LaRose, Louise Erdrich

Un roman qui entraine le lecteur au cœur des traditions des indiens d’Amérique du Nord

Dakota du Nord, en 1999 dans la réserve des indiens ojibwé. Landreaux est à l’affut, il traque le grand cerf, tire, et tue le fils de son voisin. Comment peut-on survire à une horreur pareille ? Tant du côté de la famille de Landreaux que de celle qui a perdu un fils, Peter et Nola, ou un frère, Maggie.

Dans ce roman, Louise Erdirch invoque les traditions et les valeurs séculaires des indiens, et une ancienne coutume qui veut que l’on donne son plus jeune fils pour réparer sa faute. LaRose est donc offert en pardon aux Ravich. Cet enfant a le prénom de celui qui sait, qui voit, qui sent la présence de ceux qui ont rejoint les grandes plaines, ce prénom de guérisseur porté par des générations de femmes avant lui, dans la famille de sa mère Emmaline. Il est le lien entre les ascendants et la famille d’Emmaline, entre le passé et le présent, entre le naturel et le surnaturel. Il est aussi le lien entre les deux familles et le seul capable d’atténuer les blessures causées des deux côtés par ce drame pourtant irréparable.

A travers lui et la vie de ceux qui l’ont précédé, l’intrigue court sur plusieurs générations. Car dès 1839, la première LaRose est vendue par sa mère Vison à Wolfred, un employé du magasin Mackinnon. C’est une enfant unique, brillante, belle, une magicienne qui communique avec les esprits des ancêtres. Le lecteur va suivre son étrange parcours de loin en loin et comprendre grâce à elle la spécificité de cette lignée de LaRose.  

Avec une écriture dense, des personnages à foison, de nombreux retours en arrière, et plusieurs histoires en parallèle, Louise Erdrich fait vivre ces indiens d’Amérique qu’elle connait bien. Ceux d’hier et d’aujourd’hui, ces hommes et ces femmes dépossédés de leurs traditions. Parqués dans des réserves, avec interdiction de parler leur langue, de continuer à revêtir leurs tenues traditionnelles, de chausser les mocassins brodés et de porter les cheveux longs. Tout au long du roman, on ressent bien l’errance et le désespoir d’hommes qui se perdent dans l’alcool et l’inactivité, qui utilisent avec maestria le moindre médicament, psychotrope ou opiacé, pour compenser les drogues qu’ils ne peuvent pas se payer. Étonnante incursion également dans le mal qui a pu être fait par les médecins ou religieux à une époque, de ceux qui exhibaient ou étudiaient les corps des indigènes comme de simples curiosités scientifiques.

L’analyse des sentiments et des personnalités des deux mères – Emmaline et Nola- et de la grand-mère laRose, mais aussi des différentes fratries, et enfin des pères –Landreaux, Peter mais aussi Romeo- est très intéressante et finement restituée dans toute sa singularité.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, éditions Albin-Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez.

Dakota du Nord, 1999. Le ciel, d’un gris acier, recouvre les champs nus d’un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c’est la chasse au cerf qui annonce l’entrée dans l’automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, vise et tire. Et tandis que l’animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s’effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans.
Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L’auteure continue d’y explorer le poids du passé, de l’héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d’observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences.

Louise Erdrich est née en 1954 dans le Minnesota. D’origine germano-américaine et amérindienne, elle est l’une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d’outre-Atlantique. Auteure de La Chorale des maîtres bouchers, de Love Medicine ou encore de Ce qui a dévoré nos cœurs, son écriture a les accents de William Faulkner et Toni Morrison. Récompensée par de nombreux prix littéraires, elle a été distinguée en 2012 par le prestigieux National Book Award et, en 2015, par le Library of Congress Award. 

Le Livre de Poche 576 pages / Date de parution : 30/10/2019 / EAN : 9782253240631 / Prix 8,70€

Albin-Michel prix 24.00 € / 17 Janvier 2018 / 140mm x 205mm / 528 pages / EAN13 : 9782226325983

Notre château. Emmanuel Régniez

« Notre bibliothèque est notre bien le plus important »
« Et le libraire, un homme passionné, et certainement passionnant si je prenais le temps de parler un peu avec lui, a toujours les livres que ma sœur désire ardemment lire ».
« Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde »

Avec « Notre château » Emmanuel Régniez nous fait pénétrer dans un univers obsessionnel et quasi surnaturel. Une belle trouvaille de la maison d’éditions Le Tripode.

couverture du livre Notre ChâteauOctave et Véra sont les occupants de « Notre château ». Leur père a hérité de cette vaste demeure dans laquelle il n’avait pas le droit d’y habiter. Octave et Véra y habitent depuis vingt-ans, depuis la mort des parents dans un terrible accident de voiture. Là, sans jamais sortir, ils passent leur journées à lire, ont un relation frère-sœur plutôt singulière, et personne, jamais personne ne vient sonner à leur porte.
Il y a du délire dans ces lignes, mais un doux délire, de ceux que l’on a lorsque l’on laisse vagabonder nos pensées, et qu’elles nous entrainent au loin, dans les souvenirs, dans la folie de nos rêves d’enfant. Il y a de l’obsession, celle de savoir ce qu’il a bien pu se passer pour que Véra, qui ne prend jamais le bus, soit ce jeudi 31 mars dans le bus 39. Et en même temps, ce livre m’a fait instantanément penser au film « les autres » avec Nicole Kidman, par son côté irréel et mystérieux. Impression fortement appuyée par les photos insérées en fin du roman, et dans lesquelles on projette les personnages.

Quel livre étrange. Au premier abord, je n’ai pas du tout accroché, exaspérée par les multiples répétitions. Puis j’ai décidé d’abandonner mes repères, ma logique et je suis rentrée peu à peu dans l’apparente folie douce d’Octave, le narrateur, dans sa relation avec sa sœur Véra, et surtout, surtout, avec les livres dans leur belle, très belle maison, dans leur château. Car bien évidement, c’est un rêve ce roman, puisque dans « Notre château » la vie tourne autour des livres. Et un lecteur compulsif s’y retrouve forcément un peu, dans ces fauteuils moelleux à souhait pour y passer des heures à lire, dans ces bibliothèques, avec ce libraire qui possède toujours les livres que l’on souhaite ardemment lire.

Comme j’ai lu « Notre château » dans le cadre des 68 premiers romans, je me suis refusée à lire la quatrième de couverture avant de l’avoir fini, pour avoir une surprise complète. Il est également dans la sélection du prix orange du livre, sinon je n’aurai pas tenté l’aventure. Et cela aurait été dommage, même si je pense qu’il peut surprendre et ne pas séduire tous ses lecteurs.

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre


Catalogue éditeur : le Tripode

Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.
On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. En reprenant à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman, Emmanuel Régniez réussit un roman ciselé et singulier, qui comblera les amateurs d’étrange.

Jlogo_tripodee soigne ma mélancolie en me racontant des histoires qui pourraient me faire peur.
Emmanuel Régniez
Notre Château /
Roman français
128 pages / 9782370550781 / Prix : 15,00 € / Parution : 21 janvier 2016