Les reins et les cœurs, Nathalie Rheims

Quand la vie ne tient plus qu’à un fil, la résurrection est parfois au bout du chemin, découvrir « Les reins et les cœurs » le récit de Nathalie Rheims

couv du récit les reins et les cœurs de Nathalie Rheims photo Domi C Lire

« Les reins et les cœurs » le récit témoignage de Nathalie Rheims paru aux éditions Léo Scheer est le vingtième livre de l’auteur. Mais pour celui-ci elle n’a pas eu besoin d’imagination, ni de personnages fictifs, mais bien d’une réalité qui poursuit les femmes de sa famille de génération en génération. Jusqu’au jour où cette maladie héréditaire la frappe à son tour. Jusqu’au jour où ses reins s’arrêtent de fonctionner.

Bien sûr au départ il y a le déni – pas moi, je ne suis pas de cette famille-là-, le doute –et si c’était vrai- puis la révolte, la faiblesse et l’abandon, faut-il rendre les armes ou accepter l’inéluctable, ce par quoi sont passées les autres femmes, mère, tantes, grand-mère…

Alors que son corps abdique et que la mort semble si proche, il en aura fallu de la volonté, du courage, et l’aide et le travail de la médecine et des personnels soignants pour remonter la pente vertigineuse qui mène à la mort, puis le don absolu pour parvenir à l’impossible, le reins d’un autre, pour retrouver la vie au bout de ce tunnel de souffrance inimaginable.

J’ai fait cette lecture en apnée, impossible à lâcher, c’est un témoignage particulièrement émouvant, mais aussi tellement positif. Moi qui vit avec une mère malade des reins depuis tant d’années, avec un père décédé d’un cancer du rein, comment-dire, je suis émue, touchée, bouleversée par ce livre.

En lisant ce récit, impossible de ne pas penser également au roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants.

Catalogue éditeur : Léo Scheer

« J’avais fini par imaginer que les reins, parce qu’ils fonctionnent sans qu’on puisse rien en savoir, sont le véritable siège de l’inconscient. J’avais opté pour les maintenir dans cette sphère de mon ignorance. Inutile de fouiller dans ces zones d’ombre, je savais très précisément où cela me conduirait. Qui étais-je pour me croire l’égale de celui qui, seul, peut sonder les reins et les cœurs ? »
Pour écrire ce texte, Nathalie Rheims n’a pas été guidée par son imagination. Confrontée à une réalité implacable, elle raconte une année de lutte contre un mal singulier, qui, de génération en génération, frappe toutes les femmes de sa famille. Arrivée aux limites de ce que le corps et la conscience sont capables d’endurer, elle doit faire un choix, auquel elle n’aurait jamais cru devoir faire face, un choix sublimé par le don, mais rongé par le sentiment de culpabilité.

Parution 21 août 2019 / 216 pages / 18 euros / EAN 9782756112909

Boris Vian, le sourire créateur, Valère-Marie Marchand

Dans « Boris Vian. Le sourire créateur » Valère-Marie Marchand retrace la vie de Boris Vian alias Vernon Sullivan, sublime artiste talentueux et singulier disparu en 1959.

Chanteur, polémiste, libertaire mais pas contestataire, scénariste, traducteur, interprète, auteur, trompettiste, et passionné, Boris Vian est un touche-à-tout de talent.

Né en mars 1920 à Ville d’Avray, banlieue chic de Paris, ce pilier du saint Germain des Près de l’après-guerre va connaître la seconde guerre mondiale et fera ses études et ses débuts sous l’Occupation. Ce génie des mots et des notes est avant tout un être singulier. Ingénieur de formation et de métier, c’est un artiste à la créativité débordante. C’est un littéraire aussi éclectique que talentueux, un timide pourtant contestataire, un amoureux toujours passionné, un traducteur de génie, un musicien en sursit puisqu’une malformation cardiaque aurait dû l’empêcher de jouer de la trompette.

Boudé par les professionnels et les critiques en particulier, il écrit « des histoires que personne n’a songé à écrire » et produit de nombreux textes et romans, poésies, essais, chansons. Il touche même au cinéma. Il écrit et joue contre le temps, contre la maladie qui l’emportera comme il l’avait prédit à l’aube de ses quarante ans.

Bien sûr ici aucune surprise, l’homme, sa passion du jazz, ses chansons, ses écrits, sont connus. Mais voilà assurément un document complet et dense, foisonnant de témoignages, qui éclaire l’image que l’on a de lui et va permettre de le faire découvrir au plus grand nombre.

Boris Vian ou Vernon Sullivan, un auteur que j’ai aimé passionnément dans ma jeunesse et dont j’ai lu quasiment toute l’œuvre, aussi bien les romans que les différents textes et chansons. Je ne pouvais donc qu’être intéressée et intriguée par un nouveau texte sur cet auteur emblématique d’une époque qui nous a quittés il y a soixante ans.

Boris Vian, le sourire créateur est un livre dense, hyper documenté parfois jusqu’à saturation pour un lecteur qui ne serait pas passionné. Mais tellement complet qu’il est indispensable pour bien comprendre l’homme et l’artiste qui se cachent derrière ce nom connu de tous : Boris Vian. Et pour compléter le tout, on trouve à la fin du livre un lexique des mots et expressions emblématiques de l’auteur, sa biographie en quelques dates, ses différentes adresses, sa bibliographie, les titres des principales chansons qu’il a écrites, ses apparitions au cinéma, et un index qui répertorie les noms de ceux qui l’on côtoyé… toute une époque défile dans ces quelques pages.

Catalogue éditeur : Écriture, éditions de L’Archipel

Le 23 juin 1959, Boris Vian est terrassé par une attaque pendant la projection de J’irai cracher sur vos tombes, film tiré de son roman. Il disparaît avant d’avoir eu 40 ans, comme il l’avait lui-même prédit.

« Né sous le signe du poisson-volant », l’inventeur de la roue élastique était imprévisible. Chanteur et polémiste, libertaire mais non contestataire, classique sans cesser d’être d’avant-garde. Mais aussi scénariste, traducteur, bricoleur, peintre, trompettiste, amateur de cylindrées, interprète, fabuliste, acteur, pataphysicien, objecteur de conscience, poète… Et, bien sûr, romancier : le prince de Saint- Germain-des-Prés, alias Vernon Sullivan, avait autant d’identités que de pseudonymes.
Fuyant le « grelot funèbre des prophètes », les musiciens à théories comme les romanciers à  thèses, que pouvait bien cacher l’énigmatique Bison Ravi, ingénieur du verbe, du swing et de la vie ? Quatre-vingts de ses proches, à commencer par Michelle Vian, répondent dans ce livre, dont certains n’avaient jamais témoigné : Guy Béart, Claude Bolling, Juliette Gréco, le maquettiste Massin, Georges Moustaki, J.-B. Pontalis, Jean-Jacques Pauvert, Nadine de Rothschild…
Enrichie de documents rares ou inédits, cette biographie est aussi le portrait d’une époque. Jamais le singulier auteur de L’Ecume des jours et de L’Arrache-cœur n’avait paru si pluriel.

22.00 € / EAN : 9782359052992 / juin 2019

Manuel à l’usage des femmes de ménage, Lucia Berlin

Une découverte littéraire rare. Un bonheur de lecture, tout simplement. Mais pourquoi avons-nous attendu aussi longtemps pour en entendre parler !

Couverture du roman "Manuel à l'usage des femmes de ménage" de Lucia Berlin édition Le Livre de poche

S’il est vrai que j’aime beaucoup lire des nouvelles, là, c’est tout simplement autre chose. Il y a tout dans cette écriture, le style, les mots, les émotions, la vie, les douleurs et les joies, la famille et la société, les villes parcourues, les évènements vécus. Lucia Berlin est née dans les années 30 et nous transporte tout au long de ces quelques dizaines d’années de sa vie en 600 pages.

Lucia Berlin est un auteur fabuleux, qui a su m’embarquer dans ses histoires, vraies, puisqu’elle les raconte et ne ment jamais, c’est elle qui le dit. J’ai eu l’impression de la suivre partout, et de la comprendre. Les personnages sont autres, les noms aussi, mais on la retrouve, ainsi que sa mère, sa sœur, ses maris, ses fils, ses amours, ses collègues et ses patrons, ses voisins et ses amis…

Elle parle de son enfance, abusée par un grand-père, aux côtés d’une grand-mère qui n’intervient pas, élevée par une mère alcoolique qui ne montre jamais le moindre signe de tendresse ou d’intérêt pour sa fille, et un père absent, il part à la guerre en 1941, de New York au Chili, du Texas à Oakland. Puis c’est la rencontre avec son premier mari, si jeune, rejeté par ses parents. Trois mariages et quatre fils plus tard, elle aura connu des métiers à la pelle, artiste bohème avec ses maris poète ou sculpteur, mais aussi enseignante, elle parle anglais et espagnol, standardiste, femme de ménage, elle connait des hauts et surtout des bas, alcoolique, seule, abandonnée, amoureuse, trahie, mais souvent entourée, accompagnée, elle aura tout vécu et tout surmonté.

Cette écriture est magique, en quarante-trois nouvelles, j’ai été plongée dans toute époque. Rien n’est lassant, on tourne les pages et on avance avec bonheur dans cette vie si singulière, si atypique. Il y a de l’émotion, de la tendresse, de l’espoir, c’est à la fois critique et violent, sensuel et poignant, et ce n’est jamais amer. Il  y a des descriptions, imagées, émouvantes, vibrantes. Les couleurs, les sons, les gestes, sont là pour dire la vie ou la mort. La maladie est présente mais magnifiée par l’amour des deux sœurs, leur complicité, leurs souvenirs, leurs arrangements aussi avec ces souvenirs, ceux de la mère en particulier, avec ses suicides à répétition et son désamour pour sa seconde fille. C’est aussi gai que mélancolique, c’est cruel et intime, incisif et tendre, bluffant de justesse et de vérité, le tout porté par un rythme, un souffle, une maitrise de l’écriture assez unique. Alors si vous hésitez encore, allez-y, vous ne serez pas déçus !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Le livre de Poche & Grasset

Elle est une grande écrivaine injustement méconnue, une reine de la narration. Lucia Berlin (1936-2004), mariée trois fois, mère de quatre garçons, raconte ici ses multiples vies en quarante-trois épisodes. Élevée dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a été successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilégiée à Santiago du Chili, une artiste bohème dans le New York des années 1950 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Elle a su saisir les miracles du quotidien jusque dans les centres de désintoxication du sud-ouest des États-Unis, égrenant ses conseils avisés et loufoques tirés de ses propres expériences d’enseignante, standardiste, réceptionniste, ou encore femme de ménage. Un destin exceptionnel.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Valérie Malfoy

Éditeur d’origine : Grasset / Date de parution : 26/09/2018 / EAN : 9782253071402 / 600 pages / Prix : 8,70€

Crédit photo 1963 Buddy Berlin © 2015 – 2018, Literary Estate of Lucia Berlin LP

A la ligne, Joseph Ponthus

A la ligne, le premier roman captivant de Joseph Ponthus met en scène le quotidien de l’usine, expérience éprouvante qu’il transcende avec poésie et talent.

Ouvrir ce roman et comprendre qu’il n’ira pas, à la ligne, en tout cas pas de façon classique, avec des points et des virgules… Non, même pas à la ligne pour respirer, car le souffle indispensable pour lire ce roman est à puiser au plus profond de soi. Ce n’est pas un récit ordinaire, mais celui du travail à l’usine, à l’abattoir, difficile, sanglant, violent.

Passées les premières pages, où l’œil et l’esprit s’habituent à la forme atypique, le récit est comme scandé et le lecteur est happé…

J’écris comme je travaille
A la chaîne
A la ligne.

C’est un homme instruit, lettré, qui a quitté son travail en région parisienne pour suivre sa femme en Bretagne. Mais là, il y a trop peu d’emploi, aussi est-il prêt à accepter tout ce qu’on lui propose. Travailler à l’usine de poisson, plats cuisinés, cuisson de bulots à la chaine, tofu à égoutter, rien ne le rebute, même si tout cela lui parait bien difficile. Mais ça c’était avant de connaitre le travail qui l’attend, à l’abattoir. Car lorsque vous êtes intérimaire, pas possible de dire non, sinon le prochain poste disponible ne sera pas pour vous. Et des sous, il faut en gagner pour vivre. Alors on bosse, on se fatigue, on pleure même de douleur et d’épuisement la nuit en rentrant, quand il faut encore sortir le chien qui vous attend en vous faisant la fête, car la pénibilité des postes de l’usine, de l’abattoir, il ne les connait pas. Alors on attrape une vendredite aigüe, mais on s’y fait finalement… Et on essaie de gagner un peu de sommeil, un peu de repos, pour repartir dès lundi matin, ou à pas d’heure, c’est tout le charme du travail à l’usine ces horaires de fou, enfermé sans voir ni le jour, ni la nuit.

Chaque soir, le narrateur inventorie tout, les gestes, les phrases, les répétitions, les problèmes, la douleur, les petits bonheurs, les heures supplémentaires ou les heures gagnées tous ensemble pour finir plus vite, ou moins tard, c’est selon. Mais aussi toutes ces pensées qui l’assaillent, qui peuplent son esprit pendant que son corps fait les gestes mille fois répétés, automatisme salvateur qui permet à l’esprit de s’évader. Il nous fait sentir également cette solidarité et en même temps cette pénibilité que tous doivent subir ensemble. Le courage qu’il faut, le soir, quand il tombe d’épuisement pour continuer à coucher sur le papier les mots qui disent les maux, les gestes, les souffrances quotidiennes.

Étonnant témoignage, qui a la puissance de cet écrit si particulier qu’il vous oblige presque à le lire d’une traite jusqu’au bout. Hypnotique et puissant, rythmé, porté par la poésie qui s’en dégage, il est le témoignage d’une fatigue immense, dévorante. D’un malaise aussi, celui des ouvriers à la peine qui doivent accepter et subir pour continuer à vivre.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : La Table Ronde

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.

Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Parution : 03-01-2019 / 272 pages, 140 x 205 mm / Achevé d’imprimer : 01-10-2018 / ISBN : 9782710389668 /  Prix : 18,00 €

Et tu n’es pas revenu. Marceline Loridan-Ivens

« Toi, tu reviendras peut- être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas » c’est une vie offerte pour une vie perdue…

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Ce roman récit de Marceline Loridan-Ivens était dans ma bibliothèque depuis longtemps… l’envie de lire était là, mais sans jamais en prendre le temps, car c’est exactement le livre qui va vous marquer, vous toucher, et vous savez d’avance que vous y penserez pendant des jours et des jours.

Marceline s’est éteinte il y a peu, mais son aura est là, prégnante, éternellement attentive au souvenir du père, des oubliés, des disparus, des compagnons de malheur, des camps, de son amie Simone disparue avant elle, toutes deux emportant avec elles la mémoire de ces temps sombres qu’il ne faudra jamais oublier.

Arrêtés dans le château qu’avait acheté son père à Bollène, Marceline et son père ont été déportés en même temps en avril 1944. Elle, Marceline, 15 ans à peine, va être internée à Birkenau. Lui, Schloïme, Salomon, à Auschwitz. A des milliers de lieues l’un de l’autre, tant la communication, le dialogue, et ne serait-ce que savoir si l’autre est encore vivant, étaient tout simplement impossible. Ils étaient pourtant à peine à 3 kilomètres l’un de l’autre, femmes d’un côté, hommes de l’autre. Et au milieu, les crématoires, le tri, le gaz, la mort et la vie, Mengelé et les trains de déportés, la mort, toujours. Marceline se souviendra toute sa vie des mots de son père, Toi, tu reviendras peut- être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas. Une vie offerte, une  vie donnée, perdue, pour en sauver une autre ? Une sensation qui ne la quittera jamais, celle d’avoir échangé, d’avoir pris, la vie de son père, celle que cette vie-là aurait été plus indispensable à toute la famille, celle d’une usurpation en somme. Il y a cette lettre, ces mots de son père, qui disent la vie, l’espoir au milieu de l’horreur. Il y a cette rencontre dans le camp entre le père et la fille, les coups, mais il y a aussi la douleur, les petits larcins pour survivre un jour de plus, la maladie, la peur. Il y a aussi le bonheur inexprimable d’avoir été arrêtée avec ce père qui est tout pour elle. Indicible et si fort.

Je t’aimais tellement que je suis contente d’avoir été déportée avec toi.

Mais que ce texte est beau, sincère, émouvant, fort… Difficile d’y mettre des mots, tant il y a de présence, de douleur, de souvenirs, de vie aussi. En même temps, il n’est pas triste, revanchard ou désespéré, il y a une part de vie, c’est incroyablement positif.

A lire, d’urgence, pour savoir et ne pas oublier, pour tenter de comprendre, un peu, si peu…

Comment transmettre ce que nous avons tant de mal à nous expliquer ?

Je suis l’une des 160 qui vivent encore sur les 2 500 qui sont revenus. Nous étions 76 500 juifs de France parti pour Auschwitz-Birkenau. Six millions et demi sont morts dans les camps. Je dine une fois par mois avec des amis survivants des camps, nous savons rire ensemble et même du camp à notre façon…

S’il savaient la permanence du camp en nous. Nous l’avons tous dans la tête et ce jusqu’à la mort.

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Grasset

Marceline Loridan-Ivens et Judith Perrignon

« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Parution : 04/02/2015 / Pages : 112 / Format : 120 x 188 mm / Prix : 12.90 € / EAN : 9782246853916

Le lambeau. Philippe Lançon

Quand on a vécu l’horreur, comment peut-on se reconstruire ? Le lambeau, de Philippe Lançon est un coup puissant porté à nos émotions. C’est certainement l’un des livres les plus marquants de ces dernières années.

Domi_C_Lire_le_lambeau_philippe_lanconCommencer ce livre, et penser aux morts, à leur familles, à tous les perdants,
Commencer ce livre et penser aux vivants,
Commencer ce livre et penser à tous les blessés, ceux qui doivent vivre avec, vivre après, vivre pourtant…
Commencer ce livre, et ne pas comprendre l’horreur qui frappe des innocents au nom d’un Dieu qui serait tout puissant et surtout qui serait l’instigateur de l’horreur ? Qui, dites-moi qui pourrait croire ça ?

Philippe Lançon est critique pour Libération et Charlie hebdo, ce journal quasi moribond en début 2015. Arrive le 7 janvier, jour de la réunion éditoriale chez Charlie, puis l’horreur, les morts autour de vous, les bruits, l’attente, et d’interminables journées d’hospitalisation, d’opérations diverses et hasardeuses, de tentatives de reconstruction en restant cependant comme terré dans sa chambre d’hôpital, protégé, entouré dans une bulle de silence, loin des bruits et de la fureur du monde extérieur, celui qui a détruit votre monde.

Quand on n’a plus que la moitié d’un visage, comment fait-on ?
Quand on n’est plus qu’une partie de soi-même, ayant perdu ses compagnons, ses projets, son futur, sa vie, comment fait-on ?

Dans ce roman/récit, Philippe Lançon, rescapé atrocement blessé de l’attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015 parle de ce qu’il s’est passé ce jour-là, ce jour entre parenthèses, mais surtout de l’homme qu’il était encore à ce moment-là mais qu’il ne sera plus jamais après. Il décrit ces parenthèses d’horreur, de violence, de souffrance, mais aussi tout le cheminement, d’abord peut-être automatique, puis conscient, pour comprendre ce qui vous est arrivé, comprendre et tenter de se reconstruire. Philippe Lançon se dévoile, au plus intime, au plus profond, il se met à nu devant nous, physiquement et moralement, et c’est un concentré d’émotions qu’il nous distille avec ses mots, à lire par petites touches tant il vous emporte et vous terrasse.

Ce récit est un pavé d’émotion, de douleur, d’optimisme, de chagrin, d’humanité, face à la monstruosité du terrorisme, de ces hommes ou ces femmes capables de tuer des innocents au nom de leur Dieu. Et l’on peut se demander au nom de qui ou de quoi se permet-on de prendre la vie d’un homme ?

Mais dans la vie d’un grand blessé, il y a aussi les accompagnants, pompiers, premiers secours, médecins, chirurgiens, personnel hospitalier, soignants, psychologues, qui parfois prennent une part du fardeau, mais qui toujours savent donner au-delà de ce que l’on imagine, qui soutiennent et amènent à croire à un début ou à une possible guérison.

La lecture est difficile, prend du temps, car il faut digérer les émotions, les informations, impossible de se mettre à la place de l’auteur, qui est ici plus vivant que n’importe qui et qui nous entraine à sa suite, dans ses pensées, ses questionnements, ses désespoirs et ses espérances aussi.

Si je n’y ai trouvé aucun pardon, mais beaucoup d’interrogations, je suis cependant admirative de la façon dont l’auteur parle et envisage ce qui lui est arrivé. Je n’y vois aucune haine, mais au contraire une forme de reconstruction mentale, à la suite de la reconstruction physique, un hymne à la vie, à la liberté, en l’Homme aussi, celui (ou celle) qui reconstruit, qui soulage, qui soigne.
Et en digression peut-être, je ne peux m’empêcher de penser aux rescapés des camps de la mort, quels qu’ils soient, qui ont souvent été obligés de se taire tant la douleur était profonde et destructrice, et parce qu’en parler aurait sans doute été une seconde mort, ou à ceux qui au contraire ont dit, expliqué, présenté, pour pouvoir avancer après ça…

J’ai lu Le lambeau, le roman de Philippe Lançon en mai. Il m’aura fallu tout ce temps pour mettre de la distance entre ses mots et moi, entre ses pages et mes sentiments, entre la vie de l’auteur et mon empathie, et surtout pour simplement oser en parler. A lire, absolument !

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Je vous conseille de lire également le roman/témoignage d’Erwan Larher, Le livre que je ne voulais pas écrire, paru chez Quidam éditions.


Catalogue éditeur : Gallimard

Domi_C_Lire_le_lambeau_philippe_lancon_gallimardLambeau, subst. masc.

  1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.
  2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).
  3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338).

(Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 12-04-2018 / 512 pages, 140 x 205 mm / Achevé d’imprimer : 01-04-2018 / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072689079

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose, Diane Ducret

Apprendre à s’aimer, quel beau parcours de vie. Lire « La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose ». Un roman vrai, émouvant, à lire pour la beauté du parcours et les mots emplis d’humanité de Diane Ducret.

Domi_C_lire_la_meilleure_facon_de_marcher_est_celle_du_flamant_roseAh, mais voilà un joli roman feelgood, à la couverture sympathique qui va nous faire passer un bon moment de lecture. Ah, mais non, ne vous y fiez pas, car sous des airs légers, ce roman profond et sensible va vous toucher au cœur ! Alors préparez-vous, car le flamant rose vous entraine bien bas, vers l’enfer que va vivre la douce Enaid…

Alors Diane, ou Enaid ? Est-ce un portrait inversé de l’auteur ? Est-ce l’image, le reflet d’une vie difficile dont elle aura su se relever ? Parce que avouons-le, elle a quand même une vie de roman cette Enaid, mais de roman catastrophe, car elle en cumule des événements négatifs dans sa courte vie !

En effet, depuis toujours, Enaid collectionne les malheurs. Cette jeune femme pas banale aurait à priori tout pour réussir, mais non, avec elle rien ne fonctionne. Les hommes qui l’attirent sont tous ce qu’on appelle aujourd’hui des pervers narcissiques, de ces hommes auxquels on s’attache mais qui vous détruisent lentement mais surement, vous faisant croire qu’ils sont indispensables et que sans eux, vous qui êtes tellement nulle, vous seriez encore plus mal… Et bien sûr, elle y croit, Enaid, à ces beaux discours, à ces hommes indispensables à son équilibre, à cette vie qu’ils lui promettent. Et elle tombe, sous les coups, physiques ou moraux, qu’importe, car tous laissent des marques,  indélébiles parfois, et il est si difficile de s’en relever ! Il en faut du courage, de la volonté, de l’amour de soi au plus profond de son désespoir pour arriver à s’en sortir !

Car cette enfant qui grandit sans mère, auprès d’Yvette et André, qu’elle trouve un peu vieux peut-être, qui la surprotège et la freine dans ses élans. Mais elle ne se pose pas trop de question, jusqu’au jour où elle comprend que ce sont ses grands-parents (mais où sont passés les parents !). Alors il y a les années d’adolescence, difficiles, contestataires, puis l’accident de cheval, terrible, handicapant et mal soigné, les rencontres amoureuses, fiascos dévastateurs. Et toujours une jeune femme capable de se relever, d’avancer, de positiver. Pourtant, bon sang avouons-le, ce n’est vraiment pas facile ! Bref, une femme que j’admire énormément pour sa résilience (oui, je sais, c’est bateau la résilience, mais manifestement elle a pris son envol de flamant rose et a réussi à soigner le mal profond qui l’a blessée pendant trente ans, alors …), son côté positif. Aie, que c’est dur de démarrer dans la vie sans savoir si l’on a un jour été aimée par ses parents, avec ce doute lancinant et destructeur, puis de subir les violences conjugales, comme si votre vie ne pouvait être que ça, une succession de malheurs à l’infini ! Mais elle est si forte, si vaillante, si enthousiaste Enaid, que même les obstacles qu’elle franchi sont une course en avant qui lui permet d’accéder au bonheur, d’avancer vers l’avenir.

J’ai aimé, beaucoup ! J’ai été bouleversée et j’ai passé des moments d’émotion intense, des moments difficiles mais également tendres avec Enaid. J’ai eu envie de l’accompagner, de la cajoler, de lui dire les mots qu’on dit à un enfant, à une jeune femme, pour l’aider à grandir. Mais elle n’en a pas besoin, elle va atteindre l’impossible étoile, celle qui brille dans son cœur, elle éclate de vie, d’énergie positive, elle est lumineuse comme ses mots qui vous emportent. Que d’émotions à vivre et à ressentir en tournant ces pages, impossible de tout dire, mais lisez, jusqu’au bout !

Tu as été ma mère et j’ai été ta fille…

Domi_C_Li_re_la_meilleure_facon_de_marcher_est_celle_du_flamant_rose_diane_ducret.jpgJ’avais déjà beaucoup aimé le roman de Diane Ducret Les indésirables. Là elle nous entraine dans un tout autre registre et c’est tout aussi formidable.

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Lire aussi l’interview de Diane Ducret par Karine Papillaud sur lecteurs.com :
« On a fait de la résilience quelque chose de normatif » Diane Ducret


Catalogue éditeur : Flammarion

La loi de Murphy n’est rien comparée à la loi d’Enaid : tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera plus mal encore qu’on aurait humainement pu le prévoir.
Après avoir été quittée à Gdansk par téléphone, Enaid se rend à l’évidence : les fées qui se sont penchées sur son berceau ont dû s’emmêler les pinceaux…Lire la suite

Littérature française / Paru le 28/02/2018 /  273 pages  / 150 x 223 mm / EAN : 9782081421691 ISBN : 9782081421691