Les méduses n’ont pas d’oreilles, Adèle Rosenfeld

Une incursion surréaliste dans le monde des malentendants, de l’importance de nos sens

Louise entend de moins en moins bien de l’oreille droite, sa seule oreille encore entendante. Et peu à peu, même cette audition-là va disparaître. Les différents examens, et surtout sa propre expérience le lui assurent, elle doit absolument programmer rapidement une opération avant de devenir complètement sourde. Mais l’implant cochléaire qu’on lui propose va transformer aussi sa façon d’entendre, enlever le naturel pour passer au métallique, au synthétique.

Pour celle qui vit entre deux mondes depuis l’enfance, le choix et la décision sont bien difficiles. Doit-elle rester dans ce brouillard opaque dans lequel elle évolue depuis si longtemps. Il faut croire que malgré les inconvénients elle s’en satisfait puisqu’au fond il la rassure, ou doit-elle sauter le pas. Bien sûr, elle a appris à lire sur les lèvres, elle doit se faire à l’idée que très bientôt il lui faudra aussi apprendre le langage des signes. Mais elle se complaît d’une certaine façon dans cet univers dont elle connaît les contours, souvent flous, parfois opaques, ces conversations tronquées, ces échanges faits de quiproquos et d’isolement, mais qui semble-t-il la rassure, car elle s’y reconnaît.

D’autant que dans ce brouillard auditif, Louise s’est fait des amis, les sons et les mots perdus se sont transformés en un soldat, un chien, une botaniste aux curieuses manières, qui viennent peupler son monde du silence.

C’est une étrange expérience que de découvrir les sons et les mots à travers tous ces silences, ces manques, ces interprétations. Ne pas comprendre les failles mais savoir qu’elles sont là, qu’elles ont une réalité que moi, bien entendante, je ne peux même pas imaginer. Comprendre la difficulté du handicap, le regard des autres, l’isolement, le rejet. Entendre aussi le doute, la peur, les questions que posent un changement radical et les conséquences d’une opération que l’on ne maîtrise pas. En ce sens, j’ai apprécié ce roman, même si je dois avouer que le coté surréaliste m’a un peu perdue.

Catalogue éditeur : Grasset

Quelques sons parviennent encore à l’oreille droite de Louise, mais plus rien à gauche. Celle qui s’est construite depuis son enfance sur un entre-deux – ni totalement entendante, ni totalement sourde – voit son audition baisser drastiquement lors de son dernier examen chez l’ORL. Face à cette perte inéluctable, son médecin lui propose un implant cochléaire. Un implant cornélien, car l’intervention est irréversible et lourde de conséquences pour l’ouïe de la jeune femme. Elle perdrait sa faible audition naturelle au profit d’une audition synthétique, et avec elle son rapport au monde si singulier, plein d’images et d’ombres poétiques.
Jusqu’à présent, Louise a toujours eu besoin des lèvres des autres pour entendre. C’est grâce à la lumière qu’elle peut comprendre les mots qu’elle enfile ensuite, tels des perles de son, pour reconstituer les conversations. Lire la suite

Parution : 12 Janvier 2022 / Pages : 240 / EAN : 9782246827061 prix 19.00€ / EAN numérique : 9782246827078 prix 13.99€

La belle lumière, Angélique Villeneuve

Le magnifique parcours d’une mère pour sauver sa fille, un roman inoubliable

L’auteur porte un regard émouvant et réaliste sur la vie de Kate Keller, la mère passionnée et attentive d’Helen, cette enfant sauvage et folle, sourde muette et aveugle que tous lui conseillent de placer à l’asile.

Cette enfant c’est Helen Keller, devenue la première femme handicapée à réussir un diplôme universitaire, auteure prolifique, elle crée une fondation pour personnes handicapées et milite au sein de mouvements socialistes, féministes et pacifistes, elle voyage dans le monde entier pour défendre les personnes handicapées.

En Alabama en 1880, Kate a quitté ses parents pour suivre Arthur, ce veuf de vingt ans son ainé. Mais la vie n’est pas facile pour cette jeune femme qui sait bien qu’elle ne prendra jamais la place de la première épouse trop tôt disparue. La naissance de son premier enfant est vécue comme une fête. Helen est un bébé comme les autres, aimée de ses parents, élevée dans cette grande maison au bord de la rivière. Jusqu’à ces journées de fièvre qui  laissent la mère et la fille exsangues et changent à jamais le cours de leurs vies. Helen a dix-neuf mois.

Vont suivre des années de recherche tous azimuts pour cette mère aussi obstinée que pugnace, médecins, oculistes, médecines alternative, eaux miraculeuses ou plantes qui guérissent, tout y passe, rien n’y fait. L’enfant grandit, sauvage, exigeante, indocile.

La relation quasi-charnelle et si forte qu’elle a avec sa fille lui dit qu’elle peut faire quelque chose pour elle. Alors Kate s’obstine, laisse Helen vivre, toucher, crier, mordre, blesser, fuir. Kate cherche et trouve enfin une école pour malentendants et aveugles, l’école Perkins à Boston et convainc son époux de faire venir Ann Sullivan, une jeune femme qui prend en charge l’éducation d’Helen. Plus qu’éduquer, il lui faudra dompter la jeune Helen, et soumettre à rude épreuve ces parents aimants qui ne comprennent pas forcément la difficulté et l’exigence de cette éducation.

Le difficile parcours de cette mère qui aime sa fille et se bat contre tous pour lui donner une vie « normale » est magnifiquement dépeint par les mots, la force et la douceur de l’écriture de l’auteur. Une écriture qui touche le lecteur au cœur et à l’âme. Bien sûr, comme elle le dit, peu de documents existent sur la réalité de la vie de Kate, mais Angélique Villeneuve la fait vivre sous nos yeux avec intelligence et sincérité, c’est particulièrement réussi et terriblement émouvant

La beauté, la complexité, la dualité des sentiments de cette mère, les difficultés qu’elle doit affronter, l’isolation face à une société qui n’est pas prête à accepter ces enfants si différents. Mais aussi la complexité de cette Amérique qui sort de la guerre de sécession, les conflits latents entre le nord et le sud, malgré la fin de l’esclavage une réalité qui veut que ces hommes et ces femmes qui ne sont plus esclaves n’ont pas pour autant leur place dans la société, sont également traduits avec finesse. Tout y est. C’est émouvant, beau, triste et magnifique à la fois.

Retrouvez aussi ma chronique de Maria paru en 2018

Catalogue éditeur : Le Passage

Alabama, 1880. Dans une plantation du sud des États-Unis, la naissance d’Helen console sa mère d’un mariage bancal. Un monde s’ouvre entre Kate et sa fille, et puis tout bascule : les fièvres féroces ravagent l’enfant adorée.
Cette fillette à la destinée extraordinaire, beaucoup la connaissent. La renommée d’Helen Keller, aveugle, sourde et muette, enfant farouche tenue pour folle et puis surdouée, a franchi frontières et années.
Kate Keller, que La Belle Lumière éclaire aujourd’hui, semblait en revanche repoussée dans l’ombre à jamais. Sans elle, pourtant, sa fille aurait-elle pu accéder au miracle de la connaissance ?
Comme glissée au cœur de son héroïne, tant vibre dans ces pages le corps déchiré de Kate, Angélique Villeneuve restitue, de son écriture sensuelle et précise, la complexité d’une femme blessée et dévorée par l’amour. Dans ce Sud encore marqué par la guerre de Sécession et les tensions raciales, le lecteur traverse avec elle une décennie de sauvagerie, de culpabilité et de nuit. Mais découvre aussi, et c’est là la force du livre, un temps de clarté et de grâce.

ISBN: 978-2-84742-447-8 / Date de publication: Août 2020 / pages: 240 / Prix : 18 €