Beautiful Boy, Tom Barbash

Hommage à John Lennon, à travers les relations compliquées d’un père et son fils

A New-York, à l’angle de la 72e rue et de Central Park West, se dresse le Dakota building. Un immeuble que peu de non initiés connaissaient avant ce 8 décembre 1980, lorsque Mark David Chapman est venu y rencontrer un certain John Lennon.

Le Dakota building est cet immeuble où vivent non seulement de nombreuses célébrités comme Lennon, mais aussi la famille Winter. Le père Buddy est un célèbre animateur de télévision. Enfin, célèbre jusqu’à ce qu’il ne craque et quitte la scène en plein direct. Son fils Anton vient de rentrer d’Afrique. Il s’était engagé dans les Peace Corps pour fuir une relation tendue avec son père. Aujourd’hui Anton revient soigner un paludisme qui aurait pu lui être fatal, et ne peut donc pas repartir. Père et fils travaillaient ensemble, ce qui ne rend pas évidente l’émancipation de l’emprise paternelle. Son père Buddy doit quant à lui se refaire une santé, mais professionnelle cette fois. Il demande à nouveau à Anton de le seconder comme du temps de sa gloire télévisuelle.

Sa mère est une ancienne actrice qui tout abandonné pour laisser le devant de la scène à son mari. Aujourd’hui elle participe activement à la campagne pour l’investiture Démocrate de Ted Kennedy. Et se demande s’il ne faudrait pas sérieusement se mettre à travailler tant les économies s’épuisent alors que le capital confiance de Buddy n’est pas au zénith. Une grande sœur rebelle, et un petit frère joueur de tennis viennent compléter la famille.

Au hasard des rencontres, par l’entremise d’amis, mais aussi en prenant le même ascenseur -ça aide- Anton va se lier avec John Lennon. Tous deux sont amoureux de la voile, John va embaucher Anton pour une traversée épique jusqu’aux Bahamas. Et tous deux auront ensemble quelques projets. Mais l’avenir ne sera pas forcément celui dont ils rêvent…

Ce que j’ai aimé ? Le fait que tout soit dit avec douceur, sincérité, émotion. La façon dont l’auteur décortique les relations parfois compliquées qui se tissent et se défont dans les familles, dans un couple, entre frères et sœurs, mais en particulier ici entre le père et le fils. L’un et l’autre s’appréciant, mais un fils a parfois besoin de s’affirmer en opposition au père pour se réaliser. C’est toute cette complexité amour-haine qui et bien décryptée ici.

Mais aussi ce rappel de l’Amérique des années 80, la transformation de New-York, ville tentaculaire dans laquelle Manhattan tient une place prépondérante, en particulier son rayonnement dans le milieu de l’art. En faisant travailler la mère d’Anton dans la campagne de Ted Kennedy, l’auteur apporte une touche concrète, et montre la réalité de l’Amérique de Jimmy Carter, les otages au Liban, les gréves, les médias qui s’invitent dans la campagne électorale, etc. Musiciens, acteurs, artistes de tous poils interviennent dans la vie de la grosse pomme, cette ville qui ne dort jamais à la créativité extravagante. J’y suis allée une première fois en 1976, et plusieurs fois depuis, j’ai eu l’impression de la retrouver en filigrane dans ce roman.

Enfin, je me souviens bien de ce petit coin de Central Park, à hauteur de la 72e, et son Strawbery Field (forever) memorial, en permanence fleuri, discret parterre de mosaïque sur lequel les fans de John Lennon continuent à apporter un témoignage de leur amour et de leur fidélité par delà la mort.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

New York, 1980. A l’angle de la 72e Rue et de Central Park West, le Dakota Building impose sa silhouette étrange et légendaire. De retour d’une mission humanitaire en Afrique, le jeune Anton Winter y retrouve ses parents et l’appartement familial. Son père, Buddy, animateur vedette de la télévision qui a fui les projecteurs après une dépression nerveuse, lui demande alors de l’aider à relancer sa carrière. Or, dans cet immeuble où l’on croise Mick Jagger, Gore Vidal Lauren Bacall ou Ted Kennedy, vit aussi un certain John Lennon, qui pourrait être utile à Buddy pour reconquérir le cœur du public. Mais à mesure qu’Anton s’investit dans sa mission et se lie d’amitié avec le chanteur, il ne peut que remettre en question l’influence de son père sur ses propres ambitions, tandis qu’un certain Mark David Chapman s’apprête à faire couler le sang…

Après Les Lumières de Central Park, Tom Barbash signe un magnifique roman, entre récit d’apprentissage et fresque sociale, qui interroge la célébrité et les relations père-fils, tout en faisant revivre le New York de sa jeunesse et l’auteur de « Beautiful Boy », chanson que Lennon dédia à son fils Sean sur son dernier album.

Diplômé de Stanford et de l’université de l’Iowa, Tom Barbash s’est fait connaître en France en 2015 avec un recueil de nouvelles, Les Lumières de Central Park, largement salué par la presse. Il vit aujourd’hui en Californie et enseigne la littérature au California College of Arts.
30 Septembre 2020 / 140mm x 205mm / 416 pages / 22.90 € / EAN13 : 9782226442147 / ePub 15.99 € / EAN13 : 9782226452450

The long and winding road. Ruben Pellejero. Christopher

The long and winding road nous embarque avec Ulysse et les potes de son défunt père à bord d’un mythique combi Volkswagen, dans un tour de France épique, jusqu’à l’Ile de Wight, pour une aventure à la recherche de son passé, de soi, de sa vie.

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A bord de son combi, Ulysse découvre des copains de son père absolument déjantés, et de fait un père totalement impénétrable et secret, ayant rêvé, aimé, souffert, espéré, regretté, mais au final vécu une vie de jeune homme et d’adulte qui lui est inconnue.

Et si finalement la quête de son père devenait la rencontre avec lui-même. Épaulé par les copains, tous plus décalés les uns que les autres, il remonte le temps et ira de découverte en découverte.
C’est charmant, parfois poétique et tout à fait passionnant, le lecteur ému remonte l’histoire sur des airs de rock. On embarque avec bonheur dans ce road trip qui a tout de la quête initiatique, porté par cette bande son totalement seventies qui accompagne le road trip de la folle équipe et qui ravira tous ceux qui l’auront écoutée tout au long de la lecture.
Le trait, légèrement naïf mais d’une grande fraicheur, nous entraine dans l’intimité de la famille et au cœur de l’amitié. Le changement de couleur nous transporte du présent au passé, de la jeunesse à l’âge d’homme, pour un confort de lecture qui permet de profiter pleinement de l’intrigue.
On referme cette BD avec comme une envie de faire un retour sur soi, de mieux se connaitre et de courir voir ses proches, quelques regrets aussi avouons-le de ne pas avoir cherché à mieux les comprendre ou à leur parler quand ils étaient encore là. De beaux personnages, un graphisme absolument magnifique, on est totalement fan de « The long and winding road ».

J’ai eu le grand plaisir de rencontrer les deux auteurs, Ruben Pellejero et Christopher, lors du lancement de cette BD, et de les entendre parler de ce travail qu’ils ont fait en commun, Comment Pellejero arrivait par exemple à dessiner les mots et les idées de Christopher pour qu’il sonnent plus juste, plus fort et plus intime à la fois. Une entente entre les deux artistes qui se sentait au-delà du simple travail en commun, un vrai plaisir. La BD fait 180 pages, un travail lourd et difficile qui ne se renouvellera pas tout de suite c’est évident, on le regretterait presque ! Mais on se souvient que Pellejero a repris la suite des Corto Maltese, voilà donc un projet qui occupe bien son temps forcément. Merci messieurs, pour le bonheur de la rencontre et pour celui que j’ai eu à la lecture de la BD.


Catalogue éditeur : Editions Kennes

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » disait le poète. C’est pourtant sans joie que notre Ulysse entreprend le voyage posthume que lui propose son père. En guise de dernière volonté, celui-ci l’invite à répandre ses cendres sur l’île de Wight, en Angleterre, en suivant le même périple que lui lorsqu’il s’était rendu au mythique concert de 1970. Une odyssée rock qui avait changé le cours de sa vie. Et qui pourrait bien changer la sienne…
Sur une bande-son d’époque, au volant d’un combi Volkswagen hors d’âge et flanqué des trois compagnons de jeunesse de son père, tous plus barges les uns que les autres, Ulysse empruntera donc la route longue et sinueuse qu’ils avaient suivie quelques années plus tôt. Au-delà de la ligne blanche, Ulysse découvrira que son père n’était pas ce petit bourgeois étriqué pour qui il n’avait jamais eu grande estime. Et à travers lui, il comprendra mieux d’où il vient et qui il est vraiment. Un voyage intérieur d’une rare intensité !
Date de parution : 05/10/2016 / EAN : 9782875803160