K.O. Hector Mathis

K.O. ou chaos ? Et si c’était la question que pose finalement ce premier roman d’Hector Mathis…

Domi_C_Lire_k_o_hector_mathis_premier_roman_buchet_chastel.jpg

Par un soir étrange, dans la cabane du garde-chasse en bordure d’un château tout au fond de la forêt, au son d’un saxo joué ou imaginé par le vieux Archibald, qui tousse et écoute, écoute et tousse, le lecteur emboite le pas de Sitam. Le narrateur est un jeune homme amateur de jazz, poète à ses heures – un double romancé de l’auteur peut-être ? – tout comme Sitam pourrait être un double imparfait et inversé de Mathis ?

Avant cette cabane, avant cette rencontre, il y a eu Paris, un logement prêté, une vie de bohème. Sitam et sa môme Capu,  fauchés comme les blés, s’aiment en musique en savourant chaque seconde. Puis survient le chaos, les coups de feu, les attentats, les bombes et la ville qui bientôt  pourrait se refermer sur eux. Ils partent, vite, loin, vers Grisaille, l’ancienne ville de Sitam…

Cette fuite sonne le début de leur longue marche à travers la campagne vers la zone, la banlieue, puis l’autre ville. Rejoints par Benji, amoureux fou d’une aubergiste folle, la vie passe loin du vacarme. Jusqu’au jour où… Là ce sera non pas seulement la banlieue, mais Amsterdam, une autre ville, une autre langue, un autre pays.

Au même moment, Sitam ressent d’étranges douleurs. Examens, hôpital, personnel soignant débordé, la maladie est là, sournoise, qui va le détruire peu à peu. Une fois de plus, il quitte tout.

Dans le rythme et le style du personnage principal, il y a un soupçon de la course effrénée du voyageur au bout de la nuit… Dans cette fuite, dans la maladie, la folie, la pauvreté, mais aussi la solidarité des va-nu-pieds, l’amitié, la poésie parfois. C’est écrit dans un style étonnant, mais qui m’a rapidement lassée, surtout dans la relation avec Archibald. Car cette écriture m’a comment dire, fatiguée. Il m’a manqué quelque chose, un je ne sais qui qui m’aurait rendu attachants ces différents personnages. Là je les ai à peine survolés, sans pouvoir réellement ni les entendre, ni les comprendre, ni les aimer ou les haïr d’ailleurs.

Dans ce texte il y a la musicalité des mots, l’écriture et la poésie, c’est rythmé et ça balance parfois comme la vie, bercé par l’éphémère et le provisoire. Même s’il m’a manqué un je ne sais quoi, peut-être parce que ce rythme m’a rappelé d’autres auteurs et surtout m’a embarquée dans trop de situations, un bon souvenir de lecture.

Roman lu également dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…

Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…

Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Date de parution : 16/08/2018 / Format : 11,5 x 19,0 cm / 208 p. / 15,00 € / ISBN 978-2-283-03148-3

Diên Biên Phu, Marc Alexandre Oho Bambe

Dans Diên Biên Phu, le roman de Marc Alexandre Oho Bambe, il y a l’Indochine et la guerre pour les colonies françaises, l’amour et l’amitié, un homme au combat qui découvre l’amour, un homme perdu qui part chercher son amour.

Domi_C_Lire_dien_bien_phu_marc_alexandre_oho_bambeA Ðiện Biên Phủ, en mai 1954, Alexandre et tant d’autres combattent sans merci le vietminh. Mais malgré l’enthousiasme de milliers d’hommes venus de métropole ou des colonies pour reprendre le Tonkin, les mois de combats dans la cuvette de Diên Biên Phu ne suffiront pas pour sauver le bastion français d’Indochine. Le général Giap gagne son pari, c’est la fin du combat du tigre contre l’éléphant…La guerre est toujours tellement absurde quant au final il n’y a plus de combattants mais seulement des frères d’armes, des frères de batailles perdues, car dans un combat, longtemps après, il ne reste que des perdants…

Pourtant, Alexandre le mal marié à la douce Mireille, parti au front sans trop d’espoir si ce n’est celui de sauver l’honneur de la France, va rencontrer à Hanoï une amitié indéfectible et l’amour absolu en la personne de Maï lan. Alexandre a fait la guerre, Alexandre a rencontré l’amour… C’est comme un raz de marée balayant tout sur son passage et l’homme qui revient ne sera plus jamais comme avant.

Malgré une vie rangée auprès de sa femme, des enfants, un métier, vingt ans après Alexandre quitte tout. Il revient à Hanoi pour retrouver Mai Lan, celle qui lui a fait découvrir l’amour, supporter la vie, la mort, la guerre, les batailles et les conflits, par son regard, sa douceur, son visage de lune. Mais est-ce aussi simple de tout quitter et de retrouver celle dont il ne possède qu’un prénom, un souvenir, une unique photo ? Qu’importe, il part, sachant au fond de lui que c’est pour un voyage sans retour.

Même s’il se passe en partie en temps de guerre, il y a beaucoup de délicatesse dans ce roman étonnant ponctué de poèmes à Maï Lan, l’aimée, de lettres à Alassane Diop, le camarade de régiment, le sauveur. Vingt ans d’une vie qui se déroule sous nos yeux et dans les souvenirs et les regrets d’Alexandre. Il y a surtout la force de l’amour, la beauté des sentiments partagés, la sollicitude et l’oubli de soi d’une épouse amoureuse, la tristesse de plusieurs vies gâchées par des années de guerre, par le bal des puissants qui se partagent le monde sans trop se soucier des conséquences humaines de leurs choix.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

Étrangement, j’avais le sentiment de devoir quelque chose à cette guerre : l’homme que j’étais devenu et quelques-unes des rencontres les plus déterminantes de ma vie.
Étrangement, j’avais trouvé la clé de mon existence, l’amour grand et l’amitié inconditionnelle.
En temps de guerre.
Au milieu de tant de morts, tant de destins brisés.

Vingt ans après Diên Biên Phù, Alexandre, un ancien soldat français, revient au Viêtnam sur les traces de la « fille au visage lune » qu’il a follement aimée. L’horreur et l’absurdité de la guerre étaient vite apparues à l’engagé mal marié et désorienté qui avait cédé à la propagande du ministère. Au cœur de l’enfer, il rencontra les deux êtres qui le révélèrent à lui-même et modelèrent l’homme épris de justice et le journaliste militant pour les indépendances qu’il allait devenir : Maï Lan, qu’il n’oubliera jamais, et Alassane Diop, son camarade de régiment sénégalais, qui lui sauva la vie.

Avec ce roman vibrant, intense, rythmé par les poèmes qu’Alexandre a pendant vingt ans écrits à l’absente, Marc Alexandre Oho Bambe nous embarque dans une histoire d’amour et d’amitié éperdus, qui est aussi celle d’une quête de vérité.

Premier roman / Disponible en librairie au prix de 19 €, 232 p. environ / ISBN : 978-2-84805-282-3 / Date de parution : Février 2018