Marlène Dietrich, seule en scène

Son nom commence par une caresse et finit par un coup de cravache ! Jean Cocteau

Pour bien commencer cette année 2021 j’ai envie de vous parler de ce spectacle que j’ai vu en octobre, et qui devrait reprendre à partir du mois de février.

Le spectacle de Cyrielle Clair retrace la vie de Marlène Dietrich, icône du cinéma américain de la fin de la guerre.

Marie Magdalene Dietrich, dite Marlène Dietrich est née en Allemagne en décembre 1901. Révélée dans L’ange Bleu en 1930, elle décide de fuir le pays avec sa fille et son mari dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Marlène l’américaine va partir pendant quatre années sur le front au côté des soldats alliés dans l’armée du général Patton.

Marlène est éternellement amoureuse, fidèle à sa façon a son époux -ils vivent chacun leur vie à partir de la naissance de leur fille unique- mais aussi à ses amour tumultueuses avec les acteurs les plus célèbres et convoités de son temps. Elle tourne de nombreux films en particulier avec Von Sternberg, connaît des périodes où plus personne ne veut d’elle, puis finalement Las Vegas lui tend les bras. Elle revient en France où elle y sera décorée de la légion d’honneur par le général de Gaulle pour son action pendant la guerre. Elle vivra ses dernières années à Paris où elle décède en 1992.

Quelques extraits de films ponctuent la soirée, le temps d’un changement de costume. Dommage, ce sont des scènes tournées par Cyrielle Clair, il me semble que j’aurais préféré les originaux mais cela peut donner envie de les revoir.

De nombreux costumes, son célèbre short, ses tenues masculines ou la robe effet nu, nous rappellent les photos les plus célèbres de l’actrice et chanteuse, un éclairage et une scénographie très intéressants, colorés, vivants, évoquant parfaitement la période nazie, le départ d’Allemagne pour une longue traversée transatlantique, les hommes qui ont compté, les tournages à Hollywood, un Las Vegas à vous donner le tournis, enfin le retour à Paris…

Un spectacle de qualité, décors, mise en scène, éclairages, costumes, ajoutent une puissance d’évocation à une Cyrielle Clair plus Marlène que Marlène.

A noter, Cyrielle Clair reprend dans ce seul en scène le spectacle qu’elle avait proposé en 2016 à l’Espace Cardin à la demande de Pierre Cardin.

Assurément une belle soirée, dans le respect des mesures sanitaires.

Ce que nous dit le théâtre de la Tour Eiffel :

Marlène Dietrich : Une icône ? Un ange ? Un démon ? Un mystère …
Seule en scène, tel un biopic, Cyrielle Clair retrace le destin d’une femme d’exception :

  • Des cabarets berlinois à la gloire de Hollywood
  • De son reniement de l’Allemagne nazie à son engagement auprès des Alliés et de la France qu’elle aimait tant
  • De l’âme sensible, l’amoureuse passionnée, à la femme fatale pour ceux qu’ils ont aimée. 

Quoi : Marlène Dietrich « seule en scène », Cyrielle Clair
 : théâtre de la Tour Eiffel, 4, Square Rapp 75007 PARIS
Quand : vendredi, samedi, dimanche à 19h

La passe imaginaire, Grisélidis Réal, Vesna Etcha Dvornik

La passe imaginaire, de Grisélidis Réal interprétée et mise en scène par Vesna Etcha Dvornik « La prostitution est un art, un humanisme et un acte révolutionnaire » 

Etcha Dvornik, danseuse et chorégraphe originaire de Ljubljana, en Slovénie, est venue en France continuer ses études, et poursuivre ici son travail sur le corps. Elle aime travailler sur le corps, en particulier à travers l’expression de sa fatigue, et sur la création féminine en général. Elle incarne Griselidis Real par les attitudes et les mouvements d’un corps souvent épuisé, en donnant voix à son œuvre maitresse, La passe imaginaire. Jouant sur une chorégraphie et des accessoires qui disent ou font ressentir, chaussant et déchaussant ses vertigineux escarpins rouges si emblématiques du métier qu’elle incarne.

Un spectacle à la fois décalé et surprenant, tant la proximité avec Etcha Dvornik est grande dans ce petit théâtre. Spectacle qui peut être dérangeant dans sa nudité, ses mots ou ses gestes qui expriment une sexualité tarifée à la fois violente et scandaleuse. Sans doute aussi parce qu’il rend humaines les prostituées, et place le spectateur face à ce métier dont il n’a au fond le plus souvent que des impressions et des idées certainement aussi fausses que contradictoires.

On perçoit dans les mouvements du corps à la fois la révolte face aux idées reçues et la révolution dans les propos de Griselidis Real. Elle veut donner une autre image de ce métier qu’elle pratique en voulant toujours aider ces hommes qui viennent à elle, comme le font ses consœurs, les soulager sans doute, et là les mots deviennent aussi crus que les gestes sur la scène, aussi dérangeants que l’amour physique sans sentiments et sans jouissance partagée.

Peu à peu, on se laisse envoûter par la voix d’Etcha Dvornik et par sa présence ; par la danse du corps et par ses gestes qui disent la lassitude et la fatigue, l’attente et la violence contenue, le désespoir parfois, dans un rôle, une chambre, un corps. Qui disent l’enfermement aussi, avec ce moment qui m’a particulièrement happée, par ce déplacement circulaire quasi hypnotique, sur cette minuscule scène de la Comédie Saint-Michel, et qui incarnait parfaitement une forme d’emprisonnement.

Lire La Passe imaginaire, avec une préface de Jean-Luc Hennig, dans la Collection Verticales, Gallimard, 2006

«Voici les lettres intimes que j’ai reçues, en dix ans, d’une des femmes les plus rares que j’aie eu à connaître. Ces lettres racontent sa vie du jour et de la nuit, ses clients (immigrés turcs ou arabes, pour la plupart), ses rêveries de vieillesse, ses amants imaginaires, ses coups de gueule, ses imprécations contre Dieu, ses verres de royal-kadir, ses maladies à répétition, ses usures. Même si Grisélidis se dit encore prête à tout pour les hommes, prête à tout pour l’amour. Et surtout si elle rit de tout. Férocement. Grisélidis a peut-être le bonheur de la désespérance. C’est en tout cas sa dignité.»
Jean-Luc Hennig.

La Passe imaginaire, œuvre maîtresse de Grisélidis Réal, écrivaine, peintre et prostituée Suisse (1929-2005), est le fruit d’une correspondance entretenue de l’été 1980 à l’hiver 1991 avec Jean-Luc Hennig.

Voir « La Passe Imaginaire » spectacle chorégraphique d’après l’œuvre de Griselidis Réal

Ce document sur la prostitution au quotidien dévoile le panorama secret de la misère sexuelle masculine avec rage, crudité et tendresse. Au fil des lettres, l’autoportrait de cette P… irrespectueuse met à jour les autres femmes qui vivent en elle : la grande voyageuse, la lectrice éclectique, l’amoureuse passionnée, la sociologue amateur, l’altruiste libertaire et l’épicurienne raffinée. Écrivaine flamboyante à l’écriture large et puissante, lyrique et crue, femme libre et engagée, enragée et humaniste, elle fut à la tête de tous les combats et des mouvements de prostituées des années 70.

Quand : jusqu’au 2 janvier 2020 les jeudis soirs à 21h30

Où : au Théâtre de la comédie Saint-Michel au 95 boulevard Saint-Michel – 75005 Paris