Nos vies. Marie-Hélène Lafon

Inspiré d’une nouvelle écrite précédemment par Marie-Hélène Lafon, « Nos Vies » est devenu le roman étonnant et émouvant que l’on découvre en cette rentrée littéraire.

DomiCLire_nos_vies_marie_helene_lafonJeanne marche, vit, se souvient. Elle observe les autres, chaque jour, mais surtout elle invente et imagine leurs vies, faites de rencontres, d’amours, de solitudes, de passés et surtout d’avenirs qu’elle rêve pour eux.

Dans la vie de Jeanne, il y a la voisine, et son fils, la pharmacienne, et ses clients, Karim, mais aussi ses frères et sœurs. Elle fait ses courses au Franprix de la rue du Rendez-vous. Là, il y a Gordana, la caissière aux seins généreux et au décolleté engageant, il y a aussi l’homme, qui chaque vendredi passe toujours à la caisse 4, la caisse de Gordana, tout comme elle.

Jeanne observe les autres, puis elle invente, leurs vies, leurs bonheurs manqués, leurs quotidiens à la banalité parfois consternante, avec beaucoup d’imagination. N’est-ce pas aussi un moyen d’occulter la banalité de son propre quotidien ?

Au passage, on la découvre peu à peu, solitaire, sans homme ni enfant, sans parents, une famille qu’elle voit de temps en temps, mais toujours par obligation, si peu par plaisir. Le mariage, puis le mari disparu, la vie sans enfants, la famille manquée, le travail pas toujours gai…autant d’instants, de souvenirs, qui sous un aspect parfois banal, montrent la futilité et le vide de son quotidien. Marie-Hélène Lafon nous dépeint là des solitudes urbaines, des destins figés, des histoires de vies à la tristesse sous-jacente pas toujours avouée, des rêves et des illusions, pour oublier un quotidien maussade et peut-être trop désespérant…

Avec des mots justes et simples, l’auteur nous entraine doucement dans son histoire. Elle nous enveloppe de souvenirs et parfois même de regrets, ceux du temps qui passe sans qu’on ne l’ait vraiment vécu, qu’elle distille par petites touches à priori légères, mais qui longtemps après la lecture vous laissent un goût étrange, avec cette envie de vivre à fond votre propre vie, pour être sûr de ne pas attendre le bonheur en vain et de ne rien manquer !


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

 « J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »

Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin… Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

 Littérature française / Date de parution : 17/08/2017 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 192 p., 15,00 EUR €  / ISBN 978-2-283-02976-3

La vie automatique. Christian Oster

A la fois loufoque et déroutant, « La vie automatique » de Christian Oster est un roman étrange qui porte un regard étonné sur la vie.

DomiCLire_la_vie_automatiqueJean a oublié d’éteindre le feu sous la casserole… Est-ce un oubli ? Un acte manqué ? En tout cas, Jean en profite pour abandonner aussitôt sa maison aux flammes qui doivent rapidement la consumer et faire envoler dans les cendres une vie, ses souvenirs, son passé…
Puis Jean s’en va, à la ville, ailleurs, vivre autrement.
Lui qui est acteur de seconde zone va devoir squatter quelque temps chez ses amis, trouver du travail, un moyen de vivre, survivre simplement. Il rencontre France Rivière, une actrice, et reste chez elle. Là, toutes sortes de péripéties vont lui arriver, qu’il va vivre de façon totalement imprévue, désordonnée, saugrenue même, comme porté par les autres, comme s’il n’avait plus de conscience ou d’envie, comme si la vie était aussi simple que ça…

Étrange voyage d’un homme qui renie un passé, qui est censé être parti en fumée avec sa maison, mais qui ne se construit pas pour autant un avenir. Il se laisse porter comme si la volonté, l’envie, le plaisir n’avaient plus de sens pour lui, ou de raison d’être. Quel roman désabusé, introspection d’un homme sans avenir, et tout d’un coup sans passé… On en sait pas forcément ce que Jean veut quitter, mais on comprend vite que la vie n’a plus vraiment d’importance, alors pourquoi cette fuite, pourquoi pas un départ plus définitif ? Voilà une drôle de façon de se demander ce que la vie nous apporte. Au final un roman étonnant qui nous pousse également à nous demander ce que nous attendons de cette vie…. et si cela nous satisfait.


Catalogue éditeur : éditions de l’olivier

Au départ, il y a l’incendie. Jean a oublié d’éteindre sous une casserole. Il en profite pour oublier aussi sa vie en abandonnant sa maison aux flammes. Acteur de séries B, il va désormais se contenter de survivre. La fiction devient son refuge, la vie elle-même une toile de fond.
C’est dans cette atmosphère de désenchantement qu’il rencontre France Rivière, une actrice encore célèbre qui lui propose de s’installer chez elle. Lire la suite…

Parution  02 février 2017 / 140 × 205 mm / 144 pages / EAN : 9782823608786 / 16,50 €

Trois saisons d’orage. Cécile Coulon

« Trois saisons d’orage », le dernier roman  de Cécile Coulon est beau comme un roman du siècle dernier, d’une écriture dense comme les paysages qu’elle évoque et rude comme la vie aux Trois-Gueules.

coulonUn lieu comme personnage principal, trois générations comme personnages secondaires, des vies qui passent comme décor, voilà une tragédie – car c’est ce qui est annoncé dans les toutes premières pages – à la fois classique et actuelle, étrangement intemporelle. Toute l’intrigue de ces Trois saisons d’orage se déroule aux Fontaines, un hameau de quelques âmes, jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. A ce moment-là, les frères Charrier vont ouvrir une carrière et permettre aux ouvriers de s’installer là et d’y vivre.

Aux fontaines la vie est paisible, mais elle est rude aussi, comme savent l’être les montagnes, dures comme la pierre, belles comme un lever de soleil, intenses et déchainées comme un ciel d’orage. Il peut même être difficile de s’y faire une place, car les paysans, les ouvriers, tous les natifs du coin ont du mal à accepter les nouveaux, ceux de la ville qui viennent là et ne rêvent que de cette vie paisible, dans ces paysages qu’ils croient pouvoir dompter, qu’ils imaginent pouvoir sculpter à leur image dans la pierre des maisons, des chemins, des montagnes.

André est médecin. Il s’est établi aux Fontaines, dans ce lieu hors du temps qui pourrait être une enclave dans une montagne rocheuse et escarpée, ce genre de lieux où l’on décide l’aller exprès, car aucune route ne le croise, aucun chemin ne le traverse. Il avait rencontré Élise à la ville. Elle y restera, mais de leur soirée arrosée est né un fils, Bénédict, qu’André élève aux Fontaines. Devenu médecin à son tour, Bénédict épouse Agnès, une autre fille de la ville qui adopte la solitude et le calme des Fontaines. Puis arrive la troisième génération avec leur fille Bérangère.

Si André est venu là, c’était pour soigner paysans et ouvriers, ceux qui travaillent aux carrières, et surtout ces enfants qui meurent si jeunes sans que nul médecin n’y puisse rien. Il y a fait sa vie, son fils aussi, qui après ses études a rejoint son père dans leur cabinet médical où passe  toute la population des Trois-Gueules.

Aux Fontaines, il y a aussi Maxime et surtout Valère, son fils. Paysans de père en fils, ils sont nés là, au milieu de leurs champs, parmi les vaches sur cette terre qu’ils connaissent si bien. Valère et Bérangère se rencontrent à l’école et comme une évidence ils savent qu’ils vivront ensemble et sont faits l’un pour l’autre. Bérangère est une native du pays, amoureuse d’un gars d’ici. Alors bien sûr tout le monde trouve normal qu’ils pensent déjà au mariage, même s’ils sont si jeunes.

Mais dans la vie de Bénédict et de Bérangère, il y a aussi Agnès, la mère, si belle, si magnétique, si inaccessible, que par elle ou pour elle, l’impensable peut arriver… Et c’est là tout l’art de Cécile Coulon, de faire jaillir de ce conte idyllique le drame que nul n’attendait. Difficile d’en dire plus sans trop en dévoiler.

Voilà un roman étrange dans lequel la force des sentiments est tout juste évoquée, car elle est surtout combattue par ceux qui les éprouvent, où l’amour est omniprésent alors qu’il est pourtant tenu secret, silencieux, rejeté, et surtout dévastateur. La force de l’indicible, le silence, l’amour plus fort que la volonté, la fidélité et le destin vont se jouer des personnages dans une fresque étonnamment classique. J’ai cru très souvent lire un roman du 19e alors que Cécile Coulon est une auteur si jeune et à l’écriture absolument contemporaine ! On se laisse vraiment emporter par cette histoire familiale.


Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Trois générations confrontées à l’Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.
Saga portée par la fureur et la passion, Trois Saisons d’orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s’étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n’y peuvent rien ; mais ils l’acceptent, car le reste du temps, elles sont l’antichambre du paradis.

Parution : 05/01/2017 / ISBN : 9782878583373 / Pages : 272 p. / Prix : 19€

Petites histoires pour futurs et ex-divorcés. Katarina Mazetti

Dans « Petites histoires pour futurs et ex-divorcés » Katarina Mazetti vient nous régaler avec les aventures de tous ces couples qui continuent leur route ou au contraire voient leurs chemins se séparer.

DomiCLire_Katarina_mazettiLe couple, Katarina Mazetti nous en parle régulièrement dans ces romans, celui qui se forme devant les tombes au cimetière, celui qui se déchire. En vingt-neuf nouvelles, toutes plus caustiques, originales, savoureuses les unes que les autres, elle fait le tour de ces moments forts d’une vie : séduction, amour, lassitude et désamour, infidélité, regrets, passion, tout y passe, c’est à la fois drôle et touchant. Katarina Mazetti fait le tour de ces tracas du quotidien qui font d’une vie à deux parfois un enfer. Les familles recomposées, le coût de la pension qui ampute sérieusement le bien être du nouveau couple, les vacances où l’on doit supporter les enfants d’un autre lit, le manque de place, le dentifrice sur le lavabo, et j’en passe, tout peut devenir prétexte à dispute, et faire passer les sentiments de l’amour à la haine. Mais il y a aussi tous ces moments où celui qui est seul, et qui bien souvent ne l’a pas souhaité, se retrouve en manque de cette moitié qui l’a abandonné. Difficile chemin de reconstruction, d’abord seul, puis à deux de nouveau.

Enfin, il y a tous ces petits riens que l’on fait pour faire plaisir à l’autre, qui deviennent des évidences, mais qui donnent parfois l’impression de ne plus penser à soi et laissent un goût amer qui perturbe souvent la vie de couple. Toutes ces petites choses qui plaisaient tant chez l’autre et qui deviennent au contraire source de ressentiment, que l’on ne peut plus supporter. Car enfin, être seul, c’est enfin vivre livre et être soi, réellement. A moins que ce ne soit qu’une illusion ?

Voilà donc une façon intéressante de nous montrer que tout n’est pas aussi simple, que la vie est loin d’être un fleuve tranquille, et que l’amour se construit au quotidien avec ses plaisirs et ses contraintes, pour le pire et le meilleur. L’écriture, et la traduction, en font un livre caustique à souhait mais agréable à lire pour passer un bon moment, à conseiller pour futurs et ex-divorcés comme pour tous les autres !


Catalogue éditeur : éditions Gaïa

On a toujours mille et une raisons de divorcer… et de le regretter !
Ces Petites histoires croquent avec délices les travers de chacun, la difficulté d’avoir envie des mêmes choses  AU-DELÀ de cinq ans de vie commune, l’exigence d’exister AUSSI comme individu.
Quelques portraits au vitriol : homme ou femme, divorcés, enfin seuls ! Enfin libres ! mais… libres de quoi, déjà ?
Car la vie est cruelle : une fois seul(e), pourquoi faut-il que ce qui nous agaçait le plus nous manque soudain ? Comme si le divorce était le meilleur moyen de se retrouver à gérer l’emploi du temps de 8 personnes une semaine sur deux…
C’est caustique et gouleyant, c’est Katarina Mazetti.

ISBN 978-2-84720-769-9 / 240 pages – 20 € / format 13×22 / Mai 2017

 

Le corps parfait des araignées. Franck Balandier

Dans « Le corps parfait des araignées » Franck Balandier nous fait rencontrer un fossoyeur et une thanatopractrice pendant un été de canicule où les morts se comptent par milliers, où les cadavres s’entassent dans des chambres froides,… Rencontre d’un autre type !

DomiCLire_le_corps_parfait_des_araignees.jpgOn s’en souvient, ou pas, mais l’été 2003 est resté dans les mémoires comme l’été de La canicule. Si les pouvoirs publics ont mis longtemps à le comprendre, les familles aussi sans doute, car les personnes âgées sont tombées comme des mouches, touchées par la déshydratation, la chaleur insupportable, le manque d’air, et certainement aussi par la solitude extrême, en particulier à Paris.  Et lorsque les cadavres ont été trop nombreux pour les multiples entreprises de pompes funèbres, il a bien fallu louer les entrepôts frigorifiques de Rungis.

Le lecteur va suivre deux personnages, lui, elle, chacun dans son immeuble, dans son appartement, de chaque côté de la rue, chacun regarde l’autre, en se disant que demain peut-être, chacun ressentant confusément quelque chose pour l’autre, mais demain, peut-être…Le récit est porté par la voix du narrateur, lui qui vient de quitter sa femme, il aime vivre seul et dans le silence, il rêve, tombe amoureux, hésite, attend, mais la vie attend-t-elle également ? Puis par sa voix à elle, qui vit seule, marquée par la vie, mais toujours en relation étroite avec la mort…

Deux vies en face à face, des morts qui partent en silence et dans l’indifférence générale, un bien étrange roman qui à le mérite de remettre les choses à leur vraie place, celle du temps qui passe, de l’idée que l’on se fait de l’autre, de l’idéal amoureux, de la vie, mais surtout de la mort ….


Catalogue éditeur : Éditions Félicia-France Doumayrenc

C’est l’histoire d’amour hautement improbable, cruelle et contrariée, de deux solitudes au cœur de l’été 2003, en pleine canicule. Maniant l’humour noir, la poésie et le suspense avec délectation, l’auteur nous emporte aux confins simultanés de la vieillesse et de la mort par des chemins littéraires détournés et nous livre au passage une étonnante réflexion sur le sens de l’existence.

Format 14×21 / 148 pages / Prix 15 euros / ISBN : 2372670255

Les herbes folles. Philippe Fréling

Dans « Les herbes folles », Une femme découvre et réinvente la vie. Philippe Fréling nous fait découvrir à sa façon la France de l’après-guerre et des années sombres de la guerre d’Algérie.

DomiCLire_les_herbes_folles.jpgElle est jeune mais cependant déjà mère d’un enfant, mariage arrangé par les mères, solitude et tromperie, la voilà déjà divorcée. Elle est ouvreuse au cinéma l’Eden et rêve d’ailleurs, de liberté, de légèreté. Là, de beaux militaires passent, lui surtout, celui avec qui elle va vivre des moments intenses, loin des contingences du quotidien, comme dans un rêve, dans une simple chambre d’hôtel. Ces instants hors du temps, que l’on vit sans se poser de question, sans réellement essayer de se connaitre, et qui pourtant sont aussi les prémices de l’amour naissant.

Il part, elle reste. Mais elle le sait, un deuxième enfant sera bientôt là, des lettres échangées, la guerre en Algérie, un frère qui la comprend, un mère qui élève ses enfants… C’est une jeune femme décidée, qui même une vie simple mais pas tranquille, et qui pourtant sait ce qu’elle veut, un mari, une famille, de enfants, les siens, avec lui. Alors malgré son innocence apparente, elle saura le joindre et le rejoindre, l’attendre et l’espérer pour enfin mener la vie qu’elle a décidé de mener.

Sous des airs parfois un peu mièvres, on apprécie cette écriture sobre qui décrit la vie, la pugnacité malgré la candeur, la réalisation d’un rêve, dans ces années de guerre où tout peut s’arrêter demain, où les règles ne sont plus écrites, où l’espoir pourrait être vain car la vie tient à si peu de choses. L’auteur plonge adroitement son lecteur dans ces années 50 / 60, difficiles, tourmentées, dans une province qui promet peu d’espoir d’avenir radieux, mais où l’on peut espérer un bout de ciel bleu à l’horizon. J’ai juste envie de dire que ça fait du bien au final, un peu de douceur !

Un extrait :

Dans une grange, sur des ballots de paille, en plein hiver… Tu ne pouvais pas attendre l’été ? Et puis, ce type, quel âge il a ? Si ça se trouve, il est marié, il se sera offert une jeunotte. Franchement, tu aurais pu trouver mieux …  Attendre l’été… Un petit gars du coin, un petit puceau…Vous auriez fait ça tous les deux pour la première fois, couchés dans le foin, avec le soleil pour témoin…


Catalogue éditeur : Denoël

Elle vit quelque part en province, dans la France des années 50, celle de la guerre d’Algérie. Elle connaît un premier homme, il lui fait un enfant. À cet homme on la marie. Il est absent, infidèle. Le divorce prononcé, la jeune femme laisse son enfant à sa mère, part travailler en ville. Ouvreuse dans un cinéma, un soir où on projette Johnny Guitar, elle fait la rencontre d’un deuxième homme. Il est militaire. Ils vont à l’hôtel, passent quelques nuits ensemble. Lire la suite

Littérature française > Romans et récits / Collection Romans français / Parution : 12-01-2017 / 208 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207136249

Une femme au téléphone. Carole Fives

Imaginez, vous êtes là, dans cette maison, et à côté de vous « Une femme au téléphone ». Et vous, petite souris, vous l’écoutez parler, pleurer, rire, vivre, espérer.  Vous y êtes ?

DomiCLire_une_femme_au_telephone.jpgAlors, comment dire, quand on voit ce téléphone Orange sur la couverture du roman de Carole Fives, forcément, ça donne envie de mieux la connaitre, cette « femme au téléphone ». Dès le début, nous voilà embarqués aux côtés de Charlène, soixante-trois ans, cette maman qui vit seule et affronte sa solitude en téléphonant à ses enfants, à ses amis. Et l’on commence à l’écouter, elle parle, séduit, cajole, rêve, espère, vit, demande, oublie, craint, désespère, se dispute, râle, pleure, dépérit…. D’une seul côté de la conversation, le lecteur découvre ses sentiments et ses désirs, ses colères et ses espoirs, sa maladie et ses joies, ses amis et ses enfants, et l’accompagne même quand elle change d’avis.

C’est la vie qui se déroule sous nos yeux, ou plutôt nos oreilles. La vie avec ses hauts et ses bas. Avec ses peines et ses joies, le couple, la fusion amoureuse, les disputes, la banalité du quotidien, le temps qui passe, la séparation, les griefs et les regrets, la recherche de l’autre, l’être parfait avec qui on rêve de faire un bout de chemin, qui protège et accompagne. Mais surtout avec les enfants qui sont là, qui grandissent, qui s’émancipent, qui partent puis reviennent au nid avec la génération suivante, leurs propres petits, ceux qui pleurent, qui braillent, qui rient, qui découvrent la vie, qui nous émerveillent et qu’on aime tant ! Et forcément, on s’imagine aussi à l’autre bout du fil, souffle coupé, indécis, attentif, triste ou gai, mais retenu prisonnier par les liens du cœur tissés par cette mère envahissante.

Voilà qui nous donne à réfléchir sur la vie et le temps qui passe, la maladie et la solitude, la famille. J’ai beaucoup aimé le style envolé et réaliste de ce roman pas si éthéré que ça, mais écrit avec une sorte de légèreté rafraichissante.

Extrait :

Alors ? Tu te sens comment ? Dire que tu vas avoir un enfant, tu te rends compte ? Tu vas être maman ! TU-VAS-ETRE-MAMAN ! Je n’arrive pas à y croire. Ah, non, c’est dingue, je ne peux pas m’y faire, pas du tout.


Catalogue éditeur : L’arbalète Gallimard

«Tu viens quand alors? Bientôt quand ? Ton frère dit ça aussi mais je ne vous vois plus que pour Noël… Pourquoi tu ne demandes pas ta mutation ? Si vous viviez plus près, je vous inviterais à manger, j’irais chez vous faire le ménage… Si par malheur vous n’aviez plus d’argent, je m’occuperais de vous…» lire la suite

Romans et récits /  Littérature française / Époque : XXIe siècle / 112 pages / Parution 12 janvier 2017 / 140 x 190 mm / ISBN : 9782072703249