La grande Aventure, Victor Pouchet

Et si « La grande Aventure » du couple et de la vie était finalement un long poème…

Quel plaisir de lecture ce court recueil de Victor Pouchet, préface d’Hervé Le Tellier, publié par les éditions Grassert.
Parce que la poésie n’est jamais ridicule, qu’il suffit parfois d’aller à la ligne et que lire ou écrire un poème par jour peut nous rendre heureux.

Elle et lui, lui sans elle qui le quitte, elle et lui, elle sans lui qui doit partir, la vie, chaque jour, faite de petits riens, des promenades dans un sens ou dans l’autre, la montagne, la cuisine, le jardin, les souvenirs, les moments paisibles, ceux que l’on passe loin de l’autre, ceux que l’on partage, ceux que l’on voudrait tant vivre à deux. C’est l’attente, l’espoir, l’amour, le silence, les mots et les regards que l’on pose ensemble sur la vie, les joies et la tristesse, le quotidien.
Quand ce quotidien somme toute banal devient poésie et humour, solitude et retrouvailles, partage et échange.
Une poésie résolument moderne qui emprunte aux réseaux, téléphone et emoji sans que cela paraisse incongru ou déplacé.

Catalogue éditeur : Grasset

« Le fil c’est peut-être une histoire très simple : tragi-comédie en cinq actes et deux personnages. L’un régulièrement menace de partir. L’autre se contente d’écrire des poèmes, dans l’espoir absurde de l’en empêcher. »

Dans ce roman-poème, Victor Pouchet déroule en vers une histoire d’amour et d’amitié à la fois bouleversante et légère. Celle d’un homme et d’une femme qui se rencontrent, se quittent et se retrouvent. Et des petites et grandes aventures que la vie leur offre – réservoir de joies et batailles inédites. Avec humour, grâce et musique, Victor Pouchet nous emporte dans un livre plein de trésors et de simplicité. Une grande aventure.

Parution : 6 Octobre 2021 / Pages : 160 / EAN : 9782246829539 prix 14.50€ / EAN numérique: 9782246829546 prix 9.99€

La bonne chance, Rosa Montero

Trouver le bonheur au milieu de nulle part, un roman lumineux à l’inventivité vivifiante

Alors qu’il est dans le tain pour donner une conférence à Cordou, un homme découvre par la fenêtre du wagon un village sinistre et désolé ; un balcon abandonné, une affiche indiquant à vendre, et le voilà qui descend à l’arrêt suivant, fait demi-tour et vient s’installer à Pozonegro.

Que se passe-t-il dans sa vie pour qu’il plante tout là, sur un coup de tête, et campe dans un appartement vide. Est-il coupable de quelque atrocité, est-il en fuite, recherché ? C’est la question que se posent tous ceux qui le côtoient, ceux qui lui ont vendu quelques mètres carrés dans cet immeuble sinistre sans comprendre son geste. À l’étage en dessous vit Raluca. La jeune femme est caissière au Goliat, l’un des seuls commerces du village, bavarde, célibataire, elle n’a pas sa langue dans la poche et a le cœur sur la main. Attendrie par ce beau gosse totalement paumé, elle décide de l’aider.

Cet homme mystérieux est en fait Pablo Hernando, un architecte reconnu de ses pairs, et attendu impatiemment par ses équipes à Madrid. Décidé à ne pas sortir de ce trou perdu, à ce que personne ne le retrouve, il utilise l’argent qu’il a sur lui pour vivre sans laisser de trace. Avec l’aide de sa voisine, il trouve même un emploi au Goliat. De quoi tenir sans faire de vague ni se faire remarquer. C’est un mystère ambulant qui intrigue tous ceux qu’il rencontre, et fait s’agiter ses collaborateurs qui le cherchent désespérément.

Il semble évident qu’il fuit un passé, quelqu’un qui lui veut du mal, et l’on comprend peu à peu de qui il s’agit. Pendant ce temps, alors qu’il est de prime abord rebuté par le look, le flot incessant de paroles, l’extravagance et l’attitude de Raluca, il s’en rapproche insensiblement. Peu à peu, la noirceur qu’il rejette vient perturber son quotidien, et l’on découvre de sombres groupes néonazis, des bandits de carnaval, des allusions à l’enfance maltraitée et au silence des témoins, et ce fils qu’il fuit encore plus que toute autre chose.

Ce que j’ai aimé ?

Découvrir un roman choral très attachant. Tour à tour, les différentes voix nous révèlent le passé des principaux protagonistes, dénouant les liens entre eux, le pourquoi de la fuite et du silence. Elles mettent en exergue ces moments où l’on se pose des questions sur son avenir, sur ce que l’on a fait de sa vie, sur sa propre utilité. Il en faut du temps et de l’énergie, ou au contraire une sacré dose de lâcher prise pour faire fi des apparences et des à priori, et vivre pleinement la vie que l’on souhaite. Un roman optimiste et empli d’espoir.

Le rythme très prenant, les chapitres courts, les personnages auxquels on s’attache immédiatement malgré leurs défauts, leurs silences, leur mystère. Au milieu de cette noirceur, et de ce paysage désolé d’une Espagne hors du temps, la bonté, la gentillesse, et le sens du partage éclairent ces pages, le lecteur a très envie de rencontrer Raluca, d’aider Pablo. Si beaucoup de sujets sont abordés, j’ai cependant apprécié cette réflexion sur nos choix de vie, notre façon de juger l’autre sans le connaître et souvent uniquement sur les apparences, qui éclaire d’un beau rayon de soleil le bout du chemin.

Catalogue éditeur : Métailié

Traduit par : Myriam Chirousse

Qu’est-ce qui pousse un homme à descendre d’un train à l’improviste et à se cacher dans un village perdu ? Il veut recommencer sa vie ou en finir ? Il fuit quelqu’un, ou quelque chose, peut-être lui-même ? Le destin l’a conduit jusqu’à Pozonegro, un ancien centre minier à l’agonie. Devant chez lui passent des trains qui peuvent être son salut ou sa perte, tandis que ceux qui le cherchent sont à l’affût.
Mais dans ce lieu maudit, où tout le monde a un secret, certains plus obscurs et dangereux que d’autres, cet homme rencontre des gens comme la lumineuse et généreuse Raluca, peut-être un peu cinglée aussi, qui croit que la joie est une habitude.
Une intrigue ensorcelante, d’une précision d’horlogerie, dévoile peu à peu le mystère de cet homme et, ce faisant, explore nos pulsions : la peur, la culpabilité, la haine et la passion.

Rosa Montero nous parle du Bien et du Mal, elle écrit un roman vivifiant et lumineux qui met l’amour, l’espoir et la rédemption au premier plan. La plume de Rosa Montero est un heureux antidote contre les temps qui courent.

Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle entre au journal El País où elle est aujourd’hui chroniqueuse. Best-seller dans le monde hispanique, elle est l’auteur de nombreux romans, essais et biographies traduits dans de nombreuses langues, parmi lesquels La Fille du cannibale (prix Primavera), Le Roi transparent et L’Idée ridicule de ne plus jamais te revoir.

ISBN : 979-10-226-1149-7 / paru le 02/09/2021 / Pages : 288 / Titre original : La buena suerte

Premier amour de Samuel Beckett, Théâtre La Croisée des Chemins 

La scène s’ouvre sur un guitariste faiblement éclairé, il accompagne un acteur assis sur un escabeau ; vêtu d’un antique pardessus et de godillots il a tout du clodo pensif et vieillissant.

Son long monologue nous entraîne dans le souvenirs d’une vie solitaire et égoïste. Il évoque d’abord la grande maison de son père dans laquelle il est resté jusqu’à ses vingt-cinq ans. Puis jeté dehors au décès de ce dernier, il squatte les maisons désaffectées ou le cimetière dans lequel il aime venir manger ses bananes et son sandwich.

Enfin il évoque la rencontre prépondérante de sa vie, qui l’a pourtant bien peu bouleversé, avec une femme seule qui vit dans un appartement avec deux chambres. Là, égoïste encore, il s’installe et profite de ce qu’elle peut lui offrir sans pour autant donner en retour ni amour ni sentiment. Jusqu’au jour où il fuit devant les responsabilités, celles que donne à tout homme un enfant à naître. Et c’est à nouveau la cloche, la rue, les tombes et les odeurs de macchabée qu’il sent sourdre de sous la terre. Une vie totalement ratée, uniquement tournée vers lui, cet homme aux remarques acerbes et acides qui fait fi du bonheur et de l’amour des autres.

Dans cette pièce, tout est principalement basé sur le jeu de l’acteur. Pas de décor, un chapeau, un escabeau qui fait aussi office de chaise. Tout est dans le geste, le dos voûté, le regard larmoyant, le bonnet sous le chapeau et la tenue pitoyable de cet homme qui n’inspire aucune pitié. Une véritable performance, un regard, des intonations, des gestes mesurés, et l’arrogance du personnage, sa singularité, sa vie ratée qui transpirent à chaque phrase.

Ne vous attendez pas à une belle historie d’amour, ce n’en est pas une. C’est l’histoire d’un homme qui… mais allez donc voir par vous même pour découvrir cette nouvelle de Samuel Beckett mise en scène par Jean-Pierre Ruiz.

Durée : 1h15
Production : Vol de nuit
Direction : Jean-Pierre Ruiz
Interprétation : Jean Michel (Illustration musicale : Roland Gomes)

Quoi : Histoire d’amour calamiteuse (et l’éternelle fuite) d’un vieux garçon égoïste avec une prostituée, qui l’installe chez elle et se déclare très vite enceinte de ses œuvres. Mais pourquoi ce vagabond, qui aime tant manger son sandwich et sa banane sur les tombes, qui répugne à se déshabiller et adore les vases de nuit, ressasse-t-il sans fin son histoire d’amour ? Un voyage dans les méandres doux-amers, tragi-comiques d’une vie ratée.

Où : Théâtre de la Croisée des chemins, La Salle Paris-Belleville : 120 bis, rue Haxo, 75019 Paris – Métro : Télégraphe. C’est une salle intimiste où le spectateur est placé à quelques mètres à peine des comédiens

Quand : Les mercredis et jeudis à 21h jusqu’au 28 oct. 2021

Les cœurs inquiets, Lucie Paye

Un beau roman qui déborde d’amour et d’espoir

Lui, artiste peintre qui excelle dans les paysages sans aucun personnage, a quitté l’île Maurice pour Paris. Son galeriste envisage une nouvelle expo en septembre, mais est-il capable de répondre à cette exigence.
Son inspiration du moment ? Une femme, pas un modèle, pas une amoureuse, pas une voisine, mais une femme surgie des limbes de son imaginaire sans qu’il arrive à comprendre l’urgence qui s’est emparée de lui.

Elle, on le comprend vite, est malade. Elle saisi les moments de sérénité et de lucidité qu’il lui reste pour écrire à l’amour de sa vie qui a disparu depuis si longtemps.
Qui est-il cet homme qu’elle a cherché pendant tant d’années, que veut-elle de lui, et pourquoi a-t-il disparu ?

Lui et elle, vont-ils être deux destins parallèles ou leurs trajectoires vont-elles se croiser un jour ?

Ce que j’ai aimé ?

L’auteur nous propose des tranches de vie qui émeuvent et bouleversent, mais qui en même temps nous procurent un sentiment de sérénité.
Ces lettres qui débordent d’amour, de regrets, mais qui sont tellement positives et généreuses envers celui qui devrait les recevoir. L’amour d’une mère, absolu et définitif.
Les secrets de famille et les silences qui détruisent inexorablement ceux qui les acceptent.
Cet homme qui trouve une inspiration dans une femme inconnue qui le bouleverse sans qu’il en connaisse la raison. La force de amour filial suggérée ainsi.
Cet amour de l’art et de la peinture qu’ils ont en commun, cette façon qu’à l’auteur de distiller la beauté des œuvres et de nous en faire apprécier le beauté et à parfois le sens.

Un premier roman particulièrement réussi que l’on n’arrive pas à lâcher avant la fin.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Gallimard

«J’ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L’espoir m’a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd’hui. Mille fois mon cœur a bondi en croyant t’apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain. Le jour où je te reverrais.»

Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.

Parution : 05-03-2020 / 52 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072847301 / 16,00 €

Malamute, Jean-Paul Didierlaurent

Embarquer dans la blancheur glacée de l’hiver pour un voyage dans le temps

La neige est là, et avec la neige arrive Basile, qui passe les mois d’hivers à Valjoux sur une des dameuses de la station. Pour une fois, il n’a pas eu à chercher un logis, ni à se contenter du réduit qu’il occupait les années précédentes. Il va partager la maison d’un lointain parent, trop âgé pour rester seul. Sa fille a tout organisé pour que Germain puisse rester chez lui. Basile gardera un œil sur ce vieil homme acariâtre et revêche.

Dans l’équipe des dameurs Emmanuelle, une nouvelle venue, dame le pion à tous les anciens et s’approprie, grâce à son talent, l’engin le plus convoité ; c’est aussi la voisine de Germain.

Lorsque ce dernier la rencontre, il laisse affleurer à sa mémoire de bien beaux mais aussi de bien noirs souvenirs, réminiscences d’une époque révolue. Les voisins avaient été baptisés les Ruskoffs par tout le village, car on se méfie toujours de ceux que l’on ne connaît pas.

Paulina Radovic, si blonde, si timide, si belle. Celle dont on découvre le journal écrit en 1976, l’épouse de Dragan. Lui, fort, dur, ancien légionnaire, avait un rêve fou, obsessionnel, conduire les touristes à bord de son traîneau tracté par ses malamutes, de superbes chiens qui pourtant inquiètent les villageois. Mais rien ne s’est passé comme ils espéraient.

Ce que j’ai aimé ?

L’ambiance, à la fois oppressante et majestueuse dans cette blancheur qui envahit le paysage.
Les personnages, des hommes et des femmes qui pourraient être nos voisins, Germain, Basile ou Emmanuelle, mais aussi Françoise ou encore le curé et ses processions, un écheveau de relations humaines où le meilleur côtoie le pire sans que cela paraisse incongru.
Des situations en apparence simples et banales où parfois se cachent de noirs secrets comme sait si bien les décrire Jean-Paul Didierlaurent, à hauteur d’homme, au plus près de la réalité du quotidien.

L’auteur nous entraîne par son écriture à la fois humaine et irréelle, surtout lorsqu’un brin de magie vient bousculer ses personnages, entre les bêtes malfaisantes et les souvenirs du passé, entre le sortilège de l’amour et le triomphe de hommes sur la nature parfois étouffante et dévastatrice, tout y est et on se régale.

Catalogue éditeur : Au Diable Vauvert

Jean-Paul Didierlaurent vit dans les Vosges. Nouvelliste lauréat de nombreux concours de nouvelles, deux fois lauréat du Prix Hemingway, son premier roman, Le Liseur du 6h27, connaît un immenses succès au Diable vauvert puis chez Folio (370.000 ex vendus), reçoit les prix du Roman d’Entreprise et du Travail, Michel Tournier, du Festival du Premier Roman de Chambéry, du CEZAM Inter CE, du Livre Pourpre, Complètement livres et de nombreux prix de lecteurs en médiathèques, et est traduit dans 31 pays. Il est en cours d’adaptation au cinéma. Jean-Paul Didierlaurent a depuis publié au Diable vauvert un premier recueil de ses nouvelles, Macadam, Le Reste de leur vie, roman réédité chez Folio, et La Fissure.

Format : 130 X 198 / Parution : 2021-03-11 / pages : 368 / EAN-ISBN : 979-10-307-0419-8

Les jours brûlants, Laurence Peyrin

Jusqu’à quel point peut-on fuir lorsque les certitudes s’effondrent ?

Joanne est une femme, une mère et une épouse comblée. Elle a rencontré son mari alors qu’elle était encore étudiante, et le mariage a été un peu précipité par la naissance de leur fille, mais le couple qu’elle forme avec Thomas est toujours aussi fusionnel.

En 1976 à Modesto, en Californie, la vie s’écoule paisiblement lorsque l’on n’a aucun soucis d’argent, un mari attentionné et des enfants que l’on aime et qui vous le rendent bien. Même si sa fille est entrée dans sa période d’ado contestataire et critique souvent sa mère, l’entente dans la famille est forte et l’ambiance y est sereine.

Un jour Joanne est violemment agressée par homme qui lui dérobe son sac. Les insultes, les coups qu’elle reçoit sont un choc. Son monde de bisounours s’effondre, la vie en rose prend des airs noirs et menaçants. La violence est à sa porte et la pousse à se remettre en question. Très choquée et blessée, et malgré le fait que son mari tente de l’aider, Joanne se mure dans le silence. La perte de confiance en elle prend peu à peu toute la place. Elle dérive, seule, muette, terrassée par cette violence gratuite qui fait voler en éclat toutes ses certitudes.

Le temps de se ressaisir viendra, c’est du moins ce que l’on pense autour d’elle. Mais son mutisme, son refus d’accepter sa situation, l’entraînent loin de sa famille aimante et protectrice. Jusqu’au jour où elle disjoncte et s’enfuit sans donner de nouvelles.

Voilà une intrigue étonnamment bien construite. Si au début j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans la tête de Joanne, à comprendre ses réactions pour le moins inattendues et excessives, peu à peu, je me suis glissée auprès d’elle avec l’envie de la consoler, de la rassurer, de l’aider. Bien qu’elle refuse obstinément les mains tendues… Mais jusqu’à quel point peut-on fuir les siens, abandonner ses enfants lorsque l’on est une mère, se réfugier dans le déni…

Une fois de plus, Laurence Peyrin campe un personnage de femme forte qui se bat seule contre les obstacles qui viennent se mettre en travers de sa route jusqu’à retrouver sa propre intégrité. Un récit au final lumineux et positif.

Catalogue éditeur : Calmann-Levy

À 37 ans, Joanne mène une vie sereine à Modesto, jolie ville de Californie, en cette fin des années 1970. Elle a deux enfants, un mari attentionné, et veille sur eux avec affection.
Et puis… alors qu’elle rentre de la bibliothèque, Joanne est agressée. Un homme surgit, la fait tomber, l’insulte, la frappe pour lui voler son sac. Joanne s’en tire avec des contusions, mais à l’intérieur d’elle-même, tout a volé en éclats. Elle n’arrive pas à reprendre le cours de sa vie. Son mari, ses enfants, ne la reconnaissent plus. Du fond de son désarroi, Joanne comprend qu’elle leur fait peur.
Alors elle s’en va. Laissant tout derrière elle, elle monte dans sa Ford Pinto beige et prend la Golden State Highway. Direction Las Vegas.
C’est là, dans la Cité du Péché, qu’une main va se tendre vers elle. Et lui offrir un refuge inattendu. Cela suffira-t-il à lui redonner le goût de l’innocence heureuse ?

EAN : 9782702165645 / Prix : 20.50 € / Pages : 324 / Format : 136 x 216 mm / Parution : 27/05/2020

Avant le jour, Madeline Roth

Quand le voyage amoureux devient voyage intérieur

Elle a bientôt quarante ans, un amant plus jeune qu’elle, un enfant déjà adolescent. Divorcée alors que son fils Lucas n’était encore qu’un bébé de quelques mois, il a aujourd’hui treize ans. Elle a choisi de vivre seule, mais aujourd’hui elle attend Pierre. Pierre l’amant qui part toujours trop vite mais qui lui a promis ce long week-end en Italie. Partir à Turin tous les deux, comme un cadeau, une parenthèse.

Pourtant, il ne viendra pas, il reste auprès de sa femme qui vient de perdre son père. Alors, que faire, rester seule chez elle en sachant qu’il ne viendra pas ou partir sans lui pour rencontrer la ville qui devait abriter leur amour, pour s’y rencontrer elle-même.

Alors elle part, seule dans ce train, seule dans le lobby de l’hôtel, dans la chambre, les églises et les musées qu’ils auraient pu arpenter à deux, seule surtout avec ses interrogations, avec cette introspection utile et bienvenue. Qu’est-ce que l’amour, est-ce raisonnable d’attendre un homme que l’on n’aura jamais à soi, et pourquoi faut-il divorcer, pourquoi partir et se priver de son fils une semaine sur deux, le priver aussi de cet autre parent qui forcément va lui manquer.

Les questions arrivent au rythme de ses pas dans la ville qu’elle découvre, mais aussi au fil des souvenirs qui s’égrainent, quatre ans déjà avec Pierre, cet homme qu’elle aime même s’il ne sera jamais à elle.

Un court roman qui dit l’amour, l’attente, les questions que l’on se pose lorsque l’on voit filer les années et que l’on ne sait pas si l’on a fait les bons choix, les questions que l’on se pose aussi quand on comprend que l’on est exactement à la place où on souhaite être. Raconter et vivre l’amour interdit avec des mots simples et sincères, pour nous le faire comprendre et partager. Un premier roman lucide et vrai tout en finesse.

Lire également l’avis de The Fab’s blog

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La fosse aux ours

La narratrice avait prévu un court voyage à Turin avec son jeune amant. Au dernier moment, celui-ci annule sa participation pour raison familiale. Elle se retrouve seule dans la capitale du Piémont. Le voyage amoureux se transforme en un voyage intérieur qui lui permet de faire le point sur sa vie.

Date de parution : 07/01/2021 / EAN : 9782357071643 / pages 64

Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Une lecture aussi émouvante qu’addictive

Émotion, tendresse, rage, tristesse, joie et bonheur de voir comment Kya, la fille des marais, réussi à vivre malgré l’abandon de Ma, puis de ses frères et sœurs et enfin de Pa.
Comment avec l’aide de Tate elle réussit à apprendre à lire, elle qui vit seule dans sa cabane sans eau ni électricité au bout des marais de Caroline du Nord. La sauvageonne que tous craignent sans jamais chercher à la connaître est une fleur qui s’épanouit au contact de la faune et de la flore de ces marais qu’elle connaît mieux que quiconque.
Ce roman est vraiment magnifique, et totalement addictif. On aime tout de suite cette émouvante et attachante fille des marais. Et on n’a pas envie de la quitter.

La voix de Marie du Bled est juste, précise. Jeune quand Kya est enfant, dure quand on s’adresse à elle, triste ou lourde de remords ou de regrets après les épreuves et les abandons, mais toujours forte et déterminée. Une voix en véritable symbiose avec le personnage principal et ceux qui gravitent autour d’elle.
Et surtout, cette lecture audio permet de prendre encore mieux la mesure de la beauté de l’écriture et de la précision de l’auteur lorsqu’elle décrit la nature omniprésente, sauvage, protectrice et le plus souvent si belle.
C’est un grand plaisir de lecture, et je dois dire que si j’avais déjà lu ce roman lors de sa sortie, j’en ai apprécié ici toute la beauté et la finesse grâce à cette version audio.

Retrouvez ma première chronique de ce roman ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib

Un livre audio lu par Marie du Bled. Traduit par Marc Amfreville

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
Une héroïne autodidacte et passionnée, une peinture saisissante de la beauté des marais, et une enquête à suspense digne d’Agatha Christie font de ce roman un véritable page-turner.
Un premier roman phénomène qui a conquis des milliers de lecteurs dans le monde entier.

Éditeur d’origine : Le Seuil
Date de parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 11h18 / Prix public conseillé: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 381 / Poids CD 2 (Mo): 551 / EAN Physique: 9791035403614

Les mal-aimés, Jean-Christophe Tixier

Un roman noir qui nous entraîne aux confins des Cévennes au début du XXe siècle


En février 1884, le bagne pour enfants situé dans les hauteurs du village a enfin été fermé et vidé de ses occupants. Ces pauvres gamins coupables de bien dérisoires larcins ont subit pendant des années les violences répétées de leurs gardiens. Seuls les rescapés de ces terribles années de détention on pu en sortir.

Des années plus tard, de dramatiques incidents se produisent chez ceux qui furent un temps leurs geôliers. Incendie de meules et de récoltes, troupeau de chèvres décimé, accident, morts violente. Rien n’est épargné aux habitants de ce coin reculé de la montagne.

Et si les spectres des enfants étaient revenus pour les venger ? Et si le diable avait décidé de reprendre ce qui avait été donné ? Le lecteur va suivre au fil des chapitres Blanche et son oncle, Jeanne et Léon, Étienne, le Gerfaut, Ernest, la Cruère qui tente d’élever les gamins tout droit arrivés de l’hospice mais qui ont si peu de chances de s’en sortir, Morluc le médecin de retour au pays avec ses lourds secrets et ses regrets, chacun à sa façon évoque les sortilèges dans cette région oubliée du monde des vivants. Chacun porte en lui une partie du malheur de la vallée, les actes délictueux, la violence, la solitude, l’emprise ou la soumission. Certains savaient mais aucun n’a parlé, aucun n’a tenté d’arrêter la spirale de la violence et chacun se demande pourquoi on vient aujourd’hui leur demander justice.

Chaque chapitre s’ouvre sur des extraits véridiques et tous aussi dramatiques les uns que les autres, de registres d’écrou d’enfants incarcérés dans la maison d’éducation surveillée de Vailhauqués, à cette même période. Quelle triste constatation, lorsque l’on commence à regarder les faits jugés, puis les dates de naissance et de mort de ces gamins, décédés pour la plupart dans les deux ans après leur entrée au bagne et bien avant leur douze ou treize ans.

Une grande tristesse et beaucoup de noirceur se dégagent de ce roman au fil des pages. C’est pourtant une lecture addictive qui nous incite à sonder la noirceurs des âmes de ces paysans silencieux, reclus sur leurs terres que l’on imagine si loin du monde des vivants.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Albin-Michel

1884, aux confins des Cévennes. Une maison d’éducation surveillée ferme ses portes et des adolescents décharnés quittent le lieu sous le regard des paysans qui furent leurs geôliers. Quand, dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’événements étranges se produit, chacun se met d’abord à soupçonner son voisin. On s’accuse mutuellement du troupeau de chèvres décimé par la maladie,  des meules de foin en feu, des morts qui bientôt s’égrènent… Jusqu’à cette rumeur, qui se répand comme une traînée de poudre : « Ce sont les enfants qui reviennent. »

Porté par une écriture hypnotique, le roman  de Jean-Christophe Tixier, peinture implacable d’une communauté minée par les non-dits, donne à voir plus qu’il ne raconte l’horreur des bagnes  pour enfants qui furent autant de taches de honte dans l’histoire des XIXe et XXe siècles.

Jean–Christophe Tixier est né en 1967. Il vit actuellement entre Pau et Paris. Créateur du salon polar de Pau « Un Aller-Retour dans le Noir », il est également un auteur jeunesse reconnu (une vingtaine de titres salués par la critique). Son premier roman, Les mal-aimés, Prix Transfuge du meilleur polar français 2019, a été remarqué par la presse.

312 pages prix 7,70€ / Date de parution : 02/09/2020 / EAN : 9782253241621

Albin Michel Prix 19.50 € / 27 Février 2019 / 140mm x 205mm / 336 pages / EAN13 : 9782226436726

Les grandes occasions, Alexandra Matine

Famille je vous hais, famille je vous aime. Peut-on recréer le lien d’un famille désunie ?

Esther attend. Elle attend les enfants, les petits enfants pour un déjeuner de famille en ce samedi d’été. Car Vanessa la petite dernière, celle qui vit là-bas loin en Australie est de passage à Paris. Ce déjeuner, cette réunion de famille elle l’espère depuis si longtemps. Elle n’aime rien tant que de les voir tous, la fratrie, Reza son mari, et les petits enfants qui ont déjà bien grandi réunis pour les grandes occasions.

Pourtant, depuis le mariage de Bruno, plus jamais elle n’a réussi à les rassembler. Esther la silencieuse tente depuis toujours de tisser le fil qui rapprochera les membres de sa famille, les fera s’apprécier, s’aimer. Sans y parvenir car jour après jour les fils se défont, les nœuds se cassent, les sentiments se délitent. Aujourd’hui, dans la chaleur étouffante, elle finit d’arranger les fleurs sur la table, d’organiser les chaises tout autour. Alors qu’elle ressent une douleur terrible à la tête, elle se remémore sa vie.

La jeune femme qu’elle était, légère, joyeuse et bondissante sur ses jolis souliers ; l’infirmière qui a rencontré Reza, un jeune médecin iranien venu étudier puis soigner en France. Mais cet étranger à l’accent si prononcé dont personne ne veut devra soigner lui aussi les étrangers pour s’imposer dans ce milieu fermé. Il n’aura dès lors qu’une obsession, réussir sa vie, se faire une place, gagner assez pour permettre à ses enfants de vivre correctement. Comme une revanche à prendre sur la misère de son enfance.

Puis Carole, leur première fille, arrivée plus vite que prévu, Esther était encore bien jeune, avant que Reza n’ait réellement pris la dimension de son rôle de père. Puis Alexandre, le fils favori, petit chien savant exhibé avec fierté par son père. Alexandre n’aura jamais droit à l’amour de sa mère, trop occupée à compenser le manque d’intérêt paternel pour les autres, Bruno puis Vanessa la benjamine. Vanessa qu’elle imagine comme son dernier bonheur, son refuge, celle qui l’accompagnera dans sa vieillesse, qui la protégera et ne l’abandonnera jamais. Vanessa qui très vite, très jeune, la quitte pour aller vivre en Australie.

Reza est un mari peu attentionné, un homme dur qui n’a jamais ressenti l’amour d’un père pour ses enfants. Mais faut-il le lui reprocher, lui qui n’a jamais eu celui de ses parents ? Cet homme égoïste n’a ni les mots ni les gestes pour les siens. Esther non plus n’a jamais su unir cette grande famille qu’elle a pourtant désirée, dont les membres sont comme les maillons d’une chaîne concaténée au hasard des naissances mais jamais soudée par un amour quelconque, par les gestes ou les paroles qui soulagent, donnent, comprennent, protègent, expriment l’amour, la tendresse, l’attention.

Quelle est difficile et froide cette vie qui passe dans les souvenirs d’Esther, qu’elles sont violentes les rancœurs qui animent les membres de cette famille, les différences qui les séparent. Et pourtant elle les aime tous, ces enfants et ces petits enfants qui la délaissent, la craignent, l’ignorent. Elle les appelle de toute son âme, de tout son cœur, avec ses silences, ses gestes retenus, ses mots étouffés par la crainte du refus, de la méfiance, de la solitude.

Un premier roman étonnant, où les mots, les souvenirs s’égrènent, révoltants, émouvants, désespérants, pour dire une vie vécue, des amours manqués, des silences qui emprisonnent les sentiments plus sûrement que des chaînes ou des barreaux. Pour dire la famille désunie. L’auteur a su créer une ambiance si particulière que le lecteur s’attache à Esther, pris entre la chaleur étouffante de cette journée d’été et la froideur et l’absence d’amour de cette famille.

Dans la même collection, on ne manquera pas de découvrir le roman Tant qu’il reste des îles, de Martin Dumont,

Un premier roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Les Avrils, Delcourt

Sur la terrasse, la table est dressée. Esther attend ses enfants pour le déjeuner. Depuis quelques années, ça n’arrive plus. Mais aujourd’hui, elle va réussir : ils seront tous réunis. La chaleur de juillet est écrasante et l’heure tourne. Certains sont en retard, d’autres ne viendront pas. Alors, Esther comble les silences, fait revivre mille histoires. Celles de sa famille. Son œuvre inachevable.

Paru le 6 janvier 2021 / ISBN : 978-2-491521-04-2 / Pages : 256 / Prix : 19 €