Comme de longs échos. Elena Piacentini

Qui sont les monstres, ceux qui tuent et nous entrainent en apnée dans les noirceurs de l’âme ? C’est ce que le lecteur va entrevoir dans  « Comme de longs échos » le dernier roman d’Elena Piacentini paru chez Fleuve noir.

Domi_C_Lire_comme_de_longs_echosUne femme retrouvée morte par son mari, un enfant qui a disparu, il n’en faut pas d’avantage à l’équipe du chef Lazaret à la DIPJ de Lille pour suspecter en priorité le mari. Sombre histoire, car si Chloé, sa jeune épouse, est bel et bien morte, son fils de quelque mois a également disparu. Vincent Dussart clame son innocence malgré les indices qui pourtant l’accablent. Leur couple battait sérieusement de l’aile et Chloé lui avait demandé de prendre ses distances. Alors, est-ce la réaction d’un mari rejeté qui ne supporte pas l’idée d’une séparation ? Lorsque la vie d’un enfant est en jeu, les services de police mettent tout en œuvre pour démêler l’enquête le plus rapidement possible. Or là, aucun indice ne leur permet d’avancer.

A mille kilomètres et des années-lumière de là, Orsalhier, un ancien flic recyclé dans la photo de montagne, tombe sur cette affaire. Cela réveille en lui les souvenirs d’une affaire non résolue qui bien que survenue des années auparavant le hante chaque jour. Il décide d’entrer en piste pour apporter son soutien et sa connaissance d’un dossier similaire à l’équipe de Lazaret.
Celui-ci est assisté de Mathilde Sénéchal. Un personnage auquel on s’attache rapidement. On comprend vite qu’elle cache ses propres faiblesses et tente d’affronter ses démons dans une solitude obstinée et bravache.

Elena Piacentini a beaucoup de talent en particulier celui de maintenir ses lecteurs en haleine, de rendre ses personnages de flics un peu à la dérive attachants ou énervants, mais dans tous les cas de nous les faire apprécier chacun à sa manière. Puisant son inspiration dans des faits réels quelle agrémente et modifie avec un véritable talent de narratrice. Elle fait passer son lecteur par tous les stades, de l’inquiétude raisonnée à l’angoisse irrépressible, face à l’incompréhensible et au mal, plus fort que la raison ou que la vie et qui vous font côtoyer des monstres et la folie humaine sans jamais arriver à les comprendre.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Fleuve Noir

« Partout, les monstres sont chez eux… »
Vincent Dussart est sûr de son coup.
Ce break imposé par sa femme va prendre fin aujourd’hui. Il n’a rien laissé au hasard. Comme toujours.
Confiant, il pénètre dans la maison de son épouse. Le silence l’accueille. Il monte les escaliers. Puis un cri déchire l’espace. Ce hurlement, c’est le sien. Branle-bas de combat à la DIPJ de Lille. Un mari en état de choc, une épouse assassinée et leur bébé de quelques mois, introuvable. Les heures qui suivent cette disparition sont cruciales. Le chef de groupe Lazaret et le capitaine Mathilde Sénéchal le savent.
Malgré ses propres fêlures, ou peut-être à cause d’elles, Sénéchal n’est jamais aussi brillante que sous la pression de l’urgence. Son équipe s’attend à tout, surtout au pire. À des milliers de kilomètres, un homme tourne en rond dans son salon. L’écran de son ordinateur affiche les premiers éléments de l’affaire. Ce fait divers vient de réveiller de douloureux échos…

Date de parution 24 Août 2017 / Fleuve noir / 288 pages / EAN 9782265116498

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Condor. Caryl Férey

Condor, le dernier roman de Caryl Férey nous entraine de Santiago au désert d’Atacama, des quartiers pauvres aux terres riches, mais avant tout dans l’histoire du chili, et c’est passionnant !

DomiCLire_condor.jpgPour une première fois, quelle aventure ! Je n’avais encore jamais lu de roman de Caryl Férey, voilà qui est fait et surtout qui me donne envie de me plonger dans ses autres opus.

Condor, ça commence par une enquête qui nous mène des bas-fonds de Santiago au désert d’Atacama au Chili. Dans cette banlieue pauvre et abandonnée du pouvoir en place, en une semaine, quatre jeunes meurent de façon confuse, arrêt cardiaque, overdose, les parents s’interrogent, mais la police bâcle l’enquête, ces vies-là valent trop peu pour s’en préoccuper.
Condor, c’est un univers d’où émergent des Justes. Gabriela, indienne mapuche, vidéaste, elle filme tout ce qu’elle voit, veut comprendre et faire éclater la vérité, pour qu’enfin on prenne en considération ces pauvres oubliés du pouvoir en place. Estéban, avocat pourfendeur des causes perdues, fils d’une famille dont la richesse est à ses yeux illégitime car issue des sombres années, est prêt à aider pour faire éclater la vérité. Tout oppose ces deux personnages que tout va rapprocher dans une enquête sombre et violente qui les entraine dans les coulisses de l’histoire de leur pays.
Condor, c’est un plan élaboré sous les années Pinochet – là je ne vous en dis pas plus- c’est surtout une évocation qui va des années noires d’Allende aux années de plomb de Pinochet, de la répression sanglante aux balbutiements d’une démocratie qui ne s’applique pas encore à tous. Un très bon polar, qui m’a vraiment transportée dans un univers de violence et de compromissions, sur fond de CIA interventionniste, de différence de classe exacerbée par l’histoire, dans un pays où les indiens Mapuche sont chassés de ces territoires riches en terres rares et sources de convoitises multiples, bercé de prières chamaniques et de quelques verres de Pisco Sour. On y croise avec émotion Pablo Neruda et Victor Jara, emblématiques personnalités de l’Histoire récente du Chili.

Caryl Férey est un auteur qui met la barre haut, en abordant des sujets politiques, avec lui le polar se fait historique, social, violent, pour écrire il faut de l’ambition et le lecteur apprécie le résultat. L’auteur connait bien ce pays et cela se sent dans ces lignes, dans les ambiances, au détour d’un village, d’un paysage désertique où l’on va suivre Gabriela et Estéban, au fond d’un bar, un verre à la main… Allez, j’ai bien envie d’aller le goûter ce Pisco Sour, pas vous ?

Pour compléter la lecture de Condor, vous pouvez aller voir la Conversation privilégiée d’Antony avec Caryl Férey sur lecteurs.com et la chronique d’Antony sur son blog.


Catalogue éditeur : Gallimard

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Avec Caryl Férey, remise prix du meilleur polar des lecteurs de Points

Condor, c’est une plongée dans l’histoire du Chili. De la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet. Les démons chiliens ne semblent pas près de quitter la scène…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche habitée par la mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, qui porte comme une croix d’être le fils d’une grande famille à la fortune controversée…

416 pages, sous couverture illustrée, 155 x 225 mm / Genre : Romans et récits / Sous-genre : policiers Catégorie > Sous-catégorie : Policiers > Thrillers / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782070143528

Tout le monde te haïra. Alexis Aubenque

Dans les paysages glacés de l’Alaska, avec « Tout le monde te haïra », d’Alexis Aubenque, les mystères s’enchainent et le lecteur se laisse emporter.

https://i2.wp.com/extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/RL/P3/9782221159347.jpgWhite Forest, en Alaska. Depuis quelques mois et sans doute par un effet du réchauffement climatique, les corps des marins d’un navire ayant sombré dans les glaces un siècle avant sont peu à peu découverts, mais il manque toujours ceux d’une centaine de jeunes orphelins russes. Le mystère reste entier. Il semble que la journaliste Laura Barnes enquête sur ce drame ancien. Alice Lewis vient de débarquer en ville et cherche justement des nouvelles de Laura, sa demi-sœur qu’elle n’arrive plus à joindre depuis plus d’un mois. Le même jour, le corps de Kruger, un notable de White Forest, est retrouvé atrocement mutilé dans sa grange. Meurtre rituel perpétré par des Inuits ? vengeance de concurrents éconduits, relation sexuelle extrême qui aurait mal tourné, toutes les hypothèses sont plausibles pour un meurtre aussi horrible.
Les policiers doivent résoudre plusieurs intrigues apparemment sans lien mais qui vont rapidement interférer entre elles. Tracy Bradshaw, jeune lieutenant passionnée par son métier, et son équipier Scott, mais également Nimrod Russell, ancien flic devenu détective privé, embauché par Alice, mènent les enquêtes en parallèle dans un contexte somme toute classique avec supérieurs peu arrangeants, journalistes trop curieux, et suspects peu coopératifs.

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Une belle rencontre avec Alexis Aubenque, Quais du polar à Lyon

C’est un bon thriller, glaçant comme les paysages et les étendues d’eau et de glace décrits avec réalisme et qui donnent une impression encore plus étrange. Je n’ose même pas imaginer Nimrod dormant sous la tente dans un sac en couchage ou circulant en side-car par ces températures quasi polaires, j’en ai encore des frissons ! Les principaux personnages sont intéressants et attachants. On sent les déchirures et les affres de l’enfance derrière des caractères bien trempés. Et on aimerait beaucoup les suivre dans d’autres opus pour comprendre comment ils pourraient se sortir de leurs propres tourments. Les intrigues où se mêlent malversations et héritage familial toxique, idéologie national socialiste et esclavagisme, maltraitance en particulier des enfants, aboutissent à un final pour le moins surprenant, et c’est bien ce qu’on attend d’un bon polar en fait !


Catalogue éditeur : Robert Laffont éditions

En Alaska, la ruée vers l’horreur a commencé.
La première enquête de Tracy Bradshaw et Nimrod Russell.

White Forest, petite ville côtière du sud de l’Alaska, est en émoi. Pris dans les glaces, un navire ayant sombré en 1920 vient d’être découvert. Les corps des marins en ont été extraits, mais manquent à l’appel ceux d’une centaine d’orphelins…
C’est dans cette étrange atmosphère que débarque Alice Lewis, avec l’espoir de retrouver sa soeur disparue. Elle engage aussitôt un ancien flic au passé trouble devenu détective privé, Nimrod Russell.
De l’autre côté de la ville, la lieutenante Tracy Bradshaw récupère une sordide affaire : pendu par les pieds dans sa grange, un notable a été éventré à l’aide d’un hakapik, l’arme inuit servant à abattre les phoques. Lire la suite

Parution : 5 Novembre 2015 / Format : 140 x 225 mm / Nombre de pages : 432
Prix : 20,00 € / ISBN : 2-221-15934-9

L’accident. Chris Pavone

Tout au long de sa vie, un éditeur est à la recherche « du manuscrit » , celui que tout le monde va lui envier, celui qui fera la fortune de sa maison d’édition. Attention, avec « L’accident » de Chris Pavone, que le prix à payer ne soit largement au-dessus de vos moyens !

Domi_C_Lire_l_accident_chris_pavone.jpgNew York, Isabel Reed, agent littéraire, rêve de dénicher Le manuscrit qui installera ses compétences et la rendra indispensable dans le monde de l’édition. Sans faire trop d’effort, « Le » manuscrit est déposé un matin sur son bureau. Simple exemplaire papier parfaitement incongru dans un monde numérique et dématérialisé. Si le mystère reste entier quant à sa provenance, le sujet est un brûlot qu’il vaut mieux cacher au monde de l’édition et de la politique avant même de pouvoir envisager de l’éditer. Il retrace, réalité ou fiction, la vie tumultueuse et sans scrupule de Charlie Wolfe, un magnat des affaires qui souhaite aujourd’hui entrer en politique. La parution du roman serait pour lui synonyme de faillite et de déshonneur. Point de nom d’auteur, juste un mystérieux « anonyme » et des révélations sulfureuses. Et dangereuses, car ceux qui touchent de près ou de loin au manuscrit tombent sous les balles…
Le manuscrit doit donc rester secret, et pourtant quelques copies pirates vont être réalisées par différents collaborateurs, personnages très tranchés, un peu désespérés chacun dans son domaine, qui ont tout à prouver, à eux ou aux autres, pour enfin s’affirmer et s’accomplir professionnellement. Ce qui accentue le côté désespéré et le sentiment d’urgence qui attisent l’intrigue et font monter le suspense.
Prise entre les feux croisés de dangereux individus – sont-ils des amis, des ennemis, des espions, des policiers, des enquêteurs, la définition est floue mais le risque quant à lui est bien réel – Isabel à l’intuition d’un possible auteur, et surtout comprend très vite qu’elle doit fuir et se cacher si elle veut réussir à publier « l’accident ». Alors que les pas des nettoyeurs les entrainent de New York à Copenhague, de Paris à Munich, les méandres et les trahisons s’accumulent et se confondent pour le plus grand plaisir du lecteur.

Un thriller captivant dans ce monde de l’édition tellement loin de notre réalité de lecteur, mais tellement passionnant aussi par sa complexité et ses méandres. On ne s’ennuie pas une minute et le rythme soutenu ne donne absolument pas envie de fermer ce livre avant la fin !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur

Traduit par Séverine QUELET

Il y a des manuscrits, dans la vie d’un éditeur, et il y a LE manuscrit. Le carton assuré, celui qui fera l’effet d’une bombe. Si, d’ici là, il ne vous vaut pas une balle dans la tête…
L’Accident, dont l’auteur est anonyme, est de ceux-là.
Isabel Reed, agent littéraire à Manhattan, sait qu’il faut agir vite. N’en parler à personne. Le faire publier, à tout prix…Lire la suite

Parution : 14 Janvier 2016 / Pages : 496 p. / Série : Les Noirs / EAN : 9782265099357

Je me souviens. Martin Michaud

« Le tabarnac ! Y est parti avec mon char ! » Ça vous dit de partir au Québec ? Alors embarquez avec Martin Michaud, tournez les pages de « Je me souviens », son polar intense et dépaysant, et vous ne serez pas déçus !

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En voyant Je me souviens de Martin Michaud, j’ai pensé à mes cousins canadiens, à cette phrase longtemps inscrite sur la plaque de leurs voitures au Québec, et j’ai eu envie de découvrir ce maitre du polar proposé par les éditions Kennes. Apparemment un auteur qui marche bien chez nos cousins, et comme je les comprends. On a vraiment du mal à lâcher ce lourd et imposant pavé, et si le format peut laisser dubitatif face à l’effort qui s’annonce, j’avoue, je l’ai un peu laissé de côté, me demandant comment l’aborder ! En fait les pages tournent seules et il bien difficile de s’arrêter.

Montréal, à la veille des fêtes de fin d’année, la neige a commencé à recouvrir les rues et les paysages, habillant le récit d’une atmosphère particulière dont on s’imprègne au fil des pages. Le sergent-détective Victor Lessard est de retour à la Section des crimes majeurs, après quelques péripéties et un accident (à aller explorer dans les opus précédents pour ceux qui comme moi découvrent la série, mais sans que cela gêne la lecture). Il a une coéquipière, Jacynthe Taillon, forte femme au caractère bien trempé avec laquelle il forme un duo totalement désassorti mais qui fonctionne, nous faisant penser à Adamsberg et Rétancourt ou à l’inspecteur Thomas Lynley et à sa fidèle adjointe Barbara Havers.

L’enquête est multiforme, l’auteur nous plonge, après quelques scènes de meurtre assez sordides à la Jean-Christophe Grangé (et moi qui ne voulais plus en lire !) mais en légèrement plus soft, dans toutes sortes d’ambiances, meurtres au relents moyenâgeux, recherche d’un tueur en série, assassinat et enlèvement politiques, enquête dans un hôpital psychiatrique où se seraient pratiquées des recherches plutôt louches des années en arrière, recherche et expérimentations qui n’auraient pas été sans risques pour les cobayes, résurgences des théories du complot de l’assassinat de Kennedy, tout y est. Nous suivons Victor Lessard alors qu’il cherche à assembler les pièces du puzzle avec son équipe de choc. Personnalités décalées et complémentaires, une équipe de flics comme on l’imagine, en cohérence avec des caractères et des relations de travail classiques.

Et bien sûr, en parallèle sa vie n’est ni calme ni sereine, divorcé, une petite amie plus jeune avec qui il faut assurer, des enfants qui s’embraquent sur des chemins un peu tordus, des collègues perturbés, il a malgré tout de l’empathie pour son supérieur dont la femme est gravement malade, il assure sur tous les fronts. Au début, j’ai eu un peu de mal à plonger dans sa vie privée qui me paraissait peu réaliste, comme s’il fallait meubler , mais finalement tout s’imbrique parfaitement.

Au final, un très bon polar, une écriture qui sait faire monter le suspense, découpé en chapitres courts qui font facilement intégrer la taille du bouquin. J’ai adoré les formules, les tournures, le langage, dans lesquelles je retrouvai avec un bonheur total les expressions entendues lors de rencontres avec ma famille canadienne, un régal !

💙💙💙💙💙

quebecbis

Du même auteur, retrouvez ma chronique de Violence à l’origine

Catalogue éditeur : Kennes

À Montréal, juste avant Noël, un homme et une femme meurent le cou transpercé par ce qui semble être un instrument de torture sorti tout droit du Moyen Âge. Auparavant, ils ont entendu la voix de Lee Harvey Oswald, l’assassin présumé du président Kennedy.
Un sans-abri se jette du haut d’un édifice de la place d’Armes.

Ayant séjourné à plusieurs reprises en psychiatrie, il prétendait avoir participé, avec le FLQ, à l’assassinat de Pierre Laporte. Sur le toit, avant de sauter, il laisse deux portefeuilles, ceux des victimes. La série de meurtres se poursuit, les cadavres s’empilent…
De retour à la section des crimes majeurs, le sergent-détective Victor Lessard mène l’enquête avec, pour le meilleur et pour le pire, la colorée Jacinthe Taillon.
Je me souviens parle d’identité à bâtir, de mémoire à reconstituer et de soif d’honneur.

Date de parution : 30/09/2015 / EAN : 9782875801678  / Nombre de page : 634