Requiem pour une apache, Gilles Marchand

Quand le désir de reconnaissance déclenche la révolution des invisibles

L’écriture poétique et le sujet universel font du dernier roman de Gilles Marchand un petit bijou d’humanité.

Jolene n’est ni trop ni pas assez. C’est juste le genre de fille dont on a envie de se moquer dans la cour de récré. Elle a pourtant un remède infaillible pour faire taire tous les méchants gamins qui la poursuive de leurs invectives, car son père à elle « il peint la tour Eiffel, alors ta gueule ». Son père est peintre, chaque jour il part avec son pot de peinture couleur brun tour Eiffel et monte tout là-haut redonner vie à la grande dame. Jusqu’au jour où, trop d’alcool ça ne permet forcément plus à un homme de monter aussi haut. Plus de boulot et un goût prononcé pour le goulot, ça ne fait pas de vieux os. Jolene et sa mère se retrouvent seules… à force d’écouter Nino Ferrer et de pleurer chaque jour, on aurait pu penser que la veuve resterai veuve, mais elle trouve un nouveau mari et rapidement sa fille doit partir. L’échec scolaire, ça n’aide pas beaucoup quand on cherche du travail. Pourtant Jolene trouve un emploi de caissière qu’elle occupe sans jamais rechigner. Mais ce badge qu’elle doit porter chaque jour, ce tutoiement, ces clients souvent irrespectueux, un jour trop c’est trop, ras le bol, elle envoie tout valser.

Chaque jour dans le bar de l’hôtel-pension de Jésus, Jolene passe et met inlassablement le même disque de Dolly Parton sur le Juke-box. Peu à peu, la dizaine de paumés rassemblés là commence à l’adopter. Tous, même Wild Elo, cet ancien chanteur qui nous raconte leur quotidien et leur rencontre avec Jolene. Car les pensionnaires ont tous à leur façon souffert dans leur vie et ont trouvé refuge chez Jésus. Ils cohabitent en bonne intelligence, sans faire de vague.

Jusqu’au jour où passe un employé du gaz irrespectueux. Il n’a pas un bonjour, pas un mot envers le patron, et c’est la révolution qui commence. Celle des laissés pour compte, des différents, de ceux qui jusqu’à présent n’ont jamais osé se rebeller et ont accepté tête basse les mots, les gestes, les insultes sans jamais se redresser.

Grâce à Jolene ils osent enfin… Comme l’on dit parfois Il suffirait de presque rien. Alors elle ose tout Jolene, car elle n’a rien à perdre ni à gagner si ce n’est cette part d’humanité qu’on lui a toujours refusée. Dans cette solidarité et cette fraternité partagée, c’est tout un monde qui se soulève et qui existe enfin, faisant fi de cette résignation qui les rendait transparents pour le monde extérieur.

Merci Gilles Marchand pour ce beau roman qui fait sourire et réfléchir, qui fait sans doute regarder l’autre autrement, le petit, le grand, le roux, le bègue et tous les invisibles. Merci pour cette écriture à la fois loufoque et poétique, tendre et joyeuse, que l’on aime tant retrouver à chaque nouveau roman depuis l’inoubliable Une bouche sans personne (dont on ne manquera pas de reconnaître une allusion dans ce roman).

Il faut entrer dans les romans de Gilles Marchand sans a priori et se laisser porter pour partager une part de rêve, c’est une belle expérience que l’on a envie de renouveler à la première occasion.

Du même auteur on ne manquera pas de lire également le recueil de nouvelles Des mirages plein les poches.

Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

Jolene n’est pas la plus belle, ni forcément la plus commode. Mais lorsqu’elle arrive dans cet hôtel, elle est bien accueillie. Un hôtel ? Plutôt une pension qui aurait ouvert ses portes aux rebuts de la société : un couple d’anciens taulards qui n’a de cesse de ruminer ses exploits, un ancien catcheur qui n’a plus toute sa tête, un jeune homme simplet, une VRP qui pense que les encyclopédies sauveront le monde et un chanteur qui a glissé sur la voie savonneuse de la ringardisation.

414 pages / Format : 14 x 20,5 cm / ISBN : 9782373050905 / Date de parution : 21 Août 2020

Trois chemins vers la mer, Brit Bildoen

Un roman aussi émouvant qu’inoubliable

Les chapitres alternent trois récit, l’état, le corps, l’exil. Trois femmes entrent en scène tour à tour.
Une femme marche vers la mer ;
Une femme attend le courrier de l’administration qui va briser sa vie ;
Une femme tente de comprendre son ennemi.

Une femme est en exil sur cette partie de terre qui abrite un observatoire ornithologique. Chaque jour elle promène son chien, la vieille Isa qui lui tient compagnie. Car elle qui refuse toute autre relation, toute amitié, toute interaction avec les humains de son entourage. Les seuls qu’elle accepte sont ses collègues de l’observatoire. Dans le silence et la solitude de son intérieur, elle traduit un roman de Dany Laferrière. Elle se laisse bercer par les mots, elle a le goût de la précision, de la sonorité qui doit lui correspondre dans sa propre langue. Mais qui est vraiment cette femme secrète, solitaire, taiseuse.

Un femme marche, elle traîne une valise avec un chat dedans. Qui est-elle, et pourquoi va-t-elle si souvent dans la maison de celui qu’elle nomme l’état ? Quelle relation délétère et secrète entre cet homme et cette femme ? Que cherche-telle à démonter, jour après jour, nuit après nuit ?

Une femme attend depuis quatre ans le bonheur de pouvoir adopter un bébé. Fausse couche après fausse couche, tout espoir d’être un jour mère s’est envolé, son corps lui refuse le bonheur qui devrait être dû à chaque femme qui le souhaite. Avec son époux, ils sont en liste d’attente pour adopter un enfant chinois. Mais les années passent, le gouvernement doit renouveler leur agrément. Ils ne sont plus très loin sur la liste d’attente, sur le chemin de l’espoir, plus que quelques mois sans doute et ils auront enfin le bonheur de tenir un bébé dans leurs bras. Pourtant l’administration et les règlements en ont décidé autrement. S’engage alors pour le couple de quinquagénaires un long combat pour tenter de faire valoir ses droits.

Ces trois femmes ont un chemin de vie difficile, portées par un seul désir, celui d’être mère, et par une seule incompréhension face à l’inadmissible réponse de l’administration. Car dans ces trois récits, l’état, le corps, l’exil , il y a surtout l’espoir de devenir mère, la révolte face à l’administration, enfin l’apaisement et l’envie de vivre enfin.

Brit Bildøen ose mettre des mots sur la douleur extrême, sur l’incompréhension, sur la folie et le chagrin qui détruisent inexorablement les rêves d’une vie. Ce roman se lit d’un souffle, d’une traite. Peu à peu les personnage et l’intrigue se dessinent et s’emboîtent comme une évidence. Le chagrin devient si fort, l’espoir puis l’anéantissement de tous les rêves sont impossibles à accepter. Empathique, le lecteur entre en communion avec cette femme, ses interrogations et ses doutes, sa fuite et ses rêves.

Un roman que je vous conseille vivement, tant pour son écriture que pour cette atmosphère qui s’en dégage, à la fois dérangeante, bouleversante, douce et humaine.

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

Une femme fait de longues promenades avec son chien sur la plage. Quand elle ne travaille pas à l’Observatoire ornithologique, elle traduit Dany Laferrière. Elle veut tout oublier de ce qui a été. Mais les remparts de la mémoire menacent de céder…
Une femme marche vers sa boîte aux lettres. À l’intérieur, il y a la lettre qu’elle attend depuis si longtemps. Une lettre qui pourrait changer sa vie : l’agrément d’adoption des Services sociaux à l’enfance.
Une femme déambule dans une zone résidentielle, traînant derrière elle une valise à roulettes. À l’intérieur, il y a un chat mort. C’est la même femme mais elle est différente. Une femme qui glisse insensiblement dans une folie violente. Jusqu’où ira-t-elle ?
Les migrations intérieures d’une femme chahutée par les tournants de la vie, jusqu’à l’échappée belle.

Née en 1962, Brit Bildøen rencontre son premier succès en 1998 avec Tvillingfeber couronné par le prix Oslo et le prix Nynorsk. Elle est l’auteur de huit romans (souvent primés), dont Sju dagar i august finaliste pour le Dublin International Award et élu en 2019 par le quotidien Dagsavisen comme l’un des quinze meilleurs romans de la dernière décennie. Également traductrice, Brit Bildøen vit aujourd’hui à Oslo.

Traduit du norvégien par Hélène Hervieu

Parution le 30 septembre 2020 / 180 pages / 19€

Super potes, Smriti Halls, Steve Small

Amis pour la vie, à deux c’est vraiment mieux

Super potes, ils le sont, monsieur l’ours et tout petit écureuil. Tout les oppose, et pourtant ce sont les meilleurs amis du monde. Et cet ours, oh là là, qu’il est gentil, bavard, mais encombrant et collant aussi parfois. Où qu’ils aillent, c’est ensemble, quoi qu’ils fassent, c’est encore ensemble, toujours, partout.

Jusqu’au jour où l’écureuil étouffe, trop, c’est trop, plus d’espace de liberté, plus de place où se poser, plus d’instant à lui. Vite, du balai !

Ours comprend et tristement s’en va, laisse le champ libre, laisse son inséparable ami respirer sans lui, chanter, bouger, faire tout ce qu’il veut, plus de tasse cassée, plus de bazar dans la maison, enfin seul, le bonheur absolu.

Oui, mais … non en fait, car seul, sans son ami, que devient-on ? Triste, solitaire, plus d’ami à qui se confier, plus d’ami avec qui partager les joies et les peines, plus de partage, d’échanges, qui rendent chacun meilleur, attentif à l’autre, heureux.

Parce qu’un ami, c’est un trésor, une chance, à deux, bien sûr, c’est vraiment mieux !

De belles illustrations, un texte court, concis, efficace. Un joli livre pour enfants, moral, charmant, tendre aussi, et facile à lire. Les personnages, si différents, si opposés, permettent une identification facile et universelle. C’est parfois difficile de perdre sa liberté, et de penser qu’on ne peut plus exercer son libre arbitre, et c’est parfois ainsi que se terminent sur des malentendus de belles amitiés. Le livre est là pour le rappeler à tous, et c’est tant mieux.

Catalogue éditeur : Sarbacane

Au fait, ça veut dire quoi d’être amis pour la vie ?
Ours et Écureuil sont amis pour la vie. Super potes ! C’est simple : Écureuil ne peut pas faire un pas sans qu’Ours le suive. Pas faire un geste sans qu’Ours fasse pareil. Jusqu’au moment où Écureuil n’en peut plus ! Un peu d’air, j’étouffe ! Vexé, Ours s’en va. Mais bien vite, Écureuil sent un terrible vide dans sa vie…
Un récit très visuel pour parler avec humour de l’amitié vraie !

Smriti Halls a publié plus de 30 livres pour enfants, traduits dans le monde entier. Avant de se consacrer à l’écriture en 2012, elle a travaillé pour l’édition jeunesse et la télévision.
Elle vit à Londres.

Steve Small conçoit, réalise et anime des films depuis plus de 30 ans. Design de personnages pour Disney, court-métrages, séries télé, pubs : il a tout fait. Mais c’est la première fois qu’il illustre un livre pour enfants. Il vit à Londres où, quand il ne peint pas, il dessine et quand il ne dessine pas, il nourrit les corbeaux dans les parcs du sud-est de Londres.

Dès 3 ans / Parution: 19 février 2020 / 40 pages / 20 × 28 cm / EAN: 9782377313815 / Prix : 14,90€

Tout va me manquer, Juliette Adam

À la fois fort et léger, le roman d’une rencontre, de la jeunesse et de la solitude

Le roman se situe dans une ville de province, autour du magasin de jouets autrefois tenu par Alain, un homme seul et malheureux depuis le décès de l’une de ses filles.

Étienne est seul, même s’il tient désormais le magasin de jouets de son grand-père et vit dans l’appartement qu’il partage avec cet homme atteint de la maladie d’Alzheimer. Malgré Paco, ce petit frère si attachant, et avec une mère absente et un beau-père transparent. Seul et sans amis, sans même une petite amie ou une copine pour partager ses moments de solitude. Car il faut l’avouer, ce jeune homme un peu sauvage n’est pas très doué pour entrer en relation avec les autres. 

Chloé est seule, dans cette étrange vie qu’elle mène, à la fac, avec son amie Nina, farouche, indomptable, impétueuse, explosive et parfois même violente.

Ces deux jeunes gens solitaires se croisent sur un malentendu un soir de Carnaval. Depuis ils se frôlent à nouveau sans se parler vraiment, s’explorent sans se dévoiler. Car Chloé est un vrai mystère, elle qui apparait sans bruit aux côtés d’Étienne, où qu’il aille, elle qui fuit puis cherche sa compagnie. Cette jeune femme insaisissable, qui semble aussi fragile que parfois violente et déterminée intrigue et inquiète Étienne.

Passant sans arrêt du rire aux larmes, de la gaité à la plus profonde détresse, ce roman fait le portrait émouvant et sombre d’une jeunesse en mal de repères. En mal de vivre aussi et qui crève de solitude à l’heure des réseaux sociaux et de la communication à outrance. Perdus dans leurs galères et leurs complexités internes, peuvent il seulement se comprendre et se trouver ?

Un roman qui dit souffrance et solitude, peur de l’autre et de soi-même, sombre, violent et parfois aussi lumineux. S’il y a quelques longueurs ou au contraire quelques manques, en particulier sur la dernière partie, j’ai été plutôt séduite dans l’ensemble. L’écriture, les descriptions, les personnages, s’ils n’ont rien de vraiment nouveau, sont étonnamment matures pour une jeune autrice déjà éditée à 18 ans.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue éditeur : Fayard

Il semblerait que tout oppose Étienne et Chloé, pourtant le hasard n’arrête pas de les faire se rencontrer. Mais est-ce vraiment le hasard ? Elle, inflammable et imprévisible ; lui, maladroit et rêveur, dans un curieux mélange de fantaisie et de noirceur, ils vont pourtant faire un bout de chemin ensemble.

Étienne s’ennuie. Dans le magasin de jouets où  il travaille, dans l’appartement où  il vit avec son grand-père, dans cette petite ville où  il n’y a jamais rien à  faire. Partout, il promène sa solitude, et se demande s’il n’est pas en train de passer à  côté  de sa vie. Alors, lorsqu’il se fait frapper par erreur par une inconnue au cœur d’un carnaval, il y voit un signe. Quelque chose se produit enfin. Quelqu’un l’attend quelque part.
Elle s’appelle Chloé. Inflammable, imprévisible, elle est de celles qu’on ne peut pas vraiment cerner. Qui ne se laissent pas approcher. Constamment à  deux doigts d’imploser. Maladroit et rêveur, Étienne n’a jamais vraiment su comment aborder une fille. Pourtant, ils vont se tourner autour. Et, dans un curieux mélange de fantaisie et de noirceur, faire un bout de chemin ensemble.
 
Juliette Adam est née en 2002. Elle a passé son enfance en Bretagne et vit aujourd’hui à Paris. Tout va me manquer est son premier roman.

Parution : 19/08/2020 / Pages : 270 / Prix TTC : 18.00 € EAN : 9782213717449 / Prix Numérique : 12.99 € EAN numérique : 9782213719214

Les Magnolias, Florent Oiseau

Une réflexion douce-amère sur la vie qui passe, un roman humain et tendre

Alain est un de ces losers attachants dont aime tant nous parler Florent Oiseau. Acteur sans contrat, sa seule activité, faute de trouver un tournage, semble être de noter dans un carnet d’hypothétiques noms de poney et d’aller voir Rosie dans sa camionnette tarifée. N’hésitant devant aucun sacrifice et le cœur sur la main, il héberge même dans son humble logis son ami Rico, son attaché de presse plus magouilleur que bosseur.

Alain vivote mais malgré tout il prend soin chaque semaine d’aller voir sa chère grand-mère qui s’éteint peu à peu à l’Ehpad Les Magnolias. Si elle a été placée là par ses enfants, ceux-ci semblent l’oublier en attendant l’héritage. Mais Alain aime aller la voir dans cet établissement qui sent la solitude et la vieillesse. Il mange avec elle l’insipide quatre-quarts servi au goûter, et l’emmène faire un tour dans le parc. Jusqu’au jour où cette mamie parfois un peu gâteuse lui demande de l’aider à mourir.

A-t-il bien entendu ? Pour en être sûr, et ne sachant que faire, Alain décide de venir plus souvent. Et de retrouver son oncle. Car cet obscur célibataire est le seul autre visiteur de cette grand-mère sur le départ. Il soulève alors quelques secrets, quelques animosités comme on en trouve souvent dans les familles, et lève le voile sur la jeunesse de cette femme qu’il ne connait peut-être pas si bien que cela. Car on l’oublie souvent, mais ces grands-parents qui nous paraissent si vieux ont eu des vies eux aussi, avant d’être seulement vieux.

C’est, comme à chaque fois avec les romans de Florent Oiseau, à la fois gai et triste, empli d’humanité et de désillusion, drôle et moqueur, sensible et tendre. Il m’a manqué pourtant un peu d’intrigue, dans la vie de la grand-mère ou la relation aux parents ou à l’oncle, un peu de densité sans doute. C’est malgré tout un roman attachant et réaliste, à l’humour parfois grinçant et caustique.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Du même auteur, retrouver aussi ma chronique de Paris Venise

Catalogue éditeur : Allary Editions

– Caramel
– Pompon
– Cachou…
Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…

Né en 1990, Florent Oiseau a été pompiste, chômeur, barman, plongeur, réceptionniste de nuit, ouvrier dans une usine de pain de mie, crêpier, surveillant de lycée et couchettiste sur le train Paris-Venise. Il a publié trois romans chez Allary Éditions. Son premier roman, Je vais m’y mettre, a été désigné « livre le plus drôle de l’année » et a reçu le Prix Saint-Maur en poche. Son deuxième roman, Paris-Venise, a été finaliste de la 10e édition du Prix Orange du livre. Les Magnolias, également finaliste du Prix Orange du Livre 2020.

224 pages / 17,90 € / Paru le 02 janvier 2020 / EAN : 978-2-37073-306-1

L’habit ne fait pas le moineau, Zoé Brisby

Humour, tendresse et fantaisie, quand une rencontre insolite donne un sens à la vie

Maxine est une vieille dame de 90 ans et des poussières dynamique et sans espoir. Alex est l’amoureux transi d’une jeune fille qui ne le calcule même pas.

Il a envie de partir à Bruxelles mais pas seul. Elle a besoin de partir à Bruxelles mais pas seule

Grâce à un site de covoiturage, ils se rencontrent un beau matin devant la maison de retraite. De quiproquo en confidences ils vont finir par découvrir les vraies raisons de leur voyage, une euthanasie pour l’une, une fuite en avant pour l’autre.

Et si cette rencontre était le détonateur qui va transformer leurs vies qui vont passer de fades, inconsistantes, sans amour ni amis, en feu d’artifice permanent et envie de vivre et de rire, enfin ?

Alors oui, parfois le discours est un peu facile, un peu trop évident, un peu trop salvateur. Mais que ça fait du bien ces lectures qui nous montrent la réalité de nos émotions, de nos dépressions, de nos espoirs déçus et de nos rêves déchus. Qui nous montrent et nous démontrent que la lumière si on la cherche bien et si on la laisse nous éclairer un tant soit peu, est parfois tout simplement au bout du chemin.

J’ai passé un bon moment en compagnie de ces deux protagonistes terriblement attachants, et c’est ce qui fait leur charme, que tout éloigne mais que la vie rapproche pour le meilleur après quelques émotions et un peu du pire (on ne manquera pas de suivre les Infos en continu qui nous font vivre leur périple !).

Une lecture d’été comme on les aime, rafraichissante, sensible et pétillante.

Impossible de ne pas évoquer ces romans qui nous parlent également de fin de vie et dont je vous ai déjà parlé ici, comme par exemple le très beau roman Suzanne de Frédéric Pommier ou encore Tout le bleu du ciel de Melissa Da Costa.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Fayard Mazarine

Maxine, vieille dame excentrique, s’échappe de sa maison de retraite, avec un projet bien mystérieux.
Alex, jeune homme introverti au cœur brisé par un chagrin d’amour, décide sur un coup de tête de faire un covoiturage.
Réunis dans une Twingo hors d’âge, les voici qui s’élancent à travers le pays.
Mais quand Maxine est signalée disparue et que la police s’en mêle, leur voyage prend soudain des allures de cavale inoubliable. C’est le début de la plus belle aventure de leur vie…

Prix 8,70€ / 512 pages / Date de parution : 25/03/2020 / EAN : 9782253934622

Lettre d’amour sans le dire, Amanda Sthers

L’amour sans le savoir, sans le dire, sans le vivre, tendresse et émotion au rendez-vous

Un peu comme pour tout, Alice est une femme enfermée dans une vie qu’elle ne s’autorise pas à savourer pleinement. Elle est professeur de français et vient du nord de la France. Mais a rejoint la capitale pour se rapprocher de sa fille. Pourtant, elle se sent seule et étrangère.

Un jour d’ennui, elle entre dans un salon de thé et de massage et à la suite d’un quiproquo, rencontre des mains merveilleuses qui l’éveillent aux sens. Elle s’ouvre enfin au plaisir, intime, secret, inavoué. Elle se rend compte qu’elle est amoureuse de Akifumi, ce masseur japonais qui pourtant ne dit pas un mot. Car il ne parle pas français, ils ne peuvent donc jamais  échanger, seules ses mains sur elle, son regard, ses émotions lui parlent. Alice prend des cours de japonais pendant un an, attendant le moment propice pour avouer son amour.

Mais ce sera un amour platonique jamais déclaré, jamais dit, jamais vécu et cependant intense et réel. Un amour qu’elle va déclamer, écrire, verbaliser dans ce roman épistolaire singulier. Par cet amour sincère qui n’attend rien en retour, elle ose s’avouer ses propres sentiments, se dévoiler et enfin se libérer d’un passé parfois lourd et triste.

L’écriture est sensible et intimiste. C’est une belle déclaration d’amour à sens unique et la découverte de soi d’une femme qui approche de cette cinquantaine parfois traumatisante.  Éveil aussi à la finesse, à la volupté silencieuse et à l’étrangeté des traditions japonaises.

Catalogue éditeur : Grasset

Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux. Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.
Cet homme devient le centre de son existence : elle apprend le japonais, lit les classiques nippons afin de se rapprocher de lui. Enfin, par l’imaginaire, Alice vit sa première véritable histoire d’amour. Lire la suite …

Parution : 3 Juin 2020 / Format : 121 x 188 mm / Pages : 140 / EAN : 9782246824954 Prix : 14.50€ / EAN numérique: 9782246824961 Prix : 9.99€

Miss Jane, Brad Watson

Roman de la différence, de l’acceptation de soi et du courage dans L’Amérique rurale du XXe

Miss Jane est née en 1915 d’une mère un peu trop âgée d’une famille banale du Mississippi. Elle souffre d’une malformation urogénitale de naissance particulièrement handicapante. C’est malgré tout une enfant facile, brillante, curieuse, qui comprend vers l’âge de six ans qu’elle ne pourra jamais être comme les autres. Car avec son handicap il lui est impossible d’aller à l’école, de fréquenter les autres enfants, d’aller dans les autres familles.

Élevée avec sa sœur qui sera longtemps proche d’elle, elle se retrouve rapidement seule avec ses parents. Les fils ont quitté le foyer pour s’installer ailleurs. Sa sœur se rebelle et s’enfuit dès qu’elle peut pour vivre et travailler à la ville. Car dans cette famille, entre une mère mutique et si peu aimante, et un père qui tâte bien souvent de la bouteille, histoire de tester sa production d’eau de vie, la vie n’a rien d’idyllique.

Le docteur Thompson a assisté la mère lors de ses différents accouchements, il est veuf sans enfants et prend soin de Miss Jane comme si c’était sa propre fille. Il tente tout ce qui est en son pouvoir (c’est-à-dire bien peu) pour essayer de réparer ce handicap, contactant sur de nombreuses années tous les plus grands spécialistes des États-Unis. Mais hélas, la médecine de cette époque n’a pas encore assez évolué pour opérer de façon efficace et sans risque. Cette jeune fille singulière sera toute sa vie différente des autres filles. Jane n’aura jamais de relations avec un homme ni d’enfants. Elle l’accepte comme une fatalité dont on pourrait facilement s’accommoder alors qu’elle implique une vie de solitude et d’indépendance forcée, allant à l’encontre de la vie dite « normale » d’une femme de son temps.

L’auteur s’attarde longuement sur l’enfance de Miss Jane, sur ces années qui forgeront le caractère de cette petite fille jolie, optimiste et intelligente. Ces années cruciales qui lui permettent de s’accepter, de devenir cette femme forte au caractère bien trempé qui vivra de longues années dans cette solitude acceptée. Un peu moins d’informations sur sa vie de femme qui a su trouver dans cet isolement une forme de bonheur acceptable.

Roman de la différence, de l’acceptation de soi, dans cette Amérique rurale du XXe où cette femme hors du commun apprend à survivre dans ce corps qui l’opprime, seule, incomprise mais aussi parfois aimée par ceux qui l’entourent pourtant bien mal. On ressort de cette lecture avec une impression de solitude et de tristesse face à ce gâchis face auquel on est impuissant, épaté par le courage de cette enfant, de cette femme, qui accepte cette différence contre laquelle elle ne peut rien.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Grasset

Traduction Marc Amfreville

Jane Chisolm vient au monde en 1915, dans une petite ferme du Mississippi. Quelques instants après sa naissance, le docteur constate que Jane est née avec une malformation. Il s’agit d’un véritable handicap, avec lequel elle devra composer sa vie durant.
Ses premières années sont insouciantes. Ce n’est qu’à l’approche de ses six ans que la fillette prend conscience de sa singularité. Mais sa soif d’apprendre est plus forte que les réticences de ses proches. Elle entre à l’école, se plonge dans les livres. Puis arrivent l’adolescence et les premiers émois amoureux…
Dans une Amérique rurale que le XXe siècle est en train de bouleverser, Miss Jane est l’histoire poignante et pleine d’espoir d’une héroïne hors du commun qui fait face à son destin. Un grand roman de formation et d’émancipation, porté par une écriture sensible et délicate.

Grasset : Parution : 5 Septembre 2018 / Format : 140 x 205 mm / Pages : 384 / EAN : 9782246814641 / Prix : 22.00€ / EAN numérique : 9782246814658 Prix : 7.99€

Le Livre de Poche Prix : 7,90€ / Pages 360 / Date de parution : 27/05/2020 / EAN : 9782253237983

La résurrection de Joan Ashby, Cherise Wolas

Quand une écrivaine de talent se perd dans le couple et la maternité, quel est le prix à payer pour se retrouver ?

Joan Ashby le sait, elle est faite pour être écrivaine, c’est sa vie. A seulement vingt-trois ans, reconnue et adulée par son lectorat, elle excelle dans ce rôle. Après deux recueils de nouvelles et des tournées de librairies et de salons dans tout le pays, elle sait que c’est ce qu’elle aime et qu’elle fait le mieux. Elle a peu de certitudes mais certains préceptes inébranlables : ne jamais arrêter d’écrire, ne jamais avoir d’enfants.

Pourtant, la rencontre avec Martin, si elle n’est pas forcément un coup de foudre est malgré tout une évidence. Elle l’épouse, change de cadre de vie, quitte New-York et ses promesses pour déménager dans la petite ville où il a installé sa clinique et découvre sa grossesse déjà avancée. Malgré son envie de ne pas avoir d’enfant, malgré les promesses de Martin, malgré ses rêves, elle s’engage sur le difficile chemin de la maternité heureuse. Car Joan n’est pas faite pour devenir mère, elle le sait, cependant pour plaire à Martin, pour devenir cette jeune femme accomplie conforme aux exigences, elle va prendre son rôle très au sérieux. Et si la maternité n’est pas désirée, elle saura malgré tout donner tout son amour à ses enfants et les aider à grandir à ses côtés.

Les années passent, avec ces deux fils magnifiques, Daniel le rêveur développe tout jeune des talents pour l’écriture, Éric le surdoué autodidacte, inventeur d’un programme informatique à seulement treize ans, est très difficile à canaliser. Martin poursuit avec talent son métier de chirurgien ophtalmologue. Il parcourt le monde pour réaliser des opérations miraculeuses pour des malades toujours plus reconnaissants. Une belle famille composée d’éléments disparates qui s’accordent et grâce à qui la vie devrait être formidable.

Mais dans ces conditions, à toujours faire passer le bonheur des autres avant le sien, comme le font souvent les mères, Joan n’arrive plus à écrire. Devenue mère et épouse avant d’être écrivaine, il lui faudrait pour se réaliser pleinement plus de calme et de sérénité. Alors elle privilégie son rôle de mère au détriment de ses passions, ses envies, ses aspirations. Pourtant en cachette, elle réussit à s’évader et à créer son premier grand roman.

Jusqu’au jour où… c’est la trahison, l’abandon et la fin du rêve éveillé, ce rêve de réussite et de retour à l’écriture. Et la trahison est destructrice. A partir de là, les coutures commencent à craquer, la famille explose, le fils génial part au bout du monde, l’ainé se terre et coupe les ponts. Joan part seule se ressourcer à Katmandou. Elle va enfin le faire ce voyage qu’elle avait reporté d’année en année, pour tenter de se trouver au bout du chemin, pardonner, avancer. La rencontre avec les autres – femmes, religion, méditation – va lui permettre d’avancer sur le difficile chemin qu’il lui reste à parcourir.

Ce premier roman est un portrait de femme à la fois terriblement ambitieux – plus de six cent pages tout de même – et vraiment étonnant. L’auteur nous entraine sur plusieurs dizaines d’années de la vie de Joan Ashby. Cette jeune femme embrasse la maternité presque contre son grès, parce que les conventions, les convenances, parce que le mari, les traditions, mais certainement pas par véritable désir intime, comme c’est trop souvent le cas encore aujourd’hui.

J’ai aimé également cette intéressante approche sur la difficulté pour un enfant de trouver sa place et de forger sa personnalité dans une famille où chaque membre est surdoué, chacun ayant des spécialités si écrasantes, si évidentes, qu’il faut trouver le moyen de devenir soi.

A sa vie se mêlent ses différents écrits, ses nouvelles, son romans, puis le récit de son fils, comme des boites que le lecteur va ouvrir à mesure pour comprendre et appréhender toute la complexité de ce personnage, des relations humaines, de la difficile acceptation de la vie familiale. Il faut du talent pour donner un style différent aux écrits qui se suivent ; parfois un peu difficiles à suivre, mais les différentes polices utilisées aident bien à la compréhension. Ça foisonne, c’est dense, et ce gros pavé est un vrai plaisir de lecture, à la fois original, singulier, humain, il parle à chacun d’entre nous.

Citation : Elle comprend qu’elle vivait comme cousue de l’intérieur depuis très longtemps et que les coutures commencent à craquer.

La résurrection de Joan Ashby, par son approche un peu iconoclaste de la maternité m’a fait penser au roman Amour propre de Sylvie Le Bihan que j’avais également beaucoup aimé, pour cette vision qui dérange mais qu’il est primordial d’exprimer.

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carole Hanna

Joan Ashby a toujours voulu devenir écrivaine et a établi très tôt quelques préceptes de vie pour mettre toutes les chances de son côté : « Ne pas perdre de temps », « Écrire tous les jours », et surtout « Ne jamais avoir d’enfants ». Elle touche au but à 23 ans et devient la nouvelle sensation de la scène littéraire new-yorkaise avec un premier recueil de nouvelles singulières. Mais elle fait un premier pas de côté en épousant Martin, puis découvre avec effroi qu’elle est enceinte. Elle prend alors une décision fatale à sa carrière et s’efface dans une vie de famille non préméditée. Mère de deux fils diagnostiqués précoces, Joan laisse filer les années. Sur le point de renouer enfin avec la vie qu’elle a mise en suspens, une trahison aux proportions shakespeariennes va l’acculer à questionner tous les choix qu’elle a faits…

Sélectionné par le PEN/Robert W. Bingham Prize for Debut Fiction, La Résurrection de Joan Ashby est le premier roman de Cherise Wolas, par ailleurs productrice de cinéma. Native de Los Angeles, elle vit aujourd’hui à New York et a publié en 2018 son deuxième roman, The Family Tabor.

Parution le 22 janvier 2020 / 624 pages / Prix : 23.90€

Mémé dans les orties, Aurélie Valognes

Humour, mauvaise humeur et tendresse, rencontre avec un grand-père acariâtre et attachant

Vous voulez passer un agréable moment, découvrez donc Aurélie Valognes, auteur de best-sellers qui font du bien. Depuis le temps qu’il était dans ma bibliothèque, prêté maintes fois, et jamais encore lu !

Ferdinand Brun a 83 ans, sa femme l’a quitté pour le facteur. Il espérait qu’elle reviendrait vers lui, mais voilà, maintenant qu’elle est décédée, c’est fichu. Aujourd’hui, Ferdinand vit dans l’appartement de son ex-femme, qui appartient à Marion, sa fille installée avec son petit-fils à Singapour.

Dans l’immeuble il n’y a que des voisines et une concierge méchante à souhait qui fait tout pour pourrir la vie de Ferdinand. Il faut dire qu’il ne fait rien pour se faire aimer non plus. Il vit seul et cela convient parfaitement à ce solitaire, taiseux, ronchon. Depuis que Daisy, sa chienne adorée a disparu  il n’a plus le goût à rien. Il souhaite simplement en finir rapidement avec la vie.

Mais un jour, une jolie petite Juliette, gamine surdouée et terriblement attachante, vient sonner à sa porte pour déjeuner avec lui, parce que là c’est tellement mieux qu’à la cantine. Puis un autre jour Ferdinand a besoin de l’aide de Madame Claudel qui habite juste en dessous. Peu à peu, au contact de ses voisines, qui sait s’il ne va reprendre goût à la vie. Ce retour progressif à l’envie de vivre pour Ferdinand est un généreux  moment de lecture. Plein de fraicheur, de gentillesse, de rires et de bonheur à partager entre les différentes générations, une lecture qui fait du bien au moral.

Catalogue éditeur : Le livre de Poche

Ferdinand Brun, 83 ans, solitaire, bougon, acariâtre – certains diraient : seul, aigri, méchant –, s’ennuie à ne pas mourir. Son unique passe-temps ? Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pêche, lavande ou abricot. Son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la résidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d’escampette, le vieil homme perd définitivement goût à la vie… jusqu’au jour où une fillette précoce et une mamie geek de 93 ans forcent littéralement sa porte, et son cœur.
Un livre drôle et rafraîchissant, bon pour le moral, et une véritable cure de bonne humeur !

264 pages / Date de parution : 09/03/2016 / EAN : 9782253087304 / Prix : 7,20€ / Éditeur d’origine : Michel Lafon