Rendez-vous au 10 avril, Benoît Séverac

Enquête dans la ville rose, un roman social à découvrir absolument

1921, dans Toulouse qui se relève tout juste de la grande guerre, un inspecteur à la physionomie extravagante doit enquêter sur deux suicides. Le premier est d’une simplicité déconcertante, un notable s’est suicidé chez lui à la suite d’une dispute dont les cris ont interpellé les voisins ; le second est plus étonnant, un professeur s’est tiré une balle dans la tête dans son bureau de l’école vétérinaire.

Si les suicides sont évidents, l’inspecteur Puma n’en est pas aussi sûr que ça. Et bizarrement son enquête qui le ramène dans les murs de l’école vétérinaire en inquiète plus d’un. Car si pendant les années de guerre il est aisé de passer sous silence les malversations, les petits arrangements entre amis, les trahisons, il ne fait pas bon essayer de les déterrer quand vient la paix et la reconstruction du pays.

L’inspecteur est lui-même un ancien soldat revenu du front, perpétuellement hanté par les combats qu’il a mené, par la mort de ses compagnons d’arme, et par ses blessures. Seule la morphine et de fortes doses d’alcool l’aident à venir à bout de ses souffrances ; de quoi passer pour un marginal hurluberlu et peu fiable auprès de ses collègues et de l’état-major de la police. Aussi lorsqu’il décide de mener ces deux enquêtes, plus complexes qu’elles n’apparaissent de prime abord, sa hiérarchie lui met quelques bâtons dans les roues.

Au fil de son enquête, il va déterrer quelques secrets bien gardés, au risque de  faire éclater au grand jour quelques compromissions et accords passés sous silence tant par la police que par les notables de la ville rose. Éclate également une franche animosité envers ces gueules cassées, ces anciens poilus qui auraient peut-être mieux fait de disparaitre au front, histoire de ne pas trop indisposer les quelques planqués qui ont continué tranquillement leur carrière pendant que d’autres allaient se faire tuer.

L’auteur met en avant un inspecteur atypique, perclus de douleurs, au comportement autodestructeur, bourré de défauts et cependant très attachant. Il a un talent fou pour nous faire découvrir le côté sombre de l’histoire et des hommes. Difficile retour à la vie de ces hommes envoyés au combat, revenus de l’enfer, et dont on mesurait alors si mal l’impact psychologique et les conséquences sur leur avenir du mal profond qui leur avait été fait. Mais aussi consternante compromission de certains notables qui se sont bien arrangés des complications administratives souvent induites par la guerre.

Une belle découverte, ce thriller est plus qu’un simple polar, c’est aussi un roman social et historique sans concession sur une période méconnue de l’histoire. Je le conseille à tous les amateurs de polars qui aiment la réalité historique.

Catalogue éditeur : Pocket

Toulouse, 1920. La Grande Guerre est achevée depuis trois ans déjà et chacun reprend sa place comme il peut dans une société qui s’étourdit pour oublier. Pourtant, les douleurs et les blessures rejaillissent de façon bien étrange. Lorsque deux meurtres perturbent l’équilibre de la ville, un seul homme, un inspecteur rescapé de guerre qui n’est plus apte aux sentiments, ose affronter la situation. Un point commun relie les deux affaires, a priori sans aucun rapport : l’École vétérinaire de Toulouse. Seulement, la grande école connaît ses propres codes, ses propres règles. Parviendra-t-il à briser la chape de silence et à faire éclater la vérité ?

Benoît Séverac est auteur de littérature noire et policière, adulte et jeunesse. Ses enquêtes, dont la plupart ont lieu à Toulouse, où il réside, reposent sur un contexte social décortiqué. Certains de ses romans ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre. Benoît Séverac collabore à divers projets mêlant littérature et arts plastiques, photographie… Il prend également part à des productions cinématographiques. Le Chien arabe, prix de l’embouchure 2016, a paru chez Pocket en 2017 sous le titre Trafics. En 2017, 115 a paru à La Manufacture de livres.

Prix : 7.30 € / EAN : 9782266256445 / Nombre de pages : 288 / Format : 108 x 177 mm / Date de parution : 16/05/2018

Ma part de gaulois, Magyd Cherfi

Une lecture réjouissante et grave, écouter l‘excellent roman de Magyd Cherfi lu par l’auteur lui-même et proposé par Audiolib

Dans la cité nord de Toulouse, dans les années 80, il ne fait pas bon vouloir lire des romans pour une fille, avoir des rêves de diplôme pour un garçon, et pourtant, avec opiniâtreté on y arrive doucement et sûrement.

C’est là que le jeune Magyd va au lycée pour passer son bac. Là qu’il va le réussir, contre toute attente. Et Magyd sera le premier lauréat de sa cité à posséder ce sésame. Diplôme en poche, il s’embarquera non pas pour des études de droit ou pour devenir ingénieur, comme l’auraient rêvé ses parents, mais bien pour faire de la musique, puisqu’il a également remporté avec son copain un concours qui sera déterminant pour sa carrière.

Mais tout l’intérêt de ce livre tient davantage dans le ton, les situations, les moments de vie de Magyd et sa bande de copains de la cité. Quand le jeune Magyd prend un livre, il se fait toujours traiter de pédale par les autres gamins, quand une fille prend un livre, elle se fait tabasser par père et frère, car une femme doit rester humble, soumise, à la maison, pas besoin de se polluer la tête avec des romans à l’eau de rose ou des choses top intellectuelles. Bien sûr, impossible de porter plainte, car c’est la honte pour elle, pour la famille, reflet de la condition des femmes et des filles de toute une époque.

Alors il y a la mère, qui veut le succès de son fil, le père, les copains, les filles et les française, ce ne sont pas les mêmes bien sûr, car celles de la cité, on n’y touche pas. Il y a aussi la violence faite aux femmes, éternellement présente, évidement cachée, jamais dénoncée, même si ces jeunes là en sont le plus souvent témoins. Il y a les bagarres, les ruptures avec ceux qui ne comprennent pas l’envie de lire, que l’on ose cette trahison qui est d’apprendre, de vouloir maitriser la langue de Flaubert.

L’écriture est superbe, taillée à la serpe dans les expressions de cette banlieue à la fois déroutante et attachante. Les mots sont justes, posés sur les sentiments, les événements, les situations cocasses ou dramatiques. Et surtout, il y a ce double niveau de langage que l’on retrouve tout au long du texte – et ici avec encore plus d’acuité car dit avec le bel accent de Toulouse par l’auteur-, celui des bandes de la cité, vulgaire, simple, éventuellement étant un mot bien trop compliqué pour être employé, et puis le bonheur que l’on sent à manier la langue, la belle, celle de Brassens ou des auteurs classiques, celle qui rend heureux celui qui l’emploie pour écrire ou pour déclamer.

De ce roman en grande partie autobiographique, dit par Magyd Cherfi, je retiens surtout une ambiance qui exhale dans toutes ces phrases, qui laisse entrevoir à la fois révolte et acceptation de ce qui est et que l’on ne peut changer, nostalgie de cette période malgré ses difficultés, et tout au long, cette pugnacité qui l’a mené au bout de ses rêves, sans jamais abandonner les copains, la famille, et toujours présente, la cité.
Celui qui nous avait fait « Tomber la chemise », puisque parolier et chanteur du groupe Zebda, est ici poète des mots et artisan de son enfance, de son adolescence, de sa vie future. Cette vie qu’il réussira à construire en trouvant avec sa part de Gaulois, sa véritable identité, lui qui possède une double culture, originaire d’Algérie et cependant tout à fait français.

Catalogue éditeur : Audiolib

Printemps 1980, l’avènement de Mitterrand est proche. Pour Magyd – lycéen beur d’une cité de Toulouse – c’est le bac. Il sera le premier lauréat de sa cité, après un long chemin parcouru entre la pression de sa mère et les vannes des copains. Ce récit intime, unique et singulier, éclaire la question de l’intégration et les raisons de certains renoncements. 
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul ! 

Date de parution : 19 Avril 2017 / Durée : 6h14 / Éditeur d’origine : Actes Sud / Date de parution : 17/08/2016 / EAN : 9782330066529

Les Polaroïds. Eric Neuhoff

Avec Les Polaroïds, Eric Neuhoff nous offre un recueil de nouvelles comme on aime, nostalgique à souhait.

Vous vous souvenez vous aussi de ces polaroids que l’on prenait, que l’on s’échangeait,  puis que l’on conservait, lors de rencontres de familles, de fêtes, de soirées, de vacances… Photos éphémères vite oubliées, aux couleurs qui passent en nous rappelant qu’hier est déjà loin ? En lisant ces dix-sept nouvelles d’Éric Neuhoff j’ai eu l’impression de plonger dans quelque boite à souvenir un peu désuète, oubliée, fanée…

Il a l’art de faire revivre par ses mots et ses émotions ceux qui ne sont plus, de faire disparaitre ceux qui sont toujours là, d’une Jean Seberg toujours belle et secrète à un Patrick Dewaere en acteur vieillissant sur le retour, mais aussi de nous permettre de nous glisser du côté de Hyannis Port pour assister à une rencontre improbable entre Jacky, John et Salinger… Il nous parle de villes et de rencontres, de Toulouse la rose à Paris où tout va si vite, de personnages réels ou inventés, d’émotions, de joies ou de peines, de la vie…

 Ces souvenirs qui émaillent ces pages sont personnels peut-être, familiaux sans doute, inventés qui sait, mais tellement probables, tellement intimes, tellement les miens, les tiens, les nôtres que je me les suis appropriés sans difficulté. J’ai aimé tourner ces pages qui m’ont ramenée quelques décennies en arrière avec un grand plaisir, une nostalgie et une tendresse certaines.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : éditions du Rocher

Chez Éric Neuhoff, la vie ressemble à une dolce vita permanente : hôtels, plages et gins pamplemousse dégustés les pieds dans le sable. Mais la mélancolie et l’ironie ne sont jamais loin. Dans Les Polaroïds,son premier recueil de nouvelles, tout est imaginable. Jean Seberg et Patrick Dewaere sont toujours vivants. Un jeune homme, de retour dans la ville de son adolescence, s’ennuie. Jackie Kennedy et J. D. Salinger passent une journée ensemble. À Canet-Plage, les villas en bord de mer sont le théâtre de drames intimes. Les filles se prénomment Maud, Chloé ou Raphaëlle. Elles sont snobs,bronzées, parfois menteuses. Faut-il préférer l’Irlande ou la Costa Brava pour fuguer en leur compagnie ? Sur la route de Saint-Tropez à Paris, l’esprit divague à grande vitesse. Et, en sourdine, la petite musique du cœur se fait entendre.

Journaliste au Figaro et au Masque et la Plume, Éric Neuhoff a publié une vingtaine d’ouvrages dont La Petite Française (prix Interallié 1997), Un bien fou (Grand Prix du roman de l’Académie française 2001) et Costa Brava (prix Lipp-Cazes2017).

Date de parution : 03.10.2018 / EAN : 9782268100944 / Nombre de pages : 176 / Prix : 16€


La succession. Jean-Paul Dubois

Comment vit-on le départ de ses proches, de ses parents, lorsque l’on ne rêve que de pratiquer son sport de prédilection sous le soleil de Miami. Dans « La succession », son dernier roman, Jean-Paul Dubois explore avec beaucoup de légèreté et d’ironie en apparence, les relations familiales, la transmission et l’héritage moral.

DomiCLire_la_succession.jpgPaul Katrakilis a laissé à Toulouse son père médecin, seul rescapé d’une famille où de grand-père en belle fille, d’épouse en beau-frère, comme une tare indélébile et génétiquement transmissible, le suicide est la seule porte de sortie. Paul a été initié jeune à la cesta punta au pays basque. Tout juste achevées ses études de médecine, il part pratiquer la chistera sous le soleil de la Floride. Là, il s’entoure de très peu d’amis, d’une femme qu’il aime sans espoir, et d’un chien qu’il sauve des eaux. Jusqu’au jour où le décès brutal de son père le contraint à revenir à Toulouse.
C’est alors le difficile retour dans la maison lourde des départs mais également de la présence toujours prégnante des défunts. Il est délicat de se réadapter, de changer de métier, d’affronter les souvenirs, de vider la maison, et sans doute de comprendre enfin qui était ce quasi inconnu, son propre père. La découverte sera pour Paul bouleversement, sidération, interrogation, puis compréhension et acceptation. C’est aussi un long cheminement vers la famille, l’héritage, la fatalité, la recherche d‘un bonheur parfois si difficile à trouver.

De cet auteur, J’avais adoré Une vie française dans lequel l’ironie piquante cède le pas à une grande sensibilité et à une vision particulièrement corrosive de toute une époque. On retrouve ici cette plume à la fois critique, mordante, et sensible.  Comme toujours dans les romans de Jean-Paul Dubois, la légèreté n’est qu’apparente. Les sentiments émergent et ont finalement la part belle. Les questionnements sont bien plus profonds qu’il n’y parait de prime abord, le destin, le choix que l’on a ou pas, la vie que l’on choisit, autant de questions auxquelles il est bien compliqué de savoir répondre. Tragique, comique, sensible, ironique, un brin désespéré et certainement désabusé, voilà du grand Jean-Paul Dubois.

Envie de suivre Paul de Toulouse à Miami…


Catalogue éditeur : Editions de l’Olivier

Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n’a connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasserle poids qui pèse sur ses épaules.
Quand le consulat de France l’appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui.
Car les Katrakilis n’ont rien de banal: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C’est toute une dynastie qui semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction.
Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage.

Parution 18 août 2016 / Livre 140 × 205 mm 240 pages / EAN : 9782823610253 / 19,00 €