Double Je, par Joshua Lawrence, Au Théo théâtre

Parce qu’on a tous en nous quelque chose de Michel Berger

Oh le joli spectacle auquel j’ai assisté hier soir.
Un bel hommage à celui qui a bercé notre jeunesse ou notre adolescence, que ce soit parce que nous l’écoutions ou parce que les parents l’écoutaient en boucle. Enfin perso, c’est moi qui l’écoutait en boucle..

Michel Berger ce sont des textes émouvants et inoubliables, des mots juste pour dire l’amour triste, l’abandon, la rupture puis la passion amoureuse.
C’est une musique qui nous entraîne, nous attriste, nous soulage, nous émeut et nous console, nous fait danser et chanter avec lui. C’était l’amour passion avec Véronique Sansom, puis avec France Gall la muse, l’épouse, la mère de ses deux enfants, la complice sur scène comme dans la vie.
C’était l’amitié indéfectible et le chagrin de la perte avec l’inoubliable Daniel Balavoine, et cette minute de silence que l’on a fait ce soir en pensant à eux trois, Michel, France, Daniel.

Un beau spectacle qui passe à une vitesse folle, pendant lequel on se surprend à fredonner ces airs qui, on s’en rend vite compte, sont tous tellement ancrés dans nos mémoires. Fredonner, mais pas trop fort car Joshua Lawrence a une bien belle voix et une sacré présence sur scène, et après tout on est surtout venus là pour l’écouter.
J’ai apprécié qu’il nous fasse aussi découvrir des chansons moins connues du répertoire de Michel Berger, et cette sensibilité que l’on ressent lorsqu’il évoque cet artiste inoubliable.

Alors on savoure, on déguste, on voyage dans le temps et dans nos souvenirs, puis on revient enfin, parce qu’il le faut bien, de ce paradis blanc que l’on voudrait ne jamais quitter.

C’est au Théothéâtre, et ensuite, pour les chanceux, au théâtre le Verbe Fou au Festival Off d’Avignon du 7 au 30 Juillet.
Joshua Lawrence a également écrit deux romans et une pièce de théâtre (Joshua Laffont-Cohen) et produit quelques CD disponibles à la fin du spectacle.

Le journal intime d’Adam et Eve, Théo Théâtre

Le texte de la pièce est une adaptation de deux textes de Mark Twain, Extraits du journal d’Adam (1893) et Le Journal d’Eve (1905). Le décor minimaliste sied parfaitement à cette salle dans laquelle le spectateur s’immerge immédiatement, un mur d’étoiles, un arbre, une pomme rouge et une rose blanche.

Apparaissent alors les deux acteurs, les deux expériences, qui s’interrogent sur cet autre qu’ils côtoient, qui est-il, qui est-elle, qu’en attendre ? Elle tout de suite bavarde, pose des questions, s’interroge à voix haute, tente d’engager une discussion, lui plus circonspect observe, analyse, essaie de comprendre ce qu’il, ce qu’elle fait là. Si différents l’un de l’autre, opposés, et pourtant le sort, ou Dieu qui sait, a décidé qu’ils devaient cohabiter dans ce Jardin d’Eden.

C’est cet échange auquel le spectateur assiste, entre deux êtres que tout oppose mais qui vont apprendre à vivre côte à côte, ensemble, observer le monde qui les entoure, un monde bien restreint tout d’abord, jusqu’au moment où Eve va se laisser tenter et croquer la pomme. Mais avouons le, elle était bien jolie cette pomme.

Nous les suivons le temps de quelques interrogations, de quelques essais de vie, d’enfanter, de mourir, et de s’interroger encore et encore, de danser et de rire, de s’aimer et de souffrir. Et le spectateur de rire, de s’émouvoir, d’avoir envie de danser et de chanter lui aussi. Puis il est temps de quitter ces deux acteurs qui nous ont fait passer une bien jolie soirée en nous entraînant à la naissance du monde.

Qu’allez-vous voir : Le Journal Intime d’Adam et Eve est une pièce américaine unique en son genre; drôle, belle et profondément émouvante.
Sur une adaptation d’un texte de Mark Twain, mise en scène par Mario Aguirre
Avec Carola Urioste, comédienne formée à l’école Nationale de Théâtre en Bolivie et au Laboratoire de l’acteur à Paris et Julien Grisol, comédien formé au Cours Eva Saint-Paul

Quand : jusqu’au 28 avril, le Jeudi 19h30
 : Théo Théâtre 20 Rue Théodore Deck 75015 Paris
La pièce se jouera ensuite à Avignon à 10h au Sham’s théâtre du 7 au 30 juillet 2022. 

Fallacia, Clémence baron

Après la lecture du livre, découvrir la captation de « Fallacia » de Clémence baron

Un homme tente de cambrioler une maison et se retrouve piégé par celle qui s’y cache. Car Rose se cache de son mari qui vient de surprendre un message adultère.
Quel heureux hasard, voilà donc un cambrioleur qui pourrait faire un amant tout à fait correct. Impossible de s’échapper de la maison, Justin est contraint à jouer un rôle à la mesure de ce qu’il doit se faire pardonner.
Manipulatrice, à l’affût de toute idée qui pourrait la sortir du piège dans lequel elle s’est fourrée en étant la maîtresse de l’associé de son mari, Rose cherche toute idée pour la sauver et le sauver.

Le jeu des acteurs est adapté à ce vaudeville inversé, car si généralement c’est l’épouse qui doit subir l’adultère, ici c’est l’homme qui est placé en situation de victime.

Pris au piège, maltraité, suspect et dévalorisé par chacun à tour de rôle, Justin va devoir jouer fin pour s’en sortir honorablement. Et le plus malin n’est pas toujours celui qu’on croit !
Le décor minimaliste en noir rouge et blanc met en valeur le jeu des acteurs.

Vous voulez vous aussi découvrir cette pièce que j’ai eu la chance de regarder grâce à une captation ? Bientôt de retour au Théo Théâtre à Paris, au Sham’s à Avignon et d’autres dates à venir. Restez à l’affût !

Où : Théo théâtre Paris
Quoi : Fallacia, de Clémence Baron
Mise en scène Caroline Saule
Avec Clémence Baron, Colin Doucet, Brieuc Dumont, Alexis Hubert, Caroline Saule

Les ecchymoses invisibles

Dans un huis-clos étouffant et réaliste, la relation délétère d’un couple au bord de la rupture

Dans le couple que forment Corinne et Michel, il y a longtemps que l’équilibre est rompu. Michel est commissaire de police. C’est un bel homme qui a une certaine prestance et qui semble très sûr de lui. Il régit tout dans le foyer, même les courses que sa femme devra faire dans la journée, en suivant scrupuleusement ses instructions, et uniquement avec l’argent qu’il voudra bien lui donner. Un peu comme dans les années 60, et que les femmes n’avaient pas encore de compte en banque…

Mais ce jour-là, Corinne a failli…. Elle sait qu’elle doit parler à Michel, mais rien ne vient, elle s’évade dans sa bulle de silence. La tension monte… Emma Dubois démontre toute sa sensibilité lorsqu’elle nous dévoile les émotions et la terreur de Corinne qui se raccroche à ses souvenirs d’avant, leur rencontre, ses filles, ses espoirs vains de voir changer celui qui est devenu aujourd’hui son bourreau, de fuir son emprise.

Lorsque Corinne flanche ou se rebelle, le beau Michel la recadre, ce grand manipulateur fait jouer toutes les cordes de son arc, celle de l’amour fou qu’il lui porte, celle qui lui démontre à quel point elle est seule, abandonnée de tous, famille comme amis, incapable, perdue sans lui, de l’abandon impossible car il ne se laissera pas déposséder de celle qui est son objet. Et la tension va crescendo…

Et nous, spectateurs de ce huis-clos oppressant, nous assistons à cette lutte que doit mener cette femme soumise, anéantie, incapable de la moindre initiative, attendant les mots qui vont la blesser, les coups peut-être, de cet homme à la violence plus verbale que physique mais tout aussi dévastatrice, de ce pervers narcissique, qui la manipule depuis tant d’années. Deux rôles magistralement joués par l’un comme par l’autre, on s’imagine spectateur immobile dans la maison de tant de ces femmes qui chaque année meurent sous les coups de leurs conjoints. Ces femmes à terre, isolées, terrassées, incapables de réagir face à l’inadmissible.

Mais que cette pièce est forte, avec ces dialogues à la fois réalistes et violents, tant par le silence, la soumission, que par la douleur qu’ils impliquent. Car les violences conjugales sont bien souvent invisibles, et anéantissent aussi fort et aussi durablement qu’un ko,Même si on ne peut qu’imaginer la réalité de ces dialogues et de ces relations, les ravages que peuvent causer les violences intra familiales sont d’un tel réalisme que l’on est sonné à la sortie du théâtre.

Emma Dubois et Eric Moscardo mettent un tel vécu et une telle intériorité à jouer leurs rôles que même à la fin du spectacle on les sent encore entièrement dans leurs personnages, l’un avec une forme de dureté dans le regard, l’autre avec cette émotion, cette soif d’un salut qui pourrait venir d’on ne sait où.

Une pièce remarquable dont on ne sort pas indemne, qui démontre une fois de plus combien les apparence peuvent être trompeuses, et qui peut permettre à chacun d’être attentif et d’en porter le témoignage autour de soi.

L’auteur de la pièce nous a parlé de sa rencontre avec Florence Plazer, une ancienne collègue mais surtout ancienne victime qui est aujourd’hui totalement investie dans la lutte contre les violence conjugales. On comprend mieux alors pourquoi cette pièce nous marque tant, par son grand réalisme.

Texte et mise en scène Djamel Saïbi
Artistes : Emma Dubois, Eric Moscardo

En 2019, 146 femmes ont été tuées en France par leur conjoint ou ex-compagnon

Durée : 70 minutes soit 01h10
Quand : samedi à 18h45 jusqu’au 19 décembre 2020
: Théo Théâtre 20 rue Théodore Deck 75015 Paris
Réservation : Billet réduc