Winter is coming. Pierre Jourde

« Winter is coming », c’est beau comme un morceau de musique qui parle à votre cœur et c’est difficile comme la mort d’un enfant que l’on ne peut ni ne veut accepter, mais que l’on va accompagner autant qu’on en sera capable.

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C’est un beau mais triste récit, celui de la maladie et de la mort du fils de l’auteur. A vingt ans, l’âge de tous les possibles, où tous les rêves sont permis, où la vie s’ouvre devant vous, Gabriel meurt d’une forme de cancer qui touche peu de patients mais qui va l’emporter en quelques mois. Son père pleure un fils, son père sublime ces moments rares mais puissants de partage et de silence, de non-dits et de compréhension mutuelle de ce temps qui file et que l’on ne revivra plus jamais.

C’est la difficile descente vers plus de souffrance, vers moins de vie, c’est l’accompagnement du malade à qui on n’ose pas dire tout ce qu’on aimerait tant dire avant la fin, avant qu’il disparaisse à jamais, à qui on n’ose pas parler de peur qu’il ne comprenne que sa vie inéluctablement s’en va, car le sait-il, lui, que c’est fini, que plus jamais ? Et l’on peut d’ailleurs se demander qui cache la vérité à l’autre, qui le protège, qui est celui qui joue le plus la comédie de la guérison possible, le malade, ses proches, les médecins qui ne disent pas tout ou que l’on ne veut pas entendre ?

C’est le cri d’amour d’un père pour son fils, c’est le cri d’impuissance des vivants face à la mort, c’est aussi le cri que nous avons tous envie de pousser lorsque ceux qu’on aime disparaissent… Ce n’est pas un roman, ce n’est pas un récit, c’est une parenthèse de douleur qui parle à tous ceux qui ont connu la mort, à tous ceux qui la redoute, à chacun d’entre nous en somme.

 «Winter si coming » est le récit de l’avant, avant de savoir, avant l’inéluctable, du pendant, pendant la maladie, les silences, les moments de vie intense mais si brefs, de l’après, quand on porte sa douleur comme un bagage que l’on ne pourra plus jamais déposer dans aucune consigne mais qui s’allégera malgré tout peu à peu. Difficile, douloureux, rempli d’amour et de souffrance « Winter is coming » est porté par l’écriture incisive, désespérée, optimiste parfois, poignante toujours, de Pierre Jourde.

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Catalogue éditeur : Gallimard

«Après coup, on ne peut pas s’empêcher de revenir sur les jours d’avant, comme pour prendre la mesure de son aveuglement d’alors. On se regarde ne pas savoir, on se regarde vivre alors que cela n’est pas encore arrivé, on s’étonne de ce fragile bonheur. Et ce sont tous les moments de la vie, toutes les joies, les naissances, les après-midi dans le jardin, les journées sur la plage, les histoires racontées le soir aux enfants, les photographies et les souvenirs du passé que vient rétrospectivement infecter de son venin le jour où l’on a su. Ta photographie d’enfant joyeux est celle, à jamais, d’un enfant qui va bientôt mourir.»
Un des trois fils de Pierre Jourde, Gabriel, est mort à vingt ans. Le récit évoque la dernière année de ce jeune homme plein de charme et de joie de vivre, doué pour les arts plastiques et la musique. La figure radieuse de «Gazou» hante le récit de la maladie : les anecdotes du bonheur enfui ponctuent l’élégie. Un texte poignant sur le deuil et l’amour paternel.

Collection Blanche / Parution : 09-03-2017 / 160 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072721373

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La nuit avec ma femme. Samuel Benchetrit

« La nuit avec ma femme » de Samuel Benchetrit est un voyage au bout d’une étrange nuit, nuit de  la rencontre et du dialogue avec celle qui n’est plus.

DomiCLire_la_nuit_avec_ma_femme.JPGLivre bouleversant, et pourtant on connait la fin, on connait hélas l’histoire terrible d’une femme battue à mort par son amant. Dans ce roman, l’auteur, Samuel Benchetrit, revient sur la mort de son ex-femme, Marie Trintignant.

Mais il n’y a rien de sordide ni de revanchard dans ces lignes parfois très poétiques. C’est le récit d’une errance à travers la nuit, comme si Marie était venue le retrouver, les instants s’égrènent et avec eux ce qui aurait pu être la vie et qui est devenu la mort. Les souvenirs des jours heureux, ceux de l’horreur, de l’annonce à un fils, quand on sait qu’on va détruire à jamais la vie d’un enfant en lui apprenant la mort d’un de ses parents, la confrontation, le procès, le cynisme aussi, de la justice, de ceux qui défendent l’indéfendable, le pourquoi il sort de prison, vit normalement, respire, parle, chante, rit, alors que Marie n’est plus. Et puis l’après, quand on se reconstruit mais que l’on sait que l’absence, éternelle et inéluctable, sera toujours une souffrance.
C’est un court récit, mais tellement émouvant, triste et beau malgré tout car de la mort a su émerger la notion du bonheur, de l’instant à savourer, de ce qui est et avant tout de ce qui n’est plus.

Si j’ai hésité avant de le lire, craignant les mots de trop, grand bien m’en a pris, car ce livre est magnifique. Il n’est ni larmoyant, ni agressif, on sourit même parfois, devant l’incrédulité de ceux qui ne comprennent pas que Marie est là avec S, qu’elle est revenue, c’est impossible ? Qu’importe, ce serait tellement beau de le croire, de pouvoir lui parler, l’embrasser, la comprendre, savoir, où elle est, savoir comment ça se passe dans « la mort » un peu comme on dirait dans « la vie »… C’était sans doute un mal indispensable pour l’auteur, pour passer à une autre étape de vie, et qui ne peut que nous toucher.

C’est un livre qui aborde aussi la triste réalité des violences faites aux femmes, celles qui meurent encore chaque jour sous les coups de leurs compagnons, et que l’on oublie trop souvent. Car non, hélas, ça n’arrive pas qu’aux autres…

#RL2016


Catalogue éditeur : Plon

« J’ai passé plus de temps que toi sur cette Terre. Et notre différence, c’est que moi, je t’ai perdue. C’est parce que j’ai continué à vivre que je le sais. J’ai voulu être seul souvent pour être avec toi. Il faut bien donner son temps aux amours invisibles. S’en occuper un peu. Encore maintenant je me demande comment tu vas. Ce que tu fais. Je cherche de tes nouvelles. J’invoque la colère pour que tu la calmes. Quelques rires où tu me rejoindrais. Et le soleil a changé, puisqu’il manque une ombre. Mais je suis heureux. Et c’est à ton absence que je dois de le savoir. »

Moro-sphinx. Julie Estève

« Moro-sphinx  » ou comme retrouver l’équilibre quand on s’est brulé les ailes au feu incandescent du désenchantement.

Moro-SphinxVoilà un roman qui commence comme un véritable combat, celui de Lola contre elle-même, contre l’amour, le droit au bonheur, à son propre bonheur. On le comprend vite, son amour l’a quittée et bien qu’elle soit encore très jeune, depuis sa vie est désespérément vide. Pour se venger, et pour la remplir, elle baise à tout va, et collectionne un ongle de chacune de ses proies d’une heure, d’un instant, d’une jouissance – rarement la sienne d’ailleurs – juste la leur. Comme si elle se refusait à vivre et à aimer de nouveau, comme si s’infliger ces blessures pouvait anéantir celle si profonde qui la détruit. Elle arpente la ville avec des airs de prostituée, sur des talons aiguille qu’elle fait claquer pour être entendue, remarquée, désirée, pour attirer les hommes, comme la lumière attire les insectes, pour pouvoir les prendre et les jeter à son aise.

Jusqu’au jour où elle rencontre Dove et tombe amoureuse de ce séduisant beau gosse en baskets blanches. Mais rapidement la voilà meurtrie par l’absence, exigeante, possessive, exclusive. Saura-t-elle sortir de cette impasse qu’est devenue sa vie, dévastée par un immense chagrin, depuis la perte de sa mère quand elle était enfant, l’alcoolisme de ce père qui ne sait pas dire je t’aime, puis la rupture insupportable avec son grand amour de jeunesse.

Intéressant voyage que ce roman, qui commence comme une farce, avec cette jeune femme qui ne cherche que l’amour physique rapide, celui qui passe sans faire de mal aux sentiments, celui qu’on arrache, qu’on donne, qu’on offre dans la rage et le désespoir, pour le plaisir d’un instant, court, insignifiant et sale comme une raclure d’ongle. Et roman qui finit dans la profondeur des sentiments et de la solitude, le tout porté par une superbe écriture. J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire, au départ peu crédible à mon goût, puis je me suis laissée prendre par la magie des mots, par la force de la souffrance puis de l’abandon, et qui sait, par une forme de rédemption.

les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Stock

Lola est une trentenaire parisienne, comme les autres. Enfin pas tout à fait. Jamais la phrase dite par Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut n’a été si bien appliquée : les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde en tous sens. Lola arpente la ville, amazone, chaque fois que son envie devient plus forte que la raison, l’homme succombe, chasseur devenant proie, même le plus repoussant. À la fin de l’acte, clac, elle lui coupe un ongle. Lola, c’est M la maudite, aux pulsions guerrières. Elle semble sortie d’un manga, bouche rouge et grands yeux. Jusqu’à ce que Lola tombe amoureuse. Mais est-elle vraiment faite pour l’amour ? Et si la passion, c’était la fin du rêve ?

Collection : La Bleue / Parution : 20/04/2016 / 184 pages / Format : 134 x 215 mm / EAN : 9782234080959 / Prix : 18.00 €