteurs du Livre de Poche.
Son œuvre est traduite en dix-huit langues.

ISBN : 9782709646086 / Parution : 07/01/2015 / 300 pages / 19.00 €

Le consul. Salim Bachi

Un magnifique et indispensable roman sur un Juste que l’on découvre grâce à la belle écriture de Salim Bachi

Juin 40, Bordeaux, le consul du Portugal, Aristides de Sousa Mendes doit obéir à la circulaire n°14 et refuser tout visa aux porteurs de passeport Nansen, aux réfugiés, aux juifs. Catholique convaincu, le consul est marié depuis de longues années à Angelina, l’épouse fidèle qui lui a donné quatorze enfants. Mais tout n’est pas si simple dans la vie en apparence bien rangée du consul, l’amour a fait irruption sous les traits de la belle et jeune Andrée, et les réfugiés venus de toute l’Europe se pressent par milliers devant le consulat, sur la place des Quinconces à Bordeaux.

Alors que Pétain vient de signer l’armistice, Salazar est au pouvoir au Portugal, Franco en Espagne. Une neutralité approximative leur permet de rester en dehors du conflit tout en essayant de plaire aussi bien à l’Allemagne d’Hitler qu’aux alliés. Il ne faut donc pas faire de vague. Pourtant, un visa permettrait aux réfugiés de fuir vers les Amériques, vers la Grande Bretagne, dans un ailleurs loin du Reich et de la mort.

Alors, Aristides de Sousa Mendes désobéi, dans une mesure telle qu’elle dépasse l’entendement, à la circulaire n°14. Il dit non au mal, et tel un rebelle, sauve dans une effervescence de quelques jours à peine quelques milliers de réfugiés en délivrant sans compter des milliers de visas.

Au seuil de sa mort, alors qu’il est appelé par Saint François d’assise dont il a vu la magnifique fresque en l’église de la santa Croce à Florence, le consul évoque pour sa toujours dévouée Andrée ses années de gloire, de désobéissance, de disgrâce et de déchéance, la fidélité à ses valeurs, son humiliation et sa rédemption.

La structure du roman est étonnante. Des pages entières sont répétées, pour ponctuer les sentiments, les épisodes rocambolesques de la vie du consul, sa mise à l’écart, son bannissement. Toute la narration du récit est à la première personne. C’est tellement prenant que je n’ai absolument pas eu envie de lâcher ce livre. Andrée, c’est moi, j’écoute le consul me raconter son histoire, sa vie, sa désobéissance patriote, lui le juste reconnu si tardivement par son pays. Un très beau roman sur un homme dont je découvre la vie grâce à Salim Bachi et à sa belle écriture.

Le passeport Nansen : document d’identité reconnu par de nombreux États permettant aux réfugiés apatrides de voyager alors que le système international des passeports qui émerge à la faveur de la Première Guerre mondiale assujettit les déplacements aux formalités douanières. Il a été imaginé en 1921 et créé le 5 juillet 1922 à l’initiative de Fridtjof Nansen, premier Haut-commissaire pour les réfugiés de la Société des Nations.

Catalogue éditeur : Gallimard

En juin 1940, en pleine débâcle, Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal à Bordeaux, sauva la vie de milliers de personnes en désobéissant à son gouvernement. Entre trente mille et cinquante mille réfugiés de toutes nationalités et religions bénéficièrent d’un visa signé de sa main qui leur permit de fuir la menace nazie. Plus de dix mille juifs échappèrent à une mort certaine dans les camps.
Relevé de ses fonctions, exilé dans son propre pays, oublié de tous, Aristides de Sousa Mendes paya jusqu’à la fin de sa vie le prix fort pour ses actes de courage.
Salim Bachi retrace, dans ce roman en forme de confession, le destin exceptionnel d’un homme mystérieux et tourmenté, croyant épris de liberté et père de quatorze enfants que l’amour d’une femme et de l’humanité vont transfigurer.

Parution : 01-01-2015 / ISBN : 9782070147885 / 192 pages, 140 x 205 mm

Ultra Violette, Raphaëlle Riol

Quel étrange livre qui tient à la fois du roman, de la biographie et du récit, dans lequel tout s’emmêle, le vrai et le faux, la vie et le rêve

ULTRAVIOLETTEBIS

Raphaëlle Riol a une façon bien particulière de nous raconter l’histoire connue de tous, mais finalement si peu dans ses détails, de Violette Nozière, parricide de 17 ans condamnée à mort en 1933.

L’auteure, ou la narratrice évoque le quotidien de Violette au 9 rue de Madagascar. C’est une fille unique choyée, mais si mal, par des parents un peu trop ordinaires pour cette adolescente qui rêve d’autre chose. Un père cheminot, une mère au foyer, une vie dans un appartement trop petit, elle souffre de cette promiscuité malsaine, surtout le soir quand elle doit s’endormir dans la pièce principale, après le dîner et l’invariable partie de belote, quand les parents s’aiment bruyamment dans leur lit, dans cette chambre contiguë à la porte jamais close.

Fuguant et fuyant le lycée et ses élèves un peu trop dociles, Violette rêve de bijoux, de fourrures, de belles toilettes. Elle fume, traine dans les bars, puis dans la chambre 7 du petit hôtel de la rue Victor cousin, dans cette chambre où enfin elle trouve le calme et la solitude, quand les amants de passage sont repartis, après avoir payé un bien léger écot. Difficile de vivre ainsi, il faut partir en douce le soir, tricher dans la journée, voler les billets de banque cachés un peu partout dans l’appartement pour se payer cette légèreté, cette part de rêve auquel elle aspire tant. Plus le temps passe, plus Violette étouffe dans cet appartement du 9 rue de Madagascar. L’issue fatale pour les parents devient une évidence. La voilà parricide, accusée, condamnée, puis muse improbable des surréalistes, prisonnière modèle, puis vient la libération et la vie autrement.

Raphaëlle Riol invite Violette dans son récit, la narratrice vit avec elle, s’entretient avec elle, pense pour elle. Viennent s’ajouter quelques scènes supposées vécues au moment de la sortie de prison de Violette, toutes en suppositions aussi hasardeuses les unes que les autres. Etrange roman où le réel et l’imaginaire interférent pour un dialogue entre l’auteure et son personnage, pour une relation étrange dans laquelle se perdra la narratrice. J’ai particulièrement aimé ce décalage de l’écriture, ce tutoiement de la narratrice envers Violette, qui est là, présente puis absente, jusqu’à la rédemption ou la perte. Une écriture ciselée, réaliste et effrontée pour un livre bien singulier.

Catalogue éditeur : Éditions du Rouergue

Autour de la figure de Violette Nozière, parricide de 17 ans devenue une légende dès son procès, Raphaëlle Riol dessine le portrait d’une jeune fille hors normes et d’une époque, les années 30. Dans ce roman, l’auteur fait revivre le fantôme de Violette Nozière, lui redonne une figure littéraire, à la façon de ce qu’elle fut pour les Surréalistes. Un livre envoûtant, par sa capacité à réécrire la vie de cette jeune meurtrière et d’une grande inventivité dans sa façon de romancer un fait divers.
Née en 1980, Raphaëlle Riol est l’auteur de deux précédents romans publiés dans la brune : Comme elle vient (2011) et Amazones (2013)

Broché: 192 pages / 7 janvier 2015 / 18,00 € / ISBN  978-2-8126-0748-6

J’aimais mieux quand c’était toi, Véronique Olmi

Véronique Olmi a l’art de parler d’amour et le montre une fois encore avec ce roman « J’aimais mieux quand c’était toi »

Nelly à 47 ans, actrice, deux enfants, Tom et Louis, qui partiront un jour car tous les enfants partent, un amant, pas un amour, juste un amant, il faut bien que le corps exulte. Nelly a aussi une mère atteinte d’Alzheimer, un père mort du cancer, mais de quel cancer, celui qui le rongeait sa vie durant, lui qui aurait aimé les hommes, mais qui a fondé une famille parce qu’il le fallait bien. Sa vie, c’est le théâtre. En ce moment elle joue une pièce de Pirandello dans laquelle les personnages veulent vivre, car ils existent sur le papier mais l’auteur ne veut pas les voir sur scène. Intéressant parallèle, et si Nelly avait également besoin d’exister, elle qui semble ne faire que vivre ? Sa vie semble se dérouler dans une confortable banalité.

Nous voilà plongés dans l’univers des avant scènes, quand tout fourmille dans les coulisses du théâtre, dans ce monde où les spectateurs n’ont pas droit de cité. Chacun se prépare, tous montent sur scène, prennent leurs places. Soudain Nelly se fige, se délite, impossible de continuer ses tirades ou son jeu de scène, quelque chose de fort la foudroie sur place.  Elle fuit dans la nuit, se réfugie dans une gare, et parle, parle, raconte. Et là sa vie bascule, ou plutôt sa vie reprend. Le passé ressurgit avec l’amant, celui qui a été aimé sans frein, dans la violence et dans l’extase d’un amour qui dévore, qui détruit, mais qui construit aussi.

Véronique Olmi a l’art de parler d’amour, d’amours malheureuses ou heureuses, d’intensité des sentiments et de sexualité sans limite. Elle nous plonge dans l’émotion et l’abandon, dans l’amour absolu, celui qui peut finir chaque jour, mais que rien ne semble pouvoir affaiblir. C’est écrit d’une très belle écriture, avec peu de mots inutiles, des phrases bien ciselées. Et pourtant, c’est un livre qui se lit tellement rapidement que je le referme avec l’impression qu’il manque quelque chose, comme une insuffisance. J’aurai aimé une fin ou une intrigue un peu plus étoffée, qui rendrait Nelly plus attachante, moins transparente, plus concrète, en un mot plus réelle.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

L’homme qui ne s’est pas retourné est celui qui m’a fait perdre non pas la tête, non pas la raison ni le sens commun, mais la ligne même de ma vie.

En savoir plus sur Véronique Olmi

Parution 2 janvier 2015 / Format : 205 mm x 140 mm / 144 pages / EAN13 : 9782226312471 / Prix : 15€

Big Daddy, Chahdrott Djavann

Big Daddy, de Chahdortt Djavann alterne entre thriller, roman intimiste et roman noir avec une grande subtilité

Big daddy

Big Daddy, c’est l’archétype de l’homme qu’on souhaite ne jamais rencontrer. Pourtant, lorsqu’il se prend d’amitié pour un adolescent d’origine latino, c’est pour Rody comme un rêve. Rodrigues est un enfant paumé des rues et des quartiers pauvres de l’Amérique profonde, celle des malfrats et de la drogue, des petits boulots et de la prostitution, des obèses et des tueurs en série.

Condamné pour un triple meurtre Rody est emprisonné à vie sans aucun espoir de remise de peine. Son avocate vient le retrouver chaque semaine sans faillir pendant quatorze ans. Elle va progressivement l’éduquer, puis obtenir des confidences qui auraient pu faire changer l’issue de son procès. Enfin et surtout, elle va éprouver des sentiments très singuliers pour cet adolescent, elle qui se sent certainement protégée de toutes conséquences préjudiciable à son équilibre par la réclusion définitive de Rody. Les chapitres alternent la vision de l’adolescent, la vie de Big Daddy, puis celle de son avocate.

L’auteur aborde le difficile thème des condamnés à la réclusion à perpétuité sans aucun espoir de liberté conditionnelle, peine définitive et irrémédiable comme les états Unis sont capables d’en prononcer, y compris pour de jeunes adolescents. Peut-être aussi l’inquiétant équilibre qui se crée entre un détenu et son visiteur de prison, en abordant les liens subtils et occasionnellement risqués qui se tissent alors. C’est sombre, violent, attachant, singulier, très surprenant même et l’issue est également tout à fait inattendue. Je découvre Chahdortt Djavann et j’ai l’impression qu’elle sort ici de son genre habituel. Son écriture est prenante et malgré le fait qu’il soit aussi violent je n’avais aucune envie de lâcher ce roman inclassable. Big Daddy alterne entre thriller, roman intimiste et roman noir avec une grande subtilité.

Catalogue éditeur : Grasset

Un gamin des rues, Rody, est condamné à perpétuité pour un triple meurtre dans un trou perdu de l’Amérique profonde.
Lors de ses tête-à-tête dominicaux avec l’avocate commise d’office, Rody lui raconte son intimité avec Big Daddy, grand pervers criminel qui avait fait de lui son « fiston ».
Argent, drogue, sexe et loi de la haine, blancs, noirs, obèses, prostituées: tout y passe…mais rien ne se passe comme on peut l’imaginer.
« Rody’s case », l’affaire Roddy, est médiatisée et devient un enjeu de la campagne politique du gouverneur : consentira-t-il à le relaxer ?
Trois voix, trois histoires tendent cette intrigue pour composer un suspense psychologique d’une rare efficacité où chaque chapitre recèle une surprise, un retournement ou un coup de théâtre.
Roman politique et social, roman intime, roman noir : âmes sensibles, s’abstenir !

Format : 140 x 205 mm / Pages : 288 / EAN : 9782246851783 / Prix : 18.00€