Efface toute trace, François Vallejo

Une satire acide et féroce du marché de l’art contemporain et de ses excès

Quel est le point commun entre un chinois diabétique de Hong Kong décédé après avoir ingéré une énorme quantité de sucre, un new-yorkais qui a littéralement fondu, et un français qui décède violemment alors qu’il est seul dans un téléphérique ?

Fort que quelques constatations hasardeuses, un expert en art est sollicité par d’anonymes collectionneurs pour tenter de démêler le fin mot de ces incidents pour le moins lugubres. Ont-ils un lien entre eux, car ils ont au moins un intérêt en commun, l’art. Toutes les victimes étaient des collectionneurs d’art contemporain, ou plus spécifiquement d’Art Urbain. Reste à savoir qui leur veut du mal, pourquoi, comment.

L’idée de départ de ce roman est à priori fort séduisante, pénétrer le monde de l’art par le biais d’une enquête. Mais j’avoue que je me suis ennuyée. Sans doute du fait de la structure narrative un peu trop froide. Cet expert qui aligne les chapitres les uns derrière les autres est le seul personnage réel face au lecteur. Même si arrive rapidement un artiste inconnu, un certain jv le minusculement nommé. Il adore détourner les objets, et bien que très peu connu, il s’avère être le véritable lien entre les différents collectionneurs. Sa côte monte, mais il n’a qu’un désir, vendre une œuvre éphémère, à la façon de la petite fille au ballon de Bansky.

Car que peut-on dire de cet art qui se veut tellement original que d’aucuns y cherchent encore la beauté, le style, ce qui fait la singularité et l’intérêt d’une œuvre. À chaque fois je ne peux m’empêcher de penser à cette œuvre connue sous le nom de Merde d’artiste (oui, oui ! en italien Merda d’artista) de l’artiste italien Piero Manzoni réalisée à quatre-vingt dix exemplaires, et dont certains exemplaires avaient fui, y compris lors d’expositions ou dans des musées. Les acquéreurs s’étant même demandé si c’était une volonté de l’artiste, y compris si c’était une des qualités intrinsèques de œuvre …

Ce que j’ai apprécié dans ce roman ? Les différents genres, œuvres, artistes, que détaille l’auteur. Certains connus ou vus à plusieurs reprises dans des musées, d’autres découverts grâce à la lecture du roman. En particulier, et plus de trente ans après sa création par Keith Haring (en 1987) Tower cette fresque monumentale visible au sein de l’hôpital Necker de Paris, et qui est devenue depuis un véritable emblème de l’art de rue.

Ce qui m’a intéressée ? L’auteur mélange les genres, enquête, parti pris esthétique, social, et propose une véritable satire du marché de l’art contemporain et de ses excès. Pourtant il m’a manqué un je ne sais quoi en plus pour vraiment me convaincre.

Catalogue éditeur : Viviane Hamy
Face aux violents décès de trois amateurs d’art fortunés à Hong Kong, New York et Paris, un groupe de collectionneurs surnommé le « consortium de l’angoisse », charge un expert d’élucider ces incidents étranges. Sa mission ? Rassembler l’ensemble des faits connus et mener sa propre enquête. Le temps presse car de nouveaux accidents surviennent.
Une piste se dégage. Les victimes auraient fait l’acquisition d’œuvres subversives signées « jv ». L’artiste, un Orson Welles mâtiné d’un Bansky, obsédé par le détournement, est introuvable. Jusqu’au jour où il décide de joindre l’expert…
Provocation ? Bluff ? Falsification ? Serial artiste doublé d’un serial killer ?

Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? Que signifie être artiste au sein de nos sociétés capitalistes et dématérialisées ? François Vallejo avec Efface toute trace embarque son lecteur au cœur d’une enquête palpitante où les apparences sont autant de trompe l’œil s’éclairant les uns les autres. Talentueux et féroce.

Parution : 03/09/2020 / ISBN : 9791097417970 / Pages : 294 p. / Prix : 19€

Groove, Airwan Isle de Beauchaine

Venez, on embarque avec Airwan Isle de Beauchaine sur les quais du métro pour une balade dans le Groove !

D’abord il y a le papier, comme un joli papier recyclé qui donne tout de suite envie de tourner les pages,

Ensuite vient la rencontre avec Airwan Isle de Beauchaine, cet artiste de Street-Art dont les motifs au pastel éclairent régulièrement les quais du métro.

Enfin, découvrir les visages, les traits, noir et blanc ou couleurs, les affiches revisitées, les dessins spontanés, et ce style que l’on retrouve à chaque page, que l’on a vu mainte fois dans les couloirs du métro parisien (oui, je sais, je vous parle souvent de Paris, sans doute parce que j’y suis très souvent ?). Et donc ce style, qui dit, qui trace, coloré, vif, incisif, témoin d’un art aussi éphémère qu’actuel.

Pour le rendre éternel, quoi de mieux que cet étonnant recueil de 80 photographies, moderne et résolument graphique, porteur d’une poésie citadine tout à fait inclassable, que ces photos d’œuvres éphémères, commentées et dessinées par l’artiste sur la page blanche.

Pour amateurs graffeurs avertis !

Catalogue éditeur : Hugo et Cie

Sur les quais du métro parisien, à même l’affiche publicitaire, il trace au pastel à l’huile des visages, un horizon, une étoile. Dans ce lieu de passage, la présence de ces lignes aux couleurs primaires interpelle et intrigue.
Fragiles et éphémères, ses dessins nous plongent dans un monde surréaliste où l’inconscient de l’artiste s’exprime en dialogue avec une réelle photographie de la société.
Dans cet ouvrage, découvrez le langage poétique d’Airwan Isle Groove en une centaine de photographies, de légendes ainsi que des notes extraites de ses carnets.

Date de publication: 12/09/2019 / ISBN: 9782755641936 / 128 pages / Prix 13€