Les gardiens du phare, Emma Stonex

Retour sur une disparition inquiétante dans un phare de haute mer

En 1972, au phare de Maiden, lors de la rotation des gardiens, les nouveaux arrivants découvrent un phare vide. Pourtant les couverts sont mis pour le repas des trois gardiens, et la porte d’accès au phare est fermée à clé de l’intérieur. Mais il est absolument impossible de quitter le rocher et s’en aller seul, d’autant que le mauvais temps des heures précédent la découverte ne pouvait pas permettre l’approche d’un bateau.

Vingt ans plus tard, le mystère reste entier. Un auteur décide de mener l’enquête et d’interviewer les trois veuves. Si leur envie de soulever la poussière qui recouvre cette triple disparition est différente selon chacune d’elle, veuve éplorée, mère trop débordée ou femme ayant tourné la page, elles finissent par accepter de le rencontrer et de lui confier leurs souvenirs et leurs ressentiments.

Les événements sont alors racontés par différents points de vues, les gardiens, les veuves, qui permettent au lecteur de comprendre à chaque fois une partie de l’histoire et surtout de mieux démêler les relations parfois ambiguës qui se sont développées entre les trois couples. On le sait bien, poser des questions n’apporte pas toujours des solutions réconfortantes.

Peu à peu, le voile se lève et le lecteur apprend les envies et les actions de chacun, et surtout leurs implications dans la vie tranquille mais parfois pesante de cette petite bourgade qui vit malgré tout à l’écart du monde.

Difficile de cacher les faux semblants, les relations ambiguës, les amours illicites ou les ambitions démesurées dans le microcosme composé par les familles des différents gardiens. Les non-dits, les trahisons, les mensonges prennent alors toute leur importance sous la plume de l’écrivain enquêteur. Inspiré d’une histoire vraie et malgré quelques longueurs, voilà une intrigue qui nous tient en haleine jusqu’au bout.

J’ai aimé l’alternance homme femme des voix de Christine Braconnier, Guillaume Orsat qui donne une épaisseur particulière à chaque personnage. Les femmes prennent toute leur importance, leurs secrets, leurs non dits, leurs espoirs sont bien mis en valeur avec sobriété et force, et ce malgré parfois quelques longueurs ou redites dans leurs témoignages. Le duo restitue particulièrement bien une ambiance à la fois mystérieuse, sombre et pesante.

Un des intérêts du roman, outre l’intrigue autour de la disparition mystérieuse des trois gardiens, réside dans la description de la vie parfois difficile de ces hommes qui exercent un métier très solitaire, métier aujourd’hui disparu avec l’automatisation des phare de pleine mer. Et de contraintes de cette vie de communauté non choisie qui se répercutent sur leur entourage.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Audiolib Stock

Au cœur de l’hiver 1972, à plusieurs milles de la côte de Cornouailles, une barque brave la mer pour rejoindre le phare du Maiden Rock. À son bord, se trouve la relève tant attendue par les gardiens. Pourtant, quand elle accoste enfin, personne ne vient à sa rencontre. Le phare est vide. La porte d’entrée est verrouillée de l’intérieur, les deux horloges sont arrêtées à la même heure et le registre météo décrit une tempête qui n’a pas eu lieu.
Les trois gardiens se sont volatilisés.
Vingt ans plus tard, alors que les flots semblent avoir englouti pour toujours leurs fantômes, les veuves des trois hommes ne peuvent se résoudre à tourner la page. Le vernis se craquelle, le sel de la mer envahit le présent, et les secrets profondément enfouis refont surface.

Traduit par Emmanuelle Aronson

Durée 9h30 / EAN 9791035408145 Prix du format cd 23,45 € / EAN numérique 9791035408503 Prix du format numérique 21,45 € / Date de parution 13/04/2022

Le Fabuleux Voyage du carnet des silences,Clare Pooley

Et si les écrits ouvraient plus facilement les cœurs que les paroles

À la rencontre de Monica dans un café sur Fulham road à Londres. Elle a quitté son lucratif et exténuant métier d’avocat pour réaliser un rêve, ouvrir un café. Mais pas n’importe lequel ! Un café dans lequel on se sent bien, où chacun trouve sa place, où elle connaît les goûts, les habitudes, les envies de chacun.

Pourtant tout n’est pas si simple. Et le jour où un de ses clients oublie un vieux cahier rouge à l’une des tables du café, elle n’a qu’une hâte, le lui rendre. Curieuse de connaître son propriétaire, elle ouvre et commence à lire quelques pages noircies. Oh, surprise, c’est bien l’un de ses client qui a écrit là une partie de sa vie, ses espoirs ses attentes, sa solitude et sa tristesse. Mais bien évidement rien n’indique à le voir que tels peuvent être ses états d’âmes. Intriguée, elle décide de s’en rapprocher.

Mais elle est bien tentée également d’écrire elle aussi dans ce carnet prêt à recueillir les pensées les plus intimes en toute discrétion.

Enfin, discrétion, pas tant que ça finalement, puisque peu à peu, différents protagonistes vont écrire à leur tour dans le carnet, se dévoiler, se confier au silence des pages blanches. Et comme chacun indique son nom et que finalement les limites du quartiers sont plutôt restreintes, chacun des lecteurs suivants connaît tout des précédents rédacteurs.

Commence alors une sorte de chassé-croisé intime et sensible entre les différents protagonistes, qui se cherchent, se dévoilent, se taisent ou se racontent, s’écoutent, et finissent par s’apprivoiser.

Voilà un roman bien agréable à lire et qui m’a fait passer un excellent moment, aucune prise de tête, des instants de vie plus vrais que nature parfois, d’autres un peu moins évidents, mais un ensemble tout à fait harmonieusement constitué. Une écriture aussi très fluide, des personnages attachants, que demander de plus !

Lu dans le cadre du jury du Grand Prix des Lecteurs Pocket catégorie littérature étrangère

Catalogue éditeur : Pocket

Monica a abandonné sa carrière d’avocate pour réaliser son rêve : ouvrir un café sur Fulham Road. Le jour où un de ses clients oublie son carnet sur une table, elle ne peut s’empêcher de le lire. Les premières pages lui révèlent la confession de Julian Jessop, un artiste excentrique, âgé de soixante-dix-neuf ans qui exprime toute sa tristesse et sa solitude depuis la mort de sa femme.
Touchée par cette idée de révéler des sentiments intimes à des inconnus, Monica décide de continuer le carnet avant de le déposer dans un bar à vin.
Au risque de voir son destin bouleversé de manière inattendue…

Traduit par Karine Guerre / Date de parution : 03/02/2022 / EAN : 9782266324892 / pages : 512 / 8.50 € /

Felis Silvestris, Anouk Lejczyk

A la cime des arbres ou entre quatre murs, faire appel à l’imaginaire pour se construire

Deux sœurs, l’une parle, l’autre non.

Celle qui s’est donné pour nouveau nom Felis silvestris est partie dans la forêt. A l’image du chat sauvage, ce chat forestier dont elle a pris le nom, et qui hante les bois d’Europe.

Loin des siens, elle est partie rejoindre une communauté qui défend les derniers arbres contre la déforestation sauvage faite par la firme qui exploite une mine. Sans contrepartie, sans rien attendre, elle lutte dans la clandestinité avec les autres jeunes qu’elle rencontre sur la ZAD. Elle doit apprendre à vivre de rien, dans les arbres, devenant un bouclier humain contre la force des grandes multinationales qui n’ont aucun scrupule à tout raser et à modifier durablement l’environnement.

En parallèle, sa sœur s’enferme peu à peu dans la solitude d’une chambre pour tenter de comprendre d’une part la fuite de sa sœur, et d’autre part ce qu’elle souhaite faire de sa vie. C’est le long monologue de cette dernière qui nous éclaire sur ses projets, sur la nouvelle vie de sa sœur, sur la relation très forte qu’elles avaient et qui souffre de cette absence, de ce silence. Les souvenirs s’égrainent, l’enfance est là joyeuse et tendre, les expériences vécues ensemble.

La nature et en particulier la forêt ont une place prépondérante et nous ramènent à l’essentiel, la vie et l’importance du respect de ce qui nous entoure pour vivre sereinement en symbiose avec les éléments.

Chaque chapitre est ponctué d’un « Et ta sœur, elle est où » qui nous rappelle qu’elles sont deux, mais par moments ne semblent faire qu’une. Comme si la sœur qui se terre était le miroir de celle qui s’envole à la cime des arbres. Alors une, ou deux ? Un roman étonnant, déroutant même lorsque l’on s’interroge sur l’existence des deux sœurs, mais un roman dont on se souvient et qui marque.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Le Panseur

Sans crier gare, Felis est partie rejoindre une forêt menacée de destruction. Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Suspendue aux branches, du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis ignore que c´est sa sœur qui la fait exister – ou bien est-ce le contraire ? Entre les quatre murs d´un appartement glacial, chambre d´écho de conversations familiales et de souvenirs, une jeune femme tire des fils pour se rapprocher de Felis – sa sœur, sa chimère. Progressivement, la forêt s´étend, elle envahit ses pensées et intègre le maillage confus de sa propre existence. Sans doute y a-t-il là une place pour le chat sauvage qui est en elle. Premier roman d´Anouk Lejczyk, Felis Silvestris nous plonge, le temps d´un hiver, dans une histoire intime et sensible, explorant notre imaginaire et nos inquiétudes face à des choix de vie qui nous effraient autant qu´ils nous fascinent.

11 Janvier 2022 / 17.00 € / EAN 9782490834082 / 192 Pages

Revenir fils, Christophe Perruchas

Peut-on revenir fils lorsque l’on est devenu père, un roman qui déborde d’émotion et d’amour

1987. Le fils a quinze ans, ses belles années sont devant lui quand survient le deuil qui va tout changer. L’accident du père au volant de sa 504 entraîne peu à peu la folie de la mère. Elle sombre dans une mélancolie que rien ne pourra arrêter. Le choc est si intense que même la vie de son fils va s’estomper de sa mémoire. Remplacé bien étrangement par un autre fils, disparu lui aussi. Il faudra confier le fils à la famille, oncle et tante feront ce qu’ils peuvent pour l’élever.

2007. Le fils devenu père éprouve le besoin de revenir fils. De retrouver cette mère qui l’a effacé de sa vie des années auparavant pour sombrer dans la folie. Atteinte de la maladie de Diogène, elle vit toujours dans la même maison, désormais envahie de toute part par les accumulations de toute sorte qui la rassurent, la confortent, l’aident à survivre. Des boites de Nesquick aux aliments frelatés, des verres inutiles aux revues qui s’amoncellent, sa vie est un équilibre instable fait d’accumulation, de saleté, de solitude.

Peu à peu, alternant ces deux époques, l’auteur nous fait pénétrer dans le monde intérieur d’une mère perdue, d’un fils orphelin, d’un homme qui se cherche et veut donner ce qu’il n’a plus jamais reçu depuis l’accident qui a transformé leurs vies.

L’auteur a su aborder des thèmes difficiles et délicats avec beaucoup de tendresse, d’émotion, de véracité. La maternité, le deuil, la famille, la maladie, celle de Diogène évoquée ici est envahissante et traumatisante autant pour ceux qui la vivent que pour ceux qui la subissent.

Difficile chemin de ce fils devenu homme, mari, père et qui devra tout oublier pour enfin devenir fils. Ce roman est dense, fort, percutant et marquant. L’alternance des époques donne du rythme et du souffle face à la difficulté d’être, de vivre, d’accepter, de comprendre, et enfin d’aimer, en étant le fils de cette mère si singulière. Car il doit en affronter des murailles, au propre comme au figuré, dans cette maison devenue une véritable décharge et le creuset des immondices récoltées avec tant d’énergie par cette mère devenue souillon. Mais aussi des silences, des frustrations, pour tenter de percer la carapace et faire émerger l’amour. Quelle énergie, quel amour, quelle tendresse dans ces gestes, ces mots, ces sentiments du fils orphelin envers celle qui lui a donné la vie.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Rouergue

Depuis la mort de son père, le narrateur, un collégien de quatorze ans, vit seul avec sa mère, qui montre les signes grandissants d’un syndrome de Diogène : elle accumule les objets qui envahissent peu à peu la maison. Tandis que le fils adolescent continue de grandir et d’explorer, la mère se replie jour après jour dans un monde où un premier enfant, Jean, touché par la mort subite du nourrisson, reprend vie. Lire la suite…
Parution août 2021 / 288 pages / 20,00 € / ISBN  978-2-8126-2211-3

La grande Aventure, Victor Pouchet

Et si « La grande Aventure » du couple et de la vie était finalement un long poème…

Quel plaisir de lecture ce court recueil de Victor Pouchet, préface d’Hervé Le Tellier, publié par les éditions Grassert.
Parce que la poésie n’est jamais ridicule, qu’il suffit parfois d’aller à la ligne et que lire ou écrire un poème par jour peut nous rendre heureux.

Elle et lui, lui sans elle qui le quitte, elle et lui, elle sans lui qui doit partir, la vie, chaque jour, faite de petits riens, des promenades dans un sens ou dans l’autre, la montagne, la cuisine, le jardin, les souvenirs, les moments paisibles, ceux que l’on passe loin de l’autre, ceux que l’on partage, ceux que l’on voudrait tant vivre à deux. C’est l’attente, l’espoir, l’amour, le silence, les mots et les regards que l’on pose ensemble sur la vie, les joies et la tristesse, le quotidien.
Quand ce quotidien somme toute banal devient poésie et humour, solitude et retrouvailles, partage et échange.
Une poésie résolument moderne qui emprunte aux réseaux, téléphone et emoji sans que cela paraisse incongru ou déplacé.

Catalogue éditeur : Grasset

« Le fil c’est peut-être une histoire très simple : tragi-comédie en cinq actes et deux personnages. L’un régulièrement menace de partir. L’autre se contente d’écrire des poèmes, dans l’espoir absurde de l’en empêcher. »

Dans ce roman-poème, Victor Pouchet déroule en vers une histoire d’amour et d’amitié à la fois bouleversante et légère. Celle d’un homme et d’une femme qui se rencontrent, se quittent et se retrouvent. Et des petites et grandes aventures que la vie leur offre – réservoir de joies et batailles inédites. Avec humour, grâce et musique, Victor Pouchet nous emporte dans un livre plein de trésors et de simplicité. Une grande aventure.

Parution : 6 Octobre 2021 / Pages : 160 / EAN : 9782246829539 prix 14.50€ / EAN numérique: 9782246829546 prix 9.99€

La bonne chance, Rosa Montero

Trouver le bonheur au milieu de nulle part, un roman lumineux à l’inventivité vivifiante

Alors qu’il est dans le tain pour donner une conférence à Cordou, un homme découvre par la fenêtre du wagon un village sinistre et désolé ; un balcon abandonné, une affiche indiquant à vendre, et le voilà qui descend à l’arrêt suivant, fait demi-tour et vient s’installer à Pozonegro.

Que se passe-t-il dans sa vie pour qu’il plante tout là, sur un coup de tête, et campe dans un appartement vide. Est-il coupable de quelque atrocité, est-il en fuite, recherché ? C’est la question que se posent tous ceux qui le côtoient, ceux qui lui ont vendu quelques mètres carrés dans cet immeuble sinistre sans comprendre son geste. À l’étage en dessous vit Raluca. La jeune femme est caissière au Goliat, l’un des seuls commerces du village, bavarde, célibataire, elle n’a pas sa langue dans la poche et a le cœur sur la main. Attendrie par ce beau gosse totalement paumé, elle décide de l’aider.

Cet homme mystérieux est en fait Pablo Hernando, un architecte reconnu de ses pairs, et attendu impatiemment par ses équipes à Madrid. Décidé à ne pas sortir de ce trou perdu, à ce que personne ne le retrouve, il utilise l’argent qu’il a sur lui pour vivre sans laisser de trace. Avec l’aide de sa voisine, il trouve même un emploi au Goliat. De quoi tenir sans faire de vague ni se faire remarquer. C’est un mystère ambulant qui intrigue tous ceux qu’il rencontre, et fait s’agiter ses collaborateurs qui le cherchent désespérément.

Il semble évident qu’il fuit un passé, quelqu’un qui lui veut du mal, et l’on comprend peu à peu de qui il s’agit. Pendant ce temps, alors qu’il est de prime abord rebuté par le look, le flot incessant de paroles, l’extravagance et l’attitude de Raluca, il s’en rapproche insensiblement. Peu à peu, la noirceur qu’il rejette vient perturber son quotidien, et l’on découvre de sombres groupes néonazis, des bandits de carnaval, des allusions à l’enfance maltraitée et au silence des témoins, et ce fils qu’il fuit encore plus que toute autre chose.

Ce que j’ai aimé ?

Découvrir un roman choral très attachant. Tour à tour, les différentes voix nous révèlent le passé des principaux protagonistes, dénouant les liens entre eux, le pourquoi de la fuite et du silence. Elles mettent en exergue ces moments où l’on se pose des questions sur son avenir, sur ce que l’on a fait de sa vie, sur sa propre utilité. Il en faut du temps et de l’énergie, ou au contraire une sacré dose de lâcher prise pour faire fi des apparences et des à priori, et vivre pleinement la vie que l’on souhaite. Un roman optimiste et empli d’espoir.

Le rythme très prenant, les chapitres courts, les personnages auxquels on s’attache immédiatement malgré leurs défauts, leurs silences, leur mystère. Au milieu de cette noirceur, et de ce paysage désolé d’une Espagne hors du temps, la bonté, la gentillesse, et le sens du partage éclairent ces pages, le lecteur a très envie de rencontrer Raluca, d’aider Pablo. Si beaucoup de sujets sont abordés, j’ai cependant apprécié cette réflexion sur nos choix de vie, notre façon de juger l’autre sans le connaître et souvent uniquement sur les apparences, qui éclaire d’un beau rayon de soleil le bout du chemin.

Catalogue éditeur : Métailié

Traduit par : Myriam Chirousse

Qu’est-ce qui pousse un homme à descendre d’un train à l’improviste et à se cacher dans un village perdu ? Il veut recommencer sa vie ou en finir ? Il fuit quelqu’un, ou quelque chose, peut-être lui-même ? Le destin l’a conduit jusqu’à Pozonegro, un ancien centre minier à l’agonie. Devant chez lui passent des trains qui peuvent être son salut ou sa perte, tandis que ceux qui le cherchent sont à l’affût.
Mais dans ce lieu maudit, où tout le monde a un secret, certains plus obscurs et dangereux que d’autres, cet homme rencontre des gens comme la lumineuse et généreuse Raluca, peut-être un peu cinglée aussi, qui croit que la joie est une habitude.
Une intrigue ensorcelante, d’une précision d’horlogerie, dévoile peu à peu le mystère de cet homme et, ce faisant, explore nos pulsions : la peur, la culpabilité, la haine et la passion.

Rosa Montero nous parle du Bien et du Mal, elle écrit un roman vivifiant et lumineux qui met l’amour, l’espoir et la rédemption au premier plan. La plume de Rosa Montero est un heureux antidote contre les temps qui courent.

Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle entre au journal El País où elle est aujourd’hui chroniqueuse. Best-seller dans le monde hispanique, elle est l’auteur de nombreux romans, essais et biographies traduits dans de nombreuses langues, parmi lesquels La Fille du cannibale (prix Primavera), Le Roi transparent et L’Idée ridicule de ne plus jamais te revoir.

ISBN : 979-10-226-1149-7 / paru le 02/09/2021 / Pages : 288 / Titre original : La buena suerte

Premier amour de Samuel Beckett, Théâtre La Croisée des Chemins 

La scène s’ouvre sur un guitariste faiblement éclairé, il accompagne un acteur assis sur un escabeau ; vêtu d’un antique pardessus et de godillots il a tout du clodo pensif et vieillissant.

Son long monologue nous entraîne dans le souvenirs d’une vie solitaire et égoïste. Il évoque d’abord la grande maison de son père dans laquelle il est resté jusqu’à ses vingt-cinq ans. Puis jeté dehors au décès de ce dernier, il squatte les maisons désaffectées ou le cimetière dans lequel il aime venir manger ses bananes et son sandwich.

Enfin il évoque la rencontre prépondérante de sa vie, qui l’a pourtant bien peu bouleversé, avec une femme seule qui vit dans un appartement avec deux chambres. Là, égoïste encore, il s’installe et profite de ce qu’elle peut lui offrir sans pour autant donner en retour ni amour ni sentiment. Jusqu’au jour où il fuit devant les responsabilités, celles que donne à tout homme un enfant à naître. Et c’est à nouveau la cloche, la rue, les tombes et les odeurs de macchabée qu’il sent sourdre de sous la terre. Une vie totalement ratée, uniquement tournée vers lui, cet homme aux remarques acerbes et acides qui fait fi du bonheur et de l’amour des autres.

Dans cette pièce, tout est principalement basé sur le jeu de l’acteur. Pas de décor, un chapeau, un escabeau qui fait aussi office de chaise. Tout est dans le geste, le dos voûté, le regard larmoyant, le bonnet sous le chapeau et la tenue pitoyable de cet homme qui n’inspire aucune pitié. Une véritable performance, un regard, des intonations, des gestes mesurés, et l’arrogance du personnage, sa singularité, sa vie ratée qui transpirent à chaque phrase.

Ne vous attendez pas à une belle historie d’amour, ce n’en est pas une. C’est l’histoire d’un homme qui… mais allez donc voir par vous même pour découvrir cette nouvelle de Samuel Beckett mise en scène par Jean-Pierre Ruiz.

Durée : 1h15
Production : Vol de nuit
Direction : Jean-Pierre Ruiz
Interprétation : Jean Michel (Illustration musicale : Roland Gomes)

Quoi : Histoire d’amour calamiteuse (et l’éternelle fuite) d’un vieux garçon égoïste avec une prostituée, qui l’installe chez elle et se déclare très vite enceinte de ses œuvres. Mais pourquoi ce vagabond, qui aime tant manger son sandwich et sa banane sur les tombes, qui répugne à se déshabiller et adore les vases de nuit, ressasse-t-il sans fin son histoire d’amour ? Un voyage dans les méandres doux-amers, tragi-comiques d’une vie ratée.

Où : Théâtre de la Croisée des chemins, La Salle Paris-Belleville : 120 bis, rue Haxo, 75019 Paris – Métro : Télégraphe. C’est une salle intimiste où le spectateur est placé à quelques mètres à peine des comédiens

Quand : Les mercredis et jeudis à 21h jusqu’au 28 oct. 2021

Les cœurs inquiets, Lucie Paye

Un beau roman qui déborde d’amour et d’espoir

Lui, artiste peintre qui excelle dans les paysages sans aucun personnage, a quitté l’île Maurice pour Paris. Son galeriste envisage une nouvelle expo en septembre, mais est-il capable de répondre à cette exigence.
Son inspiration du moment ? Une femme, pas un modèle, pas une amoureuse, pas une voisine, mais une femme surgie des limbes de son imaginaire sans qu’il arrive à comprendre l’urgence qui s’est emparée de lui.

Elle, on le comprend vite, est malade. Elle saisi les moments de sérénité et de lucidité qu’il lui reste pour écrire à l’amour de sa vie qui a disparu depuis si longtemps.
Qui est-il cet homme qu’elle a cherché pendant tant d’années, que veut-elle de lui, et pourquoi a-t-il disparu ?

Lui et elle, vont-ils être deux destins parallèles ou leurs trajectoires vont-elles se croiser un jour ?

Ce que j’ai aimé ?

L’auteur nous propose des tranches de vie qui émeuvent et bouleversent, mais qui en même temps nous procurent un sentiment de sérénité.
Ces lettres qui débordent d’amour, de regrets, mais qui sont tellement positives et généreuses envers celui qui devrait les recevoir. L’amour d’une mère, absolu et définitif.
Les secrets de famille et les silences qui détruisent inexorablement ceux qui les acceptent.
Cet homme qui trouve une inspiration dans une femme inconnue qui le bouleverse sans qu’il en connaisse la raison. La force de amour filial suggérée ainsi.
Cet amour de l’art et de la peinture qu’ils ont en commun, cette façon qu’à l’auteur de distiller la beauté des œuvres et de nous en faire apprécier le beauté et à parfois le sens.

Un premier roman particulièrement réussi que l’on n’arrive pas à lâcher avant la fin.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Gallimard

«J’ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L’espoir m’a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd’hui. Mille fois mon cœur a bondi en croyant t’apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain. Le jour où je te reverrais.»

Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.

Parution : 05-03-2020 / 52 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072847301 / 16,00 €

Malamute, Jean-Paul Didierlaurent

Embarquer dans la blancheur glacée de l’hiver pour un voyage dans le temps

La neige est là, et avec la neige arrive Basile, qui passe les mois d’hivers à Valjoux sur une des dameuses de la station. Pour une fois, il n’a pas eu à chercher un logis, ni à se contenter du réduit qu’il occupait les années précédentes. Il va partager la maison d’un lointain parent, trop âgé pour rester seul. Sa fille a tout organisé pour que Germain puisse rester chez lui. Basile gardera un œil sur ce vieil homme acariâtre et revêche.

Dans l’équipe des dameurs Emmanuelle, une nouvelle venue, dame le pion à tous les anciens et s’approprie, grâce à son talent, l’engin le plus convoité ; c’est aussi la voisine de Germain.

Lorsque ce dernier la rencontre, il laisse affleurer à sa mémoire de bien beaux mais aussi de bien noirs souvenirs, réminiscences d’une époque révolue. Les voisins avaient été baptisés les Ruskoffs par tout le village, car on se méfie toujours de ceux que l’on ne connaît pas.

Paulina Radovic, si blonde, si timide, si belle. Celle dont on découvre le journal écrit en 1976, l’épouse de Dragan. Lui, fort, dur, ancien légionnaire, avait un rêve fou, obsessionnel, conduire les touristes à bord de son traîneau tracté par ses malamutes, de superbes chiens qui pourtant inquiètent les villageois. Mais rien ne s’est passé comme ils espéraient.

Ce que j’ai aimé ?

L’ambiance, à la fois oppressante et majestueuse dans cette blancheur qui envahit le paysage.
Les personnages, des hommes et des femmes qui pourraient être nos voisins, Germain, Basile ou Emmanuelle, mais aussi Françoise ou encore le curé et ses processions, un écheveau de relations humaines où le meilleur côtoie le pire sans que cela paraisse incongru.
Des situations en apparence simples et banales où parfois se cachent de noirs secrets comme sait si bien les décrire Jean-Paul Didierlaurent, à hauteur d’homme, au plus près de la réalité du quotidien.

L’auteur nous entraîne par son écriture à la fois humaine et irréelle, surtout lorsqu’un brin de magie vient bousculer ses personnages, entre les bêtes malfaisantes et les souvenirs du passé, entre le sortilège de l’amour et le triomphe de hommes sur la nature parfois étouffante et dévastatrice, tout y est et on se régale.

Catalogue éditeur : Au Diable Vauvert

Jean-Paul Didierlaurent vit dans les Vosges. Nouvelliste lauréat de nombreux concours de nouvelles, deux fois lauréat du Prix Hemingway, son premier roman, Le Liseur du 6h27, connaît un immenses succès au Diable vauvert puis chez Folio (370.000 ex vendus), reçoit les prix du Roman d’Entreprise et du Travail, Michel Tournier, du Festival du Premier Roman de Chambéry, du CEZAM Inter CE, du Livre Pourpre, Complètement livres et de nombreux prix de lecteurs en médiathèques, et est traduit dans 31 pays. Il est en cours d’adaptation au cinéma. Jean-Paul Didierlaurent a depuis publié au Diable vauvert un premier recueil de ses nouvelles, Macadam, Le Reste de leur vie, roman réédité chez Folio, et La Fissure.

Format : 130 X 198 / Parution : 2021-03-11 / pages : 368 / EAN-ISBN : 979-10-307-0419-8

Les jours brûlants, Laurence Peyrin

Jusqu’à quel point peut-on fuir lorsque les certitudes s’effondrent ?

Joanne est une femme, une mère et une épouse comblée. Elle a rencontré son mari alors qu’elle était encore étudiante, et le mariage a été un peu précipité par la naissance de leur fille, mais le couple qu’elle forme avec Thomas est toujours aussi fusionnel.

En 1976 à Modesto, en Californie, la vie s’écoule paisiblement lorsque l’on n’a aucun soucis d’argent, un mari attentionné et des enfants que l’on aime et qui vous le rendent bien. Même si sa fille est entrée dans sa période d’ado contestataire et critique souvent sa mère, l’entente dans la famille est forte et l’ambiance y est sereine.

Un jour Joanne est violemment agressée par homme qui lui dérobe son sac. Les insultes, les coups qu’elle reçoit sont un choc. Son monde de bisounours s’effondre, la vie en rose prend des airs noirs et menaçants. La violence est à sa porte et la pousse à se remettre en question. Très choquée et blessée, et malgré le fait que son mari tente de l’aider, Joanne se mure dans le silence. La perte de confiance en elle prend peu à peu toute la place. Elle dérive, seule, muette, terrassée par cette violence gratuite qui fait voler en éclat toutes ses certitudes.

Le temps de se ressaisir viendra, c’est du moins ce que l’on pense autour d’elle. Mais son mutisme, son refus d’accepter sa situation, l’entraînent loin de sa famille aimante et protectrice. Jusqu’au jour où elle disjoncte et s’enfuit sans donner de nouvelles.

Voilà une intrigue étonnamment bien construite. Si au début j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans la tête de Joanne, à comprendre ses réactions pour le moins inattendues et excessives, peu à peu, je me suis glissée auprès d’elle avec l’envie de la consoler, de la rassurer, de l’aider. Bien qu’elle refuse obstinément les mains tendues… Mais jusqu’à quel point peut-on fuir les siens, abandonner ses enfants lorsque l’on est une mère, se réfugier dans le déni…

Une fois de plus, Laurence Peyrin campe un personnage de femme forte qui se bat seule contre les obstacles qui viennent se mettre en travers de sa route jusqu’à retrouver sa propre intégrité. Un récit au final lumineux et positif.

Catalogue éditeur : Calmann-Levy

À 37 ans, Joanne mène une vie sereine à Modesto, jolie ville de Californie, en cette fin des années 1970. Elle a deux enfants, un mari attentionné, et veille sur eux avec affection.
Et puis… alors qu’elle rentre de la bibliothèque, Joanne est agressée. Un homme surgit, la fait tomber, l’insulte, la frappe pour lui voler son sac. Joanne s’en tire avec des contusions, mais à l’intérieur d’elle-même, tout a volé en éclats. Elle n’arrive pas à reprendre le cours de sa vie. Son mari, ses enfants, ne la reconnaissent plus. Du fond de son désarroi, Joanne comprend qu’elle leur fait peur.
Alors elle s’en va. Laissant tout derrière elle, elle monte dans sa Ford Pinto beige et prend la Golden State Highway. Direction Las Vegas.
C’est là, dans la Cité du Péché, qu’une main va se tendre vers elle. Et lui offrir un refuge inattendu. Cela suffira-t-il à lui redonner le goût de l’innocence heureuse ?

EAN : 9782702165645 / Prix : 20.50 € / Pages : 324 / Format : 136 x 216 mm / Parution : 27/05/2020