Le procès du cochon. Oscar Coop-Phane

Avec « Le procès du cochon » Oscar Coop-Phane revient des siècles en arrière pour dire la peur, et en fait une satyre actuelle de nos sociétés.

Lui, c’est le monstre, il erre dans la campagne, sans abri et sans nourriture, jusqu’au jour où il passe devant une maison, là, un couffin est posé dans l’herbe avec un bébé joufflu à l’intérieur. Alors l’envie est trop forte de croquer les joues, la chair tendre de l’épaule, et de s’enfuir. Mais l’enfant décède, tout le monde bat la campagne à la recherche du coupable.. il est vite rattrapé, confondu, arrêté, emprisonné. Malgré son mutisme, le procès va avoir lieu…

Coupable, pas coupable, qui va le défendre, qui va l’accuser, qui est ce porc qui a osé, il faudra que le châtiment soit exemplaire, le bourreau va avoir du travail…

Voilà un étonnant roman écrit en quatre parties pour dire le crime, le procès, l’attente et le supplice, pour présenter tour à tour les différents personnages et les situations. Roman dans lequel le protagoniste principal, ce monstre assassin, n’est jamais clairement identifié, à chacun de trouver son coupable. Pourtant à l’époque à laquelle est supposée se dérouler cette intrigue, même les animaux ont été jugé, et condamnés de façon exemplaire, pour donner l’exemple, pour soulager les victimes, pour amuser la population sans doute.

C’est assez habilement écrit pour que l’on puisse se demander qui est le coupable et l’identifier à sa guise, enfin, si l’on ne lit pas la 4e de couverture. Étonnante caricature de la peine de mort, de son absurdité, de sa soi-disant exemplarité, des leçons que l’on veut donner aux foules abâtardies et à celle sur qui l’on règne. Simulacre de procès, de défense, de façon de recueillir des aveux, tout le ridicule, toute la complexité des affaires est aussi raillée dans ce texte lourd de sous-entendus.

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Catalogue éditeur : Grasset

Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots  ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.
Dans un texte court et puissant, Oscar Coop-Phane nous raconte le procès d’un cochon, à l’image de ceux qu’on intentait aux animaux jusqu’à la fin du XVIII ème siècle, une pratique aussi étrange que méconnue de nos jours. Lire la suite…

D’une langue tranchante et pénétrante, Oscar Coop-Phane nous ramène des siècles en arrière pour fouiller les sentiments humains, la peur, la colère, la cruauté et la soif de vengeance, mais aussi l’empathie ou la peine. Un texte allégorique où chacun reconnaitra dans l’animal, le porc qu’il voudra.

Parution : 09/01/2019 / Pages : 128 / Format : 120 x 185 mm / Prix : 12.00 € / EAN : 9782246812371

De nos frères blessés. Joseph Andras

« Je vais mourir, murmure-t-il, mais l’Algérie sera indépendante »

Dans l’Algérie des années 50, le lecteur oscille du bonheur à la violence, de la beauté à la souffrance, « De nos frères blessés » de Joseph Andras est un hymne à la fraternité, à la liberté, à ceux qui luttent pour l’amour d’un pays et de leur terre.

Bluffée ! Par l’histoire ? Peut-être car je ne savais rien de la courte vie de Fernand Iveton, restant dans l’Histoire comme le seul européen guillotiné en 1957, pendant la guerre d’Algérie, pour avoir posé une bombe. Bombe qui n’a pas sauté, qui n’a tué personne et qui n’était avant tout pas destinée à tuer mais plutôt à faire exploser les consciences, à ouvrir les cœurs et l’intelligence de tous pour enfin entendre l’aspiration à la liberté de tout un peuple.
Bluffée par le ton ? Sans doute, car il est celui d’un écrivain aguerri et certainement pas celui que j’attendais d’un premier roman.
Par le rythme ? Oui, sans hésitation, par l’alternance de situations, de souvenirs, d’événements, ayant attrait aux différents personnages, n’ayant souvent rien à voir les uns avec les autres, et qui cependant s’enchainent de façon évidente et sans casser le rythme de la lecture.
Effarée , bien que consciente de cette réalité, par la dureté des politiques, de la justice, des hommes, tels qu’ils peuvent l’être dans un pays en guerre, en conflit, en lutte pour son unité, et qui certains d’être dans leur juste droit n’hésitent pas à condamner à mort pour l’exemple.
Attristée ? De savoir et de comprendre que la mort pour l’exemple ne sert à rien, quand les hommes se battent pour des causes qu’ils croient justes, quand les lâches dénoncent sans prendre la mesure de leur faiblesse et de leur lâcheté.

Voilà un très beau roman, qui même s’il relate un épisode peu glorieux de notre histoire commune, se lit malgré tout comme un roman de fiction (enfin, de fiction …. Bref, comme un roman). Un roman qui dépeint des personnages auxquels on s’attache ou qu’on déteste mais qui ne laissent pas indifférent. Qui nous fait vivre des scènes de torture réalistes et violentes, qui posent question elles aussi. Comme se le demandera Fernand lui-même dans sa geôle de la prison de Barberousse. Jusqu’à quand ont-ils tenu, eux, les autres ? Qui est le lâche, le traitre, le faible, le courageux, le bourreau ? Jusqu’où l’homme est-il capable d’aller dans l’acceptation de la douleur avant de perdre toute humanité ? Et quelle succession d’évènements, de rencontres, de certitudes, d’amitiés, vont faire de chacun de nous ce que nous sommes ?

J’ai vraiment aimé cette écriture, ce rythme, ces alternances d’époques, ces fulgurances de bonheur et de droiture dans une vie si courte, ces flashback dans la vie de Fernand qui nous font toucher l’intimité de cet homme qu’on a du coup tant de mal à juger (si tant est qu’on en ait seulement le droit ou l’envie !) et qu’on ne souhaite que comprendre et approuver au plus profond de soi.
Bref, à lire sans faute; un roman qui bien que situé dans le passé, raisonne d’une brulante et permanente actualité.

Liberté, liberté chérie … « Sur les marches de la mort J’écris ton nom »

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Catalogue éditeur : Acte Sud

Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale.
Si le roman relate l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, il évoque également l’enfance de Fernand dans son pays, l’Algérie, et s’attarde sur sa rencontre avec celle qu’il épousa. Car avant d’être le héros ou le terroriste que l’opinion publique verra en lui, Fernand fut simplement un homme, un idéaliste qui aima sa terre, sa femme, ses amis, la vie – et la liberté, qu’il espéra pour tous les frères humains.
Quand la Justice s’est montrée indigne, la littérature peut demander réparation. Lyrique et habité, Joseph Andras questionne les angles morts du récit national et signe un fulgurant exercice d’admiration.

Domaine français / Mai, 2016 / 144 pages / ISBN 978-2-330-06322-1 / prix indicatif : 17€

Patrick Sénécal. Hell.com

« Toute entrée est définitive » Avec Hell.com de Patrick Sénécal, prendre la démesure de la puissance ?

Afficher l'image d'originePlonger dans l’univers des auteurs de thriller Québécois n’est pas sans risque ! Car la surprise est au fil des pages et de l’intrigue, la violence aussi d‘ailleurs, excessive et intense, immense comme ces régions d’Amérique du nord, démesurée peut-être par rapport à notre cadre de pensée, et tout ça vous arrive en plein face, sans prévenir ! Enfin si, avec hell.com vous êtes prévenu : toute entrée est définitive !

Daniel Saul est un homme d’affaire prospère, un gagnant, un winner quoi ! Tout lui réussit ou presque. Coté succès, l’entreprise Saul est une entreprise florissante. Daniel a des dollars plein les poches, au propre comme au figuré, une maitresse conciliante et peu envahissante, prête à tester de nouvelles aventures à l’Eden club, lieu privilégié et échangiste de la ville. Côté échecs, il y a sa relation très compliquée avec son ex-femme et le rapport quasi inexistant qu’il a avec ses parents. Il élève seul son fils, Simon jeune homme de 17 ans perturbé et en recherche, qui a une relation très difficile, voire violente et dominatrice avec les autres, et avec son père en particulier.

Daniel Saul est puissant, il a le pouvoir, l’argent, la réussite dans les affaires, les femmes et tout le sexe qu’il veut, mais il s’ennuie ! Bon, il y a deux façons de dépenser quand on a tout, aider l’autre, fondation, mécénat, tout est possible, ou s’aider soi ! Aller au bout de soi-même, de ses fantasmes, de ses délires les plus fous par exemple. Pour Daniel, jusqu’à présent, tout était possible mais restait hypothétique. Jusqu’au jour où il rencontre Charron, un ancien élève de son école qu’il avait complétement occulté de ses souvenirs, mais qui s’installe dans sa vie, pour le meilleur, mais plus surement pour le pire. Car si Daniel est prêt à tout, alors Charron est le messager du diable. Il va lui ouvrir les portes de l’enfer, celui de la tentation, de la démesure, où tout est permis, tout est possible, sans risque, sans punition, dans la plus grande discrétion. Alors Daniel s’abonne à Hell.com, ce site ultra secret et ultra cher, réservé à l’élite suprême, et il bascule, dans le sexe, à l’excès et sous toutes ses formes, très vite dans la violence. La violence exorbitante, gratuite, qui le défoule, lui fait passer sa rage et ses frustrations, mais qui devient omniprésente, envahissante, contraignante.

Occasion pour l’auteur de nous concocter quelques scènes d’une violence insupportable, parfois un peu gratuite il me semble, scènes pas forcément accessibles à tous les lecteurs. Petit à petit, Daniel perd pied avec sa vie, échappe à la réalité, jusqu’au moment où il se rend compte qu’il perd tout, et avant tout son fils, et comprend enfin à quel point il se fourvoie. Mais attention, il a été prévenu, personne ne peut faire marche arrière une fois qu’on a adhéré à Hell.com. Comment sortir de là, se sauver d’un aussi mauvais pas, sauver son fils – et accessoirement sauver son entreprise – mais quand on a tout perdu, les relations humaines ne sont-elles pas les plus importantes ?

Patrick Sénécal utilise tous les stratagèmes, tous les double sens. Il y a d’abord Daniel Saul, saul = âme, lui qui va risquer de perdre la sienne par ses délires de puissance. Puis Charron, l’ami maléfique, qui ouvre les portes de Hell.com, et justement Charon est bien celui qui fait passer sur sa barque les ombres des défunts vers les portes de l’enfer. Il y a Simon, l’apôtre aimé et incompris, celui qui accompagne Marie jusqu’au bout, jusqu’à la mort et la rédemption, et enfin Marie, image même de la vierge, ici un peu malmenée certes, mais malgré tout celle que le mal ne peut toucher, qui aime et qui comprend et qui donne pour aider Daniel.

Ensuite, les scènes sont construites avec une escalade dans la puissance, dans la violence, pour les rendre plausibles et acceptables par ses lecteurs. Les univers sont bien décrits, réalistes, froids, inhumains ou grandioses, mais avant tout assimilables, précis, pour que l’horreur paraisse encore plus absolue sans doute. Alors que dire, c’est un livre déroutant par toute la violence qu’il dégage, mais au final, l’auteur interroge sur le véritable état de l’Homme, sur le choix que chacun a d’orienter sa vie, vers le bien ou le mal, et ce qu’il reste maitre d’en faire. Un conseil, à ne pas mettre entre toutes les mains !

Redécouvrir Le vide et l’entretien avec Patrick Sénécal pour la sortie de Hell.com


Catalogue éditeur : à paraitre le 9 juin chez Fleuve noir