Né d’aucune femme, Franck Bouysse

Franck Bouysse nous plonge dans une atmosphère à la façon de Flaubert ou de Dickens. « Né d’aucune femme » est un roman choral, situé fin XIXe début XXe, dans une province qui pourrait être les Landes ou le sud-Ouest chers au cœur de l’auteur.

Gabriel, le curé du village, reçoit une étrange visite. Une inconnue l’informe qu’il va être appelé, par ceux du monastère où se réfugient les filles perdues, auprès d’une jeune morte. Dans les plis de la robe, il trouvera deux carnets, une vie, la vie de Rose…

Rapidement, avec Gabriel, le lecteur feuillette ces carnets et plonge directement dans l’horreur de la misère. Celle des filles qui naissent mais ne servent à rien, même si elles travaillent dur, bouche à nourrir, dot à payer, et elles partent servir dans la famille du mari quand on leur en trouve un…Mais ici, Onésime, le père, au plus profond de son désespoir car il n’arrive pas à subvenir correctement aux besoins de sa famille, a trouvé un moyen de se débarrasser de son ainée, la vendre au maitre de forge.

Elle part avec son père, ne le sait pas encore, mais sa vie d’avant est finie à jamais. Elle repart avec le maitre vers cette grande demeure inquiétante où règne la Vieille, mère et maitresse, mauvaise, hostile à cette jeune femme qu’elle dresse et veut assujettir à sa volonté. Là, Rose, devenue la petite, va vivre des moments de labeur et de douleur. Brimades, corrections, viol, rien ne sera épargné à celle qui désormais appartient au maitre corps et âme.

Le lecteur s’attache à ce personnage de jeune fille. L’auteur construit et fait évoluer autour d’elle les différents protagonistes, en particulier les acteurs de son malheur, avec une montée dans l’intrigue digne des grands romans noir. Pourtant, au plus douloureux de ce qu’elle va vivre, elle n’est cependant jamais totalement désespérée. Elle sait voir le beau. Flatter le col d’un cheval et vivre des instants de bonheur et de douceur à son contact, penser à un jeune homme dont le regard l’émeut sont autant d’instants qu’elle saura sublimer pour réussir à rester vivante dans sa tête.

L’auteur décrit ici le mal dans ce qu’il a de plus terrible, quand le plus fort montre à l’autre ses faiblesses, anéanti sa volonté, annihile sa personnalité. Et cependant, j’ai aimé le fait qu’il mette en scène une jeune femme qui sait verbaliser et écrire le désespoir. Rose réussit à s’extraire mentalement du malheur qu’est sa vie pour devenir une jeune femme solide, parfois même amoureuse, qui ressent des sentiments, des joies, dans cette maison où tout bonheur lui est pourtant refusé. Enfermée, alors qu’elle devrait devenir folle l’écriture va la sauver.

J’ai découvert Franck Bouysse avec ce roman et je ne compte pas en rester là. J’ai trouvé autant de beauté que de cruauté dans ce roman écrit avec une plume qui sait dire la complexité des sentiments et les mots qui émeuvent.

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Rencontre au salon Livre Paris

Catalogue éditeur : La Manufacture de livres

 » Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
– Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? Demandai-je.
– Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
– De quoi parlez-vous ?
– Les cahiers… Ceux de Rose. »

Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses œuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Franck Bouysse, né en 1965 à Brive-la-Gaillarde, a été enseignant en biologie et se lance dans l’écriture en 2004. Grossir le ciel en 2014, puis Plateau en 2016 rencontrent un large succès, remportent de nombreux prix littéraires et imposent Franck Bouysse sur la scène littéraire française. Il partage aujourd’hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.

20,90 euros / 336 pages / Parution le 10/01/2019 / ISBN 978-2-35887-271-3

Des nœuds d’acier. Sandrine Collette

Des nœuds d’acier, ce sont des nœuds qui font mal, c’est sûr ! Sandrine Colette écrit sur le mal, le mal absolu, celui qui enlève toute humanité aux hommes, celui dont on doute qu’il existe tant il est inhumain.

domiclire_des_noeuds_dacierThéo, tout juste sorti de prison où il a purgé une peine pour avoir grièvement blessé son frère deux ans auparavant, va se voir impliqué dans une aventure inhumaine intolérable, aventure qui l’emmène à la limite de la folie et de la mort. Théo avait deux possibilités en sortant de prison, rendre visite à Lil, la femme qu’il aime toujours, ou à Max, le frère qu’il a rendu infirme à vie, celui qui lui a volé Lil et à qui il en veut toujours autant. C’est cette visite interdite qu’il choisit, elle se déroule mal, il fuit et se retrouve en montagne. Là, il se pose, passe quelques jours à découvrir la nature, se ressourcer, jusqu’au jour où l’hôtelière lui conseille une balade. Dans une zone majestueuse et particulièrement sauvage, il arrive chez deux vieux fous, Blaise et Joshua. A partir de ce moment-là, les choses tournent terriblement mal pour Théo….

Ici, l’auteur nous entraine dans une région isolée, à la montagne, loin du polar urbain des zones sensibles et déshumanisées, là où la nature parait si belle qu’elle ne peut engendrer que beauté et bonté ! Et pourtant, on a tous entendu parler de ces femmes séquestrées pendant des années, esclaves sexuelles d’hommes qui eux vivaient presque normalement dans la société. Alors, pourquoi ne pas imaginer l’inimaginable.  Dans Des nœuds d’acier, ce n’est pas une femme, mais un homme, qui sera victime de deux fous.

L’écriture est maitrisée, le suspense aussi, la crédibilité s’instille peu à peu, d’abord le refus d’y croire, puis les descriptions d’un quotidien, des jours, des semaines et des saisons qui mettent le lecteur dans la situation du voyeur incrédule… et si c’était vrai, et si c’était possible ? D’autant que l’auteur nous prévient dès les premières pages : « La France profonde. La misère sociale… Car ceci est une histoire vraie. » Étonnant roman noir qui pousse la violence dans ce qu’elle a de plus gratuit, de plus féroce, de plus inhumain. La perception des personnages, la violence physique ou psychologique, l’esclavage et la torture, mais aussi l’amour et la haine, la soumission et la révolte, l’entre-aide, la peur, tous ces sentiments divers sont décrits dans des situations à la limite du réalisme. Des nœuds d’acier était un premier roman, j’ai hâte de découvrir ce que Sandrine Collette a écrit depuis !


Catalogue éditeur : Le livre de poche

Avril 2001. Dans la cave d’une ferme miteuse, au creux d’une vallée isolée couverte d’une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave. Comment a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile : athlétique et brutal, Théo sortait de prison quand ces vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers.

264 pages / Date de parution : 29/01/2014 / Editeur d’origine : Denöel / Langue : Français / EAN / ISBN : 9782253176015