Les vies multiples de Jeremiah Reynolds. Christian Garcin

Étrange livre que « Les vies multiples de Jeremiah Reynolds » de Christian Garcin . Un reportage qui se laisse lire comme un excellent roman.

https://i0.wp.com/static1.lecteurs.com/files/books-covers/895/9782234078895_1_75.jpgPerturbée au début par la profusion d’anecdotes historiques, j’ai finalement dévoré ce récit sur la vie d’un aventurier hors normes.

Quelle vie ! Dans les années 1810 aux États Unis, Jeremiah Reynolds rencontre John Cleves Symmes Jr et embrasse en partie ses théories sur une terre creuse depuis les pôles, territoires jusqu’alors inexplorés. Les États Unis sont en guerre, au même moment Napoléon bat en retraite en Russie, Victor Hugo écrit ses plus grandes œuvres, Halley avance une théorie confirmée aujourd’hui sur une comète nommée depuis comète de Halley. Quelle époque de découvertes où l’on cherche encore un passage vers des mondes fabuleux !
Jeremiah Reynolds fera de nombreuses conférences, ira jusqu’en Antarctique, manque mourir dans ces contrées hostiles inconnues, ira côtoyer les indiens Mapuches aux confins du Chili, partira à la recherche du mythique grand cachalot blanc (inspirant Herman Melville et son Moby Dick …) rencontrera Edgar Allan Poe. Une vie de roman à une époque où tout semble encore possible. Jeremiah Reynolds a vécu une enfance compliquée, mais c’est un homme qui se prend très rapidement en main, il a des terres à découvrir, des théories à prouver, un nouveau monde s’ouvre à lui.

J’ai vraiment aimé ce roman, qui m’a un peu rebutée sur ses premières pages, mais qui entraine rapidement le lecteur à la suite des aventures de cet intrépide marin, aventurier, explorateur, avocat, écrivain aussi, qui vit plusieurs vies en une et dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Une belle aventure, une belle écriture qui ne lasse pas son lecteur et qui au contraire l’emporte dans le sillage des aventuriers, une jolie réussite.

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : Stock
Étonnant et fulgurant destin que celui de Jeremiah Reynolds : après avoir probablement été le premier homme à poser le pied sur le continent antarctique en 1829 et avoir fait de cette expédition un récit qui influença Edgar Allan Poe pour ses Aventures d’Arthur Gordon Pym, il devint colonel pendant la guerre civile chilienne, chef militaire des armées mapuches, avocat à New York, effectua un demi-tour du monde, et écrivit un récit de chasse au cachalot blanc qui fut peut-être à la source d’un des romans les plus lus et les plus commentés de la littérature américaine et mondiale.

Collection : La Bleue / Parution : 06/01/2016 / 160 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234078895 / Prix: 17.00 €

Ce pays qui te ressemble. Tobie Nathan

« Ce pays qui te ressemble » est un roman qui oscille entre le fantastique et l’Histoire, entre le réel et les croyances, et qui évoque une période importante de l’Histoire récente de l’Egypte, des années 1925 à 1952.

Tout commence dans le quartier juif par le mariage d’un couple improbable, Esther et Motty. Esther est belle mais elle inspire la crainte, car son comportement est parfois étrange, possédée par des démons depuis l’enfance, Motty est bien plus âgé qu’elle, il est aveugle mais ressent et comprend ce que les voyants ne savent souvent pas voir. Leur mariage arrangé sera un mariage d’amour. Pourtant, il se passe de nombreuses années avant qu’Esther porte ce fils tant attendu. Dans l’incapacité de le nourrir, on fait appel à une nourrice musulmane, une fille à la voie ensorcelante qui chante dans les cabarets du vieux Caire. Elle élèvera Zohar en même temps que sa fille Masreya. Les deux enfants seront alors unis par une amulette porte bonheur qui doit être portée par les deux, car elle est unique. Dans ce pays en mutation, de débrouille en combine, le jeune Zohar va finalement créer une entreprise florissante avec Joe et Nino, ses deux amis d’enfance, ceux de la ruelle aux juifs. Un jour son chemin croise celui de sa sœur de lait, belle comme le jour, artiste à la voix magique, la seule, l’unique qui ne pourra jamais être sienne, et ils tombent follement amoureux.

A travers ses personnages, l’auteur nous emporte dans un mélange de magie et de vie, et nous devenons spectateurs d’un pays qui évolue. On y retrouve la période trouble de la guerre en Europe, quand l’Egypte attend la victoire ou la défaite de l’armée de Rommel, à la porte du pays, les manigances des Italiens, prêts à naturaliser de nouveaux soldats, mais aussi la montée des frères musulmans, alors seuls soutiens attentifs d’un peuple qui souffre, la vie dépravée du jeune roi Farouk qui a du mal à trouver sa place, aussi bien dans sa famille que dans ce pays gouverné par les Anglais, et l’arrivée de Gamal Abdel Nasser et d’Anouar El Sadate, cette période  tellement importante dans l’histoire malgré tout récente du pays…

J’ai parfois trouvé un peu trop prégnant le recours au surnaturel, et quelques fois pas assez, comme si l’auteur hésitait à s’orienter vers une intrigue où la magie aurait toute sa place. J’ai pourtant beaucoup aimé ce livre. J’y ai retrouvé la chaleur et l’ambiance indolente des soirées au bord du Nil, j’ai aimé la mise en perspective des évènements tant dans le pays  qu’à l’international, permettant au lecteur de se situer dans l’Histoire.

Et surtout, je dois avouer qu’en tournant ces pages, en suivant ses personnages, je suis revenue avec un bonheur immense dans les rues du Caire, découvrant ce mot Misr (Egypte) sur toutes les façades, déambulant à pieds dans les méandres des rues intriquées et tortueuses qui partent de Bâb Zuweila à Khan-El-Khalili, y buvant un thé au café Feshawy, traversant le Nil par le pont Qasr Al Nil. Je revois les somptueuses villas de l’ile de Roda, le palais Abdine, les jeunes cairotes qui sortent du Gezira sporting club, le lever du soleil alors que je quittais Zamālek et que le taxi m’emmenait au bureau à Maadi Guedida, en longeant Corniche el Nil. Je ressens le goût des pâtisseries toutes en sucre et en douceur de chez Groppi, l’odeur sucrée des fumées des chichas aux terrasses le soir, le parfum suranné du hall de l’hôtel Sémiramis, la chaleur et le sable sur la peau, les jours où souffle le Khamsin et que l’horizon n’existe plus. Et avant tout, la chaleur des gens qui vous abordent quand ils vous croient perdue, qui vous expliquent où vous voulez aller (même s’ils ne le savent pas eux-mêmes !) par soucis de plaire et de rendre service… Cette Égypte magique, éternelle et changeante, que je n’ai pas revue depuis si longtemps. Comme je comprends l’auteur, qui en est parti très jeune et qui n’y reviendra peut-être jamais…

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Catalogue éditeur : Stock

Cette saga aux couleurs du soleil millénaire dit tout de l’Égypte : grandeur et décadence du roi Farouk, dernier pharaon, despote à l’apparence de prince charmant, adoré de son peuple et paralysé de névroses. Arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en 1952 et expulsion des Juifs. Islamisation de l’Égypte sous la poussée des Frères musulmans, première éruption d’un volcan qui n’en finit pas de rugir… C’est la chute du monde ancien, qui enveloppait magies et sortilèges sous les habits d’Hollywood. La naissance d’un monde moderne, pris entre dieux et diables.

Parution : 19/08/2015 / 540 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234078222 / Prix: 22.50 €