L’hiver du mécontentement, Thomas B.Reverdy

Des grèves, d’immenses désillusions mais de l’espoir malgré tout… alors qu’il évoque l’Angleterre et la colère de la fin des années 70, L’hiver du mécontentement, de Thomas B. Reverdy est un roman très actuel qui fait écho à l’actualité.

L’hiver du mécontentement est une double référence historique, d’abord, c’est la première phrase de la pièce de Shakespeare, Richard III Now is the winter of our discontent Voici venir l’hiver de notre mécontentement –  ensuite, c’est ainsi que le journal The Sun a qualifié l’hiver 78/79, lors des grandes grèves qui ont fait chavirer l’Angleterre et vu l’arrivée au pouvoir de Margareth Thatcher.

Quel lien alors avec le personnage campé par Candice, dans le dernier roman de Thomas B. Reverdy ? Candice est une jeune femme de vingt ans, elle vit à Londres. Cet hiver-là, elle est coursier à vélo, à une époque où ce métier est balbutiant, mais cela lui permet de gagner de quoi vivre, et le soir elle répète au théâtre Warehouse avec une troupe exclusivement féminine. La jeune Candice va jouer le rôle-titre de Richard III, mais elle va surtout essayer peu à peu de comprendre les ressorts humains du personnage qu’elle incarne, puis ce qu’il se passe autour d’elle.

Si Candice à peu d’argent pour vivre, elle a cependant eu le courage de quitter une famille dans laquelle les stéréotypes se répètent de génération en génération, sa sœur a une vie à l’image de celle de sa mère, un mari pas facile et violent, ou un mari pas facile et maté, une vie triste à pleurer mais dont il faut savoir se contenter. Cela, Candice n’en a pas voulu. Elle rencontre un jeune musicien qui aurait pu lui plaire, si seulement elle avait osé l’aborder sans doute. Mais lui comme elle sont un peu paumés face aux changements sociétaux qui semblent inéluctables.

Tout au long de ses courses à vélo, l’auteur nous fait pénétrer dans le sillage de Candice dans Londres de cet hiver-là, celui où les poubelles s’entassent, où les transporteurs et même la Poste se mettent en grève, où même les coursiers ont parfois le courage de déverser quelques flyers sur leur passage, où le pays est bloqué dans l’attente d’un miracle. L’empire est sur le déclin, une nouveau monde va renaitre de ces cendres-là, c’est sûr !

Celui de la finance, celui des tensions du gouvernement, du pouvoir en place qui perd la face, du renouveau tant attendu, mais qui ne créera pas plus de justice pour autant. Ces années 78/79 ont vu de grandes grèves qui ont paralysé le pays, remis en cause un ordre plus ou moins établi, mais surtout vu arriver au pouvoir la Dame de fer, formée aux techniques balbutiantes du marketing et de la communication, celle qui a décidé qu’il n’y avait aucune alternative, si ce n’est le changement, et l’avènement d’un autre modèle de gouvernement appuyé par le capitalisme.

Chaque chapitre est introduit par un titre et le nom du groupe qui le chantait à l’époque, bravo à l’auteur, on imagine les heures de musique qu’il a fallu écouter pour s’imprégner des révoltes des musiciens de la fin des années 70 ! Et l’on y retrouve avec plaisir Pink Floyd, David Bowie, Marianne Faithfull, The Cure, The Clash ou The Sex Pistols pour ne citer qu’eux… car ils ont effectivement bercé mes années d’adolescence, et j’avoue que pour bon nombre d’autres noms, je ne les connaissais pas ! Sans parler des références à l’actualité de l’époque, tant en Grande Bretagne que dans le monde, donnant une dimension historique intéressante à son roman. Une fois de plus, j’ai apprécié l’écriture, fluide, rythmée, claire et concise comme je l’avais appréciée avec le roman précédent Il était une ville…dans lequel passait aussi une certaine Candice… Et cette capacité qu’à l’auteur à faire revivre une ville, Détroit comme Londres, dans les particularités afférentes à une époque précise, celle où tout bascule justement, celle où la crise engage les personnages mais également la ville dans un avenir où rien ne sera plus comme avant.

💙💙💙💙

L’hiver du mécontentement a reçu le Prix Interallié 2018.

Catalogue éditeur : Flammarion

L’Hiver du mécontentement, c’est ainsi que le journal le Sun qualifia l’hiver 1978-1979, où des grèves monstrueuses paralysèrent des mois durant la Grande-Bretagne. Voici venir l’hiver de notre mécontentement, ce sont aussi les premiers mots que prononce Richard III dans la pièce de Shakespeare. Ce… Lire la suite

Paru le 22/08/2018 / 224 pages / 136 x 211 mm / EAN : 9782081421127/ ISBN : 9782081421127

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Il était une ville. Thomas B. Reverdy

Que le dernier à quitter Détroit éteigne la lumière…

detroit
© DCL DS2015

On aime "Il était une ville" de Thomas B. Reverdy

Frappée de plein fouet par la crise, Détroit, berceau de l’automobile et partie prenante du rêve américain est aujourd’hui une ville fantôme. Longtemps fleuron de l’industrie automobile mondiale, la ville s’est transformée, la vie économique a déserté le centre-ville, les habitants sont partis et la nature reprend peu à peu ses droits.
Thomas B. Reverdy en a fait le décor de son dernier roman : « Il était une ville », publié chez Flammarion.

Après une mission ratée en Chine, Eugène, un  J3C,  jeune cadre à carrière courte, débarque à Détroit pour mettre en place le nouveau projet automobile de son Entreprise. Dans cette ville que John Ford rêvait éternellement prospère et qui fut l’un des joyaux de l’industrie automobile mondiale,  Eugène va devoir se réinventer et créer le cadre qui permettra de faire émerger son projet. Le centre-ville et les zones industrielles de Détroit sont désertés, en friches. C’est pourtant là qu’il va s’installer, avec son équipe, dans un immeuble abandonné par la majorité de ses occupants.
Dans ce décor de fin du monde, le seul point de lumière pour Eugène, c’est le beau sourire rouge de Candice, la serveuse du Drive-in. Eugène va y prendre ses quartiers, y passer ses soirées. Puis il y a Charlie, abandonné par sa mère, élevé par sa grand-mère, dans ce quartier pillé par les voleurs, déserté par ses habitants. Et Bill, le copain de Charlie, pour qui Charlie ferait toutes les bêtises, qu’il suivrait au bout du monde.  Et il va le suivre, ensemble ils vont dans « la Zone », là où se réfugient ces enfants que la croissance a laissés au bord du chemin, dans la « prairie des indiens », frères d’armes imaginaires dans cette Amérique des laissés pour compte. Enfin il y a l’inspecteur Brown, qui enquête sur les affaires non résolues. Car les vastes surfaces abandonnées de la ville en ruines sont propices aux mauvais coups et des enfants disparaissent mystérieusement.

L’habileté de Thomas B. Reverdy, c’est de nous emmener avec beaucoup de poésie dans le décor surréaliste d’une ville en perdition, fait de neige et d’hiver, de maisons en ruines et d’incendies dans la nuit, de gravats et de rouille, là où se délite le rêve de prospérité américain. Il nous montre la ville par le prisme de ses désespérés, des plus faibles, sans pour autant être misérabiliste et en restant porteur d’espoir. C’est un roman superbe, ponctué de phrases inoubliables et tellement réelles.
Ses personnages savent bien qu’ils survivent à la Catastrophe, parce que oui, « c’est Détroit, mon pote, Un putain de terrain de jeu ! » mais ils ont également compris que « l’avenir, même quand il n’y en a plus, il faut bien qu’il arrive ».
Alors j’ai envie de vous dire : courrez, avant que Detroit ne renaisse, découvrez sa solitude et son abandon, à travers les mots et les maux des personnages si réalistes et attachants de Thomas B. Reverdy.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Flammarion

Ici, les maisons ne valent plus rien et les gens s’en vont, en les abandonnant purement et simplement ; la ville est en lambeaux. Nous sommes à Détroit en 2008 et une blague circule : que le dernier qui parte éteigne la lumière. On dirait que c’est arrivé. C’est dans cette ville menacée de faillite qu’Eugène, un jeune ingénieur français, débarque pour superviser un projet automobile. C’est dans un de ces quartiers désertés que grandit Charlie, Charlie qui vient, à l’instar de centaines d’enfants, de disparaître. Mais pour aller où, bon Dieu, se demande l’inspecteur Brown chargé de l’enquête. C’est là, aussi, qu’Eugène rencontrera Candice, la serveuse au sourire brillant et rouge. Et que Gloria, la grand-mère de Charlie, déploiera tout ce qui lui reste d’amour pour le retrouver. Thomas B. Reverdy nous emmène dans une ville mythique des États-Unis devenue fantôme et met en scène des vies d’aujourd’hui, dans un monde que la crise a voué à l’abandon. Avec une poésie et une sensibilité rares, il nous raconte ce qu’est l’amour au temps des catastrophes.

Flammarion Parution: 19/08/2015  / Format: 13.5×20.9×1.7 cm / Prix: 19,00 € / EAN: 9782081348219