Leur séparation. Sophie Lemp

Dans « leur séparation », Sophie Lemp parle non pas d’eux, mais d’elle, comment un enfant vit cette  séparation qui le touche mais dans laquelle il n’est à aucun moment acteur.

DomiCLire_leur_séparationLeur séparation, c’est celle des parents que cette petite fille apprend incidemment, à la sortie de l’école, par sa mère venue la chercher là, en 1987-1988. De ce jour, la vie ne sera plus la même, plus de fête ensemble, plus de parents réunis aux vacances, plus de fous-rires ou de chagrins à partager, mais bien deux vies. « Double enfance » disait Julien Clerc dans cette chanson qui évoquait si bien cette séparation forcée jamais demandée par des enfants victimes passives de la vie qui passe et qui sépare les couples qui ne s’aiment plus.

Vingt-huit ans après, l’enfant devenue femme se souvient de cette vie qui a changé à jamais. De l’avant et de l’après, Espérant innocemment que l’amour que ses parents ont pour elle va pouvoir les souder, se demandant ensuite qui est le coupable, de l’enfant ou des parents. Difficile chemin de ceux qui subissent le désamour d’un couple et ses conséquences sur une vie. Les Noëls, les vacances, les rentrées scolaires, tous ces instants qui ponctuent une vie et qui seront à jamais vécus séparément. Puis vient souvent le remariage, les frères et sœurs – qui arrivent dans ces nouveaux foyers dont ils ne feront jamais réellement partie – qui partagent une vraie vie de famille. Car on le comprend en lisant ces lignes, ces enfants se sentent alors élément rapporté, jamais vraiment à sa place, ni accepté ni rejeté…

J’aime l’écriture de Sophie Lemp, cette façon pudique et réaliste de parler des sentiments des enfants lors d’un divorce, lors de « leur séparation » celle des parents, qui devient la leur. On en parle peu, et pourtant ils ne sont ni acteur ni coupable, mais avant tout victime indirecte souvent trop peu prise en compte.

J’ai un coup de cœur pour cette auteur qui tout au long de ces pages nous parle comme à une amie intime, doucement, sobrement, délicatement. Elle évoque avec justesse le chagrin, les blessures invisibles, la différence, la solitude dans la famille éclatée, puis dans les familles recomposées où il est si difficile de trouver sa juste place.

Voilà un roman court, beau et émouvant. Tout en sobriété et sans ressentiments, sans reproches, évoquant avant tout le bouleversement de la vie d’une petite fille.


Catalogue éditeur : Allary

Sophie Lemp fête ses dix ans quand ses parents divorcent. Trente ans plus tard, c’est avec le regard d’une petite fille devenue adulte qu’elle revit cette séparation.

Pourquoi cette blessure, commune à tant d’enfants, est-elle si difficile à cicatriser ?

100 pages / 14,90€ / parution 07 septembre 2017 / EAN : 978-2-37073-147-0

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Outre-mère. Dominique Costermans

Une mère, une fille, la recherche d’un père absent après une guerre vécue difficilement aussi du côté de la Belgique.

DomiCLire_Outre_MereA la lecture de ce premier roman, j’ai eu l’impression que ce livre n’est pas destiné aux lecteurs, mais à cette famille éclatée, perdue, diverse et retrouvée, qui a besoin de ces mots pour se connaître, se comprendre, s’accepter.  Un peu comme si finalement le lecteur était en trop, ou seulement utile pour faire passer le message sur des origines difficiles à accepter, une enfance compliquée tant pour la mère que pour les différents enfants de ce père qui s’avère rapidement criminel, égoïste, volage et absent.

Car Charles Morgenstern, le grand-père de Lucie, la narratrice, a travaillé pour la gestapo et s’est enfui en Allemagne après la guerre. Lucie a compris très tôt qu’il y avait un secret dans sa famille, que sa mère avait des silences, des absences qui venaient de loin, d’une enfance non dévoilée, d’aïeux inconnus. Tout cela forme un manque et un vide à combler pour cette petite fille qui a grandi avec le poids de l’absence et l’envie de comprendre. Elle va suivre les méandres des révélations, des silences surtout, des recherches qu’elle va entreprendre et de tout ce qu’elle va découvrir sur le passé de sa mère et de sa famille.

L’idée est intéressante, le parcours aussi, de cette fille qui se cherche une ascendance acceptable, qui tient absolument a retrouver les racines que sa mère lui cache. Secrets de famille lourds à porter, juifs ou collabos, traitres ou Justes, ramifications et répercussions jusque dans le présent de ces silences lourds à porter, de ce passé si dense, tout ceci est très significatif sur le besoin de recherche et de mémoire, mais l’auteur nous perd dans les méandres d’une famille tentaculaire et disparate. Bref, si j’ai par moment eu envie de connaître la suite, je crains de ne pas avoir ressenti assez d’émotions pour avoir envie de vibrer, de pleurer ou de rire avec Lucie.

Roman lu dans le cadre des 68 premiers romans : retrouvez les avis de Martine avec Les lectures de Martine (et plus) ou de Henri-Charles Ma collection de livres


Catalogue éditeur : Éditions Luce Wilquin

Outre-Mère est moins le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern, juif, bruxellois, enrôlé dans l’armée allemande puis indicateur au service de la Gestapo, que celui de son dévoilement, malgré le silence imposé qui règne encore dans sa famille deux générations plus tard. Que faire des secrets ? De la famille, de la guerre et de ses monstres ? Du silence de la mère ?
Ces questions provoquent tout autant l’enquête de Lucie que l’écriture envoûtante de ce texte.
Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révé­lation – vite livrée au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire.
Il en résulte un étrange passage de la souffrance et du silence à la délivrance de la mère comme de la narratrice – et du lecteur.

14 x 20,5 cm, 176 pages / ISBN 978-2-88253-529-0 / EUR 17.-

Écoute-moi bien. Nathalie Rykiel

« Écoute-moi bien » publié chez Stock, est le récit émouvant d’un amour fusionnel et d’une entente hors du commun entre une fille et sa mère, récit porté par l’écriture sobre et délicate de Nathalie Rykiel.

DomiCLire_ecoute_moi_bien.jpegNathalie Rykiel publie ici un bel hymne à Sonia Rykiel, cette mère avec qui elle a vécu un amour fusionnel et qu’elle a accompagné tout au long de ses belles années comme dans les plus terribles, celles de la maladie.

Il y aura dans la vie de Sonia, la jeunesse, le mariage, les amants, les enfants, la créativité débordante et assumée, qui en font une femme unique et indépendante. Et l’on comprend vite que tant la mère que la fille ne peuvent vivre l’une sans l’autre, même si la fille a besoin de se différencier de cette mère envahissante et aimante à la fois, unique et inventive, merveilleuse et exigeante.

Puis il y aura aussi les années de travail en commun, où chacune va trouver sa place, création, organisation, créativité foisonnante. Enfin, il y aura la maladie, celle qui vous transforme, qui détruit tout, même les plus belles personnes. Cette maladie qui démunit même les plus forts, qui vous fait devenir dépendant, enfant, soumis, alors que vous étiez si rebelle, libre, magnifique.

En peu de pages, peu de mots, mais avec tellement d’émotion et de justesse, de sobriété et d’élégance, Nathalie Rykiel dit tout, les années de jeunesse, puis les années du succès, de la créativité, enfin les années où cette P de P (Parkinson) vient tout détruire. Il y a tellement d’amour, de reconnaissance, de fidélité à cette mère unique et flamboyante dans ces pages que ce très beau récit ne peut que nous toucher.


Catalogue éditeur : Stock

« Je souris, j’y pense, tu te voyais peut-être l’héroïne de mon roman, le roman de ma vie…
En voici une version. C’est ton cadeau. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot maman. On partage. Mon sujet ce n’est pas toi, c’est nous. Nous deux. »

Collection : La Bleue / Parution : 10/05/2017 / 144 pages / Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234083264 / Prix : 17.00 €

 

Qu’il emporte mon secret. Sylvie Le Bihan

« Qu’il emporte mon secret » de Sylvie Le Bihan est avant tout une histoire d’amour, c’est également une histoire d’émotion, de failles et de souffrance, une histoire humaine en sorte !

DomiCLire_qu_il_emporte_mon_secretVoilà une histoire d’amour qui commence et se termine aussitôt et dont l’héroïne veut s’expliquer dans une longue lettre à Léo qui, nonobstant le fait qu’elle soit une lettre de rupture, devient aussi une tentative d’explication, une véritable recherche intérieure.

Hélène Dutilleul, ou plutôt Hélène le Floch est un écrivain à succès. Elle se souvient. A seize ans elle est laissée pour morte, frappée, blessé, violée par trois hommes que l’on ne retrouvera jamais. Mais la famille, la loi même, conseillent d’oublier, et parfois hélas conseillent bien mal. Car ne rien dire, ne pas porter plainte, ne pas aller au bout de ce que l’on a vécu en essayant de l’occulter, c’est se condamner à vivre avec une blessure enfouie tout au fond de soi toute sa vie, c’est amputer sa vie de ce rayon de soleil qu’est la confiance en l’autre et la confiance en soi, l’insouciance, qui font avancer et grandir.

Hélène a rencontré Léo dans le train pour la foire du livre de Briançon, et malgré leur différence d’âge, d’expérience, c’est avec lui qu’elle a passé la nuit. Ils ont rendez-vous dans quelques jours mais elle sait déjà qu’elle n’ira pas le rejoindre. Car Hélène est incapable d’aimer, de s’attacher, incapable de se donner sans retenue.

Aujourd’hui, Hélène attend. Elle est insomniaque, car demain elle a rendez-vous au tribunal. Elle va revoir  celui qui a fait émerger un passé si douloureux qu’il l’entraine au-delà de la nuit dans un abime de désespoir et de souffrance, en particulier celle de ne pas être allée au bout.

« Qu’il emporte mon secret »  est un roman construit en plusieurs strates parallèles. Le passé et les souvenirs, le présent et cette histoire d’amour déjà finie alors qu’elle commence à peine, enfin le futur et ce rendez-vous, demain… Emporté par ces récits parallèles, le lecteur entend cette souffrance, comprend le manque, la difficulté de l’oubli, de la mémoire qui occulte, et refait avec Hélène le chemin vers sa propre rédemption… mais tout n’est pas si clair, tout n’est pas si simple, et l’auteur retourne avec adresse et machiavélisme le lecteur pour un final époustouflant.


Catalogue éditeur : Seuil

« Je ne peux pas t’expliquer pourquoi, pas maintenant, mais sois patient, je te raconterai dès que j’aurai trouvé les mots. J’ai besoin de respirer, encore un peu, un autre air que celui, étouffant, de l’été 1984, celui que j’avais refoulé et que j’ai retrouvé dans une salle de la prison de Nantes, il y a trois semaines ».Deux nuits ont bouleversé la vie d’Hélène à 30 ans d’intervalle, la troisième, à la veille d’un procès, sera peut-être enfin celle de la vérité…Alternant le présent et le passé… Lire la suite

Date de parution 12/01/2017 / 17.00 € TTC / 224 pages / EAN 9782021337563

Mémé. Philippe Torreton

Il y a beaucoup de charme, en même temps qu’une grande nostalgie dans ce livre écrit par le comédien et auteur, Philippe Torreton.

DomiCLire_meme_philippe_torretonVoilà un bien joli livre qui vient de paraitre chez j’ai Lu, pas un roman, pas vraiment un récit, peut-être d’avantage un recueil de souvenirs, de réflexions, de regrets ou de petits bonheurs. Hymne à Mémé, (celle de Philippe Torreton, mais peut-être aussi un peu la nôtre !) mais également reflet du temps qui passe, coups de pieds et coups de cœur donnés aux souvenirs d’enfance que l’on tient bien au chaud dans sa mémoire.

J’ai bien aimé, alors que j’étais un peu réticente à l’idée de ce livre écrit par un acteur, oui, je sais, c’est stupide ! Et bien évidement j’ai retrouvé mes propres souvenirs d’enfance, la vie qui passe, les personnes aimées qui ne sont plus, mais aussi une l’image d’une France rurale qu’on a l’impression d’avoir perdue. Toute une époque où ce n’était ni mieux ni moins bien mais juste différent d’aujourd’hui !

A lire, certainement avec beaucoup de plaisir et un brin de nostalgie.


Catalogue éditeur : J’ai Lu

Philippe Torreton dresse le portrait de celle qui fut le personnage central de son enfance. Dans les années 1970 et 1980, sa grand-mère vivait en Normandie. Il lui revient en mémoire les meubles en formica, les parties de dominos, la tendresse et la vie simple.

Collection : Littérature / Prix : 6,50 € / EAN : 9782290138892 / Date de parution : 15/02/2017

L’opticien de Lampedusa. Emma-Jane Kirby

Parce qu’il est des romans indispensables pour comprendre, ou du moins essayer,
Parce qu’il est des romans qui ne font ni rire, ni sourire, mais qu’il faut lire,
Parce qu’il est des causes qu’on embrasse ou qu’on rejette, mais qui ne laissent jamais indifférent,
« L’opticien de Lampedusa » d’Emma-Jane Kirby est de ceux-là.

Éditions des Équateurs - L'opticien de Lampedusa - Emma-Jane KirbyA l’origine, une aventure, un témoignage, une expérience dont un groupe de huit personnes se souviendra toute sa vie.
Sur l’ile de Lampedusa, l’opticien et ses amis ont pour habitude de partir en bateau ensemble, se divertir, pêcher, se relaxer et oublier les tracas du quotidien.
Sur l’ile de Lampedusa, des migrants par milliers, souvent abusés par des passeurs malhonnêtes, bravent les flots sur des embarcations de fortune pour venir chercher en Europe un hypothétique eldorado au risque d’y perdre la vie.
Sur l’ile de Lampedusa, un jour, les premiers ont croisé la route des seconds, par hasard, cris de mouette ou cris humains, les hommes, les femmes, les enfants, sont des naufragés qu’il faut sauver, des mains tendues, des corps qui souffrent, des corps qui sombrent. Et après, forcément, la vie n’est plus la même, n’a plus la même saveur tranquille pour ceux qui ne voulaient pas voir, pas comprendre, pas aider.

Emma-Jane Kirby a recueilli les témoignages de ces hommes-là, ceux qui ont vu et vécu, tenté de sauver, et de retrouver cette étincelle d’humanité qui s’allume quand les chiffres deviennent des hommes, des vrais, à qui on a tenu la main et qu’on extrait de flots où ils se perdent. Ce roman, qui est aussi avant tout un récit, m’a fait penser au très beau premier roman de Pascal Manoukian Les échoués. Problème insoluble de l’émigration, de ces pays en guerre qu’il faut fuir, mais pour aller où, s’intégrer comment, et pour y trouver quoi ? Beaucoup de questions, et bien peu de réponses satisfaisantes.

 #rl2016


Catalogue éditeur : éditions des équateurs

« Là, là-bas, des centaines. Les bras tendus, ils crachent, hoquettent, s’ébrouent comme une meute suppliante. Ils se noient sous mes yeux et je n’ai qu’une question en tête : comment les sauver tous ? »
La cinquantaine, l’opticien de Lampedusa est un homme ordinaire. Avec sa femme, il tient l’unique magasin d’optique de l’île. Ils aiment les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes autour de leur petite île paradisiaque.
Il nous ressemble. Il est consciencieux, s’inquiète pour l’avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n’est pas un héros. Et son histoire n’est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d’hommes, de femmes, d’enfants se débattant dans l’eau, les visages happés par les vagues, parce qu’ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.
L’opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l’éveil d’une conscience. Au plus près de la réalité, d’une plume lumineuse et concise, Emma-Jane Kirby écrit une ode à l’humanité.

160 pages / 15.00 € / paru le 1 septembre 2016 / ISBN 978-2-84990-458-9

Un parfum d’herbe coupée. Nicolas Delesalle

Le parfum d’herbe coupé, c’est le parfum de l’enfance, de l’adolescent qui se cherche, de la vie de famille, des moments de bonheur qui passent et qu’on voudrait bien retenir.

Domi_CLire_unparfum_dherbe_coupee_nicolas_delesalle.jpegC’est également le parfum de nos souvenirs à nous, lecteurs qui nous reconnaissons dans ces anecdotes qui parlent de cueillette de champignons, de plage, de rencontres, des premières amours adolescentes, d’une première « boum », d’une homérique partie de Rugby, de vacances en famille, d’un chien qui vous accompagne toute votre enfance, celui qu’on offre souvent à l’un des enfants, mais qui finalement est élevé par les parents pour le plus grand bonheur des fratries, qui parle de la vie en somme.

En tout cas moi je m’y suis trouvée, et c’est ce qui m’a plu finalement. Certains souvenirs sont remontés à ma mémoire, en écho à ceux de l’auteur. Pas les mêmes bien sûr, mais des impressions comme celles évoquées avec tendresse par Nicolas Delesalle. Alors je me suis revue partant à la pêche aux écrevisses dans le ruisseau qui passait en contre bas de la maison des grands parents, avec mon père, mon grand-père, et mon oncle, nuit magique pour des enfants, même si la pêche n’était absolument pas miraculeuse. Ou planquée avec mon frère derrière un fauteuil club une grande partie de la nuit, en attendant de voir la navette Apollo se poser pour la première fois sur la lune, tant était forte notre angoisse de ne pas être réveillés par les parents pour assister à cet événement que tous pressentaient extraordinaire.
C’est ce que j’ai aimé dans ce roman, l’identification que chacun peut en faire. L’idée des souvenirs, de ces quelques instants de vie qui font de nous ce que nous sommes, nous qui gardons le plus souvent ce qui est bon en effaçant ce qui a fait mal. C’est gentiment écrit, tendre, gai parfois, un peu triste aussi, comme le temps qui passe et les moments de vie avec ceux qui ne sont plus, grands-parents ou parents, mais c’est tellement vrai en même temps. Un moment de lecture agréable qui vous emporte au loin dans vos propres souvenirs. Et si finalement c’était ça le vrai but d’une lecture, le voyage qu’elle nous permet de faire, que ce soit au loin, dans l’espace et dans le temps, ou au loin dans notre propre existence ?

Rencontre avec l’auteur

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Nicolas Delesalle est grand reporter à Télérama. Ce livre est son premier roman. Comme il le dit, c’est un livre « d’opportunité ». En effet, il l’a d’abord écrit sur internet, puis sur son blog, puis en partie sur twitter, essentiellement la nuit, pour ne pas saturer ses suiveurs. Pour lui, internet, c’est une liberté d’écriture, un vent de fraicheur, qui permet d’avoir le choix du niveau de langage, ce qui lui plait énormément : « je vouvoie sur le papier, je tutoie sur internet, je tape sur l’épaule sur twitter ». C’est ensuite devenu un livre numérique, puis un roman « papier ». On y trouve à la foi des textes écrits il y a presque dix ans, et d’autres l’année dernière, lorsque s’est concrétisée l’idée d’en faire un roman.

Au départ, l’auteur souhaitait un autre titre mais c’est devenu à la demande de l’éditeur celui que nous avons eu en main et qui parle à chacun de nous, ses lecteurs, « un parfum d’herbe coupée ». En fait ce livre n’a été ni préparé ni écrit, c’est presque un livre de hasard. Il nous dit qu’il ne s’est jamais assis en pensant qu’il allait écrire un roman, c’est venu au fil de l’eau. Le roman est construit sans suivre une chronologie précise, un peu comme fonctionne la mémoire. Il n’y a pas non plus de construction romanesque, c’est plutôt structuré avec des histoires un peu plus courtes qui s’intercalent aux plus longues, comme des virgules, des respirations.

Nicolas Delesalle ne connaissait rien de ses propres arrière grands parents et il aurait aimé que son grand père lui laisse un récit tel que celui-là. D’où son envie de dire à son hypothétique arrière petite fille Anna ce qu’il était, ce qu’il avait vécu dans son enfance, son adolescence. Mais il n’avait pas d’envie particulière de lui laisser un message précis, seulement dire les souvenirs, sans chronologie, juste ce qu’il est, qui il est.

Ce parfum d’herbe coupée, c’est surtout une histoire qui touche à l’universel et qui parle à chacun de nous. Chacun peut faire surgir ses souvenirs en tournant ces pages, il s’adresse à chaque lecteur en particulier, à sa propre mémoire. L’auteur nous dit qu’il est d’ailleurs très touché par les critiques et que le regard des autres s’avère très important. Car comme tout écrivain, finalement il se nourri aussi des autres et parfois il « monte sur la table pour avoir un autre point de vue » (cf. le cercle de poètes disparus). Il nous avoue également être fasciné par «  l’instant I »celui qui fait que l’on change, qui nous rend différent. Car en fait comment peut-on être une personne avant et en devenir une tout autre personne après. D’où peut-être ce roman fait d’instants de vie ?

Dans ce parfum d’herbe coupée, il y a à la fois du fictionnel et de la réalité. Il est parfois nécessaire de transformer la réalité en mythe et donc utile et nécessaire de transformer la réalité en fiction. Même si certaines histoires sont inventées, un certain nombre sont réelles, je pense à une en particulier, Alexander, qui clôture le livre et qui m’a particulièrement touchée.

A la question sur l’écriture possible d’une suite, il nous répond oui, sans doute, mais cela dépendra du succès de son premier livre et de l’accueil de ses lecteurs.

Merci à Babelio et à Prélude édition pour cette rencontre avec Nicolas Delesalle, une soirée vivifiante et agréable avec un auteur très sympathique et abordable et qui a su prendre du temps pour échanger avec ses lecteurs.


Catalogue éditeur : Le livre de Poche / Prélude

« Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit “ouais”, j’ai dit “super”, la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le père Noël, Mathilde, la plus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. » Par petites touches qui sont autant d’instantanés de vie, Kolia convoque les figures, les mots, les paysages qui ont compté : la route des vacances, les filles, Totor le paysan aux cèpes et la maison de famille, des livres, quelques sauterelles, Raspoutine le berger allemand… Des petits riens qui seront tout.

Un premier roman remarquable, plein d’émotion, d’humour, de poésie, de profondeur, où la petite musique singulière de l’enfance ouvre sur une partition universelle.

Un parfum inoubliable. Causette

Parution :07/01/2015 /Format : 133 x 195 mm / Nombre de pages : 288 / EAN : 9782253191117