A trop aimer, Alissa Wenz

Un roman sensible et fort sur l’emprise amoureuse

Une narratrice dont on ne connaîtra pas le nom décrit sa rencontre avec Tristan. Tristan l’homme providentiel, l’amour et le révélateur de sa vie de femme, mais qui s’avère rapidement le manipulateur, celui dont l’emprise délétère va la mener à sa perte si elle n’arrive pas à s’en défaire.

Elle est danseuse, prof, aime danser et chanter, tout ce qui rend sa vie plus belle. Il est tellement beau, intelligent, créatif ce photographe, que son charisme, sa prestance et son air de ne pas avoir l’air l’ont immédiatement séduite. Elle se laisse prendre dans ses filets.

Mais le séducteur devient jaloux, exclusif. Il faut dire que Tristan est un artiste insatisfait et malheureux. Elle a tellement envie de le protéger, de compatir, de l’aider que petit à petit elle s’efface devant lui. Il doute d’elle et la fait douter. Il se plaint d’elle et la fait hésiter. Elle tente de le comprendre, mais ne voit pas que comprendre l’origine du mal ne peut en rien l’excuser. Vient alors le manque, la solitude, peu à peu elle s’isole, ne voit plus ses amis. Insidieusement la violence s’installe, sournoise, destructrice. Et surtout elle fini par s’oublier en chemin.

Alissa Wenz a le sens des mots, de la forme pour faire passer les sentiments, la douleur, la force de cette emprise et l’impossibilité de s’en détacher, pour dépeindre le côté sournois et pervers de cette manipulation destructrice. Les personnages sont terriblement émouvants. Je les ai trouvés attachants, révoltants, vivants et réels aussi par la justesse de leur description. Il y a beaucoup de sensibilité et de force dans ce roman que j’ai lu d’une traite, mais qui vous coupe le souffle tant la violence qu’il dénonce prend corps sous nos yeux.

Il est urgent de lire A trop aimer, un roman sensible et fort qui parle d’amour, un peu, beaucoup, mais surtout d’emprise, de manipulation psychologique, de violence conjugale et de mensonge. Ou comment une femme intelligente et structurée, que l’on imagine armée pour se défendre, se laisse prendre insensiblement dans le filets de l’homme qu’elle aime, jusqu’à ne plus vraiment exister. Et chacune de se dire, à sa place, qu’aurais-je fait ? Jusqu’où peut-on aller par amour sans se perdre vraiment. Une lecture émouvante et poignante.

Catalogue éditeur : Denoël

Elle le rencontre, et c’est un émerveillement. Tristan est un artiste génial qui transforme le rêve en réalité. À ses côtés, la vie devient une grande aire de jeux où l’on récite des poèmes en narguant les passants. Il ne ressemble à personne, mais cette différence a un prix. Le monde est trop étriqué pour lui qui ne supporte aucune règle. Ses jours et ses nuits sont ponctués d’angoisses et de terreur. Seul l’amour semble pouvoir le sauver. Alors elle l’aime éperdument, un amour qui se donne corps et âme, capable de tout absorber, les humeurs de plus en plus sombres, de plus en plus violentes.
Jusqu’à quel point? Au point de s’isoler pour ne plus entendre les insultes, au point de mentir à ses proches, au point de s’habituer à la peur? Est-ce cela, aimer quelqu’un?

Un premier roman d’une rare justesse sur l’emprise amoureuse.

240 pages / 140 x 205 mm / ISBN : 9782207160350 / Parution : 19-08-2020

Mademoiselle Papillon, Alia Cardyn

Un magnifique hommage aux infirmières

Dans les années 20 Thérèse Papillon est infirmière. Elle vient en aide aux plus malheureux. Il faut dire que l’on sort tout juste de la grande guerre dans laquelle elle s’était par ailleurs engagée. Elle est envoyée par la croix rouge dans le nord de la France, au dispensaire de Vraignes-en-Vermandois. Si son travail lui permet de venir en aide aux malades, chaque jour elle croise aussi la route d’enfants mal nourris, qui hantent les rues du village, jeunes pousses grandies avant l’heure. Ces petits, et un en particulier, l’émeuvent et la tourmentent, elle cherche comment leur venir en aide. Une idée germe, celle de créer un préventorium, pour nourrir et protéger les plus faibles, leur permettre de ne pas attraper la tuberculose, un mal sournois qui frappe enfants et adultes.

Avec pugnacité, elle va frapper aux portes des notables ou des institutionnels, et fini par obtenir de s’installer dans l’abbaye de Valloires, en baie de Somme. Un site qu’elle choisit entre trois propositions pour son toit en bon état, la sagesse paternelle ayant laissé des traces.

Dans ce préventorium, elle recueille et soigne des centaines d’enfants qui resteront là de nombreuses années. La guerre de 39/40 voit l’abbaye en partie investie par les soldats allemands. Elle réussira pourtant à y abriter aussi des enfants juifs.

De nos jours, Gabrielle est infirmière dans un service de néonatalogie intensive. Un travail difficile puisqu’il consiste la plupart du temps à essayer de sauver les grands prématurés et à soutenir mères et pères aussi désespérés que démunis. Il n’est pas toujours facile de se constituer une carapace et de ne pas souffrir des échecs. C’est un métier très lourd émotionnellement. Parfois Gabrielle se demande comment elle pourra le poursuivre. Tant elle se sent usée, abîmée.

Un jour, sa mère lui confie un manuscrit retraçant la vie de mademoiselle Papillon …

Le roman alterne les vies et les interrogations des deux infirmières, tout aussi attachantes et émouvantes l’une que l’autre dans la réalisation de leur métier, de leur passion, dans les questionnements qui leur permettent aussi d’avancer vers d’avantage d’humanité et d’empathie. Ce n’est jamais ni larmoyant, ni trop descriptif, malgré les circonstances évoquées, je pense en particulier aux salles de néonatalogie et à ces tous bébés prématurés qui s’accrochent à la vie.

J’y ai découvert avec Gabrielle l’approche du Nidcap pour prendre en charge ces grands prématurés. En quelque sorte, une attention que l’on porte aux émotions et au bébé lui-même, en limitant le stress causé par l’environnement hospitalier et par la façon de leur donner les soins, et en restituant leur place aux parents lors de l’hospitalisation des bébés.

Voilà un roman qui ne laisse pas ses lecteurs (lectrices) indifférents, c’est évident. L’auteur a su passer aisément d’une infirmière à l’autre, équilibrer son récit et nous faire entrer dans leurs vies, partager leurs espoirs et leurs émotions. Un magnifique hommage aux infirmières, à ces femmes (et ces hommes) qui font un métier difficile avec passion.

Thérèse Papillon née en 1886, à Saint-Germain-en-Laye, décédée en 1983, a reçu, à titre posthume, le diplome et la Médaille des Justes parmi les nations, remis aux personnes non juives, qui ont sauvé des Juifs sous l’Occupation, au péril de leur vie.

Le NIDCAP (Neonatal Individualized Developmental Care Assessment Program ou programme néonatal individualisé d’évaluation et de soins de développement) est une philosophie de soins crée en 1986 à Harvard par Heidelise Als, docteur en psychologie, qui a pour but de soutenir le développement des nouveau-nés prématurés ou vulnérables pendant leur hospitalisation.

Catalogue éditeur : Robert Laffont

Gabrielle, 30 ans, infirmière, s’occupe de grands prématurés dans un service de néonatologie intensive. L’univers de la jeune femme s’est réduit aux quelques mètres carrés de sa salle, la salle 79, où elle glisse lentement dans l’indifférence, lorsqu’elle découvre l’histoire de Mademoiselle Papillon.
En 1920, dans une France ravagée par la Première Guerre mondiale, cette infirmière de la Croix-Rouge est envoyée au dispensaire de Vraignes-en-Vermandois. Alors qu’elle tente de mener à bien sa mission, la vision des enfants qui succombent dans la rue l’obsède. Une ambition se forme et prend bientôt toute la place : elle doit bâtir une maison pour les protéger.
Lorsqu’elle franchit le seuil de la sublime abbaye de Valloires, Mademoiselle Papillon est convaincue d’approcher son rêve.

EAN : 9782221249352 / Nombre de pages : 272 / Format : 140 x 225 mm / Prix : 18.00 €

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal

Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie

Un livre comme un cri, celui de trois femmes, trois filles, Ramla, Hindou, et Safira, qui se dévoilent tour à tour dans cette vie d’acceptation et de patience imposée aux femmes peules musulmanes, au nord du Cameroun. Mais comment ne pas penser que c’est le sort d’un grand nombre de femmes en pays musulman, où Dieu et les hommes sont tout puissants.

Une fille ne doit pas aller à l’école, nul besoin d’être éduquée pour être soumise à la volonté d’un père, puis d’un époux omnipotent et d’une belle famille. Dans ces familles aux pères polygames, les filles sont une monnaie d’échange qui permet de conforter leur pouvoir et leur place au sein de la tribu et dans la communauté. Elles sont mariées en fonction de tractations entre les hommes, qui à un plus âgé, qui à un cousin, doivent accepter les autres épouses qu’on leur impose, n’ont aucun droit si ce n’est d’être patiente, obéir, se soumettre et accepter.

Safira, la première épouse, devient une daada saaré  lors de l’arrivée de la deuxième épouse âgée d’à peine dix-sept ans, Ramla. La jalousie de celle qui fut pendant plus de vingt ans l’épouse unique, et les médisances qui accompagnent la nouvelle épouse, belle et jeune, vont rendre la vie bien difficile à l’une comme à l’autre. Pendant ce temps, Hindou, la sœur de Ramla, va subir les coups, la violence, les viols répétés (comme le dit l’auteur au Sahel, le viol est une habitude, voire une culture, surtout les soirs de noces) de son incapable, alcoolique et drogué de mari qui est aussi son cousin. Car dans ces familles aux multiples épouses, les enfants sont légions, et les filles sont données en mariage sans aucune considération de leurs desiderata. D’ailleurs, les femmes ne doivent même pas exprimer la moindre volonté, ni ensuite parler de leurs problèmes ou de leurs malheurs car cela pourrait porter préjudice à la fratrie, à leur mère, et se retourner contre la famille, seul le silence et la patience sont possibles.

Un seul mot d’ordre donc, la patience, celle d’endurer, d’écouter, de subir, de souffrir, d’enfanter, de se taire, de travailler, d’obéir. Un époux et un père ont tous les droits, une fille n’en a qu’un, accepter.

Tout au long du roman au style parfois déconcertant de simplicité, mais sans doute puise t-il là toute sa puissance, ce mot là est répété à l’envi, patience, Munyal.

Ce livre a fait surgir en moi les émotions ressenties à la lecture du roman Syngué Sabour, Pierre de patience de Atiq Rahimi, ce long monologue d’une femme musulmane qui vit en Afghanistan, encore un pays où la femme se doit d’être uniquement une épouse soumise qui accepte tout en silence. Je ressors de cette lecture encore plus révoltée contre ces hommes qui imposent, qui mutilent, qui exploitent les filles au prétexte qu’elles sont femmes, et en utilisant l’alibi facile de la religion et de la tradition. Mais aussi contre ces femmes soumises qui se taisent et permettent aux traditions de perdurer et de toucher à leur tour leurs filles.

Djaïli Amadou Amal, qui a subit a dix-sept ans un mariage forcé avec un homme plus âgé qu’elle, ose dénoncer la condition des femmes au Sahel, briser les tabous, élever la voix dans le silence des familles, des communautés. Cette figure de proue de la nouvelle littérature camerounaise écrit pour faire savoir et dénonce les mariages forcés, l’enfer de la polygamie, les discriminations faites aux femmes. C’est une voix qui compte pour aider les filles de son pays et de tant d’autres encore.

Munyal; les larmes de la patience est son troisième roman, il paraît en septembre 2017 et reçoit le 1er Prix Orange du Livre en Afrique en 2019. Cette version, publiée par Emmanuelle Collas, est également en lice pour le prix Goncourt 2020.

Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Un roman poignant, qui lève le voile sur la condition des femmes au Sahel. Une des valeurs sûres de la littérature africaine.

Date de parution : 04/09/2020 / EAN : 9782490155255 / Prix 17€

À la frontière de notre amour, Kyra Dupont Troubetzkoy

Tomber amoureux dans un pays en guerre

Gaïa est une jeune femme qui vit à deux cent à l’heure sa passion et son métier d’humanitaire dans les zones de combat, sur fond de Tchétchénie, d’Afghanistan et de 11 septembre.
Ces missions dangereuses et prenantes occupent toute son énergie. Elle va pourtant tomber sous le charme de Peter, un soldat des Forces spéciales américaines qu’elle rencontre à un check-point qui ne lui dévoile ni ses missions, ni son nom, ni sa véritable fonction. Ils vont découvrir l’amour par épisodes, disparition, retrouvailles, silences, dizaines de messages sans réponses, toute la difficulté que vivent ces combattants du terrain.

Pourtant, de rencontres en retrouvailles, Gaïa et Peter vont s’aimer, se trouver… Aux côtés de Gaïa, le lecteur va vivre une histoire d’amour en zone de guerre, découvrir des lieux rarement fréquentés, des prisons, bases militaires, barrages ou même des camps de prisonniers.

Mais comment l’amour peut-il naître et surtout résister lorsqu’il naît au cœur des conflits ? Quelle peut être sa réalité, sa longévité, comment deux personnes qui vivent sous une telle pression pourront-elles se retrouver ensuite, et d’ailleurs le pourront-elles ?

La difficulté ne serait-elle pas de changer de vie, d’arrêter de vivre dans le danger permanent comme si tout allait s’arrêter demain ? Que peut devenir leur couple dans un train train quotidien classique et tellement banal. Et si justement c’était là toute la question ?

Ce roman est fondé sur des témoignages d’anciens humanitaires et nous en apprend beaucoup sur la réalité de leurs missions toutes bien différentes suivant les époques et lieux où ils se trouvent. Un peu trop dense parfois à mon goût, ou alors il n’y a pas assez de pages pour équilibrer la partie romanesque et les faits décrits de l’intérieur. Du coup j’ai eu parfois l’impression que cette histoire d’amour était surtout un prétexte pour évoquer les difficiles conditions de vie sur le terrain pour les humanitaires, mais que l’auteur n’avait peut-être pas su réellement sur quel pied danser, roman, pas roman, et de ce fait j’ai eu du mal à m’attacher vraiment aux personnages. Malgré ce léger bémol, j’ai passé un bon moment de lecture.

Catalogue éditeur : Éditions Favre

Gaïa, une jeune humanitaire, brave tous les interdits liés à sa profession pour succomber au charme d’un soldat des Forces spéciales américaines qui refuse pourtant de lui révéler sa véritable identité. Rencontré par hasard à un check-point en pleine guerre de Tchétchénie, elle ne sait rien de ce mystérieux « Peter » qui disparaît au terme de sa mission alors qu’elle en tombe éperdument amoureuse. Qui est-il vraiment ? Un soldat, un agent, un espion ? Se sert-il d’elle ? Leur histoire est-elle possible ?
Le lecteur suit Gaïa – et Peter par procuration- au gré de leurs différentes missions dans le Caucase, en Afghanistan, en Irak et ailleurs, doute et espère avec elle, parachuté au cœur de conflits qui ont façonné la carte du monde actuel et dont elle révèle, de l’intérieur, des aspects peu connus.

15 € / 192 pages / Parution : 2 septembre 2020 / ISBN 978-2-8289-1856-9

Le courage des autres, Hugo Boris

Un regard lucide sur les transports en commun, ce lieu où s’expriment courage ou lâcheté

Un dossier qui déborde, empli de petits bouts de papiers, tous griffonnés par l’auteur lors de trajets en transport en commun. Puis un jour vient l’envie d’en faire quelque chose. De dire la foule et la solitude, les moments d’angoisse ou de silence, de grâce ou de violence, de tendresse ou d’étonnement, la vie de tous ces inconnus que l’on croise le temps d’un trajet sans jamais revoir.

Alors qu’il venait de passer sa ceinture noire de judo et se sentait capable de répondre à toutes les agressions, Hugo Boris assisté à une agression dans un train de banlieue. Comme tant d’autres, il est quasi paralysé face à ça. Son seul réflexe est de tirer la sonnette d’alarme, c’est déjà pas si mal.
À partir de là, régulièrement il pose sur le papier ses impressions lors de ses voyages dans les transports en commun. Petits instants de vie, petits bouts de papier qui s’empilent pour ne pas oublier.

Car on se retrouve dans ces moments, peur, sourire, crainte, lâcheté, tête baissée pour ne rien voir, oreilles bouchées pour ne rien entendre, changement de wagon, mais aussi sourires, tendresse, émotion, humour, crainte, violence, silence, absence, curiosité, étonnement, sidération, tout est là, chaque jour, devant chacun de nous, voyageur occasionnel ou habituel. Elle court elle court la banlieue dans le train, métro, RER, témoins de moment de vies qui passent et que l’on ne remarque même plus. Tout cela nous rappelle un quotidien qui parfois inquiète mais que nous aimerions tant retrouver en ces temps confinés.

Du même auteur, retrouvez les avis de Alex Mot-à-Mots et Les Miscellanées de Cookie. Lire également ma chronique de Police, un roman disponible chez Pocket.

Catalogue éditeur : Grasset

Hugo Boris vient de passer sa ceinture noire de karaté lorsqu’il fait face à une altercation dans le RER. Sidéré, incapable d’intervenir, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. L’épisode révèle une peur profonde, mélange d’impuissance et de timidité au quotidien. Trait de caractère personnel ou difficulté universelle à affronter l’autre en société ? Ce manque de courage l’obsède. Sa femme lui suggère de «  se faire casser la gueule une bonne fois pour toutes  » pour l’exorciser.
Mais Hugo Boris est écrivain, alors, pendant quinze ans, il consigne sur le vif ces situations d’effroi dans les transports en commun. Il peint aussi le ravissement d’une rencontre, l’humanité d’un dialogue, l’humour d’un échange imprévu. À travers ces miscellanées heureuses ou tragiques, il décrypte une mythologie contemporaine, celle du métro et du RER, et cherche à appréhender ses craintes, à la maîtriser par la distance, la littérature ou… la lecture de Dragon Magazine !
Il tente aussi de conjurer sa peur en guettant le courage des autres sous toutes ses formes, profondément admiratif de tous ceux qui parviennent à intervenir lorsqu’une situation les interpelle, les sollicite, exige une prise de parole, un geste. Il dessine un hommage à tous ceux qu’il a vu avoir, sous ses yeux, le cran qui lui manquait. Et se demande si le courage est contagieux.
Totalement original, sincère, d’une actualité, d’une précision d’écriture et d’observation remarquables, ce recueil de textes brefs touche au plus juste. En se mettant à nu, Hugo Boris parle de chacun de nous, de nos lâchetés et de nos malaises quotidiens, de nos éblouissements et, parfois, de nos héroïsmes.

Ancien assistant réalisateur, Hugo Boris travaille dans une école de cinéma. Il est l’auteur de cinq romans très remarqués et a reçu de nombreux prix littéraires. Aux éditions Belfond : Le Baiser dans la nuque, La Délégation norvégienneJe n’ai pas dansé depuis longtemps et Trois grands fauves. Il a publié POLICE chez Grasset en 2016 : prix Eugène Dabit, prix des lycéens PACA, traduit en trois langues, sortie prévue au cinéma en mars 2020 (réalisation Anne Fontaine, avec Omar Sy et Virginie Efira). Tous ses livres sont disponibles chez Pocket.

Parution : 8 Janvier 2020 : Format : 130 x 209 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246820598 / Prix : 17.00€ / EAN numérique: 9782246820604 Prix : 11.99€

A l’ombre des loups, Alvydas Slepikas

Découvrir les enfants-loups, un épisode peu glorieux de l’après seconde guerre mondiale

Après la débâcle de l’armée du Reich, l’armée Rouge investit la Prusse-Orientale. Elle est sans pitié pour les populations qu’elle chasse vers l’ouest. Le discours qui était tenu aux soldats soviétiques afin de les encourager était alors « Tuez tous les allemands. Et leurs enfants aussi. » (Ordre de l’état-major soviétique 1945-1946).

A la frontière avec la Lituanie à partir d’avril-mai 1945, femmes et enfants allemands souffrent de faim et de froid, ils risquent leur vie à chaque instant. Impossible pour les familles de rester ensemble, souvent les mères ont été réquisitionnées pour travailler, les pères ont disparu. Des milliers d’enfants, souvent orphelins, doivent trouver par eux-mêmes le moyen de survivre, malgré la grande famine qui sévi alors. Ils sont connus sous le nom de Wolfskinder ou enfants-loups. Ils n’ont qu’un espoir, atteindre en prenant le train ou en passant par les forêts la Lituanie tout proche, se proposer dans les fermes, travailler et quémander pour ne pas mourir de faim.

Heinz est un de ces enfants. Il a déjà franchi la forêt, il est de retour avec un peu de nourriture pour sa famille, ses sœurs, sa mère, et l’amie de celle-ci. Mais les soldats sans pitié rodent, il doit repartir. Tout comme ses sœurs qui tenteront à leur tour de survivre en s’enfuyant. Seuls le plus souvent, car impossible d’accueillir plusieurs enfants, ni de leur donner à manger. Les Lituaniens ne sont pas très accueillants, et lorsqu’ils le sont, ils craignent tant de déplaire au régime soviétique et d’être envoyés en Sibérie, que leur aide est parcimonieuse. Alors Heinz, comme Renate à son tour,  devra errer de maison en maison. Ils deviennent cette main d’œuvre corvéable à merci qu’ils offrent en échange d’un repas, d’un morceau de pain, d’un abri. Puis il faut reprendre la route et marcher de village en village, seul, loin des siens, sans espoir de les retrouver un jour.

Ce roman qui met en lumière cet épisode bien sombre de l’après-guerre tient presque du mauvais et dramatique conte de fées. De ceux auxquels on ne veut pas croire et qui font frissonner de terreur. Une fois de plus s’il était besoin de la démontrer, les enfants sont affamés, exploités, parfois violés ou assassinés, souffrant de froid, de manque d’éducation, les premières victimes de la guerre et de la folie des hommes.

Dans ces années 46/48, pas moins de 200 000 femmes et enfants ont été dépossédés de leurs fermes, de leurs biens, laissés dans un état de dénuement extrême. Une bonne moitié décédera de froid et de dénutrition. Près de 30 000 enfants ont vécu cette horreur, pris en étau entre l’armée soviétique et la famine.

Catalogue éditeur : Flammarion

Traduction (Lituanien) : Marija-Elena Baceviciute

Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de s’achever, femmes et enfants allemands sont exposés à l’avancée de l’armée soviétique victorieuse en Prusse-Orientale. Dépossédés de leurs biens, craignant pour leur vie, ils endurent la faim et le froid, tandis qu’autour d’eux tout n’est plus que désolation. Leur unique espoir est de gagner la Lituanie voisine pour trouver à se nourrir : malgré la menace omniprésente des soldats russes, certains enfants décident d’entamer le périlleux voyage. La forêt sombre et inquiétante devient alors l’un des seuls refuges de ceux que l’Histoire appellera les « enfants-loups ».

Dans ce roman bouleversant, Alvydas Šlepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes. À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prête une poésie et une beauté aussi inattendues que fascinantes, qui confèrent à ce livre une force irrésistible.

Alvydas Slepikas est dramaturge, scénariste et metteur en scène. Il a déjà publié plusieurs recueils de poésie et dirige la rubrique littéraire de l’hebdomadaire Literatura ir menas. À l’ombre des loups (Flammarion, 2020) est son premier roman.

Paru le 08/01/2020 / 240 pages / ISBN : 9782081458017 / Prix : 19,00€

Suzanne, Frédéric Pommier

Suzanne, un roman indispensable, récit tendre et émouvant d’une vie et de la fin de vie dans un Ehpad

Suzanne est née en 1922, autant dire il y a un siècle, dans une famille relativement aisée, sur les hauteurs de sainte Adresse, le quartier huppé du Havre. Ses parents se sont connus pendant la première guerre mondiale. Un père aimant mais bien trop absent, une mère égoïste qui lui montre si peu d’amour et qui est très exigeante envers sa fille.  Elle grandit en sagesse, douée à l’école, plutôt jolie. Elle épouse Pierre, une vie de couple sereine, des enfants, des filles surtout puisque leur fils meurt au berceau. Une vie somme toute heureuse et qui n’a rien de très extraordinaire, si ce n’est le confort et l’amour et les sentiments chaleureux partagés par tous y compris dans les épreuves. Suzanne, une femme libre, active, qui aime le sport, la culture, la vitesse dans sa voiture, sa liberté et les voyages.

Mais aujourd’hui, parce qu’elle ne peut plus vivre seule ni même dans son petit appartement dans la maison de retraite, Suzanne a été placée dans un Ehpad. S’il paraissait correct lors du premier rendez-vous, en fait il a tout d’un mouroir où le manque criant de personnel et la mauvaise gestion (enfin, mauvaise ça dépend pour qui) fait que les personnes placées-là ne mangent pas à leur faim, ne sont ni soignées ni accompagnées correctement, où humiliations, maltraitances, vols, sont devenus son quotidien. Un grand réalisme dans les descriptions du personnel, une jeune plus intéressée par son portable, trop pressés pour faire les toilettes, les soins minuteur en main, pas le temps de réparer le rideau, qu’importe, une vieille dame, ça reste plusieurs jours dans le noir.  Et difficile aussi, quand vous ne pouvez plus vous mouvoir mais que votre tête est bien là, de supporter la déchéance des coreligionnaires, l’un perdant la tête, l’autre violent.

Il y a deux niveaux de récit dans cet émouvant roman. Les souvenirs de Suzanne, égrenés de façon assez factuelle, des phrases et paragraphes assez courts, rythmés, il faut dire que tant d’années, on ne peut pas trop s’y appesantir, et après tout, elles n’ont rien de particulièrement extraordinaire en soi. Puis la vie dans l’Ehpad, la solitude, le manque de soin, de réponse aux appels au secours par les aides ou les soignants, l’abandon, la dureté des mots, des gestes de certains, racontés par Suzanne qui n’en peut plus de survivre là. Puis racontée par le petit-fils de Suzanne, qui vient la voir, l’aide à reprendre vie.

Il y a beaucoup de sentiments, mais surtout une vision réaliste de la vieillesse, ce triste naufrage, du temps qui passe, amis, famille, relations que l’on enterre peu à peu. Il y a la solitude de celui ou celle qui reste, la maladie, le handicap. L’aide qu’il faut accepter mais qui ne vient plus de la famille, trop occupée à mener à son tour sa propre vie, avec enfants, travail, toutes ces occupations qui nous prennent tant et nous privent du nécessaire, voir et accompagner ceux qui nous précédent.

J’ai aimé le style, la narration, et la prise de conscience que cela implique d’abord d’écrire, puis sans doute de lire et d’entendre tout ce que nous dit ce roman.  Chacun doit être attentif au fait que la vieillesse d’abord, puis la prise en charge de ceux qui autour de nous ont passé l’âge d’être seul, est un vrai sujet de société. Difficile de faire sans, indispensable d’y penser, parfois tragique  quand les solutions ne sont pas humaines.

Catalogue éditeur : Equateurs et Pocket

Suzanne est ma grand-mère, ou la vôtre. Suzanne est un symbole. Du haut de ses 95 ans, elle en a des choses à dire. Toute une vie bien remplie, dans la guerre ou la paix, dans les deuils ou la joie. Bébé, petite fille, adolescente, jeune mariée, femme, mère et maintenant vieille dame, elle raconte à son petit-fils ses souvenirs, mais aussi son quotidien. Elle lui dit que jamais elle n’a dérogé à son principe « SQM », Sourire Quand Même. Et ce n’est pas toujours simple. Surtout ces derniers temps. Alors elle veut du champagne, pour trinquer au temps qui passe, et au temps qui reste.
Sous la plume de Frédéric Pommier, entre rires et larmes, Suzanne devient une déclaration d’amour, une ode au respect, un plaidoyer pour faire de la vie une fête. SQM.

Frédéric Pommier est journaliste à France Inter. Il signe ici son premier roman.

Prix : 6.95 €  / EAN : 9782266293204 / Pages : 216 / Format : 108 x 177 mm / Parution : 02/01/2020
Équateur : 236 pages / 19.00 € / parution : 18 octobre 2018 / ISBN : 9782849905708

Sang Chaud, Kim Un-Su

Dans la Corée de Kim Un-Su, quelques mafieux ont encore le « Sang Chaud », un polar à découvrir d’urgence

Entre le printemps et l’été, dans les années 90 à Busan, deuxième ville et l’un des principaux ports de Corée du Sud, les voyous ne portent pas de costard. Huisi coule des jours solitaires, bien qu’il soit le principal homme de main de Père Sohn, le chef de la mafia locale. Il loge à l’hôtel Mallijang, point central d’où il contrôle tout son territoire. Mais père Sohn et ses comparses font partie de l’ancienne garde, cette mafia locale vieille et fatiguée qui préfère la négociation attablée devant un bol de bouillon de bœuf plutôt que le conflit, à l’heure où il faut contenir d’une main ferme les élans des jeunes qui convoitent leurs territoires.

Aujourd’hui, à quarante ans, Huisi aspire à davantage de tranquillité. Il veut s’installer avec Insuk, la tenancière d’un bar à filles qu’il aime en silence depuis son adolescence, et avec Amy, son fils qu’il a déjà adopté. Comme Amy a fait quelques bêtises et q’il va bientôt sortir de prison, il pourra aussi s’en occuper. Mais comment se mettre en couple avec une prostituée quand on aspire à se faire craindre et à déployer ses ailes. C’est pourtant ce que fait Huisi. Il se lance dans les machines à sous, abandonnant son rôle auprès de Pére Sohn et déclenchant quelques inimitiés et querelles entre mafieux installés et prétendants au trône.

Dès lors, la guerre des clans est déclarée, les alliances occultent se nouent tant dans le milieu de crime organisé que de la politique (qui sont par ailleurs souvent liés), les couteaux sont tirés (et les couteaux à sashimi sont dangereusement affutés) et les combats à mort ne tiennent même plus compte des vielles amitiés.

C’est passionnant, et surtout on a l’impression de s’immerger dans un autre monde, de comprendre un peu mieux les mécanismes de la pègre locale, les trafics en tout genre (drogues, alcools, machines à sous, parasol sur la plage, mais pas seulement, on appréciera la scène picaresque de la contrebande de piment coréen largement coupé de piment chinois), les règles d’honneur et de soumission, les notions de rivalité et de territoire, dans cette Corée mystérieuse aux traditions séculaires. Une ambiance singulière, des protagonistes attachants et pour certains très humains malgré le milieu dans lequel ils évoluent, et la découverte d’un pays, du port de Busan où a grandi l’auteur, et de l’importance des guerres de territoire, où que l’on soit sur terre finalement.

Matin-Calme est une toute nouvelle maison d’éditions dédiée au polar coréen, et c’est une excellente surprise. J’ai rencontré l’équipe en fin 2019, et évoqué avec eux les titres qu’ils vont nous proposer cette année 2020. c’est un plaisir de découvrir Sang chaud de Kim Un-Su, un roman dépaysant qui renouvelle le genre, même s’il n’est pas le premier de cet auteur paru en France. Alors merci Matin Calme Polar et Pierre Bisiou  de nous permettre de faire de telles découvertes. Sang chaud est paru en début d’année, depuis, Bonne nuit maman, de Seo Mi-Ae est également disponible en librairie.

Catalogue éditeur : Matin Calme

Huisu, homme de main pour la mafia de Busan, atteint la quarantaine avec pas mal de questions. Jusque-là, il n’a vécu que pour les coups tordus, la prison, les exécutions, tout ça pour se retrouver dans une chambre minable, seul, avec pour horizon des nuits passées à dilapider son argent au casino. Il est temps de prendre certaines résolutions.
Avec un solide couteau de cuisine dans son poing serré.

Paru le 9 janvier 2020 / Prix : 22 € /  EAN- 978-2-491290-00-9

Nous n’avons pas vu passer les jours, Yann Plougastel, Simone Schwarz-Bart

Simone Schwarz-Bart évoque dans ce récit émouvant et passionnant sa vie avec André, auteur du roman « Le Dernier des Justes«  Goncourt 1959

« Il était une fois une Noire farouche et un petit Juif solitaire, qui vécurent et écrivirent une demi-douzaine de romans, sans voir le temps passer… »

Quel couple singulier ! Lui André Schwarz-Bart, un jeune juif qui arrive de Metz, issu d’une famille d’origine polonaise en grande partie anéantie dans les camps de concentration. Elle Simone Brumant, une guadeloupéenne issue de l’esclavage. Chacun est là avec ses chaines et ses morts à porter, par amour et pour se souvenir.

Après avoir fait de nombreux métiers, et passé son bac en même temps, André devient étudiant à la Sorbonne. Mais il est déçu car pour lui la culture aurait dû être liée à une élévation de l’âme, hors il ne trouve rien de cela à l’université. Il préfère retourner à ses valeurs de fraternité et de simplicité.

Ils se croisent de façon improbable dans les couloirs du métro. Elle est perdue, il s’adresse à elle en créole, ils parlent pendant des heures. C’est la rencontre de leur vie, ils ne se quitteront plus.

Lorsqu’ils se rencontrent, André est un ouvrier en train de finaliser l’œuvre de sa vie, un roman qui sort de ses tripes, ce texte qu’il doit à la fois à sa famille et à tous les juifs qui vivent en lui. Ce sera  Le Dernier des Justes. Le Goncourt de 1959 est bien plus qu’un simple roman, c’est aussi le premier qui dit ce que l’on n’appelle pas encore la Shoah, qui dit l’indicible, qui ose enfin verbaliser la souffrance, les morts, la folie de l’homme.

Considéré par certains comme un quasi « porte-parole » du judaïsme, il est conscient que cela n’est pas possible. Il a perdu la foi vers ses 13 ans alors qu’il n’est déjà qu’un survivant, et comme on le comprend. Le Dernier des Justes est écrit comme un petit caillou blanc que l’on poserait sur une tombe, un hommage à ces morts et à cette communauté partie en fumée dans les crématoires de la seconde guerre mondiale. Face à la polémique de ce Goncourt, et son incompréhension devant tant de haine, André choisit de s’exiler.

Ensuite, André décide de réaliser un  « cycle antillais », qu’il va initier et rédiger avec Simone avec le roman Un plat de porc aux bananes vertes en 1967 (puis en écrivant La Mulâtresse Solitude, Seuil, 1972). Sa démarche va être totalement incomprise. Car il rassemble dans son roman le sort du peuple juif et celui des esclaves, deux entités qui pour lui se ressemblent, car marquées l’une comme l’autre par une immense catastrophe. Face à l’incompréhension des lecteurs et des critiques pour sa démarche, il publiera par la suite très peu de livres. Blessé, meurtri par ce procès public sur sa légitimité, il part avec Simone s’installer à la Guadeloupe. Là, Simone va également publier ses romans, Pluie et vent sur Télumée Miracle en 1973, et Ti’Jean l’horizon en 1979. Quant à André, toute sa vie il rédige des notes, pose sur le papier idées et ébauches de romans, mais sans jamais rien publier.

Ils passeront quarante-six ans ensemble jusqu’au décès d’André en 2006. Après sa mort, Simone va rassembler ces archives, ces notes et ces manuscrits laissés André. Elle aurait pu en rester là, mais fort heureusement, elle va publier à titre posthume une partie de l’œuvre d’André Schwarz-Bart. Seront ainsi édités au Seuil L’Étoile du matin en 2009, L’Ancêtre en Solitude en 2015 puis Adieu Bogota en 2017.

Lors de mon dernier séjour au festival de Manosque, j’avais longuement échangé avec Louis-Philippe Dalembert, auteur haïtien que par ailleurs j’apprécie beaucoup, et ce dernier m’avait parlé de jacques, le fils de Simone et André Schwarz-Bart, musicien avec qui il apprécierait de se produire en lecture musicale. Aussi, j’ai tout de suite été intriguée par ce livre co-écrit avec Yann Plougastel, le récit de la vie de ce couple hors du commun. Et ce livre-là est absolument passionnant, alliant humanité et intelligence, lisez-le, vous ne verrez pas passer le temps !

Catalogue éditeur : Grasset

C’est l’histoire d’un couple rare. Celle de deux écrivains, l’une guadeloupéenne, l’autre juif, dont l’œuvre croisée témoigne de la souffrance de leurs peuples. Et celle de deux êtres éperdument soudés, qui, pendant cinquante-cinq ans, tous les soirs, se sont lu un poème d’amour de Pablo Neruda.
Il y a pourtant un mystère autour des Schwarz-Bart. Pourquoi, au milieu des années 1970, se sont-ils tus et enfermés dans leur maison de Guadeloupe ? Douze ans après la disparition de son mari, Simone donne sa vérité sur le parcours hors norme d’un petit juif d’origine polonaise et d’une métisse solitaire.
En 1959, André Schwarz-Bart publie Le Dernier des Justes. Premier roman d’un jeune ouvrier inconnu, orphelin de parents morts à Auschwitz, cette éblouissante saga raconte l’histoire d’une famille juive et, à travers elle, le monde yiddish, disparu dans les camps nazis. Goncourt âprement disputé avec les jurés Femina, premier succès romanesque sur le sujet, le livre est un best-seller dans le monde entier. Simone et André cosignent ensuite Un plat de porc aux bananes vertes. Mais les ouvrages suscitent d’insupportables polémiques. La vision du judaïsme de Schwarz-Bart est très critiquée et, blessé, il cesse définitivement de publier.
En Israël, sur un mur du musée de Yad Vashem, on peut lire le Kaddish révolté qui conclut Le Dernier des Justes : « Et loué. Auschwitz. Soit. Maïdanek. L’Eternel. Treblinka. Et loué… »

Parution : 23 Octobre 2019 / Format : 140 x 205 mm / Pages : 208 / EAN : 9782246861492

Les autres fleurs font ce qu’elles peuvent, Alexandra Alévêque

Quand protéger les enfants crée des blessures si longues à guérir, un premier roman témoignage émouvant, qui évoque le deuil et les secrets de famille

Violette à dix ans en 1982 quand la vie bascule, son père adoré est malade. Instituteur, fumeur invétéré, papa sérieux et mari aimant, il est un père vite idéalisé. Ses deux frères sont partis à la ville étudier, elle reste seule à la maison avec Jeanne, sa si jolie maman.

Quand la maladie arrive, brutale, au diagnostic mal posé, le silence s’installe autour d’elle. Violette n’attend rien si ce n’est le retour de son papa. Pourtant, elle est mise à l’écart. Selon une théorie fausse qui veut que l’on doit protéger les enfants dans certaines situations douloureuses, elle sera même envoyée en vacances chez des amis.

Le roman alterne deux époques, les années 80, avec la maladie et ses conséquences dans  l’entourage familial. Puis 2009 et après, quand quarante ans plus tard, cette blessure la touche encore et que son travail de deuil n’est toujours pas accompli.

Un roman émouvant, où les choses sont dites avec douceur et réalisme. C’est à la fois vivant et triste. En parallèle du drame familial il y a les souvenirs heureux d’une enfance passée dans une famille aimante, l’école, les copines, les rêves. L’incompréhension face à une situation douloureuse que l’enfant n’est peut-être pas prête à entendre, et la réaction de la famille, puis le travail de la femme d’aujourd’hui, sa vie depuis et comment on se construit dans l’absence et le silence.
Une jolie lecture malgré le thème qui aurait pu être pesant. Un auteur que je découvre avec grand plaisir.

Catalogue éditeur : Sable Polaire

Violette vit dans un monde idyllique entre ses parents, et ses deux frères. Un jour d’octobre 1982, ce doux quotidien se trouve chamboulé. Son papa, alité depuis quelques jours à cause de maux de tête, est emmené à l’hôpital. Quand Violette comprend que cette vie sans heurts est en train de prendre une sale tournure, une multitude de questions la hante : peut-on mourir d’un mal de crâne ? Combien de temps vont rester tous ces gens à pleurer dans le salon ? Et pourquoi passent-ils leur temps à écouter une cassette audio ? Vingt-sept ans plus tard, Violette est une femme obsédée par une pensée : elle doit absolument récupérer cette satanée cassette.

Date de parution 21/08/2019 / 20cm x 13cm / Nombre de pages : 128 / EAN : 978-2490494606